Zolko,
• Vous ne tenez pas compte de l’objection : vous traitez à part le paiement des intérêts (alors que la même monnaie sert aussi à payer bien d’autres créances : on a besoin de bien plus que le 1 qui manque), et vous ne répondez pas à ce qui rend possible (à mes yeux) ce qui vous paraît impossible : [bgcolor=#FFFF99]le même paquet de 10 euros restants peut rendre possible 100 euros (ou plus !) d’échanges, dont le paiement des intérêts ![/bgcolor]
• Pour justifier un abus de pouvoir, un revenu sans cause, ce que j’appelle sans fard un vol, vous convoquez le lieu commun : « Il faut de tout pour faire un monde »…
Vraiment ? Même des bourreaux qui torturent ? « Il faut » ? Vraiment ?
Je ne suis pas d’accord. Avec un tel principe, il faudrait tout accepter ; j’y retrouve la pédagogie de la résignation de nos maîtres.
Ceci dit, je reconnais que j’aurais dû, à la relecture, retirer quelques adjectifs inutiles : sur le fond, je soulignais —et vous n’avez pas répondu— que le crédit a permis un investissement et la création de nouvelles richesses, bien au-delà du montant des intérêts ; cet afflux de monnaie chez l’emprunteur rend possible — sans faute de logique — le paiement des intérêts avec la monnaie déjà en circulation qui reflue à lui par le mécanisme (extérieur à celui de la création monétaire, mais à intégrer quand même pour comprendre d’où il sort les signes monétaires dont il a besoin) du profit sur investissement.
• Une science exacte… Hum… alors qu’on n’arrive même pas à définir les termes employés pour raisonner. Ce serait bien, mais on en est loin. Quand on lit Allais, on s’en rapproche, mais c’est, pour nous, relativement inaccessible (les milliers de pages de formules complexes du traité sur la dynamique monétaire, par exemple, sont inintelligibles pour le commun des mortels). Et quand bien même on y arriverait, ça ne retirerait rien à l’aspect politique de l’affaire.
• Sur le plan comptable (à mon avis, c’est effectivement la meilleure approche, plus modeste mais efficace, pour comprendre comment fonctionne la monnaie), [bgcolor=#FFFF99]le système actuel fonctionne au quart de poil : les intérêts ne font PAS partie de l’opération création/destruction monétaire (qui est retracée au Bilan) : ils sont en dehors, dans les comptes de Résultat (de la banque et de l’emprunteur), au même titre que —et en plus de— tous les autres paiements pour services.[/bgcolor]
• Je crois donc que c’est une erreur conceptuelle de lier ainsi le mécanisme (effectivement contestable par ailleurs) des intérêts avec le problème du manque de monnaie et de l’inflation permanente du crédit (inflation des crédits qui a, je crois, d’autres raisons bien plus crédibles, et notamment que ne circule plus que de la monnaie dette (qu’il faudra, par construction, détruire et donc remplacer, par de nouvelles créations, de nouveaux crédits) et que les capitalistes prélèvent trop sur la valeur ajoutée, distribuent trop peu de salaires et ne peuvent donc vendre leurs produits qu’en prêtant toujours davantage, jusqu’à la prochaine crise).
Je trouve que l’explication de l’inflation des crédits par les intérêts à financer forcément par une création monétaire complémentaire ne tient pas la route.
Mais je continue à tendre l’oreille.
• Quand je dis « tout notre argumentaire », je fais référence au présent fil de forum, depuis le début, mais aussi aux deux billets du blog Non, ce n’est pas « trop cher » : le financement des besoins collectifs est rendu sciemment ruineux par un sabordage monétaire étonnant et La dette publique est une affaire très rentable, mais pour qui ?, et bien sûr au livre d’André-Jacques et Philippe.
• Et si vous ne voyez pas l’enjeu fondamentalement politique de la monnaie, c’est que quelque chose de décisif vous a échappé.
Volontairement ou pas, réduire ce débat politique central à une discussion technique mathématique (entre experts ?) est un leurre, stricto sensu.
Étienne.