Bonjour, ici il y a une interview de Jacques Généreux qui semble être farouchement contre la sortie de l’Euro, qu’en pensez-vous ?
http://www.dailymotion.com/video/xday9w_j-genereux-l-esprit-de-munich-a-env_news
Bonjour Sandy,
Effectivement : j’en ai parlé ce matin (là : http://etienne.chouard.free.fr/forum/viewtopic.php?pid=8844#p8844) et je trouve cet homme admirable : Mélenchon et lui sont vraiment forts et généreux ; au milieu de l’océan de trahisons quotidiennes de la caste politicienne, ils détonnent.
Jacques rappelle effectivement qu’il était un fervent partisan de la monnaie unique en 1992, mais il dit aussi que les conditions finalement imposées par les Allemands se sont avérées inacceptables et nuisibles. Ce doit être difficile et long, pour un responsable qui a soutenu ardemment un choix politique, de revenir publiquement sur sa position et de défendre plus tard le contraire, il faut du courage. Et puis, il a peut-être de vrais bons arguments (je n’en vois pas, mais je suis ouvert).
@ Alain,
J’espère que tu n’es pas trop optimiste et que l’évolution en cours du PC te donnera raison.
Amicalement.
Étienne.
Merci Etienne. Jacques généreux était la personnalité invitée à la fête du PC de St Nazaire l’année où le « Front de Gauche » faisait ses premiers « essais en vol ».
Tous les partis, mouvements, et associations se réclamant des véritables valeurs républicaines sont sans doute destinés à s’embarquer dans un « appareil » politique capable de s’affranchir des pesanteurs « politiciennes ».
Le « front de gauche » en fut un « premier prototype », on peut espérer mieux, mais enfin rien n’interdit cet espoir: bien sûr, les classes dominantes, qui possèdent un grand pouvoir médiatique se surpasseront dans l’art de s’en servir pour plomber tout ce qui s’élève un peu plus haut que les paquerettes de Sarkoland…
Face à l’échéance « Présidentielles », il faudrait parvenir à « les dépasser » en faisant clairement émerger dans le débat la question qui nous taraude ici:
à l’heure où se conjuguent « la grave crise de légitimité du système présidentiel » et la non moins grave crise de légitimité de « cette europe imposée », seul le rassemblement populaire majoritaire qui vota « NON » en 2005 , s’il sait s’unir dans un esprit digne du « Conseil national de la Résistance », pourra présenter un candidat se portant garant des mises en chantier urgentes et nécessaires, à la fois pour constituer une république véritablement « néomoderne et populaire » et pour exiger la renégociation de tous les traités signés par des gouvernements scélérats contre leurs peuples.
Il me semble en effet que le candidat idéal d’un tel rassemblement sera celui qui ne se prêtera pas aux manoeuvres du système médiatique dominant, et qui sans doute portera dans son histoire personnelle assez de culture du respect de la personne humaine pour ne pas tomber dans le piège…
Les « nonistes » ont subi ce traitement médiatique « de faveur »…en 2007, espérons qu’ils n’y retomberont pas!
Amicalement.AG
La sottise des dirigeants est sans limite.
Il y a 2 mois on nous expliquait que l’euro était surévalué par rapport au autres monnaies. Maintenant qu’il redevient compétitif, ces dirigeants veulent « stopper sa chute »
Oui, mais comment ?
C’est simple parait-il: il suffirait de réduire les déficits publics et donc « la dette »,
Et comment ? Par une cure d’austérité.
D’ailleurs, on lit ce matin 17 mai (Boursorama):
//Et le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble plaidera "dans les prochains jours" auprès de ses collègues de l'Eurogroupe pour un "programme concerté" de réduction des déficits budgétaires, croit savoir la presse allemande.Son homologue autrichien Josef Pröll prône lui aussi, dans un entretien à paraître lundi dans Die Welt, la mise en place d'un système de "freinage européen" pour éviter de conclure de nouvelles dettes. M. Pröll y fait aussi part de son intention d'augmenter la pression sur le Portugal et l'Espagne. Dans la foulée de la Grèce, ces deux pays ont déjà annoncé mercredi et jeudi de dures mesures d'austérité (baisse des salaires des fonctionnaires en Espagne, hausse de la TVA, surtaxe extraordinaire de 1% ou 1,5% selon le revenu au Portugal). L'Italie planche elle aussi sur un nouveau tour de vis, comprenant entre autres un gel des salaires des fonctionnaires et des coupes budgétaires. Samedi à Zagreb, le commissaire européen chargé des Affaires monétaires, le Finlandais Olli Rehn, a tenu à rassurer. "Nous ferons ce qu'il faudra pour défendre l'euro". Il est important que les marchés comprennent "que nous sommes sérieux dans notre défense de l'euro, et de la stabilité financière au sein de la zone euro", a lancé M. Rehn."//</blockquote>Cette cure d’austérité va nous enfoncer dans la pauvreté.
Puisque la finalité est de réduire la dette, faisons vite sauter cet article 123 du Traité de Lisbonne qui interdit à la BCE et aux Banques centrales nationales de « monétiser la dette ».
Ce sera, en monétisant au moins les intérêts dus et toutes choses égales par ailleurs, un gain immédiat de 40 et 50 milliards par an pour la France (et de 250 à 300 milliards d’euros pour l’ensemble de la zone euro) qui nous permettront de relancer l’activité et d’éviter de nous serrer la ceinture aux bénéfices des banquiers et des spéculateurs!(n'hésitez pas à copier ce commentaire où vous voulez ;) )
Malheureusement AJH, nous sommes bien isolés dans le paysage politique et médiatique, dans mon parti nous avons Melenchon qui passe maintenant qu’il a bien gueulé contre les médias assez souvent ( faudra m’expliquer pourquoi tant de soudaines faveurs des médias d’ailleurs ? ), et de temps en temps on permet aussi à Jacques Généreux de s’exprimer, mais sinon c’est tout …
Du côté de la droite, on entend NDA de temps en temps aussi … Et c’est tout …
On ne fait pas le poids face à 24/24h de bourrage de crâne de propagande gouvernementale ou libérale.
C’est pour cela que je pense que, lorsque le moment sera venu (début 2011) « l’engagement » que j’ai prôné ( de ne pas voter pour un candidat qui n’aurait pas dans son programme un référendum immédiat sur une menace à la sortie de l’euro… ) obligera sans doute les grands partis (ou au moins un des deux) à suivre le mouvement…
@AJH: j’ai (enfin) lu un article de l’Huma invitant à lire « par ici la monnaie »…Je n’avais pas attendu cette pub!
@AJH: j'ai (enfin) lu un article de l'Huma invitant à lire "par ici la monnaie"...Je n'avais pas attendu cette pub!Ce ne serait pas plutôt "Argent, dettes et banques " ? ;)
Oui, mais on tombe dessus immédiatement en cliquant sur cette expression, et je pensais que c’étatit un procédé publicitaire. Ceci dit, j’espère obtenir un autographe au stand du livre de la prochaine fête de l’huma…
pour les néophytes en économie, connaitriez-vous svp un lien qui fait la lumière sur ces histoires de sur évaluation / sous évaluation exportations / importations en rapport avec la monnaie ?
j’entends dupont-aignan défendre son point de vue concernant l’union monétaire, il explique que les économies sont trop divergentes, et que c’est pour cela que la destruction de l’euro est programmée
la question que je me pose, c’est justement, est-ce que ce n’est pas lié en réalité beaucoup plus au fait que les pays soient en guerre économique les uns contre les autres ?
si jamais nous organisions l’europe selon un système de coopération où, par le réinvestissement de ses excedents commerciaux dans le pays déficitaire respectif, chaque pays vise l’équilibre des balances commerciales, est-ce que les incohérences de l’euro ne seraient-elles pas aussitôt évaporées ?
[bgcolor=#FFFF99]LA solution à la crise mondiale de l’argent-dette de la maffia des banques :
« 100% Money » d’Irving Fisher enfin traduit en français, grâce à Nathanael Faibis[/bgcolor]
Chers amis,
Je viens de découvrir un texte important, enfin en français, dont une large diffusion devrait faciliter notre émancipation monétaire.
Nous le devons à Nathanaël Faibis (revolution-monetaire.blogspot.com) qui a traduit entièrement le livre « 100% Money », d’Irving Fisher, en français.
Je connais l’existence et l’importance fondamentale du livre « 100% money » depuis des années, mais il est rigoureusement introuvable en anglais (ou seulement à 600 €…) et il n’a même carrément jamais existé en français… Cette chape de plomb éditoriale est tout simplement extravagante — ou plutôt, révélatrice d’un risque majeur pour nos parasites bancaires.
Il a donc fallu attendre Internet et le journalisme citoyen d’un Nathanaël Faibis pour publier enfin cette pensée lumineuse (vous allez voir comme c’est facile à lire, c’est une merveille).
Bon, je laisse vite la place à une courte introduction de Nathanaël, puis à la parole originale de Fisher ; c’est le chapitre 1 qui est ici reproduit :
[b]100% Money d'Irving Fisher : Une courte présentation [/b]http://revolution-monetaire.blogspot.com/2009/06/100-money-dirving-fisher-une-courte.html
[i]Deux ans après avoir écrit « The Debt Deflation Theory » où il expliqua comment le processus de désendettement a pu mener les États-Unis dans la pire déflation et dépression économique de son histoire, Irving Fisher publia « 100% Money » en 1935. Réforme monétaire, projet politique de très grand ampleur, monument pour la théorie économique, ouvrage convaincant de vulgarisation, ce livre d’un des plus grands économistes de l’ère moderne est resté pour des raisons mystérieuses presque inconnu de la très grande majorité des spécialistes.
L’importance de ce livre ayant grandement influencé la pensée des prix Nobels Maurice Allais et Miton Friedman est pourtant cruciale. Fisher y expose très simplement comment assainir l’incroyable château de carte monétaire reposant sur une pyramide de dette pour mettre fin aux immuables cycles destructeurs de boom et dépression.
L’actualité de cet ouvrage est frappante. Confrontés à une crise de la dette privée sans précédent, nous ne trouvons pas d’autres solutions que d’asperger le marché de liquidités et d’endetter lourdement nos États, ne faisant que repousser l’inévitable processus de désendettement. Or dans notre système monétaire comme dans celui des États-Unis des années 30 le corolaire du désendettement, c’est la déflation. Le plan d’Irving Fisher « 100% money » ou plan de réserve intégrale nous présente ce qui pourrait bien être LA solution pour sortir de cette impasse.
Ce qui suit est la première traduction française à ma connaissance d’une courte présentation du plan 100% Money en introduction de cet ouvrage. [/i]
Ce texte est également disponible en version originale : http://irving-fisher.blogspot.com
[i]Extrait (chapitre 1) de "100% Money" d'Irving Fisher (traduction Nathanael Faibis) :[/i]CHAPITRE I - UNE COURTE PRÉSENTATION
INTRODUCTION
Aux États-Unis, ainsi que dans quelques autres pays, la plupart de nos factures sont payées par chèque et non pas en espèces.
Quand une personne signe un chèque, elle paie avec ce qu’elle appelle « l’argent que j’ai a à la banque » comme l’indique son solde bancaire sur le talon de son chéquier. La somme de tous les soldes sur tous les talons de la nation, c’est-à-dire tous les dépôts sur compte chèque, ou ce que nous pensons habituellement être « l’argent » reposant en banque pouvant servir à payer par chèque, constitue le principal moyen de paiement aux États-Unis. Je propose d’appeler cela « l’argent sur compte chèque » à distinguer des espèces ou « argent dans les poches ». L’argent dans les poches est le plus classique des deux. Il est visible et tangible tandis que l’argent sur compte chèque ne l’est pas. Sa prétention à être de l’argent et de s’échanger comme si c’était de l’argent réel vient du fait qu’il « représente » de l’argent réel et peut être converti à la demande en de l’argent réel en « encaissant » un chèque.
Cependant, la principale différence entre l’argent sur compte chèque et l’argent dans les poches est que ce dernier est un argent au porteur, accepté par toutes les mains, tandis que l’argent sur compte chèque nécessite la permission spéciale du bénéficiaire pour être transféré.
En 1926, une année représentative avant la grande dépression, l’argent sur compte chèque détenu par les habitants des États-Unis s’élevait à 22 milliards de dollars selon une estimation, alors qu’en dehors des banques et du trésor des États-Unis, l’argent sonnant, l’argent physique et au porteur dans les poches des gens et dans les caisses des commerçants ne représentait que moins de 4 milliards de dollars. Ensemble, les moyens d’échange du pays dans les mains du public s’élevaient à 26 milliards de dollars, 4 milliards circulant de main en main et 22 milliards circulant par chèque.
Beaucoup de gens s’imaginent que l’argent sur compte chèque est vraiment de l’argent et repose réellement en banque. Cela est bien sûr loin d’être vrai.
[bgcolor=#FFFF99]Que peut bien être alors ce mystérieux argent sur compte chèque que nous appelons de façon trompeuse notre « argent en banque » ? C’est simplement la promesse des banques de fournir de l’argent à leur déposant à la demande. Pour couvrir les 22 milliards d’argent sur compte chèque en 1926, les banques détenaient seulement 3 milliards d’argent réel dans leurs coffres. Les 19 milliards restant représentaient d’autres actifs que de l’argent ; des actifs tels des titres de créance et des obligations d’État ou d’entreprise.[/bgcolor]
En temps ordinaire, comme par exemple en 1926, ces 3 milliards étaient suffisants pour permettre aux banques de satisfaire les demandes en argent sonnant des déposants. Mais si tous les déposants avaient demandé de l’argent sonnant au même moment, même si elles auraient pu rassembler un certain montant d’argent sonnant en vendant leurs autres actifs, les banques n’auraient pas pu avoir assez d’argent pour satisfaire ces demandes pour la simple raison qu’il n’y avait pas assez d’argent sonnant dans tout le pays pour rassembler ces 22 milliards. Et si tous les déposants avaient demandé de l’or au même moment, il n’y aurait pas eu assez d’or dans le monde entier.
[bgcolor=#FFFF99]Entre 1926 et 1929, le montant des moyens de paiement a légèrement augmenté pour passer approximativement de 26 à 27 milliards, 23 d’argent sur compte chèque et 4 d’argent dans les poches.
Par contre, entre 1929 et 1933, le montant d’argent sur compte chèque a décru pour atteindre 15 milliards ce qui, avec les 5 milliards d’argent véritable présents dans les caisses et les poches, représentait en tout 20 milliards de moyen de paiement au lieu de 27 en 1929. La hausse de 26 à 27, c’était de l’inflation. La chute de 27 à 20 était de la déflation.
Les épisodes de boom et de dépression depuis 1926 sont en grande partie mis en lumière par ces trois chiffres, 26,27 et20 pour ces trois années 1926,1929 et 1933.
Ces variations du volume monétaire furent en quelque sorte aggravées par l’évolution similaire de sa vélocité. En 1932 et 1933, par exemple, non seulement le volume d’argent en circulation était peu important mais sa circulation était lente. On peut même parler d’un phénomène répandu de thésaurisation.[/bgcolor]
Si on suppose que les montants d’argent en circulation pour 1929 et 1933 étaient respectivement 27 et 20 milliards et que chaque dollar ait changé respectivement de main 30 et 20 fois par année, la circulation totale seraient pour 1929, 27x30 = plus de 800 milliards de dollars et pour 1933, 20x20= 400 milliards de dollars.
Les principales variations de quantité de monnaie concernent les dépôts sur compte chèque. Les trois chiffres pour l’argent sur compte chèque sont comme nous l’avons dit 22,23,15 et pour l’argent dans les poches 4,4, 5. L’effondrement de la quantité d’argent sur compte chèque, notre principal moyen de paiement dont nous avons tous besoin pour faire des affaires, passant de 23 à 15 milliards, soit une disparition de 8 milliards, a été un des faits essentiels de cette dépression.
Cette baisse de 8 milliards du montant total d’argent sur compte chèque de la nation s’oppose à l’augmentation de 1 milliard (i.e. de 4 à 5) d’argent dans les poches. Le public a retiré ce milliard d’argent sonnant des banques et les banques pour fournir ce milliard supplémentaire ont dû détruire 8 milliards de crédit.
[bgcolor=#FFFF99]Peu de gens ont réalisé cette perte ou destruction de 8 milliards d’argent sur compte chèque et ce fait n’a été que rarement mentionné. Si 8 miles tous les 23 miles de voies ferrées avaient été détruits, cela aurait fait les gros titres des journaux. Cependant, un tel désastre aurait eu peu d’importance comparé à la destruction de 8 milliards des 23 milliards de notre principal moyen de paiement. Cette destruction de 8 milliards de dollars de ce que le public considérait comme leur argent a été la grande catastrophe qui a entraînée les deux principales tragédies de la grande dépression, le chômage et les faillites.[/bgcolor]
Ainsi, Les gens ont été forcés à subir ce sacrifice alors que cet argent n’aurait pas disparu si le système 100% ou de réserves intégrales avait été en place. Et si cela avait été le cas, comme nous le verrons au chapitre VII, il n’y aurait pas eu de grande dépression.
Cette destruction d’argent sur compte chèque n’était pas quelque chose de naturel et d’inévitable, cela était dû à un système défectueux.
[bgcolor=#FFFF99]Sous notre système actuel, les banques créent et détruisent de l’argent sur compte chèque en accordant ou en demandant le remboursement des prêts. Quand une banque m’accorde 1000$ de crédit et rajoute 1000$ à mon compte chèque, ces 1000$ « d’argent que j’ai à la banque » sont nouveaux. Ils ont été fraîchement créés de toute pièce lorsque le prêt a été accordé et simplement ajoutés au talon de mon chéquier et aux livres de compte de la banque par un simple coup de stylo.
Comme nous l’avons précédemment indiqué, excepté sur ces écritures, cet « argent » n’a pas d’existence physique réelle. Quand plus tard, je rembourserai à la banque ces 1000$, je les retirerai de mon compte chèque et un montant équivalent de moyen de paiement sera détruit par un simple coup de stylo du talon de mon chéquier et des livres de compte de la banque. Ainsi, ils disparaissent simultanément.
Par conséquent, nos moyens de paiement nationaux sont à la merci des transactions de prêt de la banque, et nos milliers de banque de dépôts sur compte chèque sont, dans les faits, comparables à d’irresponsables émetteurs de monnaie privés.
Ce qui pose problème, c’est le fait que la banque ne prête pas de l’argent mais simplement une promesse de fournir de l’argent à la demande, de l’argent qu’elle ne possède pas. Les banques peuvent construire à partir de leurs maigres réserves en argent sonnant une pyramide inversée de tels « crédits » c’est-à-dire d’argent sur compte chèque, dont le volume peut être augmenté ou réduit.
Il est évident qu’un tel système, aux bases fragiles et au sommet imposant, est dangereux. Il est dangereux pour les déposants, pour les banques et avant tout pour les millions d’innocents que forme le peuple. En particulier, quand la quantité d’argent décroît, le public est privé d’une partie de ses moyens de paiement essentiels grâce auxquels les biens peuvent être échangés.[/bgcolor]
Il y a dans la pratique peu de différence entre permettre aux banques d’émettre cet argent sur compte chèque utilisé comme moyen de paiement que de leur permettre d’émettre de la monnaie papier comme elles le firent durant l’épisode des « Wild Cat Bank Notes ». Ces deux pratiques sont fondamentalement aussi mauvaises.
Les dépôts bancaires sont l’équivalent moderne des billets de banque. Cependant, les dépôts peuvent être créés et détruits de façon invisible alors que les billets de banque doivent être imprimés et brûlés. Si 8 milliards de dollars de billet de banque avaient été brûlés entre 1929 et 1933, cet événement n’aurait guère pu passer inaperçu.
Comme le système de compte chèque, ou d’argent sur compte chèque, fondé principalement sur les prêts, confiné originellement à quelques pays s’est désormais étendu au monde entier, tous ses périls ne peuvent qu’avoir cru. En conséquence, les futurs booms et dépressions risquent d’être encore pires que ceux du passé sauf si le système est changé.
Les dangers et défauts du système actuel seront discutés plus en détail dans les prochains chapitres. Seules quelques lignes suffisent à exposer brièvement le remède proposé.
[bgcolor=#FFFF99]LA PROPOSITION
Donner le pouvoir au gouvernement, à travers une « Commission Monétaire » spécialement créée pour l’occasion, de transformer en argent sonnant suffisamment d’actifs de chaque banque commerciale pour que ses réserves atteignent 100% des dépôts sur compte chèque détenus. En d’autres mots, donner le pouvoir au gouvernement, à travers la Commission Monétaire, d’émettre cet argent et d’acheter avec celui-ci des obligations, titres de créance ou autres actifs détenus par les banques ou de prêter cet argent aux banques avec ces actifs comme garantie1. Alors, tout argent chèque serait couvert par de l’argent véritable, de l’argent dans les poches.[/bgcolor]
Cette nouvelle monnaie (Monnaie de la Commission ou United States Notes) permettrait à tous les comptes chèque d’avoir une couverture intégrale en argent sonnant dans les réserves des banques. Cette émission ni n’augmenterait ni me ferait décroître le montant total de moyen de paiement dans le pays. Une banque qui auparavant gardait 100 000 000$ de dépôt sur compte chèque devait détenir légalement des réserves minimum de 10 000 000$ d’argent sonnant (complétées par 90 000 000$ d’actifs non monétaires). Elle enverrait ces 90 000 000$ d’actifs non monétaires à la commission monétaire en échange de 90 000 000$ en argent sonnant, portant ainsi à 100 000 000$ ses réserves en argent sonnant, soit 100% des dépôts sur compte chèque.
Une fois cette substitution d’argent réel contre des actifs non monétaires terminée, les banques devraient maintenir de façon permanente des réserves en argent sonnant représentant 100% de leurs dépôts sur compte chèque. En d’autres mots, les dépôts sur compte chèque seraient réellement des dépôts, consistant en de l’argent sonnant détenu par la banque.
Ainsi, cette nouvelle monnaie serait ligotée aux réserves des banques par la nécessité légale de maintenir des réserves de 100%.
Le département gérant les comptes chèque de la banque deviendrait un simple entrepôt de stockage pour l’argent au porteur appartenant aux déposants et aurait une identité commerciale distincte en tant que banque de dépôt. Il n’y aurait alors plus aucune distinction pratique entre les dépôts sur compte chèque et les réserves. « L’argent que j’ai à la banque » comme indiqué par le talon de mon chéquier, serait vraiment de l’argent et serait vraiment à la banque (ou presque à portée de main). Les dépôts de la banque ne pourraient augmenter pour atteindre 125 000 000$ seulement si l’argent sonnant qu’elle détient augmente également pour atteindre 125 000 000$, c’est-à-dire en voyant ses déposants déposer 25 000 000$ de plus d’argent sonnant en retirant autant d’argent de leurs poches ou de leurs caisses et en le mettant à la banque. Si le montant des dépôts décroissait, cela signifierait que les déposants auraient retiré une partie de l’argent entreposé, le retirant de la banque pour le mettre dans leurs poches ou dans leurs caisses. En aucun cas, il n’y aurait de changement dans le montant total en circulation.
Comme cette évolution vers un système de réserves intégrales retirerait des actifs rémunérés aux banques et les remplacerait par de l’argent sonnant non rémunéré, les banques compenseraient cette perte en facturant les services fournis aux déposants, ou grâce à d’autres modalités qui seront détaillées au chapitre IX.
AVANTAGES
Les avantages résultant de cette réforme pour le public incluraient ce qui suit :
1 II n’y aurait pratiquement plus de panique bancaire et de ruée vers les banques commerciales.
Pour la bonne raison que l’intégralité de l’argent des déposants serait en permanence à la banque et disponible à leur guise. En pratique, moins d’argent serait retiré que sous le système actuel. Nous avons tous en mémoire ce déposant apeuré qui cria au guichetier de sa banque « Si vous n’avez pas mon argent, je le veux. Si vous l’avez, je n’en veux pas».
2 II y aurait beaucoup moins de faillites bancaires.
Pour la bonne raison que les principaux créditeurs d’une banque commerciale et les mieux placés pour l’acculer à la faillite sont ses déposants, et ses déposants seraient contentés intégralement quoiqu’il arrive.
3 La dette du gouvernement serait substantiellement réduite.
Pour la bonne raison que la Commission Monétaire, qui représente le gouvernement, mettrait la main sur une grande partie des obligations d’État en cours.
4 Notre système monétaire serait simplifié.
Pour la bonne raison qu’il n’y aurait plus de distinction essentielle entre l’argent dans les poches et l’argent sur compte chèque. Tous nos moyens de paiement dans leur intégralité seraient de l’argent véritable.
5 L’activité bancaire serait simplifiée.
Aujourd’hui, il existe une confusion en ce qui concerne la propriété de l’argent. Quand l’argent est déposé sur un compte chèque, le déposant pense encore que cet argent est le sien alors que légalement, c’est celui de la banque. Le déposant ne détient pas d’argent à la banque, il est simplement un créditeur de la banque en tant qu’entreprise privée. Une grande partie du « mystère » qui entoure l’activité bancaire disparaîtrait dès que les banques ne seraient plus autorisées à prêter l’argent de leurs clients alors que dans le même temps ces déposants utilisent cet argent comme leur argent en payant par chèque. « M. Dooley » le Will Rogers de son époque, mit en lumière l’absurdité de ce double usage de l’argent quand il décrivit un banquier comme « un homme qui prend soin de votre argent en le prêtant à ses amis »
Dans le futur, il y aurait une distinction claire entre les dépôts sur compte chèque et les dépôts sur compte épargne. L’argent placé dans un compte chèque appartiendrait au déposant, comme n’importe quel dépôt en coffre et ne serait rémunéré par aucun intérêt. L’argent placé dans un compte épargne aurait un statut identique à celui d’aujourd’hui. Ce dépôt appartiendrait sans équivoque à la banque. En échange de cet argent, la banque donnerait droit à un remboursement avec intérêt, mais n’octroierait aucune possibilité de paiement par chèque. Le déposant en épargne aurait simplement acheté un investissement à l’instar d’une obligation à intérêt et cet investissement ne nécessiterait pas des réserves intégrales en argent sonnant, pas plus que n’importe quel investissement en obligation ou en action.
Les réserves minimum légales pour les comptes épargnes n’ont pas nécessairement besoin d’être changées avec l’arrivée du nouveau système pour les dépôts sur compte chèque (même si un renforcement de ces réserves est désirable).
[bgcolor=#FFFF99]6 Les grandes inflations et déflations disparaîtraient.[/bgcolor]
Pour la bonne raison que les banques seraient privées de leur pouvoir actuel de créer de l’argent sur compte chèque et de le détruire. En effet, l’octroi de prêts n’augmenterait pas le montant total des moyens de paiement et la demande de remboursement des prêts n’en détruirait pas. Le volume d’argent sur compte chèque ne serait plus affecté en fonction de la croissance ou de la décroissance des sommes prêtées. L’argent sur compte chèque ferait partie intégrante de la monnaie véritable de la nation et le fait qu’il soit ou non prêté à quelqu’un n’aurait aucune répercussion sur son volume.
Même si tous les déposants devaient retirer tout leur argent au même moment ou devaient rembourser tous leurs prêts en même temps ou devaient tous faire défaut en même temps, le volume d’argent de la nation n’en serait pas affecté. Cet argent serait juste redistribué. Ce total serait contrôlé par son seul émetteur, la commission monétaire (qui pourrait aussi se voir donner des pouvoirs en ce qui concerne la thésaurisation et la vélocité, si cela est désiré).
[bgcolor=#FFFF99]7 Les épisodes de boom et de dépressions seraient grandement atténués.[/bgcolor]
Pour la bonne raison qu’ils sont principalement dus aux inflations et déflations.
8 Le contrôle de l’industrie par les banques cesserait quasiment.
Pour la bonne raison que c’est seulement en temps de dépression que les industries peuvent en général tomber dans entre les mains des banquiers.
De ces 8 avantages, les deux premiers s’appliqueraient principalement aux États-Unis, le pays des ruées vers les banques et des faillites bancaires. Les 6 autres s’appliqueraient à tous les pays ayant un système de dépôt sur compte chèque. Les avantages 6 et 7 sont de loin les plus importants, i.e. la fin de l’inflation ou de la déflation de nos moyens de paiement et de ce fait l’atténuation des épisodes de booms et de dépressions en général et la fin des épisodes de grands booms et de grandes dépressions en particulier.
OBJECTIONS
Naturellement, une idée nouvelle ou qui le semble, comme celle d’un système de réserves intégrales, devrait provoquer des huées de critique.
Les questions qui viendront le plus probablement à l’esprit de ceux qui ont des doutes à propos du système de réserve intégrale sont :
1 La transition vers le système 100%, le rachat des actifs par de l’argent nouvellement créé, n’augmenterait-il pas immédiatement et très fortement le montant des moyens de paiement en circulation au sein du pays?
Pas du moindre dollar. Il rendrait simplement l’argent dans les poches et l’argent sur compte chèque entièrement convertibles en changeant les dépôts existant constitués de monnaie imaginaire en dépôts constitués d’argent véritable.
Après la transition (et après que le degré prescrit de reflation ait été atteint2), la Commission Monétaire pourrait augmenter la quantité de monnaie en achetant des obligations et pourrait la faire décroître en en vendant des obligations, étant restreinte dans chaque cas par l’obligation de maintenir les prix ou la valeur du dollar au niveau prescrit avec une précision raisonnable.
Il est cependant intéressant de noter que le maintien de réserves de 100% et le maintien d’un niveau des prix sont des problèmes distincts et indépendants.
2 Y aurait-il des actifs de valeur « couvrant » le nouvel argent ?
Le jour suivant l’adoption du système de réserves intégrales, le nouvel argent émis transférable par chèque serait couvert par exactement les mêmes actifs, en grande majorité des obligations d’État, qui couvraient l’argent sur compte chèque le jour précédent, mais ces obligations seraient désormais en la possession de la Commission Monétaire.
L’idée selon laquelle il faut que toute monnaie ou dépôt soit couvert des titres comme garantie contre une inflation galopante est traditionnelle. Sous le système actuel (que nous allons appeler, par opposition, système 10%), dès que le déposant craint que son dépôt ne puisse lui être fourni en argent dans les poches, la banque peut (théoriquement) vendre des titres contre de l’argent pour rembourser ses clients paniques. Très bien. Sous le système 100%, la monnaie serait couverte précisément par les mêmes titres et il serait aussi aisé de vendre ces titres. Mais en plus, il y aurait le crédit du gouvernement des États-Unis. En conclusion, il n’y aurait plus de déposants paniques, craignant de ne pas pouvoir convertir leur dépôt en argent sonnant.
3 L’étalon or serait-il abandonné ?
Ni plus ni moins qu’il ne l’est aujourd’hui!3 L’or pourrait avoir exactement le même rôle que le sien aujourd’hui, son prix fixé par le gouvernement et son utilisation confinée principalement aux règlements internationaux.
De plus, un retour au type d’étalon or que nous avions avant 1933 pourrait, si on le désire, être effectué aussi facilement sous un système 100% que ce ne l’est actuellement. En réalité, sous le système 100%, il est probable que notre vieil étalon or, s’il était restauré, fonctionnerait tel que cela était voulu au départ.
4 Comment les banques trouveraient-elles de l’argent à prêter ?
Juste comme elles le font habituellement aujourd’hui, à savoir : (1) en prêtant leur propre argent (leur capital), (2) en prêtant l’argent qu’elles reçoivent de leur client et placé sur des comptes épargne ( ne pouvant pas être utilisé pour payer par chèque ), (3) en prêtant l’argent remboursé sur les prêts échus.
Sur le long terme, il y aurait probablement beaucoup plus d’argent à prêter, car il y aurait plus d’épargne créée et donc disponible à prêter. Mais ici une telle expansion des prêts, une expansion naturelle provoquée par une expansion de l’épargne, n’impliquerait pas nécessairement une quelconque augmentation de la monnaie en circulation.4
La seule nouvelle limitation du crédit bancaire serait une limitation saine. Aucune somme ne pourrait être prêtée s’il n’y a pas d’argent disponible à prêter. Ainsi, Les banques ne pourraient plus surprêter en créant de l’argent à partir de rien de manière à créer de l’inflation et un boom.
En plus des trois sources de fonds prêtables citées précédemment (capital de la banque, épargne, et remboursement), il sera possible pour la commission monétaire de créer de l’argent et de le transmettre aux banques en rachetant des obligations. Cependant, l’émission de nouvelle monnaie serait restreinte par l’obligation fondamentale d’empêcher une hausse des prix au dessus d’un certain niveau prescrit, mesuré par un indice des prix convenable.
5 Les banquiers seraient-ils pénalisés ?
Au contraire :
(a) Ils partageraient les bienfaits globaux dont tirerait la nation d’un système monétaire plus solide et d’une prospérité retrouvée. En particulier, ils recevraient plus de dépôts sur les comptes épargnes.
(b) Ils seraient dédommagés (en facturant leurs services ou autrement) de toute perte de profit due à la mise en place de réserves intégrales.
(3) Les banques seraient pratiquement libérées du risque de futures paniques bancaires et de faillites.
Les banquiers n’oublieront pas de sitôt ce qu’ils ont subi lors de la course à la liquidité des années 1931-33, chacun pour soi et les derniers sont démunis. Un tel mouvement de foule serait impossible sous le système 100% car une liquidité de 100% serait assurée à tout moment par chaque banque séparément, indépendamment de ce que font les autre banques.
6 Ce plan consisterait-il en une nationalisation de la monnaie et des banques ?
De la monnaie, oui. De l’activité bancaire, non.
EN CONCLUSION
La proposition d’un système de réserves intégrales est tout sauf radicale. Ce qui est demandé, en principe, est un retour depuis l’extravagant et ruineux système d’aujourd’hui consistant à prêter le même argent 8 à 10 fois au bon vieux système de dépôt en coffre des orfèvres , avant qu’ils ne se mettent de manière inappropriée à prêter l’argent qu’on leur avait remis pour être mis en coffre. C’est cet abus de confiance qui, après avoir été accepté comme une pratique standard, nous a progressivement amené vers le système de dépôt bancaire moderne. Du point de vue politique cela reste un abus. Ce n’est désormais plus un abus de confiance, mais ce sont les fonctions initiales des prêts et des dépôts qui sont abusées.
L’Angleterre a effectué une réforme et un retour partiel au système de réserves intégrales des orfèvres quand, il y a presque un siècle, le Bank Act a été voté requérant des réserves intégrales pour tous les billets de la Banque d’Angleterre émis au-delà d’une certaine limite (et également pour les billets de toutes les autres banques émettrices qui existaient à cette époque).
Le professeur Frank D. Graham de Princeton, dans une déclaration favorable à ce plan de réserves intégrales, a dit du président Adams qu’il « dénonçait l’émission de billets par des banques privées comme une fraude à rencontre du public. Il était soutenu sur ce point par toutes les forces conservatrices de son temps. »
[bgcolor=#FFFF99][b]En conclusion, pourquoi continuer à pratiquement déléguer aux banques en l’échange de rien une prérogative du gouvernement ? Cette prérogative est définie comme il suit par la constitution des États-Unis (Article 1, section 8) : « Le congrès aura le pouvoir […] de frapper la monnaie et de réguler la valeur de celle-ci ». On peut pratiquement dire, voire dire avec certitude, que toutes les banques de dépôt sur compte chèque frappent la monnaie et ces banques, dans leur ensemble, régulent, contrôlent ou influencent la valeur de celle-ci.
Les défenseurs du système monétaire actuel ne peuvent honnêtement prétendre que sous le joug d’une foule de petits centres d’émission monétaire privés, le système a bien fonctionné. Si c’était le cas, nous n’aurions pas vu disparaître 8 milliards de dollars sur 23 de nos comptes chèque.
Si nos banquiers veulent continuer à commercialiser la fonction essentielle de l’industrie bancaire, le prêt, ce qu’ils peuvent effectuer mieux que le gouvernement, ils doivent être prêts à abandonner la fonction d’émission monétaire qu’ils ne peuvent effectuer aussi bien que le gouvernement. S’ils arrivent à concevoir cela et pour une fois disent « oui » au lieu de « non » à ce qui semble peut-être pour eux une proposition nouvelle, il n’y aura probablement plus d’opposition importante à ce projet.[/b][/bgcolor]
(…)
Notes
1 En pratique, cela pourrait être en grande partie des « crédits » sur les comptes de la Commission tant que la Commission se tient prêt à fournir cet argent à la demande, car très peu d’argent tangible serait demandé aux banques, encore moins qu’aujourd’hui.
2 Voir le chapitre VI.
3 NDT : L’étalon-or avait été abandonné en 1933 aux États-Unis, soit deux ans avant la première publication de cet ouvrage.
4 Voir Chapitre V
(Fin du chapitre 1 de 100% Money de Irving Fisher (1935), traduit par Nathanaël Faibis).
À partir des documents publiés par Nathanael, j’ai moi-même composé [bgcolor=#FFFF99]un document bilingue anglais/français[/bgcolor] qui permettra à chacun de lire Fisher dans le texte original avec la traduction en vis-à-vis :
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/messages_recus/Irving_Fisher_100_MONEY_chapitre_1_bilingue.pdf.
Ce vieux livre est le meilleur résumé de nos analyses actuelles sur la monnaie : c’est court, c’est clair, c’est puissant, et c’est LA solution aux crises ruineuses conséquences du système maffieux de la monnaie-dette, et ça date de 70 ans… et, comme par hasard, il n’est ni republié, ni traduit dans toutes les langues du monde. Vous avez dit bizarre ? Cherchez à qui profite le crime.
Que Nathanaël soit ici publiquement et chaleureusement remercié : Citoyen Faibis, merci : tu as rendu au peuple un vrai grand service public.
[b]Vivement que le livre entier soit publié sur le net !
Dépêche-toi, Nathanaël ![/b] ![]()
Étienne.
La « réserve intégrale » et la vraie contrepartie (garantie) des comptes bancaires
L’ouvrage « 100 % Money » d’Irving Fischer, rappelé par Étienne (8941), a peut-être le mérite de l’antériorité, mais d’après le premier chapitre, il me semble qu’il ne dit rien d’autre que ce que pas mal de gens, y compris sur ce forum, répètent depuis longtemps.
Quelques questions :
Qu’est-ce que c’est que cet argent (« money ») dont parle Irving Fischer ?
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Les billets de banque émis par la banque centrale ? Mais si la banque émet systématiquement des billets pour racheter les obligations émises par les banques et les entreprises, en quoi est-ce que cet « argent » pourrait-il servir de réserve, contrepartie ou garantie par rapport à la monnaie scripturale ?
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Des billets de banque garantis par l’or ? Mais l’or est en grande partie aussi illusoire que la monnaie scripturale : l’essentiel de la valeur de l’or, c’est la croyance de la majorité des gens en sa valeur : par lui-même, l’or n’a que très peu d’utilité, et donc très peu de valeur - moins que le cuivre. Il a surtout un pouvoir de nuisance en ce sens qu’il contribue à dérationaliser les systèmes financiers et économiques. C’est sur des déséquilibres de ce genre (induits par des croyances très semblables aux croyances religieuxes et tolérées par les États) que sont fondées beaucoup d’opérations financières critiquables du système capitaliste.
La seule contrepartie authentique de la monnaie (scripturale et autre), et la seule base raisonnable pour gérer tous les aspects de la monnaie, c’est la valeur des biens et des services. Comme il est impossible d’évaluer les biens et services en se limitant à un pays donné, il va de soi qu’un système monétaire rationnel ne peut être qu’un système mondial qui tiendra évidemment compte que les biens et services n’ont pas partout la même utilité.
La vraie valeur dépend aussi, du moins en ce qui concerne les biens, de la rareté, mais uniquement à proportion de l’utilité. Un système d’approvisionnement en eau potable, si l’eau est rare, aura une valeur considérable et justifiera qu’on lui sacrifie d’autres biens et services utiles (d’autres valeurs). Un système de fabrication de l’or ne le justifierait pas.
C’est en temps représentant le travail - prospection (au sens le plus large : y compris l’éducation et la formation des individus) et production -, et non pas en argent, qu’il faut évaluer les biens et services que la monnaie devra représenter dans un système mondial équitable.
Vu sous cet aspect, le livre d’ Irving Fisherne me semble pas apporter des éléments vraiment nouveaux, mais si son système doit avoir pour effet que les instruments de paiement doivent être émis seulement par les pouvoirs publics, alors c’est très bien.
À noter que la BCE a commencé d’agir dans le sens envisagé par Fisher, puisqu’elle a décidé de racheter sur le marché secondaire (en émettant des billets le cas échéant, je suppose) les obligations d’État, et même les obligations des entreprises : ce qui d’ailleurs ne lui a jamais été interdit par les traités en vigueur, contrairement à ce que certains ont pu penser.
NB. Amazon-France propose l’original anglais de l’ouvrage de Fisher, neuf, pour 15,83 euros : voir http://www.amazon.fr/100-Money-100-Geld-Irving-Fisher/dp/3879984514/ref=sr_1_1?ie=UTF8&s=english-books&qid=1274934919&sr=1-1
JR
Le 100% money ce n’est ni des billets de banque émis par la banque centrale , ni des billets de banque garantis par l’or. … on se fiche pas mal des billets de banques ou de l’or dans le 100% money!
Lisez donc ceci… http://monnaie.wikispaces.com/Résumé+100%+monnaie
J.Roman
Vous pouvez aussi essayer de lire ceci : http://monnaie.wikispaces.com/Proposition+C.+Gomez
PS: le rachat (temporaire) par la BCE d’obligations sur les marchés secondaires n’a rien à voir avec le 100% money.
Couverture monétaire intégrale des instruments de paiement
AJH, merci pour vos renvois à ces deux documents instructifs.
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Pour plus de clarté, appelons théorie de la « couverture monétaire intégrale » (c’est bien de cela qu’il s’agit, n’est-ce pas ?) cette théorie du « 100 % money », qui ne dit pas grand-chose à ceux qui connaissent l’anglais et encore moins à ceux qui ne le connaissent pas. (Bientôt il faudra avoir un dictionnaire bilingue en permanence : c’est déjà le cas quand on veut lire les programmes du Parti socialiste.)
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Admettons que les billets de banque et l’or n’ont pas grand-chose à voir avec la théorie.
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Le nom même de la théorie (en français comme dans l’anglais originel) implique qu’il ne s’agit pas de couvrir (garantir) de la ou des monnaies, mais bien des instruments de paiement (improprement dits « monnaie scripturale »), notamment ceux émis par les banques. Dans le système actuel, les banques peuvent émettre des instruments de paiement alors qu’elles n’ont en caisse que 2% seulement (« réserve fractionnaire ») de la quantité de monnaie correspondante.
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Dans le deuxième document mentionné par AJH il y a cette phrase à mon avis capitale :
« [i]Toute création monétaire ex nihilo donne un droit sur la production qui n’a pas été acquis par un produit ou un service vendu. Elle est par nature un « faux droit », un revenu non gagné, comme le soutiennent Allais et Rothbard, dont la substance s’assimile aux gains qu’obtiendraient de faux monnayeurs qui achèteraient sur un marché avec la fausse monnaie fabriquée ou prêteraient celle-ci contre intérêt. »
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Cette affirmation me semble tout à fait juste dans la mesure où elle concerne à la fois les instruments de paiement (monnaie scripturale des banques privés) et la création monétaire à proprement parler.
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En effet, pourquoi s’arrêter à la monnaie scripturale émise par les banques ? La phrase citée plus haut montre que le même raisonnement vaut pour la monnaie à proprement parler (monnaie centrale émise par l’État + monnaie d’endettement couverte à 100 % par la monnaie centrale) : cette monnaie devrait être couverte à 100 % par les biens existants et les services rendus - autrement elle n’aura pas plus de valeur que la monnaie scripturale émise par les banques privées (et dans ce cas l’inflation se chargera de remédier au déséquilibre).
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Je trouve que la théorie de Fisher ne traite pas ce dernier aspect de manière satisfaisante. Il ne suffit pas d’expliquer que la monnaie sera émise par la banque centrale, organisme indépendant de l’État, qui sera tenue de respecter certaines règles. Ce sont des mots :
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la banque centrale, indépendante ou pas, est un organisme d’État qui sert les intérêts de l’État : on voit comment la BCE, supposée être une des plus indépendantes,parmi les banques centrales, vient de réagir face à la crise de l’euro;
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l’inscription de limitations du pouvoir monétaire de l’État ou de la banque centrale dans la constitution est une idée sans avenir et sans mérite, vu qu’une constitution n’est pas faite pour imposer des politiques au peuple et à ses gouvernants mais seulement pour régler l’organisation et le fonctionnement des pouvoirs opublics, et que d’ailleurs il suffirait de réviser la constitution dans le sens voulu si la limitation constitutionnelle était jugée gênante : chez nous, en France, la constitution se révise sans difficulté toutes les semaines ou à peu près.
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La seule couverture (garantie) crédible de la monnaie est qu’à tout moment le total de la monnaie en circulation et en dépôt représente la valeur totale des biens existants et des services effectifs.
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Et pour ce qui est de la valeur, on peut s’en tenir à David Ricardo :
« Je considère le travail comme source de toute valeur et sa quantité relative comme la mesure qui règle presque exclusivement la valeur relative de toutes les marchandises ». JR
Juste un point, parce que pour le moment je n’ai pas le temps de revenir sur les autres…
Il ne pourrait y avoir aucune production nouvelle s’il n’y avait pas création de monnaie préalablement à la création des biens.
Dans le contexte, aussi bien Allais que Rothbard parlent bien de la création monétaire scripturale par les banques commerciales qui sont, pour Allais principalement, des « faux monnayeurs » puisque comme il l’écrit "
En fait, le système actuel du crédit, dont l'origine historique a été tout à fait contingente [accidentelle, non nécessaire], apparaît comme tout à fait irrationnel, et cela pour huit raisons au moins :
la création (ou la destruction) irresponsable de monnaie et de pouvoir d’achat par les décisions des banques et des particuliers ;
le financement d’investissements à long terme par des fonds empruntés à court terme ;
la confusion de l’épargne et de la monnaie ;
la très grande sensibilité du mécanisme du crédit à la situation conjoncturelle ;
l’instabilité foncière qu’il engendre ;
l’altération des conditions d’une efficacité maximale de l’économie ;
l’altération de la distribution des revenus ;
et enfin l’impossibilité de tout contrôle efficace du système du crédit par l’opinion publique et le Parlement, en raison de son extraordinaire complexité.
Au regard d’une expérience d’au moins deux siècles quant aux désordres de toutes sortes et à la succession sans cesse constatée de périodes d’expansion et de récession, on doit considérer que les deux facteurs majeurs qui les ont considérablement amplifiées, sinon suscitées, sont la création de monnaie et de pouvoir d’achat ex nihilo par le mécanisme du crédit et le financement d’investissements à long terme par des fonds empruntés à court terme.
Cette affirmation ne concerne pas les émissions de la Banque Centrale que vous appelez, pourquoi pas, « la création monétaire à proprement parler ».
(mais la limite de la définition de la monnaie est très floue: beaucoup d’économistes considèrent qu’il faut appeler « monnaie » tout ce que les gens considèrent comme des moyens de paiement immédiatement disponibles)
Je suis d’accord avec votre 7, et pour le 9 l’erreur serait effectivement de confondre valeur et monnaie.
Mais d’après vous, dans une société où la main d’œuvre humaine (le travail) serait remplacée par des robots, que deviendrait « la valeur » si on suit Ricardo?
Monnaie/valeur/travail/robots
AJH (votre 8962) :
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Nous sommes donc d’accord qu’il faut dépasser la théorie de la couverture monétaire intégrale (« 100 % money ») des instruments de paiement (la prétendue « monnaie scripturale »), puisque la monnaie au sens où Fisher emploie très justement ce mot a également besoin d’être couverte à 100 % (par les biens et services qu’elle est censée représenter).
-
"Il ne pourrait y avoir aucune production nouvelle s’il n’y avait pas création de monnaie préalablement à la création des biens", écrivez-vous.
Que faites-vous du troc de biens et services dans les petites économies autarciques du début de l’histoire économique ? La monnaie s’est introduite par la suite (sans doute très rapidement) comme un instrument commode de comptabilité et d’échange, mais comme un instrument seulement, et non comme une valeur en soi, même si ce n’est probablement pas l’avis des financiaristes de Wall Street ou de la City.
- Ce qui m’amène au principe de Ricardo relatif à la valeur et au travail et à l’argument du robot.
Le travail ponctuel du robot supprime le travail humain correspondant, c’est vrai, mais il ne supprime pas le travail humain nécessaire pour concevoir, fabriquer (ou faire fabriquer par des robots), surveiller, entretenir et développer les systèmes robotiques. Simplement, ce travail humain aura profondément changé de nature : la formation en constituera une part essentielle, sa durée globale et individuelle aura certainement été très réduite, et le résultat sera que la valeur de l’unité de travail humain aura augmenté dans des proportions considérables. JR.
Jacques Roman, vous écrivez " puisque la monnaie au sens où Fisher emploie très justement ce mot a également besoin d’être couverte à 100 % par les biens et services qu’elle est censée représenter."
Ca, c’est vous qui le dites et c’est faire fi de la vitesse de rotation de la monnaie.
Lisez « la Dame de Condé » http://wiki.societal.org/tiki-index.php?page=EMS-4p
La couverture à 100% ce n’est pas du tout ce que vous essayez de lui faire dire…
Je maintiens " « Il ne pourrait y avoir aucune production nouvelle s’il n’y avait pas création de monnaie préalablement à la création des biens »
C’est sur qu’en revenant 2000 ans en arrière … on peut trouver des exemples de sociétés qui fonctionnent sans monnaie, comme sans doute encore maintenant dans certains iles de Polynésie.
Comment voulez vous organiser une production sans monnaie, que vous ne recevrez qu’après avoir vendu votre production… les investissements, les matières premières, les salaires précèdent toujours la vente des biens produits.