07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

a’) Autre point de vue profanissime :wink:

De nos jours

Une photo instantannée du système économique (et de la nature de ses outils) en masquerait la nature perverse.

Une très grande partie de la monnaie en circulation, ou la plus grande partie, représente non pas la richesse actuelle, mais la richesse en construction, les biens et services à venir :

richesse à venir <=> projet <=> dette + intérêt <=> monnaie scripturale

Via l’intérêt attaché à la création monétaire scripturale, l’aliénation de l’espèce humaine à la monnaie est inclue dans la nature de la monnaie.

C’est pervers.

Nature, fonction, création et gestion de la monnaie sont des thèmes imbriqués, inséparables.

a")

Il est dans la nature de la monnaie de masquer la nature de l’échange

(la monnaie permet d’échanger une maison contre des chaussures, mais aussi des mitrailleuses contre des biberons, ni vu ni connu)

le titre du fil, c’est : Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Reprendre le pouvoir sur notre monnaie et donc sur ses fonctions, objectives et cachées.

« On n’envoie pas d’huissier à un gouvernement, même à celui de M. Obama, et même si, il y a une quarantaine d’années, il avait été question de remplacer le conseil municipal de New York par trois ou quatre syndics de faillite. »

L’exemple italien est tout récent, et plus vicieux

a")

Il est dans la nature de la monnaie de masquer la nature de l’échange

(la monnaie permet d’échanger une maison contre des chaussures, mais aussi des mitrailleuses contre des biberons, ni vu ni connu)


Ou des lois contre des services.

Ces remarques d’Ana Sailland sont certainement très intéressantes, mais elles ont trait à des effets secondaires de la monnaie, pas à sa nature, qui reste pour moi tout aussi mystérieuse à moins d’adopter une définition du genre « instrument de redistribution de la richesse », que je suggérais implicitement dans ma contribution antérieure.

Tant qu’on ne se sera pas entendu sur la nature principale de la monnaie, comment appliquer ou même définir une politique monétaire ? JR

@Jacques
Votre question est une bonne question… mais pourquoi faudrait-il définir la monnaie par sa « nature » (en plus que je ne comprends pas bien ce terme bien trop vaste)
J’essayerai de répondre dans la journée au message n°13180 ainsi qu’à celui d’Ana 13179

La monnaie est une invention humaine et n’a donc pas de nature.
Elle a des fonctions et se définit par ses fonctions et ses effets.
Elle a une fonction de représentation des ressources, des richesses, des actes, et des espoirs.
Elle a une fonction de numérisation des ressources, des richesses, des actes, et des projets.
Elle est un instrument d’échange, d’accumulation, de domination.

Son existence n’a pour base que la défiance de l’humain par rapport à son prochain, la peur de recevoir moins que ce qu’on donne, qui écarte du don au profit du troc.
La fonction principale de la monnaie est ainsi de nous guérir de certaines peurs, ou du moins de les masquer.
Elle est un masque.
Un masque déposé sur nos lacunes spirituelles.

Sans rentrer dans le détail maintenant, je rajoute que c’est notre confiance aux banques qui nous font accepter la « monnaie dette » (monnaie € BNP, € SG, € CA, € Crédit coopératif) et l’engagement qu’elles émettent de nous fournir à tout moment de la monnaie centrale (billets de banques).
N’oublions pas que la monnaie scripturale (électronique) que nous utilisons est « une dette de banque qui circule et qui est acceptée en tant que monnaie »

En outre, la floraison d'initiatives et de communautés locales est la meilleure défense possible contre une volonté de prise de pouvoir centralisée : ce n'est pas un hasard si les tenants d'une monnaie centrale sont les mêmes qui combattaient les langues autochtones en torturant physiquement et psychologiquement les enfants parlant comme leurs parents.
Et qu'est ce qui protège contre une volonté de prise de pouvoir localisée ?
Rien mais le simple fait qu'il faudrait 30000 prises de pouvoir localisées simultanées pour équivaloir à une prise de pouvoir centralisée est déjà une sacrée garantie :D
Ce que tu as du mal à comprendre, c'est que du fait que nous sommes 500 millions, on est obligé de décider des trucs à 500 millions ...
Ce que vous semblez avoir du mal à saisir c'est que ce n'est pas parce que vous êtes 500 millions à mettre du sucre dans votre café que vous devez décider à 500 millions combien de sucres.

Non pas rien. Une constitution communale, un pacte de défense fédérale par exemple. Pour répondre à la question sur une prise de pouvoir locale.

AJH demande « pourquoi il faudrait-il définir la monnaie par sa nature ». C’est que si on ne la définit par sa nature, on ne la définit pas du tout ; donc on ne sait pas à quoi on a affaire. Comment faire de bonnes analyses dans ces conditions ? JR

AJH demande "pourquoi il faudrait-il définir la monnaie par sa nature". C'est que si on ne la définit par sa nature, on ne la définit pas du tout ; donc on ne sait pas à quoi on a affaire. Comment faire de bonnes analyses dans ces conditions ? JR
Bon, alors je le redis; la nature de la monnaie est une dette.

A propos des monnaies « locales »
Rappelez-vous les arnaques en Argentine où florissaient les « faux billets » des monnaies locales.

C’est déjà difficile d’empêcher la fausse monnaie au sein d’une Nation, alors des monnaies uniquement locales . D’ailleurs je voudrais citer la Suisse et les USA qui n’ont, malgré leur « démocratie fédérale » qu’une seule monnaie gérée par l’Etat (ou une Banque Centrale, ce qui est équivalent)

Pourquoi pas des monnaie locales mais en complément de la monnaie nationale: il est de plus impossible de « compenser » (effectuer des actions de change) entre des centaines de monnaies dont personne ne serait responsable…

[bgcolor=#FFFF99]Michel ROCARD et Pierre LARROUTUROU :
« Pourquoi faut-il que les États payent
600 fois plus que les banques ? »
[/bgcolor]

Étienne.

Ce sont des chiffres incroyables. On savait déjà que, fin 2008, George Bush et Henry Paulson avaient mis sur la table 700 milliards de dollars (540 milliards d'euros) pour sauver les banques américaines. Une somme colossale. Mais un juge américain a récemment donné raison aux journalistes de Bloomberg qui demandaient à leur banque centrale d'être transparente sur l'aide qu'elle avait apportée elle-même au système bancaire.

Après avoir épluché 20 000 pages de documents divers, Bloomberg montre que la Réserve fédérale a secrètement prêté aux banques en difficulté la somme de 1 200 milliards au taux incroyablement bas de 0,01 %.

Au même moment, dans de nombreux pays, les peuples souffrent des plans d’austérité imposés par des gouvernements auxquels les marchés financiers n’acceptent plus de prêter quelques milliards à des taux d’intérêt inférieurs à 6, 7 ou 9 % ! Asphyxiés par de tels taux d’intérêt, les gouvernements sont « obligés » de bloquer les retraites, les allocations familiales ou les salaires des fonctionnaires et de couper dans les investissements, ce qui accroît le chômage et va nous faire plonger bientôt dans une récession très grave.

Est-il normal que, en cas de crise, les banques privées, qui se financent habituellement à 1 % auprès des banques centrales, puissent bénéficier de taux à 0,01 %, mais que, en cas de crise, certains Etats soient obligés au contraire de payer des taux 600 ou 800 fois plus élevés ? « Etre gouverné par l’argent organisé est aussi dangereux que par le crime organisé », affirmait Roosevelt. Il avait raison. Nous sommes en train de vivre une crise du capitalisme dérégulé qui peut être suicidaire pour notre civilisation. Comme l’écrivent Edgar Morin et Stéphane Hessel dans Le Chemin de l’espérance (Fayard, 2011), nos sociétés doivent choisir : la métamorphose ou la mort ?

Allons-nous attendre qu’il soit trop tard pour ouvrir les yeux ? Allons-nous attendre qu’il soit trop tard pour comprendre la gravité de la crise et choisir ensemble la métamorphose, avant que nos sociétés ne se disloquent ? Nous n’avons pas la possibilité ici de développer les dix ou quinze réformes concrètes qui rendraient possible cette métamorphose. Nous voulons seulement montrer qu’il est possible de donner tort à Paul Krugman quand il explique que l’Europe s’enferme dans une « spirale de la mort ». Comment donner de l’oxygène à nos finances publiques ? Comment agir sans modifier les traités, ce qui demandera des mois de travail et deviendra impossible si l’Europe est de plus en plus détestée par les peuples ?

Angela Merkel a raison de dire que rien ne doit encourager les gouvernements à continuer la fuite en avant. Mais l’essentiel des sommes que nos Etats empruntent sur les marchés financiers concerne des dettes anciennes. En 2012, la France doit emprunter quelque 400 milliards : 100 milliards qui correspondent au déficit du budget (qui serait quasi nul si on annulait les baisses d’impôts octroyées depuis dix ans) et 300 milliards qui correspondent à de vieilles dettes, qui arrivent à échéance et que nous sommes incapables de rembourser si nous ne nous sommes pas réendettés pour les mêmes montants quelques heures avant de les rembourser.

Faire payer des taux d’intérêt colossaux pour des dettes accumulées il y a cinq ou dix ans ne participe pas à responsabiliser les gouvernements mais à asphyxier nos économies au seul profit de quelques banques privées : sous prétexte qu’il y a un risque, elles prêtent à des taux très élevés, tout en sachant qu’il n’y a sans doute aucun risque réel, puisque le Fonds européen de stabilité financière (FESF) est là pour garantir la solvabilité des Etats emprunteurs…

Il faut en finir avec le deux poids, deux mesures : en nous inspirant de ce qu’a fait la banque centrale américaine pour sauver le système financier, nous proposons que la « vieille dette » de nos Etats puisse être refinancée à des taux proches de 0 %.

Il n’est pas besoin de modifier les traités européens pour mettre en oeuvre cette idée : certes, la Banque centrale européenne (BCE) n’est pas autorisée à prêter aux Etats membres, mais elle peut prêter sans limite aux organismes publics de crédit (article 21.3 du statut du système européen des banques centrales) et aux organisations internationales (article 23 du même statut). Elle peut donc prêter à 0,01 % à la Banque européenne d’investissement (BEI) ou à la Caisse des dépôts, qui, elles, peuvent prêter à 0,02 % aux Etats qui s’endettent pour rembourser leurs vieilles dettes.

Rien n’empêche de mettre en place de tels financements dès janvier ! On ne le dit pas assez : le budget de l’Italie présente un excédent primaire. Il serait donc à l’équilibre si l’Italie ne devait pas payer des frais financiers de plus en plus élevés. Faut-il laisser l’Italie sombrer dans la récession et la crise politique, ou faut-il accepter de mettre fin aux rentes des banques privées ? La réponse devrait être évidente pour qui agit en faveur du bien commun.

Le rôle que les traités donnent à la BCE est de veiller à la stabilité des prix. Comment peut-elle rester sans réagir quand certains pays voient le prix de leurs bons du Trésor doubler ou tripler en quelques mois ? La BCE doit aussi veiller à la stabilité de nos économies. Comment peut-elle rester sans agir quand le prix de la dette menace de nous faire tomber dans une récession « plus grave que celle de 1930 », d’après le gouverneur de la Banque d’Angleterre ?

Si l’on s’en tient aux traités, rien n’interdit à la BCE d’agir avec force pour faire baisser le prix de la dette. Non seulement rien ne lui interdit d’agir, mais tout l’incite à le faire. Si la BCE est fidèle aux traités, elle doit tout faire pour que diminue le prix de la dette publique. De l’avis général, c’est l’inflation la plus inquiétante !

En 1989, après la chute du Mur, il a suffi d’un mois à Helmut Kohl, François Mitterrand et aux autres chefs d’Etat européens pour décider de créer la monnaie unique. Après quatre ans de crise, qu’attendent encore nos dirigeants pour donner de l’oxygène à nos finances publiques ? Le mécanisme que nous proposons pourrait s’appliquer immédiatement, aussi bien pour diminuer le coût de la dette ancienne que pour financer des investissements fondamentaux pour notre avenir, comme un plan européen d’économie d’énergie.

Ceux qui demandent la négociation d’un nouveau traité européen ont raison : avec les pays qui le veulent, il faut construire une Europe politique, capable d’agir sur la mondialisation ; une Europe vraiment démocratique comme le proposaient déjà Wolfgang Schäuble et Karl Lamers en 1994 ou Joschka Fischer en 2000. Il faut un traité de convergence sociale et une vraie gouvernance économique.

Tout cela est indispensable. Mais aucun nouveau traité ne pourra être adopté si notre continent s’enfonce dans une « spirale de la mort » et que les citoyens en viennent à détester tout ce qui vient de Bruxelles. L’urgence est d’envoyer aux peuples un signal très clair : l’Europe n’est pas aux mains des lobbies financiers. Elle est au service des citoyens.

[i]Michel Rocard est aussi le président du conseil d’orientation scientifique de Terra Nova depuis 2008.
Pierre Larrouturou est aussi l’auteur de « Pour éviter le krach ultime » (Nova Editions, 256 p., 15€)

Michel Rocard, ancien premier ministre,
et Pierre Larrouturou, économiste[/i]

[i]Source : Le Monde, http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/01/02/pourquoi-faut-il-que-les-etats-payent-600-fois-plus-que-les-banques_1624815_3232.html[/i]

AJH demande "pourquoi il faudrait-il définir la monnaie par sa nature". C'est que si on ne la définit par sa nature, on ne la définit pas du tout ; donc on ne sait pas à quoi on a affaire. Comment faire de bonnes analyses dans ces conditions ? JR
Bon, alors je le redis; la nature de la monnaie est une dette.
une dette, un déguisement, un mensonge . Non fiable . ;)

Plus psy :

De nos jours la monnaie est yang. Agressive. Dominante et colonialiste (de l’espèce humaine). Libre de toute conscience. Porteuse de tabous, blocages, inhibitions, autisme.

Plus chaman :

Nous avons créé un être pensant, qui utilise nos cerveaux pour penser, et nos émotions, nos faiblesses pour nous dominer:assservir. Un être libre, autonome, indépendant.

Pourquoi « nous avons crée » . Nous avons ces deux dimensions et nous ne serons peut être jamais libre, si tu suppose que c’est l’absence de passions qui nous rendra libre, autonome, indépendant. Par contre je peut faire le pari qu’un travail sur notre conscience nous fera gagné des libertés, des autonomies, des indépendances.

@ frigoulet

Je ne suppose pas ce que tu supposes que je suppose :wink:

« Nous avons créé » → C’est bien l’être humain qui a créé la monnaie, non ? La suite de l’Histoire, c’est qu’elle acquiert autonomie au détriment de notre liberté. je ne suis pas la première à ressentir ça … Cf le veau d’or


Autre façon de dire :

Il y a, échappant à la raison, une résonance entre d’une part le très-fond caché de l’humanité et d’autre part notre perception de la monnaie, perception qui en induit « la nature » .

Si nous sommes tordus, la monnaie le sera.
Si nous sommes sains, la monnaie sera saine.
Et réciproquement.

La nature présente de la monnaie est un copié collé de notre nature instantanée, inconsciente et collective (un instantané qui dure depuis quelques milliers d’années).
Tout comme le système politique que nous réprouvons tant … Ou les systèmes que nous avons réprouvés, qui en essence ne diffèrent que peu du présent.

Nous pouvons tenter de modifier lois règles et usages sans modifier notre conscience collective. Ce sera bien, mais insuffisant. Car l’eau de la rivière qui coule suivra toujours la pente et son lit. C’est le lit qu’il faut travailler, pas l’eau.

La société dont nous rêvons ne correspond pas à l’état de conscience collective actuel. Il y a un écart entre le vouloir et l’être, qui rend la r-évolution difficile et improbable.

Ok je comprend mieux. Les malentendus sont inévitables .