[...] Le tirage au sort aussi permet de représenter [...]
L’élection, c’est faire choisir des gens par des gens […]
[…] On peut donc différencier les deux régimes :
- une république démocratique => basée sur la représentation
- une république aristocratique => basée sur la délégation de pouvoir
Concrètement, vous la faites comment la représentation pour faire une constituante? (sans le tirage au sort)
Adrien (690) :
Dites tout le bien que vous voulez du tirage au sort : par exemple, que c’est le meilleur moyen de lutter contre les défauts de l’élection.
Mais ne dites pas svp qu’« il permet de représenter ».
« Élection » signifie « choix », comme vous le notez vous-même, et la représentation implique un choix.
Le tirage au SORT a justement pour fonction d’éliminer tout choix et donc toute représentation. C’est un des exacts contraires de la représentation (du gouvernement représentatif, de la démocratie représentative) avec la dictature.
C’est justement parce qu’on croit impossible de se faire représenter en choisissant à bon escient qu’on en vient au tirage au sort. Cela reste vrai même si c’est le peuple lui-même qui décide de confier son sort au hasard ou à un dictateur. Même dans ce cas, on ne pourrait pas soutenir que le peuple est représenté : seulement qu’il a décidé de confier les pouvoirs souverains à un tiré au sort ou à un dictateur.
[b]Votre argument principal contre l’élection, si j’ai bien compris, est qu’elle aboutit à mettre en place une oligarchie désignée par les électeurs.
Sous-entendu de ce raisonnement : tous n’élisent pas – voir le niveau d’abstention lors des dernières législatives. Et d’ailleurs – vous considérez les électeurs sont des incompétents qui se laissent influencer.
Aucune de ces deux hypothèses de travail ne peut servir d’argument en faveur du tirage au sort, puisque, dans le tirage au sort, 1) personne n’élit, et 2) les chances de désigner des incompétents absolus sont au moins aussi grandes qu’avec l’élection, pour l’évidente raison que les tirés au sort ne se sont préalablement soumis à aucun jugement technique ou moral.
D’autre part, les effets oligarchogènes indéniables de l’élection ne sont pas un argument contre l’élection, mais un argument contre l’abstention[/b].
La question (en supposant que le vote blanc effectif ait été institué) est donc de savoir si le vote ne devrait pas être rendu obligatoire et les abstentions injustifiées soumises à des peines d’amende ou d’emprisonnement. Voilà un vrai problème concret et immédiat.
Le problème plus général est celui du niveau d’éducation des électeurs. En principe, tout le monde a assez de bon sens pour savoir quel genre de gouvernement il veut et pour choisir entre les candidats gouvernants qui se présentent devant lui. Si tel n’est pas le cas, pas la peine de se préoccuper de démocratie : le despotisme éclairé fera très bien l’affaire.
Concrètement, pour mettre en place une assemblée constitutionnelle, on devrait procéder comme suit :
– organiser un débat public général suffisamment prolongé sur les idées et projets constitutionnels individuels et collectifs ;
– laisser les citoyens se rassembler autour des partis et autres groupements soutenant les idées qui correspondent le mieux aux leurs ;
– organiser une élection pour l’assemblée constitutionnelle, dans laquelle tous les partis et mouvements, ainsi que tous les citoyens à titre individuel pourraient présenter leurs candidats et leurs programmes institutionnels ;
– laisser à la majorité du peuple le soin se prononcer en s’aidant de ces débats sur la composition de l’assemblée constitutionnelle.
« Assemblée constitutionnelle » et non « constituante », parce que son projet (qu’elle soit élue ou tirée au sort) devra être soumis au électeurs pour approbation. Encore une élection, vous me direz : eh oui – ou alors voudriez-vous un tirage au sort entre plusieurs projets ?
Je termine :
– À ma connaissance, aucune assemblée constituante n’a été tirée au sort, y compris du temps de la Grèce prétendue démocratique. Pourquoi ?
– Les « pauvres créatures sociales influençables que nous sommes » (pour reprendre votre expression) seront toujours mieux placées que le hasard pour décider de leur destin politique. JR