[size=13][b]La refondation du capitalisme.[/b][/size]
Je n’ai pas de préjugé idéologique, à la différence de certains visiteurs encombrants de ce blog. J’essaye en toutes choses de juger sur pièces. Comme, d’après certains d’entre eux, Maurice Allais a imaginé une réforme de la création monétaire qui aurait, parmi maints avantages, celui de régler la question de la dette publique, je suis allé visiter les œuvres du grand homme. J’ai constaté deux choses :
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premièrement, que ses thuriféraires lui attribuent des thèses qu’il n’a, en l’état, jamais soutenues. Sa pensée monétaire, pour laquelle j’ai une certaine sympathie, est ainsi reconstituée de façon plus qu’approximative ;
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deuxièmement, que l’on peut être prix Nobel d’économie et faire, par ignorance des faits, des erreurs de débutant. Cela ne porte pas sur l’architecture principale de la construction mais sur des ornements en apparence secondaires. Bien entendu c’est de ceux-là mêmes, qui sont erronés, que ses admirateurs se sont surtout emparés pour en tirer des conclusions illusoires.
J’affirme tout cela avec précautions. La pensée du Maître étant à certains égards peu explicite, je lui ai écrit pour lui demander de bien vouloir me communiquer les pages de ses œuvres où j’aurais pu trouver réponse à mes interrogations. Le Maître n’a pas daigné me répondre.
Rappelons les deux principes fondamentaux de la réforme monétaire proposée par Maurice Allais :
1/ la création monétaire doit relever de l’Etat et de l’Etat seul. Toute émission de monnaie par les banques commerciales doit être rendue impossible. Seule doit circuler la monnaie de base émise par la Banque Centrale ;
2/ tout financement d’investissement à un terme donné doit être assuré par des emprunts à des termes plus longs, ce qui permet d’assurer à tout moment que le système garde une liquidité convenable.
Ces deux principes conduisent à trois conséquences directes :
3/ le crédit bancaire (aux agents économiques et/ou à l’Etat) qui est la contrepartie de l’émission monétaire est donc, in fine, porté par la seule Banque Centrale. Le taux de croissance de la masse monétaire, idéalement fixé au taux d’accroissement du PNB réel augmenté du taux cible d’inflation tolérée, est celui de la seule monnaie de base ou monnaie centrale. Pour la France, cette règle conduirait à une expansion de la masse monétaire de l’ordre de 4% (2+2) par an. L’alimentation monétaire étant tout entière entre les mains de la Banque Centrale, le respect de cette discipline explicite serait plus simple, mieux vérifiable, que ce n’est le cas dans l’organisation actuelle.
4/ ce crédit bancaire, porté par la seule Banque Centrale, doit être relayé auprès des emprunteurs finaux par des organismes intermédiaires. Ce sont (je cite) « des banques de prêt empruntant à des termes donnés et prêtant les fonds empruntés à des termes plus courts, le montant global des prêts ne pouvant excéder le montant global des fonds empruntés ».
D’où le schéma ci-après, qui me parait fidèle, et qui retrace les opérations inscrites aux bilans tant de la Banque Centrale que des banques de prêt :
Banque Centrale
100
(crédit aux banques de prêt)
100
(émission de monnaie centrale)
Banques de prêt
100
(prêts à l’économie)
100
(dette vis-à-vis de la Banque Centrale)
5/ cependant, les banques de dépôt, et elles seulement, « assurent à l’exclusion de toute opération de prêt les encaissements et les paiements et la garde des dépôts de leurs clients, les comptes des clients ne pouvant comporter aucun découvert ». Qu’est-ce à dire ?
Une quantité de monnaie de base égale à 100 est émise par la Banque Centrale en contrepartie de ses crédits aux banques de prêts. Les prêts consentis par ces dernières aux agents économiques ont pour effet de faire circuler parmi ceux-ci l’encaisse ainsi créée. Mais cette dernière doit être en permanence inscrite au passif des seules banques de dépôts qui, à leur tour, la mettent en dépôt auprès de la Banque Centrale. D’où la description complète du système :
bc.1283961095.jpg
Jusque là, tout parait facile. Nous allons maintenant entrer dans la partie critique.
Première remarque : le système n’est pas gratuit
L’alimentation monétaire de l’économie, quelle que soit sa source, a un coût. Nous ne sommes pas dans un univers virtuel, sans géographie ni relief. Les agents économiques, ménages et entreprises, répartis sur le territoire, sont plus ou moins difficilement accessibles et exposent leurs prêteurs à des risques variables de non-remboursement.
Les banques de prêt doivent entretenir un réseau dense de points de contact, physiques ou dématérialisés, avec leur clientèle, points où doivent se trouver des spécialistes du crédit sous ses formes les plus variables, des plus simples aux plus sophistiquées (crédits commerciaux, à l’investissement, à la consommation, immobiliers, …), capables de procéder à des évaluations du risque. Soit cp le niveau des frais généraux nécessaires au fonctionnement de cet énorme appareil, rapporté à l’encours de prêts à un instant donné, donc exprimé en taux d’intérêt équivalent.
Soit ib le taux des crédits consentis par la Banque Centrale aux banques de prêt. Soit rp le coût du risque (c’est-à-dire le poids des défauts de remboursement) traduit lui aussi en points de taux d’intérêt et soit enfin ip le taux d’intérêt facturé par les banques de prêt à leur clientèle.
Pour que celles-ci fonctionnent juste à l’équilibre, il faut que soit respectée l’équation suivante :
ip = cp + rp + ib
De même, pour assurer la bonne circulation de la monnaie, les banques de dépôt doivent développer et entretenir des systèmes d’encaissement et de paiement (cartes de crédit, chèques, virements, distributeurs automatiques) et déployer un réseau de contacts de proximité avec les déposants. Soit, toujours exprimé sous forme d’un taux d’intérêt, cd le montant des frais généraux correspondants.
Comme les dépenses ainsi visées ne sont pas, pour l’essentiel, récupérées auprès de la clientèle qui pense, à tort ou à raison, qu’elle n’a pas à payer pour le simple usage de ses propres liquidités dont le dépôt en banque lui est imposé par la loi et par les usages, l’équilibre financier des banques de dépôt ne peut être atteint que si le taux de rémunération id que leur consent la Banque Centrale (auprès de laquelle elles sont tenues de déposer leur encaisse) couvre leurs coûts. D’où la deuxième équation :
id = cd
Troisième contrainte, l’équilibre de la Banque Centrale elle-même. Si l’on suppose, hypothèse extrèmement favorable, que ses frais généraux sont négligeables, il vient nécessairement
ib (recettes) = id (dépenses)
D’où, par simple addition, l’égalité minimale d’équilibre d’exploitation de l’ensemble du système bancaire et monétaire, à taux de profit partout nul :
ip = cp + cd + rp
Les propositions de Maurice Allais ne permettent pas de contourner cette évidence économique et comptable, que l’on retrouvera toujours, quelle que soit l’architecture retenue pour l’organisation du système monétaire interne d’un pays donné. Le taux d’intérêt du crédit bancaire à l’économie est toujours égal au minimum à la somme des frais de fonctionnement du réseau bancaire (crédits et dépôts) et du coût du risque. Cette borne minimale a ainsi un caractère absolu que bien peu d’économistes rappellent. Si le taux d’intérêt descend durablement en-dessous de cette limite, les banques disparaissent ou, à tout le moins, arrêtent de consentir des prêts dont la rentabilité devient pour elles négative. Il n’y a plus alors d’alimentation monétaire de l’économie : la monnaie centrale ne peut plus être créée puisque sa circulation est devenue impossible. On a ainsi mis en évidence une sorte de « trappe à crédit bancaire » dont l’existence me paraît plus clairement fondée que celle de la fameuse « trappe à liquidité », même si celle-ci est probablement de même nature.
Le niveau de taux en-dessous duquel cette trappe se déclenche est assez haut, ce qui rend d’autant plus étonnant le fait qu’elle soit largement méconnue. En France, sur les quatre années 2005 à 2008, le total des frais généraux et du coût du risque des banques de crédit et de dépôt s’est élevé en moyenne à 3,6% de l’encours des prêts. Les chiffres similaires dans les autres pays développés, à l’exception de l’Allemagne, sont encore plus élevés. Quelle extraordinaire découverte ! Le fonctionnement du système bancaire a un coût. Ses dépenses doivent être couvertes par le taux d’intérêt. A défaut, l’économie ne serait plus alimentée en monnaie. Dit de manière plus agressive, il est d’intérêt public que les banques gagnent de l’argent. Pas trop, certes, mais suffisamment. Comme il est d’intérêt public qu’elles améliorent leur productivité et abaissent leurs coûts.
Deuxième remarque : il n’y a pas de monnaie centrale gratuite
Dans le système précédemment décrit, le coût des avances consenties par la Banque Centrale couvre très exactement les frais de fonctionnement des banques de dépôt (ce qui est parfaitement normal, si on réfléchit une seconde : la monnaie centrale étant la seule monnaie, la fabriquer ne coûte rien. Encore faut-il la faire circuler. Faisons des banques de dépôt des filiales à 100% de la Banque Centrale ce qui, dans une telle architecture, serait assez logique : le coût de la monnaie centrale est bien celui de sa circulation). Sauf à faire payer ce coût par les déposants eux-mêmes, ce qui constituerait un intéressant transfert de charges que personne ne s’est jusqu’à présent risqué à recommander ou même suggérer.
Dès lors, affirmer haut et fort comme le feraient certains économistes proches d’Attac (lesquels et dans quels textes ?) que si l’Etat s’endettait directement auprès de la Banque Centrale, il paierait un taux d’intérêt nul, constitue une pure ânerie. Ânerie déjà entendue en 1982 / 1983, lors du « tournant de la rigueur » du premier septennat de François Mitterrand, de la part des partisans de la fuite en avant : les idées fausses ont la vie dure. Surtout quand elles sont plaisantes à entendre. Dire que les charges d’intérêt qui pèsent lourdement sur le budget de l’Etat ne sont dues qu’à la coupable cupidité des banquiers commerciaux auxquels des dirigeants politiques complices de leur enrichissement ont scandaleusement affermé le privilège souverain de la création monétaire, est politiquement commode. Superbe retour au centralisme démocratique, dans sa version monétaire, qui permet de justifier ex-post le dérapage permanent des finances publiques et surtout de le projeter vers l’avenir : si le taux d’intérêt payé par l’Etat sur sa dette est nul, pour ainsi dire par fondement, alors il n’existe plus de limite à son endettement. L’anticapitalisme est parfois magnifique : oui, décidément, vive la dette publique en expansion, vive la révolution !
Maurice Allais, à ma connaissance, n’a jamais défendu cette thèse. Parmi les objectifs qu’il fixe à sa nouvelle organisation du système bancaire et financier figure explicitement, on l’a déjà dit, « l’expansion de la masse monétaire globale, constituée uniquement par la monnaie de base, au taux d’accroissement du PNB réel, augmenté du taux souhaité de hausse de prix, en principe de 2% ».
Dès lors, le fait que la Banque Centrale prête directement à l’Etat et crée à ce titre une partie de la monnaie centrale qu’elle met en circulation chaque année, ouvre un double problème :
le montant correspondant doit être prélevé sur celui des avances aux banques de prêt si l’on veut respecter l’objectif quantitatif de création monétaire qui dans l’esprit de Maurice Allais (et, si j’osais, dans le mien également) est crucial.
Il n’est pas évident que la dépense publique ainsi financée par le déficit alimente dans des conditions aussi efficaces que les banques de prêt l’ensemble de l’économie. Comment la monnaie centrale utilisant ce canal parvient-elle aux agents économiques qui en ont le besoin ? Pourquoi ce détour plutôt que l’affectation directe ? Beaucoup dépendra de la nature de la dépense publique. Si elle est d’investissement ou d’intervention économique bien pensée, elle peut se substituer à des prêts consentis aux agents économiques par le système bancaire. Si elle est de pur fonctionnement (salaires des fonctionnaires), on a le droit d’être moins optimiste.
Disons-le encore plus fermement. Si la monnaie centrale tire sa valeur de sa rareté (thèse de Maurice Allais que je partage), alors il est très important qu’elle soit distribuée au bénéfice des usages les plus productifs. L’emprunteur public (l’Etat), alimenté directement par la Banque Centrale, et les emprunteurs privés qui ont recours aux banques de prêt, sont de ce point de vue en concurrence puisque la ressource totale est plafonnée : ce qui est pris par l’un l’est aux dépens de l’autre. La qualité de la dépense est donc décisive, qu’elle soit publique ou privée. L’intérêt collectif et l’obtention du meilleur taux de croissance commandent que les règles d’affectation du crédit bancaire respectent ce principe, que les keynésiens pur sucre ont tendance à oublier : le montant de la dépense publique n’est pas tout, de quoi elle est faite importe davantage. Qui serait responsable, dans la nouvelle architecture, de cet arbitrage permanent ? L’Etat, juge et partie ? Ou la Banque Centrale elle-même ? Avec quelle indépendance de statut, de pensée et de jugement ? Et au regard de quels critères explicites ? Pourrait-elle décider librement, pour un temps, de ne plus prêter à l’Etat ? L’emprunteur privé, lui, ne peut pas faire financer durablement par le crédit ses dépenses courantes …
Synthétisons ce premier point : à objectif quantitatif donné de création monétaire, l’Etat emprunteur auprès de la Banque Centrale prend la place d’emprunteurs privés. L’avantage, pour le moins, n’en est pas évident. Si en revanche l’emprunt de l’Etat en monnaie centrale s’ajoute à ce qui existait, alors c’est l’objectif d’inflation souhaitée qui n’est plus tenu et Maurice Allais trahi par ceux-là mêmes qui aujourd’hui se prévalent de lui.
le deuxième problème est celui du coût. Bien entendu, si l’Etat emprunte comme aujourd’hui dans le marché (et non pas directement auprès du système bancaire), il n’exerce pas d’effet d’ « éviction monétaire » au détriment des autres acteurs de l’économie. Mais il paye un taux d’intérêt de marché qui ne peut être, hors prime de risque, inférieur au seuil de déclenchement de la « trappe à crédit » évoquée ci-dessus. S’il emprunte auprès des banques de prêt, l’effet d’éviction apparaît mais la charge d’intérêts est à peu près la même que dans le cas précédent.
S’il se tourne directement vers la Banque Centrale, peut-il s’endetter à taux nul ? Certes. Mais ce faisant, il affecte d’autant les recettes de ladite Banque Centrale dont on a vu qu’elles devaient être égales au minimum au produit de la masse monétaire M par le coût unitaire de fonctionnement cd des banques de dépôt.
Soit m la création monétaire contrepartie des crédits de la Banque Centrale à l’Etat, la quantité (M - m) étant toujours prêtée aux banques de prêt à un nouveau taux jb. Pour que les recettes de la Banque Centrale demeurent au niveau antérieur, il faut que :
ib M = jb (M - m)
Soit jb = ib , jb étant le nouveau taux des avances aux banques de prêt, dont l’accroissement va se répercuter sur le taux d’intérêt à l’économie.
La conclusion est évidente, et vieille comme l’histoire de la monnaie. Le souverain, fort de son privilège, emprunte à taux nul la monnaie qu’il crée (mais qui ne lui appartient pas) et dont il devrait au minimum payer le coût de circulation, soit ib en taux d’intérêt équivalent. Il fait régler l’addition par l’ensemble de l’économie, c’est-à-dire la population qu’il gouverne. Reste le choix d’y procéder par une hausse des taux d’intérêt (ce sont alors les emprunteurs qui payent) ou par une taxation des dépôts. A votre bon cœur …
Troisième remarque : un prix Nobel peut se tromper
En fait Maurice Allais, pour autant que je puisse en juger, écrit quelque chose de bien différent de ce qu’on lui prête : sa réforme aurait pour conséquence l’ « attribution à l’Etat, c’est-à-dire à la collectivité, des gains provenant de la création monétaire et l’allègement en conséquence des impôts actuels ». Cette affirmation est en elle-même incontestable. Si l’Etat reprend en main toute la création monétaire, il encaissera les profits correspondants dans l’exacte mesure où ils existent. On n’insistera pas sur la question byzantine que poserait cette sorte de renationalisation de la monnaie, prononcée par voie législative : le souverain, récupérant son privilège d’émission, procède-t-il à une sorte de réappropriation publique qui, portant atteinte au droit de propriété, léserait les actionnaires des banques et justifierait donc une « juste et préalable indemnité » ? On laissera les constitutionnalistes en débattre.
La phrase suivante est malheureusement fausse : « les revenus de la création monétaire par la Banque Centrale seraient rétrocédés à l’Etat, ce qui lui permettrait dans les conditions actuelles de supprimer la presque totalité de l’impôt progressif sur le revenu ». Les recettes de l’IR représentent environ 3% du PIB, ce qui est aussi le montant actuel des charges d’intérêt sur la dette publique. Un prix Nobel étant réputé infaillible, des lecteurs trop rapides retiennent que le système inventé par Maurice Allais permettrait à l’Etat de ne plus payer d’intérêt. Les profits des banques seraient, par une sorte de coïncidence vraiment miraculeuse, exactement égaux à la charge de la dette supportée par les finances publiques. Captons ceux-là, ce qui ne serait que justice, et celle-ci n’aura plus lieu d’être. La compensation serait parfaite.
L’interprétation n’est pas seulement tendancieuse, elle repose sur des chiffres erronés. Hélas, un prix Nobel peut se tromper ! L’encours de crédit du système bancaire français est du même ordre de grandeur que le PIB. Je crains que Maurice Allais n’ait confondu le chiffre d’affaires des banques, soit environ 5% des encours de crédit et donc à peu près autant du PIB, et leur profit net après impôts qui n’est plus sur les quatre dernières années que de 1% en moyenne du même PIB. La nationalisation totale de la création monétaire, à supposer qu’elle puisse se faire à coût nul (ce qui reste constitutionnellement à démontrer), ne permettrait de financer au mieux que le tiers environ de la charge de la dette. Et tout accroissement ultérieur de celle-ci en pourcentage de la masse monétaire pèserait à plein, sans compensation, sur les finances publiques.
La conclusion de ce développement est simple. On peut, pour des raisons d’efficacité de la politique monétaire, avoir beaucoup de sympathie intellectuelle pour les propositions de Maurice Allais. Je l’ai dit en ouverture de ce papier : tel est mon cas. Mais il ne faut pas mélanger les torchons et les serviettes : il n’existe pas de monnaie qui n’ait un coût de fabrication et de distribution, aucune monnaie centrale n’est gratuite et jamais un changement d’architecture monétaire ne permettra en soi de régler le douloureux problème de la dette publique : il n’existe pas de trésor caché. N’en déplaise aux soi-disant économistes de la mouvance dite « altermondialiste », il faut qu’ils apprennent à faire des additions.