Xénophobie, menaces et « désobéissance » : l’Union européenne confrontée aux peuples
@ Déhel,
soit. Mais la tyrannie – subtile – qu’est l’Union européenne réellement existante, comment on la changera ?
[b]Comment va-t-on, en pratique, renégocier les traités UE ? Les analyses qui s’abstiennent de considérer cette question sont des couvercles sur une marmitte.
Le Parti de Gauche – en particulier, mais on peut en dire autant de presque tous les partis – s’interdit d’évoquer même l’idée d’une sortie de l’Union européenne, au motif que cela « ferait le jeu des nationalismes ». Le problème est que cela mériterait un débat et qu’on ne l’a pas. Car justement, on peut défendre la thèse inverse – ce que je fais. [/b]
En pratique, le Front national est le seul parti qui s’autorise à parler de cette idée – et encore, à demi-mots. Pour le dire honnêtement, s’ils n’ont pas fait un plus gros score à ces dernières élections, outre le fait que les électeurs concernés sont sans doute en bonne part concernés par l’abstentionnisme de circonstance, il y a que, justement, le FN a été relativement peu clair dans son discours anti-UE, « trop réglo » si je puis dire.
Dans les autres organisations politiques, parmi les seules qui pourraient le faire, la plupart explosent ou sont retournées commes des crêpes : exemple, DLR (Debout la République), avec des dirigeants qui font des campagnes pro-UE. Inutile de dire qu’il a fait un score minable. Même De Villiers a fait campagne sur le thème « prenons notre Europe en main » ; il s’est ramassé.
Au PCF, une motion parmi les deux dissidentes appelle ouvertement à sortir de l’Union européenne : elle a fait 25% au plan national ; 40% dans le Rhône, où je vis, soit 3000 adhérents, alors que le meeting du front de gauche sur Lyon a fait 300 personnes… Le type qui conduit cette motion (André Gérin) s’est fait éjecter de la direction nationale.
La xénophobie est clairement monté dans plusieurs pays d’Europe. Ce qui alimente une immigration de plus en plus massive et désespérée. Et les conditions de cette immigration et de la répression ne sont pas près de baisser en intensité, en violence, en misère, en violations. Et en effets secondaires, tels la xénophobie.
Contrairement à ce que chante la doxa de tant de partis qui, à l’évidence, n’ont rien pu empêcher dans l’avancée du monstre néolibéral, ce qui fait et fera, dans les temps à venir, le jeu des nationalismes, ce n’est pas le fait d’envisager l’idée d’une sortie de l’Union européenne, c’est le fait d’empêcher que ceux qui l’assument puissent en parler publiquement.
Cette idée ne doit surtout pas être réduite à une perspective. On doit prendre conscience, sans passion, que le seul moyen pour un pays de renégocier les traités UE dans un sens positif, social et démocratique, c’est d’employer la menace. Puisqu’il suffit aux lobbies d’acheter le gouvernement d’un seul pays membre, fut-il petit comme Malte ou le « riche » Luxembourg, pour empêcher toute renégociation de clauses « sensibles », il faudra fatalement qu’un seul gouvernement résolu et soutenu par une base populaire résolue, regarde ces marchands dans les yeux et mettent fin au chantage en en posant un autre : c’est ça (tel ou tel changement) ou merde (notre sortie de l’UE).
A un niveau intermédiaire, on peut et on devra pratiquer la « désobéissance » européenne. Contre une puis plusieurs directives ciblées. En refusant de donner suite aux injonctions consécutives de la CJCE puis de payer les astreintes, etc.
Il est intéressant de noter que le même texte fondateur du Parti de gauche qui exclut l’idée d’évoquer celle d’une sortie de l’Union européenne, reconnait la nécessité de cette désobéissance européenne.
Un intérêt majeur est que ce sera alors aux gouvernements des autres pays membres de se mouiller en demandant publiquement l’exclusion du pays désobéissant. En effet, il ne leur suffira pas du tout d’agir en coulisse (au sens où le peuple l’ignore) auprès des juridictions, de la CJCE, de la Commission, pour contraindre le pays désobéissant à rentrer dans le rang, puisque précisément celui-ci ne se pliera pas aux menaces, jugements, condamnations financières – il remettra ainsi l’institution internationale et le traité à leur place, celle du « droit international » ou la force fait le droit, qu’on le veuille ou non. Non, il faudra oser affronter les peuples. Le cauchemard pour ce régime.
Et les gouvernement de ces autres pays sauront que, s’ils obtenaient l’exclusion du pays désobéissant (ce qu’ils ne veulent évidemment pas, mais supposons que les lobbies qui les tiennent s’attachent à ce point à défendre telle clause de traité ou telle directive), les peuples de ces pays seraient évidemment informés, ça ferait scandale et on ne pourrait pas cacher les raisons de l’exclusion, ni l’identité des plaignants : il suffirait de se référer à l’arrêt d’exclusion de la CJCE. Rien de plus simple.
[b]Ces peuples sauraient ainsi au nom de quoi on a fichu dehors un pays, et il s’agira à coup sûr d’une ou quelques directives odieuses… et donc impopulaire également dans les pays dont les gouvernements auront porté plainte…
Vous voyez un peu le renversement de la logique du cliquet liée à la règle d’unanimité dans la ratification des traités – une logique implacable sinon.[/b]