Nature de la monnaie – Collectivités publiques et « faillite »
Toujours pas d’idée claire de la nature de la monnaie malgré les nombreuses analyses sur ce fil (et ailleurs).
Dans ma vision trouble de profane, la monnaie présente deux aspects (pour ne pas parler de nature) :
a) Entre les particuliers (personnes physiques et sociétés) :
C’est grosso modo un instrument représentatif de la valeur des biens et des services, un moyen de faciliter les échanges de biens et de services, et non un bien en soi ni un instrument créateur de richesse. Rien ne se perd, rien ne se crée : si on multiplie la monnaie, l’inflation et la réorientation des biens et services maintiennent globalement l’équibre, ce qui fait que l’ensemble de la monnaie, même s’il varie d’un moment à l’autre, ne représente jamais en définitive que l’ensemble des richesses existant à peu près à ce moment-là.
Ce point de vue (peut-être faux, je ne dis pas) a pour conséquence que les expressions « création de monnaie » et « création de valeur » ne sont pas synonymes de « création de richesse ». L’analyse selon laquelle les banques (publiques ou privées, c’est tout un) créeraient de la valeur en consentant des prêts sur des fonds qu’elles ne possèdent pas me paraît relever de l’esroquerie si l’on sous-entend par là que les banques créeraient de la richesse. Les banques qui prêtent sur de l’argent qu’elles n’ont pas créent tout simplement de la fausse-monnaie officiellement approuvée, et la mise en circulatiuon de cette fausse monnaie a seulement pour résultat de redistribuer la richesse.
Je pense qu’AJH ne sera pas de cet avis, même s’il est en faveur de la couverture à 100 % des promesses de paiement des banques, mais son excellente parabole de la « Dame de Condé » et de son faux billet (souvent mentionnée sur ce fil et ailleurs) me semble justifier mon interprétation.
Si la monnaie n’ajoute pas à la richesse globale d’une collectivité donnée, la contrepartie est que la fausse monnaie (comme celle représentée par le faux billet de la dame de Condé et les vrais fausses écritures des banques) n’enlève pas davantage à la richesse globale de cette collectivité : le vrai faux billet, comme les fausses valeurs disséminées par les banques à partir de fonds qu’elles ne possèdent pas (90 % de leurs « prêts ») ne fait que modifier la distribution des biens et des services. Ce qui compte surtout est le sens dans lequel s’effectue cette redistribution de la richesse effective : et quand la redistribution est faite par les banques ou par des entreprises privées, ce n’est pas comme quand elle est faite par l’État.
b) Du point de vue des pouvoirs publics :
La monnaie ne peut avoir qu’une utilité et qu’un objet : la redistribution des biens et des services à des fins de politique générale – c’est-à-dire, dans les cas optimaux, la réalisation de la justice sociale.
L’État opère cette distribution moyennant ses mécanisme d’imposition et de subvention et en jouant sur l’émission de valeurs monétaires et sur l’inflation . Mais sa liberté d’action dans ce domaine est de plus en plus limitée par le processus de mondialisation : en effet, ses politiques d’imposition et de subvention aboutissent à une redistribution internationale des biens et services qui n’est pas toujours à son avantage.
La loi Pompidou-Giscard qui a imposé en 1972-1973 à l’État français d’emprunter sur les marchés plutôt que de recourir à la planche à billets se justifiait sans doute, au bout du compte, par la volonté d’éviter qu’à plus ou moins long terme le bilan des échanges internationaux devienne globalement défavorable à la France.
D’un autre côté, Étienne a certainement raison de soutenir que cette loi a trouvé sa transposition européenne à peu près exacte dans le traité de Maastricht, avec pour conséquence d’enchérir considérablement les opérations financières de l’État, et donc d’appauvrir le pays en provoquant des transferts de pouvoir d’achat au bénéfice d’institutions privées françaises ou étrangères. En d’autres termes, elle a le même effet que le système de la planche à billets qu’elle entendait éliminer.
Cette opinion de Normand n’est la mienne que pour le moment : je suis prêt à en changer.
Une chose qui me semble de plus en plus certaine : les États et en général les collectivités publiques, même ruinées, ne font jamais faillite.
Quand on dit que la Grèce, par exemple, est en faillite ou va faire faillite, on trompe le public, consciemment ou inconsciemment, par une fausse analogie avec la situation des particuliers.
En dépit des clowneries de l’État fédéral et des États fédérés américains, qui menacent périodiquement de fermer leurs gouvernements, et des suggestions de quelques Allemands qui voudraient que les Grecs vendent leurs îles pour rembourser leur dette étrangère, il manque à la situation grecque – et aussi aux situations irlandaise, islandaise, argentine (autrefois) et à toutes les situations de dette mettant en cause des collectivités publiques – un élément essentiel de la faillite : la nécessité et la possibilité de liquidation de leurs avoirs, même si ces collectivités sont amenées à se débarrasser de quelques immeubles ou entreprises prédemment acquises au marché privé. On n’envoie pas d’huissier à un gouvernement, même à celui de M. Obama, et même si, il y a une quarantaine d’années, il avait été question de remplacer le conseil municipal de New York par trois ou quatre syndics de faillite.
En fait, c’est le contraire qui se produit : on met en état de liquidation non pas les avoirs des collectivités (des États endettés) mais bien les perspectives de recouvrement de leurs créanciers– autrement dit, les créances elles-mêmes. Ainsi, dans le cas de la Grèce, la moitié de la dette a été épongée, l’UE (l’Eurozone) et le FMI continuent de prêter de l’argent à ce pays à des taux relativement avantageux… et les îles grecques sont toujours grecques.
À cela, la main, visible ou invisible, du « marché » ne peut rien : la vieille et calamiteuse idée que « ce qui est bon pour la General Motors est bon pour l’Amérique » se révèle une fois encore pour ce qu’elle a toujours été : une fumisterie intéressée.
En conclusion de tout ça, je dirais qu’il faut s’occuper sérieusement de redistribution à l’échelle nationale et aussi internationale plutôt que de la dette de l’État en tant que telle. JR