08 Le traité de LISBONNE

- Qu'il interprète les dispositions de la constitution relatives au référendum dans le sens que les décisions référendaires ne peuvent être modifiées que par des décisions référendaires ;
  • Qu’il dise qu’il y a lieu de soumettre le TME au référendum du fait que ce traité reprend essentiellement un texte (le TCE) qui a déjà fait l’objet d’une décision référendaire.

Ceci Jacques Roman, vous ne l’obtiendrez jamais du conseil constitutionnel qui est actuellement une institution politique, complètement dévouée au pouvoir en place.

Déception et écoeurement…

Jacques,

[color=red][b]À quoi servent la "Constitution" et le "Conseil constitutionnel" si, en cas de problème de constitutionnalité d'un traité (en l'occurrence, en cas de vente en douce de la souveraineté populaire au marché aux esclaves), les parlementaires peuvent sauter l'obstacle de constitutionnalité en modifiant eux-mêmes la Constitution (et même carrément sans référendum...) ?[/b][/color]
Pouvez-vous répondre à cette question ? [b]À qui servent[/b] cette prétendue "constitution" de 1958 et ce prétendu "Conseil constitutionnel, garant de la Constitution" [b]s'ils peuvent changer eux-mêmes la "règle fondamentale" quand elle les gêne[/b], au mépris même d'un référendum contraire ?

La mauvaise foi et la trahison de nos prétendus « serviteurs » sont évidentes et répétées.

Clairement, nous ne sommes pas protégés par cette prétendue « constitution » (que vous aimez tant, on se demande pourquoi) :
le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est bien mort, remplacé en douce par le droit des élus (achetés par les plus riches) à disposer des peuples.

Je suis profondément écoeuré.

Et votre aveuglement à la violence qui nous est faite me désespère. Vous félicitez le Président qui nous viole. Qui êtes-vous, Jacques ?

Étienne.

Mon cher Étienne (2999),

Vous me lisez mal, ou trop vite.

Rappelez-vous que je suis partisan de soumettre toute révision constitutionnelle au référendum.

D’autre part (relisez-moi), je n’ai pas félicité M. Sarkozy comme ça, dans l’absolu, et surtout pas de la position qu’il a adoptée en général à l’égard du nouveau traité, mais d’avoir soumis ce traité au Conseil constitutionnel avant ratification - ce qu’il aurait pu ne pas faire, sur la base que le TME n’ajoutait rien au TCE déjà autorisé dans la constitution. Ce n’est pas la même chose.

Maintenant que le Conseil constitutionnel est passé par là, les jugements à l’emporte-pièce du style « le président qui nous viole » ne sont plus de saison : c’est aux Français, à leurs députés et à leurs sénateurs - y compris ceux de l’Opposition -, et sans doute une nouvelle fois au Conseil constitutionnel de prendre leurs responsabilités.

Les Français, quant à eux, ont élu il n’y a pas un an le président et la majorité actuels : le nieriez-vous, ou considèreriez-vous leur vote comme non valable ?

À mon tour, Étienne, puis-je vous demander : quelle est votre conception de la démocratie ? JR

Sandy (2998).

Vous voyez que le Conseil constitutionnel a déjà déclaré qu’il fallait réviser la constitution, alors que le président aurait certainement préféré ne pas avoir affaire à une demande de révision aussi spécifique, qui va sans doute beaucoup compliquer la rédaction de la future loi constitutionnelle. (Attendons là-dessus les explications des spécialistes.)

La composition actuelle du Conseil (voyez http://www.conseil-constitutionnel.fr/membres/index.htm) n’indique pas que celui-ci soit « complètement dévoué au pouvoir en place » comme vous le pensez. (Il est notable que le Président Giscard d’Estaing n’ait pas participé aux travaux du Conseil sur ces questions - sans aucun doute du fait qu’il avait déjà pris publiquement position). Le CV des membres du Conseil laisse espérer en tout cas qu’ils se prononceront en leur âme et conscience sur les autres questions qui leur seront immanquablement posées. JR

Cher Jacques,

j’avais bien compris que les félicitations n’étaient pas pour l’ensemble de son oeuvre, à l’évidence. Mais, même circonscrites, je trouve ces félicitations aussi déplacées que si on félicitait un violeur d’avoir fait semblant de demander la permission à sa victime (pour moi, le Conseil constitutionnel, sur l’essentiel, est servile, et le fait de le consulter ne montre nullement la bonne foi de notre violeur Président : tout est joué d’avance entre acteurs malhonnêtes, tout ça me révolte).

Démocratie : demos cratos - le pouvoir au peuple, égalité politique, tirage au sort pour les fonctions politiques, élections pour les fonctions techniques.

Aristocratie : aristos cratos - le pouvoir aux meilleurs, inégalité politique, élections pour toutes les fonctions.

Élection = désignation par choix des meilleurs (aristos) => élection = procédé aristocratique, par définition.

Je ne sais pas où vous voyez des signes encourageants de progrès démocratiques, alors que la souveraineté populaire coule à pic et que tous les moyens de résistance nous sont retirés un à un.

Vous semblez vouloir court-circuiter l’analyse du problème évident qu’ont les citoyens avec leurs prétendus « représentants » en invoquant la très sainte élection du Président, comme si son grossier mensonge de « mini » traité « simplifié », par exemple, n’était pas si grave que ça et se trouvait comme « lavé » par le suffrage universel « incontestable et démocratique », et ça me donne l’impression que vous ne défendez plus la démocratie, effectivement : le fait d’être élu ne permet pas de faire impunément le contraire de ce qu’on avait promis pour être élu. Ce n’est pas l’élection que je remets en cause, c’est l’impunité des élus qui ne sont jamais sanctionnés, même quand ils font le contraire de ce qu’ils avaient promis pour être élus. Mais vous avez sans doute de bonnes raisons de pardonner à tous ces menteurs à commencer par leur chef, un certain réalisme peut-être, et c’est bien votre droit.

Ça me rend triste, c’est tout.

Nous et nos enfants allons nous laisser asservir sans résister, j’ai du mal à me réjouir.

Tous ont été nommés par l’UMP.
Donc il y a un gros risque qu’ils soient tous acquis à la cause UMP.

Depuis le conseil constitutionnel a eu à rendre des conclusions concernant des lois votés par l’UMP, toutes ont été validées alors que le conseil constitutionnel, s’il avait vraiment été garant de la constitution et honnète, aurait du les rejeter, le meilleur exemple est loi sur les tests ADN.

Ils ont prouvés qu’ils étaient acquis à la cause UMP.

Étienne,

Il vous manque, c’est évident, d’avoir vécu la IVe République : l’expérience personnelle vous aurait fait sentir ce que c’est qu’un régime où le peuple n’a pas grand-chose à dire. La Ve République, bien que loin d’être parfaite, est un modèle de démocratie à côté : vous accepterez donc que j’y voie un progrès. JR

Oui en effet le président Nicolas Sarkozy pendant sa campagne :

Il a justifié la ratification par la voie parlementaire du traité qu’il allait négocier s’il était élu par le fait qu’il s’agirait d’un mini traité se limitant à la seule partie I sur les institutions, qui selon lui aurait fait consensus lors du référendum de 2005, avec la référence sur la concurence libre et non faussée en moins, ainsi que toute la partie III qui selon lui était la partie qui avait été principalement contestée, retirant ainsi tout ce qui avait motivé le non en 2005 et ne gardant que ce qui avait fait consensus.

Plus tard il a parlé de traité simplifié.

Et en réalité aujourd’hui tout est faux :
Ce n’est pas un mini traité, et encore moins un traité simplifié, la partie III est tjrs présente, la référence sur la concurence libre et non faussée aussi, tout ce qui avait été contesté en 2005 est tjrs présent, en fait c’est tout simplement le même texte écrit sous une autre forme. Et la partie I est loin de faire consensus en tout cas pour nous.

Bref c’est un mensonge complet.

Donc son élection ne lui donne aucune légitimité selon moi vu qu’il trahit sa promesse de campagne.

Cher Jacques,

« J’accepte », évidemment (qui serais-je pour vous refuser quoi que ce soit), même si j’ai du mal à me consoler en me disant qu’avant c’était pire, et même si ce que je lis en ce moment va tout au rebours de l’image dégradée que vous donnez de la IVème République…

Voici la copie que vous demandiez un peu plus haut :

Fac similé de la première [bgcolor=#FFFF99]réponse de la CEDH[/bgcolor] à la plainte imaginée par 29mai.eu

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/messages_recus/Reponse_CEDH_17dec2007.pdf

Mais il me semble que dans la Constitution, il est indiqué que « tout mandat impératif est nul » (Jacques me contredira si je dis une bêtise)…

Donc, un candidat peut dire ce qu’il veut pendant une campagne, il n’est tenu à rien… :-((

Oui AJH, dans ce cas, il faut être cohérent :

Ou on considère que le fait que les mandats impératifs soient nuls permet au candidat de dire ce qu’il veut pendant sa campagne sans que cela ne l’engage en rien, et dans ce cas, ce qu’il a dit pendant sa campagne ne lui donne aucune légitimité après son élection pour prétendre que les Francais lui ont donné un mandat pour faire passer ce traité par voie parlementaire.

Ou alors on considère que, malgré tout, les engagements doivent quand même être tenus et, dans ce cas, par sa trahison par rapport à ses engagements, ce qu’il a dit pendant sa campagne ne lui donne aucune légitimité non plus pour faire passer ce traité par voie parlementaire.

Dans les 2 cas, il n’a pas la légitimité qu’il prétend avoir obtenu par son élection auprès des Francais pour revenir sur le référendum de 2005.

Mon cher Étienne,

Merci pour la copie de la première réponse du greffe de la CEDH.

Pas de surprise en ce qui me concerne. Du moment qu’on s’est engagé sur cette voie, il va de soi qu’il faut maintenir sa requête. Je pense qu’elle sera malgré tout soumise au président de chambre. Elle est - à mon avis - sans valeur juridique, mais elle peut avoir un effet politique. JR

[bgcolor=#FFFF99]Le révélateur Vaxholm[/bgcolor]
Déclaration de Francis Würtz, Président du Groupe GUE-NGL au Parlement européen.

http://www.bdr13.pcf.fr/Declaration-de-Francis-Wurtz,5347.html

19 décembre 2007

La Cour de justice des Communautés européennes [la CJCE, cet organe dont les membres extrêmement puissants dépendent, pour leur carrière, des exécutifs qui les nomment. :frowning: (rappel) ÉC] vient de se prononcer dans l’affaire Laval, dans laquelle une entreprise lettone chargée de la construction d’une école dans la ville de Vaxholm, en Suède, refusait d’appliquer une convention collective applicable dans ce pays.

Le 25 octobre 2005, au Parlement européen, j’avais eu l’occasion d’expliquer que le commissaire Mc Creevy, qui opposait aux syndicats une fin de non-recevoir, « peut malheureusement s’appuyer sur des règles en vigueur dans l’Union européenne pour apporter son soutien à une entreprise lettone prétendant ignorer les conventions collectives suédoises et appliquer des standards sociaux plus restrictifs ». Il ne suffisait donc pas de critiquer un commissaire. Il était nécessaire de changer les règles en question ainsi que les dispositions des traités européens sur lesquelles ces règles sont fondées.

La décision confirme aujourd’hui cette analyse, en condamnant sans détour les syndicats. [color=red][b]La Cour décide en effet que les syndicats ne peuvent prétendre imposer à l’entreprise lettone la convention collective suédoise car elle va au-delà de [u]la protection minimale offerte par la directive européenne sur le "détachement des travailleurs"[/u]. Ils ne peuvent même pas lui imposer une négociation salariale au motif que celle-ci "s’inscrit dans un contexte national marqué par l’absence de dispositions ... suffisamment précises et accessibles pour ne pas rendre, en pratique, impossible ou excessivement difficile la détermination, par une telle entreprise, des obligations qu’elle devrait respecter en termes de salaire minimal".[/b][/color]
Quelques jours à peine après la décision rendue dans l’affaire Viking — où la Cour condamnait déjà une action syndicale, cette fois contre une délocalisation — [b]l’arrêt Vaxholm prononce une nouvelle condamnation inadmissible de l’action syndicale. Elle consacre une vision de l’Union européenne dans laquelle les acquis sociaux sont neutralisés au nom du droit des entreprises à circuler librement sur le marché, encouragées qu’elles sont à s’établir là où elles ont le moins de contraintes. Face à ce constat, la Cour a beau reconnaître que le droit de mener une action collective constitue un droit fondamental, que reste-t-il dans les faits de ce droit, au-delà de la pure pétition de principe ?[/b]

Ces deux arrêts, hautement symboliques, reposent avec force la question d’un nécessaire débat public, pluraliste et de grande ampleur, sur le contenu des traités européens et les enjeux, en particulier sociaux et démocratiques, qui y sont étroitement liés.


La destruction progressive du droit du travail est manifestement un des enjeux majeurs du viol en cours.
• Il y a aussi le contrôle de la création monétaire et l’impôt associé qu’est l’intérêt à verser ad vitam aeternam aux banques privées.
• Il y a aussi le chômage — dont la peur rend les hommes si merveilleusement dociles —, imposé lui aussi ad vitam aeternam par une politique monétaire chomagène.
VGE signale aussi que la personnalité juridique enfin donnée à l’Union européenne va lui permettre d’engager les centaines de millions de citoyens européens dans d’autres grandes conventions internationales (à votre avis, sous contrôle référendaire ?).

Le viol programmé est donc vraiment très important pour ceux qui font élire ceux qui nous gouvernent.
C’est l’enjeu de ce « mini » traité « simplifié »…

Et les 15 millions de salariés français s’en foutent complètement, ou à peu près.

C’est tellement triste…

Mandat impératif

AJH (3007).

Article 27 de la Constitution :

« Tout mandat impératif est nul. Le droit de vote des membres du parlement est personnel […] »

Je ne sais pas quel est le contexte de votre remarque, mais l’interdiction du mandat impératif vise uniquement les électeurs. La question de savoir si et comment un candidat est tenu par ses promesses électorales n’a rien à voir avec celle du mandat impératif. Les seules sanctions possibles du manquement aux promesses électorales sont la non-réélection et (?) la déconsidération publique.

L’accomplissement d’une promesse électorale ne dépendant pas uniquement de celui qui la fait, tout promesse électorale comporte implicitement la réserve suivante : « à supposer que cela soit en mon pouvoir et que les circonstances s’y prêtent ». Si donc demain on ne rase pas gratis, ceux qui pensaient que ce serait le cas n’ont qu’à s’en prendre à leur méconnaissance de la casuistique : les promesses électorales n’engagent que ceux qui les reçoivent. JR

Les promesses de M. Sarkozy au sujet du TME

Sandy (3005).

Précision : en demandant à Étienne s’il niait que NS et le parlement actuels aient été élus par les Français il y a moins d’un an, je répondais en général à sa remarque sur « le président qui nous viole ».

Je ne voulais pas dire que les Français avaient accepté d’avance le Traité de Lisbonne : comme vous le faites remarquer, ils ont à la rigueur (et encore c’est très discutable, parce que l’élection de NS n’était pas exclusivement fondée sur cette question) accepté l’idée d’un minitraité ou traité institutionnel simplifié. Or nous nous retrouvons avec un maxitraité non simplifié, pour la raison que vu les circonstances il n’était pas du pouvoir de M. Sarkozy d’imposer sa manière de voir étant donné qu’il avait par avance renoncé à l’arme du référendum.

L’élection de M. Sarkozy ne peut en aucun cas valoir autorisation de ratifier par la voie parlementaire le traité de Lisbonne, et ses promesses électorales n’ont pas été tenues sur ce point. JR

l'interdiction du mandat impératif vise uniquement les électeurs.
Pourriez-vous préciser, Jacques ... je ne suis pas certain de comprendre.

Ce que globalement je voulais dire c’est que Sarko (ou d’autres) ne sont pas tenus par des engagements même « fermes » et que s’il voulait il pourrait changer d’avis et décider d’un referendum (je sais bien qu’il ne le fera en aucun cas: si ca passe auprès du parlement, c’est bon pour lui, et si ca ne passe pas - peu probable - la justification de sa tentative lui suffira vis à vis des 26 autres)

AJH : Je voulais dire que la disposition constitutionnelle relative au mandat impératif interdit aux électeurs de donner des instructions à l’élu, mais que cette disposition n’impose aucune obligation à l’élu. Les engagements pris par l’élu et le fait qu’il les respecte ou non sont une question entièrement distincte, qui n’a rien à voir avec la question du mandat impératif.

Je suis d’accord avec vous que le président de la République peut revenir sur des engagements électoraux, même fermes, s’il juge que c’est dans l’intérêt général ou dans son propre intérêt politique, et donc décider en définitive de soumettre le traité de Lisbonne au référendum. JR

[bgcolor=#FFFF99]« L’Europe de Sarkozy est antidémocratique »[/bgcolor]

[color=black][i]Le traité de Lisbonne, sorte de Constitution européenne « light », a été signé le 13 décembre dernier par les vingt-sept pays membres de l'Union européenne. En France, le président Nicolas Sarkozy est déterminé à faire ratifier le texte par voie parlementaire. La volonté des Français, opposés au projet constitutionnel en 2005, serait « bafouée », dénonce [b]Anne-Marie Le Pourhiet[/b], professeur de droit public à l'université de Rennes. Elle est l'un des premiers constitutionnalistes français à monter au front contre ce qu'elle qualifie de « déni démocratique ». Entretien. [/i]

Le Courrier, jeudi 20 décembre 2007

Vous avez qualifié de « haute trahison », de « coup d’Etat » le fait que Nicolas Sarkozy veuille ratifier le traité par voie parlementaire. Pourquoi ?

Anne-Marie Le Pourhiet : Il s’agit d’un acte très grave qui prouve bien que les références incessantes des traités européens aux valeurs démocratiques sont une tartufferie. L’Europe est antidémocratique, en ce sens qu’on veut nous l’imposer de gré ou de force, contre la volonté des peuple. La volonté des Français ne sera pas la première à avoir été bafouée : les Irlandais et les Danois ont aussi été et seront contraints à revoter jusqu’à ce qu’ils disent « oui ». Mais, chez nous, le cynisme est bien pire puisqu’on nous refuse même le droit de revoter en nous imposant une ratification parlementaire. Tout démocrate, qu’il soit souverainiste ou fédéraliste, devrait s’insurger contre une telle forfaiture.

Le 29 mai 2005, le peuple français avait rejeté le projet de Constitution européenne. Qu’a-t-il été modifié dans le texte ?

On a seulement enlevé les termes « Constitution » et « Loi » ainsi que les symboles, hymne, drapeau, etc. Ce n’est pas anodin car cela prouve que les eurocrates ont compris la motivation antifédéraliste des citoyens français, mais tout le reste du traité constitutionnel se trouve dans le nouveau texte. Le procédé consistant à ne plus intégrer la Charte des droits fondamentaux dans le traité lui-même mais à lui conférer une valeur contraignante ou encore le remplacement de la référence expresse à la primauté du droit européen par une mention de la jurisprudence de la Cour qui pose cette primauté, constituent autant de supercheries destinées à tromper les citoyens et à se moquer d’eux.

Quels sont les dispositions imposées aux Français contre la volonté qu’ils avaient exprimée ?

Dans ce traité, tout est très important. Le président de l’Union européenne désigné pour deux ans, comme la politique étrangère et son ministre désormais déguisé en « haut représentant », la Charte des droits fondamentaux, si éloignée de l’esprit de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, et surtout l’extension sans précédent de la règle de la majorité qualifiée accompagnant la suppression des « piliers ». Le transfert de souveraineté est colossal, et tout cela n’est pas soumis à la décision populaire.

N’est-il pas vrai que le parlement verrait ses pouvoirs renforcés ?

C’est un bien mince avantage dans un système où une commission indépendante des gouvernements, et donc des parlements devant lesquels ces gouvernements sont responsables, monopolise l’initiative législative. Le Conseil constitutionnel français ne s’y est pas trompé, en affirmant que le parlement de Strasbourg n’est pas « l’émanation de la souveraineté nationale ».

Comment expliquer que cette majorité de Français qui avaient voté « non » au projet de Constitution en 2005 aient voté « oui » à l’élection de M. Sarkozy, tout en sachant qu’il ne prendrait pas en compte le « non » de ceux qui avaient rejeté ce projet ?

D’une part, M. Sarkozy avait simplement annoncé un « minitraité » qui se bornerait à « permettre à l’Union de fonctionner », de telle sorte qu’on pouvait imaginer une simple amélioration des règles de vote au Conseil. D’autre part, on ne peut pas confondre la réponse à une question référendaire et le choix d’un candidat à une élection.

Ségolène Royal et François Bayrou auraient-ils mérité davantage de confiance sur ce thème ?

Comment voulez-vous qu’un électeur puisse voter pour Ségolène Royal simplement parce qu’elle promet du bout des lèvres un nouveau référendum et alors qu’elle a aussi prôné le « oui » à la Constitution européenne ? Les socialistes français ont fait depuis longtemps de l’Europe leur fonds de commerce, et le moins qu’on puisse dire est que ni Ségolène Royal ni François Bayrou ne pouvaient constituer une alternative crédible sur ce point. Le vote pour Nicolas Sarkozy a été pour beaucoup un vote par défaut.

M. Sarkozy est déterminé à faire ratifier par voie parlementaire avant la fin février. Qu’est-ce qui pourrait encore déjouer, d’après-vous, ce « coup d’État » ?

Aucun recours juridique n’est possible car la Constitution française n’interdit pas, comme la Constitution californienne, de modifier une loi référendaire par une loi parlementaire. Le Conseil constitutionnel français n’a pas non plus fait sienne la jurisprudence de la Cour constitutionnelle italienne, qui impose un nouveau référendum pour contourner la volonté populaire. Le Conseil constitutionnel pourrait éventuellement « constater » que les deux traités sont quasiment identiques et « regretter » la méconnaissance de la volonté populaire, mais il ne peut pas la sanctionner. Il ne reste donc qu’à compter soit sur la mobilisation populaire, soit sur un rejet parlementaire de la révision constitutionnelle préalable à la ratification. Le projet de révision doit, en effet, être adopté à la majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés au Congrès, soit à la réunion de l’Assemblée nationale et du Sénat à Versailles.

Si la révision constitutionnelle est approuvée par les trois cinquièmes des suffrages exprimés, plus rien ne pourra s’opposer à la mise en oeuvre de ce traité ?

Soixante députés ou soixante sénateurs pourront encore déférer au Conseil constitutionnel la loi autorisant la ratification du traité, mais il n’y a aucune chance pour que le recours aboutisse.

Propos recueillis par Silvia Cattori[/color]

[bgcolor=#FFFF99]Les huées au parlement européen[/bgcolor]

http://fr.youtube.com/watch?v=002PUFMDiQs

Quelques courageux parlementaires protestent contre le coup d’État évident que sont les « traités constitutionnels » sans référendum.

Marc (Voice) et Jacques,

Juste un mot pour vous signaler que, comme le suggérait Marc, j’ai déplacé vos trois messages dans un nouveau forum, dédié au sujet des maladies orphelines, très particulier et un peu aux confins de nos préoccupations institutionnelles.

C’est là : 25 Prise en charge des maladies rares, par exemple des fibromyalgies (par Voice)

J’ai également actualisé le sommaire général sur la page d’accueil du forum.

Bien à vous.

Étienne.