Valéry Giscard d’Estaing censure un commentaire sur son blog
http://wiki.societal.org/tiki-index.php?page=DebatVGE
Voici le commentaire censuré, qui figurait sur le fil : http://vge-europe.eu/index.php?post/2008/07/25/Reponse-de-VGE
Le lundi 4 août 2008, 20:19 par samuel
Monsieur le Président,
Votre réponse à A.-J. Holbecq me parait pour le moins insatisfaisante.
Vous répondez à celui-ci comme si la masse de monnaie fiduciaire ne devait pas être accrue. Vous parlez de la nécessité de remboursement d’une « dette » [publique] comme d’une évidence, alors qu’en l’espèce, la notion de dette, purement comptable, renvoie à une planification qui ne suppose pas nécessairement un remboursement complet, suivant l’évolution de la croissance escomptée (du moins observée) et suivant la politique fiscale conduite ensuite, encore moins des intérêts versés par nous à des prêteurs privés.
Vous négligez de rappeler un théorème élémentaire [du moins supposé archi admis par tous les monétaristes, en particulier les promoteurs du système monétaire européen actuel] : quand on vise une inflation nulle, la création monétaire souhaitable n’est pas nulle, mais égale à la croissance du PIB (anticipée ou supposée courante). Il faut donc que quelqu’un crée cette monnaie.
Or, le bon sens veut que ce soit le pouvoir le moins incontrôlé parmi ceux supposés être au service du peuple qui le fasse. Et que le régime monétaire soit conforme à la constitution, qui interdit les privilèges. Vous n’ignorez pas que la constitution française (art. 34), comme celle des États-unis (I sect. 8) confie (confiait) au parlement élu au suffrage universel le contrôle du régime d’émission de la monnaie.
Au lendemain du 4 janvier 1973 [3 janvier 1973], le Parlement pouvait au moins revoir sa loi, ce pourquoi le Conseil constitutionnel a admis (en 1994) [août 1993], qu’un tel transfert était conforme à la constitution. Mais dans le cadre de l’Union européenne, il ne le peut plus en pratique [ce qui devrait rendre caduque cette jurisprudence qui a pourtant été reprise alors – lire à ce sujet : http://www.fauxmonnayeurs.org/articles.php?lng=fr&pg=90, sauf à décider que la France sorte purement et simplement de cette entité intergouvernementale mutée en confédération qui viole les règles élémentaires de la séparation des pouvoirs (sans parler de souveraineté populaire).
En tant que membre du Conseil constitutionnel, en tant d’ancien garant de la continuité de l’État, comment pouvez vous tolérer une situation ou la « séparation des pouvoirs », qui signifie leur arrêt mutuel, soit traduite en pure indépendance politique ?
Vous ne rappelez pas non plus un fait évident que vous ne pouvez pas ignorer (et plus dénoncer, il est vrai) : de manière chronique, depuis sa création, la BCE émet environ 10 % de monnaie supplémentaire par an, ce qui est assez considérable, au demeurant. Manifestement, la rigueur ne vaut que pour la politique budgétaire.
Vous savez aussi, sans doute, que la Banque de France en dit que la part superflue de l’émission gonfle les bulles spéculatives, financières et immobilière. De fait, depuis des années, le crédit bancaire et, plus généralement, le volume des titres dérivés de la monnaie, est en croissance effrénée. Or, le résultat en termes d’inflation, on le voit quand ces bulles explosent : les financiers les plus équipés courent vers les valeurs « refuge » (celles qui font manger le peuple et produire).
La partie de votre réponse qui me parait être pertinente - relative au projet de marché des titres (traduisons : des dettes) - me parait effrayante, tant elle suppose la résignation (il y a 35 ans déjà) du politique face au projet global d’un marché supposé pur réglant toute chose, économique, politique et sociale. En somme, l’État et le privé se sont accordés pour faire de la monnaie [elle-même] une marchandise, dont la valeur ne serait plus fixée, désormais, que par la loi de l’offre et de la demande. Une loi que ne viendrait plus perturber un « interventionnisme »… qui consistait depuis longtemps, pour l’État, a émettre une quantité marginale de la monnaie, tandis que les banques commerciales émettaient « le reste ». Le record de la part d’émission d’origine publique, il me semble, a été établi par le général De Gaulle. Cette part (la seule légitime à mon sens) a été très variable, et très souvent bien faible. La Banque de France était d’ailleurs, depuis son origine et plus d’un siècle durant, une Banque privée, dont les propriétaires reçurent de la part de Napoléon le privilège inouï que confère l’exclusivité du pouvoir de battre la monnaie qui seule a cours légal et forcé.
Pour finir, il semblerait que le propos de A.-J. Holbecq et l’inadéquation de votre réponse trouvent une illustration frappante dans ce passage lu dans Le Monde Diplomatique, (n° 652, juillet 2008, page 7) : « …l’un des plus célèbres emprunts d’État fut l’emprunt Giscard (…). Pour 6 milliards de francs empruntés en 1973, l’État a finalement remboursé au total (montant initial plus intérêts) 80 milliards de francs en 1988. »
Vu la situation dramatique que nous apporte la crise financière actuelle ; vu les conséquences désastreuses qu’ont toutes formes d’impérialisme sur la démocratie et sur la paix, il n’est jamais trop tard pour reconnaître ses erreurs et constater que le temps presse.
Avec mes salutations respectueuses. [Désolé.]
J’ai eu tout à la fois le plaisir et un certain effroi de constater que ce texte que j’avais posté sur le blog de Valéry Giscard d’Estaing y a été censuré (après des semaines voire des mois durant lesquels il était resté en ligne).
AJH avait eu la bonne idée de faire une copie du fil de discussion concerné, de sorte que mon message censuré peut être lu sur l’un des sites dont il s’occupe.
Sur ce thème, en particulier, la censure est relativement courante et répandue, quoique l’autocensure (notamment liée au conformisme économiste et autrement académique), d’une part, ainsi que le « trolling » et autres « gamelles » dues à la cohabitation avec divers délires plus pu moins bassement « conspirationistes » (fondés ou non, peu importe), d’autre part, fassent généralement l’essentiel du travail de sape.
Mais ici, ce qui choque surtout est le caractère extrêmement ciblé de la censure.Aussi est-il important, du moins intéressant, de s’attarder sur la teneur des messages qui, sur le même fil de discussion, n’ont pas été censurés, pour se faire une idée de la gravité de l’affaire. Laissons de côté la question de la courtoisie, la susceptibilité des eurocrates et autres manières dues aux ex-Présidents : VGE semble étonnement « cool » de ce point de vue, ce qui est d’ailleurs intelligent de sa part sans doute (chacun sait qu’il pousse jusqu’à donner des leçons de démocratie).
Certains « habitués » ne s’étonneront pas de constater, par comparaison : d’un côté, l’absence de craintes relatives à des accusations pourtant extrêmement graves, parfois très sérieuses et sérieusement sourcées (aussi vrai que l’est Le Monde diplomatique) ; d’un autre côté, le soin de déchainer avec une entière liberté des « thèses assez bassement conspirationistes », qui seront au besoin mises à l’index, assorties d’accusations farfelues d’antisémitisme ou que-sais-je encore, et de faire condamner ou d’emporter avec elles, aux yeux des citoyens peu au fait et à ceux des hordes de conformistes, le contenu de messages plus sérieusement dérangeants mais malheureusement peu compréhensibles pour les non économistes.
Je ne vois pas quoi conclure d’autre, s’agissant de la cause de cette censure, sinon :
-
soit à une synthèse et une clarté trop heureuses dans l’exposé, conduisant à interpréter de manière trop claire, et de ce fait trop plus douloureuse pour le citoyen, les propres aveux de VGE – aveux que je juge personnellement dignes d’empoyer pour lui et ses complices le qualificatif de « marchands de peuples »… (on verra que le « marché », justement, s’ajoute ici plus que jamais au jugement général habituel du TCE et de ses promoteurs) ;
-
soit à la « pertinence excessive » de certains points « originaux » inclus dans l’accusation censurée (au sens où je n’ai pas encore lu de telles considérations ailleurs…) Merci aux spécialistes autorisés (en droit), s’il en est, de bien vouloir jeter un oeil…
Il me semblait qu’une censure active ne servirait plus guère à enterrer ce dossier. Notamment parce que les accusations associées sont couramment expédiées par les raisonnements économiques dominants. Mon principal soucis a été de reprendre ce dossier en cherchant de nouvelles pistes et de nouvelles approches, évitant en particulier le terrain de l’économie. D’autant que celui du droit me paraissait au moins aussi fertile ici.
Il est dès lors inquiétant, et à la fois intellectuellement satisfaisant et politiquement prometteur, de constater que des aspects ciblés de l’analyse du dossier puissent déranger des personnages dont chacun sait le rôle central qu’ils ont pu jouer dans l’évolution du régime. Car à l’évidence nous avons affaire, là, à l’un personnage des plus mouillés qui soient. Je parle là non pas (tant) de présomption de corruption au sens vulgaire du terme mais de corruption systémique et d’une affaire institutionnelle gravissime à mon sens.
Bref, « il y a là un os », sauf erreur. Et je ne suis pas de ces plaisantins qui envahissent la toile de délires pour le plaisir de se faire remarquer. Je me bats pour comprendre, pour expliquer, pour l’intérêt commun.
En pareil cas, je pense qu’il faut commencer par choisir sereinement : soit d’affronter le problème, mais avec un minimum de soutien évidemment, soit de se « débarrasser de la patate chaude ». En tous cas, il me parait évident que la solution la plus raisonnable est d’ébruiter vite et largement le dossier. Je tiens donc particulièrement à faire connaître cette affaire, et je remercie tous ceux et toutes celles qui voudront bien s’en saisir – avec intelligence, cela va de soi. Quelques confrères et amis m’ont déjà aidé un peu en ce sens.