32 Sortir de l'Union Européenne

@ Déhel,

il faudra que tu me rafraichisses la mémoire sur ce qui nous unit et ce qui nous oppose, s’agissant de la question qui fait le thème de ce fil. Désolé, le temps passe et les lieux d’échanges sont si nombreux même quand on essaie de ne pas trop se disperser.

Je suis adhérent du M’PEP. Si le thème de la « désobéissance européenne » t’inspire, dans un sens ou un autre, je peux au moins faire suivre tes réflexions si tu veux pondre un texte un peu ficelé sur le sujet.

La ritournelle… Je suis infichu de concilier la radicalité et la simplicité. Tout un programme. Il y a surtout que, quand on fait l’ingénieur à plein temps, il en reste peu pour jouer les artistes…

Tant mieux que Zolko soit revenu. A qui d’autre pensais-tu ?

@ Gilles,

merci pour le lien. J’espère avoir plein de temps pour écouter ça.

As-tu envoyé ça par mail à Étienne, pour qu’il le mette sur sa page « liens et docs » ?

@ Sam

  Ce qui nous unit Sam c'est la critique de l'UE d'aujourd'hui, du libéralisme et la volonté de mise en place d'une nouvelle démocratie populaire. Ce qui nous oppose, c'est la sortie de l'UE dans l'immédiat.
  Si Zoltan a rejoint un autre fil de discussion, il est toujours absent ici, comme Étienne, Jacques et les autres.
  Les empoignades ont eu pour seul effet de rompre l'échange et c'est ce que je déplore.
  Pour le MPEP, on en reparle plus tard et je te solliciterai sans doute.

@Gilles

  [i]Identifier les conséquences réelles de la « construction » européenne. Où l’on verra qu’en fait de « construction », il s’agit essentiellement d’un démantèlement de la capacité de résistance des peuples face à la domination du capitalisme mondialisé.[/i]

  Oui. Encore oui et toujours oui. Après Annie Lacroix-Riz et les autres nous revoilà avec une floppée de nouveaux documents qui disent sensiblement la même chose. La démarche de présenter ce genre de documents est louable à condition qu'ils ne se suffisent pas à eux-mêmes. La question n'est pas de savoir ici si l'UE est bonne ou mauvaise. Dans ce repère de gauchistes assoifés, nous sommes tous à peu près d'accord pour la dénigrer, la tancer et l'Union des Étrons ne trouve que très rarement grâce à nos yeux. La question ici est claire et il serait souhaitable que chacun produise des textes sur le bilan estimé d'une sécession et/ou d'un maintien au sein de l'UE aujourd'hui. C'est par exemple la démarche orientée d'un Sam qui débusque les nombreuses inépties du système et la mienne qui -avec beaucoup moins de rigueur et de vigueur- défends les arguments contraires. Et ce serait bien que chacun se prête à l'exercice de politique fiction ou de politique prospective qui traiterait de l'avenir plutôt que du passé, de ses opinions plutôt que celles des autres et d'une pensée échappant aux [i]doxa[/i] et autres orthodoxies qui musèlent plutôt qu'elles n'enrichissent. Les partis sont des églises où la pensée se réfugie par peur et instinct grégaire.
[b]Xénophobie, menaces et "désobéissance" : l'Union européenne confrontée aux peuples[/b]

@ Déhel,

soit. Mais la tyrannie – subtile – qu’est l’Union européenne réellement existante, comment on la changera ?

[b]Comment va-t-on, en pratique, renégocier les traités UE ? Les analyses qui s’abstiennent de considérer cette question sont des couvercles sur une marmitte.

Le Parti de Gauche – en particulier, mais on peut en dire autant de presque tous les partis – s’interdit d’évoquer même l’idée d’une sortie de l’Union européenne, au motif que cela « ferait le jeu des nationalismes ». Le problème est que cela mériterait un débat et qu’on ne l’a pas. Car justement, on peut défendre la thèse inverse – ce que je fais. [/b]


Comme j’ai déjà expliqué, la meilleure stratégie pour vous comme pour nous c’est clairement d’aller jusqu’au bout de la stratégie de la réorientation de l’UE.

Car tant que nous n’aurons pas été jusqu’au bout de cette stratégie, ce qui nous opposera ce sera toujours des croyances, vous avez la croyance que cette stratégie ne peut qu’échouer, et nous avec la croyance qu’elle peut réussir.

Le débat que tu appelles de tes voeux n’a strictement aucun intérêt car c’est se projeter trop loin dans l’avenir, dans les suppositions, c’est faire trop d’hyppothèses, c’est se baser sur trop de convictions et de certitudes que l’on ne peut pas prouver.

Que ce soit la sortie de l’UE ou sa réorientation cela nécessite évidemment déjà dans un premier temps de prendre le pouvoir, et comment prendre le pouvoir si déjà nous nous entre-déchirons sur des débats qui ne portent que sur des considérations encore plus éloignées ?

Alors rassemblons nous déjà pour prendre le pouvoir, cela suppose que vous nous accordiez déjà dans un premier temps la possibilité de défendre notre projet de réorientation. Et ensuite seulement si celui-ci échoue comme vous le pensez vous aurez alors cette-fois des preuves concrètes de ce que vous avancez et nous n’aurons plus aucune raison de ne pas vous croire … Et dans ce cas nous agirons ensemble pour sortir de l’UE.

Vous battre contre tous ceux qui se battent pour réorienter l’UE aujourd’hui est contre-productif, vous vous trompez d’adversaires. Vous vous marginalisez et ne servez clairement à rien si ce n’est à nous faire perdre et à faire le jeu de Sarkozy comme l’ont prouvé si cruelement ces élections.

J’en appelle à votre sagesse.

C’est l’éternel débat sur la radicalité. Trop se radicaliser fait inévitablement fuir les gens et entraine une marginalisation. Demander trop, trop rapidement, est contre-productif. Mais en même temps il y a urgence c’est certain. C’est ce dilemme aussi vieux que la civilisation qu’il faut résoudre.

Or, là, à vous de comprendre que vous êtes dans une extrême radicalité, on ne peut pas faire plus radical, à part en passant à des thèses à la « action directe »… Il faut que vous réagissiez et que vous comprenniez que c’est pas la meilleure façon de servir les causes que vous défendez…

Je réponds ici à cette seule phrase de Déhel que je cite :
« La sortie de l’UE n’est pour moi envisageable qu’à long terme après une multiplication de tentatives d’en modifier la course et la preuve par l’exemple que nous ne sommes pas capables d’en réformer la logique. »

J’ignore ton âge, mais les éléments politiques que tu as évoqué me font dire que tu as déjà plusieurs exemples récents où les Français et les Néerlandais n’ont pas été capables, même par l’expression claire d’un référendum de haute tenue démocratique, de réformer la logique de la construction européenne. Ce Traité Constitutionnel européen de 2005 que nous les Français et les Néerlandais avons refusé et qui logiquement aurait dû enclencher la rédaction d’un traité sur des bases très différentes prenant en compte les éléments du débat référendaire. Pourquoi tout à coup, à la suite de quelle intervention miraculeuse, nous pourrions brusquement infléchir le cours de cette « construction européenne » ?
Les Hautes Instances de cette construction européenne n’ont-elles pas proposé ce traité récusé aux Irlandais en juin 2008 ?

Ne vont-elles pas le proposer à nouveau aux Irlandais en octobre 2009 ? Où est la réforme de la logique dans tout cela ?

Je ne vais pas vous raconter tous les épisodes que vous avez manqués, mais tout de même, un seul exemple :
Il y a longtemps, des hommes politiques aussi avisés que Pierre-Mendès France ou Charles de Gaulle ne nous avaient-ils pas prévenus des dangers pour la démocratie de ce processus et n’ont-ils pas tentés de réformer la logique de cette « construction européenne » ? Les Français ont connu des hommes politiques de toute nature, Pierre-Mendès France et Charles de Gaulle étaient-ils des farfelus, des personnes sur lesquelles on ne pouvait pas avoir confiance pour accomplir les tâches qu’ils s’étaient fixées ? Est ce qu’ils ont réussi de manière durable à réformer la logique de la construction européenne ? Et voilà que Zolko et NigùnOtro arrivent tel Zorro et Bernardo, nous les attendions bien sûr de toute éternité pour nous sauver, cela va sans dire, et nous proposent de se présenter aux élections européennes de juin 2009, tiens eux aussi, pour réformer la logique de la construction européenne ! Rebadaboum, une nouvelle tarte dans la gueule, ce n’est pas grave. J’espère qu’ils ont assez d’humour et de recul sur eux-mêmes pour me pardonner ce trait d’humour.

À partir de là, nous n’allons pas en discuter pendant encore 70 ans, vous peut être, mais moi je serai mort ; si nous étions un tant soit peu vif d’esprit, nous devrions nous poser individuellement et collectivement cette question : « Pourquoi cette volonté de réformer la logique de la construction européenne n’aboutit jamais, qu’est-ce que je n’ai pas encore compris, qu’est-ce que nous n’avons pas compris ? »
Un merci à Sam qui, lui, fait cet effort.

À supposer que la réforme de la logique européenne soit impossible, à qui la faute ?

À cette question de Gilles (7434), une seule réponse possible :

La faute - si faute il y a - en est aux citoyens européens, qui continuent de ne pas s’intéresser à la question. Les politiciens ont une responsabilité spéciale parce qu’ils n’organisent pas les débats publics approfondis qui permettraient de se faire une opinion éclairée.

Je me refuse à mettre d’un côté la démocratie et les citoyens, qui seraient forcément bons, et les politiciens ('hommes de pouvoir") qui seraient forcément mauvais et auraient pour unique objectif d’accaparer les pouvoirs du peuple ou de la nation à leur usage personnel.

Il se peut aussi qu’il n’y ait pas « faute » et que tout simplement les citoyens ordinaires soient parvenus à la conclusion que le système européen est vivable dans l’ensemble, que les remèdes (fédéralisme, renforcement du rôle des États-nations, sortie de l’UE ou remaniement constitutionnel en profondeur) seraient pires que le mal ou manquent d’intérêt réel.

Cette attitude majoritaire des citoyens (évidente à mes yeux) va à l’encontre des opinions que nous exprimons ici (la mienne comprise) : il nous faut en prendre acte, et au lieu de rendre les politicens responsables de tout, continuer à faire valoir nos points de vue.

Le coeur de la démocratie est le suffrage universel. Il a d’autant plus de valeur qu’il exprime une opinion éclairée. L’indifférence et l’abstention des citoyens sont les deux grands obstacles à la démocratisation des institutions européennes et nationales. Parler d’une « Union européenne confrontée aux peuples », c’est se tromper de diagnostic et oublier que dans des pays où le suffrage universel s’exerce librement par le bulletin de vote (cas de tous les États membres de l’UE), ce sont les peuples qui font ou devraient faire l’Union européenne. JR

Pour compléter le propos de Jacques et en réponse à Gilles, ma version:
2005 est -selon moi- la première preuve indéniable de la dérive totalitaire de l’UE. Évidemment, les spécialistes l’auront constaté bien avant mais, en 2005, les masques sont officiellement tombés au point d’impliquer 70% des votants en France et de générer un débat public que peu prévoyaient, avec toutes les forces en présence, les politiques, les médias, les nantis et les peuples. Au-delà de toutes nos espérances même, français et néerlandais peuvent alors constituer un front d’opposition transnational et populaire au TCE avant d’être rejoints par l’Eire. Aucune affaire précédemment n’avait eu ce retentissement et les dirigeants sont rapidement forcés à l’exposé public de leurs méthodes: révision de la constitution, congrès de Versailles et sérénade médiatique pour justifier le coup d’état. L’affaire est grave mais, comme le déplore Jacques, l’implication a posteriori de chacun est insuffisante et personne ne parvient en 2009 à fédérer le front disparate de l’opposition à la ploutocratie. Pourtant on essaie. Ici comme ailleurs. Mais il faudra des années pour nous accorder car on trouvera des millions de citoyens européens qui, comme toi Gilles, déplorent la dégradation de leur seul quotidien et n’ont d’intérêt que pour l’évolution de leur nation. Mendès et De Gaule certes, mais ça sent un peu le jambon-beurre daté quand même . Et puis ces deux là ont plutôt participé à la construction qu’au contraire, celle même qui a mené au concensus entre des économies et des cultures difficilement conciliables. Comme toi Gilles, de nombreux européens - pour ne pas dire tous - veulent une union qui véhiculent leurs valeurs, une union à leur image et la construction de la confédération d’aujourd’hui est en ce sens déjà un succès riche de symbolique qui plus est, réalisée en un temps record. Après, le développement autour de la seule question de l’économie et de l’échange libéralisé atteint aujourd’hui ses limites: hier il nous a permis de très vite dépasser des contentieux historiques millénaires, aujourd’hui il nous dénature et nous devient préjudiciable. Petit aparté: au niveau national, cette problématique existe aussi et pourtant, en 2007, on a deux libéraux au deuxième tour de la présidentielle. La France aimez-là ou quittez-là qu’il disait le nain. On devrait peut-être aussi ouvrir le débat sur vivre ou non en France et vous me trouverez cette fois du côté des partants.
Tu essaies Gilles de nous faire comprendre que ton grand âge :wink: t’autorise à davantage de recul, mais j’y lis exactement le contraire; dire qu’il est trop tard pour cette UE alors même qu’elle n’est pas stabilisée et qu’on débat encore de sa constitution, alors même qu’elle a survécu à la décolonisation et à la chute de l’URSS me paraît un peu exagéré. J’ajoute que 70 ans de discussion supplémentaires ne m’effraient pas et ce même si je sais que je n’y survivrai pas non plus. La construction d’une nation et a fortiori d’une confédération ne se fait pas à l’échelle d’une vie humaine et l’idée même qu’il puisse en être autrement est une ineptie en soi, l’incarnation délétère des idées et - pire - fait le jeu libéral des visions à court terme. Le libéralisme tire justement son succès du mirage de la réalisation de soi à l’échelle d’une vie et même de la réalisation de plusieurs sois. Le libéralisme est avant tout une psychologie de l’individu que tu relaies ici avec de tels propos - à ton corps défendant j’en suis sûr.
Dire que toutes les luttes engagées ont échoué de tout temps est un arrangement avec l’histoire et une approche narcissique du débat qui, au contraire, devrait nous dépasser au point de ne jamais faire usage de la première personne de singulier pour nous justifier. La démarche de Sam et Étienne est en ce sens très différente de la tienne: c’est la découverte -récente- de l’écheveau légal européen qui leur laisse à croire que les peuples n’ont plus et n’auront plus leur place dans le développement de La Firme et qu’il faut donc l’abandonner. C’est le fruit d’un raisonnement - dont je suis d’ailleurs sûr que la conclusion ne les réjouit pas - pas d’une humeur ni d’une opinion. Non, pour moi, De Gaulle n’est pas respectable en soi et Mendès, aussi moderne fut-il, est une figure morale qui n’a gouverné que 7 mois et que je ne peux donc pas correctement cerner dans cet exercice. Et c’est même la richesse de ce forum que de juger les propos davantage que les auteurs. Tu véhicules un long ressenti à l’égard de cette Europe que tu espères coupable de tout mais tu ne me convaincs pas. Parce qu’on a majoritairement cru à l’Europe, pour preuve les consultations populaires d’avant 2005, et qu’au même titre que pour une nation, on peut en infléchir le destin. Démocratiquement.
PS: penser qu’il faut abandonner l’UE parce qu’en sous main les États-Unis en ont façonné la philosophie, c’est s’imaginer qu’il pût en être autrement et se leurrer sur la géopolitique moderne. Après le Plan Marshall et pendant la guerre froide, réussir à construire une entité politique qui ne soit pas dirigée seulement par des américains est en soi une victoire (ça aurait pu se passer comme de l’autre côté du mur par exemple) et les - trop rares - sujets sur lesquels nous parvenons à marquer notre différence suffisent à me faire dire que l’outil est bon mais qu’il faut en réviser l’usage.

Réforme de l’Union européenne

Je partage le point de vue de Déhel dans son message 7439.

Il y dit quelque chose d’important que je n’ai pas assez fait remarquer dans mon 7435 : c’est que le même problème et la même indifférences politiques caractérisent la situation dans l’Union européenne et dans chacun des États membres.

Dans ces conditions :

  1. L’opposition entre une Union européenne diabolique et des nations ou États membres vertueux n’est pas fondée ;

  2. Les citoyens et eux seuls (nous tous) sont responsables de ces défauts dans les deux cas, par leur paresse ou leur incompétence.

Il faut que chacun se mette au travail (essaie de comprendre, agisse) : se plaindre ne suffit pas, casser la machine par dépit n’est pas une solution. JR

@ Sandy et @ Déhel,

dans ma pensée, la sortie de l’Union européenne n’est pas un préalable à quoi que ce soit. Je vous renvoie notamment à mon message n°7365 et à bien d’autres de mes écrits, comprenant en particulier une large contribution au seul projet européen véritablement fédéral que je connaisse, celui qu’a écrit notre groupe de travail d’ATTAC Rhône.

Maintenant, je considère qu’il est entièrement illusoire d’imaginer que l’Union européenne puisse être modifiée comme elle doit l’être (dans un sens ou un autre vers des états tolérables) par les voies de la légalité de l’UE, celle-ci étant profondément et irrémédiablement corrompue tandis qu’elle domine déjà.

De ce fait, et pour les mêmes raisons profondes qui m’ont fait m’investir sur ce forum durant des années, je trouve vaines et, pour tout dire, ennuyantes, les considérations à répétition sur la faute des citoyens qui dorment, etc, s’agissant d’avoir provoqué la ruine de l’objet politique qui a lentement découlé de l’aristocratie élective mise en place par les modernes.

Celle-ci est elle-même à reprendre de manière assez conséquente. Elle l’est, comme l’est, entre autres, le monstre UE qui en découle – critiquer la passivité des « citoyens européens », franchement… – non pas tant parce que, hors de la démocratie radicale point de salut, mais parce qu’il est essentiel de préparer la constitution dont auront besoin les peuples après l’effondrement de ce régime et, surtout, parce que nous sommes condamnés à creuser cette seule voie qui reste pour ne pas replonger dans le « totalitarisme despotique » (le classique – je qualifie celui qui règne de totalitarisme oligarchique, premier specimen historique de sa classe).

Sandy, il ne s’agit pas de dire que le débat sur la sortie de l’UE nous mènerait quelque part, encore moins de prétendre qu’il suffirait, mais de dire que l’occultation de cette hypothèse, de cette option, et du fait que certains – combien – la posent, peut avoir des conséquences aussi dramatiques que le fait d’en parler. J’ai parlé de xénophobie ; j’ai aussi rappelé plus d’une fois que, puisque la négociation des traités UE en arrivera fatalement à un « c’est ça ou c’est marre »(*), le fait de tuer d’avance toute expression de ce « possible marre », comme hypothèse, comme résolution « au pire », … au sein des médias, au sein de tous les partis, etc, revient à l’évidence à rendre impossible toute renégociation dans le sens souhaitable.

(*) Ce qui tient à la fois au mode de la marche arrière dans l’engrenage néolibéral,à la place des gouvernements nationaux dans le « fédéralisme » UE, donc au mode du traité et donc de l’unanimité comme à l’influence majeure des lobbies sur le législateur européen.

S’agissant de travailler ici à prendre le pouvoir (ensemble)… Je suis extrêmement attaché à ce qui fait le sujet de ce forum et je ne vois pas pourquoi il devrait changer, mieux vaut en créer un autre au besoin. Et j’ai déjà presque assez d’une appartenance à un mouvement / parti pour m’occuper de cet autre côté. Même si c’est très insuffisant.

Il y a deux voies qui m’intéresseraient de ce côté. La première, fonder un mouvement démocratique. Mais c’est là un travail d’assez long terme, sans doute. En quelques mots : « prendre le pouvoir par l’exemple », en établissant dans la durée une communauté politique qui cultive une véritable constitution – je renvoie projet de constitution du Mouvement démocratique que j’ai largement entammé ; une séparation des pouvoirs en interne, entre des instances pour certaines tirées au sort, pour d’autres élues ; une culure du « temps de la décision » ; un seul cadre « idéologique » (éthique, en fait) : une charte de droits fondamentaux ; une activité « législative » interne et externe, qui s’apparente dans le second cas à celle d’une sorte de « gouvernement fantôme » ; …

A plus court terme, et plus particulièrement vis-à-vis de la question de l’Union européenne, je pense qu’il faut construire presque de fond en comble un arc républicain dans la perspective de 2012. Il me parait essentiel de le former et de le maintenir comme une fédération par la base, en écartant soigneusement la forme confédérale qui laisserait à des « partis membres » un droit de veto voire un monopole, ce qui signerait la fin de l’aventure.

La voie de la mal nommée « désobéissance » européenne est très intéressante parce qu’elle est pragmatique, légale, et certainement pas antieuropéenne a priori.

C’est vrai que la répétition d’idées qui ne sont pas les vôtres paraît toujours vaine, et souvent ennuyeuse. Il m’arrive d’avoir ce sentiment à la lecture de certaines interventions.

Mais il faut bien nous supporter les uns les autres, n’est-ce pas ? JR

@ Jacques,

j’ai pris votre réponse pour moi. Si c’était le cas, je vous réponds ceci.

Ne mélangeons pas les choses, il ne s’agit pas de n’importe quelle idée.

J’ai dit, en somme, que répéter que c’est la faute des « citoyens » qui ne s’intéressent pas – à l’UE, qui évidemment s’abstient de les réveiller – ne mène nulle part. Du moins, dans le contexte présent.

Quand on en est à mettre en priorité la réforme des institutions, c’est, il me semble, qu’on admet que les « mœurs » (politiques) sont pourries par de mauvaises institutions en place, et que l’inverse soit aussi vrai n’enlève rien à ce problème devenu un obstacle majeur. Par ailleurs, je doute fort que ce soit ici qu’on réveillera les foules.

Sam (7446).

Je ne vous cacherai pas plus longtemps que la remarque, en effet, vous était destinée.

Elle ne se référait pas à ce que vous avez « dit en somme » mais à ce que vous avez écrit textuellement ; je vous cite :

"Je trouve vaines et, pour tout dire, ennuyantes, les considérations à répétition sur la faute des citoyens qui dorment, […]"

Cordialement. JR

Pourquoi cette volonté de réformer la logique de la construction européenne n’aboutit jamais : L’Europe des grandes firmes et des lobbies - Partie I

Une enquête de l’Observatoire de l’Europe Industrielle - Corporate Executive Observatory

[size=9][color=#114477]

Les multinationales, qui agissent aussi bien individuellement qu’au sein de divers lobbies, sont devenues d’importants partenaires politiques dans le processus de prise de décision de l’Union européenne [UE]. Au cours des 15 dernières années, avec la réalisation du Marché unique, l’adoption de la monnaie unique et l’accroissement du pouvoir de ses institutions, l’unification européenne est passée à la vitesse supérieure. Ce processus s’est accéléré sous la pression des lobbies représentant les plus importantes entreprises européennes. Bruxelles regorge aujourd’hui de manœuvriers. Plus de 10 000 professionnels du lobbying hantent les couloirs de la Commission, du Conseil et du Parlement, la grande majorité d’entre eux issu d’agences de relations publiques, de lobbies de l’industrie ou de compagnies indépendantes. À l’image de Washington, berceau du lobbying industriel intensif, Bruxelles est devenue le foyer d’un nombre croissant de départements d’entreprise spécialisés dans les politiques gouvernementales, de lobbies, de bureaux d’études, de cabinets conseils politiques et d’agences de relations publiques .

L’éclosion de l’industrie du lobbying date de la fin des années 1980 et du début des années 1990, période durant laquelle la Commission européenne était essentiellement occupée à rédiger les quelque 300 directives qui allaient former le squelette du Marché unique. Les groupes industriels sautèrent sur cette occasion de modeler cet énorme travail d’harmonisation selon leurs intérêts particuliers, concentrant de plus en plus leurs efforts sur Bruxelles.

Actuellement, plus de 200 grandes firmes ont des départements de politiques européennes à Bruxelles. Parmi elles, beaucoup sont américaines ou japonaises . Pas moins de 500 lobbies allant de groupes importants et puissants tels la Table Ronde des industriels européens [ERT], la Fédération européenne de l’industrie chimique [CEFIC]aux groupements plus modestes et spécialisés tels que les Fabricants européens de bougies .

Les relations entre la Commission européenne et les grandes entreprises ont changé de façon spectaculaire au cours des 25 dernières années. En 1973, face à l’inquiétude généralisée devant le pouvoir industriel, Altiero Spinelli, alors membre de la Commission industrielle, avait proposé de « se pencher sur les problèmes économiques et sociaux générés par les activités des entreprises transnationales » . Cette approche critique envers les multinationales s’est cependant progressivement transformée en la parfaite symbiose qui règne aujourd’hui entre les principaux acteurs politiques et économiques de l’Union. La Commission commença à tisser avec l’industrie des alliances stratégiques au début des années 1980. Elle encourage, depuis, la participation des grandes entreprises et des associations industrielles paneuropéennes au dispositif politique de Bruxelles. Ces partenariats ajoutent du poids aux initiatives de l’UE et tendent à renforcer la position de la Commission vis-à-vis des gouvernements des États membres. De plus, de telles alliances politico-industrielles sont déjà bien établies au niveau national dans la plupart des pays. Le nombre et l’intensité des connexions avec le monde des affaires varient d’un service à l’autre de la Commission, mais le phénomène ne fait, selon toute évidence, qu’augmenter. Souvent, les grandes entreprises et leurs groupes de pression fournissent d’utiles renseignements à une administration déconnectée et manquant de personnel. En fait, on peut dire que les lobbies industriels agissent en lieu et place de la base citoyenne dont la Commission est dépourvue. Le système politique européen est un véritable paradis pour les activités de ces lobbies : on y prend derrière des portes closes des décisions lourdes de conséquences, en petits comités, invisibles et inaccessibles à ceux qui en subissent les effets. Malgré de légères améliorations apportées par les traités de Maastricht et d’Amsterdam, la Commission européenne et le Conseil des ministres restent un grand mystère pour les électeurs alors que leur contrôle par les parlements tant nationaux qu’européen reste, lui, insuffisant.

Début 1999, un comité parlementaire enquêtant sur les soupçons de fraude au sein de la Commission européenne en est arrivé à l’amère conclusion qu’il est difficile de trouver un fonctionnaire responsable au sein de cette institution. En fait, le Conseil, encore plus opaque que la Commission, a tendance à se draper dans le secret, allant même jusqu’à refuser de rendre public l’ordre du jour de ses réunions. Les importantes décisions sont livrées aux ministres, clés en mains, par d’occultes comités de diplomates nationaux opérant dans les méandres du labyrinthe bruxellois.

Bien qu’au cours de ces dernières années, les mouvements sociaux se soient invités à Bruxelles, l’état des forces reste radicalement déséquilibré. La complexité de l’administration européenne est telle qu’il est impossible d’en suivre les développements politiques sans de solides connaissances ou les compétences d’un expert. Tandis que les entreprises peuvent se permettre de payer des milliers d’agents pour représenter leurs intérêts à Bruxelles, les coalitions européennes d’organisations citoyennes et les syndicats sont relativement pauvres et manquent tant de personnel que de moyens.

Franchir l’énorme fossé qui les sépare des décideurs n’est pas moins ardu. La centralisation du pouvoir à Bruxelles, qui s’est développée aux dépends des démocraties nationales, a donné aux grands groupes industriels un énorme avantage dans l’arène politique européenne. Il est clair que des organisations telles que la Table Ronde des industriels européens bénéficient d’une situation extrêmement privilégiée puisque les prestigieux dirigeants de leurs puissantes multinationales accèdent en toute facilité aux Commissaires européens et aux hauts fonctionnaires gouvernementaux. Sans opinion ni débat publics au niveau européen, il devient facile aux groupements industriels brumeux de s’immiscer entre citoyens et institutions pour promouvoir des décisions indiscutablement totalement antidémocratiques.[/color][/size]

Modification du 9 avril 2013 : Ajout de « et des lobbies - Partie I » dans le titre, ajout d’un sous-titre : Une enquête de l’Observatoire de l’Europe Industrielle - Corporate Executive Observatory

Modification du 24 septembre 2014 : réhebergement de l’image

L’« Europe des grandes firmes »

Gilles (7448).

Cette « Europe des grandes firmes » n’est rien d’autre que la transposition, à l’échelle de l’Union, de la « France des grandes firmes », de l’« Allemagne des grandes firmes », et tout simplement de la domination grandissante des pouvoirs privés sur les pouvoirs publics, domination qui s’exerce à l’échelle planétaire.

Cela dit, je serais assez d’accord qu’on peut commencer à combattre cette domination en partant de l’Union européenne JR

@Gilles
J’ai mis ton intervention 7448 en lien sur « actu-societales » sur mon site ( http://wiki.societal.org )
A+

« En partant de l’Union européenne »

Formule exceptionnellement malheureuse dans le contexte. Je voulais dire : « à partir de l’Union européenne ». dans mon esprit, il ne faut surtout pas partir de l’UE : voilà ce que c’est que d’écrire n’importe comment ! JR

Merci pour ce texte Gilles, et en effet la remarque de Jacques est pertinente, c’est le problème de l’occident tout entier, voire même au-delà. À quitter l’UE sur ces arguments, il vous faudrait aussi quitter la Gaule. Mais ce n’est pas mon propos du jour. Je voulais appuyer la remarque de ton texte situant le virage idéologique aux années 80. Et pour en prolonger la réflexion, une série d’émissions de Là-bas si j’y suis préparée par Renaud Lambert que vous trouverez . Et comme disait Ikea à l’époque, En 68, on refait le monde. En 86, on refait la cuisine. D’ailleurs, ils étaient où le soixante-huitards dans les années 80? Au Gymnase Club, au Club Med ou au Flore?

Peut-être que pour détricoter l’UE, il faudrait d’abord résoudre d’autres problèmes internes, sous notre nez, comme la connivence sulfureuse entre pouvoir et médias:

Tout cela confirme l’embarras des intéressés, mais aussi l’existence d’un système de coproduction et de connivence dont la finalité n’est pas l’étude de l’opinion, mais la maîtrise du débat politique dont les termes sont pipés.

[size=8][color=#114477]
❚ Merci AJH ( 7451 ), cela me va droit au coeur, sam n’a pas à 100 % raison quand il écrit : « Par ailleurs, je doute fort que ce soit ici qu’on réveillera les foules. » ( 7446 ), mais c’est vrai que la réunion qu’il préconise est intéressante :
http://www.m-pep.org/IMG/pdf/090708-bulletin_inscription_uni-ete.pdf

❚ à Jacques, merci de votre réponse ( 7450), c’est vrai que le processus engagé par les cycles de négociation du GATT et sa continuation par l’OMC n’arrange pas nos affaires démocratiques. Jacques Nikonoff du M-PEP avait préconisé ni libre-échangisme ni protectionnisme : la parité des échanges commerciaux par l’application de la Charte de la Havane.

Vous avez eu le bonheur de me faire rire avec votre ( 7452 )

❚ à Déhel, tu es astucieux, mais n’essaie pas de botter en touche ni d’exiger des pré-alables, des « il faudrait », des « y’ a qu’à » ( 7454 ), il me semble que je suis pas seul à penser que le débat doit continuer sur la « construction européenne», la désobéissance européenne. Si tu t’intéresses à un autre sujet, tu essaies de trouver une rubrique où il est abordé et si il n’y en n’a pas, tu en crée un. En ce qui concerne l’indépendance des médias, il y a ce fil de discussion
http://etienne.chouard.free.fr/forum/viewtopic.php?id=19

où Étienne a contribué par exemple de cette manière sur Opinion-Way = Opinion : « Ouais » ?

http://etienne.chouard.free.fr/forum/viewtopic.php?pid=2892#p2892

Je suis sûr que ceux qui y ont contribué seraient ravis d’être réveillé par une sève neuve et vigoureuse. Tu vois je ne t’empêche pas d’avoir toi aussi d’avoir la Gaule ! Désolé, je me suis déjà fâché à plusieurs reprises avec les meilleurs esprits sérieux que j’ai rencontré simplement pour le plaisir d’un bon mot. Je crois être suffisamment sérieux une bonne partie du temps pour pouvoir m’aérer les méninges de temps en temps.

En plus tu es parfaitement capable d’argumenter sur le sujet qui nous occupe, alors pourquoi botter en touche ?

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Cher Gilles,
loin de moi l’idée de botter en touche. Je ne connaissais pas l’existence du fil en question et je te remercie de m’en avoir informé. J’y suis désormais abonné et j’y ai reproduit le lien vers l’article qui m’occupe.
Par contre, je serais heureux que tu rebondisses sur les années 80. J’étais trop jeune pour agir à l’époque et je conserve aujourd’hui une certaine rancoeur à l’égard de ceux qui le pouvaient et qui n’ont rien fait. Loin de moi l’idée d’une curée inquisitrice mais je serais très intéressé aujourd’hui par les témoignages de ceux qui ont pleinement vécu le Mitterrand d’après 83, la privatisation de TF1, Maastricht, l’hystérie libérale et Thatcher, la mondialisation, etc. Témoignages descriptifs et sincères qui, je le crois, nous permettraient de comprendre un peu mieux notre époque et qui servirait le sujet de ce fil. Parce que, de mon point de vue d’enfant/ado, j’avais l’impression que tout le monde appréciait les changements structurels, le rapprochement des USA, la consommation débridée et le reste. Tout le monde ou presque, si bien que protester aujourd’hui contre le monstre libéral avec autant d’enthousiasme que nous en avions à nous gaver à partir de 83 décridibilise notre démarche. Il me semble.

« En 68, on refait le monde. En 86, on refait la cuisine » (cité par Déhel)

Il y a aussi le mot de Jouhandeau aux manifestants de 1968 qui défilaient sous ses fenêtres : « Rentrez chez vous, vous serez tous notaires ! » JR