http://www.m-pep.org/spip.php?article1933
LA GAUCHE GRECQUE PRÉCONISE LA SORTIE DE L’EURO
Par Jacques Nikonoff, porte-parole du Mouvement politique d’éducation populaire (M’PEP).
Le 19 octobre 2010.
Les 15 et 16 octobre 2010, Jacques Nikonoff comptait parmi les invités à la première rencontre unitaire de la gauche « alternative » de Grèce qui s’est tenue à l’université du Panthéon à Athènes. Elle avait pour titre : « Faire échouer les plans de l’Union européenne et du FMI, la gauche alternative contre la crise et pour une perspective socialiste ».
La gauche alternative grecque veut sortir son pays de l’euro
Devant plusieurs centaines de militants enthousiastes, dont beaucoup de jeunes, une convergence idéologique et programmatique est apparue clairement sur deux questions essentielles qui devraient inspirer la gauche française et européenne.
La première convergence, totalement inédite, est un accord de principe entre toutes les composantes de la gauche « alternative » pour revendiquer la sortie de la Grèce de l’euro. C’était d’ailleurs la raison de mon invitation puisqu’on m’avait demandé d’intervenir sur le sujet (voir mon discours plus bas).
La seconde convergence, qui découle de la première, porte sur la définition de la perspective que la gauche doit proposer au peuple grec : mener la lutte politique et idéologique, et non simplement la lutte sociale et syndicale contre l’austérité ou la simple solidarité avec les travailleurs en lutte.
Toute la gauche européenne va bouger
Les retombées européennes de cette évolution de la situation à gauche en Grèce seront considérables. C’est tout simplement le mythe européen qui vacille. Des forces immenses, stérilisées jusqu’à présent, piégées par le système de Bruxelles, sortiront de leur léthargie et redonneront à la gauche son identité. Celle-ci pourra alors se désengluer de l’européisme béat dans lequel une partie très significative d’entre elle a sombré.
L’enjeu est colossal. Aujourd’hui nous avons une grosse crise et une petite gauche. Si cette dernière n’est pas capable de montrer le chemin pour s’en sortir, de mettre en avant la perspective d’un socialisme du XXIe siècle face à la déliquescence du capitalisme, elle aura encore moins de raison d’être. Pour y parvenir, une question est décisive – et une seule –, la question européenne. C’est sur ce point et sur nul autre que la gauche européenne pourra regagner la confiance du peuple et renouer avec sa tradition, son identité et son histoire.
Les intervenants et les débats
La Conférence d’Athènes des 15 et 16 octobre 2010 s’est organisée de la manière suivante :
* Présentation et salutation des personnalités, partis et mouvements présents à la Conférence.
* Ouverture :
o A.Chrysis (modérateur, université du Panthéon)
o Stathis Kouvelakis (université de Londres)
o Giagos Andreadis (université du Panthéon)
o Crhistos Kortzidis (maire de Ellinikon)
o Eftichis Bitsakis (philosophe)
* Panel A : « La crise de l’Eurozone et la réponse de la gauche », avec :
o Dimitris Konstantakopoulos (modérateur, journaliste)
o Samir Amin (Forum du tiers-Monde, Sénégal)
o Costas Lapavitsas (université de Londres)
o Jacques Nikonoff (M’PEP, Institut d’études européennes de l’université Paris 8,)
o Costas Vergopoulos (Université Paris 8)
* Panel B : « La dette odieuse : un mécanisme d’exploitation économique et de subordination des nations », avec :
o Leonidas Vatikiotis (modérateur, journaliste)
o Claudio Κatz (université de Buenos Aires)
o Gianis Tolios (Synaspismos)
o Thodoros Mariolis (université du Panthéon)
* Panel C : « La réponse de la gauche à la crise globale du capitalisme », avec :
o Panagiotis Sotiris (modérateur, ARAN)
o Panagiotis Lafazanis (député, porte-parole du groupe SYRIZA au Parlement)
o Dimitris Desyllas (ancien député)
o Roudi Rinaldi (directeur de la revue Dromos)
o Giorgos Chourmouziadis (université de Salonique, ancien député communiste).
Toute la gauche « alternative » et « radicale » était donc là. La seule députée du PASOK ayant voté contre les plans d’austérité proposés par le Gouvernement était présente ainsi que des militants socialistes de gauche. Un ancien député du Parti communiste grec était également présent, même si ce parti, comme tel, avait décliné l’invitation, restant sur sa position sectaire traditionnelle.
Une gauche morcelée en Grèce, comme dans toute l’Europe
Cette conférence des 15 et 16 octobre était particulièrement importante car elle rassemblait, pour la première fois, des représentants de toutes les forces de gauche, hors PASOK évidemment. Le PASOK (Parti socialiste grec) dirige le gouvernement. Le Premier ministre, Monsieur Georges Papandréou, en est membre, tout en étant président de l’Internationale socialiste. Le PASOK est devenu l’adversaire de toute la gauche grecque et du peuple. Comment la gauche, en effet, pourrait-elle faire la moindre alliance avec un parti qui a décidé d’affamer son peuple et qui se fait le relais décomplexé et zélé des politiques néolibérales les plus ultras ? Sa soumission volontaire aux plans d’austérité de l’Union européenne et du Fonds monétaire international amène de plus en plus de Grecs à s’interroger sur son véritable ancrage à gauche. Aux élections européennes de 2009, il avait encore obtenu 36,6% des voix et 8 députés sur 22. Aux législatives de 2009, il obtenait 43,9% et 160 sièges. Combien en obtiendra-t-il aux élections municipales prévues en novembres 2010 ? D’autant qu’une liste dissidente du PASOK sera également présente. Elle rassemblera, autour de la députée ex-socialiste ayant voté contre le plan d’austérité et immédiatement exclue du PASOK, les militants de ce parti qui veulent rester fidèles aux idéaux de la gauche. Ces militants contestent le rôle joué par le Parti socialiste grec dans la mise en œuvre d’un plan d’austérité qui fait reculer le progrès social et la démocratie de plusieurs décennies, précisément dans le pays où la démocratie a été inventée.
Quant à la gauche « alternative » ou « radicale », en Grèce comme partout en Europe, elle est morcelée.
Le Parti communiste grec (KKE) est sa composante la plus nombreuse et la mieux organisée. Il a obtenu 8,4% et 2 sièges aux élections européennes de 2009. Aux législatives de 2009, il obtenait 7,5% et 21 sièges. Le KKE est traditionnellement sur une ligne sectaire et opportuniste et avait décliné l’invitation à participer à la conférence des 15 et 16 octobre. Il est sectaire car il refuse tout front commun contre l’austérité avec la gauche non communiste. Il est opportuniste, car habituellement très hostile à l’Union européenne et à l’euro, il masque aujourd’hui ses analyses pour appeler simplement la population à adhérer au Parti…
L’espoir repose sur la gauche « alternative » ou « radicale » rassemblée dans une sorte de fédération appelée la SYRIZA (« Coalition de la gauche radicale »). Ce sont des mouvements participant à cette coalition qui étaient à l’initiative des rencontres des 15 et 16 octobre à Athènes. La création de la SYRIZA date de 2001, au moment de la guerre du Kosovo et des privatisations en Grèce, lorsqu’un « espace » de débats avait été créé par plusieurs groupes de gauche, le Parti communiste grec refusant toujours le dialogue et choisissant l’isolement. Le plus important des mouvements composant la SYRIZA est le Synaspismos (« Coalition de la gauche et des mouvements de l’écologie »). Il est l’héritier d’une branche dissidente du Parti communiste grec qui était favorable à l’entrée de la Grèce dans l’Union européenne. On voit aujourd’hui que le Synaspismos est en train d’évoluer à grande vitesse, une partie significative de ses dirigeants se prononçant désormais ouvertement pour la sortie de l’euro. Cette dissidence avait été exclue du Parti communiste grec après l’implosion de l’URSS et avait créé le Synaspismos. Il obtenait 2,9% des voix aux législatives de 1993, 6,3% aux européennes de 1994, 5,1% aux législatives de 1996. Le Synaspismos connaissait ensuite une crise lors du ralliement de plusieurs de ses dirigeants au PASOK.
Aux législatives de 2004, la SYRIZA obtenait 6 députés (3,3% des voix). Aux législatives de 2007, avec plus de 5% et 14 sièges, principalement dans les grandes villes, la SYRIZA créait la surprise. En 2009, elle obtenait presque 5% aux législatives et 4,6% aux européennes.
INTERVENTION DE JACQUES NIKONOFF
Voici l’intervention qui a été prononcée :
"Mesdames et Messiers, chers amis et camarades,
Mon intervention sera centrée sur la question suivante : quelle ligne politique pour la gauche européenne dans le contexte actuel ?
Mon opinion est la suivante :
* Faire le lien entre les luttes sociales et syndicales contre les plans d’austérité, et la lutte politique et idéologique devant être dirigée contre l’Union européenne, les gouvernements des pays membres et le FMI.
* Poursuivre l’analyse de la crise de l’Union européenne, de l’euro et ses relations avec la crise globale du capitalisme.
* Travailler sur les alternatives, c’est-à-dire sur les solutions à la crise.
Une gauche qui ne parvient pas à penser le court terme
Là, il y a un problème ! La gauche est divisée. Sa difficulté principale porte sur l’absence d’articulation entre le court, moyen et long terme. En effet, la plupart des organisations de gauche, qu’elles soient politiques, syndicales ou associatives, défendent l’idée d’une réécriture des traités européens, notamment des articles concernant la Banque centrale européenne (BCE). Il faut être conscient qu’une telle revendication ne peut trouver de solution que par l’accord unanime des vingt-sept pays membres de l’Union européenne, ou par un coup de force des deux principaux pays de l’UE – la France et l’Allemagne – qui aligneraient tous les autres. Qui peut dire dans combien de temps cette perspective pourra se réaliser, si elle se réalise un jour ?
Ajoutons trois arguments :
* Premièrement, un accord entre les Vingt-Sept doit se réaliser sur des bases politiques de gauche, à moins de croire que la « construction » européenne devrait se poursuivre en dehors de tout clivage politique.
* Deuxièmement, pourquoi en rester à vingt-sept alors que le continent européen compte quarante-neuf pays ?
* Troisièmement, revendiquer la modification des traités revient à s’installer dans le système – cela revient à dire « on veut modifier le capitalisme mais on ne veut pas en sortir » - alors que la question est celle du démantèlement de toutes les institutions européennes.
La gauche doit accepter l’idée qu’il est nécessaire de faire des propositions de court terme car c’est la condition des mobilisations populaires. La population ne peut pas se mobiliser pour des perspectives aussi longues et aussi vagues. D’ailleurs elle ne se mobilise pas. Le moyen d’agir vite et concrètement ce sont des actes unilatéraux des États agissant comme des nations libres et indépendantes. Dans une perspective internationaliste et socialiste.
La gauche, pour l’instant, n’ose pas évoquer la sortie de l’euro qui est un sujet tabou
Personne, en France, à gauche, à part deux petites organisations, le PT et le M’PEP, n’ose évoquer la sortie de l’euro. Les esprits semblent plus avancés en Grèce si j’en juge par la réflexion du chauffeur de taxi qui m’a amené de l’aéroport à mon hôtel. Pour lui il faut évidemment que la Grèce sorte de l’euro car les prix ont explosé depuis l’introduction de la monnaie unique. Alors que le kilo de tomates valait 50 drachmes, il vaut aujourd’hui, avec l’euro, trois fois plus !
* La gauche doit dire clairement que l’Union européenne, avec l’OTAN, le FMI, l’OMC et la Banque mondiale est l’un des piliers de l’ordre néolibéral mondial !
* La gauche doit dire clairement que l’Union européenne est un système de domination et d’aliénation dont il faut s’émanciper !
* La gauche doit dire clairement que l’Union européenne a été mise en place pour empêcher les politiques de gauche !
* La gauche doit dire clairement qu’il faut sortir de l’euro !
La gauche ne doit pas avoir peur de tenir ce discours, car c’est ce qu’attend le peuple ! En France par exemple, 70% de la population regrette le franc !
Aucune politique vraiment de gauche n’est possible avec l’euro
Il ne peut pas y avoir de politique vraiment de gauche avec l’euro. Ce n’est pas vrai ! Dire le contraire serait mentir ! Comment imaginer que ce serait possible puisque la politique monétaire, via la Banque centrale européenne, resterait d’inspiration néolibérale ! Comment mener une politique économique de gauche, alors que l’élément le plus important de la politique économique – la politique monétaire – resterait aux mains des néolibéraux ?
Il faut continuer à expliquer, à faire de la pédagogie, de l’éducation populaire, à repolitiser la population.
Le peuple doit s’approprier les grandes logiques et les grands mécanismes de la politique monétaire pour comprendre qu’il existe des politiques monétaires de gauche et des politiques monétaires de droite. Et pour comprendre comment utiliser ce levier pour la transformation sociale. On ne peut pas laisser croire que la politique monétaire n’aurait pas de sexe et qu’elle ne serait ni de gauche, ni de droite. Il y a des politiques monétaires de droite – c’est l’euro ! – et il y a des politiques monétaires de gauche.
Il faut montrer patiemment ce qu’il est possible de faire concrètement pour sortir de la crise et vaincre la fatalité
Si la gauche n’est pas présente, c’est l’extrême droite et les forces obscures du nationalisme et de la xénophobie qui l’emporteront. La gauche va-t-elle faire ce cadeau à ses pires adversaires ?
À titre d’illustration je vais prendre l’exemple grec, avec beaucoup de prudence car je suis loin de connaitre la situation dans toute sa complexité. Je resterai donc sur les principes qui me semblent valables pour tous les pays, y compris pour la France.
Que se serait-il passé si le gouvernement grec avait refusé le plan d’austérité de l’Union européenne et du FMI ? Il n’aurait pas pu rembourser, le 19 mai 2010, un emprunt obligataire à 10 ans de 8,5 milliards d’euros. Il aurait dû annoncer le « défaut ». En refusant l’austérité, le gouvernement grec n’aurait donc pas pu, a priori, obtenir les prêts de l’Union européenne et du Fonds monétaire international puisque ces prêts, précisément, sont conditionnés par l’austérité. Le gouvernement grec n’aurait probablement pas eu assez d’argent – compte tenu de l’état lamentable du système fiscal grec – pour honorer ses engagements (salaires des fonctionnaires, allocations chômage et pensions, paiement des fournisseurs comme les travaux publics…).
Les marchés financiers, les forces politiques de droite et même une partie de la gauche, le grand patronat, la Commission européenne, les gouvernements de l’Union, le FMI, les grands médias auraient hurlé à la mort contre une telle décision. Ils auraient menacé, fait pression, organisé la peur et la panique… Par ailleurs, la Grèce aurait été exclue, de fait, des marchés financiers, en ne pouvant plus emprunter auprès d’eux. C’est logique et c’est d’ailleurs excellent. Ne remboursant pas ses créanciers, on ne voit pas ces derniers lui prêter encore de l’argent.
Comment faire ?
Il fallait prendre des mesures systémiques et radicales – et c’est toujours possible aujourd’hui -, sans hésitation, avec une très grande rapidité d’exécution, en liaison avec les mobilisations populaires :
1.- Sortir de l’euro et rétablir les monnaies nationales (drachme, franc, etc.)
Le retour aux monnaies nationales implique un taux fixe, la monnaie nationale n’étant par ailleurs pas convertible, sauf avec l’euro (ou un « panier » de monnaies) dans certaines conditions. La spéculation ne sera donc plus possible !
2.- Dévaluer la monnaie nationale pour donner un coup de fouet à l’activité économique
Dévaluer une monnaie signifie baisser la parité officielle de cette monnaie par rapport à une autre monnaie. La baisse de la valeur de la monnaie nationale provoquera une hausse du prix des importations et une baisse du prix des exportations. Pour protéger le pouvoir d’achat de la population, il faudra remettre en place l’échelle mobile des salaires et des prix. Les dirigeants allemands ont provoqué des déficits commerciaux chez leurs voisins. Pour revenir à l’équilibre commercial vis-à-vis de l’Allemagne, il faut favoriser les exportations des pays européens en Allemagne et décourager les importations allemandes vers la zone euro. Intérêt pour la Grèce : notamment le tourisme. La Turquie dévalue chaque printemps pour attirer les touristes !
3.- Restructurer la dette publique et privée
Il faut – y compris en France – déclarer la restructuration de la dette publique. Cela signifie que le gouvernement qui prendra cette décision cessera définitivement de faire appel aux marchés financiers pour se financer, mais utilisera la création monétaire et son épargne nationale. L’épargne des classes moyennes et populaires (épargne salariale, actions détenues par les « petits porteurs », SICAV…) sera protégée. Les autres créanciers (spéculateurs, banques…) ne toucheront rien ou peu !
Il faut aussi restructurer la dette privée. Les prêts « imprudents » accordés à des ménages modestes seraient annulés, ces ménages reviendraient à leur situation d’avant le prêt. Les frais seraient pris en charge par les banques responsables.
Tout commence par cet acte exceptionnellement fort : annoncer que l’on ne paiera pas le jour prévu, qu’il s’agisse du remboursement du capital ou du paiement des intérêts. À partir de là, des discussions doivent obligatoirement se tenir, si les créanciers veulent avoir une petite chance de revoir tout ou partie de leur argent. C’est ce qu’on appelle une « renégociation » de la dette. Mais le bâton aura changé de main ! Ce sont les États qui tiendront les créanciers à la gorge et qui auront repris les choses en main. Ce nouveau rapport de forces permettra de « renégocier la dette » à partir des options suivantes : imposer aux banques de renoncer à une partie de leurs créances par un abattement sur le montant nominal des titres de dette ; allonger les délais de paiement ; réduire les taux d’intérêt.
4.- Nationaliser la politique monétaire
Tout pays qui sortira de l’euro retrouvera sa souveraineté monétaire et coupera les liens de dépendance entre sa banque centrale nationale et la Banque centrale européenne. L’ « indépendance » de la Banque centrale sera abandonnée au profit d’un statut d’autonomie. Très vite, le gouvernement grec ou tout autre gouvernement devra :
* Affecter un quota d’obligations d’État à acheter à chaque banque et compagnie d’assurance, lors de chaque émission, y compris les établissements étrangers.
* Obtenir des « avances » de la Banque centrale.
* Vendre des obligations d’État à la Banque centrale, comme le fait la Banque centrale américaine (« monétiser » la dette).
* Encadrer le crédit : le gouvernement fixe à la Banque centrale la mission de déterminer les taux de progression maximums imposés aux banques pour la distribution des crédits. Chaque banque se voit allouer une enveloppe de crédits, les parts de marché sont gelées, il n’y a plus de concurrence entre les banques. La création monétaire est du seul ressort de la banque centrale. Ce dispositif permet d’éviter la politique d’argent cher.
* Organiser la « sélectivité » du crédit : aider certaines branches d’activité ou au contraire freiner d’autres secteurs pour que les crédits bancaires s’attachent, en priorité, à financer les projets conformes aux objectifs nationaux, par exemple de conversion écologique du mode de production.
5.- Nationaliser les banques et les compagnies d’assurance
Le rôle des banques est normalement de financer l’économie. Elles le font de moins en moins, elles préfèrent spéculer. Le financement de l’économie ne doit pas être confié au marché, c’est pourquoi il faut nationaliser tout le système bancaire et les assurances. Cela permettra aussi d’affaiblir les positions de la classe dirigeante.
6.- Démanteler les marchés financiers spéculatifs
Des marchés financiers sont nécessaires à l’économie : permettre aux agents économiques en surplus d’épargne (les ménages) de prêter aux agents économiques en besoin d’épargne (les entreprises). à condition toutefois de ne faire que cela et de ne pas transformer les marchés financiers en vaste champ spéculatif. Or c’est bien ce que sont devenus aujourd’hui les marchés financiers. Les « réguler » ou mettre en place une « taxe sur les transactions financières » ne suffit plus, c’est totalement inadapté à la situation actuelle, il faut les démanteler.
L’exemple des obligations
Dans le schéma que je propose, il y aura toujours émission d’obligations d’État mais il n’y aura plus de marché primaire, les États sortant de l’euro ne se finançant plus sur le marché obligataire. Les obligations ne pourront être souscrites que par les ménages dans le cadre d’un plafond pour éviter la constitution de rentes par les plus fortunés, par les banques et compagnies d’assurances dans le cadre de leur quota obligatoire, et enfin par la Banque centrale au travers du mécanisme de « monétisation ». Le marché secondaire sera fermé, les obligations souscrites ne pourront être revendues, sauf exceptions particulièrement pour les personnes physiques. Concernant le marché obligataire destiné aux entreprises, il sera lui aussi fermé, les entreprises devant revenir au financement classique par prêt bancaire. Il n’y aura donc plus de marché obligataire.
L’exemple des actions
Il faut organiser le dépérissement de la Bourse pour aller vers sa fermeture.
La première chose à faire est de diminuer sa taille (la capitalisation boursière) par des nationalisations. Il y a déjà les nationalisations des banques et des compagnies d’assurance, auxquelles il faudra ajouter les grands moyens de production, d’échange et de communication. Avec ces nationalisations, la Bourse aura pris un coup fatal, elle ne sera plus que l’ombre d’elle-même.
Une certaine liquidité, nécessaire, sera assurée par la Banque centrale qui servira d’intermédiaire.
Une mesure très puissante à court terme est la restauration de l’impôt de Bourse sur les transactions en actions, et la mise en place d’un impôt sur les plus-values qui sera lié au temps de détention des actions. Un spéculateur qui revend aujourd’hui les actions achetées hier pourra voir annulée sa plus-value. On peut aussi, par la loi, suspendre les dividendes ou les saisir. Comme ces mesures vont encourager les ventes d’actions, deux dispositions importantes doivent être prises :
* D’une part, les banques nationalisées achèteront les actions vendues en Bourse selon des quotas (comme pour les titres d’État) et les logeront dans un fonds public.
* D’autre part, ce mouvement de vente des actions provoquera la chute de leur prix. C’est excellent, c’est le moment d’acheter ! Là encore, les « petits porteurs » ne devront pas être pénalisés. Les malheureux qui se sont fait abuser dans les entreprises pour acheter des actions lors des privatisations, ceux qui ont cédés aux mirages de l’épargne salariale, etc. devront être remboursés au pair, plus un intérêt. Rappelons qu’il ne faut jamais acheter d’actions.
Ajoutons aussi :
* En attendant leur dépérissement, les Bourses deviennent des établissements publics.
* Les systèmes informatiques boursiers, tant qu’ils existent, sont rétrocédés à un établissement public.
* Les opérations de gré à gré sont interdites.
* Le hors bilan est interdit.
* Suppression de la cotation en continu, retour au fixing quotidien.
* Démantèlement progressif des fonds de pension, sans pénaliser leurs adhérents qui devront être justement indemnisés.
* Interdiction pure et simple des Hedge funds.
* Séparation des banques commerciales (de dépôt) et des banques d’investissement (d’affaires) : les premières collectent les dépôts et accordent les crédits ; les secondes font de la finance structurée.
* Interdiction du trading pour compte propre.
* Interdiction des agences de notation.
* Refonte totale de la réglementation bancaire, assurantielle et financière.
* Démantèlement des systèmes d’épargne faisant l’objet d’avantages fiscaux (les « niches » fiscales), remplacement par un Livret E visant l’alimentation en fonds propres des petites et moyennes entreprises à l’échelle régionale.
* Saisie immédiate des fonds déposés dans des paradis fiscaux.
* Suppression de la titrisation.
* Renforcement des prérogatives et des moyens des autorités de contrôle.
* Etc.
7.- Contrôler les changes et mouvements de capitaux
Le contrôle des changes consiste à autoriser une opération de change à condition qu’elle corresponde à une réalité économique (l’achat d’une machine, de marchandises…). Le contrôle des capitaux (actions, obligations…) vise à empêcher leur « fuite », notamment vers les paradis fiscaux.
8.- Lancer un grand emprunt national pour amorcer le financement du droit opposable à l’emploi
L’épargne nationale doit servir au financement du développement national. Un premier emprunt permettrait d’utiliser intelligemment l’épargne. Priorité au financement d’un emploi pour chacun.
9.- Prendre des mesures protectionnistes dans le cadre universaliste de la Charte de La Havane
Cette sortie de l’euro-néolibéralisme et l’affaiblissement considérable du capitalisme devra nécessiter des mesures protectionnistes dans le cadre universaliste de la Charte de La Havane.
10.- Agir pour une monnaie commune
La différence entre une monnaie unique et une monnaie commune est simple : la monnaie commune permet à chaque pays de conserver sa monnaie nationale, de maitriser sa politique monétaire et sa politique économique. La monnaie commune est utilisée dans les transactions commerciales et bancaires internationales entre les pays l’ayant décidé.
Conclusion
La crise grecque représente l’heure de vérité pour la gauche européenne. Ou celle-ci restera enfermée dans le mythe européen et sera absorbée, à court ou moyen terme, d’une façon ou d’une autre, par les partis socialistes et socio-démocrates ; ou la gauche s’émancipera du système de Bruxelles et renouera avec sa tradition internationaliste, et s’engagera vers un socialisme du XXIe siècle.
Je vous remercie."
Jacques Nikonoff