[b]Anarchie spontanée, anarchie préméditée[/b]
Lu une requête : "un tout petit énoncé des [b]principes anarchistes[/b] acceptés part tous les anarchistes"
Chic ! un oxymore de plus !
Exiger de la pensée libertaire qu’elle se développe et se démontre selon les mêmes usages et processus que ceux de la pensée au pouvoir, cela est au mieux un piège dialectique.
Son étymologie est le plus petit énoncé possible de l’anarchie. Déjà très clair.
Désolé de décevoir : il n’y a pas oxymore.
Par « anarchisme », on entend ou bien un mode de fonctionnement social spontané ou bien un certain mode de fonctionnement social prémédité. Les sympathisants de l’anarchisme qui se sont manifestés ici sont majoritairement, à ce qu’il semble, de l’avis que l’anarchisme est un mode de fonctionnement social prémédité : certains renvoient même à des temps et des lieux où ce mode anarchiste aurait fonctionné.
Il est légitime, dans ces conditions, de leur demander d’expliquer selon quels autres usages et processus que ceux de la pensée au pouvoir la pensée anarchiste se développe, et au-delà, quel est, dans ses principales caractéristiques, le mode de fonctionnement social qui correspondrait à l’anarchisme.
S’il y a un mode de fonctionnement social anarchiste, pourquoi la demande serait-elle incongrue ?
Jacques… tous les modes de fonctionnement sociaux
se heurtent à [bgcolor=#FFFF99]l’égoïsme individualiste d’une minorité des hommes[/bgcolor]. Si tu n’as point idée sur les raisons pour lesquelles le socialisme et le communisme partent actuellement par les égouts, et que in fine aucune idéologie ou stratégie sociale semble pouvoir survivre dans l’état actuel de notre société, je trouve malhonnête de demander à qui que ce soit des preuves de la pérennité de l’anarchisme dans ces mêmes circonstances. [bgcolor=#FFFF99]L’anarchisme et le libéralisme d’origine sont des idéologies non-agressives, qui eurent la malchance de devoir partager temps et espace avec une très violente instrumentalisation du communisme par une base bourgeoise pour lancer les démunis contre la monarchie absolue du Tzar de Russie qui les gênait, et une non moins violente chasse au rouge lorsque celui-ci déborda les frontières prévues et menaça par liquider tous les bourgeois.[/bgcolor]
Simplement, [bgcolor=#FFFF99]du fait de ces circonstances, de création externe, il n’y a jusqu’à nos jours jamais eu des circonstances dans lesquelles elles auraient pu se développer sans entraves[/bgcolor]. Ce sont des raisons similaires qui avortèrent l’expérience athénienne… le tirage au sort ne fut pas abandonné logiquement pour des raisons valides, ceux qui le pratiquaient ayant perdu une guerre, ce furent les pratiques du vainqueur qui continuèrent.
Des entraves auxquelles doit faire face aujourd’hui n’importe quelle théorie politique et/ou sociale si elle veut avoir une possibilité de pérennité.
S'il n'y en pas, pourquoi défend-on l'anarchisme ? Voire, pourquoi en parle-t-on, sauf pour ne rien dire, et même se contredire au moment même où on prononce le mot, puisque ce mot impliquerait simultanément l'absence de tout système et l'existence d'un mode de fonctionnement prémédité sinon déjà opérationnel ?
Pour plus de sûreté, je répondrai moi-même :
L’anarchisme en tant que mode de fonctionnement social prémédité n’a jamais effectivement fonctionné. Il n’y a donc pas lieu de le défendre ni d’en parler.
Reste, toutefois, l’anarchie en tant que fonctionnement social spontané : je nous souhaite bien du plaisir, c’est ce qui avait cours chez nous il y a 30 000 ans et qu’on peut encore observer chez les bêtes. JR
Tu es bien gentil d’anticiper la réponse que tu souhaites entendre, tu sais que ce n’est pourtant pas celle qu’on te donnera

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L’anarchisme est un mode de fonctionnement prémédité, et seulement prémédité. Il n’existe pas en tant que mode spontané. Tu confonds à propos (ou par ignorance) anarchie et anomie. Comme mouvement prémédité, il suppose précisément cela, une préméditation. Comme j’ai déjà dit, il eut la malchance de vouloir faire penser les hommes à un développement non-agressif juste à un moment ou le monde allait se diviser en deux moitiés super agressives (le virus rouge artificiel crée par les bourgeois, et l’antivirus bleu qu’ils durent créer vite ensuite pour pouvoir se défendre de la prolifération du premier). Tant que cette guerre des rouges contre les bleus (ou des bleus contre les rouges) dure… ces deux champs exigent que tout le monde choisit d’être ami ou ennemi, laissant nullement de l’espace (qui à un moment pourrait être récupéré par l’ennemi) à quelconque autre expérience, certainement pas à des expériences pacifiques. La préméditation faisait choisir tout le monde d’être ou bien rouge ou bien bleu, aucun autre choix n’étant toléré par les deux « idéologies » opposées.
Lorsque les hommes auront surmontés cette division artificielle entre les bleus et les rouges (ce qui n’est pas encore le cas, d’où le besoin des rouges de s’emparer de tout mouvement social (comme le 15M/Indignés) et des autres de se voir menacés par cette possibilité au point de les classer parmi les mouvements terroristes -menaçant leur intégrité?-) nous verrons bien que [bgcolor=#FFFF99]le modèle organisationnel anarchiste est l’un des plus équilibrés qui existe.[/bgcolor] Mais il a besoin, oui, de préméditation, d’équilibre voulu, et de sagesse parmi les hommes pour être viable.
Qui se contenterait d’un modèle qui n’ait point besoin de sagesse?
[bgcolor=#FFFF99]En attendant qu’assez de gens réfléchissent avec préméditation et sagesse pour qu’il soit possible sans devoir être imposé (un oxymore impossible), on continuera à discuter dans les marges de ce qui sera viable, même avec un récalcitrant comme toi[/bgcolor]
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