"Comment voulez vous organiser une production sans monnaie, que vous ne recevrez qu’après avoir vendu votre production… les investissements, les matières premières, les salaires précèdent toujours la vente des biens produits"
Je ne prétends pas « organiser une production sans monnaie ». Au contraire, je crois, comme tout le monde, que la monnaie est un instrument incontournable de l’économie. Mais c’est un instrument représentant la valeur de quelque chose (bien ou service), pas une valeur en soi : c’est là-dessus, je crois, que nous continuons à ne pas nous entendre - et il me semble que Ricardo allait dans mon sens.
Si Ricardo a eu raison, l’idée d’établir une unité monétaire universelle représentant le temps de travail (et qui pourrait n’être qu’une unité de compte, comme l’ECU autrefois et les DTS - droits de tirage spéciaux - du FMI aujourd’hui) me paraîtrait séduisante.
Cette monnaie permettrait de rendre compte en toute transparence des temps de travail dont on dispose et des temps de travail dont on a besoin pour acquérir les biens et les services indispensables, et donc d’établir des budgets et projets instantanément comparables dans un pays même et d’un pays à l’autre. En calculant en temps de travail tous les avoirs et toutes les dettes ou besoins à couvrir, on couperait court aux spéculations et aux extravagances liées au système des changes.
Certainement que dans un tel système certaines valeurs-travail seraient arbitraires au départ, mais elles cesseraient de l’être à partir du moment où tout le monde les jugerait acceptables. JR
" Mais c’est un instrument représentant la valeur de quelque chose (bien ou service), pas une valeur en soi : c’est là-dessus, je crois, que nous continuons à ne pas nous entendre - . "
Vous vous trompez, je suis totalement d’accord. Ce que je dis c’est que la monnaie (dans notre système actuel) précède la production de richesses réelle et qu’elle doit donc être créée avant la production de richesse mais je n’ai jamais écrit qu’elle aurait une « valeur » en soi (bien qu’elle puisse être une « réserve de valeur » tant qu’elle est admise en tant que telle).
Au contraire, depuis mon premier livre en 2001 ( « Un regard citoyen sur l’économie ») j’ai toujours écrit par exemple qu’une pomme était une richesse réelle, mais que les 50 cmes d’euro , le prix de la pomme, était une richesse symbolique…
Pour l’unité monétaire « heure de travail », si vous saviez le nombre d’heures que nous avons passé à débattre sur ce sujet… vous pouvez lire http://www.ecosocietal.org/
Mais c’est malheureusement très loin d’être aussi simple que de considérer qu’une unité monétaire = 1 h de travail quel que soit le pays, car il faut que la monnaie puisse être détruite lorsque la production de cette heure de travail est elle-même détruite (consommée).
Juste un point, parce que pour le moment je n'ai pas le temps de revenir sur les autres...
Il ne pourrait y avoir aucune production nouvelle s'il n'y avait pas création de monnaie préalablement à la création des biens.
Je n'en crois pas mes yeux, qu'on puisse écrire cela...
… la production nouvelle n’attend jamais la création de monnaie. D’une part, elle se met en concurrence avec toutes les autres productions pour obtenir l’argent nécessaire à ses couts, et si elle est assez compétitive elle privera d’argent des autres productions qui deviennent obsolètes. Si création monétaire il faut, ce serait pour pouvoir maintenir malgré leur obsolescence compétitive les anciennes productions. D’autre part, elle se met en concurrence avec toutes les autres productions pour obtenir un marge de bénéfice qui justifie son existence, en fixant un prix de vente optimal.
Sans création monétaire et tout le reste restant égal, quand une nouvelle production compétitive réclame sa part du gâteau monétaire, soit quelque-chose d’autre qui à été produit ne trouve plus acheteur, soit le prix de toutes les autres productions baissent pour s’accommoder à ce qui reste de gâteau, soit il y à un peu des deux.
La fonction de financement consiste, pour les
banques, à créer de la monnaie en octroyant aux
entreprises les crédits nécessaires à la mise en route du
processus productif. La fonction de production est
l’activité principale des entreprises qui décident du
niveau de la production à partir de leurs anticipations
(principe de la demande effective), donc du niveau de
l’emploi et de la capacité de production à utiliser. La
fonction de dépense consiste à dépenser tout ou partie
du revenu obtenu par les agents qui fournissent la main
d’oeuvre nécessaire à la production, c’est-à-dire les
ménages. Nous pouvons résumer l’enchaînement des
opérations dans le circuit à l’aide de la définition
suivante: « une première catégorie d’agents (les
institutions financières) prête (de la monnaie) à une
deuxième catégorie (les entreprises non financières)
qui achète (des matières premières, des machines, de
la main-d’oeuvre) pour vendre (des biens de
consommation) à une troisième (les ménages) qui
vend (sa force de travail) pour acheter (les biens de
consommation) »
Pendant ma sieste je me disais qu’en fait, tout simplement, vous considériez vous aussi la monnaie comme un gâteau existant à partager (et que chacun des entrepreneurs se battait pour obtenir la part nécessaire à sa production). Non, en fait ce n’est pas cela. Les seules limites à la quantité de monnaie c’est la demande des agents non bancaires et la volonté des banquiers de la créer.
Pendant ma sieste je me disais qu’en fait, tout simplement, vous considériez vous aussi la monnaie comme un gâteau existant à partager (et que chacun des entrepreneurs se battait pour obtenir la part nécessaire à sa production). Non, en fait ce n’est pas cela. Les seules limites à la quantité de monnaie c’est la demande des agents non bancaires et la volonté des banquiers de la créer.
Encore raté…
Rien de ce que j’ai pu dire depuis que je fréquente ces lieux (et quelques autres) ne vous autorise à supposer cela. Les deux formes coexistent, l’argent déjà existant est en effet un gâteau à partager, mais aussi la volonté des banquiers à créer du gâteau supplémentaire. Toute la difficulté actuelle réside dans le fragile équilibre entre parts de gâteau d’une sorte et parts de gâteau de l’autre. Avec dernièrement trop de parts de gâteau financier qui de fait induisent une dévaluation de la valeur monnaie ou le gâteau économique existant autant que le gâteau financier injecté massivement perdent de leur valeur. Avec une différence fondamentale tout de même: l’économie réelle perd une part de la valeur qu’elle avait… mais l’économie financière gagne toute la valeur qu’elle n’a jamais eu. L’économie financière ne perds donc rien… même si la valeur par unité monétaire décroit, le fait de créer beaucoup plus d’unités que l’économie réelle fait qu’elle gagne des parts de « marché »
Combien est-ce que doit produire l’économie réelle pour rattraper le poids perdu après les injections de liquidités USA et UE déjà appliquées (et celles qui devront suivre)?
Dont acte… je pensais que d’un seul coup vous aviez « succombé à la tentation » (de l’explication qui semble évidente à la majorité de nos concitoyens) . Désolé.
Votre analyse est intéressante et pas facile à argumenter pour ou contre.
J’avoue que j’ai un doute sur " Avec dernièrement trop de parts de gâteau financier qui de fait induisent une dévaluation de la valeur monnaie ou le gâteau économique existant autant que le gâteau financier injecté massivement perdent de leur valeur. "
Ou alors, si vous avez raison sur ce point, cela apparaitrait sur l’augmentation du prix de certains actifs considérés - à tort ou raison - comme des « sécurités ultimes » (comme l’or par exemple) ?
Néanmoins je suis d’accord pour l’équilibre (une croissance raisonnable) à maintenir dans le lavabo de la monnaie (entre la bonde et le robinet) car n’oublions pas que toute monnaie est une monnaie de crédit: il ne faut pas que le lavabo déborde, ni que son niveau ne descende trop
C’est que vous vous centrez trop sur la monnaie comme instrument, et cherchez à la comprendre comme telle et à la rendre plus « juste », mais que vous oubliez que n’importe quoi dans ce sens doit tenir compte du fait que cette monnaie est actuellement utilisé comme arme de destruction massive dans une guerre géostratégique.
Le capitalisme n’est pas une idéologie, mais une collection de méthodes optimisés en absence de toute idéologie. C’est pourquoi « l’idéologie » capitaliste ne perds jamais… peu importe les coups et les désastres, elle se reconfigure comme étant le plus optimisé de ce qui reste, après des victoires ou des défaites toujours épuisantes et pyrrhiques. C’est pour cela qu’on va dans le mur, et que l’inutile victoire sera à qui s’enfoncera dans celui à la dernière seconde.
Le capitalisme n’est non plus un ennemi unique. Ce n’est même pas un ennemi directe. Ce sont plusieurs groupes et même des individus qui se battent entre eux et dont nous ne sommes que les moutons qui apportons la laine, fournissons la chaire à cannons et subissons les dommages collatéraux.
Il n’y à que la gauche dogmatique pour penser que c’est une lutte qui se fait contre la « classe ouvrière ».
La croissance n’est pas nécessaire, elle existe et est exacerbé parce-que c’est en accélérant qu’on à la possibilité d’accumuler plus et plus vite qu’un adversaire. Même le besoin d’accumuler n’est nécessaire que parce-que en face il y à un autre qui accumule et dont le poids accumulé peut devenir une menace sérieuse si on n’accumule à son tour pas assez pour faire de façon permanente assez de contre-poids.
La lessiveuse de ressources qu’est la société occidentale actuelle dans le seul but d’accumuler les sacs de terre des remparts mutuels est un crime contre l’humanité toute entière, mais il faut comprendre pourquoi quelques-uns sont atteints d’une maladie logique qui leur colle un syndrome de Diogène, et se rendre compte que le reste de l’humanité doit s’organiser pour les soigner et éviter qu’ils puissent nous nuire.
C’est ça, le « clic » qui va constituer le changement de paradigme sur lequel va se développer un nouveau cycle.
Je note avec plaisir qu’AJH est d’avis que la monnaie n’a pas de valeur en soi et que toute monnaie n’est qu’un instrument de crédit.
D’accord aussi avec lui que dans un système de monnaie universelle fondée sur le travail on ne pourrait pas se contenter d’une équivalence simple du genre 1 MU =1 heure de travail. Il faudrait au minimum tenir compte de deux paradigmes, l’utilité générale du travail considéré et, une fois celle-ci établie, la productivité de l’heure du travail : les calculs seraient certainement complexes. Cette monnaie pourrait comporter des subdivisions nationales (des sous-MU) permettant de gérer les cas particuliers (ce que certains proposent pour l’euro dans des cas comme celui de la Grèce).
À propos de l’échange sur le capitalisme et la croissance entre AJH et NingúnOtro, il me semble qu’en effet le capitalisme ne correspond pas à une idéologie de classe, mais simplement à une logique profiteuriste. Ce sont les anticapitalistes qui ont en quelque sorte ennobli le capitalisme en lui attribuant des intentions sociales et scientifiques qu’il n’avait probablement jamais eues. Les vrais capitalistes sont des Monsieur Jourdain : uniquement désireux de s’enrichir, ils découvrent en lisant Marx la rigueur philosophique de leur système, qu’ils ne soupçonnaient pas, et utilisent cette aura inespérée pour le faire durer. Alain Guillou aurait-il un avis là-dessus ?
La croissance n’est ni bonne ni mauvaise en soi : débridée en période de profiteurisme débridé (la nôtre), mais adaptable dans d’autres circonstances aux vrais besoins et à l’impératif du développement durable, l’adaptation pouvant aller jusqu’à la décroissance. JR
En ce qui concerne l’Euro, je ne m’en cache pas, j’approuve les proposition de Nicolas Dupont-Aignan… Résumé :
abandon de l’euro « monnaie unique » pour un « euro commun » que je préfère appeler ECU (Européen Currency Unit) . Seul l’ECU serait utilisé pour les échanges internationaux, y compris entre membres de l’ECU
les pays participant à l’ECU ne sont pas nécessairement ceux participant actuellement à l’euro. D’autres pays peuvent être intégrés dans cette zone monétaire ECU
retour à des monnaie nationale (le franc pour nous) qui ne seraient pas convertible si ce n’est en ECU. Ces monnaies ne pourraient donc pas être « tradées » sur les marchés financiers
la parité de chaque monnaie nationale serait ré-évaluée à des intervalles réguliers (6 mois, 1 an) par une commission ad hoc
Ce qui n’est pas encore clair c’est sur quelle base se feraient les ré-évaluations dans la proposition NDA. J’ai posé la question (pas encore de réponse), mais on peut en imaginer plusieurs… par exemple:
le déficit du commerce extérieur… au plus il augmente pour un pays, au plus sa monnaie est dévaluée dans ce serpent monétaire qu’est l’ECU
le PIB par habitant en « parité de pouvoir d’achat » (on s’ aperçois que l’Allemagne et la France sont exactement au même niveau). Voici d’ailleurs les chiffres en dollars, en 2007 (je pense que la Grèce est très « surévaluée ») donnés par « Atlaséco 2009 » (je dois recevoir le 2010 la semaine prochaine)
Ou alors, si vous avez raison sur ce point, cela apparaitrait sur l'augmentation du prix de certains actifs considérés - à tort ou raison - comme des "sécurités ultimes" (comme l'or par exemple) ?
Mais cette augmentation de prix apparait bel et bien. Il faut seulement tenir compte de quelles sont les catégories de biens "sécurités ultimes" pour ceux qui ont le pouvoir de décider eux-mêmes ce qu'ils veulent.
S’ils veulent que le peuple reste tranquille le plus longtemps possible… ils subventionneront stratégiquement des denrées dont le peuple ne peut pas se passer. En contrepartie, ils introduiront volontairement l’inflation dans les produits qu’ils veulent hors de portée du peuple (comme ce sont des esthètes, par exemple… l’art deviendra de plus en plus cher, seulement à leur portée ET encourageant les propriétaires normaux à vendre pour se payer des denrées plus essentielles).
L’or est un exemple atypique, parce-que: qu’est-ce qui en fait la valeur? Seulement la convention d’en faire une valeur refuge (d’antan, parce-que aujourd’hui la production d’or ne suit guère la production monétaire. Mais en dehors de cela… est-ce qu’il y à une seule denrée essentielle dont l’or soit un ingrédient? Est-ce que l’or se mange? La valeur de l’or monte toujours parce-que il trouve des acheteurs innocents qui croient encore dans une valeur refuge qu’il n’a plus.
Dans ce sens, la rumeur selon laquelle les barres d’or de la FED seraient du tungstène recouvert suit une logique impeccable: l’or est vendu pour obtenir les denrées stratégiques qu’on peut obtenir avec le prix obtenu… et comme la fin est d’arriver au bout avec un prix de l’or égal à zéro parce-qu’il ne se mange pas… peut-être même que ce serait une chance que les barres invendues ne soient pas de l’or mais du tungstène. L’escroquerie serait virtuelle parce-que ce qu’ils auraient vendu serait belle et bien l’or réel.
Puis, si l’avenir est sombre… les applications du tungstène (http://fr.wikipedia.org/wiki/Tungstène) dans le domaine industriel et militaire sont bien plus intéressantes que celles de l’or. Je crois qu’avoir l’air de duper des investisseurs est une belle excuse pour cacher d’autres intérêts.
La stratégie se joue en base à la théorie des jeux avec plusieurs participants pas toujours connus, parfois coopérants, parfois non-coopérants.
Il faut essayer de savoir ou il faut regarder pour voir ce qui se passe réellement… moins on sait, plus on est un pion aveugle.
Nicolas Dupont Aignan continue de réfléchir dans le cadre d'une guerre économique entre les différents pays et surtout entre Européens.
Je ne le vois pas du tout comme cela, et je ne sais pas où vous avez pu lire cela: il prône au contraire la coopération entre États.
De toute façon, avec ou sans NDA, l'euro "unique" ne tiendra pas, ca me semble évident (trop d'écart économique entre les pays de l'eurozone) et il vaut mieux un euro commun que justement le "chacun pour soi"
Personnellement je pense que vouloir maintenir l’euro monnaie unique est justement l’erreur centrale… sauf peut être si nous acceptions de faire totalement sauter le verrou de l’article 123 et que nous financions « l’économie commune » des Etats de l’eurozone par création monétaire centrale au moins à hauteur des intérêts de leurs dettes
Actuellement les dirigeants politiques européens n’ont le choix qu’entre deux possibilités :
1- Sauver les protections sociales, et sacrifier l’Union Européenne.
2- Ou alors sauver l’Union Européenne, et sacrifier les protections sociales.
… Sandy, que croyez vous qu’ils vont choisir?
Sacrifier une partie des dogmes ayant trait à l’euro n’est pas sacrifier l’union européenne, c’est la voie médiane permettant de sauver plein d’autres choses
Je rappelle ce que nous (notre groupe apolitique « monnaie » , rien à voir avec NDA) proposons:
Voyons une possibilité (théorique) sur une dette des États de la zone euro à fin 2009 de 7000 milliards d’euros, générant par an des intérêts à payer à 4% et donc une dette supplémentaire de 280 milliards .
Pour la simplification de l’explication, admettons ici que la banque centrale décide de monétiser tous les ans 400 milliard d’obligations arrivant à échéance, plus les intérêts dus sur le solde au taux moyen de 4%, et que le budget des Administrations publiques est équilibré hors intérêts à payer.
La première année, la BCE monétise 400 milliards plus les intérêts de 280 Md€. La dette apparait donc à 6600 Md€ La seconde année, 264 Md€ d’intérêts + 400 Md€ devient 6200 Md€… et elle le fait chaque année
Faites le calcul et vous verrez qu’en 18 ans la BCE aura monétisé la totalité de la dette et les intérêts, pour un total de 9592 Md€. Les Etats auront donc des dette envers leur propre banque centrale, sans conséquence : il peut s’agit d’OATI, « I » pour « illimités »
Cette monnaie s’intégrerait effectivement en plus dans le circuit économique, mais sur une longue période, sans risque d’inflation, environ 7% de la masse monétaire la première année, et ensuite dégressif, ce qui permettrait de laisser une marge soit à l’émission de nouvelles obligations souveraines nécessaire pour les investissements de la « transition énergétique », soit pour les banques privées, sans dépasser outre mesure une augmentation possible de M3 de 10% par an qui génèrera un peu d’inflation bienvenue.
Les monétaristes ne sont pas choqués que le taux de croissance (annualisé sur 6 mois) de M3 dans la zone euro ait atteint près de 13% en 2007, et que sa moyenne entre 2002 et 2007 ait été proche de 10%
S’il n’est pas possible de s’entendre au niveau européen, il faudra quitter l’euro, considérer que la dette due est transformée en « francs » au taux d’entrée dans la zone euro, ce qui amènerait a une dette totale de 9840 milliards de francs (1500 milliards d’euros x 6,56) et décider de rembourser la dette aux échéances des obligations, en procédant de la même manière par une émission d’obligations nouvelles monétisées par la Banque de France.
Moi je suis toujours à espérer que nous arriverons à reprendre le pouvoir avant que ces gens nous mènent aux catastrophes. Donc j’espère que nous arriverons au pouvoir avant ( s’il y a dissolution de l’assemblée ) ou en 2012 lors des élections présidentielles.
Mais je suis certain de ce que j’affirme quand je dis que NDA fait l’erreur de penser dans le cadre « étroit » de la guerre économique.
Dans ce cadre, ce qu’il dit a du sens, et je serais prêt à le rejoindre dans ses propositions.
Mais malheureusement j’ai plus d’ambitions que cela. Je ne veux pas seulement remettre en cause le système monétaire européen, je veux remettre en cause l’économie d’une manière radicale, et en l’occurence je milite contre la guerre économique, et pour la mise en place de politiques de coopération entre les pays.
Sur ce point d’ailleurs, NDA n’est pas si éloigné. Seulement lui parle de coopérations à la carte dans des domaines particuliers, moi par contre je parle d’un véritable système économique ( qui n’empêche en rien les coopérations à la carte qu’il appelle de ses voeux ).
Dans le système économique dont je parle, défendu par les altermondialistes, expliqué dans le livre de Jacque Généreux, les pays européens inscriraient dans les traités une obligation pour chaque pays d’équilibrer leur balance commerciale avec les autres pays.
Le but ne serait plus donc d’essayer de « prendre » des marchés aux autres pays pour réaliser des excedents commerciaux, ce qui est le propre de la guerre économique justement.
A la place, un pays ayant un excedent commercial s’engagerait à réinvestire ses bénéfices commerciaux ( tarifs douaniers ) dans le pays déficitaire afin de rétablir à terme l’équilibre de leur balance commerciale.
Par ce système, on a donc 5 avantages :
les pays s’entraident dans leur développement ( codéveloppement ), ce qui est 1000 fois plus efficace que la compétition ( rivalité destructrice )
en même temps, ils satisfont leurs propres besoins ( un pays qui va réinvestire dans un autre pays le fera dans des productions dont il a besoin )
cela relocalisera les productions ( chomage / environnement )
cela optimisera les productions ( autant réinvestire dans des productions qu’on ne peut pas produire sur place ou qu’il est plus interessant de produire ailleurs )
chaque pays n’est plus soumis à la moindre contrainte extérieur, fini le dumping social et le dumping fiscal
Dans ces conditions je doute qu’il y ait besoin d’en finir avec la monnaie unique, la monnaie ne répercutant que les effets néfastes de la compétition
Vous écrivez " les pays européens inscriraient dans les traités une obligation pour chaque pays d’équilibrer leur balance commerciale avec les autres pays. "
C’est l’esprit de la Charte de la Havane que je défends également au sein de la zone « européenne » mais je crains qu’avec les capacités de production de l’Allemagne et ses « exportations » vers les autres partenaires de la zone euro, avec un euro unique, ce ne soit pas possible. Et j’ai peur que l’égoïsme des peuple ne juge pas d’un bon oeil de transférer aussi facilement les fruits de leur travail ( « réinvestir ses bénéfices commerciaux ( tarifs douaniers ) dans le pays déficitaire »): ne soyez pas trop naïf non plus… même en France les zones industrielles (largement financées par les municipalités ou les départements) se « tirent la bourre » à coup de subventions pour attirer les entreprises.
A l’extérieur de la zone monétaire, il faut appliquer le « contingentement selon Allais »
J’ai du mal à voir ce que vous reprochez à la « l’euro commun » qui présente l’avantage, s’il est bien équilibré, de rééquilibrer les chances de chacun sans créer une usine à gaz. Évidemment il faudra que « a minima » les pays puissent en plus monétiser les intérêts de leur dette et les dettes arrivant à échéance.
Moi ce qui me plait dans la monnaie unique, c’est la solidarité qu’elle représente et sa solidité. L’euro commun c’est un retour au chacun pour soi, démerdez-vous dans votre coin.
C’est pourquoi s’il n’y a pas besoin de mettre fin à cette monnaie unique je préfère.
L’égoïsme des peuples cela n’existe pas.
Vous voulez sans doute parler de l’égoïsme des gouvernements ? Car jusqu’à présent aucun gouvernement dans aucun pays n’a jamais représenté le peuple
Vous savez :
qu’on veuille mettre en place un système économique basé sur la coopération
ou qu’on veuille juste changer le système monétaire
Ya aucune différence, les gouvernements actuels sont contre, ils défendront le système actuel jusqu’à son effondrement, et même après son effondrement rien ne garantit que c’est votre système qui sera mis en place et ni celui que je défends. Ca peut très bien se terminer en guerre civile, en guerre mondiale, ou en dictature totalitaire, on ne peut pas savoir à l’avance.
En Allemagne, il n’y a pas que madame Merkel et l’oligarchie dont elle sert les intérêts
En Allemagne, il y a 82 millions de personnes, et parmi ces gens nous avons des alliés politiques en ce qui nous concerne, Die Linke. Et ils partagent cette idée d’une europe de la coopération avec nous.
Les gens en Allemagne contrairement à ce que vous croyez ne bénéficient en rien de ces excedents commerciaux au contraire, ils connaissent précarité et chomage. Ils subissent autant que nous la guerre économique.
Ceux qui bénéficient réellement de la guerre économique en Allemagne sont une poignée.
De plus, que pourrait bien faire l’Allemagne contre le reste de l’Europe, l’éclatement de la zone euro serait bien plus dramatique pour les exportations Allemandes que de négocier des accords de rééquilibre des balances commerciales.
La guerre économique n’est pas comme vous le pensez le simple fait d’égoïsmes, mais elle est le fait de politiques bien précises ( libre échange / libre circulation des capitaux etc … ) qui peuvent être défaites à tout moment.
Les acteurs économiques ( et en l’occurence aussi les régions ) agissent ainsi parce que le système les pousse à agir ainsi.
@tous : Le blog de J L Mélenchon, ce Dimanche, est vraiment fort instructif, je ne peux que vous le recommander, sans autre commentaire! je ne crois pas qu’il soit hors sujet ici.
Amicalement
[bgcolor=#FFFF99]« Gouverner contre les banques »
le programme politique que tous les citoyens attendent apparaît enfin, et c’est au Parti de Gauche[/bgcolor]
Merci Alain.
Déjà bon au départ, Mélenchon est meilleur chaque jour, ces temps-ci
Étienne.
[bgcolor=#FFFF99][b]Sarkozy le bigot, l'exemple de l'Argentine, l'austérité, voler les voleurs
La Grèce est l’avenir de l’Europe.[/b][/bgcolor]
« Je rentre d’une tournée de manifestations du Parti de Gauche pour célébrer la victoire du « non » au référendum de 2005 sur l’europe libérale. Les amis du « oui » et du Traité de Lisbonne ayant disparus de la surface de la terre sous le poids de la honte, le fond de scène grec fournit un puissant sujet de méditation sur « l’europe qui protège ».
Je constate le nombre des consultations de ma précédente note, en dépit de son contenu somme toute très rébarbatif, je me sens autorisé à prendre le risque de publier peut-être plus indigeste mais qui me tient à cœur. D’abord une information et une réaction à propos d’un nouvel élan de bigoterie du président de la République. Ensuite des choses a propos de la situation de la zone euro sous le coup des politiques d’austérité. J’y parle de l’exemple argentin. Puis je vous donne des nouvelles de l’impérialisme de l’union Européenne en Amérique latine.
Inaperçu ou presque. Un nouveau démantèlement de la laïcité par le président de la République ! Certes, c’est moins excitant qu’une burqua au coin d’une rue. Ça ne bénéficie donc pas de l’indignation à géométrie variable des pour et des contre réunis cette fois- ci dans une même indifférence. Le Parti de Gauche, alerté par Martine Billard a réagi ! C’est le seul, non ? Voila de quoi il s’agit. Nicolas Sarkozy vient d’annoncer la même mesure de reconnaissance pour les diplômes des universités protestantes que celle déjà prise pour les diplômes de l’enseignement supérieur catholique après l’accord survenu entre la France et le Vatican en décembre 2008. On peut supposer que musulmans et juifs vont nous gratifier bientôt aussi de leurs précieuses qualifications en matière de vérités révélées. [bgcolor=#FFFF99]Le Conseil d’État avait pourtant réaffirmé en 1984 que le principe du monopole d’État de la collation des grades universitaires s’imposait au législateur.[/bgcolor] En 1905 le sujet avait donné lieu à une farouche empoignade. 75 départements avaient voulus s’opposer à la loi sur le sujet et je crois me souvenir qu’il y avait eu une pétition d’un million de signatures organisé par les cléricaux. Là ? Bon….
Dans le discours où il annoncé cette nouvelle capitulation de la République laïque, Nicolas Sarkozy s’est livré à ses habituelles bigoteries de café du commerce. Jugez : « À une époque où l’on s’émeut à juste titre du risque de disparition de certaines espèces vivantes, de certaines langues et de certaines cultures, comment pourrions-nous rester indifférents au risque d’assèchement d’une tradition spirituelle à laquelle nous devons notre idée de l’Homme ? » [bgcolor=#FFFF99]Beuark ! Notre idée de l’homme, monsieur le président, nous vient de l’antiquité grecque et de la renaissance plutôt que du fatras pouilleux et sanglant des religions qui ont provoqué trois siècles de guerres civile ou larvée dans notre pays. Encore un extrait sur ce ton de prédicateur qui avait déjà fait son charme a Ryad où il avait prétendu devant le gardien des lieux saints de la Mecque stupéfait que Chrétien juif et musulman priait le même dieu bienfaisant et tutti quanti.[/bgcolor] Lisons saint Nicolas : « Alors que l’économie et la société redécouvrent dans la crise sans précédent qui secoue le monde, un profond besoin d’éthique, alors que le progrès des sciences et des techniques met nos valeurs chaque jour à l’épreuve et que le capitalisme est en quête de morale, le silence des grandes religions serait incompréhensible tant elles sont dépositaires ensemble d’une partie essentielle de la sagesse humaine. » [bgcolor=#FFFF99]Ce prêche ridicule est-il bien dans le rôle du président d’une république laïque ?[/bgcolor] À moins qu’en désespoir de cause, et devant l’impuissance de ses propres appels sur le même sujet, il n’ait plus comme autre proposition que l’appel à la prière ? Il est donc utile de rappeler aux esprits fragiles combien l’histoire a démontré que ni la force des prières ni celle des religions n’ont permis le moindre recul de la cupidité qui est la racine du capitalisme. « Nous appelons plutôt nos concitoyens à faire confiance aux mobilisations » conclu le communiqué du Parti de gauche. C’est plus sage en effet !
J’en viens à la crise grecque et celle de la zone euro. Je constate que mon point de vue, longuement argumenté sur ce blog, n’est nullement isolé. C’est le contraire. Les bienfaits de la dévaluation de l’euro, l’absurdité des politiques d’austérité sont présents dans maintes analyses venant des bords les plus divers. Un nombre significatif d’avis bien plus qualifiés que le mien convergent ainsi à propos de la situation économique et financière en Europe. L’OCDE soulignant l’intérêt de la baisse de l’euro et un prix Nobel d’économie le disant aussi avant d’ajouter que les politiques d’austérité conduisent au désastre, voila qui me réconforte. Les « amateurs » dans mon genre, c’est-à-dire les militants politiques et syndicaux, du fait de leurs pratiques, de leur expérience et de la durée de leur engagement acquièrent une capacité d’expertise. Elle peut être moins rigide et partisane que le sont les points de vue des chefs d’école économique perclus de luttes et compétition entre spécialistes et bénéficiaires de revenus et subvention liés à leur activité.
Si je commence par signaler ce point c’est pour rappeler le droit et même le devoir pour les personnes qui ne sont pas des spécialistes, comme c’est mon cas, de réfléchir et de proposer une lecture des évènements qui les implique. Comment être citoyens sinon ? Et justement la question de l’exercice de la citoyenneté est posée quand des drames comme celui qui commence s’imposent à nous. [bgcolor=#FFFF99]L’information dont nous disposons est au mieux mensongère dans un très grand nombre de cas. Mais il apparait clairement qu’elle est manipulatoire dans un nombre croissant d’autres cas. [/bgcolor]On se souvient à ce sujet de ce titre du « Monde » prétendant qu’il y aurait un déficit de 2600 milliards d’euros dans les comptes des régimes de retraites en 2050. C’était une participation active à la campagne d’affolement dont avait besoin le gouvernement pour lancer son plan de remise en cause de la retraite à soixante ans. Mais on pourrait citer bien d’autres organes d’informations titrant comme pour annoncer un désastre sur la baisse de l’euro. Dans tous ces cas nous affrontons clairement des manipulations.
D’autre part, [bgcolor=#FFFF99]je m’interroge sur les raisons qui conduisent autant d’éditorialistes et même une majorité de commentateurs à n’exprimer ni réserve ni même contre éclairage par rapport à la vulgate monétariste. Ni pourquoi aucun bilan n’est jamais présenté a propos de l’application dans le passé ou ailleurs des politiques d’austérité du style de celles qu’applique le FMI, Strauss Kahn ou pas, dans le monde.[/bgcolor] Dans le passé ? Par exemple, on a entendu les [bgcolor=#FF66FF]récitations contre le protectionnisme[/bgcolor] qui aurait conduit au désastre après la crise de 1929. Le refrain fut repris partout. Tout le temps. Même dans la déclaration finale du G20. Bien sur dans « Le Monde ». Et dans les résolutions du parlement européen. [bgcolor=#FFFF99]Qui a vérifié ?[/bgcolor] Pourquoi ne rien imputer aux politiques d’austérité qui furent appliquées alors ? Pourquoi ne rien dire de la politique de « l’étalon or » qui imposait des taux de change fixe entre monnaie et donc cette absurde rigidité qui étouffe la production et l’échange quand elle est appliquée avec dogmatisme comme on le constate, aujourd’hui comme hier, avec la politique de l’Euro fort ?
Du coup j’ai décidé de faire un exemple. Je vais comparer ce qui se passe en Grèce à ce qui s’est passé en Argentine dans les années 90. Je le fais parce que comme militant de gauche je m’étais intéressé et impliqué dans la compréhension de ce qui se passait à l’époque en Argentine. J’ai lu et ramassé ici et là de quoi remettre en ordre mes souvenirs personnels. Mes assistants ont butiné de quoi nourrir mes intuitions.
[bgcolor=#FFFF99]Les moins de vingt ans ne peuvent pas savoir. L’Argentine, a été l’enfant prodige du FMI. Le très bon élève, celui que le maître mettait en valeur pour inspirer ses congénères. Michel Camdessus, l’actuel conseiller spécial en matière de déficit public de Nicolas Sarkozy, était à cette époque le génial directeur du FMI. « L’Argentine a une histoire à raconter au monde » pétulait-il ![/bgcolor] En effet ! Mais ce n’est pas celle qu’il annonçait… Commençons par le début. En ce temps là régnait l’hyperinflation. J’ai eu en mains ces billets qui déteignaient dans la poche et dans les mains parce que l’encre de la réimpression de leur valeur était tout le temps fraiche. Ce mécanisme terrifiant était déclenchée par les voyous friqués qui planquaient leur pognon aux Etats Unis et minaient la monnaie de leur pays. [bgcolor=#FFFF99]Une mesure radicale fut prise. Elle ne punissait bien sûr aucun spéculateur. Quelle idée ! Au contraire elle les cajolait. Ce fut pour eux, en quelques sortes, comme un rêve de Trichet et de Merkel. On garantit aux tricheurs la valeur de leurs avoirs en peso, la monnaie argentine. C’était une trouvaille géniale. Seul un demi-dieu du type Camdessus pouvait avoir une idée pareille. Sous son impulsion, en 1991, le parlement argentin adopte une loi de convertibilité de la monnaie absolument sans précédent. À partir de là fut proclamé: « un peso est égal à un dollar ». La mise en place de régime de taux de change fixe correspondait à la création a partir de rien d’un peso fort et stable. Un peso fort comme un euro fort d’aujourd’hui. Bien sûr tout cela était parfaitement et totalement artificiel puisque sans aucun rapport avec la production et les échanges réels à l’intérieur du pays. On connaît. C’est la même doctrine que celle de notre chère banque centrale européenne (BCE): la lutte contre l’inflation est l’objectif exclusif de la politique monétaire. C’est ce que proclame l’indépassablement splendide article 127 du Traité de Lisbonne concernant le fonctionnement de l’Union : « L’objectif principal du Système européen de banques centrales, ci-après dénommé «SEBC», est de maintenir la stabilité des prix ».[/bgcolor]
À ce tarif l’économie réelle s’anémie, l’activité vivote mais un porte feuille en fer est garanti aux puissants. Certes en Argentine, l’effet fut d’abord spectaculaire. Notamment sur l’inflation. Avec le retour des capitaux, elle passa de 5000 % à 4 % en à peine 3 ans. Toute la scène internationale a aussitôt été couverte par les cris de joie de la célébration du « miracle argentin ». Camdessus, dont le livre de recette économique ne quitte pas le chevet de son ami Nicolas Sarkozy si l’on en croit ce dernier, louangeait à grandes trompes. Carlos Menem le président argentin élu en 1989 accompagne évidemment cette merveille par un superbe plan d’austérité dont on supposait qu’il garantirait le sérieux de l’opération. Il a fait ainsi avant l’heure la politique de Strauss Kahn en Grèce ! Quel visionnaire ! Le remède de cheval habituel a donc été mis en place : libéralisation commerciale et privatisation de la totalité des entreprises publiques. Tout est vendu ou presque : gaz, pétrole, compagnie aérienne, chemin de fer, téléphone, énergie … Une orgie de bonnes affaires pour les gros portefeuilles ! En peso ou en dollar, c’était tout du pareil au même. Le pays est pillé. Évidemment, ces fainéants de fonctionnaires argentins furent frappés les premiers. La coupe sauvage dans les dépenses de l’Etat commençait évidemment par un licenciement massif de fonctionnaires. Camdessus était en épectase !
Hélas, si le peso était dorénavant stable, le dollar, lui, ne le sera jamais. Et, comme on le sait, les variations du dollar n’ont jamais rien à voir avec l’état de l’économie réelle des Etats Unis. Car sinon, ce pays serait déclaré en faillite depuis longtemps. En tout cas, à partir de 1999, une spéculation mondiale sur le dollar et les bourses américaines portent le dollar à des sommets. Horreur ! Les marchandises argentines, les matières premières agricoles que produit ce pays sont alors invendables. Mais dévaluer le peso n’est pas possible puisque tous les comptes sont libellés dans la monnaie magique « un peso égal un dollar ». [bgcolor=#FFFF99]L’Argentine est asphyxiée. Au secours ! Que faire monsieur Camdessus, vous qui êtes si intelligent ? Garantir la stabilité, vous a-t-on dit ! Sinon tous ceux qui vous ont fait confiance en vous confiant leur argent ou à qui vous en devez vont être très fâchés ! Bande de danseurs de tango ! L’Argentine était donc en camisole de force. Impossible d’ajuster la monnaie à sa valeur réelle. C’est ce qui arrive à la Grèce aujourd’hui. Elle aussi est également privée de l’instrument du taux de change. Elle ne peut dévaluer. Les préteurs la tiennent donc à la gorge comme ils tenaient l’Argentine. C’est d’ailleurs la situation de toute la zone euro actuellement. Les États n’ont pas la maîtrise de la monnaie puisque la politique de change de l’euro est gérée par la BCE et le Conseil.[/bgcolor]
Voyons le résultat. En Argentine l’asphyxie avança. Le chômage explosa ! Du rio de la Plata à la Patagonie, le pays fut secoué par les protestations et les manifestations de chômeurs. Tous ceux qui possédaient le moindre peso couraient le changer en dollar pour se protéger en sachant parfaitement bien que le mythe d’un peso égale un dollar ne résisterait pas à l’épreuve de vérité. La pénurie de dollars, et donc de pesos s’aggrava donc vertigineusement.
Mais comme il faut bien vivre et que l’économie n’est pas un caprice des dieux mais une fonction de base de la vie en société, il fallait quand même produire et échanger. Des monnaies alternatives sont donc apparues ! Mais oui ! Ce fut le cas du « patacon » dans la région de Buenos Aires. [bgcolor=#FFFF99]Ce genre de monnaie de substitution permettait aux régions de conserver de hauts niveaux de dépenses publiques et donc d’empêcher l’activité de s’effondrer totalement. L’État central Argentin en vint donc lui-même à généraliser cette solution de contrebande. Il émet alors des reconnaissances de dettes appelées LECOP. Vous suivez ? L’état émettait des Lecop dont la signification était : je vous dois tant de pesos, que je n’ai pas, qui eux mêmes valent tant de dollar. Une vraie trouvaille, non ? Ces LECOP servent alors par exemple à payer les fonctionnaires. Dès lors ils se diffusèrent dans tout le pays. Jusqu’à 80 % du salaire finira par être versé de cette façon et près de 50 % de la masse salariale totale sera libellé sous cette forme. Ces papiers avaient d’ailleurs l’apparence de billets de banque. Ils finirent par être acceptés comme moyen de paiement dans beaucoup de magasins. Lesquels se firent banquier en ajoutant une surtaxe pour tout bien payé de cette façon.[/bgcolor] Au pic de la crise déclenchée par les conséquences de la politique de monsieur Camdessus, ces papiers représentaient une part immense de la monnaie en circulation en Argentine : près de 6 milliards de Pesos. Pendant ce temps le gouvernement faisait, cela va de soi, une politique d’austérité, avec courage face à ce ramassis de latinos folkloriques ! Alors, bien sur, son parti fut battus par tous ces ingrats.
Le successeur du président Menem qui avait si bien appliqué la politique de monsieur Camdessus fut Fernando De la Rua, membre de l’internationale socialiste. Des sociaux libéraux réalistes et gouvernementaux Bla Bla. Leur ministre des finances, Domingo Cavallo, un illuminé du libéralisme, fut proclamé « homme de l’année » au jamborée de Davos ! La gloire à l’état pur. Le pillage du pays continua. Et l’agonie économique aussi, à petit feu. J’étais présent dans la salle de réunion entre Jospin et De La Rua quand ce fou de Cavallo proposa d’échanger un prêt sans prime de risque contre un remboursement prioritaire sur des privatisations. La « prime de risque » était déjà le problème ! « Ah bon ? Il reste quelque chose à vendre dans ce pays » soupira le premier ministre argentin ! Non bien sûr. Ça se savait. Aucun sacrifice n’était plus guère envisageable, faute d’avoir à qui l’imposer, la bête étant déjà tondue jusqu’à la peau. [bgcolor=#FFFF99]L’Argentine parti à la dérive dans un océan de chômage, d’économie de troc et de combines de gestion publique calamiteuse. Le 5 décembre 2001, le bourreau qui a déclenché la machine infernale donne le coup de grâce. Le FMI annonce qu’il refuse de transférer 1,26 milliards de dollars, comme il l’avait promis. Car, disaient ces sadiques, le plan « Déficit zéro » de Cavallo n’avait pas été mis en œuvre « sérieusement » ! C’est ce qui attend la Grèce. Son plan d’austérité sera évalué tous les trimestres avant le versement de l’aide financière prévue.[/bgcolor] Cela a été exigé par le mémorandum du FMI et l’Union Européenne, « l’Europe qui protège » a délégué au FMI la surveillance du plan « d’aide ». Et comme on le sait, l’aide est conditionnée à des mesures de libéralisation forcenée sur le modèle argentin. C’est-à-dire vente des biens publics, suppressions de postes de fonctionnaires et ainsi de suite. Que se passe-t-il alors ? Voyons l’Argentine. La mauvaise nouvelle du blocage de « l’aide » par le FMI provoqua une énormissime crise de confiance dans la classe moyenne. Et la navette des bas de laine repris son bal entre les deux rives du Rio de la Plata, nombre de grands naïfs croyant qu’en cachant leur argent en Uruguay, sur le trottoir d’en face, ils échapperaient au siphon.
Le socialiste De la Rua et sa bande de « courageux gestionnaires » décidèrent de séquestrer les comptes bancaires : interdiction aux particuliers de retirer plus de 250 pesos par semaine ! Cette invention reçu un joli nom qui sonnait doux : le corralito. Les sous se trouvaient en quelque sorte retenus pour leur bien dans un petit coral comme de bestiaux qu’on protège dans la pampa ! L’abime s’ouvrit sous les pas de l’Argentine. Grèves générales, fuites des petits patrons, disparition d’aigrefins banquiers en Uruguay et en Argentine, bref ce fut le chaos ! Les gens dans la rue devant les banques tous les jours tapant dans des casseroles. Les socialistes demandèrent à l’armée d’intervenir. Elle refusa. Ce fut donc la police qui tira dans le tas faisant vingt huit morts. Enfin, tout s’effondra. De La Rua s’enfuit. Domingo Cavallo finit en prison pour corruption. Le FMI maintenait pourtant toujours aussi fermement le pied sur la gorge des argentins. En trois mois le pays vit se succéder et démissionner trois présidents de la république. [bgcolor=#FFFF99]Puis l’équipe actuelle, alors composante de la vague de la révolution démocratique qui déferle sur l’Amérique latine, l’emporta. Cette séquence et très instructive.[/bgcolor] Ce qui est frappant c’est que les argentins savaient que rien ne pouvait s’améliorer jamais après des années de souffrances, les refrains ne changeaient jamais : austérité, dépenses excessives Bla Bla.
En Grèce ce sera tout pareil. D’ores et déjà, le plan du FMI intègre dans ses prévisions la baisse d’activité due à ses plans d’austérité et le poids supplémentaire de la dette provoquée par l’augmentation des intérêts de celle-ci. En 2015, après cinq années de purge et de souffrance, la part de la dette dans le PIB en Grèce aura augmentée pour parvenir à 150 % C’est le FMI lui-même qui le dit. [bgcolor=#FFFF99]Les grecs auront souffert pour rien à part payer les intérêts aux banques.[/bgcolor] Pourtant, à ce moment là, on dira de nouveau aux Grecs qu’ils doivent être « plus sérieux », mieux appliquer le plan de sacrifices et ainsi de suite. [bgcolor=#FFFF99]La solution est pourtant simple. Il faut voler les voleurs.[/bgcolor] C’est ce qu’ont fini par décider les bons bourgeois qui dirigeaient l’Argentine.
En janvier 2002, Eduardo Duhalde, troisième président de la République consécutif en trois mois déclare l’insolvabilité du pays. C’est le défaut de paiement. Les créanciers sont floués. La monnaie magique est abolie de fait. Le change du peso fut fixé à 1.40 Peso pour 1 Dollar. Ce n’est pas beaucoup. Juste 28% de dévaluation. Tout ça pour ça ! Evidemment il y a eu de la casse. Mais plus pour les mêmes. Tous les contrats signés en dollars devinrent immédiatement caducs. Financiers et grands entrepreneurs hurlèrent à la mort. [bgcolor=#FFFF99]Mais aucun ne s’écroula[/bgcolor] en dépit des pertes qu’ils subirent.Mais la dévaluation eut son effet positif. Enfin les produits argentins redevenaient vendables. Le secteur agro-industriel redémarra. L’Argentine se dépêcha de rembourser certes avec beaucoup de retard sa dette vis à vis du FMI pour ne plus avoir à faire à cette institution que tout le monde, après cela, fuit comme la peste ! En 2005, Le ministre argentin de l’économie Roberto Lavagna annonce aux créanciers privés qu’ils ont 6 semaines pour accepter la proposition de restructuration de la dette. Il affirme qu’« il ne fera plus aucune offre dans le futur » et que ceux qui refuseront celle-ci risquent bien de ne jamais rien recevoir de l’État argentin. La dévaluation de cette dette est alors massive. La somme proposée pour le remboursement des prêts internationaux privés est d’environ 35% de ce qui est dû. Le montant des impayés de la dette privée argentine était de 81 milliards de dollars depuis 2001.Fin 2002, l’économie repart. Les effets favorables de la dévaluation sont alors clairement observables. Début 2003, la plupart des monnaies alternatives furent abolies et la valeur qu’elles représentaient fut garantie par l’Etat. La consommation redémarra et la vie commença à redevenir vivable. [bgcolor=#FFFF99]Je me souviens de la stupeur des argentins apprenants qu’ils pouvaient renoncer à leur régime de retraite par capitalisation et revenir au régime par répartition. En six mois un million de personnes firent leur transfert préférant offrir aux caisses de retraites par répartition leurs avoirs capitalisés plutôt que de rester dans les mains des sangsues bancaires.[/bgcolor]
Telle est la leçon de l’Argentine, qui devrait être connue en Grèce et que nous ferions bien de méditer pour [bgcolor=#66FF00]savoir que faire dans l’hypothèse où notre tour viendrait[/bgcolor]. Gouverner contre les banques ce sera le thème du forum du Parti de gauche le 13 juin prochain, avec la participation d’Oskar La Fontaine. Le contraire d’un colloque savant. Plutôt la préparation d’un mode d’emploi.
À Madrid vient de s’achever la semaine passée, dans l’indifférence générale, un sommet Europe-Amérique latine. À moitié boycotté par les latinos parce que les européens avaient invité le prétendu président soit disant élu du Honduras. Oui, le fil de putsch, Porfirio Lobo, a été invité ! Telle est l’Europe des prêchi-prêcha sur les droits de l’homme et des mouvements d’indignation à l’égard de Cuba, Chavez et ainsi de suite ! Bien sûr, un contre sommet alter mondialiste se tenait. Et une délégation de mes amis a mis une nouvelle fois la main à la poche pour y être présents pendant toute sa durée. Mais ce n’était pas l’évènement. Pourtant le moment aurait été bienvenu pour imaginer des accords nouveaux et d’autres relations pour affronter la crise qui étrangle les peuples d’Europe ! Pas du tout ! Face à l’Amérique du sud, l’Europe est juste un partenaire de mauvaise foi qui impose ses dogmes libéraux avec arrogance. Aussi impérialiste que les Etats unis d’Amérique, l’union européenne a une stratégie similaire à celle des yankees. Elle enfonce des coins pour diviser tout ce qui ressemble à un bloc régional en face d’elle. Elle divise donc systématiquement pour mieux exploiter. La technique consiste à passer accord avec des sous ensembles d’un bloc ou des pays en particulier à l’intérieur d’une zone pour faire éclater de l’intérieur tous les partenariats. C’est notamment le cas de la Communauté Andine des Nations. Là, l’Union Européenne signe des traités bilatéraux avec le Pérou et la Colombie. De cette façon sont contournées la Bolivie et l’Equateur qui refusait d’accepter ses conditions.
Peu de gens se figurent le niveau d’arrogance auquel parvient cette Union Européenne qui a été présentée pendant si longtemps comme un modèle alternatif à l’impérium étatsunien ! Et ce n’est pas seulement le fait des gouvernements de l’union. C’est aussi et surtout le fait du Parlement Européen totalement imbibé de délires libéraux. Dans le cas de l’Amérique latine, le cas se complique du fait de la personnalité de l’homme qui a la haute main sur le dossier, qui se comporte comme un nouveau vice roi des indes occidentales, le député espagnol Salafranca, membre éminent du Parti de droite PPE. Récemment il présentait au parlement Européen un rapport sur les relations Europe-Amérique du sud en prévision de ce sommet de Madrid. Auparavant, en commission, la totalité de mes amendements et ceux de mon camarade Willy Meyer, député espagnol d’Izquierda Unida, avaient été rejetés.
«« ¿Por qué no te callas? » C’est à cette phrase lâchée sur un ton suffisant par le roi Juan Carlos d’Espagne (Borbon y Borbon par la grâce de Dieu) au président Hugo Chavez (premier élu du peuple vénézuélien) que me fait penser le ton et le contenu de ce rapport. D’abord, évidemment, ce sont une série de leçon de démocratie. On en appréciera tout le sel en se souvenant que le parlement européen est la seule institution européenne qui n’a pas condamné le putsch au Honduras. Ca ne gène pas le rédacteur ni ses manières comminatoires. Il «réaffirme sa conviction que la stabilité interne de nombreux partenaires latino-américains reste tributaire de la réforme de l’État. Laquelle doit inclure la question de l’intégration dans les processus de décision de tous les peuples autochtones et autres minorités, afin d’éviter toute discrimination et de soutenir la préservation de leurs cultures et traditions qui permettra d’enrichir davantage la société et de renforcer la gouvernance démocratique". Et toc ! Le grand frère a parlé ! Puis Sala franca et la majorité du parlement européen font « observer qu’une justice efficiente et indépendante ainsi qu’une politique efficace mais respectueuse des droits de l’homme au sein d’une administration responsable, contrôlable et transparente, procurent de la sécurité aux citoyens, renforcent leur confiance dans le système parlementaire représentatif et permettent d’éviter leur indifférence à son égard". Il faut expliquer ça au juge Garzon en Espagne ! Mais ce sont les amuse-gueule, en quelque sorte. Car bientôt vient le ton du manieur de fouet impérial! À lire en pensant à ce que l’Europe fait de ses propres recommandations aux autres sur son propre sol !
Le parlement européen, pontifiant et verbeux, « déplore que certains pays, peu soucieux de la nécessité de remédier aux graves carences résultant du sous-développement, de la pauvreté, des pandémies, de la malnutrition, de la criminalité et des catastrophes naturelles, aient employé leurs ressources financières pour accroître de manière excessive leurs dépenses militaires ». [bgcolor=#FFFF99]Venant des amis du gouvernement d’Alvaro Urine en Colombie où sept bases militaires des USA ont été ouvertes et dont il n’est pas dit un mot, on savoure ![/bgcolor] Et ce n’est pas tout en matière de paternalisme. La leçon devient vite franchement méprisante. Lisez ce texte adressé à des nations souveraines. « L’intégration régionale − souhaitée et recherchée par de nombreux gouvernements latino-américains et facilitée par l’Union européenne − doit faire face à de sérieux obstacles: (…) le peu d’échanges interrégionaux et les faibles connaissances de chaque pays concernant les différents acteurs politiques, sociaux et économiques des autres pays ». Ces latinos sont des ignorants qui ne savent même pas ce qui se passe sur leur propre continent et pour ainsi dire à leur propre porte. Le fond de tout cela, chacun de mes lecteurs le connaît ou le devine. La visée principale de ce texte est aussi banale que les réflexes européens. Il s’agit de la mise en place d’une [bgcolor=#FFFF99]grande zone de libre échange[/bgcolor] avec l’Amérique du sud, et ceci dès 2015. Les parlementaires sociaux démocrates sont bien évidemment d’accord. Ne viennent-ils pas de soutenir dans une autre résolution l’accord économique et commercial « global », rien que ça, entre l’UE et la Canada ?
Il faut se faire une idée précise du point où les voici rendus en matière de privilèges consentis aux capitalistes. Car cet accord prône, entre autre, la supériorité du droit des investisseurs à protéger leurs profits sur celui des Etats à protéger l’intérêt général… C’est ainsi que les grandes crises sont méthodiquement préparée. »
Les descriptions de Mélenchon de la politique ouvertement impérialiste de l’Union européenne me font penser à celle que faisait déjà Raoul Marc Jennar en 2004, dans son livre extraordinaire : « Europe : la trahison des élites » (Fayard).
Et les nouveaux accords de libre-échange protégeant les multinationales contre les États font furieusement penser au [bgcolor=#FFFF99]projet vampire (craignant la lumière) de l’AMI : http://www.monde-diplomatique.fr/dossiers/ami/.[/bgcolor]
LE M’PEP LANCE UN FEUILLETON POUR AIDER À COMPRENDRE ET MAÎTRISER LA CRISE DE L’UNION EUROPÉENNE
Le 29 mai 2010.
Il fallait commémorer dignement le cinquième anniversaire de la victoire du « non » au référendum du 29 mai 2005 sur le traité constitutionnel européen. Conformément à sa démarche d’éducation populaire et de repolitisation de la population, le M’PEP a donc décidé de décrypter et d’essayer de rendre accessible au plus grand nombre les ressorts de la crise de l’Union européenne et les solutions à envisager pour y mettre un terme, au moyen d’un feuilleton qui devrait compter une douzaine d’épisodes. Car il se dit et s’écrit n’importe quoi à propos de cette crise. Les grands médias manipulent, beaucoup d’ « experts » enfument, et le citoyen de base peine à s’y retrouver. La situation peut être parfaitement contrôlée si un certain nombre de mesures sont prises dans les pays concernés, et donc en Grèce, en France ou ailleurs.
Deux conditions sont à réunir pour y parvenir : des luttes sociales d’une ampleur et d’une radicalité encore inconnues – à situation exceptionnelle luttes exceptionnelles -, et l’accession au pouvoir de gouvernements réellement de gauche. Les analyses et propositions formulées par le M’PEP ont pour ambition de contribuer à stimuler et à préciser les objectifs des luttes sociales immédiates et à alimenter la construction d’un programme de gouvernement vraiment de gauche qui fait défaut aujourd’hui.
Si la Grèce était une banque, il y a longtemps que l’Union européenne et le FMI l’auraient « sauvée » ! Le peuple grec, et bientôt tous les autres peuples membres de la zone euro et au-delà, sont victimes à la fois du système financier international (la crise de la dette privée des subprimes), de l’Union européenne (UE), des dirigeants des pays membres de l’Union européenne, de leurs propres gouvernements (socialistes pour les Grecs, les Espagnols et les Portugais) et du Fonds monétaire international (FMI). Voilà les adversaires à désigner clairement et à combattre.
La situation à la fin du premier semestre 2010, au moment où ce texte est écrit, comme dans toute période de crise, peut susciter des réactions opposées. D’un côté, les forces les plus obscures des sociétés peuvent se déchaîner. Ce sont les forces mues par les instincts les plus vils et les plus bas, de la haine, du racisme, de la xénophobie, du nationalisme, de l’extrême droite. Ce sont les forces de la déraison et de l’irrationnel. C’est le fond de cuve des sociétés qui se met à faire surface. Depuis des années ces forces gagnent du terrain en Europe et en Europe seulement, au fur et à mesure que les dirigeants politiques de l’Union européenne étalent leur impuissance, leur suffisance et leur vanité. On pourrait se demander, tant les décisions prises par ces dirigeants apparaissent souvent aberrantes, si cette impuissance est réelle ou volontaire. Et si, par conséquent, l’écrasement des peuples et l’instauration d’une forme de dictature eurocrate est vraiment leur ambition.
Si les classes dirigeantes européennes avaient pu éviter la crise de la Grèce, qui est devenue la crise de l’euro pour se transformer en crise de l’Union européenne – avant de devenir peut-être la nième crise financière internationales – elles l’auraient fait. Car cette crise menace la stabilité et le niveau des profits de certains agents du système (les banques notamment) et nuit à la crédibilité de tout le système. L’appel à l’aide du Fonds monétaire international est également une preuve d’impuissance, certains oligarques européens auraient préféré s’en passer puisque ce recours établit la preuve que le système de Bruxelles ne peut pas résoudre lui-même les problèmes européens. Les dirigeants allemands, en revanche, font partie de ceux qui souhaitaient l’intervention du FMI.
D’un autre côté, les forces progressistes, humanistes, internationalistes – les forces de la vraie gauche – peuvent gagner la majorité de la population si leurs analyses et propositions coïncident avec les aspirations des peuples et au moment historique dans lequel se trouve l’Europe. Malheureusement, le piège européen s’est refermé sur la gauche. La « construction » européenne, qui n’a été jusqu’à maintenant que la construction d’un capitalisme à l’européenne, s’est révélé être une formidable machine à diviser la gauche. Une partie très importante de la gauche politique, syndicale et associative a été neutralisée en épousant le mythe européen. Pour que la gauche redevienne la gauche, il lui faudra faire sur elle-même un effort considérable de retour au réel et de rupture avec le système de Bruxelles, sans pour autant renoncer à construire de nouvelles formes de relations multilatérales avec les pays européens et méditerranéens. À la fin du mois de mai 2010, les luttes sociales éprouvaient beaucoup de difficultés à se généraliser dans la zone euro. Quant aux gauches européennes, elles restaient divisées sur l’analyse du système européen lui-même et sur la question principale à se poser : la nécessité ou non de sortir de l’euro.
Pour essayer de clarifier ces enjeux et solutions, le M’PEP va diffuser un feuilleton sur la crise de l’Union européenne afin d’aider chacun à se faire sa propre opinion et à lutter pour des alternatives progressistes.
[b]L’épisode n° 1 [/b]sera diffusé le mardi 1er juin. Il aura pour titre : « [b]En Grèce comme ailleurs, refuser les plans d’austérité et la remise en cause de la démocratie ».[/b] Les prochains épisodes suivront à quelques jours d’intervalles et aborderont, pour l’instant, les questions suivantes :
[b]* Épisode n° 2 : Ne pas accepter les prêts des gouvernements, de l’Union européenne et du FMI car ils sont conditionnés par l’austérité.
* Épisode n° 3 : Sortir de l’euro, rétablir les monnaies nationales, avancer vers une monnaie commune.
* Épisode n° 4 : Dévaluer.
* Épisode n° 5 : Renégocier la dette.
* Épisode n° 6 : Nationaliser la politique monétaire.
* Épisode n° 7 : Nationaliser les banques et les compagnies d’assurance, démanteler les marchés financiers.
* Épisode n° 8 : Contrôler les changes et les mouvements de capitaux.
* Épisode n° 9 : Organiser une relance économique, sociale et écologique basée sur un grand emprunt national servant à amorcer le financement du droit opposable à l’emploi.
* Épisode n° 10 : Prendre des mesures protectionnistes, si nécessaire, dans le cadre universaliste de la Charte de La Havane.
* Épisode n° 11 : Comprendre la crise de l’Union européenne.
* Épisode n° 12 : Après les actionnaires des banques, il faut aider la gauche qui semble totalement dépassée par les évènements.
* Épisode n° 13 : Construire une union des peuples et des nations d’Europe sur des bases de gauche.[/b]