Bulletin blanc : la position du Conseil constitutionnel – Mise à disposition du public, gratuitement, des résultats du travail de tout organisme public
@anredec, Téhach :
il ressort en effet de la note des services du Conseil constitutionnel (22005) que ces services voient des objections à ce qu’on donne une signification particulière au vote blanc en tant que suffrage exprimé.
Mais ce sont les services du Conseil qui parlent, et non pas le Conseil lui-même (il ne se prononce que par des décisions ou des avis).
Ensuite les remarques des services du Conseil ne sont pas entièrement négatives j’ai souligné dans la citation qui suit ce qui m’a paru important dans le contexte de ce fil, d’autant plus que certains d’entre nous s’apprêtent à compter les bulletins blancs lors des
prochains dépouillements de votes :
[i]Bulletins blancs et nuls
[…] Lors du dernier référendum, on a relevé de nombreux commentaires sur les bulletins. Que signifient-ils […] ?
Pour préciser la notion de bulletins « blancs et nuls », il faut partir d’un constat initial simple : qu’est-ce qui permet d’écarter un suffrage comme non valablement exprimé ?
Il s’agit d’abord d’une série de critères matériels objectifs : non respect de règles édictées par le code électoral ; par exemple, bulletins excédant le format réglementaire, bulletins imprimés sur papier de couleur, bulletins comportant le noms de personnes non candidates, etc. Ces règles doivent garantir une certaine forme d’égalité entre candidats et ces interdictions n’ont de portée réelle que parce que la loi met à la charge des candidats de soin d’imprimer ou de faire imprimer leurs bulletins de vote.
Tel n’est pas le cas du référendum où les bulletins de vote OUI et NON sont imprimés par l’administration.
Les causes de nullité des bulletins ressortissent alors à deux séries de constat :
– les bulletins de vote comportant une forme de reconnaissance, donc présentés en méconnaissance du principe du secret du vote ; selon une tradition constante depuis le XIXe siècle, ces bulletins sont considérés comme nuls
– les bulletins n’exprimant pas un choix objectivement clair de l’électeur.
En ce sens sont interprétés les bulletins en blanc, c’est-à-dire ne comportant aucune mention OUI ou NON pour un référendum. On rappellera qu’exceptionnellement, le droit électoral peut autoriser l’usage de tels bulletins en blanc (second tour des élections sénatoriales, élections municipales dans les communes de moins de 3 500 habitants). Ce n’est pas le cas pour le référendum.
Y sont assimilés les suffrages présentant une expression contradictoire, c’est-à-dire simultanément, dans la même enveloppe de scrutin, au moins un bulletin OUI et au moins un NON.
A contrario, une jurisprudence constante considère comme valablement exprimé un suffrage qui se traduit par la présence dans une même enveloppe de scrutin de plusieurs bulletins identiques.
C’est bien l’ensemble bulletins en blanc et bulletins n’exprimant pas de choix qu’il est convenu d’appeler le « vote blanc ».
Le code électoral assimile vote blanc et vote nul, regroupés dans l’ensemble des suffrages non exprimés, c’est à-dire la différence entre le nombre des votants et celui des suffrages exprimés. Dans certains cas, on peut hésiter quant à la qualification la plus appropriée (par exemple, bulletins trouvés dans l’urne sans enveloppe et enveloppes de scrutin sans bulletin de vote).
Toutefois, dans les bureaux de vote dotés d’une machine à voter, le « vote blanc », quoique exclu des suffrages exprimés est clairement identifié comme la possibilité légale offerte à l’électeur de ne procéder à aucun choix . Le respect de cette possibilité constitue même un des critères d’agrément d’une machine à voter (cf. art. L. 57-1 du code électoral).
Que deviennent les bulletins correspondant aux suffrages exprimés ?
Les suffrages exprimés (= ensemble des bulletins - blancs et nuls) sont détruits à l’issue du dépouillement en présence des électeurs. Cf. art. R.68 du code électoral.
Que deviennent les bulletins blancs et nuls ? Ils sont annexés au procès-verbal.
Pour les scrutins faisant l’objet d’une centralisation des résultats (cantonales, législatives, européennes, présidentielles, référendums…) les procès-verbaux, accompagnés des bulletins litigieux, font l’objet d’une centralisation. Un autre exemplaire du procès-verbal est conservé à la mairie.
Exemple : le Conseil constitutionnel est « bureau centralisateur national » pour les présidentielles et les référendums. C’est donc au Conseil constitutionnel qu’ils sont conservés dans ces deux cas.
Le vote blanc pourrait-il être mieux pris en compte ?
a) Il faut souligner l’ancienneté de la règle, posée par l’article L.66 du code électoral (1852), qui assimile les bulletins blancs aux bulletins nuls :
Exprimés = bulletins - « blancs et nuls »
Il n’existe pas de décompte à part des bulletins blancs.
b) […]
c) Par ailleurs, les bulletins blancs ne sont pas fournis officiellement. Les électeurs qui souhaitent les utiliser les apportent avec eux. La distribution de bulletins blancs par des particuliers est interdite le jour du scrutin (cf. art. L.49 du code électoral)
d) La jurisprudence est constante sur l’assimilation des bulletins blancs aux bulletins nuls (Cf. récente décision Durand).
[b]On peut comprendre la revendication, formulée par certaines associations, de décompte officiel des bulletins blancs. En effet, il est désobligeant d’assimiler à l’abstention ou à un vote défectueux, le geste d’un électeur qui a fait l’effort de venir voter.
e) On pourrait imaginer un décompte à part des bulletins blancs, mais, en aucun cas, leur assimilation aux suffrages exprimés. Cette assimilation produirait en effet des conséquences techniques indésirables (Cf. tableau).[/b]
f) Il faut enfin souligner l’ambiguïté que présenterait le décompte officiel des bulletins blancs : mesurerait-on la neutralité ou l’hostilité de l’électeur à l’égard des options en présence ?[/i]
Question de la mise à la disposition du public des résultats des travaux d’organismes publics
J’ai deux remarques incidentes mais je crois importantes à faire concernant ces explications des services du Conseil constitutionnel :
– Je n’ai pas réussi à trouver en ligne le « tableau » explicatif des inconvénients techniques de la prise en compte des votes blancs comme suffrages exprimés (tableau mentionné dans l’explication). J’ai appris par la bande qu’une de ces difficultés techniques est que la désignation des élus seraient plus compliquée si l’on assimile le vote blanc à un suffrage exprimé (c’est indéniable. mais la difficulté peut être surmontée).
– Il apparaît que le seul moyen de se procurer le tableau serait d’acheter la publication correspondante du Conseil.
Même s’il est concevable que les services du Conseil veuillent rentrer dans leurs frais de fonctionnement en vendant leurs publications (à prix coûtant j’espère), il me semble inacceptable qu’un organisme financé publiquement, surtout le Conseil (car la constitution intéresse tout le monde), ne mette pas automatiquement et gratuitement en ligne les informations et les réflexions utiles à tous pour se faire une idée précise du fonctionnement de cet organisme. et donc de leurs droits.
Je vois dans cette manière de faire une intrusion insidieuse des motifs de profit du secteur privé dans les modes de gestion des services de l’État.
Je tâcherai de me procurer le tableau manquant auprès du Conseil et je dirai ici ce qu’on m’aura répondu. JR