07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Euro : en sortir ou pas ?
Michel Husson, Politis n°1116, 2 septembre 2010

Quelques réflexions entre [bgcolor=#FFFF99][…][/bgcolor]

"Cette question est aujourd’hui soulevée, notamment dans le mouvement altermondialiste. Il s’agit
sans doute d’un débat inévitable dans la situation actuelle, mais il s’appuie sur des analyses
discutables et biaisées.

Tous les problèmes actuels [bgcolor=#FFFF99][Qui donc a soutenu que TOUS les problèmes viennent de là?][/bgcolor] proviendraient de l’impossibilité de monétiser la dette publique, autrement dit de l’interdiction faite aux Banques centrales d’émettre de la monnaie : tel est le postulat sur lequel repose le raisonnement.

Cette situation aurait pour origine la volonté des banques privées d’obtenir une prérogative, celle de créer de la monnaie, qui serait à la base de leurs profits extravagants. Cette vision, plus ou moins « complotiste », selon laquelle les banques se seraient arrogé un privilège exorbitant est un peu décalée. On nous révèle, comme si c’était un secret détenu par quelques initiés, qu’en ouvrant une ligne de crédit, les banques créent de la monnaie. Ce secret de polichinelle est pourtant le lot commun des étudiants de première année d’économie : « les crédits font les dépôts ». Mais peu importe : il suffit de fustiger les « sachants » qui prennent le peuple de haut.[bgcolor=#FFFF99][Effectivement, Attac par exemple, à soigneusement évité de soulever ce sujet qui est pourtant dans le cadre de la mission qu’il s’est donné d’éducation(économique) populaire: heureusement que « le peuple » s’est emparé de la question] [/bgcolor]

Tout cela a quelque chose à voir avec l’Europe, puisque celle-ci a étendu le principe d’interdiction
de la planche à billets. La séquence est alors la suivante : il faut faire financer le déficit par la
banque de France, et pour retrouver cet élément de souveraineté, il faut sortir de l’euro. L’idée
d’une autre construction européenne est balayée comme étant hors de portée, tandis que la sortie
de l’euro serait une mesure facile, à portée de main, et compréhensible par le plus grand nombre.

La sortie de l’euro n’a pourtant rien d’une voie royale et on ne peut en sous-estimer les risques.
Sortir de l’euro, c’est dévaluer et, si cela s’accompagne en outre d’une émission de monnaie, on
débouche sur une inflation incontrôlée [bgcolor=#FFFF99][Ta, ta ta… on peut faire marcher"doucement" la planche à billet en limitant les capacités des banques à faire du crédit, et elle n’est de toute façon pas la seule cause de l’inflation][/bgcolor]. Autant une inflation modérée peut avoir des vertus en dégonflant les dettes, autant une inflation qui dérape débouche sur des plans d’austérité brutaux, sans doute pires que ceux que nous connaissons aujourd’hui. Certes, il faudrait les combattre et imposer une autre redistribution des richesses mais ceci prouve que des mesures techniques (sortie de l’euro et planche à billets) ne peuvent dispenser des affrontements sociaux.[bgcolor=#FFFF99][Et si on essayait d’éviter les affrontements ?][/bgcolor]

Cette idée simple, voire simpliste, selon laquelle la monétarisation de la dette est la solution passepartout présente en outre un défaut majeur, celle d’entériner le déficit. Au lieu de s’interroger sur
les raisons de ce déficit et de montrer qu’il est le résultat des cadeaux fiscaux, on va expliquer que la
sortie de l’euro permettrait de le combler en fabriquant des francs . C’est faire fausse route : la
priorité, dans la conjoncture actuelle, c’est de mettre en avant la nécessité d’une réforme fiscale qui
revienne sur toutes les exonérations qui sont les causes du déficit [bgcolor=#FFFF99][Husson oublie totalement de parler des intérêts de la dette dans les causes des déficits… bon, c’est vrai que je connais ses raisons :wink: ][/bgcolor]. Au moment où se prépare un budget de rigueur extrême, la question de savoir si on va baisser les dépenses publiques ou augmenter les recettes est en effet strictement équivalente à celle-ci : qui va payer les pots cassés de la crise ?

Une mesure (parmi d’autres) permettrait de faire d’une pierre deux coups : elle consisterait à
imposer aux banques un plancher de titres de la dette publique à une très faible rémunération. On
assurerait ainsi une source de financement au budget de l’Etat, et cette norme ferait fonction de
règle prudentielle. Les banques paieraient ainsi la garantie de fait que l’Etat leur assure en temps
de crise.[bgcolor=#FFFF99][Et les banques ne le feront pas payer au « peuple » qui est sa clientèle ? Il faut être naïf pour le croire.][/bgcolor]

Au niveau européen, le choix semble être entre une aventure hasardeuse - la sortie de l’euro - et
une harmonisation utopique. Pour sortir de ce dilemme, il faut imaginer une stratégie combinée :
un pays prendrait des mesures unilatérales [bgcolor=#FFFF99][La simple prise de « mesures unilatérales » me semble un casus belli européen] [/bgcolor]tout en proposant leur extension au niveau européen, en s’appuyant sur leur caractère coopératif. Les libéraux et les souverainistes [bgcolor=#FFFF99][Il met « où » Sapir et quelques autres là dedans ?][/bgcolor] s’accordent pour dire que cette voie est impraticable, les uns pour préserver les normes néo-libérales, les autres pour faire de la sortie de l’euro le préalable à toute alternative [bgcolor=#FFFF99][Pas du tout: mais on sait bien que le carcan des traité est en acier blindé][/bgcolor]. Or, cette idée est fausse, par exemple en ce qui concerne la taxation et le contrôle des capitaux, et elle nous enferme dans une impasse stérile. [bgcolor=#FFFF99][Ben on espère tous, les souverainistes et les autres, que les 27 et même le monde entier vont se mettre d’accord sur la Taxe Tobin: d’ailleurs Sarko l’a demandé hier à l’ONU… on a des chances][/bgcolor]"

Vidéo: "retraites et création monétaire " http://blog.nicolasdupontaignan.fr/post/Retraites-et-création-monétaire

Faut-il sortir de l’euro ?
(Laurent Pinsolle sur http://www.debout-la-republique.fr/Faut-il-sortir-de-l-euro.html )

Cela fait maintenant une dizaine d’années que l’euro a été lancé. Après les troubles du printemps dernier, la tête froide, il faut se demander sans tabou s’il ne faudrait pas mettre fin à cette hasardeuse expérimentation. Analyse des avantages et des inconvénients de la monnaie unique.


L’euro nous protège-t-il ?

Même si la monnaie unique a eu au demeurant des effets paraissant bénéfiques, en définitive elle asphyxie notre économie. Si elle a facilité les échanges au sein de la zone, elle n’en a pas pour autant accéléré un mouvement qui lui préexistait largement. Ensuite, dans un premier temps, la convergence des taux longs a permis aux pays qui souffraient d’une forte prime de risque de réduire considérablement le coût de leur dette. Mais cette convergence s’est interrompue en 2008 et nous sommes revenus à la situation d’avant l’euro.

Mais surtout, il convient de tordre le cou à la mystification absolument incroyable selon laquelle l’euro nous aurait protégés pendant la crise. Un simple examen des chiffres démontre clairement le contraire : la zone euro est entrée en récession dès le 2ème trimestre 2008, soit un trimestre avant les Etats-Unis. En 2009, le PIB étasunien a baissé de 2,5%, contre 4% en Europe et en 2010, la croissance sera de 1% de ce côté ci de l’Atlantique, contre 3% de l’autre.

Et pourtant, la récession venait des Etats-Unis et y a été beaucoup plus dure que chez nous, avec une baisse de 30% de la valeur de l’immobilier qui a durement touché des millions de ménages. La crise aurait du être beaucoup plus dure aux Etats-Unis et c’est à cause de la politique européenne qu’elle a été plus forte sur le vieux continent. Et les derniers mois nous montrent bien que l’euro ne nous protège en aucun cas de la spéculation. Enfin, passons sur la protection de la Grèce ou l’Irlande…

L’euro : un choix politique, pas économique

En fait, les problèmes actuels viennent du fait que l’euro est un choix essentiellement politique. La France de François Mitterrand y voyait un moyen d’ancrer l’Allemagne dans l’Europe après la chute du mur de Berlin, qui aurait pu l’amener à regarder davantage à l’Est. L’Allemagne l’a accepté uniquement parce que la BCE est l’exact décalque de la Bundesbank. Mais surtout, tous les fédéralistes y voyaient un moyen de contraindre l’Europe à se construire sur un modèle fédéral.

Le problème est que la zone euro n’est absolument pas une Zone Monétaire Optimale, comme le définissent les économistes, à savoir une zone géographique apte à partager une même monnaie. Aucun des trois critères nécessaires n’est rempli, à savoir la convergence macro-économique, la mobilité des travailleurs et l’existence d’un budget central. Le problème fondamental est que les pays qui y participent sont des pays trop dissemblables pour partager une même monnaie.

Même une avancée fédéraliste (totalement impossible quand on constate l’état de l’opinion Allemande qui propose aujourd’hui à la Grèce de vendre certaines de ses îles) ne serait pas une solution car les deux premiers critères ne seraient toujours pas vérifiés, ce qui laisserait trop de mécanismes pervers en œuvre, notamment la prime à une désinflation compétitive maladive. En outre, l’Europe n’est absolument pas un espace adapté à une construction de type fédéral.

L’euro cher

Et alors que la faiblesse du cours de l’euro a aidé les économies européennes à la fin des années 90, s’est ajouté depuis dix ans le problème chronique de sa surévaluation, qui pénalise la croissance économique des pays membres. En effet, hormis à sa naissance et pendant quelques temps (où il est descendu jusqu’à 0,82 dollar), l’euro est une monnaie dont le cours est trop élevé. Les économistes estiment que son cours normal devrait être entre 1 à 1,15 dollars à parité de pouvoir d’achat, soit encore une surévaluation de 10 à 20% aujourd’hui (qui a atteint 50% mi-2008 à 1,6 dollar).

Cette surévaluation a une raison simple : la politique monétaire exagérément restrictive de la BCE par rapport à la Fed, qui pousse l’euro à la hausse. L’exemple le plus frappant, dénoncé par de nombreux économistes, est la décision incroyable de juin 2008, quand Jean-Claude Trichet avait trouvé le moyen de monter les taux alors que les Etats-Unis les avaient déjà baissés de 3 points ! Cette surévaluation est un énorme handicap commercial. Par exemple, en dix ans, la France est passée d’un excédent vis-à-vis des Etats-Unis à un déficit de 5 milliards.

Et cette surévaluation encourage les délocalisations. Tout d’abord, Airbus, fleuron de notre industrie, a décidé d’augmenter la part de ses composants produits en zone dollar pour se prémunir de la surévaluation de l’euro : une partie du fuselage de l’A350 sera donc produit aux Etats-Unis. Un comble ! Les constructeurs automobiles Français ont suivi le même raisonnement : ils produisaient plus de 3 millions de voitures en France en 2004. Ce chiffre est tombé à un peu plus de 1,5 en 2009…

La désinflation compétitive

Dans un régime de change ajustable ou flottant, ajuster le cours de la monnaie est un des moyens les plus efficaces pour rééquilibrer les échanges commerciaux. La monnaie des pays en déficit a tendance à perdre de la valeur (ce qui permet de favoriser ses exportations et de renchérir, et donc réduire, ses importations) alors que celle d’un pays en excédent a tendance à s’apprécier, pénalisant ses exportations et favorisant ses importations. Ce mécanisme naturel, qui contribue fortement au rééquilibrage des balances commerciales, est impossible avec l’euro.

Du coup, avec l’euro cher et des coûts salariaux à l’origine largement supérieurs à la moyenne, l’Allemagne a choisi de mener une politique de désinflation compétitive pour aider ses exportations. En effet, dans un système de parité complètement fixe, chaque point de hausse de salaire de moins que le voisin est un point de compétitivité coût de mieux qui permet de gagner la bataille commerciale. C’est ce que l’Allemagne a compris depuis le milieu des années 1990 et applique avec toute sa rigueur.

Ce blocage des salaires a permis à notre voisin d’outre-Rhin de grandement gagner en compétitivité et d’accumuler des excédents commerciaux grandissants vis-à-vis de l’ensemble de ses « partenaires » monétaires. Le problème est que cette politique a un effet dépressif important (la croissance Allemande a été la plus faible de la zone dans les années 2000 – 0.8% par an - avec l’Italie), ce qui, vu son poids économique, se transmet à l’ensemble de la zone.

Pire, ce comportement bien peu collectif a toutes les chances de pousser les autres pays à adopter la même politique de rigueur salariale absolue pour ne pas perdre en compétitivité. Mais déjà que cette politique avait un impact extrêmement négatif quand elle était uniquement poursuivie par l’Allemagne, elle pourrait se révéler désastreuse si davantage de pays y cédaient, car cela réduirait encore le potentiel de croissance d’une zone qui n’a déjà pas brillé dans ce domaine depuis 10 ans…

Une même politique pour des réalités différentes

Mais ce n’est pas tout. L’autre problème majeur de l’euro est d’imposer une même politique monétaire à un ensemble de pays aux réalités trop disparates. Autant les taux sont généralement trop élevés pour des pays comme la France et l’Allemagne, autant ils ont longtemps été trop faibles pour des pays à croissance et inflation plus fortes. Un taux d’intérêt de 4% était beaucoup trop faible pour une Irlande dont la croissance nominale du PIB flirtait avec les 8% ou même pour l’Espagne ou la Grèce.

En effet, si on prend le cas de l’Espagne, pays qui avait un excédent budgétaire au milieu des années 2000, c’est bien l’euro qui a provoqué la bulle immobilière et le krach qui a suivi. En effet, les taux courts, à 4% alors que la croissance nominale de l’économie (croissance + inflation) dépassait les 6%, étaient trop bas, poussant tout le monde à investir. Si le pays avait pu mener une politique monétaire indépendante, nul doute que sa banque centrale aurait monté les taux et limiter la bulle et le désastre consécutif.

L’alternative de la monnaie commune

Mais alors, que fait-on après la monnaie unique ? Il suffit de faire de l’euro la monnaie commune de l’Europe, en réintroduisant des monnaies nationales qui permettront des ajustements de parité et à chacun de mener des politiques indépendantes. En outre, cela rendrait caduque les politiques de désinflation compétitive, ce qui pousserait sans doute l’Allemagne à adopter une politique plus tournée vers la croissance que vers le contrôle des salaires. Mieux, un tel euro pourrait déborder du cadre européen pour devenir un véritable rival du dollar.

Mais est-ce possible ? Bien sûr puisque nous avons réussi le passage à la monnaie unique il y a quelques années. En outre, nous avons les précédents tchécoslovaques et yougoslaves où l’éclatement de ces deux pays a été suivi du passage à de nouvelles monnaies nationales. Il y a donc des précédents récents. Mieux, comme le souligne Christian Saint Etienne, le maintien de signes nationaux sur les billets et les pièces permet d’imaginer un passage rapide.

Certains agitent le spectre d’une explosion des taux d’intérêt en France, mais cela est malhonnête. Malgré le déficit le plus élevé du G7, la Grande-Bretagne arrive toujours à se financer à des taux raisonnables. D’autres avancent que la dette deviendrait ingérable en cas de dévaluation. Pas faux, sauf si comme nous le proposons les gouvernements imposent une conversion en monnaie nationale avant la dévaluation. En outre, en reprenant le contrôle de notre monnaie, nous pourrions également monétiser notre dette, comme le font les Etats-Unis et la Grande-Bretagne depuis le début de la crise. Il est en effet aberrent d’emprunter à 3% alors que la BCE prête aux banques à 1%.

Surévaluation, compression de plus en plus forte des salaires et de la croissance, divergences économiques entre pays membres, encouragement des bulles, impossibilité d’ajuster les déséquilibres commerciaux : la monnaie unique est une catastrophe économique dont il faut sortir, vite !

Je suis d’accord André-Jacques, sortir rapidement de la zone euro est nécessaire. Voir la note de conjoncture économique d’Evans-Pritchard

et son article sur l’Union Économique et Monétaire, le FMI, Dominique Strauss-khan et l’UE.

Maurice Allais vient de mourir.

http://www.liberation.fr/economie/01012295576-deces-de-maurice-allais-prix-nobel-liberal-et-protectionniste

Commentaire de Jacques Sapir (qui reprends la proposition de J-C
Werrebrouck http://www.lacrisedesannees2010.com/article-crise-financiere-et-renouvellement-de-l-offre-politique-57894468.html ) , aujourd’hui, sur le blog de Laurent Pinsolle:
http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2010/10/09/le-mythe-des-bienfaits-de-l-euro-cher.html

// L’impact de l’Euro fort sur l’économie française a été clairement
établi par une Note de l’INSEE datant de 2008, n’en déplaise à
Balthazar.

On peut considérer que toute hausse au dessus d’un cours d’équilibre,
que l’on peut estimer à 1,05USD (ne pas oublier que de très nombreux
pays ont indexé leur monnaie sur le dollar), coûte à l’industrie
française environ 1% de croissance par tranche de hausse de 15%.
Je signale que même l’Allemagne souffre aujourd’hui d’un Euro
surévalué (voire la baisse des exportations allemandes hors zone euro
sur le 3ème trimestre de 2010…).

On peut, bien sur, trouver des biens dont l’élasticité demande/prix
est très faible, mais ils sont peu nombreux.

Pour faire baisser l’Euro les solutions possibles sont
(a) autoriser les avances au Trésor Public pour les pays de la zone
Euro et laisser la BCE émettre pour 1200 milliards d’euros dans les 6
prochains mois.
(b) réintroduire des contrôles de capitaux drastiques tant à l’entrée
qu’à la sortie pour avoir un taux de change « administré » (dans le sens
économique du terme).

Je pense qu’une combinaison de ces deux mesures pourrait donner le
meilleur résultat mais la possibilité de voir de telles mesures
adoptées par la zone Euro est nulle. L’Allemagne se console de sa
perte de compétitivité hors zone euro en renforçant sa compétitivité
DANS la zone euro à notre détriment. L’excédent commercial de
l’Allemagne en 2009 sur les 6 principaux pays de la Zone Euro s’élève
à 95 milliards d’Euros alors que le déficit de l’ensemble de la zone
Euro vis-à-vis de la Chine (dont le Yuan est en partie indexé sur le
Dollar) est de 96 milliards pour 2010 (exactement 48 milliards d’Euros
au premier semestre 2010).

Le problème auquel nous sommes confrontés est double.
d’une part il y a la surévaluation de l’Euro et d’autre part il y a la
politique néo-marcantiliste de l’Allemagne.

Je partage l’avis qu’il faudrait user de l’article 16 pour établir une
réquisition de la banque de France et procéder unilatéralement à une
émission de 400 milliards d’euros.

J. Sapir

Écrit par : Sapir | 11.10.2010
//

http://www.m-pep.org/spip.php?article1933

LA GAUCHE GRECQUE PRÉCONISE LA SORTIE DE L’EURO

Par Jacques Nikonoff, porte-parole du Mouvement politique d’éducation populaire (M’PEP).

Le 19 octobre 2010.

Les 15 et 16 octobre 2010, Jacques Nikonoff comptait parmi les invités à la première rencontre unitaire de la gauche « alternative » de Grèce qui s’est tenue à l’université du Panthéon à Athènes. Elle avait pour titre : « Faire échouer les plans de l’Union européenne et du FMI, la gauche alternative contre la crise et pour une perspective socialiste ».
La gauche alternative grecque veut sortir son pays de l’euro

Devant plusieurs centaines de militants enthousiastes, dont beaucoup de jeunes, une convergence idéologique et programmatique est apparue clairement sur deux questions essentielles qui devraient inspirer la gauche française et européenne.

La première convergence, totalement inédite, est un accord de principe entre toutes les composantes de la gauche « alternative » pour revendiquer la sortie de la Grèce de l’euro. C’était d’ailleurs la raison de mon invitation puisqu’on m’avait demandé d’intervenir sur le sujet (voir mon discours plus bas).

La seconde convergence, qui découle de la première, porte sur la définition de la perspective que la gauche doit proposer au peuple grec : mener la lutte politique et idéologique, et non simplement la lutte sociale et syndicale contre l’austérité ou la simple solidarité avec les travailleurs en lutte.

Toute la gauche européenne va bouger

Les retombées européennes de cette évolution de la situation à gauche en Grèce seront considérables. C’est tout simplement le mythe européen qui vacille. Des forces immenses, stérilisées jusqu’à présent, piégées par le système de Bruxelles, sortiront de leur léthargie et redonneront à la gauche son identité. Celle-ci pourra alors se désengluer de l’européisme béat dans lequel une partie très significative d’entre elle a sombré.

L’enjeu est colossal. Aujourd’hui nous avons une grosse crise et une petite gauche. Si cette dernière n’est pas capable de montrer le chemin pour s’en sortir, de mettre en avant la perspective d’un socialisme du XXIe siècle face à la déliquescence du capitalisme, elle aura encore moins de raison d’être. Pour y parvenir, une question est décisive – et une seule –, la question européenne. C’est sur ce point et sur nul autre que la gauche européenne pourra regagner la confiance du peuple et renouer avec sa tradition, son identité et son histoire.

Les intervenants et les débats

La Conférence d’Athènes des 15 et 16 octobre 2010 s’est organisée de la manière suivante :

    * Présentation et salutation des personnalités, partis et mouvements présents à la Conférence.

    * Ouverture :
          o A.Chrysis (modérateur, université du Panthéon)
          o Stathis Kouvelakis (université de Londres)
          o Giagos Andreadis (université du Panthéon)
          o Crhistos Kortzidis (maire de Ellinikon)
          o Eftichis Bitsakis (philosophe)

    * Panel A : « La crise de l’Eurozone et la réponse de la gauche », avec :
          o Dimitris Konstantakopoulos (modérateur, journaliste)
          o Samir Amin (Forum du tiers-Monde, Sénégal)
          o Costas Lapavitsas (université de Londres)
          o Jacques Nikonoff (M’PEP, Institut d’études européennes de l’université Paris 8,)
          o Costas Vergopoulos (Université Paris 8)

    * Panel B : « La dette odieuse : un mécanisme d’exploitation économique et de subordination des nations », avec :
          o Leonidas Vatikiotis (modérateur, journaliste)
          o Claudio Κatz (université de Buenos Aires)
          o Gianis Tolios (Synaspismos)
          o Thodoros Mariolis (université du Panthéon)

    * Panel C : « La réponse de la gauche à la crise globale du capitalisme », avec :
          o Panagiotis Sotiris (modérateur, ARAN)
          o Panagiotis Lafazanis (député, porte-parole du groupe SYRIZA au Parlement)
          o Dimitris Desyllas (ancien député)
          o Roudi Rinaldi (directeur de la revue Dromos)
          o Giorgos Chourmouziadis (université de Salonique, ancien député communiste).

Toute la gauche « alternative » et « radicale » était donc là. La seule députée du PASOK ayant voté contre les plans d’austérité proposés par le Gouvernement était présente ainsi que des militants socialistes de gauche. Un ancien député du Parti communiste grec était également présent, même si ce parti, comme tel, avait décliné l’invitation, restant sur sa position sectaire traditionnelle.

Une gauche morcelée en Grèce, comme dans toute l’Europe

Cette conférence des 15 et 16 octobre était particulièrement importante car elle rassemblait, pour la première fois, des représentants de toutes les forces de gauche, hors PASOK évidemment. Le PASOK (Parti socialiste grec) dirige le gouvernement. Le Premier ministre, Monsieur Georges Papandréou, en est membre, tout en étant président de l’Internationale socialiste. Le PASOK est devenu l’adversaire de toute la gauche grecque et du peuple. Comment la gauche, en effet, pourrait-elle faire la moindre alliance avec un parti qui a décidé d’affamer son peuple et qui se fait le relais décomplexé et zélé des politiques néolibérales les plus ultras ? Sa soumission volontaire aux plans d’austérité de l’Union européenne et du Fonds monétaire international amène de plus en plus de Grecs à s’interroger sur son véritable ancrage à gauche. Aux élections européennes de 2009, il avait encore obtenu 36,6% des voix et 8 députés sur 22. Aux législatives de 2009, il obtenait 43,9% et 160 sièges. Combien en obtiendra-t-il aux élections municipales prévues en novembres 2010 ? D’autant qu’une liste dissidente du PASOK sera également présente. Elle rassemblera, autour de la députée ex-socialiste ayant voté contre le plan d’austérité et immédiatement exclue du PASOK, les militants de ce parti qui veulent rester fidèles aux idéaux de la gauche. Ces militants contestent le rôle joué par le Parti socialiste grec dans la mise en œuvre d’un plan d’austérité qui fait reculer le progrès social et la démocratie de plusieurs décennies, précisément dans le pays où la démocratie a été inventée.

Quant à la gauche « alternative » ou « radicale », en Grèce comme partout en Europe, elle est morcelée.

Le Parti communiste grec (KKE) est sa composante la plus nombreuse et la mieux organisée. Il a obtenu 8,4% et 2 sièges aux élections européennes de 2009. Aux législatives de 2009, il obtenait 7,5% et 21 sièges. Le KKE est traditionnellement sur une ligne sectaire et opportuniste et avait décliné l’invitation à participer à la conférence des 15 et 16 octobre. Il est sectaire car il refuse tout front commun contre l’austérité avec la gauche non communiste. Il est opportuniste, car habituellement très hostile à l’Union européenne et à l’euro, il masque aujourd’hui ses analyses pour appeler simplement la population à adhérer au Parti…

L’espoir repose sur la gauche « alternative » ou « radicale » rassemblée dans une sorte de fédération appelée la SYRIZA (« Coalition de la gauche radicale »). Ce sont des mouvements participant à cette coalition qui étaient à l’initiative des rencontres des 15 et 16 octobre à Athènes. La création de la SYRIZA date de 2001, au moment de la guerre du Kosovo et des privatisations en Grèce, lorsqu’un « espace » de débats avait été créé par plusieurs groupes de gauche, le Parti communiste grec refusant toujours le dialogue et choisissant l’isolement. Le plus important des mouvements composant la SYRIZA est le Synaspismos (« Coalition de la gauche et des mouvements de l’écologie »). Il est l’héritier d’une branche dissidente du Parti communiste grec qui était favorable à l’entrée de la Grèce dans l’Union européenne. On voit aujourd’hui que le Synaspismos est en train d’évoluer à grande vitesse, une partie significative de ses dirigeants se prononçant désormais ouvertement pour la sortie de l’euro. Cette dissidence avait été exclue du Parti communiste grec après l’implosion de l’URSS et avait créé le Synaspismos. Il obtenait 2,9% des voix aux législatives de 1993, 6,3% aux européennes de 1994, 5,1% aux législatives de 1996. Le Synaspismos connaissait ensuite une crise lors du ralliement de plusieurs de ses dirigeants au PASOK.

Aux législatives de 2004, la SYRIZA obtenait 6 députés (3,3% des voix). Aux législatives de 2007, avec plus de 5% et 14 sièges, principalement dans les grandes villes, la SYRIZA créait la surprise. En 2009, elle obtenait presque 5% aux législatives et 4,6% aux européennes.

INTERVENTION DE JACQUES NIKONOFF

Voici l’intervention qui a été prononcée :

"Mesdames et Messiers, chers amis et camarades,

Mon intervention sera centrée sur la question suivante : quelle ligne politique pour la gauche européenne dans le contexte actuel ?

Mon opinion est la suivante :

    * Faire le lien entre les luttes sociales et syndicales contre les plans d’austérité, et la lutte politique et idéologique devant être dirigée contre l’Union européenne, les gouvernements des pays membres et le FMI.

    * Poursuivre l’analyse de la crise de l’Union européenne, de l’euro et ses relations avec la crise globale du capitalisme.

    * Travailler sur les alternatives, c’est-à-dire sur les solutions à la crise.

 Une gauche qui ne parvient pas à penser le court terme

Là, il y a un problème ! La gauche est divisée. Sa difficulté principale porte sur l’absence d’articulation entre le court, moyen et long terme. En effet, la plupart des organisations de gauche, qu’elles soient politiques, syndicales ou associatives, défendent l’idée d’une réécriture des traités européens, notamment des articles concernant la Banque centrale européenne (BCE). Il faut être conscient qu’une telle revendication ne peut trouver de solution que par l’accord unanime des vingt-sept pays membres de l’Union européenne, ou par un coup de force des deux principaux pays de l’UE – la France et l’Allemagne – qui aligneraient tous les autres. Qui peut dire dans combien de temps cette perspective pourra se réaliser, si elle se réalise un jour ?

Ajoutons trois arguments :

    * Premièrement, un accord entre les Vingt-Sept doit se réaliser sur des bases politiques de gauche, à moins de croire que la « construction » européenne devrait se poursuivre en dehors de tout clivage politique.

    * Deuxièmement, pourquoi en rester à vingt-sept alors que le continent européen compte quarante-neuf pays ?

    * Troisièmement, revendiquer la modification des traités revient à s’installer dans le système – cela revient à dire « on veut modifier le capitalisme mais on ne veut pas en sortir » - alors que la question est celle du démantèlement de toutes les institutions européennes.

La gauche doit accepter l’idée qu’il est nécessaire de faire des propositions de court terme car c’est la condition des mobilisations populaires. La population ne peut pas se mobiliser pour des perspectives aussi longues et aussi vagues. D’ailleurs elle ne se mobilise pas. Le moyen d’agir vite et concrètement ce sont des actes unilatéraux des États agissant comme des nations libres et indépendantes. Dans une perspective internationaliste et socialiste.
 La gauche, pour l’instant, n’ose pas évoquer la sortie de l’euro qui est un sujet tabou

Personne, en France, à gauche, à part deux petites organisations, le PT et le M’PEP, n’ose évoquer la sortie de l’euro. Les esprits semblent plus avancés en Grèce si j’en juge par la réflexion du chauffeur de taxi qui m’a amené de l’aéroport à mon hôtel. Pour lui il faut évidemment que la Grèce sorte de l’euro car les prix ont explosé depuis l’introduction de la monnaie unique. Alors que le kilo de tomates valait 50 drachmes, il vaut aujourd’hui, avec l’euro, trois fois plus !

    * La gauche doit dire clairement que l’Union européenne, avec l’OTAN, le FMI, l’OMC et la Banque mondiale est l’un des piliers de l’ordre néolibéral mondial !

    * La gauche doit dire clairement que l’Union européenne est un système de domination et d’aliénation dont il faut s’émanciper !

    * La gauche doit dire clairement que l’Union européenne a été mise en place pour empêcher les politiques de gauche !

    * La gauche doit dire clairement qu’il faut sortir de l’euro !

La gauche ne doit pas avoir peur de tenir ce discours, car c’est ce qu’attend le peuple ! En France par exemple, 70% de la population regrette le franc !
 Aucune politique vraiment de gauche n’est possible avec l’euro

Il ne peut pas y avoir de politique vraiment de gauche avec l’euro. Ce n’est pas vrai ! Dire le contraire serait mentir ! Comment imaginer que ce serait possible puisque la politique monétaire, via la Banque centrale européenne, resterait d’inspiration néolibérale ! Comment mener une politique économique de gauche, alors que l’élément le plus important de la politique économique – la politique monétaire – resterait aux mains des néolibéraux ?

Il faut continuer à expliquer, à faire de la pédagogie, de l’éducation populaire, à repolitiser la population.

Le peuple doit s’approprier les grandes logiques et les grands mécanismes de la politique monétaire pour comprendre qu’il existe des politiques monétaires de gauche et des politiques monétaires de droite. Et pour comprendre comment utiliser ce levier pour la transformation sociale. On ne peut pas laisser croire que la politique monétaire n’aurait pas de sexe et qu’elle ne serait ni de gauche, ni de droite. Il y a des politiques monétaires de droite – c’est l’euro ! – et il y a des politiques monétaires de gauche.
 Il faut montrer patiemment ce qu’il est possible de faire concrètement pour sortir de la crise et vaincre la fatalité

Si la gauche n’est pas présente, c’est l’extrême droite et les forces obscures du nationalisme et de la xénophobie qui l’emporteront. La gauche va-t-elle faire ce cadeau à ses pires adversaires ?

À titre d’illustration je vais prendre l’exemple grec, avec beaucoup de prudence car je suis loin de connaitre la situation dans toute sa complexité. Je resterai donc sur les principes qui me semblent valables pour tous les pays, y compris pour la France.

Que se serait-il passé si le gouvernement grec avait refusé le plan d’austérité de l’Union européenne et du FMI ? Il n’aurait pas pu rembourser, le 19 mai 2010, un emprunt obligataire à 10 ans de 8,5 milliards d’euros. Il aurait dû annoncer le « défaut ». En refusant l’austérité, le gouvernement grec n’aurait donc pas pu, a priori, obtenir les prêts de l’Union européenne et du Fonds monétaire international puisque ces prêts, précisément, sont conditionnés par l’austérité. Le gouvernement grec n’aurait probablement pas eu assez d’argent – compte tenu de l’état lamentable du système fiscal grec – pour honorer ses engagements (salaires des fonctionnaires, allocations chômage et pensions, paiement des fournisseurs comme les travaux publics…).

Les marchés financiers, les forces politiques de droite et même une partie de la gauche, le grand patronat, la Commission européenne, les gouvernements de l’Union, le FMI, les grands médias auraient hurlé à la mort contre une telle décision. Ils auraient menacé, fait pression, organisé la peur et la panique… Par ailleurs, la Grèce aurait été exclue, de fait, des marchés financiers, en ne pouvant plus emprunter auprès d’eux. C’est logique et c’est d’ailleurs excellent. Ne remboursant pas ses créanciers, on ne voit pas ces derniers lui prêter encore de l’argent.

Comment faire ?

Il fallait prendre des mesures systémiques et radicales – et c’est toujours possible aujourd’hui -, sans hésitation, avec une très grande rapidité d’exécution, en liaison avec les mobilisations populaires :
 1.- Sortir de l’euro et rétablir les monnaies nationales (drachme, franc, etc.)

Le retour aux monnaies nationales implique un taux fixe, la monnaie nationale n’étant par ailleurs pas convertible, sauf avec l’euro (ou un « panier » de monnaies) dans certaines conditions. La spéculation ne sera donc plus possible !
 2.- Dévaluer la monnaie nationale pour donner un coup de fouet à l’activité économique

Dévaluer une monnaie signifie baisser la parité officielle de cette monnaie par rapport à une autre monnaie. La baisse de la valeur de la monnaie nationale provoquera une hausse du prix des importations et une baisse du prix des exportations. Pour protéger le pouvoir d’achat de la population, il faudra remettre en place l’échelle mobile des salaires et des prix. Les dirigeants allemands ont provoqué des déficits commerciaux chez leurs voisins. Pour revenir à l’équilibre commercial vis-à-vis de l’Allemagne, il faut favoriser les exportations des pays européens en Allemagne et décourager les importations allemandes vers la zone euro. Intérêt pour la Grèce : notamment le tourisme. La Turquie dévalue chaque printemps pour attirer les touristes !
 3.- Restructurer la dette publique et privée

Il faut – y compris en France – déclarer la restructuration de la dette publique. Cela signifie que le gouvernement qui prendra cette décision cessera définitivement de faire appel aux marchés financiers pour se financer, mais utilisera la création monétaire et son épargne nationale. L’épargne des classes moyennes et populaires (épargne salariale, actions détenues par les « petits porteurs », SICAV…) sera protégée. Les autres créanciers (spéculateurs, banques…) ne toucheront rien ou peu !

Il faut aussi restructurer la dette privée. Les prêts « imprudents » accordés à des ménages modestes seraient annulés, ces ménages reviendraient à leur situation d’avant le prêt. Les frais seraient pris en charge par les banques responsables.

Tout commence par cet acte exceptionnellement fort : annoncer que l’on ne paiera pas le jour prévu, qu’il s’agisse du remboursement du capital ou du paiement des intérêts. À partir de là, des discussions doivent obligatoirement se tenir, si les créanciers veulent avoir une petite chance de revoir tout ou partie de leur argent. C’est ce qu’on appelle une « renégociation » de la dette. Mais le bâton aura changé de main ! Ce sont les États qui tiendront les créanciers à la gorge et qui auront repris les choses en main. Ce nouveau rapport de forces permettra de « renégocier la dette » à partir des options suivantes : imposer aux banques de renoncer à une partie de leurs créances par un abattement sur le montant nominal des titres de dette ; allonger les délais de paiement ; réduire les taux d’intérêt.
 4.- Nationaliser la politique monétaire

Tout pays qui sortira de l’euro retrouvera sa souveraineté monétaire et coupera les liens de dépendance entre sa banque centrale nationale et la Banque centrale européenne. L’ « indépendance » de la Banque centrale sera abandonnée au profit d’un statut d’autonomie. Très vite, le gouvernement grec ou tout autre gouvernement devra :

    * Affecter un quota d’obligations d’État à acheter à chaque banque et compagnie d’assurance, lors de chaque émission, y compris les établissements étrangers.

    * Obtenir des « avances » de la Banque centrale.

    * Vendre des obligations d’État à la Banque centrale, comme le fait la Banque centrale américaine (« monétiser » la dette).

    * Encadrer le crédit : le gouvernement fixe à la Banque centrale la mission de déterminer les taux de progression maximums imposés aux banques pour la distribution des crédits. Chaque banque se voit allouer une enveloppe de crédits, les parts de marché sont gelées, il n’y a plus de concurrence entre les banques. La création monétaire est du seul ressort de la banque centrale. Ce dispositif permet d’éviter la politique d’argent cher.

    * Organiser la « sélectivité » du crédit : aider certaines branches d’activité ou au contraire freiner d’autres secteurs pour que les crédits bancaires s’attachent, en priorité, à financer les projets conformes aux objectifs nationaux, par exemple de conversion écologique du mode de production. 

 5.- Nationaliser les banques et les compagnies d’assurance

Le rôle des banques est normalement de financer l’économie. Elles le font de moins en moins, elles préfèrent spéculer. Le financement de l’économie ne doit pas être confié au marché, c’est pourquoi il faut nationaliser tout le système bancaire et les assurances. Cela permettra aussi d’affaiblir les positions de la classe dirigeante.
 6.- Démanteler les marchés financiers spéculatifs

Des marchés financiers sont nécessaires à l’économie : permettre aux agents économiques en surplus d’épargne (les ménages) de prêter aux agents économiques en besoin d’épargne (les entreprises). à condition toutefois de ne faire que cela et de ne pas transformer les marchés financiers en vaste champ spéculatif. Or c’est bien ce que sont devenus aujourd’hui les marchés financiers. Les « réguler » ou mettre en place une « taxe sur les transactions financières » ne suffit plus, c’est totalement inadapté à la situation actuelle, il faut les démanteler.

L’exemple des obligations

Dans le schéma que je propose, il y aura toujours émission d’obligations d’État mais il n’y aura plus de marché primaire, les États sortant de l’euro ne se finançant plus sur le marché obligataire. Les obligations ne pourront être souscrites que par les ménages dans le cadre d’un plafond pour éviter la constitution de rentes par les plus fortunés, par les banques et compagnies d’assurances dans le cadre de leur quota obligatoire, et enfin par la Banque centrale au travers du mécanisme de « monétisation ». Le marché secondaire sera fermé, les obligations souscrites ne pourront être revendues, sauf exceptions particulièrement pour les personnes physiques. Concernant le marché obligataire destiné aux entreprises, il sera lui aussi fermé, les entreprises devant revenir au financement classique par prêt bancaire. Il n’y aura donc plus de marché obligataire.

L’exemple des actions

Il faut organiser le dépérissement de la Bourse pour aller vers sa fermeture.

La première chose à faire est de diminuer sa taille (la capitalisation boursière) par des nationalisations. Il y a déjà les nationalisations des banques et des compagnies d’assurance, auxquelles il faudra ajouter les grands moyens de production, d’échange et de communication. Avec ces nationalisations, la Bourse aura pris un coup fatal, elle ne sera plus que l’ombre d’elle-même.

Une certaine liquidité, nécessaire, sera assurée par la Banque centrale qui servira d’intermédiaire.

Une mesure très puissante à court terme est la restauration de l’impôt de Bourse sur les transactions en actions, et la mise en place d’un impôt sur les plus-values qui sera lié au temps de détention des actions. Un spéculateur qui revend aujourd’hui les actions achetées hier pourra voir annulée sa plus-value. On peut aussi, par la loi, suspendre les dividendes ou les saisir. Comme ces mesures vont encourager les ventes d’actions, deux dispositions importantes doivent être prises :

    * D’une part, les banques nationalisées achèteront les actions vendues en Bourse selon des quotas (comme pour les titres d’État) et les logeront dans un fonds public.

    * D’autre part, ce mouvement de vente des actions provoquera la chute de leur prix. C’est excellent, c’est le moment d’acheter ! Là encore, les « petits porteurs » ne devront pas être pénalisés. Les malheureux qui se sont fait abuser dans les entreprises pour acheter des actions lors des privatisations, ceux qui ont cédés aux mirages de l’épargne salariale, etc. devront être remboursés au pair, plus un intérêt. Rappelons qu’il ne faut jamais acheter d’actions.

Ajoutons aussi :

    * En attendant leur dépérissement, les Bourses deviennent des établissements publics.

    * Les systèmes informatiques boursiers, tant qu’ils existent, sont rétrocédés à un établissement public.

    * Les opérations de gré à gré sont interdites.

    * Le hors bilan est interdit.

    * Suppression de la cotation en continu, retour au fixing quotidien.

    * Démantèlement progressif des fonds de pension, sans pénaliser leurs adhérents qui devront être justement indemnisés.

    * Interdiction pure et simple des Hedge funds.

    * Séparation des banques commerciales (de dépôt) et des banques d’investissement (d’affaires) : les premières collectent les dépôts et accordent les crédits ; les secondes font de la finance structurée. 

    * Interdiction du trading pour compte propre.

    * Interdiction des agences de notation.

    * Refonte totale de la réglementation bancaire, assurantielle et financière.

    * Démantèlement des systèmes d’épargne faisant l’objet d’avantages fiscaux (les « niches » fiscales), remplacement par un Livret E visant l’alimentation en fonds propres des petites et moyennes entreprises à l’échelle régionale.

    * Saisie immédiate des fonds déposés dans des paradis fiscaux.

    * Suppression de la titrisation.

    * Renforcement des prérogatives et des moyens des autorités de contrôle.

    * Etc.

 7.- Contrôler les changes et mouvements de capitaux

Le contrôle des changes consiste à autoriser une opération de change à condition qu’elle corresponde à une réalité économique (l’achat d’une machine, de marchandises…). Le contrôle des capitaux (actions, obligations…) vise à empêcher leur « fuite », notamment vers les paradis fiscaux.
 8.- Lancer un grand emprunt national pour amorcer le financement du droit opposable à l’emploi

L’épargne nationale doit servir au financement du développement national. Un premier emprunt permettrait d’utiliser intelligemment l’épargne. Priorité au financement d’un emploi pour chacun.
 9.- Prendre des mesures protectionnistes dans le cadre universaliste de la Charte de La Havane

Cette sortie de l’euro-néolibéralisme et l’affaiblissement considérable du capitalisme devra nécessiter des mesures protectionnistes dans le cadre universaliste de la Charte de La Havane.
 10.- Agir pour une monnaie commune

La différence entre une monnaie unique et une monnaie commune est simple : la monnaie commune permet à chaque pays de conserver sa monnaie nationale, de maitriser sa politique monétaire et sa politique économique. La monnaie commune est utilisée dans les transactions commerciales et bancaires internationales entre les pays l’ayant décidé.
 Conclusion

La crise grecque représente l’heure de vérité pour la gauche européenne. Ou celle-ci restera enfermée dans le mythe européen et sera absorbée, à court ou moyen terme, d’une façon ou d’une autre, par les partis socialistes et socio-démocrates ; ou la gauche s’émancipera du système de Bruxelles et renouera avec sa tradition internationaliste, et s’engagera vers un socialisme du XXIe siècle.

Je vous remercie."

Jacques Nikonoff

Avant de poser des RECETTES TECHNIQUES sur la façon de maîtriser la monnaie, il me semble qu’il serait utile de donner du SENS à son existence.

Il me semble en particulier nécessaire de questionner:

1 - sa place dans le monde réel

2 - sa place dans nos valeurs démocratiques

L’arnaque fondamentale de la monnaie est qu’elle n’est LEGITIME ni dans l’un, ni dans l’autre

La raison fondamentale en est l’INTERET MONETAIRE qui n’a AUCUNE justification dans le monde REEL, pour lequel TOUS les biens sont soumis à la loi de l’ENTROPIE et donc de la DEGRADATION.

Si on admet que la monnaie constitue une RESERVE, elle acquiert le statut de BIEN, et le principe entropique doit s’exiger sur ce bien.
Il est alors naturel de se placer, à tout le moins dans le CAS LIMITE où cette dégradation est NULLE.

Il ne peut y avoir qu’UNE seule conception démocratique de la monnaie: TOUS les citoyens doivent composer, en TEMPS REEL, avec la MEME monnaie, qu’elle s’apprécie ou se déprécie par rapport aux biens à échanger.

Il n’y a en effet, AUCUNE justification à rémunérer le CREANCIER qui prête au DEBITEUR, comme il n’y a aucune justification à décider CONCRETEMENT de l’avenir par un monopole de l’INVESTISSEMENT aux créanciers privés.

L’INTERET MONETAIRE a pour CORROLAIRE OBLIGE la disparition de la notion d’AIDE qui, devenant intéressée, devient de fait du RACKET.

C’est aussi simple que ça.

@bernarddo
J’avoue que je ne comprends pas très bien ce que vous voulez dire.

La monnaie ne serait légitime ni dans le monde réel (où sommes nous donc ?) ni dans un système démocratique ?

Je ne vois vraiment pas pourquoi la monnaie (en tant que telle) serait "illégitime "?

C’est l’INTERET qui est illégitime.

Illégitime est le qualificatif qui convient bien dans le domaine politique.

Dans le domaine réel, le qualificatif adéquat serait plutôt pathologique, ou pour parler plus clairement cancéreux.

@Bernarddo
Avouez que votre message 9669 n’était pas clair puisque le sujet était « la monnaie »

J’avoue ne pas avoir (sciemment) confondu la MONNAIE et son FONCTIONNEMENT actuel qui est gouverné par le principe de l’INTERET.

La monnaie est utile, comme pense-bête et comme capacité, par le crédit, de permettre des réalisations.

Mais l’intérêt n’est pas une nécessité. La Dame de Condé de l’histoire classique brûlait son billet et n’exigeait pas de petit supplément qu’elle se gardait bien de brûler. Cette dame là était légitime, et la masse monétaire du village évoluait normalement.

J’avais sur un blog quelque part indiqué comment se comportaient nos vraies Dames de Condé, billet que vous aviez vu; ce sont ces Dames là qui sont illégitimes, qui développent la tumeur dans les économies.

@Bernarddo
En ce qui me concerne je ne considère pas que l’intérêt sur une épargne soit illégitime.
Par contre je considère illégitime l’intérêt sur la création monétaire privée (par les banques commerciales)

Expliquez-moi donc la différence, personnellement je ne n’en vois aucune. (Hors bien sûr des rémunérations des services et des frais d’assurances pour couvrir les risques).

Mais je vous mets au défi d’en trouver une.

C’est le noeud du problème. Les gens « n’accrochent » pas à l’illégitimité de l’intérêt parce qu’ils se refusent à trouver illégitime, ou disons anormal, ou a-normal, ou a-moral, ou plutôt amoral (suivez le glissement) un mécanisme sur lequel ils comptent pour se faire une pelote pour leur avenir, leur assurance-vie par exemple.

L’intérêt était encore « vivable » quand les corrections du type (augmentation des salaires/dévaluation) permises par la lutte sociale permettait de remettre à niveau le travail. On pouvait encore alors trouver un équilibre avec cette lutte, c’était simplement plus difficile.

Expliquez-moi donc la différence, personnellement je ne n'en vois aucune. (Hors bien sûr des rémunérations des services et des frais d'assurances pour couvrir les risques).

Mais je vous mets au défi d’en trouver une.


Juste une donc: une épargne est l’acceptation de repousser une consommation et de prendre le risque de perdre son épargne. Il est naturel (à mon avis) que le bénéficiaire de cette épargne qui va, lui, pouvoir consommer immédiatement, paye ce service, et dans ce cas ce service ce sont les intérêts.

Je ne saisis pas bien, la raison que vous annoncez me semble devoir être complètement renversée.

En effet, l’acceptation de repousser la consommation (via ici une immobilisation de l’épargne par un prêt) est littéralement équivalente à la DECISION d’éviter de perdre une partie de son épargne puisqu’il s’agit d’éviter de l’échanger contre un bien consommable, donc perdu à échéance prévisible.

Il ne s’agit pas de prendre un risque de perte, mais d’EVITER une perte certaine. C’est d’ailleurs la tendance naturelle, la fameuse « préférence pour la liquidité » des théories classiques, (à ceci près qu’elle suppose le refus de l’investissement.)

Le seul risque que l’on pourrait introduire est le risque de l’investissement de cette épargne dans une production, et il est alors naturel de prévoir une rémunération du risque. (avec le bémol que le profit dégagé ne se fasse pas au détriment de la collectivité.
Dans un prêt privé, ce risque est limité et la seule obligation est que le créancier recouvre sa créance intégralement.

Je ne suis donc toujours pas d’accord avec la légitimité de l’intérêt dans le prêt privé.

Je conçois parfaitement bien que l’on puisse trouver l’intérêt « naturel » dans ce cas, en ce sens qu’il repose sur une épargne (des « fonds propres ») qui existent vraiment. L’absence de couverture complète en « fonds propres » par les banques introduit un élément qui détruit cette logique, et semble être le seule différence à justifier votre rejet, et j’imagine encore plus l’absence complète de couverture comme dans l’affaire Madoff.

Mais il ne s’agit que de degrés, sur une échelle de logique qui n’a rien à voir avec la légitimité.

D’ailleurs, si Madoff n’avait pas promis d’intérêt à ses prêteurs et mis cet argent à la disposition de ménages emprunteurs, il serait devenu un héros du style Robin des Bois. C’est de cette façon que je conçois le fonctionnement des prêts privés, comme la Dame de Condé première version.

@bernarddo
Eh bien, chacun son point de vue donc… mais si j’ai épargné 1000 €, je ne vois vraiment pas pourquoi je vais vous les prêter, avec un risque de non remboursement (vous pouvez faire faillite) , en devant dans quelques mois me priver de les utiliser (j’avais l’intention d’acheter, peut-être, un nouvel écran plat), et en subissant le risque (si vous ne me remboursez que 1000 € dans 10 ans) que son pouvoir d’achat soit réduit de 50% alors que l’intérêt que j’aurai obtenu d’autres emprunteurs me garantira au moins le maintien de ce pouvoir d’achat.
J’ai le regret de vous dire que je vous refuse donc ce prêt de mon épargne :slight_smile:

Arrêtez bernarddo, de vouloir faire tourner AJH en bourrique dans une discussion qui tourne en rond. Je ne crois pas que vous puissiez prendre le pouvoir sur sa monnaie ! :lol:


[size=12]07 Reprendre le pouvoir sur [b]notre[/b] monnaie[/size]

Pardon, d’avoir direct, mais le débat initial concernait l’absence d’intérêt financier dû par le Trésor public pour des dépenses d’intérêt général, éducation, défense, santé… et non l’application ou non d’intérêt entre particuliers, banques ….

d’autant plus que ce simili-débat : — « Moi, je veux qu’il n’y ait plus d’intérêt.»

                                              — « Moi, je veux qu'il y en ait !» me lasse. 

D’autant plus qu’à aborder ce sujet, un nouveau fil aurait pu être créé avec toute une histoire et tous les argumentaires des positions religieuses, philosophiques sur la pertinence morale ou non des intérêts, il me semble que les catholiques, les juifs, les musulmans, les orthodoxes et les protestants divergent sur cette question des intérêts. À quel moment les intérêts deviennent légitimes dans nos sociétés, sous l’influence des quels arguments ?

Pardon , Gilles

Je ne veux faire tourner en bourrique personne, surtout pas A-J H.

Je m’étonnais simplement, à tort je le reconnais, qu’il ne soit pas complètement « raccord » avec le point 4, à mon sens le point le plus fondamental parmi les 14 de la doctrine économique écosociétaliste, que je me permets de rappeler ci-dessous.

4 - La monnaie est seulement la représentation « symbolique » d’un bien ou d’un service « réel ». De ce fait la notion de crédit bancaire et d’intérêt devient totalement obsolète.

J’avoue avoir perdu de vue qu’en allant un peu plus loin, on trouve le point 13, qui réintroduit subrepticement l’intérêt.

13 - Le crédit est gratuit et l’intérêt est limité au droit de le percevoir sur le prêt d’une épargne individuelle préalable.

Cette possibilité de « shunter » le mode de la dotation me semble porter en germe les fruits d’une perversion du système. Shunter un mode de fonctionnement « gratuit » pour un mode « payant » ne me paraît se justifier que pour échapper aux modes de contrôle du fonctionnement normal.

De plus, ces intérêts acquis sont bien un revenu monétaire.

Or par définition dans le système, un revenu ne peut être que le produit d’un temps d’activité par un coefficient d’utilité, termes qui sont nuls par définition dans le cas du crédit. Il y a là une contradiction manifeste.

Monnaie/biens, services

Bernarddo, vous dites (9687) :

« La monnaie est seulement la représentation « symbolique » d’un bien ou d’un service « réel ». De ce fait la notion de crédit bancaire et d’intérêt devient totalement obsolète. »

Supprimons donc la monnaie, et il ne restera que les biens et les services. D’accord ?

Pour se procurer les bien et les services dont on a besoin il faut alors procéder par troc. D’accord aussi ?

Donc, si voulez acheter un journal au magasin du coin, ou bien diner au restaurant, il vous faudra donner en échange un service ou un bien de valeur équivalente : d’accord toujours ?

Première conclusion : l’argent représente des biens et des services, mais ce n’est pas un symbole : c’est un instrument de circulation des biens et services, dénominateur commun de valeur, qui évite d’une quantité d’opérations physiques inutiles et coûteuses.

Posons-nous maintenant la question suivante :

En l’absence d’argent, laisserez-vous occuper votre maison par le premier inconnu venu s’il ne vous offre rien en contrepartie ? Non, je suppose.

Deuxième conclusion : celui pr^ete de l’argent (lequel représente un bien ou un service) rend lui-me^me un service auquel doit correspondre une certaine somme d’argent, ou un bien ou service : ça s’appelle l’intér^et.

Sinon, je réagirai comme AJH : point d’argent, point de Suisses. JR