08 Le traité de LISBONNE

[bgcolor=#FFFF99]« Le mépris des principes est la cause des malheurs publics »[/bgcolor]
Une forte réflexion de l’excellent Christian Darlot sur l’ordre juridique après la ratification parlementaire du traité de Lisbonne

En commentaire au [b]coup d’État de Versailles[/b], plusieurs juristes ont affirmé que ratifier le traité de Lisbonne par voie parlementaire était peut-être politiquement choquant mais constitutionnellement possible.

Cette opinion ne résiste pas à un instant de réflexion, car elle cantonne la Constitution à sa lettre. Or non seulement la Constitution est un ensemble logique et articulé, inspiré d’une pensée politique cohérente, mais [bgcolor=#FFFF99]des principes fondamentaux du droit existent, supérieurs aux textes juridiques par leur prééminence, et situés à la base de l’édifice juridique pour leur solidité.[/bgcolor]

Certains sont très généraux et très connus, souvent cités sous la forme d’un adage de droit romain. Par exemple l’autorité de la chose jugée (non bis in idem) ou la légalité et la non-rétroactivité des peines (nullum crimen, nulla poena sine lege praevia). D’autres sont plus particuliers : « Le lieu régit le droit » (locus regit actum), ce qui suffit à renvoyer Bolkestein au néant ; « nul ne peut alléguer de sa propre turpitude » (nemo auditur propriam turpitudinem allegans), etc.

Les énoncés de ces principes résultent de siècles d’expérience, qui les ont fait reconnaître comme indispensables à la paix civile et à la liberté personnelle.

D’autres principes portent sur l’usage de la puissance politique. Ainsi « Que les consuls veillent à ce que la chose publique ne subisse aucun dommage » (caveant consules ne quid detrimenti respublica capiat). Nos politiciens qui asservissent la France devraient y être rappelés.

Et il y a bien sûr des principes exprimés en bon français, au premier chef la Déclaration des droits de 1789, dont les traités européens violent tous les articles politiques.

Or parmi les plus fondamentaux des principes fondamentaux du droit, deux principes parallèles et étroitement liés sont [b]la hiérarchie des normes[/b] et [b]la hiérarchie des pouvoirs[/b].

Il va de soi, en effet, que [b][bgcolor=#FFFF99]les principes sont plus importants que la Constitution, celle-ci supérieure aux lois, qui sont à leur tour supérieures aux règlements et à la jurisprudence.[/bgcolor] Ainsi les principes fondent la Constitution, qui fonde les lois etc. C’est la hiérarchie des normes.

De même, [bgcolor=#FFFF99]une décision prise par une autorité peut être cassée par une autorité supérieure, mais pas par une inférieure.[/bgcolor] C’est la hiérarchie des pouvoirs ; c’est le bon sens même.[/b]

[bgcolor=#FFFF99]Une décision prise par référendum ne peut donc évidemment être modifiée que par le même moyen, puisqu’il n’y a pas d’autorité supérieure au souverain.[/bgcolor] Les mandataires ne sont pas supérieurs aux mandants et il serait extravagant qu’ils s’imaginent l’être lorsqu’ils n’ont pas été explicitement mandatés. Violer ce principe, c’est renverser tout l’ordre juridique, puisque, comme leur nom l’indique, les principes fondamentaux sont à la base du droit !

Soutenir que le Parlement puisse ratifier un traité contre la décision du peuple souverain suppose que l’on considère le droit de façon irrationnelle, sans conscience de son origine ni de ses règles, sans souci de logique et sans prévoir les conséquences sociales ni politiques de l’effondrement de l’ordre juridique.

Nier que le respect des principes fondamentaux conditionne la validité de tout texte et de tout acte reviendrait à réduire le droit à un ramassis d’usages pratiques inarticulés qui pourraient être changés à tout moment par des pouvoirs non habilités à le faire. C’est d’ailleurs ce que sont les textes émanant de ce pouvoir sans fondement qu’est l’Union européenne, et c’est pourquoi les traités européens, incohérents et anti-démocratiques, ne peuvent être approuvés, en leur état, par quiconque jouit de quelque cohérence mentale.


Sur cette pente, c’est tout l’ordre social, la paix civile et la sûreté personnelle qui sont en danger. Le mépris des principes a des conséquences économiques, sociales, politiques, qui ne se font pas sentir tout de suite mais sont terribles à long terme.

[bgcolor=#FFFF99]La trahison de Versailles nous a fait entrer dans le non-droit. Violer la souveraineté du peuple, c’est rétablir sans le dire le despotisme, obliquement éclairé, et le suffrage censitaire[/bgcolor] (dont les effets désastreux sont, hélas, connus : 1790, 1848, 1954 !). Mais comment les fonder ? Trois siècles d’évolution vers la pensée rationnelle ne permettent plus de se référer à la coutume, ni au droit divin. Pour rétablir l’inégalité, il faudrait bien pourtant lui trouver un fondement philosophique, au-delà de la mondialisation inéluctable et de la lutte contre le terrorisme ! Mais c’est évidemment impossible. Aussi tout cet échafaudage de traités bancals s’écroulera-t-il, ensevelissant ses auteurs, et beaucoup d’innocents, sous les ruines.

L’Union européenne est morte désormais ; maintenant reste à savoir comment elle s’effondrera, et comment limiter les dégâts qui résultent de quatre décennies d’erreurs.

[bgcolor=#FFFF99]Il faut rétablir la République.[/bgcolor]

Christian DARLOT
(site perso : http://www.aass.oru.se/~ser/index_darlot.htm)

Il faut, non pas rétablir la République - n’exagérons pas -, mais la perfectionner.

Pour cela, en priorité, renforcer l’autorité constitutionnelle du peuple (qui exerce la souveraineté au nom de la nation) en rendant le référendum obligatoire pour toute révision constitutionnelle sans exception.

C’est sur cette base et sur elle exclusivement que je vois se constituer un mouvement citoyen efficace dans l’immédiat. Le reste (dont la théorie) viendra après. JR

Le problème est qu’on sait bien que sur des questions référendaires (oui/non), logique beaucoup trop « binaire », le peuple ne vote pas toujours simplement sur la question posée, mais en profite pour exprimer parfois un mécontentement « politique »… Je suis certain qu’une partie du succès du non au TCE est issu de cette position de « rejet politique ».

URGENT - Message de Nicolas DUPONT-AIGNAN

Le débat à l’Assemblée Nationale sur la ratification du traité de Lisbonne touche à sa fin. Nicolas DUPONT-AIGNAN défendra à 11h une ultime motion de procédure pour alerter ses collègues sur la gravité de leur vote. Vous pouvez suivre son intervention en direct sur le site de l’Assemblée Nationale www.assemblee-nationale.fr

Sous-entendus politiques

AJH (3253).

Vous avez parfaitement raison : une partie des non de 2005 exprimait un mécontentement politique.

Et une partie des oui exprimait une satisfaction politique.

Restent les résultats du référendum. JR

Jeudi 7 février 2008, l’Assemblée Nationale a ratifié le traité de Lisbonne. Pour savoir qui a voté quoi, c’est à cette adresse :

http://www.assemblee-nationale.fr/13/scrutins/jo0083.asp

Il y a eu 388 suffrages exprimés.
336 députés ont voté OUI.
52 députés ont voté NON.

Je remercie les 52 députés qui ont voté NON :
  • 5 députés UMP : MM.
    Georges Ginesta,
    Patrick Labaune,
    Mme Geneviève Levy,
    M. Jacques Myard
    et Mme Josette Pons.

  • 25 députés socialistes et MRC (Chevènement) :
    MM. Thierry Carcenac,
    Marc Dolez,
    Jean Pierre Dufau,
    Jean Paul Dupré,
    Christian Eckert,
    Henri Emmanuelli,
    Albert Facon,
    Michel Françaix,
    Joël Giraud,
    Christian Hutin,
    Serge Janquin,
    Jean Pierre Kucheida,
    Patrick Lebreton,
    Jean Mallot,
    Mme Marie Lou Marcel,
    MM. Gilbert Mathon,
    Jean Michel,
    Germinal Peiro,
    Jean Claude Perez,
    Mmes Marie Line Reynaud,
    Christiane Taubira,
    MM. Jacques Valax,
    Michel Vauzelle,
    Michel Vergnier et
    Alain Vidalies.

  • 18 députés communistes :
    Mme Marie Hélène Amiable,
    M. François Asensi,
    Mme Huguette Bello,
    MM. Alain Bocquet,
    Patrick Braouezec,
    Jean Pierre Brard,
    Mme Marie George Buffet,
    MM. Jean Jacques Candelier,
    André Chassaigne,
    Jacques Desallangre,
    Mme Jacqueline Fraysse,
    MM. André Gerin,
    Maxime Gremetz,
    Jean Paul Lecoq,
    Roland Muzeau,
    Daniel Paul,
    Jean Claude Sandrier et
    Michel Vaxès.

  • 4 députés non-inscrits :
    Mme Véronique Besse,
    MM. Nicolas Dupont Aignan,
    Jean Lassalle et
    François Xavier Villain.


Pour finir, je précise qu’aujourd’hui, 121 députés socialistes ont voté pour le traité de Lisbonne.
[bgcolor=#FFFF99]Vous avez bien lu : 121 députés socialistes ont voté pour le traité de Lisbonne.[/bgcolor]

[bgcolor=#FFFF99]Ben, qu’a donc voté Fabius ???[/bgcolor]

Cher Instit,

Je n’ai pas vu Fabius… Il me semble pourtant l’avoir entendu promettre de s’opposer explicitement à la révision constitutionnelle par voie parlementaire. Il a bien déclaré, il y a quelques semaines, qu’il allait voter non, n’est-ce pas ?

Il est bien député, Fabius, n’est-ce pas ?

Vous n’auriez pas raté son nom au moment de copier/coller, par hasard ?

:frowning: (effondré)

Étienne.

Plainte du mouvement du 29 mai auprès de la CEDH

Jacques Roman (n°3246) : vous plaisantez, à prendre ainsi l’UE comme un simple traité ? C’est une confédération, comme vous le rappeliez vous-même. Sur le contrôle constitutionnel au plan national, vous ignorez ce qu’en dit le CC lui-même, on dirait.

Quid de l’existence d’un PE élu au suffrage universel direct, qui contresigne toutes les directives ? Et vous dites qu’il est normal que ce seul corps législatif légitime au plan européen n’ait que des pouvoirs limités… parce que l’UE est un simple organe intergouvernemental ?! Ce n’est pas de la preuve par l’absurde, c’est du raisonnement absurde… Sur votre preuve par l’absurde, revoyez-là, elle comporte une bête erreur de logique.

J’ai insisté sur l’aspect décisif de la privation complète d’initiative de tous nos élus. Si cela ne vous amène pas de réaction je comprends que nous soyons partis pour un dialogue de sourds. Franchement, je ne suis pas d’humeur.

Message 3267

Ce message, long en invectives et court en raisonnement, appelle deux commentaires de ma part :

  1. Nulle part je n’ai soutenu que « l’UE était un simple traité ». Ce paralogisme s’apparenterait à celui commis par les Ouistes à propos du TCE, quand ils soutenaient que « le TCE n’était pas une constitution mais un traité ».

L’UE est une organisation intergouvernementale de type particulier - une confédération (libre association d’États demeurés souverains).

  1. L’auteur du message voudra sans doute expliquer en quoi consiste à son avis la jurisprudence pertinente du Conseil constitutionnel français concernant le « contrôle constitutionnel au plan national ». JR

Ca y est. Le traité de Lisbonne est ratifié. Vendredi 8 février 2008, à deux heures et quart du matin, les sénateurs ont ratifié le traité de Lisbonne. A deux heures et quart du matin, la France est devenue une simple région de l’Union européenne. Ca fait bizarre de se réveiller en se disant que la France n’est plus qu’une simple région.

Pour savoir qui a voté quoi, c’est à cette adresse :

http://www.senat.fr/scrupub/2007/scr2007-85.html

Il y a eu 307 suffrages exprimés.
265 sénateurs ont voté OUI.
42 sénateurs ont voté NON.

Je veux remercier les 42 sénateurs qui ont voté NON :

23 sénateurs communistes et MRC (Chevènement) : Mme Éliane Assassi, M. François Autain, Mme Marie-France Beaufils, MM. Pierre Biarnès, Michel Billout, Mme Nicole Borvo Cohen-Seat, MM. Robert Bret, Jean-Claude Danglot, Mmes Annie David, Michelle Demessine, Évelyne Didier, MM. Guy Fischer, Thierry Foucaud, Mmes Brigitte Gonthier-Maurin, Gélita Hoarau, MM. Robert Hue, Gérard Le Cam, Mme Josiane Mathon-Poinat, MM. Jack Ralite, Ivan Renar, Mme Odette Terrade, MM. Bernard Vera, Jean-François Voguet.

2 sénateurs du Rassemblement Démocratique et Social Européen : MM. Bernard Seillier, François Vendasi.

13 sénateurs socialistes : Mmes Maryse Bergé-Lavigne, Alima Boumediene-Thiery, MM. Jean-Louis Carrère, Michel Charasse, Pierre-Yves Collombat, Roland Courteau, Jean Desessard, Jean-Pierre Godefroy, Alain Journet, Jean-Luc Mélenchon, Jean-Pierre Michel, Marcel Rainaud, Robert Tropeano.

2 sénateurs UMP : MM. André Lardeux, Charles Pasqua.

2 sénateurs proches de Philippe de Villiers : MM. Philippe Darniche, Bruno Retailleau.

Cette nuit, à deux heures et quart du matin, la France est donc officiellement devenue une région parmi 27 régions.

[bgcolor=#FFFF99][b]Ben, qu'a donc voté Fabius ????[/b][/bgcolor]

Cher Instit,

Je n’ai pas vu Fabius… Il me semble pourtant l’avoir entendu promettre de s’opposer explicitement à la révision constitutionnelle par voie parlementaire. Il a bien déclaré, il y a quelques semaines, qu’il allait voter non, n’est-ce pas ?

Il est bien député, Fabius, n’est-ce pas ?

Vous n’auriez pas raté son nom au moment de copier/coller, par hasard ?

:frowning: (effondré)

Étienne.


Les députés « Fabiusiens » se sont abstenus visiblement pour la ratification et ils ont voté non à Versailles contre la révision.

Merci Sandy, j’étais en train de me mélanger les crayons entre la révision et la ratification (elles sont si proches).

:confused:

[bgcolor=#FFFF99]« Que fait la rédaction de Rue 89 ? »[/bgcolor]
par Dominique Reynié qui regrette sur son blog que rue89.com n’ait pas censuré l’article qu’ils m’avaient demandé:

Passé le haussement d’épaule devant le vide d’arguments et les insultes (habituels),
je me suis dit finalement que je trouverais peut-être là une opportunité de progresser
en découvrant, dans le débat contradictoire, d’éventuelles erreurs de ma part (évidemment possibles).
Alors, j’ai publié ce commentaire — pas si facile à rédiger, vous l’imaginez, à destination d’un lieu si hostile.
Vous me direz (sur place ?) ce que vous en pensez, n’est-ce pas ?

Bonjour Monsieur Reynié, bonjour à tous,

Je découvre à la fois votre blog et ce billet, et je vois bien que l’endroit ne sera pas pour moi un havre de paix.

Pourtant, je voudrais tenter ici la chance d’un véritable débat, même réduit à quelques points, tant il est vrai qu’on ne progresse jamais tant que dans la contradiction.

Je ne crains pas ceux qui semblent me détester (ou me mépriser) parce que je suis sûr que c’est un malentendu (et je sais aussi, naturellement, que je peux me tromper).

Je me berce peut-être d’illusions, mais je suis sûr que, passé le mouvement d’humeur bien compréhensible que vous avez pu ressentir à la lecture de mon article sur www.rue89.com, vous aurez à cœur de produire quelques arguments de fond, bien étayés, pour me contredire et prouver que je me trompe.

Je vous invite, de façon tout à fait pacifique, à en exprimer un — un argument de fond — pour commencer, et je vous promets de vous répondre loyalement et sérieusement.

Ce pourrait être à propos de la légitimité politique et économique de l’abandon de la création monétaire aux banques privées.

Nous pourrions examiner ensemble le fait que ce soit Pompidou qui ait pris le premier, en 1973, la décision (incroyable) d’interdire à l’État d’emprunter auprès de la Banque de France (c’est-à-dire la décision de l’État lui-même de renoncer à créer la monnaie dont il a besoin pour financer les investissements publics et d’emprunter (à tout jamais ?) cet argent au prix d’un intérêt ruineux) ; vous m’expliquerez que le fait que Pompidou ait été Directeur général de la banque Rothschild en 56 est une coïncidence qui ne prouve rien, mais vous m’expliquerez, s’il vous plaît, la légitimité — économique et politique — de ce « choix » (sabordage ou hara-kiri, plutôt) qui me paraît catastrophique (et que condamnent quelques grands économistes bien moins fragiles que moi).

Mais notre discussion pourrait aussi analyser la légitimité des hommes au pouvoir (parlementaires, ministres, juges) à écrire et réviser eux-mêmes la Constitution, c’est-à-dire les règles et limites de leur propre pouvoir. Le conflit d’intérêt me paraît à la fois évident et grave ; j’aimerais bien connaître les reproches que vous faites à mon analyse sur ce point absolument décisif pour l’organisation de la Cité et pour la concorde.

Nous pourrions revoir ensemble à quoi sert une Constitution — manifestement, cela ne va pas de soi et cette question centrale (très concrète) mérite un débat sérieux, avec un peu de temps pour développer, n’est-ce pas ? — et nous pourrions chercher si « le droit du droit » (la Constitution) est, à vos yeux, un outil pour les puissants, un outil pour les élus, ou un outil pour le peuple pour se protéger contre les abus de pouvoir.

Nous pourrions étudier la situation de la ratification par voie parlementaire du traité de Lisbonne — sur lequel j’ai pas mal travaillé, moins que sur le TCE, il est vrai, mais VGE m’a rapidement dissuadé en avouant TOUT dans Le Monde du 26 octobre 2007 — qui est manifestement une copie maquillée du « traité constitutionnel » (je déteste cet oxymore que j’analyse comme un aveu d’abus de pouvoir) rejeté par référendum, et voir ensemble ce qu’il y a de choquant ou d’exagéré à parler de « viol », c’est-à-dire « acte délibéré de violence contre la volonté de quelqu’un ».

Nous pourrions examiner ensemble le rôle actif des journalistes — anciennes « sentinelles du peuple » transformées en « carpes serviles et discrètes » par le jeu de l’appropriation des médias par les plus puissants, du salariat, de la précarité et du chômage combinés — dans l’absence totale de révolte populaire contre ce « coup d’État simplifié » (l’expression est pertinente ; elle est de Nicolas Dupont-Aignan). Si vous avez lu, depuis ces derniers mois, de l’information sur les projets institutionnels de l’exécutif et des invitations au débat contradictoire à des heures de grande écoute, je vous serais reconnaissant de me signaler où. Avez-vous eu l’impression qu’une bonne publicité ait été donnée aux opinions dissidentes (comme l’exigent les principes les plus élémentaires de la démocratie) ? Avez-vous remarqué une quelconque mise en scène des conflits ? À quoi servent les journalistes, à votre avis ?

Nous pourrions tout autant évoquer les travaux de l’historienne Annie Lacroix-Riz et l’influence des banquiers (positive ? épouvantable ? inexistante ?) sur la politique des pays, depuis fort longtemps et jusqu’à la récente construction européenne si ardemment défendue par le banquier Jean Monnet. Ceci est vraiment passionnant, j’ai hâte de vous lire.

Il y a peut-être d’autres points qui vous semblent importants et que j’oublie ce soir : je vous laisse choisir.

Après avoir admiré l’actualité de la démocratie athénienne décrite par Hansen, Manin, Finley, de Romilly…, je lis Hobbes, je travaille Montesquieu, j’épluche Benjamin Constant, je savoure Tocqueville, et je retrouve chez tous ces hommes passionnants une obsession (libérale ?) — que je partage profondément — de la crainte de l’État Léviathan et de la très nécessaire séparation des pouvoirs pour les limiter. Je lis plusieurs livres d’Orwell de front, je dévore Castoriadis, et je cherche avec Alain et Simone Weil comment affaiblir et contrôler les pouvoirs, y compris médiatiques, manifestement si faciles à acheter…

Je suis sûr que nos lectures de ces auteurs différent, c’est normal, mais je suis sûr également que ces différences sont de nature à nous enrichir, si nous faisons chacun le pari que « l’autre » ne se trompe pas sur tout et peut même sûrement nous aider à progresser, malgré certaines (graves) erreurs par ailleurs.

Je vous promets aussi de vous rendre les armes sur le point que vous aurez choisi si vous êtes le plus fort, si vos arguments sont plus justes que les miens.

Et si cela vous semble (un peu) constructif, nous pourrions ensuite envisager un autre point.

Nous pourrions prendre l’engagement mutuel d’éviter les noms d’oiseau peu aimables qui viennent souvent à l’esprit quand on est échauffé et qui sont assez contre-productifs dans un débat, si vous voulez bien.

Je considère que les électeurs « nonistes » et « ouiistes » sont tous de bonne foi (en excluant cependant les très riches et leurs politiciens de service qui ont manifestement pensé et imposé l’Union européenne pour protéger leurs privilèges), et que la plupart de leurs querelles reposent sur des malentendus : nous voulons tous (sans doute) une Europe apaisée et prospère (heureuse ?), mais nous n’avons manifestement pas les mêmes peurs.

Peut-être des ouiistes vont-ils ici parler à des nonistes sans s’empailler ? On verra.

J’espère ne pas vous importuner par cette invitation (qui n’est pas facile à formuler, vous vous en doutez, car je sais bien que je risque ici de prendre des coups, pas forcément justes ; mais je veux vous faire confiance pour rendre possible l’échange) et je reviendrai bientôt chercher ici votre réponse.

Au plaisir de vous lire :slight_smile:

Étienne Chouard.

etienne.chouard@free.fr

PS : à mon sens, le mot « populisme » n’est pas du tout une injure. Il faudrait donc, sans doute, définir ce mot pour éviter les malentendus. Pour information, je rappelle que, pour ma part, je ne brigue rigoureusement aucun pouvoir, autre que l’élémentaire et indispensable « isègoria », ce qui n’est déjà pas si mal en cette époque de normalisation médiatique.

Rédigé par: Étienne Chouard | le 08 février 2008 à 01:01


Que pensez-vous de cette initiative nocturne ?

Je vais vous faire une confidence : on est mieux ici, au chaud chez soi, entre amis, que dans la fosse aux lions…

:confused:

Amicalement.

Étienne.

[bgcolor=#FFFF99]Le crime du 4 février[/bgcolor]

par Emmanuel, un des auteurs du site Publius :

http://ceteris-paribus.blogspot.com/2008/02/le-crime-du-4-fvrier.html

[bgcolor=#FFFF99]Ratification du traité de Lisbonne :
NDA plaide le renvoi en Commission
[/bgcolor]

http://www.debout-la-republique.fr/Ratification-du-traite-de-Lisbonne.html

Vous n’avez jamais eu de débat contradictoire jusqu’à présent sur toutes ces questions ?

Si, bien sûr, mais pas sur tous les sujets :

Sur les institutions du TCE, leurs dangers, et sur l’illégitimité politique des hommes au pouvoir à toucher eux-mêmes aux constitutions, j’ai participé très activement à des dizaines d’échanges, en privé et en public (et j’y ai passé des centaines d’heures, en dehors d’ici).

Mais nos priorités évoluent et s’enrichissent (je pense surtout à la création monétaire et aux intrigues criminelles de ceux qui se nomment eux-mêmes « synarchie »), et il faut bien aller chercher les nouveaux débats correspondant à ces nouvelles pistes de résistance.

Mais d’une façon générale, je trouve que je n’ai pas eu assez de temps — pas pris le temps, peut-être — d’aller croiser le fer sur les multiples forums qui nous sont hostiles.

On fait ce qu’on peut, quand on y pense.

:confused:

Étienne.

Le 7 février, à l’Assemblée nationale, 121 députés socialistes ont voté pour le traité de Lisbonne.

121 députés socialistes.

Par exemple, le traité de Lisbonne dit que l’Union européenne doit contribuer au libre-échange mondial généralisé :

« Par l’établissement d’une union douanière conformément aux articles 28 à 32, l’Union contribue, dans l’intérêt commun, au développement harmonieux du commerce mondial, à la suppression progressive des restrictions aux échanges internationaux et aux investissements étrangers directs, ainsi qu’à la réduction des barrières douanières et autres. »

Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, Cinquième partie, Titre II, Article 206, page 152.

121 députés socialistes ont voté pour le traité de Lisbonne.

Si, bien sûr, mais pas sur tous les sujets :

Sur les institutions du TCE, leurs dangers, et sur l’illégitimité politique des hommes au pouvoir à toucher eux-mêmes aux constitutions, j’ai participé très activement à des dizaines d’échanges, en privé et en public (et j’y ai passé des centaines d’heures, en dehors d’ici).

Mais nos priorités évoluent et s’enrichissent (je pense surtout à la création monétaire et aux intrigues criminelles de ceux qui se nomment eux-mêmes « synarchie »), et il faut bien aller chercher les nouveaux débats correspondant à ces nouvelles pistes de résistance.

Mais d’une façon générale, je trouve que je n’ai pas eu assez de temps — pas pris le temps, peut-être — d’aller croiser le fer sur les multiples forums qui nous sont hostiles.

On fait ce qu’on peut, quand on y pense.

:confused:

Étienne.


A l’oral c’est difficile car bien souvent il faut apporter des preuves de ce que l’on dit et ce n’est pas possible. On fait face à de nombreuses idées reçues la seule argumentation ne suffit pas. Et puis en plus de ça, bien souvent dans les raisonnements que l’on peut faire cela va toujours manquer d’explications, s’appuyant sur des choses qui vont être évidentes pour nous, mais pas pour les autres.
Mais sur un forum c’est plus pratique, on peut directement mettre la source de nos informations ou un lien vers une preuve, et on peut prendre le temps de bien tout expliquer et détailler.

En plus il y a des façons de dire les choses plus ou moins efficaces. Et par exemple quand on parle de « constitution » ou d’« institutions » aux gens, bien souvent ils n’y accordent que peu d’importance. C’est pour cela que je vous ai dit sur un autre sujet je crois que ce qu’il manquait sur ce forum c’était justement une explication sur l’importance de cette question. Peut être qu’avant toute chose il faut une « prise de conscience ». Et là je m’interroge sur comment leur en faire prendre conscience.

Et ce que vous dites sur votre page de présentation peut être une bonne piste ^^ Mais là encore vous n’avez pas assez développé :

Depuis le débat référendaire sur le TCE qui a servi de révélateur, j'ai réalisé, avec beaucoup d’autres, l’importance de nos institutions dans notre vie quotidienne et l’état de délabrement démocratique dans lequel nous les laissons s’effondrer par indifférence, hypnotisés par des médias manipulateurs et dévoyés.

À tel point que, désormais, l’approche institutionnelle m’apparaît comme une excellente clef de lecture, universelle, pour décrypter l’actualité et découvrir les sources profondes du malheur des hommes.

[bgcolor=#FFFF99]Créer un TABLEAU : « VOS PROBLÈMES ont tous leur vraie cause dans LA CONSTITUTION »[/bgcolor]
Oui Sandy, vous vous souvenez ? nous nous disions qu’il faudrait créer un tableau qui rapproche — en les présentant face à face — les problèmes quotidiens des gens et leur cause réelle dans la Constitution.

Par exemple :

Le chômage de masse rendu obligatoire pour toujours en imposant à tout jamais, là-haut dans la Constitution, une politique monétaire ne luttant QUE contre l’inflation (ce qui cause mécaniquement du chômage de masse, tous les banquiers du monde le savent) ;

ou bien :

les services publics de plus en plus rares ou de moins en moins gratuits parce que l’État est pauvre, pauvre parce que ruiné par l’article 123 du traité de Lisbonne qui impose à l’État de payer 40 milliards d’intérêts par an pour rien, sans autre raison que d’enrichir les riches…

ou bien :

L’irresponsabilité des acteurs politiques et l’impuissance des citoyens entre deux élections sont programmées quelque part : dans la Constitution, où aucune procédure de contrôle permanent (des élus, des ministres et des juges) ni de jugement ni de sanction n’est prévue, ni aucune initiative citoyenne décisive : il devrait être prévu, — si ceux qui écrivent la Constitution n’étaient pas malhonnêtes —, la reddition des comptes en fin de mandat (avec sanctions possibles) et le référendum d’initiative populaire.

Il faudrait se coller à ce tableau, ce sera un outil pédagogique formidable.

Amicalement.

Étienne.