07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

@Zolko
http://www.banque-france.fr/fr/poli_mone/regle_poli/oeuvre/page1c.htm

"En application de l’article 19.1 des statuts du SEBC, les établissements de crédit établis en France sont assujettis à la constitution de réserves obligatoires sur des comptes ouverts sur les livres de la Banque de France. "
MMM " Currency held in bank vaults may be counted as legal reserves as well" : tout à fait d'accord "[b]may [/b]be counted"

WP : d’accord : " une fraction de leur dépôts … mais ils auraient du être plus précis : " une fraction du montant des dépôts de leurs clients"

Pour les intérêts.
Je ne connais pas la religion musulmane, je connais seulement les banques musulmanes … qui se fichent semble t-il de la religion… d’accord …
Mais bien évidemment les banques ne feraient pas de création monétaire si elles ne pouvaient prendre un intérêt dessus … mais ce n’est pas le cas, donc elles font de la création monétaire.
Les justifications des différentes formes d’intérêt (intéret sur la création monétaire ou intérêt sur l’épargne préalable) sont multiples … Lordon les justifie pour la création monétaire aussi dans Pour un système socialisé du crédit, par Frédéric Lordon (Les blogs du Diplo, 5 janvier 2009)

" L’intérêt coût du crédit… et régulateur de l’émission monétaire

L’erreur, cependant, des « critiques de l’intérêt » consiste à ne le regarder que comme un simple prix, dont la légitimité reposerait en dernière analyse sur la réalité des coûts effectivement consentis par les offreurs de crédit. C’est oublier que, via les taux directeurs de la banque centrale, l’intérêt est aussi, et en fait surtout, non pas le seul terme de l’échange entre un offreur et un demandeur privés, mais l’instrument général du contrôle de l’offre et de la demande de monnaie. Il faudrait d’ailleurs dire les choses dans un registre moins « technique » et plus anthropologique : l’intérêt est l’instrument de la contention externe de l’insatiable désir d’argent. Quand bien même par un miracle institutionnel et technologique, les banques seraient en mesure de fournir du crédit à prix rigoureusement nul, il faudrait conserver la possibilité – artificielle – de le facturer aux clients à titre onéreux et pour la raison suivante : la simple contrainte de remboursement du principal peut ne pas suffire à réguler d’elle-même la demande de moyens de paiements « excédentaires » – « excédentaires » par rapport à quoi ? par rapport à ceux qui sont fournis par le revenu courant, car tel est bien l’effet, et même la finalité du crédit : détendre momentanément la contrainte budgétaire des agents et leur permettre de dépenser plus qu’ils ne gagnent. C’est bien parce qu’il permet ainsi de « franchir les limites » que le crédit est un objet de désir explosif. Ne pas se donner les moyens de le contrôler, c’est s’exposer en quelque sorte à « l’excès des moyens de paiement excédentaires » : excès macroéconomique de la demande ainsi solvabilisée par rapport aux capacités de production, ou excès microéconomiques, éventuellement généralisés, d’emprunteurs surchargés de dette et dont la solvabilité est vulnérable à un retournement conjoncturel. C’est pourquoi la politique monétaire doit impérativement conserver les instruments lui permettant le cas échéant de décourager des demandes de crédit qui ne le seraient pas suffisamment du seul fait de la contrainte de remboursement du principal ; et ceci ne peut être fait qu’en y ajoutant, fût-ce artificiellement, la surcharge réglable de l’intérêt. Ne voir l’intérêt qu’au prisme du « juste (ou de l’injuste) prix », c’est donc passer à côté de l’essentiel en matière monétaire, et notamment ignorer combien la monnaie n’est pas une marchandise comme les autres [8], dont le prix n’aurait qu’à refléter la réalité des structures de coûts. Et c’est méconnaître la nature profonde de la monnaie qui est d’être un concentré de désir – et partant de violence."


Pour ma part je défends:

  • le refus de l’intérêt sur la création monétaire privée,
  • l’acceptation de l’intérêt qui revient à la collectivité dans le cas d’une création monétaire publique (intérêt variable suivant les projets et dans le but de régulation)
  • l’acceptation de l’intérêt sur l’épargne préalable (cest un contrat privé entre prêteur et emprunteur)
[b]Pour les intérêts.[/b] Je ne connais pas la religion musulmane, je connais seulement les banques musulmanes ... qui se fichent semble t-il de la religion... d'accord ... Mais bien évidemment les banques ne feraient pas de création monétaire si elles ne pouvaient prendre un intérêt dessus ... mais ce n'est pas le cas, donc elles font de la création monétaire. Les justifications des différentes formes d'intérêt (intéret sur la création monétaire ou intérêt sur l'épargne préalable) sont multiples ... Lordon les justifie pour la création monétaire aussi dans [url=http://blog.mondediplo.net/2009-01-05-Pour-un-systeme-socialise-du-credit]L’intérêt coût du crédit… et régulateur de l’émission monétaire[/url]:

« L’erreur, cependant, des « critiques de l’intérêt » consiste à ne le regarder que comme un simple prix, dont la légitimité reposerait en dernière analyse sur la réalité des coûts effectivement consentis par les offreurs de crédit.(…) l’intérêt est l’instrument de la contention externe de l’insatiable désir d’argent. (…) Ne voir l’intérêt qu’au prisme du « juste (ou de l’injuste) prix », c’est donc passer à côté de l’essentiel en matière monétaire, et notamment ignorer combien la monnaie n’est pas une marchandise comme les autres [8], dont le prix n’aurait qu’à refléter la réalité des structures de coûts. Et c’est méconnaître la nature profonde de la monnaie qui est d’être un concentré de désir – et partant de violence. »


Hum, beaucoup de choses. Je ne suis pas un fan de Frédéric Lordon, mais bon. Passons déjà sur les effets de manche (juste-désir-violence).

Il dit un truc de juste (seulement 1 de mon point de vue): il faut un moyen de limiter la création monétaire. Selon lui, l’intérêt sur la monnaie créé est le seul moyen, eh bien, pas selon moi. Le premier problème, même avec des intérêts perçus par l’État, est le problème que la monnaie correspondante à l’intérêt n’est pas créé avec le principal, et amène donc directement à une construction pyramidale (il faut reprendre un autre crédit pour rembourser les intérêts du premier). Mais rien ne dit qu’on soit obligé de créer la monnaie par un système de réserve fractionnaire, et si on s’en passe, plus d’intérêt. Mais même si on garde la création monétaire par réserve fractionnaire, on peut quand-même limiter la création monétaire, et ceci sans interets:

  1. si on met la fraction de réserve élevée (>50% voire 90%), on ne pourra de toutes façons pas créer beaucoup de monnaie, et la quantité de monnaie créée sera presque directement fixée par la quantité de monnaie créée publiquement. La « réserve fractionnaire » sert alors de buffer si il faut augmenter temporairement la quantité d’argent en circulation, mais l’essentiel sera fait pas les banques centrales.

  2. au lieu d’intérêts perçus par l’État, l’État peut taxer la création monétaire: la taxe, dont le montant serait connu depuis le début du crédit, est crée en même temps que le principal. La taxe va dans la poche de l’État tandis que le principal va dans la poche de l’emprunteur. Bon, ça pose le problème inverse que la monnaie créée pour la taxe n’est pas détruite. Cette partie de la destruction pourrait revenir à la banque centrale. La différence entre « taxe » et « intérêt » est que la taxe est à payer à la réception du crédit, pas « plus tard ». Cela limitera grandement les crédits de confort, car contrairement à l’intérêt où l’on reçoit le fruit tout de suite et on paye la douloureuse plus tard, on paye la taxe en même temps qu’on reçoit le fruit du crédit. Payer la totalité de la taxe dés le début aurait pour conséquence directe de savoir ce que coute le crédit au final, et aurait un effet psychologique limitant très fort, même avec des taux faibles.

  3. cette taxe ressemblerait fort à une taxe Tobin, et en fait pourrait en faire partie, puisqu’il s’agit d’une transaction financière. La taxe Tobin est une taxe qu’on paye à l’achat, et donc on pourrait très bien imaginer qu’elle s’applique aux crédits.

[b]Pour ma part je défends:[/b]
  • le refus de l’intérêt sur la création monétaire privée,
  • l’acceptation de l’intérêt qui revient à la collectivité dans le cas d’une création monétaire publique (intérêt variable suivant les projets et dans le but de régulation)
  • l’acceptation de l’intérêt sur l’épargne préalable (cest un contrat privé entre prêteur et emprunteur)

Selon moi, n’importe quelle forme d’intérêt sur de l’argent créé temporairement est mathématiquement impossible (à long terme).

Du coup, je défends:

  • le refus de l’intérêt sur la création monétaire, privée ou public
  • une taxe publique à payer lors de toute transaction financière, y compris à la contraction d’un crédit
  • l’acceptation de l’intérêt sur l’épargne préalable (c’est un contrat privé entre prêteur et emprunteur)

J’ai un sacré problème avec le raisonnement tenu par Frédéric Lordon.

Il nous explique que le crédit consiste à détendre momentanément la contrainte budgétaire des agents et leur permettre de dépenser plus qu’ils ne gagnent.

Je trouve cela faux.

Il oublie de prendre en compte l’épargne. Le crédit ne permet pas de dépenser plus qu’on ne gagne, mais plus précisément plus que ce que l’on possède à un moment précis, ce qui est quand même différent. [bgcolor=#FFFF99]Car quoi qu’il arrive, ce que l’on gagne reste une contrainte constante qu’il n’est pas possible de détendre, vu qu’il faudra ensuite le rembourser ce crédit. Finalement, il reste donc bien une contrainte qui fait que ce n’est pas si explosif que cela.[/bgcolor]

Il dit ensuite : « C’est bien parce qu’il permet ainsi de « franchir les limites » que le crédit est un objet de désir explosif. ( … ) C’est pourquoi la politique monétaire doit impérativement conserver les instruments lui permettant le cas échéant de décourager des demandes de crédit qui ne le seraient pas suffisamment du seul fait de la contrainte de remboursement du principal. »

Malheureusement, ces outils n’ont ils pas prouvé leur innefficacité ?

@Zolko

Bonsoir

Sur le 1 ; Je suis tout à fait d’accord, mais quitte à faire des RO à 90% autant interdire aux banques de faire crédit et, comme le propose Allais, de laisser à la banque Centrale TOUTE l’émission monétaire et considérer que toute création monétaire privée n’est que « faux monnayage »: ca sera beaucoup plus simple et les banques ne joueront plus que des rôles d’intermédiaires (voir : http://monnaie.wikispaces.com/Proposition+M.+Allais )

Sur le 2 : Pourquoi pas … mais un « intérêt », si la création monétaire est « centrale », correspond à une taxe. La question est de savoir si la taxe doit être payée à la réception des fonds, en cours, ou au moment de solder l’emprunt. Pour moi, je considère ce débat comme un débat de détail qu’il faudra poser lorsque la décision de transférer à la BC toute la création monétaire sera prise

Sur le 1 ; Je suis tout à fait d'accord, mais quitte à faire des RO à 90% autant interdire aux banques de faire crédit et, comme le propose Allais, de laisser à la banque Centrale TOUTE l'émission monétaire et considérer que toute création monétaire privée n'est que "faux monnayage": ca sera beaucoup plus simple et les banques ne joueront plus que des rôles d'intermédiaires (voir : http://monnaie.wikispaces.com/Proposition+M.+Allais )
Ayant l'expérience (un peu) du système soviétique où tout était sous contrôle de l'État, je ne suis pas nécessairement partisan d'une monnaie contrôlée à 100% par un État tout-puissant. D'autant moins qu'une bonne partie des échanges de monnaie se font entre partenaires privés et là, l'État n'a pas à mettre son regard. Je suis plus partisan d'une réserve à 50%, ce qui fait que la moitié de la monnaie serait créée par la puissance publique, l'autre moitié par les acteurs privés. [i]pouvoirs-et-contre-pouvoirs[/i] !

Et donc il faut trouver un moyen pour freiner les ardeurs de crédits extravagants. Cela s’appliquerait aux acteurs privés, mais doit aussi s’appliquer d’une certaine façon aux acteurs publics pour que l’argent facile ne cache pas une gestion dispendieuse (voir le gouvernement français actuel)

contrôlée à 100% par un État tout-puissant
Pourquoi rajoutes-tu tout-puissant. Tu penses que le totalitarisme Stalinien dépendait uniquement d'un contrôle sur la monnaie ?

Je ne crois pas.
Totalitariste veut-justement dire un contrôle sur TOUT et c’est ce contrôle sur TOUT qui fait la particularité liberticide d’un tel régime, ce n’est pas juste le contrôle à 100% de qqchose de spécifique. Il y a des secteurs qui doivent être 100% publiques parce qu’ils doivent fonctionner selon une logique différente de celle du profit ou alors parcequ’ils relèvent tout simplement d’un intéret général.

Le contrôle de la création de monnaie en fait partie. Soit la création monétaire est 100% publique de manière à l’utiliser dans l’intérêt général, soit on la privatise et mêm si ce n’est que partiellement, dans ce cas au lieu de servir à l’intérêt général, elle sert à la spéculation …

[bgcolor=#FFFF99]Le totalitarisme Stalinien n’est pas la seule dictature néfaste qui puisse exister. La dictature de la finance est aussi qqchose de néfaste.[/bgcolor]

Tu dis que l’état n’a pas à mettre son regard dans les échanges privés, as-tu conscience que dans ce cas cela autorise le secret bancaire et ainsi l’évasion fiscale, le blanchiment d’argent, l"escroquerie financière et le financement du crime organisé ?

Tu dis que l'état n'a pas à mettre son regard dans les échanges privés, as-tu conscience que dans ce cas cela autorise le secret bancaire et ainsi l'évasion fiscale, le blanchiment d'argent, l"escroquerie financière et le financement du crime organisé ?
Le secret bancaire et l'évasion fiscale, c'est pas à la monnaie de traiter ce problème. Et je n'ai aucune envie que l'État puisse mettre son nez dans mes comptes bancaires. Pour les autres choses, une taxe Tobin - qui par définition contrôle toutes les entrées et toutes les sorties d'argent en les taxant au passage - s'en occupera parfaitement. Et supprimera en même temps les avantages des paradis fiscaux (la provenance d'argent de paradis fiscaux sera simplement taxé plus fort)

Et bien, pour lutter contre l’évasion fiscale ou tout problème fiscal, il faut que les services des impôts et la justice puissent aller regarder dans tes comptes s’il le faut.

Pour tout ce qui est criminel pareil, il faut que la police et la justice puissent aller regarder dans tes comptes s’il le faut.

[bgcolor=#FFFF99]L’intérêt général l’emporte sur tes « je n’ai pas envie ».[/bgcolor]

Sans cela on n’a aucun moyen de lutter contre la criminalité financiaire ou contre la fraude fiscale ou l’evasion fiscale.

Quand tu parles de la taxe tobin, tu parles d’une taxe mondiale ?

« Faux monnayage »

Je relève avec intérêt ce passage du 8028 d’AJH :

… Quitte à faire des RO à 90% autant interdire aux banques de faire crédit et, comme le propose Allais, de laisser à la banque Centrale TOUTE l’émission monétaire et considérer que toute création monétaire privée n’est que « faux monnayage »: ca sera beaucoup plus simple et les banques ne joueront plus que des rôles d’intermédiaires (voir : http://monnaie.wikispaces.com/Proposition+M.+Allais )

Quel plaisir de se trouver d’accord avec Allais ! JR

Quel plaisir de se trouver d'accord avec Allais ! JR
Je suis content de vous l'entendre dire. J'espère que vous tiendrez compte des ses propositions dans votre projet constitutionnel :)
il faut que les services des impots et la justice puissent aller regarder dans tes comptes s'il le faut. (...) il faut que la police et la justice puissent aller regarder dans tes comptes s'il le faut. L'intérêt général l'emporte sur tes "je n'ai pas envie".
Hou-là-là, tu n'as pas *vraiment* réfléchi à ce que tu as écrit là, n'est-ce pas ? Tu étais bourré, ou t'avais trop mangé, c'est ça ? Tu décris la Stasi et la Gestapo, tu le sais bien, tu connais ton histoire.
Sans cela on n'a aucun moyen de lutter contre la criminalité financiaire ou contre la fraude fiscale ou l'evasion fiscale. Quand tu parles de la taxe tobin, tu parles d'une taxe mondiale ?
On peut appliquer la taxe Tobin à l'intérieur de n'importe quelle entité financière autonome, la Suisse pourrait le faire si elle le voulait. Mais je pense que l'Euroland pourrait être une région qui applique la taxe Tobin, à la fois sur des flux qui [b]entrent[/b] (dans l'Euroland) et sur ceux à l'[b]intérieur[/b]. La taxe serait super basse à l'intérieur de l'Euroland, et un peu plus élevée sur les flux entrants. [b]entrants[/b] ! La taxe Tobin est une taxe payable comptant à l'achat ! En tout cas, c'est comme-ça que je pense que cette taxe est la plus efficace et juste.

Et si le flux entrants vient d’une région reconnue comme étant un paradis fiscal, on lui applique une taxe Tobin de malheur. Les paradis fiscaux continueront de fonctionner mais plus avec les sous de l’Euroland. Ou de la France si elle sort de l’Euroland. Et du coup, les multinationales qui ont leur siège au îles Comores et leurs usines en France et en Chine, perdent de l’argent en France et en Chine et elles payent donc peu d’impôts aux gouvernements qui y financent des infrastructures de qualité, MAIS elles gagnent des sommes colossales sur des iles perdues et qui ne font qu’héberger une boite aux lettres. ZAP. a-pu.

Zolko

Je crois que cette idée (taxe Tobin) serait valable si toute la monnaie était scripturale (électronique), sans aucune autre monnaie manuelle anonyme (les billets de banque)
Malheureusement ce n’est pas le cas

la meilleure solution reste la nationalisation de la monnaie (de l’émission monétaire)

Je cris que cette idée (taxe Tobin) serait valable si toute la monnaie était scripturale (électronique), sans aucune autre monnaie manuelle anonyme (les billets de banque)
Ahhh, je suis content que vous disiez ça, j'ai failli le rajouter après. Ben non, justement, l'existence de l'argent monnaie manuelle anonyme renforce l'argument en faveur d'une taxe Tobin. J'estime - et c'est contestable - que les "pouvoirs publics" ont un droit de regard sur le [i]flux[/i] de monnaie, mais pas le [i]contenu[/i] d'un coffre (un compte en banque est supposé être un coffre en premier, non ?). Et si quelqu'un souhaite avoir en plus l'anonymat dans le flux aussi, il y a les billets de banque (centrale).

Donc, avec une taxe Tobin, des billets de banque et le secret bancaire , les « pouvoirs publics » auraient le droit de regard sur les flux de monnaie scripturale, émise par les banques centrales et les banques privées, en y appliquant une taxe Tobin dessus, mais pas sur les flux de monnaie manuelle, émise par les banques centrales auparavant. Mais pas de droit de regard à l’intérieur des coffres. En gros, il faut choper les tricheurs quand ils sortent de leur trou et tentent un coup, mais pas fouiller tout le monde tout le temps. Comme dans la vraie vie, quoi. Sauf demande de justice, éventuellement, mais d’une justice indépendante du gouvernement alors. Mais pas par le ministère des assédics ou un avocat quelconque.

Cela va augmenter l’usage des billets de banque. Par les riches. Qui pourront se faire détrousser par les pauvres. Pris ainsi, le système actuel permet aux riches d’êtres riches, très très riches pour certains, légalement, et sans crainte d’être détroussé par les pauvres qui ne sauraient utiliser la monnaie scripturale. Mais qui sauraient parfaitement utiliser la monnaie manuelle.

Et avec un ratio de 50% de réserves fractionnaire en prime, les banques centrales peuvent assez facilement contrôler la quantité d’argent en circulation, en créant ou détruisant de sa propre monnaie, ce à quoi que les banques commerciales devront ajuster leur propre quantité d’argent scriptural émis en augmentant ou diminuant les crédits accordés.

Vous pouvez les voir autrement aussi: le flux de monnaie scripturale a besoin d’infrastructures pour exister, et cette infrastructure étant fournie par la société - réseaux informatiques, universités - le flux de monnaie scripturale doit payer une dime de passage en remboursement.

La monnaie manuelle n’ayant besoin d’aucune infrastructure pour passer d’une main à l’autre, pas besoin de taxe.

Les coffres de banques, contenant de la monnaie scripturale ou manuelle, ont besoin d’infrastructures qui peuvent être fournies par des personnes privés et c’est alors la vie privée et personne n’a à y mettre le nez. A charge de faire payer le service d’hébergement dans le coffre.

Zolko
Estimant pour ma part que la monnaie est un bien collectif, je ne puis être d’accord avec l’idée que les pouvoirs publics (la justice par exemple) ne puisse pas connaitre " le contenu d’un coffre" puisqu’il peut s’agir d’un « vol » de ce bien collectif.
Décidément non, à mon sens il n’y a aucun intérêt à laisser aux banques le moindre pouvoir de création monétaire …
Peut être avez vous raison, mais je ne le pense pas.
Restons en donc là.

Hou-là-là, tu n'as pas *vraiment* réfléchi à ce que tu as écrit là, n'est-ce pas ? Tu étais bourré, ou t'avais trop mangé, c'est ça ? Tu décris la Stasi et la Gestapo, tu le sais bien, tu connais ton histoire.
Zolko, personne ne t'a appris la cordialité ? Ne crois pas que j'accepte qu'on me parle sur ce ton, si j'ai rien dit jusqu'à présent c'est parce que j'ai fais preuve de patience avec toi, mais là on commence à arriver à une limite. Alors tu déscends de ton grand cheval tu reviens sur terre auprès des mortels histoire d'arrêter de prendre les gens de haut et tu me fais le plaisir de te calmer un peu stp.

Tes histoires de Gestapo ou de Stasi tu me fais le plaisir de te les garder aussi. J’suis pas spécialement enclin à me faire traiter de nazi ou de stalinien par un gars qui se cache derrière un pseudo.
Ton expérience personnelle je m’en contrefous aussi, elle n’a aucune signification pour moi, je ne te connais pas je n’ai aucun moyen de vérifier si ce que tu dis est vrai et l’exagération et le mépris dont tu fais preuve jouent pas vraiment en faveur de ta crédibilité, et des gens qui ont vécu sous ces régimes y’en a plein et ils sont pas tjrs ressortis avec les mêmes idées politiques que toi.

Je veux bien comprendre que des idées contraires aux tiennes puissent t’énerver, mais là justement on est sur un forum, on peut prendre le temps de répondre et on peut même modifier ses messages, donc t’as tout le loisir de dépasser ton énervement et de répondre cordialement aux gens que tu interpelles. Merci.

Maintenant j’veux bien oublier tout ça si tu veux bien désormais discuter cordialement et gentiment.

Dans ce cas là, j’aimerais que tu me dises comment tu luttes contre la criminalité financière, l’évasion ou la fraude fiscale, si tu permets le secret bancaire et la création de monnaie privée ?

Si par contre par manque de maturité tu projetterais de me répondre sur le même ton que dans le message précédent ou même encore pire n’acceptant pas ce que je te dis ici, dans ce cas là abstiens toi tout simplement de me répondre à l’avenir.

PS. Si les modérateurs veulent bouger ces messages pour qu’ils ne pourrissent pas ce fil interessant merci d’avance, j’suis oki.

Sauf demande de justice, éventuellement, mais d'une justice indépendante du gouvernement alors. Mais pas par le ministère des assédics ou un avocat quelconque.

Et bien voilà : c’est donc un malentendu.

Je suis sûr que, pour Sandy aussi, [bgcolor=#FFFF99]c’est la JUSTICE[/bgcolor], indépendante des autres pouvoirs ET responsable de ses propres fautes* qui, mandatée par un plaignant, doit pouvoir aller contrôler les comptes privés de quiconque. Sandy n’avait sans doute pas imaginé une seconde qu’une simple administration puisse aller, seule, farfouiller dans les affaires privées des gens. Donc, pas de quoi s’empailler :slight_smile:

Soyez gentils de ne pas être aussi agressifs dans nos rapports interpersonnels que nous pouvons l’être dans nos interpellations à la cantonade (contre « les banquiers », par exemple).

Sandy a raison (une fois de plus :slight_smile: ) : [bgcolor=#FFFF99]garantir le secret inviolable à des zones d’accumulation de l’argent, c’est cautionner une des sources majeures de la détresse des hommes par manque d’argent[/bgcolor], précisément, du fait d’accapareurs (vieille plaie) qui peuvent ainsi siphonner discrètement toute la monnaie.

Conseil : allez voir le dernier film de Michael Moore (« Capitalism, a love story »), c’est un bon film. Moore devient autogestionnaire, vrai de vrai, c’est épatant, et il montre des exemples qui marchent pas mal, aux États-unis ! Vous avez bien lu : il existe des ouvriers américains (dont les médias ne parlent que très peu, bien sûr) qui prennent de force le contrôle de l’entreprise qui veut les virer et qui la gèrent, avec succès. Très intéressant.

Étienne.


  • juges qui devraient être eux-mêmes responsables devant d’AUTRES acteurs que des juges professionnels, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, malheureusement : aujourd’hui, les juges sont des professionnels et sont jugés par d’autres juges professionnels… Autant dire qu’ils sont quasiment irresponsables. Dernière preuve en date : l’affaire du juge Burgaud, blanchi par ses pairs de ses graves méfaits.

Chers amis,

Un des derniers journaux libres en France, Marianne, vient de publier (n°659, 5 décembre 2009) un très bon article de Maurice Allais.

[bgcolor=#FFFF99]Remarque importante : le courage des journalistes de Marianne, chaque semaine, mérite que nous les aidions en nous abonnant.[/bgcolor]

Voici l’appel au peuple de Maurice Allais :

[b]Lettre aux Français le cri d’alarme du seul prix Nobel d’économie français :[/b] [bgcolor=#FFFF99][size=18]CONTRE LES TABOUS INDISCUTÉS[/size] [/bgcolor] [b]par Maurice allais[/b] Marianne n°659, 5 décembre 2009.

Le point de vue que j’exprime est celui d’[bgcolor=#FFFF99]un théoricien à la fois libéral et socialiste[/bgcolor]. Les deux notions sont indissociables dans mon esprit, car leur opposition m’apparaît fausse, artificielle. L’idéal socialiste consiste à s’intéresser à l’équité de la redistribution des richesses, tandis que les libéraux véritables se préoccupent de l’efficacité de la production de cette même richesse. Ils constituent à mes yeux deux aspects complémentaires d’une même doctrine. Et c’est précisément à ce titre de libéral que je m’autorise à critiquer les positions répétées des grandes instances internationales en faveur d’un libre-échangisme appliqué aveuglément.

Le fondement de la crise : l’organisation du commerce mondial

La récente réunion du G20 a de nouveau proclamé sa dénonciation du « protectionnisme » , dénonciation absurde à chaque fois qu’elle se voit exprimée sans nuance, comme cela vient d’être le cas. Nous sommes confrontés à ce que j’ai par le passé nommé "des tabous indiscutés dont les effets pervers se sont multipliés et renforcés au cours des années » (1). Car tout libéraliser, on vient de le vérifier, amène les pires désordres. Inversement, parmi les multiples vérités qui ne sont pas abordées se trouve le fondement réel de l’actuelle crise : l’organisation du commerce mondial, qu’il faut réformer profondément, et prioritairement à l’autre grande réforme également indispensable que sera celle du système bancaire.

[bgcolor=#FFFF99]Les grands dirigeants de la planète montrent une nouvelle fois leur ignorance de l’économie qui les conduit à confondre deux sortes de protectionnismes : il en existe certains de néfastes, tandis que d’autres sont entièrement justifiés. Dans la première catégorie se trouve le protectionnisme entre pays à salaires comparables, qui n’est pas souhaitable en général. Par contre, le protectionnisme entre pays de niveaux de vie très différents est non seulement justifié, mais absolument nécessaire. C’est en particulier le cas à propos de la Chine, avec laquelle il est fou d’avoir supprimé les protections douanières aux frontières. Mais c’est aussi vrai avec des pays plus proches, y compris au sein même de l’Europe.[/bgcolor] Il suffit au lecteur de s’interroger sur la manière éventuelle de lutter contre des coûts de fabrication cinq ou dix fois moindres - si ce n’est des écarts plus importants encore - pour constater que la concurrence n’est pas viable dans la grande majorité des cas. Particulièrement face à des concurrents indiens ou surtout chinois qui, outre leur très faible prix de main-d’œuvre, sont extrêmement compétents et entreprenants.

Il faut délocaliser Pascal Lamy !

Mon analyse étant que le chômage actuel est dû à cette libéralisation totale du commerce, la voie prise par le G20 m’apparaît par conséquent nuisible. Elle va se révéler un facteur d’aggravation de la situation sociale. À ce titre, elle constitue une sottise majeure, à partir d’un contresens incroyable. Tout comme le fait d’attribuer la crise de 1929 à des causes protectionnistes constitue un contresens historique. Sa véritable origine se trouvait déjà dans le développement inconsidéré du crédit durant les années qui l’ont précédée. Au contraire, les mesures protectionnistes qui ont été prises, mais après l’arrivée de la crise, ont certainement pu contribuer à mieux la contrôler. Comme je l’ai précédemment indiqué, nous faisons face à une ignorance criminelle. Que le directeur général de l’Organisation mondiale du commerce, Pascal Lamy, ait déclaré : « Aujourd’hui, les leaders du G20 ont clairement indiqué ce qu’ils attendent du cycle de Doha : une conclusion en 2010 » et qu’il ait demandé une accélération de ce processus de libéralisation m’apparaît une méprise monumentale, je la qualifierais même de monstrueuse. Les échanges, contrairement à ce que pense Pascal Lamy, ne doivent pas être considérés comme un objectif en soi, ils ne sont qu’un moyen. Cet homme, qui était en poste à Bruxelles auparavant, commissaire européen au Commerce, ne comprend rien, rien, hélas ! Face à de tels entêtements suicidaires, ma proposition est la suivante : il faut de toute urgence délocaliser Pascal Lamy, un des facteurs majeurs de chômage !

Plus concrètement, les règles à dégager sont d’une simplicité folle : du chômage résultent des délocalisations elles-mêmes dues aux trop grandes différences de salaires… À partir de ce constat, ce qu’il faut entreprendre en devient tellement évident ! Il est indispensable de rétablir une légitime protection. Depuis plus de dix ans, j’ai proposé de recréer des ensembles régionaux plus homogènes, unissant plusieurs pays lorsque ceux-ci présentent de mêmes conditions de revenus, et de mêmes conditions sociales. Chacune de ces « organisations régionales » serait autorisée à se protéger de manière raisonnable contre les écarts de coûts de production assurant des avantages indus a certains pays concurrents, tout en maintenant simultanément en interne, au sein de sa zone, les conditions d’une saine et réelle concurrence entre ses membres associés.

Un protectionnisme raisonné et raisonnable

Ma position et le système que je préconise ne constitueraient pas une atteinte aux pays en développement. Actuellement, les grandes entreprises les utilisent pour leurs bas coûts, mais elles partiraient si les salaires y augmentaient trop. Ces pays ont intérêt à adopter mon principe et à s’unir à leurs voisins dotés de niveaux de vie semblables, pour développer à leur tour ensemble un marché interne suffisamment vaste pour soutenir leur production, mais suffisamment équilibré aussi pour que la concurrence interne ne repose pas uniquement sur le maintien de salaires bas. Cela pourrait concerner par exemple plusieurs pays de l’est de l’Union européenne, qui ont été intégrés sans réflexion ni délais préalables suffisants, mais aussi ceux d’Afrique ou d’Amérique latine.

L’absence d’une telle protection apportera la destruction de toute l’activité de chaque pays ayant des revenus plus élevés, c’est-à-dire de toutes les industries de l’Europe de l’Ouest et celles des pays développés. Car il est évident qu’avec le point de vue doctrinaire du G20, toute l’industrie française finira par partir à l’extérieur. Il m’apparaît scandaleux que des entreprises ferment des sites rentables en France ou licencient, tandis qu’elles en ouvrent dans les zones à moindres coûts, comme cela a été le cas dans le secteur des pneumatiques pour automobiles, avec les annonces faites depuis le printemps par Continental et par Michelin. Si aucune limite n’est posée, ce qui va arriver peut d’ores et déjà être annoncé aux Français : une augmentation de la destruction d’emplois, une croissance dramatique du chômage non seulement dans l’industrie, mais tout autant dans l’agriculture et les services.

De ce point de vue, il est vrai que je ne fais pas partie des économistes qui emploient le mot « bulle ». Qu’il y ait des mouvements qui se généralisent, j’en suis d’accord, mais ce terme de « bulle » me semble inapproprié pour décrire le chômage qui résulte des délocalisations. En effet, sa progression revêt un caractère permanent et régulier, depuis maintenant plus de trente ans. L’essentiel du chômage que nous subissons —tout au moins du chômage tel qu’il s’est présenté jusqu’en 2008 — résulte précisément de cette libération inconsidérée du commerce à l’échelle mondiale sans se préoccuper des niveaux de vie. Ce qui se produit est donc autre chose qu’une bulle, mais un phénomène de fond, tout comme l’est la libéralisation des échanges, et la position de Pascal Lamy constitue bien une position sur le fond.

Crise et mondialisation sont liées

Les grands dirigeants mondiaux préfèrent, quant à eux, tout ramener à la monnaie, or elle ne représente qu’une partie des causes du problème. Crise et mondialisation : les deux sont liées. Régler seulement le problème monétaire ne suffirait pas, ne réglerait pas le point essentiel qu’est la libéralisation nocive des échanges internationaux, Le gouvernement attribue les conséquences sociales des délocalisations à des causes monétaires, c’est une erreur folle.

Pour ma part, j’ai combattu les délocalisations dans mes dernières publications (2). On connaît donc un peu mon message. Alors que les fondateurs du marché commun européen à six avaient prévu des délais de plusieurs années avant de libéraliser les échanges avec les nouveaux membres accueillis en 1986, nous avons ensuite, ouvert l’Europe sans aucune précaution et sans laisser de protection extérieure face à la concurrence de pays dotés de coûts salariaux si faibles que s’en défendre devenait illusoire. Certains de nos dirigeants, après cela, viennent s’étonner des conséquences !

Si le lecteur voulait bien reprendre mes analyses du chômage, telles que je les ai publiées dans les deux dernières décennies, il constaterait que les événements que nous vivons y ont été non seulement annoncés mais décrits en détail. Pourtant, ils n’ont bénéficié que d’un écho de plus en plus limité dans la grande presse. Ce silence conduit à s’interroger.

Un prix Nobel… téléspectateur

Les commentateurs économiques que je vois s’exprimer régulièrement à la télévision pour analyser les causes de l’actuelle crise sont fréquemment les mêmes qui y venaient auparavant pour analyser la bonne conjoncture avec une parfaite sérénité. Ils n’avaient pas annoncé l’arrivée de la crise, et ils ne proposent pour la plupart d’entre eux rien de sérieux pour en sortir. Mais on les invite encore. Pour ma part, je n’étais pas convié sur les plateaux de télévision quand j’annonçais, et j’écrivais, il y a plus de dix ans, qu’une crise majeure accompagnée d’un chômage incontrôlé allait bientôt se produire, je fais partie de ceux qui n’ont pas été admis à expliquer aux Français ce que sont les origines réelles de la crise alors qu’ils ont été dépossédés de tout pouvoir réel sur leur propre monnaie, au profit des banquiers. Par le passé, j’ai fait transmettre à certaines émissions économiques auxquelles j’assistais en téléspectateur le message que j’étais disposé à venir parler de ce que sont progressivement devenues les banques actuelles, le rôle véritablement dangereux des traders, et pourquoi certaines vérités ne sont pas dites à leur sujet. Aucune réponse, même négative, n’est venue d’aucune chaîne de télévision et ce durant des années.

Cette attitude répétée soulève un problème concernant les grands médias en France : certains experts y sont autorisés et d’autres, interdits. Bien que je sois un expert internationalement reconnu sur les crises économiques, notamment celles de 1929 ou de 1987, ma situation présente peut donc se résumer de la manière suivante : je suis un téléspectateur. Un prix Nobel… téléspectateur, Je me retrouve face à ce qu’affirment les spécialistes régulièrement invités, quant à eux, sur les plateaux de télévision, tels que certains universitaires ou des analystes financiers qui garantissent bien comprendre ce qui se passe et savoir ce qu’il faut faire. Alors qu’en réalité ils ne comprennent rien. Leur situation rejoint celle que j’avais constatée lorsque je m’étais rendu en 1933 aux États-Unis, avec l’objectif d’étudier la crise qui y sévissait, son chômage et ses sans-abri : il y régnait une incompréhension intellectuelle totale. Aujourd’hui également, ces experts se trompent dans leurs explications. Certains se trompent doublement en ignorant leur ignorance, mais d’autres, qui la connaissent et pourtant la dissimulent, trompent ainsi les Français.

[bgcolor=#FFFF99]Cette ignorance et surtout la volonté de la cacher grâce à certains médias dénotent un pourrissement du débat et de l’intelligence, par le fait d’intérêts particuliers souvent liés à l’argent. Des intérêts qui souhaitent que l’ordre économique actuel, qui fonctionne à leur avantage, perdure tel qu’il est. Parmi eux se trouvent en particulier les multinationales qui sont les principales bénéficiaires, avec les milieux boursiers et bancaires, d’un mécanisme économique qui les enrichit, tandis qu’il appauvrit la majorité de la population française mais aussi mondiale.[/bgcolor]

Question clé : quelle est la liberté véritable des grands médias ? Je parle de leur liberté par rapport au monde de la finance tout autant qu’aux sphères de la politique.

[b]Deuxième question : qui détient de la sorte le pouvoir de décider qu’un expert est ou non autorisé à exprimer un libre commentaire dans la presse ?

Dernière question : pourquoi les causes de la crise telles qu’elles sont présentées aux Français par ces personnalités invitées sont-elles souvent le signe d’une profonde incompréhension de la réalité économique ? S’agit-il seulement de leur part d’ignorance ? C’est possible pour un certain nombre d’entre eux, mais pas pour tous. Ceux qui détiennent ce pouvoir de décision nous laissent le choix entre écouter des ignorants ou des trompeurs.[/b] •

Maurice Allais.


(1) l’Europe en crise. Que faire ?, éditions Clément Juglar. Paris, 2005.

(2) Notamment La crise mondiale aujourd’hui, éditions Clément Juglar, 1999, et la Mondialisation, la destruction des emplois et de la croissance : l’évidence empirique, éditions Clément Juglar, 1999.

[align=center]* * * * *[/align]

[b][size=18]Le Prix Nobel iconoclaste et bâillonné[/size][/b]

La « Lettre aux Français » que le seul et unique prix Nobel d’économie français a rédigée pour Marianne aura-t-elle plus d’écho que ses précédentes interventions ? Il annonce que le chômage va continuer à croître en Europe, aux États-Unis et dans le monde développé. Il dénonce la myopie de la plupart des responsables économiques et politiques sur la crise financière et bancaire qui n’est, selon lui, que le symptôme spectaculaire d’une crise économique plus profonde : la déréglementation de la concurrence sur le marché mondial de la main-d’œuvre. Depuis deux décennies, cet économiste libéral n’a cessé d’alerter les décideurs, et la grande crise, il l’avait clairement annoncée il y a plus de dix ans.

Éternel casse-pieds

Mais qui connaît Maurice Allais, à part ceux qui ont tout fait pour le faire taire ? On savait que la pensée unique n’avait jamais été aussi hégémonique qu’en économie, la gauche elle-même ayant fini par céder à la vulgate néolibérale. On savait le sort qu’elle réserve à ceux qui ne pensent pas en troupeau. Mais, avec le cas Allais, on mesure la capacité d’étouffement d’une élite habitée par cette idéologie, au point d’ostraciser un prix Nobel devenu maudit parce qu’il a toujours été plus soucieux des faits que des cases où il faut savoir se blottir.

« La réalité que l’on peut constater a toujours primé pour moi. Mon existence a été dominée par le désir de comprendre ce qui se passe, en économie comme en physique ». Car Maurice Allais est un physicien venu à l’économie à la vue des effets inouïs de la crise de 1929. Dès sa sortie de Polytechnique, en 1933, il part aux États-Unis. « C’était la misère sociale, mais aussi intellectuelle : personne ne comprenait ce qui était arrivé. » Misère à laquelle est sensible le jeune Allais, qui avait réussi à en sortir grâce à une institutrice qui le poussa aux études : fils d’une vendeuse veuve de guerre, il a, toute sa jeunesse, installé chaque soir un lit pliant pour dormir dans un couloir. Ce voyage américain le décide à se consacrer à l’économie, sans jamais abandonner une carrière parallèle de physicien reconnu pour ses travaux sur la gravitation. Il devient le chef de file de la recherche française en économétrie, spécialiste de l’analyse des marchés, de la dynamique monétaire et du risque financier. Il rédige, pendant la guerre, une théorie de l’économie pure qu’il ne publiera que quarante ans plus lard et qui lui vaudra le prix Nobel d’économie en 1988. Mais les journalistes japonais sont plus nombreux que leurs homologues français à la remise du prix : il est déjà considéré comme un vieux libéral ringardisé par la mode néolibérale.

Car, s’il croit à l’efficacité du marché, c’est à condition de le « corriger par une redistribution sociale des revenus illégitimes ». Il a refusé de faire partie du club des libéraux fondé par Friedrich von Hayek et Milton Friedman : ils accordaient, selon lui, trop d’importance au droit de propriété… « Toute ma vie d’économiste, j’ai vérifié la justesse de Lacordaire : entre le fort et le faible, c’est la liberté qui opprime et la règle qui libère", précise Maurice Allais, dont Raymond Aron avait bien résumé la position : « Convaincre des socialistes que le vrai libéral ne désire pas moins qu’eux la justice sociale, et des libéraux que l’efficacité de l’économie de marché ne suffit plus à garantir une répartition acceptable des revenus. » Il ne convaincra ni les uns ni les autres, se disant « libéral et socialiste ».

Éternel casse-pieds inclassable. Il aura démontré la faillite économique soviétique en décryptant le trucage de ses statistiques. Favorable à l’indépendance de l’Algérie, il se mobilise en faveur des harkis au point de risquer l’internement administratif. Privé de la chaire d’économie de Polytechnique car trop dirigiste, « je n’ai jamais été invité à l’ENA, j’ai affronté des haines incroyables ! » Après son Nobel, il continue en dénonçant « la chienlit laisser-fairiste » du néolibéralisme triomphant. Seul moyen d’expression : ses chroniques touffues publiées dans le Figaro, où le protège Alain Peyrefitte. À la mort de ce dernier, en 1999, il est congédié comme un malpropre.

[bgcolor=#FFFF99]Il vient de publier une tribune alarmiste dénonçant une finance de « casino» : « L’économie mondiale tout entière repose aujourd’hui sur de gigantesques pyramides de dettes, prenant appui les unes sur les autres dans un équilibre fragile, jamais dans le passé une pareille accumulation de promesses de payer ne s’était constatée. Jamais, sans doute, il est devenu plus difficile d’y faire face, jamais, sans doute, une telle instabilité potentielle n’était apparue avec une telle menace d’un effondrement général. » Propos développés l’année suivante dans un petit ouvrage très lisible* qui annonce l’effondrement financier dix ans à l’avance. Ses recommandations en faveur d’un protectionnisme européen, reprises par Chevènement et Le Pen, lui valurent d’être assimilé au diable par les gazettes bien-pensantes. En 2005, lors de la campagne sur le référendum européen, le prix Nobel veut publier une tribune expliquant comment Bruxelles, reniant le marché commun en abandonnant la préférence communautaire, a brisé sa croissance économique et détruit ses emplois, livrant l’Europe au dépeçage industriel : elle est refusée partout, seule l’Humanité accepte de la publier…[/bgcolor]

Aujourd’hui, à 98 ans, le vieux savant pensait que sa clairvoyance serait au moins reconnue. Non, silence total, à la notable exception du bel hommage que lui a rendu Pierre-Antoine Delhommais dans le Monde. Les autres continuent de tourner en rond, enfermés dans leur « cercle de la raison » •
Éric Conan

Amicalement.

Étienne.

Le seul politique qui défende nos idées, c’est Nicolas Dupont Aignan (non inscrit… c’est un gaulliste qui me semble souvent « classé » à droite; je n’en suis pas sur)
Relisez ce qu’il dit dans son livre mauve au sujet de l’euro

[b]E comme euro[/b] Il y a en effet deux problèmes fondamentaux qui sont niés par les partisans de l'euro mais qui n'en perdurent pas moins : -l'euro cher qu'il faut changer, sinon la zone euro explosera dans un retour anarchique et pénalisant pour tout le monde aux monnaies nationales. -Le développement concomitant de divergences structurelles à l'intérieur de la zone euro auxquelles, si l'on n'arrive pas à les corriger par une autre gestion de la monnaie, il faudra bien se résoudre à remédier par une refonte complète de la zone, par l'adjonction d'une monnaie commune.

La gestion de l’euro est exagérément restrictive, au point de menacer l’économie européenne d’asphyxie :
-Des taux d’intérêts réels trop élevés, ce qui a pour effet une tendance déflationniste structurelle (on bride l’investissement et les salaires, donc la croissance). Ainsi, Henri Guaino, alors Commissaire général au Plan, a pu évaluer à un million d’emplois sacrifiés en France la marche à l’euro fort entre 1993 et 1998.
-Une inertie volontaire dans la fixation du taux de change, tant et si bien que l’euro est en permanence surévalué face à toutes les autres monnaies, ce qui handicape la compétitivité des économies européennes à l’export (le cas allemand est à part), l’augmentation du taux de change de l’euro face au dollar faisant perdre jusqu’à 1% de croissance à la zone euro.
-L’interdiction faite à la BCE de prêter de l’argent aux Etats membres et à leurs organes publics, du fait du stupide article 104 du traité de Maastricht.

Ainsi, contrairement aux Etats-Unis qui ne s’en privent pas, la BCE ne crée pas d’argent nouveau qui aurait pu, par exemple, financer des plans de relance beaucoup plus ambitieux à travers toute l’Europe.
-Le Pacte de stabilité, qui à la fois fixe des contraintes de gestion publique malthusiennes et, pour cette raison même comme du fait de l’absence de mécanisme de discipline efficace, pousse les Etats à de mauvaises pratiques en matière de déficit budgétaire et d’endettement.

Ce type de gestion de la monnaie ne convient (et encore) qu’à un seul pays, l’Allemagne. Or, il n’est pas sérieux de prétendre que les autres pays « n’ont qu’à l’imiter », comme on nous y invite à tout bout de champ depuis 1993. Ce n’est pas possible : les Allemands sont des Allemands qui ne sont pas des Français, ni des Grecs, ni des Italiens, et vice-versa. Comme le disait de Gaulle, on n’intègre pas des peuples comme des marrons à une purée.
I
l faut donc changer tout cela, si c’est possible :
-Réformer les statuts de la BCE pour rééquilibrer ses objectifs monétaristes par des objectifs de croissance et d’emploi et pour la subordonner dans la définition de ses priorités stratégiques au Conseil des chefs d’Etat et de gouvernement.
-Abroger l’article 104 des traités et permettre de manière équitable à chaque pays-membre de bénéficier d’emprunt de la BCE pour relancer la croissance et financer des projets d’avenir.
-Assouplir singulièrement le Pacte de Stabilité.
-S’entendre sur des mécanismes de fixation des taux d’intérêt et de change favorables à la croissance, en fonction de la santé des pays de la zone euro.

Cela implique une négociation serrée avec l’Allemagne, qui reste mordicus attachée au système actuel. Mais si Berlin refuse, alors la France devra quitter l’euro pour rejoindre une monnaie commune amarrée à l’euro, que d’autres pays seront de toute façon fatalement obligés de rejoindre.

La zone euro forme une zone monétaire tellement hétérogène que ses tensions internes, brusquement avivées par la crise, risquent de la faire exploser. Il faut donc arrimer à une zone euro restreinte une zone de monnaie commune.
La convergence spontanée des économies européennes enchâssées dans une monnaie unique est un mythe qui a été définitivement démenti par l’épreuve des faits, en l’espace d’une quinzaine d’années (1992 - 2009). L’autre mythe, tout aussi chimérique, de l’unification politique spontanée de l’Europe sous l’effet d’une unification monétaire et économique, a sombré corps et bien en même temps (montée à des niveaux élevés et durables du rejet de l’Europe actuelle, référendum français, hollandais et irlandais…).

Il n’y a donc aucun intérêt, si ce n’est la préservation d’un consensus diplomatique erroné ou du maintien au pouvoir de ceux qui ont promu ce système, à conserver l’euro tel qu’il existe.
Pire, si rien n’est fait, celui-ci a toutes les chances de mourir dans la douleur pour donner lieu à un retour désordonné aux monnaies nationales, avec dévaluations compétitives anarchiques, etc.

Dès son introduction en 1999, les économies européennes qui avaient un peu convergé jusque là, se sont mises à diverger fortement entre elles (taux d’inflation, commerce extérieur, déficit et dette, etc.), preuve que la mayonnaise ne prenait pas, tout au contraire. Mais avec le surgissement de la crise, ces écarts se sont creusés très dangereusement : certains pays membres sont au bord du défaut de paiement (Irlande, Grèce), d’autres sont des puits sans fond d’endettement à cause de la faiblesse de leurs exportations (Espagne), d’autres enfin restent gravement handicapés par cette armure trop lourde à porter (France et Italie). Or, avec la crise, les taux de refinancement des Etats membres de l’euro (les « spreads ») n’ont cessé de s’écarter dangereusement les uns des autres, mettant à mal l’homogénéité déjà toute relative de la zone : concrètement, la Grèce et l’Espagne empruntent sur les marchés internationaux des capitaux à des taux bien supérieurs à ceux consentis à la France ou à l’Allemagne, ce qui risque d’ici à quelques mois d’entraîner l’éclatement de la zone.

Le seul moyen d’en sortir en bon ordre sans voir se désagréger l’Europe est de créer une monnaie commune adjointe à la monnaie unique et ancrée dans cette dernière. Pratiquement, les pays membres de la monnaie commune récupéreraient leur monnaie nationale qui ne serait convertible qu’en euro. Leur taux de change par rapport à l’euro serait variable, en fonction de la situation économique de ces pays, mais il serait fixé de manière concertée et sans à-coup. Ce serait par ce moyen, par exemple, que l’Espagne pourrait dévaluer, une nécessité vitale aujourd’hui pour elle.

De même la France, si l’euro continuait à être géré à l’allemande, rejoindrait la monnaie commune. Si rien n’est fait sur la gestion de l’euro comme sur la création d’une monnaie commune, on risque tout bonnement d’assister à l’explosion de la zone et revenir dans l’anarchie aux monnaies nationales, ce qui constituerait le pire des scénarios.