07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

« up »

Signez la pétition pour quitter l’euro!

Explications sur le blog de Laurent Pinsolle
http://tinyurl.com/267rvsb
ou sur le site de DLR : http://www.debout-la-republique.fr/Sortons-de-l-euro.html
Signature : http://tinyurl.com/2e289ev

[align=center]100% Money d’Irving Fisher : Une courte présentation[/align]

2 ans après avoir écrit « The Debt Deflation Theory » où il expliqua comment le processus de désendettement a pu mener les Etats-Unis dans la pire déflation et dépression économique de son histoire, Irving Fisher publia « 100% Money » en 1935. Réforme monétaire, projet politique de très grand ampleur, monument pour la théorie économique, ouvrage convaincant de vulgarisation, ce livre d’un des plus grands économistes de l’ère moderne est resté pour des raisons mystérieuses presque inconnu de la très grande majorité des spécialistes. L’importance de ce livre ayant grandement influencé la pensée des prix Nobels Maurice Allais et Miton Friedman est pourtant cruciale. Fisher y expose très simplement comment assainir l’incroyable château de carte monétaire reposant sur une pyramide de dette pour mettre fin aux immuables cycles destructeurs de boom et dépression.

L’actualité de cet ouvrage est frappante. Confrontés à une crise de la dette privée sans précédent, nous ne trouvons pas d’autres solutions que d’asperger le marché de liquidités et d’endetter lourdement nos Etats, ne faisant que repousser l’inévitable processus de désendettement. Or dans notre système monétaire comme dans celui des Etats-Unis des années 30 le corolaire du désendettement, c’est la déflation. Le plan d’Irving Fisher « 100% money » ou plan de réserve intégrale nous présente ce qui pourrait bien être LA solution pour sortir de cette impasse. Ce qui suit est la première traduction française à ma connaissance d’une courte présentation du plan 100% Money en introduction de cet ouvrage.


[b]La suite sur: http://monnaie.wikispaces.com/Irving+Fischer[/b]

Bonjour
@beo: je recommande moi aussi le livre de Jacques Généreux, car malgré son titre qui ressemble à une plaisanterie, il est très sérieux, et stimulant, pour le sens critique comme pour l’imagination, et très « ouvert », car constructif. Inutile de dire qu’il n’est plus dans ma bibliothèque: il circule…

@AJH:Le site de DLR mérite le « détour » (pour moi c’en est un…), mais « quitter l’Euro » et surtout signer une pétition pour cela nous fait revenir bien avant notre « NON » commun de 2005, alors que ce « NON » portait des revendications européennes bien plus constructives que « quitter l’Euro », et surtout, aujourd’hui, à l’heure où tous les peuples de « cette europe », avec ou sans euro, GB comprise, sont attaqués et se mobilisent sur des enjeux communs, face à l’aboutissement catastrophique de l’ultra-libéralisme!
C’est l’Euro qui nous lâche, avant même que nous l’ayons demandé: il n’aura que les prêtres de la religion ultralibérale à son chevet pour une extrême onction!..Il est temps de passer aux choses sérieuses: l’Europe Sociale est dans la rue!(…oui, si mon point de vue devient « gauchiste » c’est par « la force des choses »!). Peut-être le « front de gauche » s’élargissant et se renforçant a-t-il vocation à devenir un rassemblement populaire encore plus ouvert, donc avec une composante gaulliste porteuse de « légitimité historique »…Il me semble que dans le livre de Jacques Généreux le sectarisme d’une gauche « idéologique » est absent, et cet état d’esprit ne ferme pas la porte à des valeurs que la droite ultralibérale comme la droite extrème piétinent, et qui sont encore celles de DLR. Amicalement.AG

Bonjour
@beo: je recommande moi aussi le livre de Jacques Généreux, car malgré son titre qui ressemble à une plaisanterie, il est très sérieux, et stimulant, pour le sens critique comme pour l’imagination, et très « ouvert », car constructif. Inutile de dire qu’il n’est plus dans ma bibliothèque: il circule…

@AJH:Le site de DLR mérite le « détour » (pour moi c’en est un…), mais « quitter l’Euro » et surtout signer une pétition pour cela nous fait revenir bien avant notre « NON » commun de 2005, alors que ce « NON » portait des revendications européennes bien plus constructives que « quitter l’Euro », et surtout, aujourd’hui, à l’heure où tous les peuples de « cette europe », avec ou sans euro, GB comprise, sont attaqués et se mobilisent sur des enjeux communs, face à l’aboutissement catastrophique de l’ultra-libéralisme!
C’est l’Euro qui nous lâche, avant même que nous l’ayons demandé: il n’aura que les prêtres de la religion ultralibérale à son chevet pour une extrême onction!..Il est temps de passer aux choses sérieuses: l’Europe Sociale est dans la rue!(…oui, si mon point de vue devient « gauchiste » c’est par « la force des choses »!). Peut-être le « front de gauche » s’élargissant et se renforçant a-t-il vocation à devenir un rassemblement populaire encore plus ouvert, donc avec une composante gaulliste porteuse de « légitimité historique »…Il me semble que dans le livre de Jacques Généreux le sectarisme d’une gauche « idéologique » est absent, et cet état d’esprit ne ferme pas la porte à des valeurs que la droite ultralibérale comme la droite extrème piétinent, et qui sont encore celles de DLR. Amicalement.AG

Je suis d’accord avec l’intervenant « Thierry » lu sur le blog de DLR , et que je cite:

« … d’accord avec le propos ; mais je pense aussi qu’il faudra en appeler aux manifestations, aux actions, afin de montrer une forme de résistance, et donner un espoir ; sinon, … il ne suffit pas d’avoir raison, ni même d’avoir la majorité des voix (voir traité de Lisbonne) avec cette europe et la caste qui la dirige ; on a à faire à une dictature et seuls les peuples par leurs pressions, leur manifestation vont permettre un jour un changement, en Grèce comme en France ; (…) à quand des membres de DLR présents aux manifestations à Athènes etc ? »

…et j’ajouterais, quant à moi: « à quand DLR avec le front populaire européen à créer » ? (« résister c’est céer »).

Pour qu’une résistance gagne, il faut qu’elle soit porteuse d’autrechose « en plus » et cet « autrechose », ni DLR ni le PCF ni « l’autre gauche », ni personne de « providentiel » ne le portra tout seul: il s’agit d’une « polennisation » à produire au cours d’une « rencontre nécessaire »… Dans des actes dits « de résistance ».

Le problème n’est pas de sortir de l’euro ou non, mais de savoir ce qu’on fait après! Prôner les dévaluations pour relancer les économies a ses limites surtout si tout le monde le fait en même temps. Puis les exportations ça transforme pas un pays: par exemple, en dévaluant, la grèce va vendre plus d’huile d’olive et accueillera plus de touristes mais ca ne va pas « industrialiser » son économie pour autant, c’est à dire créer des emplois qualifiés producteur d’une véritable valeur. Car sans ce type d’emploi, on le voit avec 30 années désindustrialisation chez nous aussi, il est impossible de financer les système sociaux. Il faut que les banques nationales puissent être organisées pour créer une économie de plein emploi qualifié, comme nous l’avons fait entre 1945 et 1973.

1- Banque nationale de la France sous tutelle du Trésor
2- le Trésor et la Commission nationale du Crédit oriente l’émission monétaire publique et privée vers des secteurs et projets déterminés, à des taux d’intérêts bas.
3- Le Plan, en coopération avec les différentes administrations et ministères, fixe les priorités stratégiques pour l’équipement du territoire (énergie, transport, eau, etc) et de la population (hôpitaux, écoles, recherche).
4- des agences ad hoc et les collectivités locales récupère le crédit public à taux bas émis par le Trésor via la BNF pour les projets d’intérêt général.
5- Une part conséquente de ces marchés sont réservés au PME et PMI (qui, si elle sont dans les secteurs stratégiques et d’innovation, bénéficient de crédit privé à taux bonifié).

Beaucoup d’émission monétaire certes, mais bien investie, sur le moyen et long terme, ça n’a pas ou peu de pouvoir inflationniste puisque ca engendre massivement de la valeur économique pour les salaires et l’investissement (il faut évidemment un cadre réglementaire empêchant que cette création de richesse ne parte excessivement dans les dividendes ou dans des importations). Avec ce système on peut probablement atteindre le plein emploi en quelques années.

Mais pour faire ça on peut pas avoir le système monétaire et financier d’aujourd’hui. La sortie de l’euro doit donc se faire par traité entre les pays instigateurs de cette démarche, pour proposer un système international à taux de change fixe et un assainissement en règle du système bancaire.

Chiche?

Bertrand

D’accord sauf avec votre dernier paragraphe sur la seule phrase " pour proposer un système international à taux de change fixe"
Par contre oui pour un taux révisable chaque année ou chaque semestre.

@ AJH
Oui, « fixe » est relatif, mais c’est pour le principe évidemment: pas de spéculation.
Peut-être faut-il définir des fourchettes de variations ou effectivement une révision annuel.
Mais pour qu’un tel système tienne, il faudra garantir un développement général de tous les pays, sinon il va vite y avoir des écarts intenables. Les grands projets de développement, les transferts technologiques, les traités de coopération devraient être discutés avant que l’on fixe les taux de change, car ces derniers ne peuvent que refléter une création de richesse réelle. Mais s’ils fluctuent trop, pas de création de richesses possibles. Donc ces taux devront inévitablement correspondre à une volonté partagée de développement à moyen et long terme.

Bonjour Bertrand et bienvenue, je suis aussi d’accord, la fin de l’euro est juste un moyen nécessaire pour aller pour aller vers la réindustrialisation et le plein emploi qualifié, donc signer la pétition est nécessaire mais n’est pas suffisant, les mesures de gestion du crédit que vous préconisez doivent l’accompagner.

On peut rajouter à liste des mesures d’économie d’énergie qui créerait des emplois dans le secteur du bâtiment. Par exemple, mettre en conformité énergétique les bâtiments existants (avec le même niveau d’exigence que la Réglementation Thermique 2000) lors de travaux de rénovation lourde ou de vente des bâtiments et en assurer le financement par un fonds dédié. A elle seule, cette mesure permettrait une économie de plus de 40 M Tep/an et la création de 300.000 emplois permanents.

source Association négaWatt : http://www.negawatt.org/H3%20agir/23propositions.htm


à alain guillou, les communistes grecs n'enfument pas avec la « construction européenne ».

Voir L’Humanité du 5 mai 2010 PAGE TRIBUNES ET IDÉES

ELISEOS VAGENAS, MEMBRE DU COMITÉ CENTRAL ET RESPONSABLE DE LA SECTION DES AFFAIRES INTERNATIONALES DU PARTI COMMUNISTE GREC (KKE)

Notre parti croit que Lénine avait raison quand il écrivait, en 1915, dans son article sur « Le mot d’ordre des États-Unis de l’Europe », qu’une telle union serait soit impossible à réaliser, soit réactionnaire. En effet, la Communauté économique européenne (CEE) et ensuite l’Union européenne (UE), avec le traité de Maastricht (pour lequel ont voté pour tous les partis en Grèce sauf le KKE), ont prouvé qu’elles étaient des unions du capital, qui avaient et qui ont toujours pour but d’attaquer les droits des travailleurs et de préserver les profits des capitalistes. Un de leurs outils est la Banque centrale européenne. Nous ne sommes pas censés cultiver l’illusion chez les travailleurs que la nature impérialiste de l’UE peut changer. Encore moins que nous puissions mettre « les gens avant les profits ». En réalité, ce qui compte, c’est de créer un système où il n’existera pas de profits capitalistes.

C’est pour cela que notre parti insiste pour la sortie de notre pays de l’Otan et de l’UE et appelle à la constitution en Grèce d’un front de lutte pour le pouvoir populaire, l’économie populaire, le socialisme.

De nature suspicieuse vis à vis de nos chers dirigeants j’aimerais comprendre pourquoi il semble que toutes leurs actions actuelles semblent avoir pour conséquence de précipiter l’explosion de la zone euro ?
D’après ce que nous avions établit sur ce forum, le système monétaire européen est au centre de leur pouvoir, alors pourquoi sont-ils en train de le détruire maintenant c’est illogique ? Vous semblez vous en réjouir de cette probable fin de l’euro, moi j’suis désolé je trouve que ya un truc qui colle pas.
Si c’était aussi important pour eux ils feraient tout pour le défendre et le conserver mais ils ont fait le choix de défendre les spéculateurs qui au contraire le menacent ?

@Gilles: désolé, je lisais le figaro…(au demeurant escellentissime journal de droite, auquel je suis aussi abonné).

@ sandy: les contradiction « impérialistes » font que les apprentis-sorciers sont manoeuvrés par des pouvoirs « parallèles » bien plus sournois qu’eux, encore: le système a sa propre « intelligence artificielle », les hommes politiques se croyant « au pouvoir » sont des jouets entre les mains de « la main invisible » (il doit y en avoir deux!). cette « intelligence artificielle » (car « inhumaine ») fonctionne comme jamais le cerveau d’un humain ne saurait le faire, ses critères sont ceux que marx a commencé à décrire dans « Le capital », et même pour qui ne croit ni en dieu ni en diable, « la pieuvre est fort increvable »: ce sont les dépenses militaires de la Grèce qui la plombent, et ce sont les investissements militaires qui déterminent l’orientation de « la bête » qui spécule sur le désordre « humain »!

De nature suspicieuse vis à vis de nos chers dirigeants j'aimerais comprendre pourquoi il semble que toutes leurs actions actuelles semblent avoir pour conséquence de précipiter l'explosion de la zone euro ? D'après ce que nous avions établit sur ce forum, le système monétaire européen est au centre de leur pouvoir, alors pourquoi sont-ils en train de le détruire maintenant c'est illogique ? Vous semblez vous en réjouir de cette probable fin de l'euro, moi j'suis désolé je trouve que ya un truc qui colle pas.
Belle clairvoyance, [b]Sandy[/b]. Il se trouve que j'avais répondu à cette question il y a 2 an, dans mon [url=http://etienne.chouard.free.fr/forum/viewtopic.php?pid=6302#p6302]Message n°6302[/url] :
[b]LA FIN PROGRAMMÉE DE L'UNION EUROPÉENNE[/b] Et comment vont-ils vouloir mettre fin à l'UE: en le faisant éclater, pardi ! Et l'outil de prédilection pour cela sera l'€uro
Mon analyse est que l'UE n'a pas confirmé les espoirs que les puissants y avaient mis (voir le refus des eurodéputés sur l'accordd SWIFT par exemple, ou leur refus des brevets logiciels, ou le refus de la BCE à inonder les marchés financiers avec de l'argent facile) donc ils veulent la torpiller.

De nature suspicieuse aussi, je me demande, après tout le tinitimarre qu’ils ont fait pour imposer le TCE/traité de Lisbonne, pourquoi ils ont placé 2 nullards (von Rompuy et la mocheté anglaise) aux 2 postes si importants ? Encore une fois, la seule explication que je vois c’est qu’entre-temps, avec l’effondrement financier de l’automne 2008, ils se sont rendus compte qu’en fait, ils n’avaient pas envie d’une UE forte, mais la plus faible possible.

« Avec l’euro, Trichet a construit un tunnel dont il a bouché l’entrée »

par Philippe Villin, banquier d’affaires et ancien directeur du Figaro.

La situation actuelle n’est pas une surprise parce que l’euro souffre d’un vice fondamental : on a créé une monnaie unique avant une unité politique qui me paraît définitivement compromise par l’élargissement décidé postérieurement.

Comme je l’ai écrit à de nombreuses reprises (dans le Figaro que je dirigeais à l’époque,) j’y étais personnellement opposé. On a mis la charrue avant les bœufs. "


… la suite sur [TRIBUNE] "Avec l'euro, Trichet a construit un tunnel dont il a bouché l’entrée"

Bonjour Zolko, AJH, Sandy, je l’expliquerai par le fait qu’ils veulent un peu la quadrature du cercle, c’est à dire une construction européenne ( pas l’Europe, la partie de continent, on l’a déjà, c’est une notion géographique et non politique ) forte pour imposer un diktat d’austérité, de concurrence sur les gens les plus pauvres, les salariés ( voir le mémorandum rédigé conjointement par le FMI et l’UE sur les conditions de l’aide à la Grèce) et à la fois une une construction européenne faible qui ne puisse pas ouvrir de droits concrets aux gens ( souvenez vous la fameuse et très généreuse charte des droits fondamentaux du TCE qui avait l’air d’accorder des droits majeurs aux habitants de l’UE et qui en fait était annulée par un alinéa quelques pages plus loin).

Hier en Grèce manifestation contre la ploutocratie ( ПЛОҮТОКРАТІА ):

Les trois plaies de l’euro, par Laurent Pinsolle

(article du 9 mars 2010 sur http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2010/03/09/les-trois-plaies-de-l-euro.html )

Les trois plaies de l’euro

Un ami m’a récemment interpelé au sujet de l’euro. Pour lui, la crise démontrerait la pertinence de la monnaie unique européenne. Ce n’est absolument pas mon opinion et cela me donne l’occasion de faire un bilan de cette expérience monétaire bien hasardeuse.

Le mythe de la protection

Pour être honnête, il faut bien reconnaître que la monnaie unique a eu quelques effets bénéfiques. Tout d’abord, elle facilite les échanges (frontaliers, touristiques, commerciaux) au sein de la zone, même si elle n’a pas fondamentalement accéléré un mouvement qui lui préexistait largement. Ensuite, dans un premier temps, la convergence des taux longs a permis aux pays qui souffraient d’une forte prime de risque de réduire considérablement le coût de leur dette.

Mais cette convergence s’est interrompue en 2008 et nous sommes revenus à la situation d’avant l’euro. Et contrairement à un mythe persistant, l’euro ne nous a pas protégés pendant cette crise, bien au contraire. Il faut être bien naïf pour gober ce poncif euro-béat. En effet, la crise a été plus forte de ce côté-ci de l’Atlantique, ce qui devrait largement suffire pour démontrer que la monnaie unique n’a absolument pas amorti la crise (sinon, la récession aurait été moins forte en Europe).

La plaie de la surévaluation

En fait, et c’est malheureusement ce que je soutiens depuis toujours, l’euro est un boulet accroché aux économies européennes, qui pénalise la croissance économique des pays membres. La raison est assez simple : hormis à sa naissance et pendant quelques temps, l’euro est une monnaie structurellement surévaluée. Les économistes estiment son cours à 1,05-1,1 dollar à parité de pouvoir d’achat, soit une surévaluation de 25% aujourd’hui (qui a atteint 50% mi-2008).

Cette surévaluation a une raison simple : la politique monétaire exagérément restrictive de la BCE par rapport à la Fed, qui pousse l’euro à la hausse. En juin 2008, Jean-Claude Trichet avait trouvé le moyen de monter les taux alors que les Etats-Unis les avaient déjà baissés de 3 points ! Cette surévaluation est une calamité pour l’Union Européenne : elle provoque des délocalisations massives en dehors de la zone euro, et un déficit commercial croissant malgré une demande intérieure atone.

La plaie de la désinflation compétitive

Il faut dire qu’outre le niveau trop élevé de l’euro, les pays de la zone souffrent de la politique de désinflation compétitive, conséquence logique de l’unification monétaire. En effet, dans un système de parité complètement fixe, chaque point de hausse de salaire de moins que le voisin est un point de compétitivité coût de mieux qui permet de gagner la bataille commerciale. C’est ce que l’Allemagne a compris depuis le milieu des années 1990 et applique avec toute sa rigueur.

Ce blocage des salaires a permis à notre voisin d’outre-Rhin de grandement gagner en compétitivité et d’accumuler des excédents commerciaux grandissants vis-à-vis de l’ensemble de ses « partenaires » monétaires. Le problème est que cette politique a un effet dépressif important (la croissance Allemande a été la plus faible de la zone dans les années 2000 après l’Italie), ce qui, de la part de sa première puissance économique, se transmet à l’ensemble de la zone.

Pire, ce comportement bien peu collectif a toutes les chances de pousser les autres pays à adopter la même politique de rigueur salariale absolue pour ne pas perdre en compétitivité. Mais déjà que cette politique avait un impact extrêmement négatif quand elle était uniquement poursuivie par l’Allemagne, elle pourrait se révéler désastreuse si davantage de pays y cédaient, car cela réduirait encore le potentiel de croissance d’une zone qui n’a déjà pas brillé dans ce domaine depuis 10 ans…

La plaie de la bulle et de la rigueur

Mais ce n’est pas tout. L’autre problème majeur de l’euro est d’imposer une même politique monétaire à un ensemble de pays aux réalités trop disparates. Autant les taux sont généralement trop élevés pour des pays comme la France et l’Allemagne, autant ils ont longtemps été trop faibles pour des pays à croissance et inflation plus fortes. 4% était beaucoup trop peu pour une Irlande dont la croissance nominale du PIB flirtait avec les 8% ou même pour l’Espagne ou la Grèce.

Loin de freiner une croissance un peu excessive, la politique monétaire a nourri cette croissance, accentuant les disparités au lieu de les réduire. Mais le retour à la réalité a été brutal. Cette croissance exubérante, provoquée par l’euro, a entraîné des bulles et une inflation trop importante qui ne peuvent être soldées aujourd’hui que par des programmes de rigueur absolument impitoyables, alors que la responsabilité même de la bulle vient d’une politique monétaire inadaptée !

Une Zone Monétaire Non Optimale

En fait, les défauts de l’euro sont insurmontables car la zone euro n’est absolument pas une Zone Monétaire Optimale, comme le définissent les économistes, à savoir une zone géographique apte à partager une même monnaie. Aucun des trois critères nécessaires n’est rempli, à savoir la convergence macro-économique, la mobilité des travailleurs et l’existence d’un budget central. L’euro n’était qu’une aventure politique destinée à contraindre les Etats à construire l’Europe sur un modèle fédéral.

Même une avancée fédéraliste (totalement impossible quand on constate l’état de l’opinion Allemande qui propose aujourd’hui à la Grèce de vendre certaines de ses îles) ne serait pas une solution car les deux premiers critères ne seraient toujours pas vérifiés, ce qui laisserait trop de mécanismes pervers en œuvre, notamment la prime à une désinflation compétitive maladive. Mais surtout, l’Europe n’est absolument pas un espace adapté à une construction de type fédéral.

L’alternative de la monnaie commune

Mais alors, que fait-on après la monnaie unique ? Il y a une solution qui permettrait de conserver l’euro tout en en corrigeant les faiblesses, à savoir en faire la monnaie commune de l’Union Européenne et réintroduire des monnaies nationales qui permettront à chacun de mener des politiques adaptées aux différentes réalités nationales. Par exemple, un tel mécanisme aurait permis aux Banques Centrales Espagnole et Irlandaise de monter leurs taux pour éviter la formation d’une bulle immobilière.

En outre, une telle construction (basée sur un Système Monétaire Européen permettant des dévaluations et des réévaluations) rendrait caduque les politiques excessives de désinflation compétitive, ce qui pousserait l’Allemagne à adopter une politique plus tournée vers la croissance que vers le contrôle des salaires. Mieux, un tel euro, qui deviendrait une monnaie d’échange, pourrait déborder du cadre de l’Union Européenne pour devenir un véritable rival du dollar, ce qu’il n’a pas fait aujourd’hui.

Aujourd’hui, les maigres avantages qui subsistent de l’euro apparaissent dérisoires par rapport aux plaies qu’il provoque. Finalement, ce seront peut-être les marchés qui viendront à bout de la monnaie unique, même si les pesanteurs politiques imposeront sans doute un délai important…

Les [b]trois[/b] plaies de l’euro, par Laurent Pinsolle
Sauf vôt respect, je pense que l'€uro n'a qu'[b]un[/b] défaut: c'est d'être la monnaie Européenne [b]unique[/b]. Si l'€uro était une monnaie [b]commune[/b], la plupart de ses problèmes disparaîtraient. Les arguments d'une zone monétaire optimale, c'est du BS (en english). Le problème est bien plus simple que ça, mais les technocrates qui se sont ratés ne veulent pas avouer leur erreur.
[bgcolor=#FFFF99][b]CRISE, LA CROISÉE DES CHEMINS[/b][/bgcolor]

Vendredi 7 mai 2010, par Frédéric Lordon

TABLE DES MATIÈRES
• Remettre la situation au clair
• Lisbonne RIP
• De la crise bancaire à la crise de finances publiques… et retour !
• L’occasion d’une autre monnaie unique : la monnaie commune
• De la planche à billets aux assignats
• Retour (brutal) de l’économie politique
• L’alternative de l’insurrection et du coup de sang gouvernemental

Il y aurait matière à faire un sort à tous les ahuris qui depuis l’été 2007 ne loupent pas une occasion de se féliciter que « le pire est derrière nous le plus dur est passé la crise est terminée ». On rappellera qu’ils n’en sont jamais qu’à leur troisième tour de piste (automne 2007, printemps 2008, fin 2009) et que, vaillants comme on les connaît, on peut être tout à fait certains, le point chaud grec viendrait-il à relaxer, qu’ils ne nous décevraient pas pour une petite quatrième. Stupéfiante comme elle devient, la situation ne laisse cependant pas trop le loisir de s’appesantir sur ce genre de chose – et puis le compte-rendu de la cécité réjouie est devenu une entreprise sans espoir.

Stupéfiante, la situation l’est sans l’être tout à fait. Car la mutation de la crise de finances privées en crises de finances publiques, et leurs métamorphoses subséquentes en crises monétaires et en crises politiques étaient prévisibles dès la fin 2007. Comme toujours, pourtant, le passage de l’idéel au réel a des effets propres qui ont le don de nous cueillir. Et l’on a beau savoir de longue date que quelque part nous attend une heure de vérité, le jour de sa manifestation n’est pas tout à fait comme les autres.

Pour l’euro, c’est maintenant. Ou plus tard. On dira que c’est bien là une prévision d’économiste (du genre qu’on aime à promener sur rail avec goudron et plumes). Pourtant lorsque l’on aura admis que ladite « science économique » n’est pas capable d’en dire beaucoup plus en les matières présentes, on sera peut-être un peu plus au clair quant à sa scientificité véritable et à ce qu’il est raisonnable d’attendre d’elle – souvent beaucoup moins que ce que prétendent les « économistes ». En l’espèce, elle peut dire – parler d’« elle » est d’ailleurs un abus de langage car « elle » est rien moins qu’unifiée – l’entrée dans le voisinage des points critiques, mais pas le moment précis de leur franchissement ; et il y a des raisons très profondes à cette incapacité (voir infra).

Pour l’heure, le caractère délirant de la situation a au moins le mérite de fouetter les sangs et d’alimenter quelques saines colères. Ce qui n’interdit pas d’essayer d’y adjoindre un peu d’analyse, mais avec l’idée de taper les clous un peu brutalement tout de même.

1 - REMETTRE LA SITUATION AU CLAIR

L’habileté de la finance privée, il est vrai bien servie par le barnum des éditorialistes et de leurs experts toujours bien accrochés, consiste à faire oublier qu’au commencement était non pas le verbe mais le foutoir spéculatif. Il n’y a pas d’intelligence politique possible de la situation présente sans remonter à son fait générateur et redéployer méthodiquement les enchaînements qui s’en sont suivis, ce qui donne à peu près ceci :

[bgcolor=#FFFF99]1. Avant le choc financier déclenché en 2007, il n’y a pas de problèmes de dettes publiques en Europe. Il n’y en a fucking pas ![/bgcolor]

[bgcolor=#FFFF99]2. Tous les ralentissements/récessions des deux dernières décennies ont pour origine des chocs financiers antécédents transmis à l’économie réelle par le canal du crédit [/bgcolor](récession d’après krach immobilier au début des années 1990, récessions dans les pays d’Asie du Sud-Est post crise internationale de 1997-1998) ou par celui de l’effet richesse (krach Internet).

  1. La crise financière dite des « subprime » est d’une ampleur inédite. Elle a frappé directement les banques, elle était par conséquent vouée à produire des effets récessifs de première grandeur.

  2. Laisser se creuser les déficits publics est un impératif conjoncturel dans ce genre de situation récessioniste. Le déficit est d’autant plus grand que la récession est violente, celle-ci l’étant dans les mêmes proportions que le choc financier qui l’a déclenchée. Mais c’est ainsi.

  3. Bien sûr, on peut vouloir déférer aux marchés et tenter de cadenasser le déficit budgétaire – à l’image des cinglés qui proposent de constitutionnaliser une règle d’équilibre budgétaire sans même se rendre compte qu’ils auraient l’air malin en ce moment. [bgcolor=#FFFF99]Il faut simplement savoir que tenter de réduire ou de maintenir le déficit en phase de récession demande des hausses d’impôts et des baisses de dépenses si violentes qu’elles aggravent immanquablement la situation qui leur a donné naissance… laissant au total les finances publiques dans un état plus dégradé qu’au départ ! (car l’approfondissement de la récession fait chuter les recettes fiscales plus vite que ne s’opère l’ajustement budgétaire), Avec juste en prime un taux de chômage à deux chiffres (dont le premier n’est pas nécessairement 1). Splendide résultat.[/bgcolor] Le cas de la Lettonie, généralement jugé admirable par la presse économique, est assez spectaculaire sous ce rapport. Car ça n’est pas faute d’avoir fait saigner la bête en contrepartie des 10 milliards de dollars du FMI et de l’UE. Réduction des salaires de fonctionnaires de 25 % et réduction de leurs effectifs de 20 %… Avec pour remarquable effet que le déficit budgétaire… s’est creusé encore plus ! Il passé à 9 % pour 2009. Mais patience, ça va payer. Pour 2010, il est prévu à… 8,5 %, gain époustouflant qui justifie largement de continuer la potion.

  4. A ma droite ce qu’il faudrait faire pour calmer les marchés, à ma gauche le contraire qui convient pour ne pas trop maltraiter les populations dans l’épisode récessioniste (d’origine financière). L’antagonisme est maintenant constitué : corps sociaux vs. finance. On n’attend plus que de voir comment les pouvoirs politiques vont arbitrer.

  5. Comme toujours ils tenteront de s’en tirer en donnant un peu à chacun. Mais dans quelles proportions ? Et surtout avec quel espoir d’efficacité ? Car dès lors qu’ils passent en mode « foldingue » les marchés sont encore moins capables de moyen terme qu’au naturel. Or le pilotage sans casse d’un ajustement budgétaire est très possible, en premier lieu parce que celui-ci s’effectue pour l’essentiel par le retour de la croissance mais, par conséquent, à la condition de pouvoir tenir l’horizon temporel adéquat – qui est de trois à cinq ans. Et pas de trois semaines. Strictement incapables de voir au delà quand leurs croyances collectives se polarisent à la défiance, les sur-réactions de court terme des marchés ont au surplus les pires propriétés autoréalisatrices possibles : les ventes spéculatives massives des titres publics en font plonger les cours, donc grimper les taux, avec pour effet d’alourdir immédiatement le coût de la dette variable ou renouvelable. La crise grecque est gérable tant que les taux sont de 5 %, elle ne l’est plus quand ils passent à 8 ou 10, ce qui s’est produit en quelques semaines, à situation objective quasi-inchangée et du seul fait de l’emballement spéculatif ! – lequel trouve là une confirmation de son propre bien fondé sans voir qu’il a, par ses effets d’autovalidation, produit entièrement à lui seul la « confirmation » en question…

  6. Le propre de l’entrée en régime de délire de l’opinion financière ne tient pas seulement à la puissance de ces effets d’autoréalisation mais également à la dramatique dégradation des termes de l’arbitrage que s’escriment à rendre les gouvernements entre la finance et leur corps social. Car l’intensification de l’angoisse collective des marchés a pour résultat l’élévation potentiellement indéfinie des mesures capables de venir l’apaiser. Obtenir une satisfaction marginale donnée de la finance oblige à faire subir une désutilité marginale surproportionnelle à la population. Dit autrement, « acheter » un même « degré » de tranquillisation de la finance devient d’un coût économique et social explosivement croissant. À mesure que son jugement se dérègle, le Shylock moderne ne veut plus seulement une livre de chair, mais trois kilos, et puis cinq… et puis quoi encore à la fin, la bête entière ? En situation de crise aigue, les gouvernements qui s’engagent dans cette voie du « compromis » sont certains d’en sortir en lambeaux – façon de parler puisque ce sont les populations qui sont en fait destinées à la charpie.

L’effrayant durcissement en quelques semaines du plan d’« ajustement » grec donne un bon début d’illustration de ce phénomène d’explosion soudaine et délirante des sacrifices à opérer pour espérer calmer la finance. C’est là le piège caractéristique de ce qu’on nomme la « crédibilité », que la théorie économique la plus stupidement ignorante des autres sciences sociales n’a jamais été capable de concevoir autrement que comme une liste d’actions « consignes » objectives à respecter par la politique économique, alors qu’étant fondamentalement une affaire de production de croyance collective (celle des marchés), la crédibilité sollicite des mécanismes sociaux d’une tout autre nature. Dont le dérèglement, toujours possible quand il est affaire d’opinion et de croyance, peut potentiellement emmener dans des extrêmes inimaginables. Ainsi, par exemple, les investisseurs ne guettent-ils plus seulement les dispositions intrinsèques du plan grec mais la façon dont le corps social va les accepter [1], avec l’idée que, pour que le paquet d’ensemble soit « convaincant » il faudrait que le peuple grec manifeste mais en criant « oui-oui » et en faisant bravo – peut-être même, d’ici quelques jours, en disant merci. Inutile de dire que, sous ce rapport, les manifestations présentes – qui ne disent pas « oui-oui » – font un peu désordre…

  1. On comprend peut-être mieux maintenant pourquoi les dynamiques économiques pilotées par la finance sont « diagnosticables » en gros mais imprévisibles en détail : elles sont affaire de croyances collectives et les déplacements de la croyance financière, parfois fulgurants, sont par suite insaisissables. Nul ne dispose des instruments susceptibles d’en cerner la formation et les brutales modifications. Il n’y a pas besoin de jouer les pythonisses pour diagnostiquer que nous sommes entrés en zone critique, et que tout peut s’y produire. Mais littéralement tout, c’est-à-dire aussi bien la propagation foudroyante de la défiance aux autres pays de l’euro, avec une bonne probabilité d’explosion générale au bout du compte, que le retour au calme d’ici une semaine. Qu’on ne se laisse pas abuser cependant par ce qui n’est qu’une apparente (et fausse) symétrie. Car le « problème » qui a donné naissance à ce mouvement incontrôlable de l’opinion financière est, lui, là et bien là, profondément incrusté dans le paysage. Aussi pourra-t-il à tout instant ré-exploser et condamner les ravis de « la crise est finie » à des adieux à la façon des Compagnons de la chanson, c’est-à-dire à un quatrième chapeau à manger et à un cinquième tour de chant.

2 - LISBONNE RIP

Le « problème » en question est double. Ou plutôt il est en toute généralité celui du sur-endettement global, et spécifiquement celui de la façon dont la zone euro est armée, ou plutôt désarmée, pour y faire face. Tous ceux qui s’obstinaient à soutenir le caractère indépassable des traités européens et leur magnifique résistance à la crise quand on leur expliquait qu’ils étaient voués à partir en lambeaux ont l’air fin. Car dans le meilleur des cas le traité, déjà à l’état de guipure, va finir à la poubelle – à tout prendre le lieu où il s’en tirerait avec le moindre déshonneur.

Dès les années 1990, les économistes hétérodoxes expliquaient qu’à l’inverse de l’indigente théorie standard qui n’y voit qu’un commode instrument des échanges, la monnaie est un rapport social, inscrit dans des formes institutionnelles et engageant des forces de nature profondément politique. Ils en déduisaient la non-viabilité de long terme d’une construction monétaire qui n’est pas adossée à une communauté politique constituée comme telle [2] (ce que la présente Europe n’est en aucun cas), par défaut rédhibitoire des mécanismes politiques qui doivent inévitablement être activés pour accommoder une crise violente – événement sur lequel un projet de long terme saurait difficilement faire l’impasse, spécialement dans l’univers d’instabilité chronique de la libéralisation financière. Les ravis européistes commencent à s’en apercevoir, malheureusement un peu tard. Car voilà le fâcheux aléa matérialisé. Les États-Unis n’ont pas eu de difficulté notoire à absorber le défaut de la municipalité de New York dans les années 1970 ou le défaut du comté d’Orange dans les années 1990. Les arguments d’échelle ne changent rien à l’affaire. Si un état entier venait à faire défaut (hypothèse rien moins que fantaisiste d’ailleurs), le gouvernement fédéral viendrait à sa rescousse sans tergiverser bien longtemps. Et en mettant sur la table ce qu’il faut sans délai.

Les médias étant strictement incapables de cette vigilance élémentaire en quoi consistent le travail d’archives et la remise des directeurs attitrés de l’opinion publique face à leurs propos du passé, on rêverait de la machine à remonter le temps qui nous ramènerait en 2005 et nous ferait entendre à nouveau les promesses de prospérité éternelle (et aussi d’impossibilité de toute alternative). À défaut d’un chronoscaphe adéquatement bricolé on se contentera de l’éloquente démonstration présente, offerte par une construction monétaire dépourvue de tout mécanisme politique permettant d’accommoder les tensions économiques et ne disposant plus du moindre degré de liberté – à part celui, bientôt inévitable, d’envoyer valser le traité pour le réécrire de fond en comble. Rigide absolument, l’union économique et monétaire n’a que le choix de rompre ou de voir ses règles bafouées – mais avec quel effet sur l’opinion financière…

C’est évidemment le cas du pacte de stabilité, devenu fictif depuis l’entrée en crise économique de 2008. Ça l’est également des règles d’intervention de la BCE qui, après avoir juré que jamais elle ne détendrait ses standards de collatéraux pour un seul pays, a dû – et heureusement, elle l’a fait ! – consentir à rendre éligibles au refinancement les titres de la dette grecque déclassés en junk. Dans cette affaire, ça n’est pas tant de faire ce qu’elle fait qui est problématique que de s’être d’abord fixé des règles absurdes pour devoir ensuite les violer soi-même à la face de tous – l’histoire de toute la construction économique européenne depuis Maastricht, l’histoire d’une gigantesque malfaçon. C’est bien là d’ailleurs le genre de sottise qui a le don de rendre un peu plus dingues les marchés qui trouvent dans la rupture des règles un motif supplémentaire de sortir de leurs gonds là où, sans règles formelles aussi « dures », des ajustement souples peuvent se produire sans même que les agents de la finance trouvent à les problématiser.

Mais le défaut d’unité politique est évidemment le plus patent quand il faut improviser à chaud des formules de sauvetage, alors même que les États-membres divergent profondément quant aux principes du sauvetage. Il est vrai qu’ayant présupposé que le pacte de stabilité était inviolable, il n’était plus utile d’envisager ne serait-ce que l’hypothèse d’un défaut souverain. Pas de chance, nous y sommes… Et dans le vide procédural où il tombe, l’événement n’offre que des mauvais choix.

3 - DE LA CRISE BANCAIRE À LA CRISE DE FINANCES PUBLIQUES… ET RETOUR !

Soit, on laisse la Grèce faire défaut, après d’ailleurs que, en ce sens impeccablement européen, son premier ministre a juré que cette « ligne rouge » était infranchissable – serment à interpréter comme le signe d’un franchissement à venir. Comme toujours dans la finance, le défaut n’aura probablement pas le bon goût de rester local. Charme de la mondialisation oblige, la dette souveraine grecque est détenue à 70 % par des non-résidents. Un défaut grec est donc très bien parti pour faire tanguer une nouvelle fois le monde bancaire – détenteur de 45 % de l’encours tout de même. Jusqu’au point de renouveler le bel automne 2008 ? Pourquoi pas. Les banques grecques elles-mêmes commencent à fuir de toutes parts du fait du départ en catastrophe de leurs plus gros déposants. Mais surtout, on voit revenir les prodromes du grand jeu qui avait fait fureur à partir de l’été 2007 : « qui a quoi dans ses placards ? » Il ne s’agit plus de CDO dérivés de crédits subprime mais de titres souverains (et pas seulement grecs au fur et à mesure que se répand la défiance). Mais les effets sont les mêmes : les banques commencent à se regarder mutuellement de travers. Comme alors, on mesurera l’intensité de la méfiance interbancaire à l’ouverture du spread de l’OIS (Overnight Index Swap) et du Libor à 3 mois [3] – et tiens ! le voilà qui (re)commence à frémir [4].

C’est en ce point précis que la contagion post-grecque menace de faire très mal. Car ce sont de tout autres encours qui deviendraient « à problème » la spéculation se déplacerait-elle vers les dettes portugaise et surtout espagnole (en attendant irlandaise et anglaise). Des révisions en cascade des notations, avec inévitables dévalorisations brutales à la clé, auraient des effets proprement nucléaires. Quelques petites banques portugaises et espagnoles ont déjà vu leur accès fermé aux marchés de gros du crédit. Et les primes des CDS des principales banques de la zone euro sont en train de remonter gentiment. Il faut redire à quel point cette dynamique potentiellement fatale est insaisissable et imprévisible : car elle n’est pas autre chose que la dynamique de la croyance financière même, qui peut très bien (ou pas) se polariser d’un coup sur l’idée fixe de la contagion et de l’éclatement de l’euro… et faire ainsi advenir la contagion et l’éclatement de l’euro.

Par un effet ironique de rétroactions successives dont la finance a le secret, la crise de finance privée de 2007-2008, tournée en crise de finances publiques en 2009-2010, retournerait à son point de départ, c’est-à-dire au secteur bancaire privé avec des effets de dévastation largement comparables à ceux du premier service. Et obligation d’un nouveau secours public, tournez manège ! Déconfitures privées et défauts souverains sont maintenant tellement intriqués qu’ils en deviennent indémêlables, et les causalités jouent dans tous les sens. Ainsi, par exemple, un scénario assez plausible de déclenchement d’une crise espagnole pourrait très bien venir… d’un naufrage préalable des banques privées. Car celles-ci ne vont pas tarder à encaisser le plein effet du collapsus du secteur de la construction qui, toutes activités latérales agrégées (sous-traitants, agences, etc.), représente pas loin d’un tiers du PIB espagnol – or les mises en chantier se sont effondrées des deux tiers et les permis de construire de 95 % [5] ! Les cajas régionales sont en première ligne, farcies de mauvaises dettes en attente de révélation, et si les choses tournaient mal et que le gouvernement espagnol devait monter un plan de secours pour une part importante du secteur bancaire – coûteux pour les finances publiques [6] –, il n’en faudrait pas beaucoup plus, dans l’état de suspicion d’une opinion financière qui a déjà les nerfs à fleur de peau, pour lancer le grand massacre des titres publics espagnols.

4 - L’OCCASION D’UNE AUTRE MONNAIE UNIQUE : LA MONNAIE COMMUNE

Mais faut-il laisser les Grecs aller au défaut ? Du point de vue des autres Etats européens non, puisque c’est assez vraisemblablement libérer les forces de la contagion qui n’attendent que ça – or, il faut en être bien certain, le sauvetage de la Grèce, monté dans la douleur, ne sera pas reproductible à l’échelle espagnole par exemple. Du point de vue des Grecs seuls, la question mérite d’être étudiée. Si l’on veut répondre oui cependant, il faut répondre complètement, c’est-à-dire en accompagnant le défaut d’une sortie, éventuellement temporaire, de l’euro. [b]Le cas russe de 1998 et le cas argentin de 2001-2002 montrent que [bgcolor=#FFFF99]la combinaison du défaut et d’une vigoureuse dévaluation a d’excellentes propriétés[/bgcolor].

Certes la dévaluation renchérit la dette libellée en devises, mais on s’en moque puisque de toute façon on en suspend les paiements. Les finances publiques s’en trouvent considérablement allégées et n’ont plus à effectuer un ajustement violent n’ayant pas d’autre effet que d’approfondir la récession (par là d’ailleurs ruinant in fine sa propre efficacité budgétaire). La dévaluation donne un coup de fouet aux exportations et relance la croissance. Or ça n’est que par la reprise de la croissance qu’on stabilise les ratios Dette/PIB et qu’on restaure la solvabilité souveraine – on en finit presque par se demander si ça n’est pas la seule formule véritablement efficace pour sortir par le haut de ce genre de situation[/b] autrement vouée à abandonner les intéressés à une décennie, au moins, d’austérité aggravée.

Le problème de la sortie de l’euro… c’est qu’il faut en sortir ! Là où il peut s’opérer aisément dans n’importe quel autre cas, l’ajustement de change est constitutivement interdit par la monnaie unique (sans parler des difficultés logistiques), et y procéder par sortie (puis rentrée – à un niveau révisé) est la croix et la bannière. C’est la malfaçon princeps de la monnaie unique. Plusieurs personnes, dont Jacques Sapir, avaient plaidé à l’époque pour une monnaie commune, seule convertible contre les devises extra-européennes, par rapport à laquelle les monnaies européennes auraient reçu chacune une parité de départ, mais révisable selon, non pas des mécanismes de marché (systématiquement désordonnés et incapables de produire à chaud le moindre ajustement smooth) mais des processus de négociations politiques (à l’unanimité ou à la majorité très qualifiée, avec contreparties à l’autorisation de dévaluation d’un des membres, etc.). Les monnaies nationales auraient fonctionné en gros comme des dénominations de la monnaie commune européenne, mais – et c’est une différence immense – des dénominations aux taux politiquement ajustables. C’est ce mécanisme qui fait cruellement défaut, et si les événements, aujourd’hui ou dans quelques mois, tournent à la décomposition complète du traité de Lisbonne avec obligation de tout refaire à neuf, c’est une telle idée qu’il faudra vigoureusement pousser.

Car il ne faut pas s’y tromper : à supposer que le calme revienne prochainement, il serait tout à fait temporaire. Le plan grec est auto-invalidant ! La brutalité de la récession qu’il va produire condamne le rétablissement budgétaire à être toujours à la traîne de l’effondrement des recettes fiscales et tous les efforts mis à réduire le déficit aboutiront à le creuser davantage (ou à le maintenir très haut) ! C’est pourquoi si elle ne vient pas aujourd’hui, l’heure de vérité sonnera d’ici douze ou dix-huit mois, lorsqu’on s’apercevra de cette dynamique du désespoir et que, la solvabilité grecque apparaissant pour ce qu’elle est, à savoir irrattrapable dans ces conditions, il faudra bien rendre les armes et passer à autre chose.

[bgcolor=#FFFF99]5 - DE LA PLANCHE À BILLETS AUX ASSIGNATS [/bgcolor]

Que peut-il se produire au moment où les gouvernements européens prendront conscience de leur stratégie des Danaïdes et jetteront l’éponge ? À supposer qu’il s’obstine à rester dans l’euro en continuant de payer la dette, alors que le marché des capitaux lui sera fermé pour de bon, et privé d’une banque centrale nationale qui pourrait lui prêter directement, le gouvernement grec pourrait tout à fait en venir aux assignats : il émettra lui-même du papier pour payer ses dépenses en excès sur ses recettes. C’est bien ce que les provinces argentines ont fait au début des années 2000 (patacones)… et ce que fait la Californie depuis 2009 ! L’État de Californie, en effet, paye en partie ses fonctionnaires avec des bons à terme, appelés IOU, portant intérêt et convertibles en cash à des échéances qui dépendent d’ailleurs de l’état de la trésorerie…

À n’en pas douter, comme un signe de grande santé, cette mesure fera très bonne impression sur l’opinion des marchés… Comme, entre temps, la situation du Portugal et de l’Espagne – mais il serait utile également de se souvenir qu’existent des pays-modèles comme l’Irlande, le Royaume-Uni… et les États-Unis dont les situations de finances publiques ne sont pas beaucoup moins pourries que celle de la Grèce – la contagion, à l’inverse de la guerre de Troie, aura bien lieu ! Que peut-il se passer à ce moment là ? Il n’y a pas trente six solutions : seul le prêteur en dernier ressort a la capacité de sauver le système : la banque centrale. C’est bien elle qui est intervenue pour régler le problème des dettes bancaires privées. C’est elle qui devrait intervenir pour régler le problème des dettes publiques consécutif au problème des dettes privées. [bgcolor=#FFFF99]À ceci près que le divin traité l’interdit ![/bgcolor] Sauver la finance privée, c’est autorisé. Sauver les finances publiques, non.

En 2005, grande année constitutionnelle, il ne fallait pas dire tout ça, c’était archaïque et égoïste. On ne sait pas si les ravis européistes d’alors trouvent le spectacle d’aujourd’hui moderne et altruiste, mais il va falloir qu’ils se fassent à l’idée un peu douloureuse que ce qu’ils ont défendu sous la promesse de donner leur sang était défectueux dès le départ, et que tout va partir en morceaux, avec l’éventualité d’être refait mais sur des bases absolument contraires à celles qu’ils avaient déclarées sans alternative. En particulier celle-ci : la BCE doit pouvoir prêter directement aux États.

[bgcolor=#FFFF99]Les Anglo-Saxons, à qui on reconnaîtra la vertu d’avoir le dogme moins encombrant, s’en sont tirés en bafouant leurs principes antérieurs par un simple jeu de renomination : on a ainsi appelé Quantitative Easing (QE en langage abrégé et comme euphémisme de degré deux réservé aux initiés) la vulgaire planche à billets qu’on avait juré définitivement fracassée.[/bgcolor] Tout bien considéré, elle peut encore servir, et même elle ne marche pas si mal ! La Bank of England et la Réserve Fédérale n’ont pas hésité bien longtemps et financent ouvertement leurs Trésors respectifs. En Europe, on prend son temps. En fait le temps de la guerre de tranchée.

6 - RETOUR (BRUTAL) DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE

Car c’est une gigantomachie dogmatique qui s’annonce. Axel Weber, le président de la Bundesbank, a déjà fait savoir qu’il jugeait parfaitement déplacé d’envisager de faire faire à la BCE des choses inhabituelles au seul motif du cas grec. Pour tous les radotages sur l’indispensable couple franco-allemand, il faudra bien se faire à l’idée qu’il y a un problème avec l’Allemagne [7]. Le droit ne prend de consistance que par les forces politiques qui le soutiennent et, ces forces viennent-elles à manquer, les constructions juridiques s’affaissent sur elles-mêmes comme poupées de chiffon. Les Argentins avaient ainsi cru bon d’inscrire dans leur Constitution le dispositif monétaire du currency board comme gage de crédibilité suprême de leur lutte contre l’inflation. Mais le currency board, révélé insoutenable, a conduit droit à la crise monétaire de 2001 et, tout constitutionnel qu’il soit, il a été bazardé d’un trait de plume parce que, par nouveau gouvernement interposé, la souveraineté populaire a décidé que ça suffisait.

Voilà d’ailleurs la redécouverte que vont bientôt faire, ébahis, les gens qui nous gouvernent, qu’on appellerait à peine « hommes politiques », spécialement au niveau européen, tant ils semblent ignorants des forces fondamentales de la politique : il y a des peuples, en dernière analyse la souveraineté en émane, et passé certains seuils de mécontentement ce sont eux qui se chargent de tout envoyer valser. [bgcolor=#FFFF99]Évidemment ça fait des processus un peu désordonnés – de ceux qui font les cauchemars de la finance. Or l’antagonisme par lequel on a ouvert la présente analyse – corps sociaux vs. finance –, en fait permanent mais le plus souvent inaperçu, apparaîtra bientôt à l’os – si ça n’est pas déjà fait.[/bgcolor] Et retour à la question décisive de l’« arbitrage ». La politique est une affaire de puissance et par conséquent de violence.

7 - L’ALTERNATIVE DE L’INSURRECTION ET DU COUP DE SANG GOUVERNEMENTAL

Latente et mise en forme, ou bien ouverte ? C’est la question. À ce propos, la crise semble livrer l’enseignement suivant. [bgcolor=#FFFF99]Au degré d’incrustation des intérêts financiers au sein même de l’appareil d’État [8], il n’est que deux situations, et deux seulement, où des gouvernements qui se sont fait consciencieusement, depuis deux décennies, les serviteurs des intérêts de la finance peuvent se retourner contre elle et entreprendre de l’arraisonner : 1) L’insurrection, qui force la main au gouvernement ; 2) que la finance s’attaque directement aux intérêts vitaux de l’État.[/bgcolor] Les Grecs sont peut-être en train d’explorer la première solution, à ceci près que ça n’est pas à leur niveau que se décident les rétorsions structurelles contre la finance. La deuxième solution a finalement le même modus operandi que la première : elle « force la main », sauf que ce ne sont pas des émeutes qui s’en chargent mais une situation de crise financière si aiguë qu’elle supprime radicalement l’option de l’attentisme et force à bouger – un peu à la manière de ce que les gouvernements durent faire à l’automne 2008.

Or si, par contagion, venait à se généraliser un mouvement de défiance sur les titres souverains de la zone euro, assorti donc de crise monétaire, on peut imaginer que les gouvernements ne resteraient pas les deux pieds dans le même sabot à regarder passivement la monnaie unique voler en éclat : restauration de contrôles drastiques des mouvements de capitaux, réforme flash du statut de la BCE pour lui faire prêter directement aux États, tout serait bon. Asservis à la finance depuis deux décennies, les gouvernements ne se retourneront d’eux-mêmes contre celle-ci que si elle vient à les agresser directement à un point qui leur semble intolérable et les dessille enfin – car tant que ça n’est que le corps social qui déguste, l’inconvénient est jugé négligeable, en tout cas indigne du sacrifice d’un dogme. La ruine de « leur » construction politique européenne peut peut-être constituer ce point.

Entre temps les opinions publiques européennes, grecque mise à part, sont étonnamment calmes – peut-être parce que « ça » n’a pas encore mordu assez profond. Mais « ça » ne va pas tarder à faire mal. Le passage de la douleur à la révolte n’a rien d’automatique, mais rien non plus d’impossible. On saura sous peu de l’insurrection ou du coup de sang des États eux-mêmes (c’est-à-dire de l’explosion d’une crise de dette souveraine généralisée dans la zone euro) lequel des deux scénarios coupe le fil avant l’autre. Le « peu » de « sous peu » ne se comptant pas forcément en jours, mais éventuellement en trimestres. C’est bien pourquoi les benêts de « la crise est finie » s’y laissent prendre à tous les coups : ils ont oublié qu’entre le krach de 1929 et le pire de la Grande Dépression, il a fallu quatre ans de décomposition… Comme on l’a laissé entendre, si le coup de chaud grec d’aujourd’hui vient à se détendre, ce sera une détente toute temporaire, en attente des douloureux constats d’insolvabilité (produite par des plans absurdes de restauration de la solvabilité). On se donnerait rendez-vous d’ici douze ou dix-huit mois. Mais le problème des dettes souveraines est maintenant bien installé dans le paysage mental des opérateurs de la finance et il n’est pas près d’en sortir. On peut donc aussi leur faire confiance pour hâter les échéances…

C’est donc peut-être, dans ce chaos, une époque qui s’apprête à se refermer. Une époque dont le symptôme aura été le surendettement généralisé. Le paradoxe veut que ce soit un symptôme parfaitement libéral, là où le libéralisme se targue d’être le discours même de la vertu. Car tous les surendettements dérivent de la déréglementation générale. Le surendettement privé est le produit de la compression des revenus entraînée par la flexibilisation du marché du travail, la concurrence et la contrainte actionnariale. Le surendettement bancaire vient des joies de l’effet levier, quand il s’agit de pousser toujours plus haut la rentabilité financière des paris spéculatifs. Le surendettement public est l’expression de l’idéologie de la défiscalisation – et accessoirement des déséquilibres conjoncturels que l’instabilité d’un système de marché libéralisé ne cesse de recréer.

La finance internationale se trouve donc confrontée à la tare par excellence du système dont elle est elle-même l’expression la plus accomplie. On pourrait alors avoir l’envie de boucler la boucle et de fermer le chapitre par une sorte de geste logique : faire éponger le surendettement par la finance elle-même, avant de tirer le rideau. Voilà où les taxes sur les transactions financières trouvent leur meilleure pertinence. Mais pas avec des taux microscopiques à la Tobin qui ne voulait que mettre « un peu de sable dans les rouages ». [bgcolor=#FFFF99]Ce ne sont pas de menus grains de sable qu’il faut balancer dans la machine mais quelques bons pavés fiscaux – en laissant toujours ouverte la possibilité d’apprécier si des pavés tout court… [/bgcolor]Tout le monde a idée de l’énormité du volume des transactions et de ce que leur taxation peut rapporter comme recettes phénoménales. Gageons qu’il y a là largement de quoi rembourser les dettes publiques ; aider au financement des retraites, etc. Les amis de la banque vont hurler qu’on prend leur chère finance pour une vache à lait, qu’on veut la traire, peut-être même la tuer. Et ils n’auront pas tort.


NOTES

[1] Une analyse de ce genre avait déjà été conduite à propos de la désinflation compétitive des années 1990. Voir Frédéric Lordon, Les quadratures de la politique économique, Albin Michel, 1997.

[2] Voir par exemple André Orléan, « La monnaie autoréférentielle. Réflexions sur les évolutions monétaires contemporaines », in Michel Aglietta et André Orléan (dir.) La monnaie souveraine, Odile Jacob, 1998.

[3] Le LIBOR (London Interbank Offered Rate) est le taux du marché interbancaire. L’OIS, swap de taux pour une échéance de un jour, est considéré comme le taux du crédit interbancaire « sans risque ».

[4] Il est passé de 6 points de base le 15 mars à 13,4 points de base le 6 mai. C’est encore ridicule à côté des 360 points de base d’octobre 2008, mais on a du temps devant nous, et dans la finance les choses peuvent aller assez vite…

[5] Patrick Artus, « Crise de liquidité ou crise de solvabilité dans la zone euro : une distinction, très importante », Flash Natixis, n° 185, 22 avril 2010.

[6] Pour soutenir les cajas chancelantes, le gouvernement espagnol a constitué en 2009 un fonds de secours abondé à hauteur de 99 milliards d’euros, pour l’heure peu tiré. Pour l’heure le gouvernement compte beaucoup sur les restructurations bancaires « spontanées » pour régler le problème et faire reprendre les mauvaises banques par les bonnes…

[7] Voir sur ce blog, « Ce n’est pas la Grèce qu’il faut exclure, c’est l’Allemagne ! »].]. Elle a reçu de l’histoire un legs traumatique qui lui interdit d’envisager certaines solutions de politique économique même quand elles sont rationnelles – comme l’est le QE dans une situation de surendettement généralisé. C’est le genre d’incapacité tolérable quand tout va bien, mais qui devient légèrement encombrante quand la crise remet à nu des intérêts vitaux. Et voilà où la contradiction européenne devient intordable : on ne violentera pas l’Allemagne sur ces sujets-là – rapportée à son histoire, ses idées fixes sont entièrement légitimes, c’est juste qu’elles ne sont pas compatibles avec une communauté de politique économique dont les autres membres ne les partagent pas ; quand bien même on l’entreprendrait, la Cour constitutionnelle de Karlsruhe, qui n’a validé le traité de Lisbonne que sous de nombreuses réserves, ne laisserait sans doute pas faire certaines choses (avec le grand renfort de la Bundesbank).

Du côté allemand, l’impasse est donc aussi juridique. On pourrait objecter qu’elle est de même nature pour les autres États membres puisque tout de même il y a des traités… Mais il ne faut pas céder à ce qu’André Orléan a nommé l’illusion légaliste[[André Orléan, « Les croyances monétaires et le pouvoir des banques centrales », in Jean-Philippe Touffut (dir.), Les banques centrales sont-elle légitimes ?, Albin Michel, 2008.

[8] Sur l’incapacité des gouvernements en deux ans à produire la moindre re-régulation sérieuse, voir sur ce blog « La régulation financière : entre contresens et mauvais vouloir »

(Source : Frédéric Lordon, Crise, la croisée des chemins, par Frédéric Lordon (Les blogs du Diplo, 7 mai 2010))


Si Frédéric n’existait pas, il faudrait l’inventer :slight_smile:

Étienne.

Si Frédéric n'existait pas, il faudrait l'inventer :)

Étienne.


Je n’ai pas encore lu son article, mais je suis également content de voir que la pensée de Frédéric sait évoluer et qu’il propose maintenant la monétisation directe par la BCE au sujet duquel, de mémoire, il n’était pas très fana.
Il rejoint l’idée initiale de Sapir, repris pas NDA de la monnaie commune …

Et pendant ce temps là nos dirigeants veulent mettre la France et l’Europe à genoux en faisant encore plus de « rigueur » et de récession (pour satisfaire les marchés disent ils)… désespérant!

[bgcolor=#FFFF99]Il suffirait d’une simple décision : monétisation des dettes publiques par la BCE au simple taux de refinancement des banques… et que pourraient faire les « marchés » ? … rien ![/bgcolor]

Il suffirait d'une simple décision: monétisation des dettes publiques par la BCE au simple taux de refinancement des banques... et que pourraient faire les "marchés" ? ... rien!
Yaka... bien sur, mais à partir de la, on continue comment? Être apôtre de la "solution" plus populiste du moment à court terme peut avoir un certain intérêt... politique, mais est-ce que cela nous rapprochera d'une solution globale équitable?

On peut se voir obligé de jeter la maison par la fenêtre (ya un problème de récursivité, la) parce-que la compétence se finance comme cela à court terme… faut avoir du culot pour vendre cela comme la solution miracle qu’on était trop idiots pour trouver.