« Création de monnaie », &
J’ajoute, Zolko : 18 pages de messages pour en arriver à la conclusion que la gestion du prêt d’un euro vaut 10 euros d’honoraires et celle d’un prêt d’un milliard d’euros, 50 euros !
Il me semble qu’on gagnerait en clarté à remplacer l’expression « création de monnaie » par « contrefaçon de monnaie ». Voyez les documents référencés par AJH : il en ressort, sauf erreur, que la banque ne crée pas de monnaie quand elle prête sur ses fonds propres, et que lorsqu’elle prête sur des fonds qu’elle a empruntés le système ne peut fonctionner qu’à condition que plus de 20 ou 30 % de ses créanciers ne se présentent pas en même temps à ses guichets pour se faire rembourser. C’est le système d’escroquerie de Madoff, mais autorisé par la loi. « Création de monnaie », ça fait plus poli, et on n’est pas envoyé en prison.
Il me semble aussi que la « vitesse de circulation de la monnaie » a pour pendant la « vitesse de la circulation des biens » (et des services) représentés par la monnaie. La circulation de la monnaie facilite la circulation des biens, mais elle n’est pas d’une autre nature que la circulation des biens.
La parabole d’AJH sur la « dame de Condé » (voir http://www.sol-reseau.org/La-dame-de-Conde.html) est très intéressante et mérite d’être reproduite ici :
[i]La dame de Condé
…ou l’accroissement de la masse monétaire
jeudi 23 août 2007 par Coordination SOL
par André jacques Holbecq
« Un regard citoyen sur l’économie », édition Yves Michel
Nous sommes à Condé-sur-Gartempe. Son hôtel de la Gare est réputé pour ses ortolans et sa discrétion… ! Un vendredi après-midi débarque une jeune femme, d’apparence comvenable, bien qu’un peu trop fardée.
Elle réserve une chambre pour la nuit et, comme elle n’a pas de bagage, elle laisse en acompte un billet de 100 euros, tout neuf. Puis elle s’en va visiter la vieille ville.
Le pâtissier qui a vu la scène dit au patron : « Ca fait six semaines que vous me devez 100 euros pour la pièce montée que j’ai livrée à l’occasion de la communion de votre fille. » Le patron lui donne le billet de bonne grâce.
Comme cette scène a été vue par d’autres, elle se reproduit cinq nouvelles fois, car le pâtissier devait aussi 100 euros au minotier… qui en devait autant au garagiste… lui-même débiteur de cette somme au boucher… qui avait à régler 100 euros au représentant de la maison Erlida… lequel devait à son tour acquitter sa chambre à l’hôtel de la Gare pour 100 euros.
Il redonne donc le billet au patron de l’hôtel.
Notre Dame revient de promenade. Elle annonce, qu’ayant fait une rencontre, elle annule sa réservation. Ce qui arrange bien l’hôtelier qui, entre temps, a eu une demande d’un de ses vieux clients.
L’hôtelier lui rend donc son billet qu’elle brûle aussitôt. « Il était faux », dit-elle en souriant.
Moralité de cette histoire
Pourquoi un faux billet a-t-il été capable de catalyser autant d’échanges ?
Parce qu’un billet est de la monnaie fiduciaire (du latin fiducia : confiance). C’est exclusivement une « valeur de confiance » entre les membres d’une communauté. Dans un autre pays il n’aurait pas été accepté. Un billet faux perd « sa valeur » seulement au moment où il se révèle faux et n’est plus accepté par celui qui le reçoit. C’est celui qui le détient en dernier qui assume la perte. Dans cette histoire il n’y a pas eu de perte sauf pour la Dame de Condé qui savait de toute façon qu’il était faux.
Serait-ce qu’il y a carence de pouvoir d’achat dans notre société ?
En effet la Dame de Condé, en réservant sa chambre, a accru de 100 euros la masse monétaire du village, ce qui a permis à six personnes d’éteindre réciproquement leur dette pour un montant total de 600 euros. La « qualité » de la monnaie utilisée, bonne ou mauvaise, est indifférente.[/i]
Je ne tire pas qde cette histoire la même moralité qu’AJH :
Premièrement, il n’y a pas que la monnaie qui soit fiduciaire. Tous les biens, tous les services (on peut même dire : toutes les idées) le sont également. Par exemple, un faux tableau circulera comme le billet d’AJH. Surpayé par un non-connaisseur, il sera revendu plusieurs fois, contribuera à donc à éteindre plusieurs dettes (ou effectuer plusieurs achats, c’est pareil), et c’est son dernier possesseur, une fois le faux découvert, qui supportera tout le poids de la perte. Aucune de ces opérations n’aura abouti à créer un tableau, vrai ou faux ; de même, la circulation du faux billet de Condé n’a pas créé de monnaie et c’est le dernier possesseur du billet qui supportera la perte. Il y a simplement eu transfert de perte.
Ensuite, cette parabole joue sur une illusion. La cascade de remboursements a été provoquée par l’introduction d’un billet de cent euros, qui a fait croire à son premier détenteur (l’hôtelier) qu’il pouvait rembourser une dette d’un montant équivalent. Mais remplacez ce billet de 100 euros par l’annonce d’un héritage, supposez que le pâtissier en ait eu copnnaissance, et vous auriez le même résultat sans qu’il soit aucunement question d’augmentation de la masse monétaire.
D’autre part, je sais bien que qui paie ses dettes s’enrichit, mais il me semble bien qu’avant mise en circulation du faux billet de mille, les dettes d’un montant total de 600 euros étaient compensées par des créances d’un montant total de 600 euros, et qu’après la circulation du billet, la suppression de 600 euros de dette a été exactement compensée par la suppression de 600 euros de créances : où est l’accroissement de la masse monétaire ?
Dans le contexte, la circonstance que le billet soit faux est tout à fait secondaire : ou bien le billet a été fabriqué expressément pour cette occasion par la faussaire et il ne correspondait à aucun bien ou service - donc sa destruction était indifférente et n’a pas eu en tout cas pour effet de modifier la masse monétaire ; ou bien le billet avait circulé antérieurement et avait été remis en paiement à la visiteuse, de sorte que lorsqu’elle a brûlé le billet elle a supporté en tant qu’utilisatrice finale la perte de 100 euros, et il n’y a pas eu dans ce cas non plus augmentation de la masse monétaire. Supposons maintenant qu’elle n’ait pas brûlé le billet et qu’elle s’en soit resservie : le billet aurait été finalement récupéré et détruit par l’État, la perte correspondante étant alors supportée par la collectivité sous forme d’inflation.
Tout cela pour en revenir à mon idée qu’on ne crée pas la monnaie en tant que telle et que cette expression est parfaitement trompeuse. JR