Editorial 9 - [b]VUELING AIRLINES - Espagne – début 2005[/b] - AJ Holbecq - 30 mai 2005
Laissez-moi vous raconter cette petite histoire, extraite d’un document interne du SNPL (Syndicat National des Pilotes de Ligne)
VUELING AIRLINES - Espagne – début 2005
Dans une salle d’un immeuble de Barcelone, une quarantaine de candidats venus de toute l’Europe, pilotes qualifiés d’Airbus 320, ont répondu à une offre d’emploi de pilotes pour une nouvelle compagnie « low coast ».
Entre une jeune femme qui, après un bref salut, se dirige vers un tableau pour y inscrire les conditions de travail: [bgcolor=#FFFF99]5000 euros nets, cotisations sociales, assurance perte de licence, cotisations retraite, défraiements d’escale.[/bgcolor]
" Que ceux qui acceptent ce contrat de travail lèvent la main" annonce la femme qui se retourne et constate que toutes les mains sont levées.
Elle efface alors " assurance perte de licence" puis réitère sa question…
Un pilote ne lève pas la main. « Vous pouvez sortir, merci d’être venu »
Elle retire ensuite " cotisations retraite"
Le processus se poursuit jusqu’à ce qu’il ne reste plus que le salaire net sur le tableau, devant les yeux de la trentaine de candidats restants.
Le salaire proposé diminue ensuite régulièrement, et finalement seuls treize pilotes restent en lice: ils sont embauchés sur A 320 pour 1800 euros nets par mois.evil
''Imaginez les conséquences sur la qualité de vie des pilotes, les pouvoirs d’achats, les caisses de retraites !…
Ce qui s’applique à ces pilotes s’applique maintenant à de nombreuses professions.
Et bientôt les médecins, les infirmières, les professeurs , VOUS …?
Non, vraiment, cette Europe libérale est mortifère… …‹ ›
Editorial 7 - [b]Vous l'avez voulu ? .. vous l'avez ![/b] - AJ Holbecq - 21 avril 2005
Depuis le premier janvier 2005, date de levée des quotas d’importation du textile avec la Chine, voulu par le commissaire européen au commerce Pascal Lamy (grand défenseur du « OUI » au projet de Constitution européenne), les importations de textiles ont fait, par exemple, un bond en volume de [bgcolor=#66FF00]5 674 %[/bgcolor] pour les chaussettes et de [bgcolor=#66FF00]901%[/bgcolor] pour les pantalons en janvier et février 2005, par rapport aux mêmes mois de 2004 .
Ce n’est pas mieux [bgcolor=#66FF00]aux États-Unis : sur la même période, plus 1 250% pour les chemises, + 1 500 % pour les pantalons.[/bgcolor]
Et ce n’est qu’un début car les Chinois cassent les prix (ils sont 90 millions à vivre du textile).
D’après la Fédération textile européenne, Euratex, l’Europe devrait perdre un million d’emplois d’ici fin 2006 … plus de 1300 par jour. et les Etats- Unis perdent 1,3% par mois de leurs 665000 emplois dans le textile.
Évidemment, nous leurs vendons des Airbus… ne les auraient-ils pas de toute façon achetés ?
Bien sur, pour être tout à fait honnêtes, nous nous protégeons : du moins, nous pouvons le faire et limiter, mais seulement jusqu’en 2008, la croissance des importations à 7,5% par an.
C'est ici qu'intervient [b][bgcolor=#FFFF99]l'impossible choix de nos trois personnalités (consommateur, salarié, citoyen)[/bgcolor][/b]
Les choix de consommateur
Les choix (valeurs) de salarié
Les valeurs de citoyen
Lorsque le consommateur recherche le prix le plus faible pour n’importe quel achat, il pense qu’il profite du système et de la concurrence…
Lorsque le salarié voit son salaire diminuer (car c’est le levier principal permettant de réduire un prix de revient), il pense au contraire que la concurrence est néfaste, mais ce n’est pas pour cela que lorsqu’il se retrouvera dans la « personnalité consommateur » qu’il va pour autant changer ses choix.
Sa troisième personnalité, celle de citoyen, doit se trouver bien ennuyée, car elle sait que le choix consommateur est fondamentalement néfaste pour l’avenir de la société mais aussi pour son propre avenir puisqu’il « tire » tous ses revenus, mais aussi ceux de tous les travailleurs, vers le bas.
Il est probable qu’inconsciemment soit tenu le raisonnement suivant : " bien sûr, en achetant à bas prix, je justifie les bas salaires et j’échapperai peut être, de même que j’échapperai peut être à la délocalisation, ultime « technique » pour faire descendre les prix de revient qui vont me permettre à moi consommateur de payer moins cher. Mais aussi, j’augmente le chômage dans mon pays par la même occasion… tant pis, moi je m’en sortirai sans doute…."
On peut aussi penser qu’il pense "bien sûr, en achetant à bas prix, je justifie les bas salaires, y compris les miens, ceux de mes enfants, de mes amis et de mes concitoyens, mais de toute façon, ce qui importe ce n’est pas tellement le montant du salaire, mais sa « valeur relative », ce qu’il me permet d’acquérir, ce qu’on nomme « pouvoir d’achat »
La seule solution pour sortir de ces dilemmes, c’est que l’individu accepte qu’un « individu supérieur », je veux parler de la collectivité qui agira par l’intermédiaire de lois et règlements, agisse pour le « bien commun » en imposant une régulation à la dérégulation.
Et c’est donc aussi ici qu’il faut reconnaître que le projet de Constitution est néfaste, en mettant en concurrence des pays aux niveaux de vie et de salaires aussi différents que sont les pays de la zone euro (Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, Finlande, France, Grèce, Irlande, Italie, Luxembourg, Pays- Bas, Portugal) et certains des pays nouveaux (parmi les 10 que sont Chypre, Malte, Slovénie, Pologne, Hongrie, République Tchèque, Estonie, Lettonie, Lituanie, Slovaquie , et bientôt les 2 ou 3 en plus: Bulgarie, Roumanie , et peut être la Turquie).
Car, comme je l’écrivais dans un autre article, [bgcolor=#FFFF99]Adam Smith, un des pères du libéralisme, recommandait des protections douanières vis-à-vis des pays dont les règles du jeu n’étaient pas les mêmes que les nôtres[/bgcolor] : pourquoi les fonctionnaires de l’OMC et de Bruxelles veulent-ils faire mieux ?
Il n’est pas question évidemment de fermer nos frontières… mais de les ouvrir progressivement…