[bgcolor=#FFFF99]Perspectives formidables d’émancipation monétaire et économique en sortant de l’Union européenne[/bgcolor]
Je ne reprends ici qu'un seul point directement lié à la monnaie.
L’Union Européenne a été créée par le traité de Maastricht, qui a aussi créé l’Euro : en première lecture, il peut sembler raisonnable de vouloir sortir de l’UE pour recouvrer la souveraineté monétaire.
MAIS:
La France a cédé sa souveraineté monétaire en 1973 (3 janvier) indépendamment de l’Europe, presque 20 ans avant l’Union Européenne et l’Euro : elle a cédé sa souveraineté aux marchés privés internationaux, et à aucun pouvoir européen. Du coup, si la France quitte l’Union Européenne, elle se retrouvera dans la situation pré-Maastricht, avec un franc français, certes, mais toujours soumis aux marchés privés internationaux (et pas européens). Alors, une fois sortis de l’UE, les Français devront se battre encore pour retrouver la souveraineté publique de leur monnaie. Et rien ne dit que ce sera plus facile que si on s’attaquait directement à retrouver la souveraineté publique d’une monnaie continentale.
Je me refuse de penser que vous souhaitez seulement un patriotisme primitif avec un franc national mais toujours privé. Donc, soit il y a un gros malentendu et nous ne parlons pas de la même chose, soit l’un de nous à loupé quelques éléments importants. Puisque vous avez-eu l’amabilité de répondre à ma question précédente, je vais encore abuser et vous posez une autre question courte: en quoi sortir de l’UE rendra-t-il la souveraineté monétaire au peuple français, et pas seulement le symbole national toujours contrôlé par les marchés privés internationaux ?
Cher Zolko,
Le traité de Maastricht est une norme institutionnelle et internationale, un contrat signé entre 27 pays : cela rend cette norme, à mon avis, non modifiable sur l’essentiel, intangible, irrévocable, inaccessible, aussi bien aux citoyens qu’à leurs représentants élus (qui, au passage, n’ont plus aucun pouvoir réel).
J’analyse ce traité comme un verrou qui, en montant une norme au plus haut niveau du droit (institutionnel et international), rend inattaquable une situation qui pouvait encore changer auparavant.
Au contraire, la norme préexistante en France était une loi, une simple loi (de 1973, comme vous le rappelez).
[bgcolor=#FFFF99]Et ce qu’une simple loi a fait, une simple loi peut le défaire.[/bgcolor]
Ceci est essentiel.
Donc, si on s’arrache des griffes du traité de Maastricht, on revient à une échelle politique, une dimension géographique et démographique, où les humains ont une chance, une possibilité non fictive de reprendre le contrôle des hommes à qui ils concèdent le pouvoir.
Cela fait une différence considérable, décisive même : l’Union européenne est une prison politique, un piège contre la démocratie. Vous ne changerez RIEN d’important en restant à l’intérieur, je crois. C’est un pot de glue.
Et la difficulté grandissante de réviser la constitution européenne (qui va avec le grand nombre de pays signataires) épaissit les murs et multiplie les barbelés de l’enceinte de cette prison.
Je sais que c’est un procès d’intention d’affirmer que c’était voulu comme ça au départ (et que ça l’est encore maintenant), mais c’est un procès d’intention alimenté par de nombreuses pièces à conviction, extraites par une patiente observation d’historiens, de déclarations, de courriers, de discours, de livres, d’archives, de faits avérés qui montrent des volontés oligarchiques anciennes et tenaces…
Le sabordage monétaire par une simple loi est facile à redresser. Voilà la différence qui justifie de sortir d’urgence de l’UE.
D’autant qu’en 1973, sans débat (pas d’Internet à l’époque), la décision félone est passée comme une lettre à la poste dans l’indifférence (et l’ignorance) générale ; [bgcolor=#FFFF99]aujourd’hui, un gouvernement (de gauche ou de droite) aurait du mal à éviter un débat public complet sur la légitimité politique et sur la légitimité économique d’une décision aussi ruineuse que l’interdiction pour l’État de créer la monnaie dont il a besoin pour financer les investissements publics.[/bgcolor] La loi changerait donc rapidement, je pense, dans le bon sens.
Et je pense aussi qu’une certaine prospérité reviendrait rapidement car je crois que la quantité de monnaie (la vraie : la monnaie permanente et gratuite) est décisive dans la performance économique, si on sait interdire rigoureusement les excès (de la part des hommes au pouvoir, notamment, et là, je rejoins parfaitement Frédéric Lordon).
Ces raisons valent sur le plan de la monnaie, mais il y a bien d’autres sujets qui imposent également de fuir rapidement le piège de l’UE :
je pense ici au [bgcolor=#FFFF99]libre-échange mortifère imposé par la signature secrète de l’AGCS[/bgcolor] (accord général sur le commerce des services qui dépouille progressivement les État de tout droit d’interdire quoi que ce soit aux investisseurs privés étrangers), négociations qui se déroulent dans le plus grand secret (même les parlementaires européens n’ont pas le droit de voir une ligne des négociations en cours, c’est un scandale révoltant) négociations menées par un seul homme : [bgcolor=#FFFF99]le commissaire au commerce extérieur (ultra libéral sous influence des industriels et des banquiers) négocie seul et en secret l’AGCS au nom de 480 millions de citoyens, en dehors de tout contrôle…[/bgcolor] Il me semble que ce piège est mortel. Il me semble que tout ce « système politique » est morpionné en profondeur, corrompu dans son génome, irrécupérable.
Comme vous, je voudrais libérer mes enfants de cette étreinte.
Mais contrairement à vous, je ne crois pas que cet outil-là soit récupérable.
Comme vous, je voudrais que les humains du monde fraternisent (vraiment).
Mais je voudrais sortir de l’Union européenne parce je vois bien qu’elle impose,
à travers tous ses textes fondamentaux (irréversibles), elle impose la guerre économique
qui est, il me semble, la nouvelle guerre imaginée par le totalitarisme moderne des rentiers pour imposer la docilité aux travailleurs.
Je ne pense pas mériter d’être classé parmi les « patriotiques primitifs » (et je réclame à cor et à cri une monnaie publique), mais s’il existe des « patriotes primitifs » humanistes, vraiment humanistes (ce n’est pas impossible du tout), je les respecte car je comprends fort bien qu’on tienne à la nation faute de mieux et qu’on redoute le choix de l’empire qui a toujours broyé les hommes.
Il faut arrêter d’intimider ceux qui croient qu’une démocratie n’est possible qu’au niveau national en les traitant de termes méprisants (comme « franchouillards » ou « patriotes primitifs »), au nom d’une idéologie eurolâtre aussi profondément mythique (à mon avis) que toutes les religions. Je ne me sens pas du tout patriote (sauf de la patrie du monde), mais conchier les patriotes est une mode contestable aux motivations douteuses.
Étienne.