[align=center]Qui tient-donc les manettes notre fabuleuse « gouvernance » européenne ?[/align]
[font=arial]Je cite un extrait d’un billet d’il y a quelques semaines d’Alexandre Delaigue : [/font]
[color=#69520F][size=9]Pour tout le monde, en ce moment, l’Europe est sous la dictature des marchés, de leurs attaques spéculatives qui obligent à mettre des séides de la pieuvre Goldman Sachs aux commandes. Mais plutôt que se focaliser sur le méchant commode de service, quitte à déformer la réalité ([bgcolor=#FFFF99]Papademos n’a jamais travaillé pour Goldman Sachs, contrairement à ce qu’on lit partout) on ferait mieux de constater que Draghi, Monti, et Papademos, sont avant tout des technocrates européens…[/bgcolor]
[bgcolor=#FFFF99]Ce ne sont pas les marchés qui imposent leur loi : ils ne sont que l’instrument de la BCE. Ce que les investisseurs veulent est facile à voir, la presse financière (notamment anglo-saxonne) est très claire; ils veulent que la BCE soutienne les dettes publiques et le système financier en jouant les prêteurs en dernier ressort, comme l’a fait la Fed au moment de la crise des subprimes.[/bgcolor] Les fluctuations de l’euro, les inquiétudes sur les dettes publiques, sont autant d’occasion pour les investisseurs de subir des pertes et des appels de marge. Si l’Europe était vraiment inféodée aux marchés, la politique de la BCE serait celle du soutien inconditionnel et sans failles aux dettes publiques. MF Global en a récemment fait les frais.
La BCE pourrait arrêter la panique des marchés en un instant, en imposant un plancher inconditionnel aux dettes publiques, mais ne le fait pas : elle n’accordera son soutien que lorsque que ses demandes d’action de la part des gouvernements européens auront suffisamment de chances d’être satisfaites. C’est à dire, une intégration européenne fédérale faite à ses conditions, et une perte drastique d’autonomie des gouvernements nationaux. Dans la stratégie de Liddel Hart, la guerre a pour objectif une paix satisfaisante. C’est exactement ce que fait la BCE : elle maintient la pression des marchés, juste assez pour que les gouvernements nationaux n’aient pas d’autre choix que de redresser leurs finances en menant les plans d’austérité et les réformes économiques souhaitées. Réforme du marché du travail en Espagne, de la rémunération de la fonction publique au Portugal, programme de Monti en Italie.
Et maintenant, c’est la France qui est dans le collimateur. Précisément, c’est la conception gaulliste de l’Europe, défendue par Chirac puis Sarkozy: celle d’une Europe gouvernée par les chefs d’État, au premier rang desquels, bien évidemment, la France. Depuis deux semaines, les taux de la dette publique française explosent, au point que les menaces sur le triple A français se font de plus en plus précises : de fait, la France n’emprunte plus aujourd’hui aux conditions d’un pays AAA, et le cours des CDS sur sa dette correspondent à une note largement inférieure. La tactique est simple : instrumentaliser la pression des marchés jusqu’au point ou, pour éviter de trop creuser l’écart avec l’Allemagne, les français seront obligés de céder et d’accepter un immense abandon de souveraineté, un contrôle strict de l’Europe sur le budget et les politiques nationales. La France sera alors un peu plus allemande, bien moins souveraine, et l’Europe plus fédérale.
Entre-temps, on peut s’attendre à lire des pressions de toute part. Des dirigeants français demandant des efforts à la BCE, voire des rumeurs de désaccords entre ses dirigeants; des articles de la presse financière appelant la BCE à la rescousse du système financier; et des articles sur l’irrationalité des dirigeants de la BCE. C’est oublier que dans la stratégie du bord du gouffre, c’est celui qui apparaît le moins rationnel qui gagne. La rigidité idéologique apparente de la BCE prend tout son sens dans cette perspective.
Ce n’est pas la première fois que l’on voit une banque centrale faire de la politique. La dernière fois, c’était en 1993, au moment des attaques sur le système monétaire européen. A l’époque, Trichet avait défendu la parité franc-mark au prix du plus fort taux de chômage depuis la seconde guerre mondiale. Et la Bundesbank avait soigneusement choisi ceux qu’elle aidait, et ceux qu’elle laissait tomber (au premier rang, la livre sterling).
Il y a énormément de raison de redouter cette stratégie. Tout d’abord, elle se fait sur le dos des populations européennes. Le cas le plus tragique est celui de l’Espagne, dont le gouvernement a fait presque tout ce qu’on lui a demandé, subi malgré tout un taux de chômage effarant (pratiquement 50% de chômage des jeunes), et perdu les élections au profit de partisans de l’austérité budgétaire encore plus zélés. Surtout, cela revient à imposer de force l’intégration fédérale européenne, aux conditions de la BCE, par le chantage : c’est cela ou le chaos. Il se peut que le coût de cette politique finisse par apparaître tellement élevé que la tentation de quitter la zone euro soit la plus forte, parce que l’austérité qui restaure la croissance, ça ne fonctionne pas; même si cela fonctionne, cela revient à imposer le mariage à deux adolescents parce que la jeune fille est tombée enceinte. Ce genre de mariage est rarement heureux, et le ressentiment des populations européennes pourrait devenir explosif. L’exercice d’un tel pouvoir par la BCE est totalement antidémocratique.[/size][/color]
[b] Lien vers l’article in-extenso… …[/b]
[color=#3F5023][size=9]Mon commentaire :
Au vu des agissements de la BCE et du sort réservé à Silvio Berlusconi et à Georges Papandréou, les analyses d’Alexandre Delaigue selon lesquelles les sus-dits Chefs d’État ou de gouvernement sont plus agités qu’ils n’agissent semblent réalistes.
L’activisme forcené d’une Angela Merkel ou d’un Nicolas Sarkosy ne servant plus qu’à faire croire à l’électeur de base qu’ils contrôlent encore quelque chose dans le processus de décision.
Qu’en est-il alors de nos tant vantés parlementaires européens, ces nobles détenteurs de la soit-disante légitimité du parlement européen, ces uniques représentants des peuples européens sur ces questions ? N’ayant aucune initiative pour se saisir de leur propre chef d’un débat, ils parlent, certes, mais dans le vide, et sont par là-même inaudibles sur les questions de la crise de l’euro, sur l’austérité imposée par l’UE, la BCE, le FMI en Grèce, au Portugal, en Italie, sur les questions des abandons de souveraineté sur les questions budgétaires.
La démocratie avait effectué en grand bond qualitatif que ce soit lors de la Révolution Française ou lors de l’Indépendance des États Unis en instituant le principe : « Pas de taxation sans représentation ». C’est ce principe grignoté jusqu’ici par le Traité de Maastricht, la monnaie unique et par le manque de représentativité qui vient de disparaître.
Ainsi la « construction » européenne révèle encore un peu plus son caractère néfaste et la nécessité grandit de préparer un retour à une autonomie plus affirmée pour les pays futurs ex-membres de l’UE.[/size][/color]