07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

L’amérique latine continue à nous servir de laboratoire démocratique, à l’avant-garde de l’humanité qui s’émancipe des abus de pouvoir, alors qu’ici, notre paresse et notre suffisance laissent le champ libre à un totalitarisme ultra moderne qui ne dit pas son nom.

[size=12][bgcolor=#FFFF99][b]L’Équateur met la finance sur le banc des accusés et répudie sa « dette illégitime »[/b][/bgcolor][/size] http://risal.collectifs.net/spip.php?article2435

De passage à Genève, le vice-président Lenin Moreno confirme la volonté de Quito de ne pas rembourser un tiers de ses créances internationales.

L’Équateur pourrait répudier un tiers de sa dette extérieure. L’annonce faite en novembre par le président Rafael Correa n’a pas surpris. La nomination l’an dernier d’une Commission d’audit intégrale du crédit public (CAIC) avait sonné comme un avertissement : [bgcolor=#FFFF99]la société équatorienne n’a pas à rembourser les « dettes illégitimes » laissées par des gouvernements aux ordres d’organismes financiers internationaux, eux-mêmes au service des créanciers privés.[/bgcolor] Le gouvernement s’est laissé jusqu’à mi-décembre pour analyser le rapport de la CAIC et consulter ses partenaires internationaux. D’ici là, Quito a suspendu le paiement des intérêts. Prévisible, la décision n’en est pas moins d’importance : ces 3,8 milliards de dollars représentent 7% du produit intérieur brut de l’Equateur, un pays dont plus de la moitié des citoyens vit sous le seuil de pauvreté.

Parallèlement, la décision a provoqué une hausse immédiate du « risque-pays », le coefficient déterminant le coût des futurs crédits que solliciterait l’Etat équatorien. Ainsi qu’un conflit avec le Brésil, qui héberge l’un des créanciers mis en cause.

Ce n’est pas la première fois que Rafael Correa s’en prend directement ou indirectement au Fonds monétaire international et à la Banque mondiale. Ministre de l’Economie en 2005, il n’avait pas hésité à démissionner de son poste pour protester contre un diktat du représentant local de la Banque mondiale, Eduardo Sommensatto. Un fonctionnaire qu’il s’empressera d’expulser dès son élection à la tête du pays en 2006…

Dans la même veine, le président équatorien est un des plus fervents promoteurs de la Banque du Sud, présentée comme une alternative aux institutions issues de Bretton Woods.

En pleine crise financière globalisée, la venue à Genève du vice-président Lenin Moreno offrait l’opportunité de faire le point sur l’expérience équatorienne, qui voit ce petit pays andino-amazonien chercher une voie de développement alternatif, entre dirigisme économique, politiques sociales et intégration latino-américaine.

Quelles sont les lignes de force qui guident le gouvernement de M. Correa ?

Lenin Moreno : Notre priorité est d’agir auprès des secteurs les plus marginalisés sous les gouvernements néolibéraux. Cela signifie que l’on doit reconstruire des services publics de santé et d’éducation (Université comprise) gratuits et d’excellente qualité pour tous les Equatoriens. Nous essayons d’aider les plus démunis à se loger dignement, l’État fournissant les fonds propres nécessaires à l’acquisition ou à la réparation d’une maison. Sur le plan économique, nous favorisons la production et la consommation locales afin de limiter le poids des importations. L’État a aussi une importante politique d’investissements, par exemple dans les infrastructures routières et aéroportuaires. Nous avons plusieurs programmes visant à favoriser l’emploi. Je citerais par exemple le « 5-5-5 », qui ouvre des microcrédits de 5000 dollars à 5% sur cinq ans pour lancer des projets productifs.

L’Équateur est très dépendant des envois d’argent des migrants et des exportations pétrolières. La crise mondiale met-elle en péril cette politique ?

Sans doute allons-nous connaître une diminution de ces revenus. Mais nous avons été prudents : notre budget qui court jusqu’au milieu de l’an prochain a été établi sur la base de prix du pétrole similaires à ceux que nous connaissons actuellement.

À terme, les programmes sociaux sont-ils menacés ?

Non. Le président de la République l’a clairement affirmé : les programmes sociaux seraient les derniers à être touchés. Il se peut qu’on réduise les investissements, mais pas le social.

Le président a affirmé récemment que l’Équateur pourrait refuser de rembourser une part de sa dette externe. Est-ce une réponse à la crise ?

Non. La commission d’audit de la dette avait été instituée bien avant. Son rapport qui vient d’être rendu recense nombre d’irrégularités qui vont de la captation d’intérêts démesurés à des contrats signés hors de toute procédure légale. On relève des choses curieuses, comme des dettes qui étaient sur le point d’être prescrites, soudainement renouvelées afin de favoriser les créanciers… On peut, pour le moins, parler de manque de patriotisme de la part des gouvernements signataires…

Qu’est-ce qu’une dette illégitime ?

Ce peut être une dette illégale, par exemple quand les procédures institutionnelles n’ont pas été respectées. Nous avons des cas où des documents ont été antidatés. Mais une dette est aussi illégitime, lorsqu’elle résulte d’un prêt qui n’a pas été investi dans le domaine qui était prévu, à cause de gouvernements malhonnêtes et avec la complicité des organisations financières internationales préteuses ou qui supervisaient ces prêts. Les cas repérés par la commission ont été transmis à la justice et seront soumis à des arbitrages internationaux qui en détermineront la nature légitime ou non.

En répudiant sa dette, l’Équateur ne court-elle pas le risque, en cette période de rareté du crédit, d’être exclue de futurs prêts bancaires ?

Non, car la dette juste, continuera d’être remboursée avec ponctualité.

L’existence de la Banque du Sud change-t-elle la donne ?

C’est à quoi nous aspirons… Les économies latino-américaines possèdent entre 400 et 500 milliards de dollars entreposés dans des banques principalement nord-américaines… Pourquoi devrions-nous demander des crédits à l’étranger, si nous pouvons avoir notre propre banque de développement ?

Le « côté factice » du capitalisme

Que vous inspire le fait que les gouvernements du Nord dépensent des milliards pour sauver des banques privées ?

[bgcolor=#FFFF99]Et bien… chacun a sa façon de gouverner… En ce qui nous concerne, nous interviendrions d’abord auprès des secteurs sociaux les plus défavorisés. Ce sont eux qui souffrent le plus des crises.[/bgcolor]

Vit-on une récession passagère ou une crise du système capitaliste ?

Cette crise découle du côté factice de rapports économiques éloignés des réalités. On a livré l’économie à des jeux de marketing, multiplié des produits financiers destinés à tromper les gens. Les prix des matières premières ont été faussés par la spéculation, elle-même financée par l’endettement des ménages notamment nord-américains. Jusqu’au jour où cette pyramide de papier s’est écroulée.

Malgré la crise du capitalisme, on parle peu d’alternatives… Comment réagissez-vous au Sommet du G20 ?

C’est le symptôme d’un système néolibéral qui a érigé le « sauve qui peut » en mode de fonctionnement. On se regroupe pour trouver des solutions de sauvetage pour soi. On montre sur un radeau et on coupe les mains de ceux qui essaient de s’y accrocher… L’Équateur n’a pas attendu cette crise pour chercher des alliances internationales, mais autour de propositions solidaires, inclusives.

Les entreprises obligées d’employer des personnes handicapées

Vous êtes à Genève pour la Conférence de l’UNESCO sur l’inclusion par l’éducation. La question du handicap, qui vous touche personnellement, est-elle devenue prioritaire en Équateur ?

L’Équateur vit des changements transcendantaux dans le domaine social, principalement dans l’attention que nous devons aux personnes les plus sensibles de la société. Et, parmi elles, bien sûr, aux personnes handicapées. L’Équateur a signé, puis ratifié en avril 2008 la Convention internationale sur les droits des personnes handicapées. Ce texte a force de loi : toute personne handicapée dans n’importe quel pays estimant ses droits violés peut porter plainte auprès des Nations Unies.

Que faites-vous concrètement ?

Nous avons lancé un programme qui s’appelle « Équateur sans barrière » qui conçoit l’inclusion dans sa globalité : cela va de la nomination d’un procureur des droits des personnes handicapées à des aides techniques personnalisées ou encore l’accessibilité des lieux publics, etc. Toutes les entreprises ont l’obligation d’employer au moins 3% de personnes handicapées, un taux que nous allons bientôt relever à 4%. Enfin et surtout, nous essayons de conscientiser la société pour qu’elle apprenne à reconnaître sa diversité et la nécessaire solidarité.

Votre élection à la vice-présidence est un signe que les choses bougent…

Le président m’a choisi comme un symbole. Il voulait signifier que sous son gouvernement les personnes issues des groupes sensibles allaient avoir une ascension prioritaire.

Propos recueillis par Benito Pérez

Sacré travail, tout ça… Je n'avais rien à fêter pour l'arrivée de l'an 2009... alors j'en ai profité pour lire ce sacré travail qui semble vous prendre un temps fou dernièrement... en détriment d'autres causes...

Et bien, j’en finis profondément déçu… (…) vous tournez en rond


Mis à part le style rédactionnel un brin condescendant de NingúnOtro (chacun sa karma), je dois bien dire que je suis un peu d’accord. Si je peux me permettre, Étienne, citer en intégralité les échanges sur le site de Joriond n’est pas très lisible, même quand vous surlignez les passages importants. Si vous pouviez ne citez que certains paragraphes pertinents, on pourrait lire le reste sur le site lui-même.

Pour ce qui est de la création monétaire, on est tous bien d’accords pour dire que cela ne va pas comme c’est fait aujourd’hui, mais personne ne saurait pointer du doigt le problème exact, ni une bonne solution réalisable. On sait aussi que le pouvoir politique est mélangé au pouvoir financier, qu’ils se protègent mutuellement, et qu’il sera impossible de changer quoi-que ce soit dans la politique monétaire avant d’avoir changé profondément, radicalement, les choses dans le pouvoir politique: c’est aussi cela, tourner en rond. Nous savons tous cela, mais comment changer les choses, et vers quoi tendre ?

Je vais essayer de vous faire un petit croquis... que ça fasse "clic" et qu'on puisse passer à autre chose d'urgent et utile (relativement plus, je veux dire). Simplifions un MAX.
Tiens, moi aussi je vais apporter ma contribution simplificatrice. Admettons que les évolutions du système monétaire sont quasi-statiques, c.à.d. qu'à tout moment, le système est en équilibre. Nous partirons d'une situation où toutes les banques sont à la limite de leurs réserves fractionnées (1:9, elles ont émis 9 fois plus de crédit que leurs réserves).
  1. Admettons que l’Etat (ou la banque centrale) crée 1000€ et paye des fonctionnaires avec cela. Elle le fait ex-nihilo, en imprimant des billets.

  2. ces fonctionnaires déposent ces 1000€ dans les banques, qui voient instantanément gonfler leur réserves de 1000€…

  3. …et peuvent donc en prêter 9000€ par le mécanisme des réserves fractionnés (je passe sur la série convergente qui permet d’arriver à ces 9000€). Ces 9000€ sont crées alors par les banques en faisant crédit à ses clients, en écrivant (monnaie scripturale) la somme sur le compte des clients, et en l’écrivant dans leurs bilans (somme nulle). Cette création n’est pas ex-nihilo, puisque les banques avaient besoin du support des 1000€ crées par l’État.

  4. Quand le client rembourse les 9000€, la banque l’efface aussi de son bilan.

  5. Mais cette fois, la somme n’est plus nulle, car le client rembourse PLUS que 9000€ !!! (les intérêts). L’Etat a autorisé la banque à empocher les intérêts sur les 9000€ pour absolument aucune raison, aucun service rendu, aucun produit. RIEN.

C’est là, et seulement là, que ce situe le problème: dans les intérêts. Si les banques prêtaient l’argent sans intérêts, il n’y aurait aucun problème avec la réserve fractionnée. Bien-sûr, si les banques ne pouvaient pas prêter avec intérêts, elles ne le feraient pas, et n’auraient pas poussé à obtenir l’autorisation des réserves fractionnées.

Une solution toute simple serait alors d’interdire les crédits avec intérêts. Mais, me dites vous, qui prêterait alors de l’argent nécessaire aux investissements à long terme ? Simple: l’État, la société, la collectivité, des banques mutuelles, la mairie…

Zolko (5956).

À solution toute simple, question toute simple.

Dites-moi, Zolko, comment l’État, la société, la collectivité, les banques mutuelles, les mairies & financeraient-ils ces services de prêts « gratuits »? En d’autres termes, qui prendrait en charge les dépenses de fonctionnement correspondantes ?JR

Dites-moi, Zoko, comment l'État, la société, la collectivité, des banques mutuelles, la mairie. & financeraient-ils ces services de prêts "gratuits"?
Je n'ai jamais dit que ces services seraient gratuits: je n'ai parlé que des intérêts (on peut imaginer des frais de dossier à prix fixe par exemple). Une banque mutuelle pourrait créer de l'argent avec les réserves fractionnés, mais sans intérêts perçus. L'argent serait alors vraiment détruit une fois le crédit remboursé, un exercice à somme nulle.

Et puis, réfléchissons… si c’est la mairie, elle y gagnerait grâce aux impôts qu’elle percevra des projets qu’elle aura financé !

Le problème de la monnaie me semble facile à conceptualiser.

C’est fait depuis longtemps d’ailleurs, avec la fable de la Dame de Condé que je ne vais pas avoir à raconter à un aussi docte lectorat.

La fable met en scène une dame, d’ailleurs pas très au courant des derniers progrès du capitalisme.

Elle aurait dû d’abord demander un intérêt sur son avance de paiement. C’est le B.A.Ba du capitalisme, c’est l’intérêt, c’est de la création monétaire automatique!

Elle aurait pu vendre aussi pendant cette journée l’entreprise d’un quelconque artisan de la commune, à l’insu même de celui-ci, et tirer bénéfice de cet argent par un autre prêt à intérêt pendant la journée ou par la conclusion d’une affaire avantageuse lui réclamant du cash ce jour là, par exemple le rachat (réel celui-là) de l’entreprise de cet artisan. C’est un peu plus sophistiqué, mais c’est du réel.

C’est aussi le principe du capitalisme de base, fondamentalement destructeur de la propriété privée, jusqu’aux imites de son pouvoir de coercition.

Et bien, il me semble la solution serait de ramener la Dame à son utilité réelle, c.a.d permettre les transactions entre tous les acteurs économiques, par la gestion, salariée, des petits bouts de papier ou des bits informatiques requis, avec une caisse de péréquation pour les débiteurs insolvables.

Un livre sérieux et éclairant sur la mise en perspective historique des relations du pouvoir et de l’économique, à mon avis incontournable, c’est
« Condition de l’homme moderne » de Hannah Arendt

[bgcolor=#FFFF99]« Pour un système socialisé du crédit »[/bgcolor]
Un long article de Frédéric Lordon où il évoque enfin (mais pas assez) la création monétaire :
http://blog.mondediplo.net/2009-01-05-Pour-un-systeme-socialise-du-credit

« C’est un texte un peu long. Mais, d’abord, on n’est pas obligé de lire, et ça c’est bien… Ensuite il n’était pas facile de faire court dès lors que l’analyse des formes que pourraient prendre des institutions bancaires radicalement restructurées à la lumière de la crise financière était inévitablement amenée à croiser un débat sur la création monétaire qui agite beaucoup, non sans raisons, quelques secteurs de ladite "blogosphère".

Ces débats monétaires sont envisagés ici à concurrence de leur pertinence pour la question centrale qui est ici posée, à savoir : à quoi pourrait – devrait – ressembler un système bancaire dont le comportement de ces dernières années suggère qu’il est temps de le refaire à neuf.

[b]Table des matières :

• De quelques envies de nationalisations punitives
• En situation de récession : la nationalisation-coordination
• La sécurité des encaisses monétaires est un bien public vital (qu’on ne confie pas à des intérêts privés)
• Nationalisation ou non-privatisation bancaire ?
• Les structures d’un système socialisé du crédit [/b]


« La nationalisation d’accord, mais partielle et temporaire ! » Ils se relaient en boucle à tous les micros comme pour conjurer le spectre hideux du capitalisme d’État, cette abomination qui les a tenus sur la brèche depuis deux décennies. « Ils » ? Toujours les mêmes bien sûr : répétiteurs libéraux, préposés à la rectification des erreurs socialistes et à la rééducation market friendly, experts permanents et patentés, autorités d’avant la crise comme d’après.

Bien sûr une vue raisonnablement ambitieuse des choses se féliciterait de leur avoir arraché une fois dans leur vie le mot « nationalisation », eux qui n’ont cessé de proclamer la supériorité du marché et du privé. Mais le compte n’y est pas tout à fait et leur allégresse à faire payer par la puissance publique, qu’ils ont tant méprisée, les pots cassés normalement réservés aux actionnaires a de quoi donner quelques aigreurs.

• De quelques envies de nationalisations punitives

Hors tout argument de principe, il y a déjà dans cette affaire plus qu’il n’en faut pour justifier de céder à la mauvaise humeur et à la tentation de la nationalisation méchante, c’est-à-dire permanente, peut-être même un peu confiscatoire sur les bords.

À commencer par le comportement des banques récipiendaires de l’aide publique elles-mêmes. On aurait pu imaginer que ces messieurs, n’ayant jamais manqué une occasion de se proclamer la race des seigneurs ni de ridiculiser l’archaïsme misérable de l’action publique, adopteraient un profil moins flamboyant au moment de se rendre à l’équivalent pour eux de la soupe populaire. Rien du tout ! Ils portent haut comme d’habitude et leur cynisme n’a pas pris une ébréchure.

Ceux qui imaginaient que les aides gouvernementales avaient vocation à permettre aux banques de redémarrer les émissions de crédit aussi vite que possible risquent donc d’en être pour leurs frais – c’est le cas de le dire. Quatre jours après avoir aimablement encaissé 25 milliards de dollars de recapitalisation au bon cœur du contribuable étasunien, Jamie Dimon, le président de JP Morgan Chase livre dans une conférence interne sa vision de leur meilleure utilisation [1]. Il n’y est nulle part question du moindre crédit supplémentaire à l’économie.

Davantage, en revanche de financer les suites opérationnelles de l’intégration récente de Washington Mutual, et surtout d’accumuler les moyens de nouvelles acquisitions car, on ne le dit pas assez, les crises sont des périodes fastes si on sait les prendre du bon côté : les mal-portants sont légions et leurs cours de Bourse anéantis les désignent comme des proies excellent marché pour ceux qui restent à peu près à flots… et peuvent compter sur les concours financiers de l’État pour financer leurs emplettes. « Je pense qu’il va y avoir de grandes opportunités pour nous dans cet environnement » [2] déclare sans l’ombre d’un embarras de conscience l’un des dirigeants de JP Morgan, « et je crois que nous avons l’occasion d’utiliser ces 25 milliards de dollars de cette façon » – pour le coup, on peut leur faire confiance.

Au moment où la crise fait exploser à la face de l’opinion publique internationale ce mélange, auquel aucune autre corporation ne résisterait, de rémunération obscène, d’incompétence manifeste et d’irresponsabilité sans borne – puisque raflant les profits de la bulle, la finance laisse les dégâts du krach à toute la collectivité … avant de l’appeler à son secours ! –, il y a dans le cynisme bancaire une constance et une fraîcheur inentamée qui finiraient presque par forcer l’admiration.

Dans le cas de la banque britannique Barclays, c’est l’absence complète de remords et une forme d’intransigeance idéologique acharnée qui étonnent le plus. Car Barclays, elle, ne veut pas de l’État. Ni de son secours ni, surtout, de sa présence. C’est que le gouvernement britannique, qui a un peu plus de suite dans les idées que les autres, a décidé que financer c’était nationaliser, fut-ce partiellement, et que nationaliser c’était avoir voix au chapitre.

Or le gouvernement a laissé entendre qu’il entrait dans « la voix au chapitre » de reprendre la main sur les rémunérations des banquiers et d’y mettre bon ordre. Bien sûr on n’imagine pas d’agression caractérisée, juste le minimum cosmétique permettant de calmer momentanément la fureur du public.

Mais même de ce minimum, Barclays ne veut à aucun prix. Son président Bob Diamond, que son nom prédestinait sans doute aux bonus exorbitants, n’a-t-il pas empoché 20 millions de livres au titre de l’année 2007 ? Il ferait beau voir que l’État, socialiste par nature, lui impose de renoncer si peu que ce soit à la juste rémunération de ses mérites. Aussi, plutôt que d’en venir à cette abomination dernière, et parce que tout de même ses pertes rondelettes la contraignent à la recapitalisation, Barclays a-t-elle imaginé, sur le mode du « tout mais pas ça », d’échapper à l’État en se jetant dans les bras d’investisseurs du Qatar et d’Abu Dhabi [3].

Ce n’est pas d’en appeler à tel investisseur plutôt qu’à tel autre qui soit remarquable ou discutable en soi, ce sont plutôt les conditions dans lesquelles on sollicite les uns pour ne pas vouloir de l’autre. Car la secourable entrée des investisseurs du Golfe a son prix qui défie la rationalité économique.

Il faut dire qu’en matière de recapitalisation des banques occidentales, les fonds souverains ont déjà donné… et s’en souviennent encore : persuadés qu’avec la déconfiture de Bear Stearns et son sauvetage par les autorités étasuniennes, la crise avait atteint son point extrême et que les valeurs ne pouvaient que remonter, les fonds souverains avaient jugé venu le moment de leur entrée en scène sur le double mode de la générosité salvatrice et de la bonne affaire opportunément ramassée. Las, c’était en mars 2008, et l’on sait ce qui est advenu depuis… Pour les convaincre d’y revenir après la saint Barthélémy de l’automne, il fallait y mettre le prix.

Au nom de l’intégrité du privé et de la préservation des bonus, Barclays y était prête. Mais quel prix ! Le gros de l’opération de recapitalisation (3 milliards de livres) consiste en un paquet d’actions préférentielles destiné aux deux fonds souverains. Là où les actions ordinaires sont rémunérées par un dividende, dont chacun sent bien qu’il sera probablement maigrelet dans les années qui viennent, les actions préférentielles, assimilées à une participation en capitaux propres, ont le délicieux avantage de jouir néanmoins d’une rémunération garantie, à l’image des obligations.

Or la garantie dont Barclays gratifie ses nouveaux actionnaires n’est pas mince : 14% avant impôt jusqu’en 2019… Certes les actionnaires ordinaires ne sont pas non plus des amis du socialisme, mais certains d’entre eux commencent à l’avoir mauvaise au moment où ils réalisent que Barclays envisagent de payer à leurs frais sa détestation de l’État et sa préférence pour les bonus.

Il est vrai que faire ceinture alors que les deux nouveaux entrants sont accueillis avec du 14% garanti sur dix ans n’entre dans aucune définition, même très élastique, de l’équité – précisons : de l’équité interactionnariale. Et ceci d’autant moins qu’à 3 milliards de livres d’actions préférentielles plus 2,8 autres d’actions convertibles réservés aux mêmes, et un paquet supplémentaire de warrants, la recapitalisation a des effets dilutifs dont les actionnaires ordinaires sont les premières victimes.

La présence d’« actionnaires » et « victimes » dans la même phrase, le second s’appliquant au premier, laisse immanquablement une impression bizarre. Mais, on l’aura compris, il s’agissait moins d’invoquer les normes de la justice absolue que de montrer jusqu’où le capital privé se montre prêt à aller pour échapper à la nationalisation et préserver la souveraineté de l’argent.

Et de suggérer par là combien ce genre de spectacle rend d’autant plus impérieuses les envies de nationalisation, d’ailleurs sous une forme qu’on voudrait particulièrement brutale. On objectera sans doute que ce sont là des arguments sanguins qui ne devraient pas avoir part à la décision. C’est un point de vue.

Évidemment il faut avoir un œil de colin froid pour s’y tenir, et tout le monde n’a pas cette chance. De moins en moins de monde au demeurant. Un sondage réalisé auprès de 115 directeurs financiers de grandes entreprises étasuniennes révèle que 58% d’entre eux s’attendent à ce que l’argent public reçu par les banques servent surtout à financer de nouvelles acquisition ou (pour 40% des répondants) à maintenir rémunérations et bonus [4].

On ne s’attardera pas sur les mérites scientifiques d’un sondage probablement pire que la moyenne d’un genre génériquement avarié, si ce n’est pour en retenir l’information brute qu’il se trouve tout de même un nombre considérable de directeurs financiers désabusés au point de soupçonner à leur tour les banques de recevoir l’argent du contribuable avec toutes les intentions du monde, sauf celle de prêter. Il devrait être assez clair que les directeurs financiers étasuniens ne sont pas par principe ennemis des grasses rémunérations. Mais, que celles des banquiers soient maintenues par les fonds des plans de sauvetage publics, même à eux la chose semble discutable…

• En situation de récession : la nationalisation-coordination

Quand bien même elle n’aurait que ces arguments-là en sa faveur, la nationalisation punitive du secteur bancaire ne serait pas moins entièrement justifiée. Il se trouve qu’elle en a d’autres, sans doute plus recevables pour le lecteur moins intempérant, et, il est vrai, plus analytiques. On les trouverait, pour commencer, dans le droit fil du grand troc implicite – dont les États sont les dindons – qui voulait échanger aides publiques contre reprise du crédit.

Le gouvernement français s’ahurit d’avoir été floué et découvre qu’ayant tout fait… il n’a aucun pouvoir dans les banques renflouées ! L’eût-il vraiment désiré, il lui aurait suffi de s’en donner les moyens, et notamment d’intervenir en fonds propres afin d’avoir aux conseils des banques une participation politique proportionnée à sa participation financière. Mais, pour l’heure, le gouvernement a choisi des instruments de dette, suffisamment sophistiqués pour, moyennant quelques torsions réglementaires, avoir l’air de recapitaliser… sans véritables apports de fonds propres.

Les 10,5 milliards d’euros apportés à six banques (BNP Paribas, Crédit agricole, Banques populaires, Crédit Mutuel, Société générale, Caisses d’épargne) fin octobre 2008, ont pris la forme de dettes hautement subordonnées, dont l’exigibilité est la plus faible possible, au point de les assimiler à de quasi-fonds propres. La dette subordonnée est ainsi admissible pour la constitution de la base de capitaux propres entrant dans la définition du ratio de solvabilité Tier-1 pourvu qu’elle ne dépasse pas une certaine proportion. Le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, a offert son concours à la discrète modification réglementaire qui a permis de relever la part maximum de la dette subordonnée de 25 à 35% du total des capitaux propres « Tier-1 »…

On comprend bien l’avantage du point de vue des finances publiques : par construction, la dette subordonnée doit être remboursée – en l’occurrence son échéance est de cinq ans, et elle porte un taux d’intérêt supérieur de 400 points de base aux taux des titres d’État de même maturité, ce qui, si aucun des renfloués ne fait faillite entre temps, rend ce concours de l’État réversible et en fait même une assez bonne affaire.

On en comprend symétriquement les inconvénients pour les banques : il s’agit d’une « recapitalisation »… mais temporaire, puisque, au moment du remboursement, les ratios de capital des banques perdront instantanément ce qu’ils avaient gagné au moment de recevoir les fonds – en fait l’État gagne du temps et espère que d’ici 2013 les banques auront refait du gras.

On en voit enfin les limites du point de vue de la puissance publique qui voudrait obtenir des banques qu’elles se remettent à prêter en contrepartie de ces aides, puisque la différence entre « vrais » fonds propres et « quasi fonds propres », c’est le droit de vote ! La dette subordonnée n’est assimilable à du capital propre que d’un point de vue strictement comptable et réglementaire ; elle reste séparée des actions en cela qu’elle ne confère aucun droit « politique » à son porteur en assemblée générale des actionnaires ou, mieux, au conseil d’administration.

L’État apporte donc des milliards, mais sous une forme qui le prive d’emblée de toute influence stratégique. C’est pourquoi le désarroi du gouvernement, qui pensait les banques bonnes filles et prêtes à se sentir ses obligées, fait peine à voir. La morale de la réciprocité n’a jamais vraiment été leur truc et, si encaisser les aides sans être formellement contraintes de prêter s’avère de leur point de vue plus confortable qu’encaisser les aides et prêter, il ne devrait pas y avoir lieu de s’étonner qu’elles choisissent la première solution, sauf persistance attardée d’une âme d’enfant ou accès de débilité profonde.

Quand bien même, par une sorte de miracle moral incompréhensible, les banques ne suivraient pas leur ligne de plus grande pente du cynisme opportuniste, leur réticence à prêter ne serait pas aisément surmontée. Car le bon vouloir n’est pas seul en cause dans cette affaire et il est rationnel pour une banque confrontée à un contexte macroéconomique extraordinairement adverse de retenir ses émissions sauf à prendre le risque de voir ses prêts nouvellement accordés tourner très rapidement en mauvaises créances.

Le propre d’une récession aussi violente que celle qui s’annonce est de transformer des agents économiques sains ex ante en futurs mal-portants. Dans ce processus, les banques contribuent activement, quoique à leur corps défendant, à faire advenir cela même qu’elles redoutent le plus, puisque leurs propres décisions de restriction du crédit, sur la foi d’une anticipation de dégradation prochaine, privent les agents des avances qui leur permettent ordinairement de relancer les productions, et mettent en panne l’ensemble des dynamiques offres-demandes – des demandes des uns qui soutiennent les offres des autres.

On pourrait même, si l’on voulait, prêter aux banques une conscience lucide de cet effet pervers, elles n’en pourraient mais. C’est là un problème typique, peut-être le problème par excellence, des économies de marché, c’est-à-dire des économies où des unités productives indépendantes se déterminent sur une base privative et en dehors de toute coordination globale ex ante : nul ne choisira d’y aller seul contre une tendance d’ensemble défavorable… et par conséquent les réactions individuelles – et rationnelles – de repli face à la tendance ont pour seul effet de valider et d’amplifier la tendance.

Pour qu’une banque consente à prêter, il lui faudrait la certitude que toutes les autres prêteront avec elle et que sa propre contribution ne sera pas qu’un coup d’épée isolé dans l’eau d’une mer démontée. La caractéristique de la coordination bancaire dans ce genre de situation est donc qu’elle porte avec elle ses propres conditions de réussite : si toutes les banques prêtent simultanément, la conjoncture reçoit un puissant soutien d’ensemble et les agents solvables sont maintenus dans leur solvabilité puisqu’ils disposent des moyens de reconduire des productions viables.

Mais précisément, l’économie de marché est par construction une forme économique dans laquelle la coordination fait constamment problème. Aussi toutes les banques s’apprêtent-elles à observer chacune par devers elle, les désastres globaux, y compris pour elles-mêmes individuellement, de la coordination manquante.

Cette coordination, dont les agents privés livrés à eux-mêmes sont incapables, ne peut donc venir que du dehors : d’une main visible et suffisamment puissante pour prendre les commandes et imposer à tous de se régler sur une certaine ligne de conduite qui leur est mutuellement avantageuse. Or, on l’aura pressenti, il n’est pas d’autre main visible de cette sorte que celle de l’État.

Si, comme il est répété en boucle, mais pour une fois à très juste titre, la récession est le produit direct de la violente contraction du crédit et que, a contrario, seule une restauration des conditions antérieures du crédit permettrait d’éviter le pire qui s’annonce, alors le problème de coordination qui s’y oppose pour l’heure détermine de lui-même sa solution : synchroniser la reprise du crédit par toutes les banques, et non pas simplement par une poignée de banques aidées, sous le commandement autoritaire de l’État.

Et comme, avec les banques, la simple prière n’est pas tout à fait suffisante, le modus operandi de la manœuvre s’en déduit : la prise des commandes par la nationalisation, accompagnée le cas échéant – probablement il écherra – de toutes les facilités de refinancement nécessaire dont les autorités étasuniennes sont en train de montrer à quelle échelle phénoménale il est possible de les déployer.

• La sécurité des encaisses monétaires est un bien public vital (qu’on ne confie pas à des intérêts privés)

On fera remarquer que cet argument inscrit la nationalisation dans la particularité d’une situation conjoncturelle, par nature transitoire, et qu’il ne saurait lui donner les justifications d’une disposition permanente. Or ces justifications existent, elles sont fournies comme jamais par la crise financière elle-même. Contre la puissance des effets d’amnésie il faut en effet se souvenir de ces semaines de septembre-octobre 2008 au cours desquelles la possibilité de l’effondrement total des institutions bancaires et financières des principaux capitalismes est restée comme suspendue.

Qu’un hebdomadaire aussi peu suspect de complaisances altermondialistes que The Economist titre à sa une « Le monde au bord du gouffre » devrait en dire assez long sur l’état de péril extrême où les dérèglements de la finance ont porté les sociétés. « Les sociétés » en effet et pas seulement « les économies » car la matérialisation d’un risque systémique géant signifie l’évaporation instantanée de toutes les avoirs et encaisses monétaires… pour tout le monde.

C’est l’événement maximal en économie et, précisément parce qu’il est maximal, il cesse ipso facto d’être exclusivement économique puisque il a pour effet de plonger toute la société dans un chaos violent au moment où la totalité des agents, entreprises mais surtout ménages, se retrouvent privés absolument des moyens de faire face aux exigences élémentaires de leur survie matérielle dans une économie monétaire à travail divisé.

C’est une situation tellement exceptionnelle qu’aucun effort d’imagination n’est suffisant pour se la figurer adéquatement et pour se représenter l’état de destruction sociale qui en résulterait. À défaut, au moins a-t-elle la vertu de faire mieux voir ce que la routine des temps ordinaires rejette dans un parfait oubli, à savoir que la sûreté des encaisses n’est pas à proprement parler une donnée de nature économique : elle est un pré-requis à toute activité économique possible ; en termes savants (ou pédants) on pourrait dire qu’elle est le transcendantal de l’économie, c’est-à-dire sa condition de possibilité même.

Si donc on prend au sérieux que les dépôts, les épargnes et des possibilités minimales de crédit doivent être considérés comme des biens publics vitaux pour la société marchande, il s’en déduit qu’on n’en remet pas la garde à des intérêts privés, à plus forte raison quand ils sont aussi mal éclairés que des banques profondément engagées dans les activités de marchés financiers et sans cesse exposées à leurs tendances déséquilibrantes.

Par une association d’idées bien fondée, on peut difficilement s’empêcher de songer à cet autre bien public vital pour la société qu’est la sûreté nucléaire et de ce qu’il pourrait en résulter qu’ils aient été « confiés » à des actionnaires privés, dirigés par l’unique critère de la rentabilité des capitaux propres. Et quand bien même l’évocation du risque qui découle de cette extraordinaire décision n’appelle qu’un simple conditionnel – « ce qui pourrait résulter » – c’est encore beaucoup trop quand il est question d’une question aussi grave.

Un deuxième argument de principe prolonge très naturellement le précédent – car, même à une lecture de mauvaise volonté, il devrait apparaître qu’on n’est plus là dans le registre des impulsions sanguines ou, un peu mieux, des considérations simplement conjoncturelles.

C’est une idée assez robuste en effet qu’une structure vitale pour la société doit être conçue et configurée pour résister, non pas aux contraintes des temps ordinaires, mais à des événements exceptionnels. Pour filer la métaphore nucléaire, le dimensionnement de l’enceinte de confinement d’un réacteur ne retient pas pour hypothèse la chute d’un canard épuisé mais celle de l’écrasement d’un avion. Ce n’est pas que les avions aient une telle propension à aller au sol inopinément et spécialement à cet endroit où le réacteur est construit.

Mais, pour si improbable que soit la réalisation de ce risque-là, c’est bien lui qui est retenu comme criterium pour cette seule raison que son occurrence entraînerait pour la société des dommages incalculables.

Par conséquent, ce sont les événements extrêmes qui décident de la configuration de la structure vitale – par anticipation prudente ou par longue méditation des cuisantes expériences du passé.

Or, ça tombe bien : un événement extrême, en matière de finance, nous venons d’en avoir un ! Et la solution s’est imposée d’elle-même : on a nationalisé !

Une succulente ironie historique et politique veut que ce soient des gouvernements idéologiquement libéraux qui y aient été contraints, envers et contre toutes les préventions de leurs archaïques doctrines – il va sans dire que tombe de plein droit dans cette catégorie le gouvernement britannique du faux-Labour (Fake Labour ou peut-être, pour la paronymie, Few Labour), appellation à la vérité beaucoup plus adéquate que celle aveuglément reprise du New Labour, comme si l’étiquette de la « nouveauté » comme oripeau destiné à faire passer une trahison manifeste pouvait tromper quiconque.

Ainsi l’événement extrême a parlé et, par l’argument qui précède, il impose ses réquisits comme configuration, mais permanente, de la finance.

Ce réquisit, c’est la nationalisation.

Des conditions de viabilité de la nationalisation

Dire cela n’est pas ignorer les exigeantes conditions de viabilité dont devrait être muni un projet de nationalisation bancaire. Car nul n’ignore en effet les dégâts que peuvent produire, au sein même du secteur public, supposément gouverné par une « autre logique », la cohabitation avec des entités privées, elles entièrement vouées à la profitabilité.

Le cas du Crédit lyonnais a suffisamment montré les limites de la tutelle publique à l’époque néolibérale – il est vrai que depuis ce moment inaugural de 1984 ou Laurent Fabius, premier ministre assigna aux entreprises publiques pour unique objectif de « faire du profit », la tutelle en question a perdu jusqu’au sens de sa vocation spécifique et n’a plus été capable de concevoir ni de commander quoi que ce soit qui diffère significativement des objectifs du privé, de fait reconnus comme seuls légitimes.

C’est sans doute la raison pour laquelle le Lyonnais jouant à la croissance indéfinie de la part de marché et du profit – comme les « vrais » – mais adossé à la garantie publique a fini dans l’état qu’on sait. Et c’est la même raison, par parenthèses, qui permet d’affirmer dès aujourd’hui, et sans grand risque de se tromper, qu’une Poste au capital ouvert, enfin autorisée – ses dirigeants en rêvent depuis si longtemps – à « jouer à la mondialisation », qui plus est assise sur le tas d’or des livrets A, est vouée à n’avoir bientôt plus en tête que l’activité de marchés (moderne et qui rapporte) au lieu du courrier (ennuyeux et qui coûte), mais surtout à prendre date dès maintenant pour un de ces désastres où mène fatalement la létale combinaison de l’inexpérience, du ravissement des tard venus et de l’empressement de celle qui voudra au plus vite « avoir tout d’une grande ».

À plus forte raison quand elle a perdu jusqu’à son identité pour avoir tout cédé aux logiques du marché, la tutelle publique n’est donc pas en soi suffisamment puissante pour contenir les dérives qui résultent de la concurrence avec le privé, et spécialement quand tout ce petit monde s’ébat joyeusement dans un univers dont les perspectives de profitabilité sont hors du commun, et partant irrésistiblement tentantes, comme c’est le cas de la finance de marché.

C’est la raison pour laquelle la cohabitation des entités privées et publiques doit être limitée au maximum, argument qui plaide sinon pour une nationalisation intégrale du crédit, du moins pour un secteur public très majoritaire.

• Nationalisation ou non-privatisation bancaire ?

Il est pourtant permis de se demander si l’argument central, celui qui reconnaît à la sécurité des dépôts le statut d’un bien public, ne devrait pas moins conduire à une conclusion de nationalisation qu’à une conclusion de « non-privatisation » – ce qui n’est pas exactement la même chose.

Car il est vrai que la nationalisation bancaire à grande échelle se heurte à une réserve sérieuse. On pourrait même dire : à une réserve essentielle, puisqu’elle est liée au fait même que l’État détiendrait le contrôle direct de tous les moyens de crédit. C’est là le type même de proposition bien faite pour mettre de travers tous ceux qui considèrent que la captation du pouvoir d’émission monétaire par des agents privés est en soi un scandale et qu’un pouvoir si stratégique se devrait d’être entièrement rendu à la souveraineté populaire, c’est-à-dire domicilié en l’État. Il y a beaucoup de choses justes dans cet argument-là… à part son ultime conclusion – et ceci, alors même qu’elle semble devoir s’imposer sans coup férir dès lors qu’on en a admis les prémisses !

[bgcolor=#FFFF99]Où la question des institutions bancaires croise celle de la création monétaire[/bgcolor]

On ne peut qu’être étonné – et réjoui – de l’ampleur prise par ce débat qui a d’abord fait son chemin sur Internet à partir de la vidéo de Paul Grignon, Money as debt, mais qui reçoit un fameux coup de main de la crise financière – a-t-on jamais autant parlé qu’aujourd’hui de banques et de liquidités ?..

Trop habitués à la parlotte entre initiés mais surtout persuadés de leur monopole « naturel » sur la chose économique, les économistes ne pouvaient imaginer un seul instant voir débarquer dans les cénacles bien propres de l’académie une horde de mal-élevés décidés à se saisir de la question monétaire.

Mais les manants ne respectent rien et eux qui ont été si longtemps et si soigneusement tenus à l’écart des débats économiques ont décidé d’un coup que ces choses-là les concernaient aussi et qu’à défaut de se les voir expliquer ils s’en saisiraient eux-mêmes. Seul un réflexe d’ordre, hélas trop prévisible, peut avoir conduit certains économistes, nouvelle noblesse de robe, à s’être scandalisés et à avoir pris pour une insupportable intrusion dans le champ de leurs questions réservées ce qui devrait être tenu pour le plus admirable des réflexes démocratiques : le tiers-état s’intéresse.

À la décharge des clercs, il faut bien reconnaître que ce débat « parallèle » sur la création monétaire a été lancé de la plus maladroite des manières et que le sens commun académique a quelques bonnes raisons de renâcler aux accents légèrement paranoïaques de la vidéo de Paul Grignon qui, sur fond de musique inquiétante, dévoile la formidable conspiration : la monnaie est créée ex nihilo par les banques…

Évidemment, le goût du sensationnel en prend un coup sitôt découvert que la conspiration de la création monétaire ex nihilo fait l’objet des enseignements de première année universitaire, et même des lycées, à l’occasion desquels la « révélation » a jusqu’ici provoqué peu d’évanouissements. Une bonne moitié de la vidéo-scoop de Grignon était donc déjà en vente libre et disponible dans n’importe quel manuel pour classes de Terminale SES…

Le principe symétrique du droit absolu de saisine des « amateurs », et de leur droit d’effraction dans les débats des « professionnels », devrait donc consister en un minimum de respect pour la division du travail et une obligation, non pas bien sûr d’avoir préalablement accumulé une connaissance « professionnelle », mais au moins de ne pas imaginer « tout inventer », de cultiver le doute méthodique que « la » question (n’importe laquelle) a dû être déjà travaillée, et de faire l’effort minimal « d’y aller voir avant » – manière d’éviter les boulettes du type « complot monétaire »…

On pourrait cependant aussi imaginer que la position même du « savoir » devrait valoir à ceux qui l’occupent une sorte de devoir d’indulgence, pour mettre tout ça de côté. Et en venir plus rapidement aux vraies questions.

Quitte à résumer grossièrement, il semble que l’objet du tumulte tourne autour des éléments suivants :

  1. On croyait la création monétaire le fait de l’État – l’État n’était-il pas réputé « battre monnaie » ? – ; on découvre que c’est plutôt l’affaire des banques privées.

  2. Non contente d’être privée, l’émission monétaire-bancaire s’effectue ex nihilo. Or ce qui ne coûte rien à « produire » (l’octroi de lignes de crédit) est facturé quelque chose : le taux d’intérêt. La chose n’est-elle pas profondément illégitime ? Nul ne questionne le privilège de quelques institutions privées, seules détentrices du droit de création monétaire, et encore moins les conditions réelles de leurs profits.

  3. Un qui sait combien l’intérêt lui coûte, c’est l’État. Le service de la dette publique n’engloutit-il pas bon mal an l’équivalent des recettes de l’impôt sur le revenu ? Certes, ce ne sont pas des banques qui le lui facturent (l’État s’endette sur les marchés), mais – retour au point 1 – si l’État disposait du droit de création monétaire, il pourrait en profiter – lui, c’est-à-dire la collectivité des citoyens-contribuables – et, pour peu qu’il soit raisonnable, réserver « sa » création monétaire au financement de l’avenir, c’est-à-dire des biens d’équipement de la nation, le tout bien sûr à intérêt nul, donc avec les économies qu’on imagine.

  4. Or il se trouve que les facilités monétaires que lui accordait la Banque de France ont été interdites par la loi de 1973, et que le verrouillage est devenu quasi définitif avec l’article 123 du Traité européen (Lisbonne) qui prohibe formellement toute avance de la BCE aux États membres.

Il faut bien reconnaître que l’idée de la création monétaire ex nihilo est suffisamment contre-intuitive et suffisamment contraire aux représentations spontanément formées par le sens commun en matière monétaire pour justifier l’effet de stupéfaction qu’entraîne presque systématiquement son énoncé.

Car le sens commun se figure le banquier comme l’homme aux écus – il n’a pas totalement tort… – assis sur un tas d’or préalablement accumulé et par conséquent disponible pour être ensuite prêté.

C’est là, au sens strict des termes, confondre la finance, où des détenteurs de capitaux déjà accumulés prêtent à des demandeurs de fonds, et la banque, dont l’action caractéristique est le crédit, qui procède par simple écriture et met des fonds à disposition hors de toute accumulation préalable, et sous la forme de la bien nommée monnaie scripturaire, simplement en créditant des comptes d’agent.

La voie étroite (mais praticable) entre instabilité privée et sur-émission publique

Dans La violence de la monnaie [5], Michel Aglietta et André Orléan ont montré l’importance pour tout système bancaire de réaliser un compromis institutionnalisé entre les deux modèles polaires antagonistes de la centralisation et du fractionnement.

Le modèle fractionné pur remet intégralement la création monétaire à des banques privées. Ce sont donc des monnaies scripturaires idiosyncratiques qui se trouvent émises dans cette configuration – en quelque sorte la banque A émet des « euros-A », la banque B des « euros-B », et ces différentes monnaies sont soumises en permanence à une épreuve de convertibilité de marché, à des taux évidemment fluctuants selon la qualité anticipée de leurs émetteurs respectifs : rien ne garantit a priori l’équivalence 1:1 des euros-A, B, etc.

Un système bancaire fractionné pur est, par construction, d’une extraordinaire instabilité, entre autres parce que le taux de change des monnaies internes est laissé à des mécanismes de marché.

Tel n’est évidemment pas le monde dans lequel nous vivons, quoique les banques y émettent de la monnaie sur la même base décentralisée, scripturaire et fiduciaire. Mais, et c’est une différence fondamentale, les banques jouissent en fait d’une sorte de délégation, ou de concession d’émission monétaire accordée par le pôle public (concrétisée par une autorisation bancaire), et, surtout, la variété des monnaies bancaires idiosyncratiques est ré-homogénéisée sous l’espèce du cours légal, c’est-à-dire de la convertibilité instituée (et non de marché) de toutes les monnaies bancaires en la monnaie « banque centrale » : 1 euro-A = 1 euro-B =… = 1 euro Banque centrale.

L’institution du cours légal est adossé au circuit du refinancement bancaire par lequel les soldes interbancaires sont exclusivement réglée en monnaie centrale (la monnaie émise par la banque centrale) laquelle s’établit alors comme clé de voute du système et place toutes les émissions monétaires privées sous sa fédération homogénéisatrice.

Cette emprise du pôle public sur les émetteurs privés de monnaies (monnaies certes privées à leur émission mais aussitôt « déprivatisées » par la contrainte institutionnelle du cours légal et par l’homogénéisation qui résulte de leur circulation dans le circuit interbancaire dominé par la banque centrale) est l’expression même du compromis institutionnalisé entre fractionnement et centralisation, là où un système centralisé pur ne connaitrait en définitive que le seul émetteur public de monnaie : une monobanque tout à la fois banque centrale et banque commerciale agissant au travers du réseau de ses succursales.

Certes le réseau des « agences » de la monobanque « décentralise » en quelque sorte l’émission de crédit en la branchant sur les conditions locales réelles du tissu économique dont les agences, sur place, ont la connaissance fine.

Mais l’émission du crédit n’en est pas moins dans la main exclusive d’un pôle étatique unifié et, si cette propriété a pour avantage (théorique) la possibilité d’un contrôle démocratique souverain, elle a aussi pour rude inconvénient de remettre la totalité de la création monétaire à un agent – l’État – dont nul ne peut faire l’hypothèse qu’il l’utilisera pour le meilleur seulement.

Dire cela n’est pas affaire de stigmatisation par principe de l’État qui serait par essence moins vertueux ou efficace que « le privé » – il faudrait être particulièrement à la masse pour soutenir de pareilles âneries au moment où la finance privée offre le spectacle de destructions de valeur jamais vue dans toute l’histoire du capitalisme…

Mais la méfiance est légitimement suscitée par la taille et la puissance, qui permettent d’anticiper l’abus, la déraison ou la démesure, et elle doit l’être tout particulièrement quand il est question d’un concentré de violence aussi explosif que la monnaie.

Car la monnaie est en soi une puissance sociale, dont toutes les autres puissances de la société, grandes ou petites, privées ou publique, cherchent frénétiquement à s’emparer. La monnaie est le méta-bien, c’est-à-dire le bien particulier qui, dans la société marchande, donne accès à tous les autres biens. Elle est donc l’instrument générique du désir. Tous les désirs d’objet de la société marchande passent par elle – la littérature, le théâtre, le cinéma, les plus inspirés comme les plus médiocres, ont-ils jamais cessé de faire fonds sur ce pouvoir magnétique de l’argent-talisman ?

C’est pourquoi il ne faut escompter aucune modération ni aucune régulation interne au désir d’argent, et qu’on voit mal par quel miracle l’État unique détenteur des moyens de la création monétaire résisterait à la tentation de devenir « émetteur pour compte propre ».

C’est la raison pour laquelle il est permis de redouter que le pôle étatique unifié du crédit cède plus souvent qu’à son tour à la tentation de substituer aux critères de la sélectivité économique qui régissent normalement les octrois de crédit, des critères de sélectivité politique avec les risques de surendettement et de mauvaises créances qui vont avec, et plus encore à la tentation d’apporter des solutions monétaires à des conflits qui n’ont pas réussi à être réglés politiquement.

Il n’y a sans doute pas d’huile plus efficace à mettre dans les rouages politiques que de la monnaie – à court terme. N’importe quel trouble social ou presque doit pouvoir être éteint avec de la monnaie supplémentaire, formidable adjuvant qui dispense de tous les douloureux arbitrages auxquels sont systématiquement reconduites des finances publiques sous contrainte budgétaire.

Or l’État est, par construction, le lieu où se totalisent la plupart des conflits sociaux et on imagine sans peine la propagation comme traînée de poudre qui résulterait d’un conflit social difficile auquel l’État aurait apporté une solution monétaire « pure » [6], à l’issue de quoi il deviendrait réputé que le robinet monétaire est politiquement disponible et potentiellement ouvert, et qui verrait aussitôt se précipiter tous les secteurs de la société pour obtenir par les mêmes voies des avantages équivalents. Il faut tenter de se figurer la puissance du désir de monnaie qui s’emparerait de toute la société et la ruée générale vers l’« État-monétaire » qui s’ensuivrait, pour se faire une idée de la violence politique et sociale qu’enferme la monnaie.

Là où le pôle fractionné pur est menacé par l’instabilité et la déflation, le pôle centralisé pur est donc, lui, exposé au risque permanent de la sur-émission, du surendettement et de l’inflation, c’est-à-dire au risque de l’État-puissance toujours tenté d’ajouter la puissance sociale de la monnaie à la sienne propre.

Avertir du risque d’abus monétaire d’État n’est nier ni que les allocations monétaires du privé peuvent être fameusement aberrantes, ni qu’il soit possible d’imaginer en principe une politique de crédit public éclairée et justifiée par le financement de besoins sociaux. Ainsi, par exemple, la sélectivité politique, à laquelle il a été fait référence, n’est pas en soi un critère illégitime de l’orientation des crédits – il est très possible par exemple d’envisager de soutenir en crédits des entités chroniquement déficitaires du fait, par exemple, de sujétions de service public, là où bien sûr aucun prêteur privé ne s’engagerait.

Mais c’est que la sélectivité politique devienne l’unique critère, et qu’elle prenne le pas systématiquement sur la sélectivité économique qui présente un risque : celui, microéconomique, de l’émission de crédits qui ne seront pas remboursés, et celui, macroéconomique, de la surémission inflationniste.

Or les occupants de l’État poursuivent des objectifs avant tout politiques, et notamment ceux de leur pérennité au pouvoir, objectifs qui menacent de se subordonner tous les moyens disponibles, y compris les moyens monétaires. Aussi, quitte à insister un peu lourdement, il faut redire que la monnaie n’est pas un pur instrument en attente de ses usages rationnels et qu’il n’y a sans doute pas pire erreur que de prendre sur elle le point de vue étroitement techniciste de « l’ingénieur » : la monnaie est du concentré de désir, et c’est à l’aune de cette charge de violence et de démesure, telle qu’elle en fait un objet quasi-anthropologique, qu’il faut en envisager le maniement et les formes d’institutionnalisation. La grande leçon de « La violence de la monnaie », c’était qu’en matière monétaire les modèles polaires purs sont dangereux et qu’il n’y a pas d’autre voie que celle du compromis institutionnalisé entre les principes antagonistes du fractionnement et de la centralisation, de l’État instance de la volonté souveraine et de l’État abuseur monétaire potentiel, etc.

• Les structures d’un système socialisé du crédit

Reste que, des compromis institutionnalisés, il peut s’en concevoir de nombreux et de fort différents. Celui dans lequel de fait nous nous trouvons a largement fait la démonstration de ses tares à l’occasion de la crise financière : les concessionnaires privés de l’émission monétaire n’ont eu de cesse de sur-émettre du crédit en direction des opérateurs de la finance de marché, nourrissant la plus extravagante crise de mauvaises dettes qu’on ait jamais vue.

Pour autant, la nationalisation à grande échelle d’urgence ne devrait être qu’une étape de transition et à terme muter vers une réorganisation complète des structures monétaires et bancaires, restaurant le compromis centralisation-fractionnement, mais évidemment sous des formes qui ne reconstituent pas le système antérieur, c’est-à-dire sous des formes qui refractionnent le système bancaire mais en redéfinissant radicalement le statut des concessionnaires.

« Refractionner », c’est, à l’encontre de l’unification publique du système du crédit, reconnaître le principe même de la délégation-concession de l’émission monétaire et, plus encore, maintenir l’autonomie opérationnelle des concessionnaires.

Mais le point important, appelé à faire véritablement rupture, réside dans la redéfinition de leur statut, et consiste notamment à placer explicitement la concession sous un principe de service public, comme il convient si l’on prend au sérieux l’idée – directrice – que les dépôts et les épargnes sont des biens publics vitaux pour la société.

Aussi cette redéfinition statutaire pourrait-elle s’effectuer selon l’esquisse de cahier des charges suivant :

  1. Les concessionnaires de l’émission monétaire ne sauraient être des sociétés privées par actions.

  2. Ni entités actionnariales privées, ni entités publiques sous le contrôle direct de l’État, les concessionnaires devraient être des organisations sinon non-profitables, du moins à profitabilité encadrée, c’est-à-dire limitée.

L’occasion est donnée de répondre aux préoccupations de ceux qui partant de l’idée de création monétaire ex nihilo en déduisent l’illégitimité de principe de l’intérêt. Il faut reconnaître que la remarque ne peut pas laisser indifférent… Si la « production du service bancaire », à savoir l’émission du crédit, ne coûte rien, puisqu’elle ne nécessite aucune accumulation de fonds préalable, il est vrai que le fait qu’elle soit consentie à titre onéreux a du mal à passer.

La réalité est cependant un peu différente du schéma théorique pur.

En premier lieu, les institutions bancaires ont à couvrir des coûts de structure. Ensuite, et surtout, quoique procédant en principe à des émissions ex nihilo, les banques ne sont pas pour autant dégagées de toute nécessité de financement.

Une part des crédits est adossée à des accumulations préalables.

Mais surtout, le règlement des soldes interbancaires s’effectue en monnaie centrale et celle-ci n’est fournie… qu’aux guichets de la banque centrale, et moyennant intérêt – le taux directeur.

On pourrait cependant tirer la synthèse de tous ces éléments et considérer que, oui, la modalité « ex nihilo » rend abusive la facturation aux clients des banques d’un intérêt sur la totalité des encours de crédit mais, non, il n’est guère imaginable que ces crédits soient alloués à taux nul puisque les banques ont des coûts à couvrir, et notamment des coûts variés de refinancement.

En conséquence, le prix du crédit pourrait être formé sur la base du taux directeur de la banque centrale [7] mais au prorata de la part des encours effectivement refinancée – plus un petit quelque chose pour couvrir les coûts de structure et fournir une marge modérée permettant de financer des investissements de développement matériel et technique.

L’intérêt coût du crédit… et régulateur de l’émission monétaire

L’erreur, cependant, des « critiques de l’intérêt » consiste à ne le regarder que comme un simple prix, dont la légitimité reposerait en dernière analyse sur la réalité des coûts effectivement consentis par les offreurs de crédit.

C’est oublier que, via les taux directeurs de la banque centrale, l’intérêt est aussi, et en fait surtout, non pas le seul terme de l’échange entre un offreur et un demandeur privés, mais l’instrument général du contrôle de l’offre et de la demande de monnaie.

Il faudrait d’ailleurs dire les choses dans un registre moins « technique » et plus anthropologique : l’intérêt est l’instrument de la contention externe de l’insatiable désir d’argent.

Quand bien même par un miracle institutionnel et technologique, les banques seraient en mesure de fournir du crédit à prix rigoureusement nul, il faudrait conserver la possibilité – artificielle – de le facturer aux clients à titre onéreux et pour la raison suivante : la simple contrainte de remboursement du principal peut ne pas suffire à réguler d’elle-même la demande de moyens de paiements « excédentaires » – « excédentaires » par rapport à quoi ? par rapport à ceux qui sont fournis par le revenu courant, car telle est bien l’effet, et même la finalité du crédit : détendre momentanément la contrainte budgétaire des agents et leur permettre de dépenser plus qu’ils ne gagnent.

C’est bien parce qu’il permet ainsi de « franchir les limites » que le crédit est un objet de désir explosif.

Ne pas se donner les moyens de le contrôler, c’est s’exposer en quelque sorte à « l’excès des moyens de paiement excédentaires » : excès macroéconomique de la demande ainsi solvabilisée par rapport aux capacités de production, ou excès microéconomiques, éventuellement généralisés, d’emprunteurs surchargés de dette et dont la solvabilité est vulnérable à un retournement conjoncturel.

C’est pourquoi la politique monétaire doit impérativement conserver les instruments lui permettant le cas échéant de décourager des demandes de crédit qui ne le seraient pas suffisamment du seul fait de la contrainte de remboursement du principal ; et ceci ne peut être fait qu’en y ajoutant, fût-ce artificiellement, la surcharge réglable de l’intérêt.

Ne voir l’intérêt qu’au prisme du « juste (ou de l’injuste) prix », c’est donc passer à côté de l’essentiel en matière monétaire, et notamment ignorer combien la monnaie n’est pas une marchandise comme les autres [8], dont le prix n’aurait qu’à refléter la réalité des structures de coûts.

Et c’est méconnaître la nature profonde de la monnaie qui est d’être un concentré de désir – et partant de violence.

Le contrôle du crédit par les parties prenantes

Aussi faut-il déconnecter les problématiques de l’intérêt-prix et de l’intérêt-régulateur… mais sans oublier cependant que le profit bancaire demeure en soi un enjeu de première importance, comme l’attestent les désastres où viennent de conduire sa poursuite effrénée dans l’univers mirobolant des marchés, ni renoncer à tirer la conclusion qui s’en suit logiquement : les entités dépositaires de ce bien public que sont les avoirs monétaires des agents ne doivent pas être laissées libres de s’adonner sans réserves aux tentations du profit financier, et s’il apparaît que ces tentations sont en soient irrésistibles – comment pourraient-elles ne pas l’être dans l’univers capitaliste dont la finalité même est l’accroissement indéfini du profit ? – il convient d’emblée de leur couper les ailes.

En cette matière la première mesure conservatoire consiste à leur refuser le statut d’entités privées actionnariales – dont la vocation, on pourrait même dire l’essence, est la recherche du profit – et à placer les futures entités bancaires sous une contrainte réglementaire de profitabilité encadrée, c’est-à-dire limitée – à tout prendre il n’y a guère meilleure régulation d’incitations qu’on sait éminemment dangereuses qu’un obstacle « en dur ».

  1. Existe-t-il alors dans le répertoire des formes juridiques disponibles de quoi habiller adéquatement ce genre d’entité ? Si ça n’est pas le cas, rien n’interdit de faire preuve d’un peu de créativité pour inventer un statut intermédiaire entre les sociétés de capitaux et les établissements publics, et qui ne soit ni de simple association, ni d’ONG, mais un statut sui generis.

Quel serait le but de ce statut ad hoc, et en particulier pourquoi refuser de piocher dans le sous-répertoire des établissements publics ? La réponse, on l’a compris, tourne autour de l’idée d’un contrôle public mais qui ne serait pas directement étatique, un contrôle public d’une autre nature, lato sensu pour ainsi dire.

Tel est le troisième point de cette esquisse de cahier des charges qui envisage pour les banques un contrôle public local par les parties prenantes : salariés, entreprises, associations, collectivités locales, représentants locaux de l’État, etc.

Par un argument tout à fait semblable à celui qui s’est appliqué à l’instant au pôle bancaire public unifié, il ne saurait être question que les intéressés au crédit ait directement la main sur le crédit c’est-à-dire, en l’occurrence, que les parties prenantes siègent directement dans les comités d’engagement.

Leur place est dans des instances plus distantes et moins opérationnelles – comités de suivi et d’orientation – mais à toutes les échelles, du niveau local (départemental par exemple, ou tout autre circonscription qui fasse sens du point de vue de l’activité économique) jusqu’au niveau « groupe ».

Tout ceci n’est pas sans faire penser au modèle bancaire mutualiste, mais avec tout de même de sensibles différences et, surtout, avant son formidable dévoiement par les logiques de la finance de marché.

Il n’en demeure pas moins que :

  1. la multiplicité et l’autonomie opérationnelle des concessionnaires de l’émission monétaire,

  2. la soustraction aussi bien au secteur privé profitable qu’au contrôle étatique direct, au profit d’une nouvelle forme de service public (bancaire) et

  3. le contrôle public local par les parties prenantes mais moyennant des médiations institutionnelles suffisamment allongées sont les caractéristiques centrales qui définissent, non plus un pôle public unifié du crédit, mais ce qui pourrait être appelé un système socialisé du crédit.

La question de la solvabilité : quels fonds propres pour un système socialisé du crédit ?

La soustraction au secteur privé conduit inévitablement à poser la question des fonds propres. Bien sûr ces banques pourraient émettre de la dette de long terme mais – par construction – pas des actions.

L’État, par ses finances publiques, auraient-il les moyens d’être l’unique fournisseur de ressources permanentes pour la totalité du secteur bancaire socialisé ? – sachant que, à supposer que ce puisse être le cas, ce statut d’unique apporteur de fonds propres ne lui donnerait, là encore par construction juridique, aucune hégémonie décisionnelle : nous sommes ici dans un monde où les rapports de pouvoir économiques – les rapports de « gouvernance » si l’on veut – sont reconstruits sur des bases entièrement nouvelles et, plus précisément, sur des bases entièrement politiques, c’est-à-dire complètement désindexées des rapports économiques, et notamment des rapports de participation financière.

Le capitalisme actionnarial a fini par imposer comme une évidence indépassable que la voix au chapitre était indissolublement liée à la propriété financière et à la participation au capital.

On serait presque tenté d’admirer la performance qui a consisté à rendre impensable que la distribution du pouvoir au sein des entités économiques puisse s’effectuer autrement, et à effacer des esprits cette idée pourtant élémentaire que l’organisation des rapports des hommes entre eux est, par définition, une question proprement politique et qu’elle ne perd rien de cette qualité y compris dans l’univers économique.

Si donc on sait reconnaître, comme il doit l’être, le caractère authentiquement politique des rapports de pouvoir, fussent-ils économiques, il apparaît que la médiation de la propriété financière en opère une distorsion que rien ne fonde véritablement, avec pour seul effet, on s’en doute, de substituer au principe « un homme une voix » le principe « une action une voix », c’est-à-dire de réinstituer le suffrage censitaire en proportionnant la capacité politique des agents à leur capacité patrimoniale.

C’est d’ailleurs bien cette pleine repolitisation de rapports qui n’auraient jamais dû être dépolitisés par les logiques capitalistiques, que le système socialisé du crédit vise à produire au travers de ses formes institutionnelles propres – et qui interdit absolument que l’apporteur de fonds propres revendique la moindre contrepartie de pouvoir à ce seul motif.

Il reste que, même renonçant à faire du pouvoir le corrélat de ses apports, l’État verrait les finances publiques rudement sollicitées d’avoir à fournir en fonds propres la totalité du système bancaire socialisé, particulièrement si la transition est brutale.

Est-ce à dire que la question de la solvabilité bancaire reste sans solution dans ces conditions ? Non car l’État a toujours la ressource d’un apport substitutif, d’une nature autre que des fonds propres « directs », à savoir l’apport de sa garantie. Au demeurant, rien n’interdit de considérer que la garantie que l’État apporterait aux banques à l’intention de tous leurs créanciers n’est pas autre chose qu’un apport latent de fonds propres mais non tirés.

Plus précisément encore, la garantie de l’État fonctionne de fait comme une réserve potentielle de fonds propres non tirés mais à tirage certain en cas de besoin. Cet apport de fonds propres « contingents » – mais à tirage certain en cas de matérialisation de l’élément de contingence, c’est-à-dire d’« événement de solvabilité » – a exactement les mêmes effets qu’un apport ferme de fonds propres ex ante… mais avec de remarquables propriétés d’économie pour les finances publiques.

Est-il cependant raisonnable d’adosser ainsi la totalité du secteur bancaire à la garantie de l’État ? Oui à partir du moment où ces banques sociales opèrent sur les bases qui viennent d’être indiquées, à savoir des banques, d’abord tenues à distance d’un univers de marchés qu’il faudra avoir sérieusement cadenassé [9], mais surtout tenues à un cadre réglementaire de profitabilité limitée.

Seule cette force du plafonnement réglementaire du profit peut s’opposer avec quelque chance de succès aux forces autrement irrésistibles de la concurrence-cupide, c’est-à-dire de l’élan en vue d’un profit indéfiniment plus élevé.

Et, de fait, la question de la solvabilité, ou plutôt de l’insolvabilité des banques ne se pose jamais que dans les cas polaires opposés de la poursuite actionnariale-privée du profit jusqu’à l’aveuglement et au prix de risques hors de toute maîtrise… ou bien de la commande directe de l’État qui impose à des banques publiques de procéder à des surplus d’émission monétaire incompatibles avec les contraintes générales de l’économie ou bien avec la situation particulière de quelques bénéficiaires, au risque de l’inflation ou du surendettement local ou global.

Mais la structure même du système socialisé du crédit le rend immune à ces deux dérives et a donc pour effet de maintenir la probabilité d’occurrence des « événements de solvabilité » à des niveaux aussi bas que possible.

Si cette configuration du système bancaire est, toutes choses égales par ailleurs, plus à l’abri qu’une autre de la folie des grandeurs, n’est-elle pas à l’inverse exposé au risque symétrique d’une attrition du crédit du fait de la disparition des incitations de la concurrence et du profit ?

Là encore, il semble que le risque soit limité par les structures politiques mêmes du système socialisé du crédit dès lors qu’elle donnent toute leur part aux partie prenantes, directement intéressées au maintien à bon niveau des flux de financement bancaires… et dès lors que leur influence s’exerce dans des formes institutionnelles qui réalisent un bon équilibre des pouvoirs et ne leur accordent ni rien… ni tout !


Post-scriptum : Les animateurs du débat sur la création monétaire auront quelques raisons de n’être pas satisfaits de cette « réponse » qui a laissé de côté bon nombre de leurs interrogations et notamment, pour partie, celle des prérogatives de l’État en matière de création monétaire.

Pour partie seulement puisque ce texte a longuement souligné les risques d’un pôle public unifié du crédit. Pour autant, il n’est pas revenu sur la question de la politique monétaire et des modalités du financement des déficits publics – mais c’est qu’on ne peut parler de tout en une fois et que ce texte est déjà assez long comme ça…

Pour toutefois ne pas laisser traîner d’inutiles ambiguïtés il n’est peut-être pas inutile de faire immédiatement une ou deux mises au point.

La plus urgente et la plus catégorique est sans doute celle qui concerne le statut d’indépendance de la banque centrale en général, et de la BCE en particulier.

À ce propos il est possible – pour une fois… – de dire les choses assez simplement : la banque centrale est l’instance de la politique monétaire et, dans « politique monétaire », il y a « politique » qui veut dire politique !

Que les orientations générales de l’offre de monnaie soient soustraites aux institutions de la politique représentative est un état de fait que rien, strictement rien, ne parviendra jamais à justifier en principe.

À ce compte-là pourquoi ne pas envisager de démembrer complètement l’État instance des politiques publiques et remettre chacune d’elles à une agence indépendante propre confiée à des experts non élus ?

Qu’on ne s’y trompe pas : il en est à qui l’énormité de la proposition ne donne pas un battement de cil, au contraire y voient-ils un modèle de l’action publique tout à fait désirable.

Même un lecteur un peu distrait aura compris que telle n’est pas la position, défendue dans ce texte… On ne devrait pas avoir à dire ce genre de trivialité et pourtant il le faut : la pleine repolitisation de la politique monétaire est un enjeu de première importance que ne saurait minimiser aucune des « raisons », ou plutôt des causes, très bien identifiables, ayant conduit à l’indépendance de la banque centrale.

Reste la question de savoir dans quelles conditions les dépenses publiques pourraient bénéficier d’une facilité de financement monétaire.

Les lignes qui précèdent ont assez mentionné les dangers d’une création monétaire qui serait laissée à la discrétion de l’État hors de tout contrôle.

Pourtant, force est, inversement, de reconnaître qu’il est des situations où cette possibilité d’une création monétaire publique est macroéconomiquement très bien fondée.

L’argument du financement des « dépenses d’avenir » ou des besoins sociaux fait évidemment partie du dossier mais sans être à soi seul décisif. La circonscription des « dépenses d’avenir » peut faire problème. Stricto sensu, rien par exemple, n’interdirait d’y verser les dépenses d’éducation nationale – le premier poste budgétaire en France. Or on comprend aisément qu’il est difficilement envisageable de se donner un financement monétaire du quart du budget de l’État…

Mais ce sont surtout les conditions macroéconomiques générales qui commandent. Quelque fondée que soit une certaine dépense publique, son financement monétaire admet pour condition nécessaire que les capacités de production existent pour y faire face sauf à laisser se creuser le déficit extérieur ou voir déraper l’inflation.

Il n’est pas question d’entrer ici dans une discussion de macroéconomie des politiques budgétaire et monétaire mais simplement de suggérer que restent à inventer les formes institutionnelles réalisant le « bon » compromis entre reconnaître des cas bien fondés de financement monétaire des déficits publics sans pour autant laisser l’État seul en position d’en juger discrétionnairement.

Il en va donc de la politique monétaire comme de l’organisation du système socialisé du crédit : tout est affaire de montage institutionnel et de médiations convenablement agencées, c’est-à-dire réalisant un bon équilibre entre tendances antagonistes dont la présence est également nécessaire.

Mais ceci ne dit pas grand-chose sur la forme précise que ces médiations pourraient prendre concrètement… C’est dire que le débat n’est pas près d’être épuisé.

Frédéric Lordon
(sur son blog, « La pompe à phynance » : http://blog.mondediplo.net/2009-01-05-Pour-un-systeme-socialise-du-credit)


Notes :

[1] Joe Nocera, « So When Will Banks Give Loans ? », New York Times, 25 octobre 2008

[2] Art.cit.

[3] Respectivement la Qatar Investment Authority et le sheikh Mansour Bin Zayed Al Nahyan, membre de la famille royale d’Abu Dhabi

[4] « Many CFOs Cynical on Banker Bailout Plans », CNBC.com, 26 novembre 2008

[5] Michel Aglietta et André Orléan, La violence de la monnaie, PUF, 1982

[6] Certes, nombreux sont les conflits sociaux qui appellent très légitimement des solutions financières, c’est-à-dire requièrent de diriger vers certaines catégories de citoyens ou certains secteurs de la politique publique des moyens supplémentaires. Mais justement : ce sont des solutions financières, et non monétaires, c’est-à-dire à financement fiscal. Il est temps de mesurer ce que l’état de tension chronique des finances publiques et de paupérisation structurelle des services publics doit au refus de relever les prélèvements obligatoires au niveau qui devrait être le leur, et notamment en mettant sérieusement à contribution le capital et les catégories les plus fortunées

[7] Ou au taux moyen pondéré de refinancement de la banque considérée

[8] Quitte à faire « académique », il faut tout de même citer ici le livre de Karl Polanyi, La Grande Transformation (Gallimard, 1984), dont l’intuition centrale – la monnaie n’est pas un objet marchand ordinaire – est également au centre de La violence de la monnaie d’Aglietta et Orléan (op. cit.)

[9] Voir en ce sens le chapitre 5 de Jusqu’à quand ? Pour en finir avec les crises financières (éditions Raisons d’agir, 2008), ou, sur ce blog, « Quatre principes et neuf propositions pour en finir avec les crises financières »

Message laissé sur le blog de Paul Jorion intitulé [bgcolor=#FFFF99]« Le vrai débat sur la monnaie : un second point »[/bgcolor]

http://www.pauljorion.com/blog/?p=1440#comment-13797

Bonjour à tous,

Frédéric Lordon explique en deux mots (dans une courte [bgcolor=#FFFF99]vidéo « interdire la titrisation »[/bgcolor]) le rapport entre la titrisation et la création échevelée de monnaie-dette (le crédit bancaire sans plus aucune vraie limite) et… la crise (par surendettement) :


De mon côté, je répète — et c’est une DÉMONSTRATION, et pas un argument d’autorité ou une révérence pieuse à je ne sais quelle théorie :

[b]1. Définition : la monnaie scripturale est la somme des soldes créditeurs des dépôts à vue[/b] (créditeurs pour les clients et, évidemment, débiteurs pour les banques qui doivent cet argent, nommé “provision”, à leurs clients).

2. Donc, la monnaie scripturale est surtout une réalité comptable (en plus d’être, si l’on veut, par curiosité intellectuelle, une réalité philosophique, sociologique, anthropologique ou métaphysique).

3. Lors d’un crédit bancaire, un DAV voit son solde augmenter (dans la comptabilité de la banque, celle dont il va être difficile de s’affranchir sans perdre sa crédibilité), ALORS QU’AUCUN AUTRE DAV NE BAISSE.

Ceci est, pour moi, une démonstration, simple et irréfutable, que le crédit bancaire fait AUGMENTER les moyens de paiement présents dans l’économie, disponibles pour régler les échanges : « il y a plus de monnaie après le crédit qu’avant le crédit », on se demande à la fin comment il faut le dire.


La réalité comptable, c’est qu’il n’y a PAS de transfert de moyens de paiement d’un client à l’autre, il n’y a pas “conservation des quantités” : la réalité comptable, c’est que, lors d’un crédit bancaire, il y a création monétaire.

J’attends toujours la démonstration du contraire.

Et prétendre que ceux qui, comme Paul Jorion et quelques autres, NIENT LES FAITS pour démontrer la réalité d’une fiction au moyen de constructions intellectuelles sophistiquées, ce sont « les héritiers de Galilée », c’est vraiment voir et présenter le monde À L’ENVERS

Mais je continue de penser qu’il s’agit d’un malentendu (parce que c’est trop gros).

Étienne.

la réalité comptable, c’est que, lors d’un crédit bancaire, il y a création monétaire. J’attends toujours la démonstration du contraire.
Il me semble que l'argument est que cette création n'est que temporaire: l'argent est bien crée, mais il est détruit un peu plus tard (lors du remboursement). Ce ne serait alors pas une "[i]vraie[/i]" création.

SAUF les intérêts, qui sont remboursés mais jamais prêtés, donc jamais crées !!! C’est pour cela qu’il faut sans cesse créer plus de masse monétaire pour pouvoir rembourser les intérêts sur l’argent créé dans le passé, puisqu’il n’y a pas assez de masse monétaire en circulation pour payer le principal ET les intérêts => d’où l’obligation de croissance économique => ce qui prouve bien que le schéma actuel est une pyramide de type Ponzi: les intérêts dus aujourd’hui sont payés par le principal emprunté aujourd’hui => ce système va s’écrouler: c’est mathématique.

Les derniers à rester dans le système sont ceux qui perdent TOUT.

[b]2. Donc, la monnaie scripturale est surtout une réalité comptable[/b]
Et c'est en cela que l'argent liquide est différent: c'est une réalité matérielle. Quand le grand trou noir viendra (que certains prévoient pour mi-2009) les commerçants n'accepteront plus de chèques et cartes-bleus, mais accepteront toujours des billets... Je me demande quand sera le dernier moment pour retirer mes maigres avoirs à la banque. J'aurais peut-être déjà du le faire.

Désolé, mais vous tournez toujours en rond, les deux, même si vous ne vous mettez pas d’accord les deux sur les « détails »

  1. La réserve fractionnaire telle quelle, est une escroquerie gigantesque.

L’argent sert de moyen d’exchange « liquide » parce que il détient la représentation de la valeur d’actifs réels. Il est stable quand le total de l’argent présent dans le système correspond a la somme totale de la valeur des actifs réels. Il devient instable, cause d’inflation, quand il y à plus de « valeur argent » que de la « valeur actif » dans le système parce-que alors le « valeur argent » qui ne trouve pas un actif à acheter à un prix X, mais qui ne sert à rien oisif, monte les enchères en offrant un prix X + y. Grâce à la reserve fractionnaire… pour chaque actif produit a une valeur-actif 1.000€, des que son équivalent en valeur-argent de 1000€ est déposé temporairement dans une banque… celle-ci, par ce mécanisme, et sans créer de la valeur-actif elle-même, obtient le droit de créer ex-nihilo 900€ de valeur-argent, qu’elle pourra alors preter, ou utiliser pour acheter la propriété d’actifs (qui grossissent son fonds de commerce).

Je vous l’ai déjà dit:

Création d’actifs… 1.000€
Création de valeur-argent légitime… 1.000€

Jusque la le système devrait être stable, sauf sur le détail des moyens et de la légitimité de l’agent chargé de créer les monnaies et les bouts de papier qui représentent ce valeur-argent représentatif, et sur le détail de la cohérence du lien valeur-actif avec valeur-argent lorsque la disparition de l’un n’implique pas l’évanouissement de l’autre (une douzaine d’œufs coutent/valent 2€, mais ces 2€ ne sont pas crées lorsque la poule pond les œufs, et ils ne cessent d’exister et de représenter une valeur quand quelqu’un mange les oeufs; de la même façon, lorsque une banque brule les billets se convertent en pavées noires, mais les actifs dont ils sont supposées représenter la valeur ne disparaissent pas).

Mais en adittionant le mècanisme de reserve fractionnaire… la dévaluation de tous les actifs est instantanée! En plus, on met en concurrence déloyale avec le travail, qui est le seul moteur réel de création d’actifs et de richesse, de valeur-argent réel, cette portion de valeur-argent crée sans effort ex-nihilo. De fait, l’argent ex-nihilo est crée si facilement, sans effort ni investissement matériel… que dans la dévaluation qui s’en suit ceux qui doivent travailler n’arrivent pas à faire la concurrence par leur travail à l’argent ex-nihilo, et qu’on n’est plus payé pour son travail assez pour survivre le temps nécessaire pour travailler…

La réserve fractionnaire des banques est une escroquerie logique… autant plus que… ceux qui n’arrivent plus à la fin du mois doivent demander des prêts… et que même à taux d’intérêt 0%… n’importe que prêt leur sert de prétexte pour se créer 9/10ièmes d’argent ex-nihilo pour enfoncer encore plus le clou! On n’arrive jamais à rembourser, sauf à trouver une mine d’or ou du pétrole quand le prix est dans les nuages (c’est à dire quand la valeur ajoutée du produit à une rentabilité encore plus performante que la réserve fractionnaire des banques).

  1. Le problème des intérêts (même modestes) est une escroquerie moins gigantesque que la première, mais pas moins une escroquerie. Effectivement, l’intéret n’étant pas crée au même moment que le prêt, il n’existe pas quand on va le rembourser… il ne devient que disponible lorsque on utilise pour cette fin une partie du principal du prêt suivant… Bien sur, pour rembourser ce deuxième prêt… il vous faudra non seulement un troisième pour les interêts de celui-ci, mais aussi pour la partie du principal du second que vous avez utilisé pour liquider le premier… et bon, vous pouvez continuer la série ad nauseam…

Le second problème existe depuis qu’existent les prêts à intérêt, le premier, depuis qu’existent les banques comme intermédiaires, mais institutionnalisé à échelle planétaire depuis la création de la FED, la Réserve Fédérale Américaine.

Il ne leur à pas fallu trop de temps pour arriver aux limites des possibilités de ces deux escroqueries.

En plus, tant l’intérêt comme la réserve fractionnaire sont des INVENTIONS OCCIDENTALES, mais on impose la souffrance de ces effets à toute l’humanité, surtout en exploitant ceux qui ne sont pas capables de comprendre les mécanismes et de s’abstenir d’en être victimes.

Le problème n’est pas seulement de finir avec l’abus… pour cela il suffit de rendre caduc d’un coup tout l’argent et de revenir au troc, mais de reprendre tous les actifs qu’ils nous ont volés depuis qu’ils injectent cet argent qu’il ne leur coute rien de produire dans notre système de monnaie d’echange de valeur-actif.

Un problème de vision, pour comprendre, c’est qu’on n’a pas à faire a une seule institution bancaire qui nous suce le sang… il s’agit de toute une troupe de vampires qui en plus se font la compétence entre eux, cherchant des méthodes encore plus perfectionnés pour être les champions des vampires. Les subprimes ne sont qu’une petite surenchère sur le schéma de la réserve fractionnaire. Le schème de Ponzi de Madoff, et tous les autres qui sauteront… ne font pas scandale entre eux parce-que ils savent qu’ils les usent tous… Madoff n’est que l’idiot qui c’est fait prendre…

La banque restera, si on n’y rémedie pas… la plus performante des industries, capable d’acheter ex-nihilo tous les politichiens qu’il faudra. Elle ne doit pas être tant en déclive quand une des multinationales automobiles plutôt que recevoir de l’argent prétend qu’on lui donne le permis pour que sa filiale de financiation des achats de ces voitures puisse fonctionner comme une banque complète (et on lui permettra, parce ils sont au courant de l’arnaque, et plutôt que ficher par terre toute la structure ils préfèrent inviter un vampire de plus à leur table… de toutes façon, ce sera nous qui paierons l’augmentation de l’addition).

Comme on dit, l’arnaque est trop énorme, on refuse de croire qu’on ait pu nous jouer ce coup…

Dans un billet récent, intitulé [bgcolor=#FFFF99]« Le vrai débat sur la monnaie : un second point »[/bgcolor], Paul soutient sa thèse baroque de façon de plus en plus discutable : ses contradicteurs, selon lui, se contentent des manuels pour enfants, aplatissant le savoir aux dépens du raisonnement, remplacé par des citations, de préférence courtes, qui lui servent de substitut… On n’est pas plus aimable.

En cours de discussion, Paul en vient à carrément nier la réalité comptable de la monnaie scripturale… Il me dit :

@ Etienne Chouard

La « réalité comptable » n’est pas une réalité : c’est une stylisation fondée sur le postulat que le crédit est toujours égal au débit. Dans la réalité [économique] les choses ne se passent pas comme ça, il y a des profits et des pertes, des gains et des dépenses. La « création monétaire ex nihilo » est un artefact (une fiction) qui permet de maintenir cette égalité comptable entre le crédit et le débit.

Wikipedia : comptabilité en partie double

Dans son principe, l’inscription d’un montant dans un compte implique toujours la mention de même montant dans un autre compte, ce qui facilite les recoupements et la trace des disparitions. Impérativement, l’un des deux comptes doit être débité et l’autre doit être crédité de manière à établir le contrepartie. Cette double mention matérialise aussi la dualité de flux impliqués dans chaque transaction comptable.

Une entreprise qui achète un véhicule 10 000 € augmente son patrimoine puisqu’elle a un véhicule. C’est un débit. En contrepartie, elle doit payer ce véhicule, donc faire diminuer sa trésorerie, événement que l’on inscrit au crédit. On passera l’écriture suivante :

Intitulés——————-Débit——Crédit
Compte Véhicule——-10 000
Compte de trésorerie————–10 000

Mais le fait est que la compagnie a dépensé 10.000 €.


Il se compare dans son billet à Galilée (ou bien, il juge nécessaire l’apparition d’un nouveau Galilée dans le débat monétaire, qu’il trouve sans doute théologique et obscurantiste). C’est vraiment le monde à l’envers, précisément.

J’ai envoyé le message ci-dessous (la citation de Galbraith vous intéressera, vous devriez lire son livre) :

(Ça ne saute peut-être pas aux yeux d’emblée, mais chaque commentaire fait quelques petits pas vers une meilleure compréhension des mécanismes en jeu — dont vous avez compris que je les considère comme absolument essentiels.)

[b]Étienne Chouard[/b] dit : [url=http://www.pauljorion.com/blog/?p=1440#comment-13831]8 janvier 2009 à 04:24[/url]

Bonsoir.

@ Archimondain, qui me dit :

[Vos trois points] démontrent effectivement une création monétaire. Mais vous oubliez une hypothèse. Si vous pouvez en plus affirmer que tous les clients peuvent retirer l’argent de leurs DAV, je serais convaincu. Mais pour le moment, il me semble que ce n’est pas possible sans mettre la banque en faillite. De l’argent qui ne peut être utilisé (et qui n’est donc plus un moyen de paiement pour un certain temps : le temps de remboursement des crédits correspondants) n’est donc pas vraiment de l’argent.
Mais voyons, vous faites comme si seule la monnaie fiduciaire permettait de régler les échanges ! Mais à l’évidence, il n’en est rien : l’immense majorité, non, la presque totalité des échanges se règlent (ça veut dire ‘sont soldés’ et qu’on n’aura pas à y revenir) avec de la monnaie scripturale (totalement dématérialisée) [b]sans aucun mouvement de monnaie manuelle[/b].

En montant en épingle la possibilité toute théorique (parce que sans mobile) d’une demande générale de conversion de la monnaie scripturale en monnaie manuelle, vous inventez une faiblesse qui n’existe pas puisque les deux types de monnaie sont strictement équivalents et convertibles sans délai, ni coût, ni risque.

Vous dites : « Si vous pouvez en plus affirmer que tous les clients peuvent retirer l’argent de leurs DAV, je serai convaincu. »

[b]Mais pourquoi diable faudrait-il qu’ils le puissent, puisque la monnaie ne sert pas à ça ? La monnaie scripturale ne sert pas à être convertie en monnaie manuelle, elle ne sert pas à être retirée : elle sert à solder les comptes entre un débiteur et un créancier. Et elle convient très bien pour jouer ce rôle sous sa forme dématérialisée (scripturale).

La réalité économique (et comptable), c’est que la monnaie scripturale, toute dématérialisée qu’elle est, convient très bien à solder les échanges entre humains, sans AUCUN mouvement de monnaie manuelle : c’est donc indubitablement de la monnaie.[/b]

Quant à votre deuxième paragraphe :

Si en revanche, l’argent qui sert de ‘garantie’ lors de l’octroi d’un crédit peut tout de même être dépensé alors que le crédit n’est pas remboursé, je suis d’accord pour dire qu’il y a création. Mais cela ne me semble pas être le cas. Donc, en tant que réalité comptable, création peut-être. En tant que moyen de paiement, je ne suis toujours pas convaincu.
… L’argent qui sert de garantie au prêt… Vous parlez des réserves ? Évidemment qu’on peut le dépenser avant que le prêt ne soit remboursé… C’est presque sans rapport.

Les réserves sont une contrainte qui ne ‘constituent’ pas le processus création monétaire (une partie du malentendu vient sans doute de cette confusion, comme si la monnaie pouvait être créée ‘en application’ des règles des réserves) : ces réserves ne font que (tenter de) l’encadrer : les réserves ne s’appliquent pas à tel ou tel crédit nommément, mais c’est plutôt l’ensemble des encours qui doit être couvert par une proportion de monnaie banque centrale. Mais les banques n’attendent pas d’avoir les réserves pour prêter (l’argent mis en réserve), L’ORDRE est même précisément l’inverse (et ça compte pour comprendre) : d’abord on prête, puis on compense avec les concurrents, et puis si on en a besoin, on réapprovisionne en monnaie banque centrale… Mais il est déraisonnable de penser que les sommes qui sont prêtées sont celles qui étaient préalablement déposées, cela ne correspond pas à la réalité.


@ Nadine qui dit :

Ce n’est pas parce qu’aucun autre DAV baisse qu’il y a création monétaire.

La banque joue sur le fait que personne n’ira retirer son argent. Elle prête de l’argent qu’elle n’a pas. Le système bancaire est une banque virtuelle où personne ne vient retirer son argent, c’est aussi simple que cela. Aucune création monétaire n’intervient car ce n’est pas nécessaire et c’est contre-productif.


Nadine, en plus de mon explication ci-dessus (à Archimondain), je voudrais vous poser une vraie question :

Pour vous, qu’est que la monnaie, qu’est-ce que l’argent ?


@ Paul qui me dit : La « réalité comptable » n’est pas une réalité.

Cette affirmation est sidérante.

Votre exemple de la comptabilisation d’un achat de voiture montre justement le contraire : l’écriture que vous prenez comme « exemple de fiction comptable » montre pourtant parfaitement la réalité économique d’un achat d’immobilisation : au prix d’une sortie de monnaie d’un compte de trésorerie (actif très liquide, en bas du bilan), j’ai augmenté ma fortune immobilisée (un autre actif est apparu au bilan, plus haut, moins liquide).

Un compte de bilan s’est vidé, un autre s’est rempli, je ne me suis pas appauvri.

Aucune stylisation, aucune fiction là-dedans.

Au contraire, la comptabilité cherche (au moins tant que les financiers ne se mettent pas à en trafiquer les règles pour travestir la vérité au profit des certaines partie prenantes) à traduire le plus fidèlement possible la réalité économique de l’entreprise. Et la partie double est une trouvaille très rigoureuse, très logique.

Et quand vous dites « La « création monétaire ex nihilo » est un artefact (une fiction) qui permet de maintenir cette égalité comptable entre le crédit et le débit », on dirait que vous n’avez compris ni à quoi sert la comptabilité, ni comment elle fonctionne, ni ce qu’est la monnaie scripturale (une dette de banque envers un client, un chiffre sur un compte, librement transmissible). La « fiction » dont vous parlez a une réalité bien tangible, pas fictive du tout, dans la plupart des échanges sur terre. Moi, je parlerais plutôt de « convention ».

Dans un autre commentaire, vous dites : « Cela n’enlève rien au fait que si tous se présentent au même moment pour retirer l’argent sur leur compte la banque ne dispose que des 100 € initiaux. »

C’est encore la fausse faiblesse dont je parlais plus haut.

Il faudrait sortir de cette conception enfantine que seuls les billets et les pièces sont « de l’argent » (je retrouve cette conception très réductrice (fétichiste ? mes billets, mes beaux billets…) chez Helmut Creutz, que je continue à lire mais qui commence à me casser les pieds tant il dit de sottises, vraiment ; il faudra qu’on reparle de ce gros livre très contestable). Presque toute la monnaie est désormais dématérialisée et la monnaie scripturale ne sert pas à être convertie en monnaie fiduciaire, au contraire : elle joue son rôle (complètement, de A à Z) dans presque tous les échanges sans le moindre mouvement de monnaie manuelle.

Cette prétendue faiblesse n’en est donc pas une, la réalité quotidienne le montre.

La crise actuelle montre encore davantage cette réalité de la force de la monnaie scripturale, puisque les États protègent les banques voleuses menteuses contre vents et marées, ce qu’on peut analyser comme la volonté politique de donner à leur monnaie de singe UN COURS LÉGAL DE FAIT.

Finalement, pour montrer à tout prix que vous ne vous êtes pas trompé en affirmant il y a onze mois que « les banques commerciales ne créent pas d’argent », « si elle peut vous prêter, c’est soit qu’elle utilise l’argent de quelqu’un d’autre, (…) soit qu’elle emprunte elle–même cet argent », vous allez être conduit à nier toutes sortes d’évidences, au risque, peut-être, de dégrader votre crédibilité.

C’est dommage, parce qu’il n’est nullement infamant de se tromper.

Mais bon, je reste prêt à accepter que c’est moi qui me trompe, évidemment, mais pas sans une vraie démonstration.

Je reste surtout sur cette forte impression de MALENTENDU, car j’ai souvent l’impression que vous nous dites que cette monnaie de banque, monnaie-crédit, monnaie-dette, n’est carrément PAS DE LA MONNAIE, tant elle est mal fondée, fragile, illusoire, fictive, alors que je dis, moi, que la monnaie scripturale est largement (pour la part de monnaie-crédit) DE LA FAUSSE MONNAIE parce que ses créateurs ont usurpé une légitimité (et un revenu sans travail) qui ne peut être que publique.

C’est incroyable qu’on n’arrive pas à rapprocher ces deux points de vue.

Amicalement.

Étienne.


PS : dans votre billet, vous citez JK Galbraith qui dit, effectivement : « Dans les entretiens télévisés, l’hôte, réputé pour ses questions incisives, a l’habitude de faire débuter l’entretien avec l’économiste invité en lui posant celle-ci : « Dites-moi, après tout, la monnaie, c’est quoi ? » Les réponses sont immanquablement incohérentes. »

Vous parlez ensuite d’aplatissement du savoir à des fins pédagogiques, et d’anesthésie de la pensée par les citations courtes comme substitut à un raisonnement… Tout cela n’est pas très gentil. Mais on vous a vu vous-même citer de grands auteurs en cas de besoin, et on vous a vu aussi simplifier votre pensée pour être plus… pédagogique… et personne ne songera à vous le reprocher, naturellement.

Vous dites ensuite que la question de la monnaie est complexe…

Il me semble que vous avez oublié de signaler d’autres passages du même Galbraith, dans le même livre (merveilleux d’intelligence, d’érudition et d’humour) [bgcolor=#FFFF99]« L’argent »[/bgcolor] :

[C’est moi qui souligne. ÉC]

« La plupart des discussions sur la monnaie s'enferment dans une épaisse gangue d'incantation et de prêchi-prêcha. [b]Souvent de propos délibéré. Ceux qui parlent d'argent ou en font le sujet de leur enseignement et donc leur gagne-pain tirent prestige, estime et avantages pécuniaires, comme les médecins ou les sorciers, de la croyance soigneusement cultivée qu'ils entretiennent une association privilégiée avec l'occulte — qu'ils ont des perspectives sur un domaine totalement inaccessible aux gens ordinaires. Source de satisfaction professionnelle et, à l'occasion, de profit personnel, cette attitude n'en constitue pas moins elle aussi une escroquerie bien connue. Il n'est rien, s'agissant de l'argent, qu'une personne dotée d'une curiosité, d'un zèle et d'une intelligence raisonnable ne puisse comprendre.[/b] Et quelles que soient les erreurs d'interprétation ou de fait que la présente histoire puisse contenir, il n'en est aucune, le lecteur peut s'en persuader, qui procède d'une simplification outrancière. L'étude de la monnaie est, par excellence, le domaine de l'économie dans lequel la complexité est utilisée pour déguiser la vérité et non pour la révéler. La plupart des choses de la vie — automobiles, maîtresses, cancer — comptent surtout pour ceux qui les ont. L'argent au contraire est aussi important pour ceux qui en ont que pour ceux qui n'en ont pas. C'est pourquoi les uns comme les autres ont intérêt à le comprendre. [b]Et les uns comme les autres devraient savoir que cette compréhension est parfaitement à leur portée.[/b]

À cet égard, on ne manquera pas de demander si un ouvrage consacré à l’histoire de l’argent ne devrait pas commencer par une quelconque définition de ce qu’est en réalité l’argent. Cette bande de papier de valeur intrinsèque nulle, qu’est-ce donc qui la rend utile à l’échange tout en laissant telle autre bande de dimension et de couleur semblables parfaitement sans valeur ? Les précédents de ce genre de tentative ne sont guère encourageants. A la télévision, les journalistes réputés pour leur sagacité ouvrent immanquablement les interviews d’économistes par cette question : « Bon, eh bien, dites-moi — c’est quoi au juste, l’argent ? » Immanquablement, les réponses sont incohérentes. Quant aux professeurs chargés d’enseigner les premiers rudiments d’Économie, qu’il s’agisse de la monnaie ou de la banque, ils commencent par donner des définitions d’une remarquable subtilité. Lesquelles sont soigneusement transcrites, apprises à grand-peine et heureusement oubliées.

Le lecteur devrait s’attaquer aux pages qui vont suivre en sachant bien que l’argent n’est rien de plus ou de moins que ce qu’il a toujours cru — ce que l’on offre ou reçoit pour l’achat ou la vente de biens, services et autres. Les différentes formes de monnaie, comme ce qui détermine ce qu’elles achètent, voilà qui est encore autre chose. Mais c’est précisément ce que les pages suivantes se proposent de révéler. (…) »

Source : « L’argent », John Kenneth Galbraith, Folio Histoire, p18 et s.


.

« Les banques de Venise (1) et de Gênes furent les précurseurs reconnus des banques commerciales de notre vie quotidienne moderne. Celles de la plaine du Pô étaient à peine moins avancées et lorsque le prêt d'argent s'institutionnalisa à Londres, il s'installa tout naturellement dans Lombard Street.

Le processus par lequel les banques créent de l’argent est si simple que l’esprit en demeure confondu. Quand il s’agit de choses aussi importantes, on est en droit de s’attendre à un mystère plus profond. Les dépôts de la Banque d’Amsterdam dont on vient de parler pouvaient, sur instruction de leur propriétaire, être transférés à d’autres pour régler des comptes. (Un service qui avait longtemps été rendu par les précurseurs privés de la banque.)

Les pièces déposées ne servaient pas moins d’argent par le simple fait d’être enfermées dans une banque et susceptibles de transfert sous le seul effet d’un trait de plume.
Il était inévitable que l’on découvre — comme le firent les échevins conservateurs d’Amsterdam en se penchant avec un intérêt coupable sur leurs propres besoins en tant que directeurs de la Compagnie des Indes orientales — qu’un autre trait de plume permettrait à un débiteur de la banque, et non plus à un créditeur du titulaire du dépôt, de recevoir un prêt sur ce dépôt inemployé. Et bien sûr, c’était la banque qui percevrait des intérêts sur le prêt ainsi consenti ! On pouvait prévenir les auteurs de dépôts que ces derniers étaient susceptibles d’une telle utilisation — peut-être même les payer pour cela. Le dépôt original restait au crédit de son auteur. Mais il existait désormais un nouveau dépôt constitué par le prêt. Les deux dépôts pouvaient être utilisés pour effectuer des paiements, comme de l’argent. De l’argent avait donc bien été créé. La découverte de cette capacité des banques à ainsi créer de l’argent se produisit très tôt dans l’histoire de la banque. C’est qu’il existait cet intérêt à gagner sur les prêts. Avec ce genre de stimulant, les hommes ont un naturel instinct de novateur.

Il existait une autre possibilité faisant appel à des billets de banque et qui serait un jour merveilleusement exploitée par la future république américaine. L’emprunteur recevait non plus un dépôt, mais un billet rachetable dans les espèces qui avaient été placées à la banque comme capital ou comme dépôt sédentaire. Avec ce billet, l’emprunteur pouvait effectuer ses paiements ; le bénéficiaire d’un tel paiement, plutôt que de changer son billet pour de l’argent liquide, pouvait fort bien l’utiliser pour ses propres paiements, et ainsi de suite à l’infini. Entre-temps, la banque continuait de recevoir des intérêts sur le prêt original. Un jour, peut-être, le billet reviendrait à la banque pour être échangé contre du liquide. Mais alors l’emprunteur aurait déjà remboursé son emprunt, en liquide lui aussi. Tout serait pour le mieux, et l’on aurait gagné un intérêt. Il y avait aussi une chance pour que le billet continue de passer de main en main sans jamais être reconverti. Le prêt qui avait conduit à son émission produirait des intérêts puis serait remboursé. Le billet continuerait sa ronde. Personne ne viendrait jamais réclamer les liquidités originales qui avaient permis le prêt original. Dans les années 1960, M. George Bail, diplomate, politicien et avocat, chéri du succès, quitta le service public pour s’associer aux Lehman Brothers, la grande firme de Wall Street. « Pourquoi diable, l’entendit-on demander un peu plus tard, est-ce que personne ne m’avait parlé plus tôt de la banque? »

Écrivant au milieu du siècle dernier, John Stuart Mill réglait en quelques phrases la question des facteurs déterminant la valeur de la monnaie — ce qu’elle achète :

[i]La valeur ou puissance d'acquisition de la monnaie dépend, en premier lieu, de l'offre et de la demande... L'offre de la monnaie, en un mot, est la totalité de la monnaie en circulation au moment dont on parle... La demande de monnaie se compose, au contraire, de toutes les marchandises mises en vente (2).[/i]
L'explication était parfaite pour l'époque. Et elle dit aussi ce que les banques peuvent faire à la monnaie. Sur un dépôt original en liquide, on pouvait consentir des prêts. Il en résultait de nouveaux dépôts ou de nouveaux billets utilisables comme de l'argent. L'offre de biens restant inchangée, les prix augmenteraient et la monnaie perdrait de sa valeur. Pour peu que les banques se montrent âpres au gain, se livrent une concurrence acharnée, voire les deux, et pour peu que les emprunteurs se montrent suffisamment euphoriques, l'expansion des prêts producteurs d'intérêts serait importante, dépôts ou billets se multiplieraient. Il en résulterait une augmentation des prix ou une diminution de la valeur ou pouvoir d'achat de la monnaie.

La hausse des prix était un inconvénient pour le public ou, en tout cas, pour ceux qui payaient au lieu de recevoir. Et pour les banques aussi, il y avait un hic. C’était la possibilité que l’ensemble des auteurs de dépôts et des détenteurs de billets se présentent plus ou moins simultanément pour retirer leur argent. L’auteur original du dépôt pouvait rentrer dans ses fonds, puisque le dépôt était toujours à la banque. Sinon, on pouvait le remettre à celui qui l’avait emprunté. Mais aux deux à la fois, rien à faire. Cette merveilleuse capacité des banques — le miracle de la multiplication des dépôts — était suspendue à un fil. Il fallait que les auteurs de dépôts ou les détenteurs de billets ne viennent qu’en petit nombre réclamer les liquidités que la banque s’engageait à payer. S’ils venaient tous ensemble, la banque ne pouvait pas payer. Et dès que l’idée que la banque ne pouvait pas payer se répandait, tous venaient, précisément, et souvent à la hâte. Quand cela se produisait, les dépôts ou les billets qui avaient jusqu’alors servi d’argent cessaient de servir. Dépôts et billets des premiers venus seraient transformés en argent liquide mais pour les retardataires, il ne resterait rien. Il ne leur restait plus que les bouts de papier sans valeur d’une banque désormais faillie. Cela avait cessé d’être de l’argent. Au miracle primitif de la création d’argent répondait alors le désespoir de son aussi soudaine disparition.

Comme il y avait désormais moins d’argent pour acheter, les prix baissaient. Leur baisse pouvait être rapide et ruineuse tant pour ceux qui avaient des marchandises à vendre que pour ceux qui avaient des dettes à rembourser. C’était la dépression, la panique, la contrepartie naturelle de l’euphorie antérieure. Et là encore, c’était une chose assez simple.

Avec le développement de la banque, à compter du XVIIe siècle, et l’aide d’un certain nombre d’autres circonstances, ces cycles d’euphorie et de panique se multiplièrent. [bgcolor=#FFFF99]Leur amplitude en vint à correspondre à peu près avec le temps qu’il fallait aux gens pour oublier le désastre précédent — le temps que les génies financiers d’une génération mourussent dans la honte et fussent remplacés par de nouveaux hommes de l’art que gogos et gobe-mouches pouvaient croire aussi doués, mais vraiment, cette fois, que Midas.[/bgcolor]

Ces cycles d’euphorie et de panique se sont étalés sur deux cent soixante-dix ans, de John Law jusqu’aux prestidigitateurs des caisses d’épargne américaines. Puisque John Law a montré, peut-être mieux que personne après lui, ce qu’une banque peut faire avec la monnaie et à la monnaie, il mérite que l’on s’arrête un peu sur son cas. (…) »


Notes :

  1. Charles Dunbar a fait œuvre de pionnier avec une étude excessivement intéressante des opérations originales : « The Bank of Venice », The Quartely Journal of Economies, vol. VI, n° 3 (avril 1892). Aux XIIIe, XIVe et XVe siècles, plus d’une centaine de banques de dépôt virent le jour à Venise. Une proportion importante connut des faillites plus ou moins fracassantes. Le Sénat déploya de grands efforts pour tenter de régler leurs opérations, allant jusqu’à décider de leurs heures d’ouverture et à contraindre les caissiers à compter les espèces sous les yeux des clients. Les résultats furent bien décevants. Au XVIe siècle, un certain Tommaso Contarini, membre du Sénat, adressa à ses pairs un discours dans lequel il résumait les difficultés rencontrées. Dans la paraphrase qu’en a donnée Dunbar, il faisait remarquer qu’un banquier avait toujours « la possibilité de rendre service à ses amis en l’absence de tout paiement par la simple rédaction d’un petit bout de papier faisant état d’un dépôt. S’il convoite de beaux meubles ou des joyaux fins, il peut satisfaire ses propres désirs d’un simple trait de plume dans son livre de crédit, tout comme il peut acheter des biens immeubles et richement doter ses enfants sans bourse délier » (p. 316). Voir aussi Frédéric Lane, « Venetian Bankers, 1496-1533 : A Study in the Early Stages of Deposit Banking », The Journal of Political Economy, vol. XLV, n° 2 (avril 1937), p. 187 sq.

  2. John Stuart Mill, Principes d’Économie politique, liv. III, chap. vin, § 2, Paris, 1861, t. II, p. 10-11.

Source : « L’argent », John Kenneth Galbraith, Folio Histoire, p38 et s.


Si Galbraith n’existait pas, il faudrait l’inventer.
Tous ses livres sont passionnants.

Et je gage que le citer ne nous dispensera pas de raisonner :wink:


Ce à quoi Paul, un peu énervé, apparemment, l’air de m’avoir cloué le bec, mais avec un argument contre-productif pour lui (vous lirez vous-mêmes) :

[b]Paul Jorion[/b] dit : [url=http://www.pauljorion.com/blog/?p=1440#comment-13832]8 janvier 2009 à 05:30[/url]

@ Etienne Chouard

Extrait du texte Comprendre la Banque (Association Belge des Banques), mentionné par Gérard P. dans un commentaire. Il n’y a rien de plus : pas de mystère, pas de miracle. « Scriptural » décrit le support : une écriture, plutôt qu’un billet de banque, qu’une pièce en or ou en argent. Mais ce support est entièrement indifférent : il est purement anecdotique, sans influence aucune sur le mécanisme.

C’est ma dernière intervention sur ce sujet, ma crédibilité va bien, merci, et je passe à autre chose.

4.1. Comment se fait la création de monnaie par les banques ?

Par l’octroi de crédit et la récolte de dépôts à vue, les banques participent au processus de création de monnaie : elles créent la monnaie scripturale. C’est en faisant du crédit que les banques créent de la monnaie. La banque centrale prête aux banques commerciales, en fonction notamment de la demande de billets, et celles-ci prêtent à leur clientèle. Cette clientèle redépose en banques une partie de l’argent emprunté, dépôts qui peuvent être utilisés pour de nouveaux crédits. Cet effet multiplicateur est à la base de la création de monnaie par les banques. Le rapport entre la masse monétaire finale et la masse monétaire initiale est appelé multiplicateur monétaire.

Lorsque les banques reçoivent des dépôts de leurs clients, elles doivent cependant être en mesure de faire face à leurs demandes de retraits. La loi des grands nombres leur permet de constater qu’une partie importante des dépôts reçus reste inutilisée. De ce fait, elles peuvent accorder des crédits, tout en conservant de quoi faire face aux retraits de leur clientèle. Ce qu’elles gardent à cette fin est appelé “coefficient de réserve”.


Paul déserte donc le champ de bataille, mais pourtant, rien n’est réglé… Bizarre… :confused:

Dans les commentaires de son billet [bgcolor=#FFFF99]« Le Monde Économie, lundi 5 janvier »[/bgcolor],
Paul revendique l’appui des analyses de Keynes, Marx et Engels en renfort de sa thèse farfelue, mais sans la moindre citation ni référence précise, comme d’habitude…

J’ai envoyé ceci ce matin (c’est en cours de modération).

La citation du Capital de Marx vous intéressera sans doute. En abordant la littérature sur la monnaie, on confirme bien que le danger de la banque privée est une vieille affaire.

[b]Étienne Chouard[/b] dit : Votre commentaire est en cours de modération [url=http://www.pauljorion.com/blog/?p=1427#comment-13853]8 janvier 2009 à 12:42[/url]

@ Moi :

Vous dites : « les comptes à vue, c’est de l’argent qui a été déposé en banque ».

Précisément, les comptes à vue ne sont pas seulement alimentés (provisionnés) par de l’argent déposé en banque (vous pensez sûrement à de la monnaie fiduciaire quand vous dites « de l’argent ») : par le mécanisme élémentaire du crédit, la banque peut à tout moment —à partir de la seule confiance qu’elle fait à son client, mais aussi grâce à la confiance que tous les acteurs lui accordent, en tant que banque— la banque peut augmenter le solde créditeur d’un compte à vue sans le moindre dépôt de monnaie (fiduciaire ou autre).

[b]Et ce solde créditeur du compte à vue, c’est précisément LA DÉFINITION de la monnaie scripturale.[/b] Ce sont des moyens de paiement.

La monnaie scripturale est un objet comptable.

C’est sa définition.


Bon, j’ai vu dans un autre fil, cette nuit, que Paul nie maintenant la réalité comptable de la monnaie scripturale ; il me dit : « La « réalité comptable » n’est pas une réalité : c’est une stylisation fondée sur le postulat que le crédit est toujours égal au débit. Dans la réalité [économique] les choses ne se passent pas comme ça, il y a des profits et des pertes, des gains et des dépenses. La « création monétaire ex nihilo » est un artefact (une fiction) qui permet de maintenir cette égalité comptable entre le crédit et le débit.

Je pense que c’est là une méconnaissance profonde, d’une part, de la comptabilité et de son importance (pas toujours positive !) dans notre réalité quotidienne, mais aussi des mécanismes comptables à l’œuvre lors de la création monétaire : quand une banque crée de l’argent (des moyens de paiement nouveaux) à l’occasion d’un crédit, elle ne crée pas de richesses, elle ne comptabilise nullement « un profit, une perte, un gain ou une dépense » (Paul semble n’envisager que des comptes de Résultat, alors que la monnaie circule précisément dans les comptes de Bilan, ce qui a un sens économique précis, très bien traité (sans fiction) par la comptabilité).

En créant de la nouvelle monnaie scripturale, la banque ne crée qu’un pouvoir d’achat temporaire (précieux, mais temporaire quand même), la banque ne crée pas une richesse nouvelle ; en cette occurrence-là, au moment de la création de monnaie-crédit, il n’y a donc pas de profits ou de pertes puisque tout se passe au bilan (négligeons les intérêts à ce stade du raisonnement, car eux, ils apparaîtront effectivement au Résultat, avec les profits) : en faisant crédit, la banque enregistre deux dettes (la sienne, immédiatement exigible et cessible, et celle de son client, exigible plus tard) qui s’équilibrent, sans profit ni perte, au Bilan.

L’une de ces dettes, c’est de la monnaie.
Elle vient d’être créée.
Mais elle est temporaire et elle va bientôt disparaître.
Tant qu’elle existe, elle est librement cessible, transmissible, et elle permet (plusieurs fois !) de solder définitivement les comptes entre un débiteur et un créancier. Elle permet aussi d’attendre et de garder de la valeur en réserve. Ce sont les fonctions de la monnaie.

La réalité comptable de la monnaie scripturale et l’efficience – quotidiennement vérifiée – de cet outil me semblent relever de l’évidence. Facilement démontrable, donc.


Même en faisant un subtil (mais inutile) distingo avec l’expression « l’argent » — qui ne serait, selon vous, stricto sensu, que la monnaie fiduciaire (moi, je veux bien)—, vous aurez du mal à nier cette nature comptable de la monnaie scripturale, comme vous aurez du mal à vous affranchir de la rigueur comptable pour l’analyser : la monnaie scripturale (le moyen de paiement aujourd’hui le plus courant, et de très loin) est composée des solde débiteurs —débiteurs pour la banque, puisque la banque doit la provision aux titulaires des comptes— des comptes à vue.

Autre réalité comptable incontestable (à mon avis) : quand une banque fait crédit, elle ne déplace pas un chiffre d’un compte vers un autre compte (à vue), elle augmente le chiffre du compte à vue [b]sans rien retirer à personne (aucun compte ne baisse, c’est UN FAIT).[/b]

À l’issue de l’opération comptable de crédit bancaire, il y a incontestablement DAVANTAGE de moyens de paiement disponibles dans le circuit économique, d’où l’expression pédagogique (tellement évidente qu’elle en est pléonastique) « création ex nihilo », ce qui ne signifie PAS sans contrepartie, évidemment, comme certains voudraient le faire croire : on peut évidemment créer moyennant une contrepartie et on aura pourtant bel et bien créé (« ex nihilo », forcément, si on respecte la définition même du mot ‘créer’).

« Ex nihilo » insiste sur le fait qu’avant le crédit, il n’y avait rien, pas d’argent (les signes qui allaient bientôt apparaître n’existaient pas encore, pas du tout !), et que, après le crédit, il y a quelque chose (de plus) qui est apparu, de nouveaux signes monétaires.

Attention :

Ne confondez pas les réserves fractionnaires (qui sont une couche de contraintes ajoutée au processus pour limiter la liberté des faux-monnayeurs) avec le mécanisme lui-même qui ne nécessite nullement que de la monnaie centrale existe préalablement au prêt.

S’il vous plaît, prêtez attention à L’ORDRE des opérations : la banque prête AVANT de faire ses comptes pour vérifier qu’elle respecte bien la règle des réserves et, si elle est en défaut, APRÈS après avoir créé l’argent, elle se « refinance » ; (de surcroît, en fait, l’expression « refinancement » est trompeuse parce qu’elle suggère que la banque doit trouver quelque part TOUT l’argent qu’elle a prêté, alors qu’on ne lui demande, en fait, de n’en trouver qu’une infime partie).


Il n’y a là ni argument d’autorité, ni théorie économique : il s’agit de technique comptable, avec la rigueur correspondante, collant à une convention économique (i.e. « la monnaie scripturale est un titre de créance, temporaire et dématérialisé, créé (et détruit) par les banques commerciales »).

Et mettre en avant la vision anthropologique, la perception sociologique, la conception philosophique, ou une autre représentation intellectuelle de la monnaie, est une approche intéressante, sans aucun doute, mais pas si on prétend nier l’évidence !

Les anthropologues, eux aussi, ont des comptes à rendre à la logique et aux faits :wink:

Surtout que cette négation du fait comptable de la création de monnaie privée, en l’occurrence, fait sans doute quelques heureux : les banquiers (et les spéculateurs associés qui ont bien besoin de cet afflux permanent d’argent facile) doivent être assez satisfaits, en effet, que les citoyens n’arrivent même pas à tomber d’accord sur la réalité du privilège qu’ils ont réussi à extorquer depuis des siècles à la Cité, et cette confusion leur permettra peut-être de continuer à profiter longuement encore de ce passe-droit (ruineux pour nous)

Maintenant, si on conteste ici les définitions mêmes (la monnaie scripturale ne serait pas de la monnaie !), si on détruit le sens des mots (dans quel but ? La confusion interdisant toute critique solide), c’est un jeu possible (chacun ses jeux, vive la liberté), mais franchement, on maltraite les mouches et on n’arrive pas, ici, à progresser sur cet aspect essentiel, à mon avis, de la souveraineté politique :

[b]Qui détient la souveraineté monétaire, qui a le pouvoir de battre monnaie ?[/b]

C’est important, parce que ce pouvoir est sans doute le seul pouvoir qui vaille, le pouvoir dont découlent tous les autres pouvoirs.

Et a contrario, celui qui n’a pas ce pouvoir n’a aucun pouvoir : la souveraineté politique procède de la souveraineté monétaire, et pas l’inverse.

Si ce ne sont plus les représentants du peuple (des représentants placés sous le contrôle permanent du peuple) qui détiennent le pouvoir de battre monnaie, il ne faut pas s’étonner que le peuple ne compte politiquement pour RIEN.


Amicalement.

Étienne.


PS : Paul prétend qu’il a avec lui Keynes, Marx et Engels… mais sans nous donner une seule citation… Hum

J’ai moi-même donné des indications précises qui donnent à penser que Keynes dénonçait la monnaie-crédit comme une source de chômage.

Marx lui-même, a ce que j’en connais, avait bien repéré, lui aussi, ce droit exorbitant accordé aux banque de créer du « capital fictif » dont les fonctions monétaires ne faisaient déjà aucun doute (ni pour Marx, ni pour les banquiers de l’époque), en concurrence avec la monnaie primitive qui n’était déjà plus le principal moyen de paiement. Il parlait de « capital fictif » un peu comme Allais dénonce les « banques faux-monnayeurs ».

Mais si Paul a lu quelque part sous la plume de Marx la défense de son idée que « la seule monnaie vraiment en usage ne serait que la monnaie fiduciaire et que les banques ne feraient que faire circuler la monnaie fiduciaire sans jamais créer eux-mêmes de nouveaux signes équivalents aux espèces », il va nous dire sans difficulté où il a lu cela, (précisément, please, parce que Marx, c’est des milliers et des milliers de pages…).

De mon côté, pour prouver ce que je dis à propos de Marx (ça ne vaut pas démonstration puisque la démonstration de la création monétaire privée est comptable, comme je l’ai rappelé plus haut), je reproduis ici un extrait du « Capital » de Karl Marx, extrait qui intéressera tout le monde ici, sans doute. Remarque : ce texte a 150 ans, écrit à une époque où la monnaie fiduciaire était encore gagée sur l’or, au lieu d’être comme aujourd’hui totalement dématérialisée. C’est dans le livre III, §5 :

[C’est moi qui souligne. ÉC]

Chapitre XXV : Le crédit et le capital fictif

« Le plan de notre étude n’embrasse pas l’analyse détaillée du crédit et des instruments au moyen desquels il fonctionne ; nous n’entendons nous occuper que des points qui sont absolument nécessaires pour caractériser la production capitaliste en général. À ce point de vue le crédit commercial et le crédit en banque sont seuls intéressants pour nous et encore n’avons-nous pas à les envisager en ce qui concerne le rapport de leur développement avec celui du crédit public.

J’ai exposé dans le premier volume (chap. III, 3, b) comment la circulation simple des marchandises appelle l’argent fonctionnant comme moyen de paiement et fait naître un rapport de créancier à débiteur entre le producteur et le commerçant. Cette base naturelle du crédit s’élargit, se généralise et se perfectionne à mesure que se développent le commerce et la production capitaliste, qui ainsi qu’on le sait ne travaille qu’en vue de la circulation. L’argent finit par fonctionner uniquement comme moyen de paiement, la marchandise n’étant plus vendue contre espèces sonnantes, mais sur un engagement écrit de la payer à un jour déterminé.

Pour ne pas compliquer notre exposé nous appliquerons le nom général de traites ou d’effets à tous les engagements quels qu’ils soient qui interviennent entre les acheteurs et les vendeurs. [b]Jusqu’au jour de l’échéance CES TRAITES CIRCULENT COMME MOYENS DE PAIEMENT, ET ELLES SONT EN RÉALITÉ LA MONNAIE DU COMMERCE. ELLES FONCTIONNENT INTÉGRALEMENT COMME MONNAIE LORSQU’ELLES SOLDENT DÉFINITIVEMENT LES COMPTES ENTRE UN DÉBITEUR ET UN CRÉANCIER, PUISQUE DANS CE CAS LA MONNAIE MÉTALLIQUE NE DOIT, INTERVENIR D’AUCUNE FAÇON.

De même que les avances réciproques des producteurs et des commerçants sont la base du crédit, de même la traite est en réalité la base de la monnaie de crédit, des billets de banque, etc. ; car ceux-ci reposent, non sur la circulation monétaire (espèces ou papier), mais sur la circulation des lettres de change. [/b]

W. Leatham (banquier en Yorkshire), Letters on the Currency, 2° éd., Londres 1840 :

« Je trouve que pendant l’année 1838 les traites ont représenté un total de 528.493.842 £ (il évalue les lettres de change étrangères à environ 1/5 de cette somme) et que le montant des traites simultanément en circulation a été de 132.123.460 £. » (p. 56.)

« Les lettres de change constituent une partie de la circulation qui dépasse toutes les autres réunies. » (p. 3.)

« Cet énorme édifice de traites repose (!) sur une base constituée par les billets de banque et l’or et sa solidité et même son existence peuvent être mises en danger, si dans le cours des évènements cette base se rétrécit. » (p. 8.)

« Lorsque je fais l’évaluation de tous les engagements des banques dont aux termes de la loi le paiement peut être exigé immédiatement en espèces, je trouve une somme de 153 millions alors que l’encaisse pour faire face à ces paiements n’est que de 14 millions en or. » (p. 11.)

« Le contrôle des traites ne serait possible que si l’on mettait des obstacles à la surabondance de l’argent et à la réduction du taux de l’escompte qui produit en partie et favorise cette expansion considérable et dangereuse. Il est impossible de savoir quelle est l’importance totale des traites qui répondent à des transactions réelles et quelle est celle des effets fictifs, de la « cavalerie », ayant pour but de créer un capital fictif par la mise en circulation d’effets ne correspondant à aucune opération commerciale. Je sais que dans les périodes où la monnaie est abondante et à bon marché, de pareilles manœuvres sont très fréquentes. » (p. 43, 44.)

J. W, Bosanquet, Metallic, Paper, and Credit Currency, Londres,1842 :

« La moyenne des paiements faits journellement au Clearing House de Londres dépasse 3 millions de £ et la monnaie nécessaire pour solder ces comptes est d’un peu plus de 200.000 £. » (p. 36.)

(En 1889 le chiffre des affaires traitées an Clearing House fut de 7618 ¾ millions de £, ce qui pour 300 jours ouvrables fait une moyenne de 25 ½ millions par jour. - F. E.)

« Les lettres de change sont incontestablement un instrument de circulation (currency) indépendant de la monnaie, car grâce à l’endossement elles sont un moyen de transmission de la propriété. » (p. 92.)

« On peut admettre qu’en moyenne chaque traite est endossée deux fois et effectue deux paiements avant d’arriver à échéance Il en résulte que l’endossement a eu pour effet pendant l’année 1839 de permettre des transferts de créances pour deux fois 528 millions, soit 1056 millions £, c’est-à-dire plus de 3 millions par jour. Il est certain que les traites et les dépôts fonctionnent comme monnaie pour au moins 18 millions de livres par jour. » (p. 93)


Voici en quels termes Tooke parle du crédit en général :

« Ramené à son expression la plus simple, le crédit est la confiance fondée on non qui amène quelqu'un à confier à un autre un capital, en argent ou en marchandise évaluée en argent, à condition d'en avoir la restitution dans un délai déterminé. Lorsque ce capital est prêté en argent, soit en billets de banque, soit en espèces, soit en une remise sur un [compte] correspondant, il sera restitué augmenté d'un certain pour cent pour l'usage qui en aura été fait. Lorsqu'il est avancé en marchandises, dont la valeur est alors fixée en argent de commun accord entre les parties, la somme à restituer comprend une indemnité pour l’usage du capital et le risque jusqu'à l'échéance. Des engagements écrits fixent dans les opérations de ce genre les dates aux quelles les restitutions doivent être faites, et ces engagements, qui sont transmissibles, procurent aux prêteurs le moyen, lorsque l'occasion s'en présente, d'utiliser leur capital avant qu'il soit restitué, d'emprunter ou d'acheter à des conditions avantageuses, parce que leur crédit est renforcé par la deuxième signature apposée sur la traite. » (Inquiry into the Currency Principle, p. 87.)
Ch. Coquelin, Le Crédit et les Banques (Edit. Guillaumin, 1876, p. 60) :
« Dans tout pays, le plus grand nombre des actes de crédit se consomment dans le cercle même des relations industrielles, c'est-à-dire de travailleur à travailleur, de commerçant à commerçant. Le producteur de la matière première en fait l'avance au fabricant qui doit la mettre en œuvre, en acceptant de lui une obligation payable à terme. Ce dernier, après avoir exécuté le travail qui le concerne, avance à son tour et aux mêmes conditions cette matière déjà préparée à quelque autre fabricant, qui doit lui faire subir une préparation nouvelle, et le crédit s'étend ainsi de proche en proche, d'un producteur à l'autre, jusqu'au consommateur. Le marchand en gros fait des avances de marchandises au marchand en détail, après en avoir reçu lui-même du fabricant ou du commissionnaire. Chacun emprunte d'une main et prête de l'autre, quelquefois de l'argent, mais bien plus souvent des produits. Ainsi se fait, dans les relations industrielles, un échange continuel d'avances qui se combinent et s'entrecroisent dans tous les sens. C'est surtout dans la multiplication et l'accroissement de ces avances mutuelles que consiste le développement du crédit, et c'est là qu'est le véritable siège de sa puissance. »
L'autre aspect du crédit se rattache au développement du commerce d'argent, qui dans la production capitaliste marche naturellement d'un pas égal avec le commerce de marchandises et qui, ainsi que nous l'avons vu dans la partie précédente (chapitre XIX), comprend la garde du fonds de réserve, les opérations d'encaissement et de paiement, les paiements internationaux et le commerce de lingots. La seconde fonction des commerçants d'argent se rattache à l'administration du capital productif d'intérêts et du capital-argent; ils sont les intermédiaires entre les prêteurs et les emprunteurs. À ce point de vue, les opérations du banquier consistent à concentrer de grandes masses d'argent et de représenter, d'une part, l'ensemble des bailleurs de fonds et, de l'autre, l'ensemble des emprunteurs. Les profits qu'elles rapportent proviennent de ce que le banquier emprunte à un taux plus bas qu'il ne prête.

Le capital dont les banquiers disposent pour leurs prêts leur afflue de différentes manières. En premier lieu se concentrent dans leurs mains, en leur qualité de caissiers des capitalistes industriels, le capital-argent que les producteurs et les commerçants doivent tenir en réserve et celui qui leur est remis en paiement; ces capitaux deviennent des capitaux empruntables. Grâce à cette opération de concentration, le fonds de réserve du commerce est réduit au minimum et une partie du capital-argent, qui aurait dormi comme fonds de réserve, est prêtée et fonctionne comme capital productif d’intérêts. Le capital disponible dans les banques est constitué, en second lieu par les dépôts de capitalistes d’argent, qui s’en rapportent aux banquiers du soin de trouver un placement pour leurs fonds ; ces dépôts, qui représentent les épargnes et l’argent momentanément inoccupé de toutes les classes, ont pris de l’importance dès que les banques ont atteint un certain degré de développement et surtout dès l’instant où elles ont payé un intérêt aux dépôts qui leur étaient confiés. De petites sommes, insuffisantes pour fonctionner isolément comme capital-argent, se groupent en grandes masses et représentent une puissance financière considérable. Cette action de la banque, qui consiste à, grouper de petits capitaux, ne doit pas être confondue avec son rôle d’intermédiaire entre les véritables capitalistes d’argent et les emprunteurs. Enfin le capital dont les banquiers disposent pour leurs prêts est constitué également par la partie des revenus qui n’est pas dépensée.

Lorsqu’il s’agit du crédit commercial, les prêts se font par l’escompte des traites et les avances sous différentes formes : avances sur crédit personnel, avances sur gages (titres portant intérêts, fonds publics, actions de toute nature), avances sur connaissements, sur warrants et autres titres de propriété de marchandises, sur récépissés de dépôts, etc. Ces avances se font ou par une ouverture de crédit ou par la remise d’effets ou de chèques sur d’autres banques, ou par la remise de billets de banque quand la banque qui fait l’avance est une banque d’émission. Le billet de banque est simplement une traite payable à vue, que le banquier tire sur lui-même et qu’il remet en échange de la traite qu’il escompte. Cette forme du crédit frappe le vulgaire, d’abord parce que le titre de crédit qui y correspond franchit le cercle étroit de la circulation commerciale pour se répandre dans la circulation générale et y fonctionner comme monnaie; ensuite parce que dans la plupart des pays la banque principale d’émission a un caractère indécis, qui lui permet de fonctionner à la fois comme banque nationale et banque privée, qui lui assure l’accaparement du crédit national et fait plus ou moins de ses billets des moyens légaux de paiement; enfin parce que le billet de banque, qui est un litre de crédit circulant, établit à l’évidence que le banquier est un commerçant de crédit. (Le banquier fait ce commerce, non seulement quand il émet des billets de banque, mais quand il avance en espèces l’argent déposé chez lui.) En réalité, et le plus bel exemple en est fourni par les banques d’Écosse, le billet de banque ne constitue que la monnaie du commerce de gros et e~e sont les dépôts qui sont l’élément capital dans les banques.

Nous n’avons pas, au point de vue de l’étude que nous avons à poursuivre, à nous occuper davantage des institutions spéciales du crédit, ni des formes spéciales des banques.

« Les banquiers font deux genres d'affaires… 1° ils accumulent les capitaux de ceux qui ne trouvent pas à les employer immédiatement, pour les transmettre et les distribuer à ceux qui en ont emploi. 2° ils gardent les revenus de leurs clients pour les leur restituer à mesure qu'ils en ont besoin. La première de ces opérations constitue la circulation du capital, la seconde, la circulation de l'argent (currency.) L'une est la concentration du capital suivie de sa distribution ; l'autre est l'administration de la circulation pour des usages locaux ». - Tooke, Inquiry into the Currency Principle, p. 36, 37.
Nous reviendrons sur ce passage dans le chapitre XXVIII.

Reports of Committees. Vol. VIII. Commercial Distress. Vol. II Part. 1, 1847-48. Minutes of Evidence (que nous citerons désormais sous le titre : Commercial Distress, 1847-48). De 1840 à 1850, les traites présentées à l’escompte à Londres furent payées dans un grand nombre de cas, non par des billets de banque, mais par des traites tirées à 21 jours d’une banque sur l’autre (Témoignage de J. Pease, banquier de province, n° 4636 et 4656). D’après le même rapport, dès que la monnaie se faisait rare, les banquiers avaient l’habitude d’employer également ces traites pour payer leurs clients, et si ceux-ci voulaient obtenir des billets de banque, ils devaient de nouveau escompter ces traites. CETTE OPÉRATION ÉQUIVALAIT POUR LES BANQUIERS DU PRIVILÈGE DE FAIRE DE L’ARGENT. Elle était mise en pratique de temps immémorial par la maison Jones, Loyd et Co, qui y avait recours dès que le taux de l’intérêt dépassait 5 %. Les clients étaient très satisfaits d’être payés en traites provenant de Jones, Loyd et Co, parce qu’ils les escomptaient plus facilement que les leurs, aussi ces traites passaient-elles par vingt, trente mains (ibidem, n° 901, 904, 995.)

Toutes ces formes ont pour but de rendre les titres de crédit transmissibles.

« [b]Quelle que soit sa forme, le crédit doit fonctionner à un moment donné comme monnaie ; que cette forme soit le billet de banque, la traite ou le chèque, les opérations et leur résultat sont essentiellement les mêmes[/b] ». Fullarton, On the Regulation of Currencies, 2° éd., Londres, 1845, p. 88.

« Les billets de banque sont la monnaie divisionnaire du crédit » (p. 57).


Les lignes suivantes sont empruntées à J. W. Gilbart, The History and Principles of Banking, Londres, 1834 :

« Le capital d'une banque se compose de deux parties, le capital engagé (invested capital) et le capital de banque (banking capital) qui est emprunté (p. 117).

Le capital de banque se constitue de trois manières : 1° en recevant des dépôts ; 2° en émettant des billets de banque ; 3° en tirant des traites. Lorsque quelqu’un consent à me prêter gratuitement 100 £ et que je donne cet argent en prêt à un autre au taux de 4 % par an, je fais une opération qui me rapporte 4 £ à la fin de l’année. De même lorsque celui qui a accepté mon billet de banque, c’est-à-dire ma promesse de paiement, (I promise to pay est la formule habituelle des billets de banque en Angleterre) me le restitue à la fin de l’année en me payant 4% d’intérêt comme si je lui avais prêté 400 £, je gagne 4 £; enfin si dans une ville de province quelqu’un me remet 100 £ à condition que je les paie 21 jours plus tard à une personne de Londres, je touche comme profit l’intérêt que rapportera cet argent pendant les 21 jours. Voilà un exposé succinct des opérations d’une banque et des. moyens qui permettent de créer un capital de banque par des dépôts, des billets de banque et des traites (p. 117).

En général, le profit d’un banquier est en raison de l’importance de son capital de banque, c’est-à-dire de son capital emprunté, et il faut évidemment pour le déterminer défalquer du profit brut l’intérêt du capital engagé (p. 148).

Les avances d’un banquier à ses clients sont faites avec l’argent des autres (p. 146).

Seuls les banquiers qui n’émettent pas de billets créent leur capital de banque en escomptant des traites, leurs opérations d’escompte venant grossir leurs dépôts. Les banquiers de Londres n’escomptent qu’aux maisons qui ont un compte-courant chez eux (p. 119).

Une firme qui escompte des traites chez son banquier doit laisser en dépôt chez celui-ci sans intérêt une partie du montant de ses traites ; de cette manière le banquier reçoit pour l’argent qu’il a avancé un intérêt plus élevé que l’intérêt courant et il se constitue un capital de banque au moyen de l’argent qu’il retient » (p. 129)

« Grâce aux virements de compte, les banques de dépôts font des économies d’instruments monétaires et règlent avec une petite quantité de numéraire des affaires de grande importance. L’argent qui n’est pas employé pour ces opérations sert au banquier à faire des avances à ses clients, en escomptant leurs billets, etc., et c’est ainsi que les virements de compte augmentent la puissance des banques de dépôts » (p. 123).

«Peu importe que les clients en relation d’affaires aient ou non le même banquier ; les banques échangent leurs chèques au Clearing House. Les virements de compte pourront donc pousser le système des dépôts à un tel développement que l’emploi de la monnaie métallique deviendra complètement inutile. Si chacun avait un compte-courant chez un banquier et effectuait tous ses paiements en chèques, ceux-ci deviendraient l’exclusif instrument des échanges. Avec une organisation pareille les banquiers devraient posséder la monnaie, car sans cela les chèques n’auraient pas de valeur » (p. 124) :


La centralisation des transactions locales dans les banques se réalise : 1° par les banques succursales; (Les banques départementales ont des succursales dans les petites villes, de même que les banques de Londres en ont dans les différents quartiers de la ville). 2° par les agences.

« Chaque banque départementale a un agent à Londres, pour y payer ses traites et rembourser ses billets, et recevoir les paiements d'habitants de Londres pour compte de leurs créanciers de province » (p. 127). Chaque banquier reçoit les billets des autres et ne les émet plus ; mais dans chaque grande ville, tous se réunissent une ou deux fois par semaine pour faire l'échange de leurs billets et solder la différence en bons sur Londres (p. 134).

«Le but des banques est de faciliter les affaires. Tout ce qui facilite les affaires facilite la spéculation, et souvent les deux sont si intimement liées qu’il est difficile de dire où finissent les affaires et où commence la spéculation. Partout où il existe des banques, on obtient le capital avec plus de facilité et à meilleur compte. Ce bon marché du capital favorise la spéculation, de même que le bon marché de la viande et de la bière encourage la gourmandise et l’ivrognerie » (p. 137, 138).

« Étant donné que les banques d’émission paient avec leurs billets, il peut sembler que leurs opérations d’escompte soient faites exclusivement avec le capital constitué par ces billets. Cependant il n’en est rien. Alors même qu’un banquier paie avec ses billets toutes les traites qu’il escompte, il se peut que les 9/10 des traites se trouvant en sa possession représentent un capital réel ; car de ce qu’il a payé les traites au moyen de billets de son émission, il ne résulte pas que ces billets restent en circulation jusqu’à l’échéance des traites. Celles-ci peuvent avoir à courir pendant trois mois, alors que les billets peuvent rentrer à la banque en trois jours » (p. 172).

Le dépassement des comptes par les clients se présente régulièrement dans le monde des affaires. C’est pour cela que les ouvertures de crédit doivent être garanties. Les crédits sont ouverts, non seulement sur une garantie personnelle, mais contre un dépôt de titres, de valeurs » (p. 174, 175).

Lorsqu’il est avancé sur marchandises données en nantissement, le capital produit les mêmes effets que lorsqu’il est avancé pour des traites présentées à l’escompte. Lorsque quelqu’un emprunte 100 £ en donnant des marchandises en garantie, c’est comme s’il les avait vendues contre une traite de 100 £, qu’il escompterait ensuite chez un banquier. Mais l’avance d’argent lui permet de garder ses marchandises jusqu’à ce que le marché devienne plus favorable et d’échapper au sacrifice qu’il aurait dû s’imposer s’il avait dû se procurer de l’argent à tout prix » (p. 180, 181).

The Currency Question Reviewed, etc., p. 61, 63 :

« Il est incontestable que les 1000 £ que je dépose aujourd’hui chez A seront mises en circulation demain et constitueront un dépôt chez B. Après-demain elles passeront à C, et ainsi de suite d’une manière indéfinie. Ces 1000 £ de monnaie peuvent donc, grâce à ces transferts successifs, représenter une somme indéterminable de dépôts, et c’est ainsi qu’il est possible que les neuf dixièmes des dépôts n’existent en Angleterre que dans les livres des banquiers, responsables chacun pour leur part… Il en est de même en Écosse où la monnaie en circulation (presqu’exclusivement en papier !) ne dépasse jamais 3 millions de £ alors que les dépôts s’élèvent à 27 millions. Aussi longtemps qu’il ne se produit pas une demande de restitution brusque et en masse des dépôts (a run on the banks), ces mêmes 1000 £ revenant sur leurs pas pourront avec la même facilité solder un nombre indéterminable de comptes. Je les donnerai aujourd’hui à un commerçant à qui je les dois ; celui-ci les emploiera demain pour payer la dette qu’il a à l’égard d’un troisième; ce dernier en fera usage après-demain pour se mettre en règle avec sa banque, et ainsi, passant de main en main et de banque en banque, ces 1000 £ solderont toute somme imaginable. »


[Note d’Engels : Nous avons vu que déjà en 1831, Gilbart savait que « tout ce qui facilite les affaires facilite la spéculation, les deux étant souvent si intimement liées qu’il est difficile de décider où finissent les affaires et où commence la spéculation. » Plus il est facile d’obtenir des avances d’argent sur des marchandises non vendues, plus de pareilles avances sont demandées, plus on est tenté, dans le seul but d’en obtenir, de fabriquer des marchandises ou d’en inonder des marchés éloignés. L’histoire du commerce anglais nous présente pendant la période allant de 1815 à 1817, un exemple frappant de la manière dont le monde des affaires d’un pays peut tout entier être pris d’un pareil vertige et de la fin qui attend des opérations de ce genre ; elle nous montre en même temps ce dont le crédit est capable. Mais quelques explications préliminaires sont nécessaires.

Dans les derniers mois de 1812 la crise, qui depuis 1837 n’avait cessé de peser sur l’industrie anglaise, commença à prendre fin. Pendant les deux années suivantes la demande de produits anglais par l’étranger alla en croissant et la prospérité atteignit son point culminant en 1845-1846. En 1813 la guerre de l’opium était venue ouvrir la Chine au commerce anglais et ce nouveau débouché avait encouragé l’expansion déjà si vivace de l’industrie et surtout de l’industrie du coton. « Comment pourrions-nous jamais trop produire ? Nous avons 300 millions d’hommes à habiller », me disait alors un fabricant de Manchester. Toutes les fabriques qu’on bâtissait, toutes les machines à vapeur et tous les métiers à filer et à tisser qu’on installait étaient insuffisants pour absorber le torrent de plus-value qui affluait du Lancashire. On s’était jeté sur la construction des chemins de fer avec la même passion qu’on développait l’industrie, et c’est sur ce terrain que les fabricants et les commerçants commencèrent, déjà dès l’été de 1844, à donner libre carrière à leur passion de la spéculation. On souscrivait des actions tant et plus, pourvu qu’on eût l’argent pour les premiers versements ; l’avenir se chargerait du reste ! D’après la question 1059, C. D. 1849/57, on engagea pendant les années 1846-47 un capital de 75 millions dans les chemins de fer ; aussi quand vint le moment de parfaire les versements, fallut-il recourir au crédit et saigner dans la plupart des cas le capital engagé directement dans les affaires. Or dans beaucoup d’entreprises ce capital était lui-même obéré ; la perspective des profits élevés avait entraîné à des opérations beaucoup plus importantes que ne le permettait l’avoir liquide dont on disposait. Le crédit était cependant abondant et à bon marché. Le taux de l’escompte avait varié de 4 ¾ à 2 ¼ % en 1844, pour s’élever à 3 % en octobre 1845 et 5 %, en février 1846, et retomber ensuite à 3 ¼ % en décembre 1846. Les banques avaient une encaisse en or inconnue jusque-là et la Bourse cotait plus haut que jamais toutes les valeurs du pays. C’eut été de la naïveté de perdre une si belle occasion et de ne pas entrer carrément dans la danse. Pourquoi ne pas fabriquer tant qu’on pouvait et inonder de marchandises les marchés étrangers qui soupiraient après les produits anglais ? Pourquoi ne pas profiter de l’occasion qui s’offrait de faire un double bénéfice en vendant en Extrême-Orient les fils et les tissus et en écoulant en Angleterre les marchandises importées en échange ?

Ainsi se développèrent les consignations en masse sur l’Inde et la Chine, qui ne tardèrent pas à devenir un système ayant pour but exclusif, ainsi que l’établiront les notes suivantes, l’obtention d’avances d’argent et qui devaient nécessairement aboutir à l’encombrement des marchés et au krach. Celui-ci éclata après les mauvaises récoltes de 1846. D’énormes quantités de produits alimentaires, surtout de céréales et de pommes de terre, durent être importées en Angleterre et en Irlande, et les pays qui les fournirent ne purent guère être payés en produits de l’industrie anglaise. On fut obligé d’envoyer à l’étranger au moins neuf millions d’or. La Banque d’Angleterre en fournit 7 ½ millions, mais sa liberté d’action sur le marché financier en fut sérieusement atteinte. Les autres banques, dont les réserves sont déposées à la Banque d’Angleterre et s’identifient en réalité avec celle de la Banque, durent également enrayer leur mouvement monétaire, si bien que le courant des paiements commença par rencontrer des difficultés et finit par s’arrêter complètement. L’escompte, qui en janvier 1847 était encore de 3 à 3 ½ %, s’éleva à 7 %, aux premiers symptômes de la panique qui se manifestèrent en avril ; il retomba momentanément à 6 et même à 5 % pour monter résolument dès que les conséquences de la mauvaise récolte portèrent la panique à son comble. Le taux officiel de l’escompte fut au moins de 7 % en octobre et de 10 %, en novembre, ce qui revient à dire que la plus grande partie des traites fut escomptée à un taux usuraire et même ne fut pas escomptée du tout. Plusieurs maisons de premier ordre et un grand nombre de moyennes et de petites firent faillite, et la Banque elle-même fut menacée. Sous la pression de l’opinion publique, le gouvernement fut obligé de suspendre le 25 octobre le Bank Act de 1881 et d’autoriser le cours forcé, ce qui ne pouvait évidemment rien compromettre, le crédit des billets de banque étant garanti en fait par le crédit de la nation. Le manque de monnaie métallique cessa de faire sentir ses effets et si toute une série de grands et de petits établissements embourbés sans rémission fit encore faillite, la crise cependant put être considérée comme vaincue. En septembre l’escompte était redescendu à 5 % et déjà en 1848 s’esquissait la nouvelle reprise des affaires, qui vint enrayer en 1819 les mouvements révolutionnaires du continent, qui provoqua après 1850 la plus brillante prospérité que l’industrie eût connue jusque-là et se termina… par le krach de 1857. - F. Engels. ]

  1. Une pièce émanant de la Chambre des Lords et publiée en 1848 donne des détails intéressants sur la dépréciation colossale que subirent les fonds publics et les actions pendant la crise de 1847. Elle donne les chiffres suivants sur la perte subie par les valeurs de février à octobre 1847 :

Fonds publics anglais 93.824.217 £
Actions de docks et de canaux 1.358.288 £
Actions de chemins de fer 19.579.820 £
Total 114.762.325 £

  1. Le Manchester Guardian du 24 novembre 1848 donne les renseignements suivants sur la fièvre d’affaires avec les Indes Orientales, durant laquelle on ne tira pas des traites parce que des marchandises étaient vendues, mais on vendit des marchandises pour avoir des traites à escompter et transformer en argent :

A de Londres achète, par l’intermédiaire de B, au fabricant C de Manchester des marchandises à expédier à D aux Indes. B paie C par une traite à six mois et se couvre par une traite à six mois sur A, qui tire à, six mois sur D dès que les marchandises sont embarquées. « De cette manière l’acheteur (A) et le vendeur (B) touchent de l’argent longtemps avant qu’ils ne paient la marchandise en espèces, sans compter que très souvent à l’échéance ils ont soin de renouveler leurs traites, sous prétexte que dans des expéditions à si longue distance il faut beaucoup de temps pour voir rentrer son argent. Ce qui était malheureux dans ces opérations c’était qu’au lieu de perdre en importance, elles prenaient de l’extension dès que les pertes survenaient. Plus ceux qui y prenaient part devenaient pauvres, plus ils éprouvaient le besoin d’acheter, afin d’obtenir des avances pour remplacer le capital perdu dans les opérations précédentes, et ils achetaient, non parce que la demande les y engageait, mais uniquement pour faire une opération financière. En outre ce qui se passait en Angleterre se renouvelait aux Indes. Des maisons indiennes dont le crédit était suffisant pour permettre d’escompter leurs traites, achetaient du sucre, de l’indigo, de la soie, du coton, non parce que les prix étaient plus avantageux que les derniers prix de Londres, mais parce que les traites qu’ils avaient à payer à des maisons de Londres approchaient de l’échéance et devaient être couvertes. Quoi de plus simple que d’acheter un chargement de sucre, de le payer par une traite à six mois au profit du vendeur et d’envoyer par poste le connaissement à Londres ? Moins de deux mois après et alors que la marchandise était à peine chargée, le connaissement était gagé à Lombard Street et la maison de Londres avait de l’argent huit mois avant que les traites tirées pour le paiement de la marchandise arrivassent à échéance.» Et tout cela alla régulièrement, sans interruption ni difficulté, aussi longtemps que les comptoirs d’escompte eurent de l’argent en abondance pour l’avancer contre des connaissements et des warrants, et escompter quel qu’en fut l’import les traites des maisons indiennes sur les « bonnes » firmes de Mincing Lane.

[Ces tripotages restèrent en vogue aussi longtemps que les communications avec les Indes se firent par le Cap. Le canal de Suez et les transports par steamers qui en furent la conséquence, sont venus ruiner cette méthode de fabriquer du capital fictif, qui reposait sur la longue durée du transport des marchandises et qui est devenue tout à fait impossible depuis que le télégraphe informe le jour même le négociant de Londres de la situation du marché des Indes et réciproquement. - F. Engels]

  1. Le rapport sur la Commercial Distress 1847-48 dit ce qui suit :
« Pendant la dernière semaine d'avril 1847 la Banque d'Angleterre fit savoir à la Royal Bank of Liverpool que son ouverture de crédit était réduite de moitié. Cette décision eut des conséquences fâcheuses, étant donné que depuis quelque temps déjà, les paiements se faisaient à Liverpool beaucoup plus en traites qu'en espèces, les négociants remettant en paiement à la banque, non plus de l'argent comme précédemment, mais des effets qu'ils avaient reçus eux-mêmes pour leurs fournitures de coton et autres produits. Les billets que la banque avait à liquider pour les commerçants étaient pour la plupart payables à l'étranger et avaient été soldés en grande partie jusque-là par les sommes dues pour les livraisons des produits. Mais maintenant, au lieu de remettre des espèces, les négociants apportaient des effets de différente nature et à des échéances variées, payables en grande partie à trois mois et correspondant à des ventes de coton. Les unes étaient payables en banque à Londres, les autres étaient tirées directement sur des commerçants de toute espèce, encagés dans les affaires brésiliennes, américaines, canadiennes, indiennes, etc.... Les commerçants de Liverpool ne tiraient pas les uns sur les autres, mais leurs clients du pays qui avaient acheté des produits à Liverpool leur remettaient des traites sur des banques ou des maisons de commerce de Londres ou sur n'importe qui. La décision de la Banque d'Angleterre eut pour conséquence que la circulation, qui précédemment dépassait généralement trois mois, dut être réduite pour les traites données en paiement pour les produits vendus à l'étranger. » (p. 26, 27).
Ainsi que nous l'avons déjà dit, la période de prospérité de 1844-47 fut accompagnée en Angleterre des premières grandes spéculations sur les valeurs de chemins de fer. Le rapport que nous venons de citer analyse comme suit les conséquences de ces opérations :
« En avril 1847, la plupart des maisons de commerce s'étaient décidées à faire languir plus ou moins leurs affaires (to starv their business) en engageant une partie de leur capital dans les chemins de fer (p. 41), qui avaient emprunté en même temps, au taux élevé de 8 %, à des particuliers, des banquiers et des compagnies d'assurances (p. 66). [b]Pour pouvoir continuer les affaires, les maisons de commerce furent obligées de s'adresser aux banques et de leur prendre, par l'escompté de traites, plus de capital qu'il n'aurait fallu[/b] (p. 67). - (Question) Entendez-vous dire que les versements qui furent faits sur les actions souscrites aux chemins de fer contribuèrent pour une large part à la dépression dont souffrit le marché financier en avril et octobre 1847 ? - « Je crois qu'ils eurent plus d'influence sur la dépression du mois d'avril. À mon avis ils consolidèrent plutôt la situation des banquiers jusque probablement en été. L'argent ne fut pas dépensé immédiatement après qu'il fut versé, et les banques eurent à leur disposition, au commencement de l'année, une bonne partie des fonds des chemins de fer. »
(Cette déclaration fut confirmée par de nombreux témoignages de banquiers dans le C.D. 1848/57).
« Ces fonds furent écoulés petit à petit en été et se trouvèrent considérablement réduits le 31 décembre. Ce fut précisément cette diminution progressive des fonds des chemins de fer - ils diminuèrent d'un tiers du 22 avril au 31 décembre - qui fut la cause de la dépression du mois d'octobre, dont l'effet se fit sentir dans toute l'Angleterre et soutira petit à petit les dépôts de toutes les banques » (p. 43, 44.).
Une constatation identique est faite par Samuel Gurney, le chef de la célèbre maison Overend Gurney & Co :
« En 1846 la demande de capital fut considérable de la part des compagnies de chemins de fer ; elle ne fit cependant pas monter le taux de l’intérêt. Beaucoup de petites sommes furent condensées en de grandes et celles-ci furent transportées sur le marché financier, la tactique étant de jeter sur le marché de la City plus d'argent qu'on n'en retirait. »
M. Hodgson, directeur de la Liverpool Joint Stock Bank, établit dans les termes suivants jusqu'à quel point les traites peuvent constituer la réserve des banques :
« Nous avions l'habitude de retenir dans notre portefeuille les traites échéant au jour le jour, jusqu'à concurrence des neuf dixièmes de nos dépôts et de l'argent qui nous était confié par des tiers... ce qui eut pour conséquence que pendant la crise les traites que nous eûmes à encaisser journellement équilibrèrent les paiements que nous eûmes à faire. » (p. 53).
Les traites de spéculation :
N° 5092. « Par qui les traites (correspondant à des ventes de coton) étaient-elles principalement acceptées ? - R (Gardner, le filateur de coton dont il est plusieurs fois question dans notre ouvrage). Par des courtiers en marchandises. Un commerçant achète du coton, le remet à un courtier, tire une traite sur celui-ci et la porte à l'escompte.

N° 5094. Et ces traites sont présentées aux banques de Liverpool et y sont escomptées ? - À Liverpool et ailleurs… Si cette circulation de complaisance, qui fut admise principalement par les banques de Liverpool, n’avait pas été appliquée, la livre de coton eut été à mon avis de 1 ½ à 2 d. moins chère l’année dernière.

N° 600. Vous dites que des traites en nombre considérable, tirées par des spéculateurs sur des courtiers en coton, ont circulé à Liverpool. En a-t-il été de même pour des traites se rapportant à d’autres produits coloniaux que le coton ? - (A. Hodgson, banquier à Liverpool). Oui ; mais l’opération a porté principalement sur le coton.

N° 601. Comme banquier, aimez-vous mieux ne pas recevoir de ces traites ? - D’aucune manière ; nous les considérons comme des effets absolument réguliers, pour autant que la masse n’en devient pas trop considérable… Ces traites sont souvent renouvelées ».


Tripotages sur le marché de l’Extrême-Orient en 1847. - Charles Turner, chef d’une des premières firmes de Liverpool faisant le commerce avec les Indes Orientales :

« Nous connaissons tous ce qui s'est produit dans les affaires avec l'île Maurice et d'autres affaires du même genre. Les courtiers, qui avaient l'habitude de faire des avances sur les connaissements et sur les marchandises dès qu'elles étaient arrivées à destination, ce qui est tout à fait dans l'ordre s'étaient mis également à faire des avances sur des produits qui n'étaient pas encore embarqués et même qui n'étaient pas encore fabriqués. C'est ainsi que j'avais acheté à Calcutta des traites pour six à sept mille livres, dont le montant devait être appliqué à des plantations de sucre dans l'île Maurice. Les traites furent présentées en Angleterre et plus de la moitié fut protestée. Quand le sucre qui devait permettre de les payer nous arriva, il se trouva qu'il avait été gagé à des tiers avant d'être embarqué, presqu'avant d'être raffiné (p. 78). Les marchandises en destination des Indes Orientales doivent maintenant être payées au comptant au fabricant. [b]Mais cela n'a guère d'importance, car si l'acheteur jouit de quelque crédit à Londres, il tire sur Londres, y escompte sa traite (l’escompte y étant à bon marché) et paie le fabricant avec l'argent qu'il obtient...[/b] Il faut au moins douze mois pour que celui qui embarque des marchandises pour les Indes en reçoive l'argent ... Celui qui veut traiter avec ce pays et qui dispose de 10 ou 15.000 £ quand il commence les affaires, se fera ouvrir un crédit suffisant dans une maison de Londres; il lui payera 4 % pour pouvoir tirer sur elle, le produit des marchandises vendues aux Indes devant être adressé directement à cette maison et celle-ci ayant l'assurance en vertu d'une convention secrète que ses traites seront renouvelées jusqu'au moment où ce produit lui aura été payé. Des traites de ce genre sont escomptées à Liverpool, à Manchester, à Londres ; les banques écossaises en possèdent un certain nombre (p. 79).

N° 730. L’examen des livres d’une maison de Londres qui fit faillite il n’y a pas longtemps, fit découvrir ce qui suit : Deux firmes, l’une à Manchester, l’autre à Calcutta, s’étaient fait ouvrir un crédit de 200.000 £ dans une maison de Londres, Les fournisseurs de la maison de Manchester, qui de Manchester ou de Glasgow envoyèrent des marchandises en consignation à, la maison de Calcutta, tirèrent sur la maison de Londres jusqu’à concurrence de 200.000 £, mais en même temps, en vertu de la convention, la maison de Calcutta tira également sur la maison de Londres pour une somme de 200.000 £. Ces dernières traites furent vendues à Calcutta et le produit de la vente fut employé à acheter d’autres traites, qui furent envoyées à Londres pour permettre à la maison de Londres de payer les traites tirées par les fournisseurs de Glasgow et de Manchester. Cette combinaison permit de mettre pour 600. 000 £ de traites en circulation.

N° 971. À présent, lorsqu’une maison de Calcutta a payé avec ses propres traites tirées sur son correspondant de Londres un chargement en destination de l’Angleterre, il suffit qu’elle envoie le connaissement à Londres, pour qu’il puisse être utilisé comme gage dans Lornbard Street pour obtenir des avances d’argent ; celles-ci seront donc faites huit mois avant que les traites viennent à échéance ».


4. En 1848 un comité de la Chambre haute fut chargé de poursuivre en secret une enquête sur les causes de la crise de 1847 ; les témoignages qu’il recueillit furent publiés en 4857 sous le titre de Minutes of Evidence taken before the Secret Committee of the H. of L. opposated to inquire into the causes of distress, etc. Nous y trouvons la déposition suivante faite par M. Lister, directeur de la Union Bank Liverpool :

« 2444. Il y eut, au printemps 1847, [b]une expansion irrationnelle du crédit[/b] due à ce que des commerçants qui avaient retiré une partie de leur capital du commerce pour l'engager dans les chemins de fer, voulaient conserver quand même leur ancienne importance à leurs affaires. [b]Tous espéraient sans doute vendre à profit leurs actions de chemins de fer et reconstituer ainsi leur capital ; mais tous trouvèrent que cela n'était pas possible et ils durent faire appel au crédit pour des paiements que précédemment ils pouvaient faire au comptant. De là, l'expansion du crédit[/b] ».

« 2500. Ces traites qui mirent en perte les banquiers qui en étaient porteurs, étaient-elles tirées principalement pour payer des achats de céréales ou de coton ? - Elles correspondaient à des achats de toute nature, des céréales, du colon, du sucre. Aucun produit, sauf peut-être l’huile, n’échappa à la dépression des prix.

« 2506. Un courtier se garde bien d’accepter une traite s’il n’est pas suffisamment couvert, même contre une dépréciation de la marchandise qui lui sert de garantie.

« 2512. Deux espèces de traites sont tirées contre des produits. La première catégorie comprend les traites tirées de là-bas sur les importateurs. Elles arrivent généralement à échéance avant que les produits ne soient arrivés à destination. Aussi le commerçant doit-il, s’il ne dispose pas d’un capital suffisant, donner sa marchandise en gage à un courtier jusqu’à ce qu’il ait trouvé à la vendre. Dans ce cas, le commerçant de Liverpool tire immédiatement sur le courtier une traite de la seconde catégorie, garantie par sa marchandise… il appartient ensuite au banquier de s’assurer si le courtier est en possession de la marchandise et de s’informer de ce qu’il a avancé sur elle. Il doit s’assurer si le courtier est suffisamment couvert pour la perte qu’il pourrait éventuellement subir.

« 2516. On nous envoie également des traites de l’étranger. Quelqu’un achète là-bas une traite sur l’Angleterre et l’envoie à une maison anglaise; nous ne pouvons pas nous rendre compte de ce que la traite est sérieuse ou non, ni contrôler si elle représente des produits ou du vent.

« 2533. Vous disiez que des produits étrangers pour ainsi dire de toute nature avaient été vendus à grande perte. Croyez-vous qu’il en fut ainsi parce qu’on avait fait des spéculations aventureuses sur ces produits ? . - La cause fut qu’il y eut une importation considérable alors qu’il n’y avait pas une consommation correspondante pour l’absorber. Il semble que la consommation diminua énormément.

«2537. En octobre… les produits furent à peu près invendables ».


Dans le même rapport, un connaisseur de premier ordre, le très digne et très roué quaker Samuel Gurney de Overend Guerney et Co, nous montre comment le krach arrivant à son point culminant, ce fut un sauve-qui-peut général :

« 1262. Lorsqu'une panique se produit, l'homme d'affaires ne se demande pas à quel taux il peut placer son argent, ni s'il perdra 1 ou 2 %, en vendant ses bons du trésor ou son trois pour cent. Une fois qu'il est sous le coup de la frayeur, il se préoccupe peu de perdre ou de gagner ; il se sauve, que le reste du monde se débrouille.
5. En ce qui concerne l'encombrement de deux marchés l'un par l'autre, voici un extrait de la déposition que fit M. Alexander, commerçant s'occupant d'affaires avec les Indes Orientales, devant la Commission de la Chambre des communes faisant en 1857 une enquête sur les banques :
« 4330. Si en ce moment j'avance 6 sh. à Manchester, on m'en restitue 5 aux Indes, et si j'en avance 6 aux Indes, j'en retrouve 5 à Londres ».
Le marché des Indes était donc encombré par des produits expédiés d'Angleterre et le marché anglais l'était par des produits venant des Indes. Et cela se passait pendant l'été de l'année 1857, à peine dix ans après la cruelle expérience de 1847 ! »

Source : Karl Marx, « Le capital ».


Voilà.

Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il ne ressort pas de ces écrits (assez connus) de Marx et Engels que les banques commerciales ne créent pas de monnaie…

Puisque Paul mobilise Marx, Engels et Keynes à l’appui de sa thèse baroque, j’attends, donc (de Paul et de ceux qui sont d’accord avec Paul) des citations de Marx, Engels ou Keynes qui affirment (et démontrent) que, par le mécanisme du crédit, les banques ne créent pas de monnaie et ne font que faire circuler la monnaie banque centrale (avec une « conservation des quantités »). Il y en a peut-être, je suis très intéressé de les connaître.

Amicalement.

Étienne.

La crise actuelle montre encore davantage cette réalité de la force de la monnaie scripturale, puisque les États protègent les banques voleuses menteuses contre vents et marées, ce qu’on peut analyser comme la volonté politique de donner à leur monnaie de singe UN COURS LÉGAL DE FAIT.
On peut payer ses impôts avec.
Je reste surtout sur cette forte impression de [b]MALENTENDU[/b], car j’ai souvent l’impression que [b]vous nous dites que cette monnaie de banque, monnaie-crédit, monnaie-dette, n’est carrément PAS DE LA MONNAIE[/b], tant elle est mal fondée, fragile, illusoire, fictive, alors que je dis, moi, que [b]la monnaie scripturale est largement (pour la part de monnaie-crédit) DE LA FAUSSE MONNAIE[/b] parce que ses créateurs ont usurpé une légitimité (et un revenu sans travail) qui ne peut être que publique.
Finalement, vous semblez dire la même chose mais avec des mots différents. Seulement, cela fait trop mal au cul à Mr Jorion de dire que le gouvernement (ou le [i]système[/i]) le baise. Vous appelez la monnaie scripturale de la [i]fausse-monnaie[/i], lui de [i]pas-vrai-monnaie-donc-ça-compte-pas[/i], et moi de [i]monnaie commerciale[/i]. MAIS, un état de fait est indéniable: on peut payer les impôts avec cette monnaie-là, donc elle est équivalente, aux yeux de la légalité, à la monnaie fiduciaire. Et pourtant, elle n'est qu'un contrat entre vous et la banque.

J’ai alors une question, un scénario: si je vous prête de l’argent et que vous me faites une reconnaissance de dette, un tribunal me défendra comme pour tout contrat pour récupérer mon argent. C’est donc légal. Mais, je ne pourrais pas utiliser ce papier pour payer mes impôts. Et en quoi est-ce différent avec de l’argent scriptural à la banque ? Pourquoi puis-je payer les impôts avec mon chéquier ? Et si je paye mes impôts avec le chéquier d’une banque qui a fait faillite sans que je sois au courant ?

D’accord, j’accepte que Galbraith était lui aussi intelligent… mais de grâce, payez-moi une nouvelle souris, je viens d’en casser la roue… :wink:

[Sacré farceur :wink: Désolé de trop travailler :expressionless: Étienne, 8/1, 19h20]

Et en quoi est-ce différent avec de l'argent scriptural à la banque ?
Simplement parce que la loi autorise les banques, et seulement les banques, à effectuer ce genre de manip ... pas vous

Bonne année à tou(te)s

AJH

Lu sur le site Liberation.fr :

« Satisfait de voir une partie de ses théories mises en pratique, Fitoussi ne peut faire moins que de voler au secours du plan de relance élaboré par Sarkozy. Et Fitoussi le sabreur de la pensée unique qui pouvait lancer : « Il faut renationaliser le système bancaire », d’excuser ainsi le manque de garanties demandées : « L’Etat aurait voulu devenir actionnaire. Ce sont les banques qui ont refusé. »

Ce qui sonne comme un aveu de faiblesse et qui contribue à la préservation des avantages acquis des énarques et des mutualistes, qui n’ont eu de cesse de privatiser les banques qui leur étaient confiées et qui n’ont aucune honte à socialiser leurs pertes, tout en refusant que les dépositaires de l’intérêt général viennent mettre le nez dans leurs très mauvaises affaires.

http://www.liberation.fr/economie/0101308682-remonetise

Cet article de Liberation.fr me rend furieux. Je me mets en colère quand je relis cet incroyable aveu de Jean-Paul Fitoussi : « L’Etat aurait voulu devenir actionnaire. Ce sont les banques qui ont refusé. »

Qu’est-ce que c’est que ça ? Les banques exigent, et l’Etat obéit ? Mais dans quel pays vivons-nous ? Depuis quand l’Etat obéit-il aux banquiers privés ? Depuis quand ?

Je répète mon plaidoyer en faveur d’un pôle public unifié du crédit :

1- La banque, le crédit, la monnaie sont des services publics.

2- La banque, le crédit, la monnaie doivent être nationalisés.

3- La banque, le crédit, la monnaie doivent être sous le contrôle direct et exclusif du gouvernement français.

4- Le gouvernement français est légitime car il procède du suffrage universel direct. Tous les cinq ans, le peuple français vote au suffrage universel direct lors des élections législatives. Cette question de la légitimité est fondamentale.

5- En cas de mauvaise gestion de ce pôle public unifié du crédit, le gouvernement français pourra être sanctionné aux élections législatives suivantes. Le peuple français pourra le sanctionner tous les cinq ans. Cette question de la sanction est fondamentale elle aussi.

3- La banque, le crédit, la monnaie doivent être sous le contrôle direct et exclusif du gouvernement français.
C'est le gouvernement français qui, le 3 janvier 1973, a privatisé la souveraineté monétaire française. Sous le contrôle direct et exclusif du gouvernement français (enfin, AVANT de le privatiser bien-sûr, mais plus APRES)
4- Le gouvernement français est légitime car il procède du suffrage universel direct.
Un grande énergie de ce forum sert à prouver le contraire de cela: les élections périodiques sont un système pipé, par construction, et les élus ne sont pas légitimes (même s'ils sont légaux).
5- En cas de mauvaise gestion de ce pôle public unifié du crédit, le gouvernement français pourra être sanctionné aux élections législatives suivantes. Le peuple français pourra le sanctionner tous les cinq ans. Cette question de la sanction est fondamentale elle aussi.
Le ministre des finances qui a privatisé le système monétaire français était... Valery Giscard d'Estaing. Je n'ai pas l'impression que cette forfaiture l'ai empêché d'être élu et ré-élu pendant plusieurs décennies après son "[i]crime[/i]". Au contraire, il a été [i]sanctionné[/i] en étant bombardé président de la constituante qui a écrit le TCE, qui coulait dans le marbre constitutionnel son méfait législatif.

Instit, je comprends et même je partage votre rage contre le système bancaire privé, mais je pense que notre meilleure chance de le renverser n’est pas dans les mains de Sarkozy ou de Strauss-Kahn, mais dans une constituante européenne tirée au sort: on pourra défaire le traité de Maastricht et reprendre le contrôle de nos monnaies. Il n’y a aucun homme politique français éligible qui ira dans votre sens (et pour cause: ceux qui disent cela sont bannis des médias par ceux qui profitent du système actuel). Rejoignez-nous dans le front du Plan C !

Zolko écrit : " C’est le gouvernement français qui, le 3 janvier 1973, a privatisé la souveraineté monétaire française. Sous le contrôle direct et exclusif du gouvernement français (enfin, AVANT de le privatiser bien-sûr, mais plus APRES). "

Mais nous sommes entièrement d’accord. Le ministre des finances qui a privatisé le système monétaire français était Valery Giscard d’Estaing. Là aussi, nous sommes entièrement d’accord. Depuis le 3 janvier 1973, Valery Giscard d’Estaing et la plupart des dirigeants politiques français ont voulu faire une expérience. Cette expérience, la voici :

depuis 1973, ils ont affaibli l’Etat en le dépouillant de ses pouvoirs.

Oh, bien sûr, ils n’ont pas dépouillé l’Etat de tous ses pouvoirs. En France, l’Etat a de beaux restes.

Mais ils ont fait cette expérience, par exemple : ils ont privatisé les banques. Ils ont fait cette autre expérience : ils ont transféré le pouvoir monétaire de la France à une Banque Centrale Européenne, indépendante du pouvoir politique.

Quel est le résultat de cette expérience ?

Le résultat de cette expérience, nous le voyons aujourd’hui : un désastre.

En tant que gaulliste, je voterai pour des candidats ayant à leur programme ce qu’a réalisé Charles de Gaulle le 2 décembre 1945 : LA NATIONALISATION DE LA BANQUE DE FRANCE ET DES GRANDES BANQUES DE CREDIT.

Je voterai pour des candidats ayant à leur programme le retour à la monnaie de la France, le franc. La monnaie de la France doit être contrôlée par le gouvernement de la France, et par lui seul.

Notre grand point commun, Zolko, est le suivant : nous avons exactement les mêmes ennemis.

Notre grande différence, Zolko, est la suivante : pour virer nos ennemis du pouvoir, tu prépares depuis des mois des armes qui sont inadaptées à la bataille des années 2009-2012.

Depuis des mois, tu es en train de forger des armes inadaptées au champ de bataille. Ces armes sont : le tirage au sort, et la Constituante.

Tu ne tiens aucun compte du contexte de notre champ de bataille.

Ce contexte, le voici : le retour des passions nationales, le retour des passions nationalistes, le retour des fureurs populaires, le basculement dans la pauvreté de centaines de milliers de Français, une chute terrible du niveau de vie pour des millions de Français, la paupérisation généralisée, des tensions extrêmes entre les classes sociales, et peut-être des tensions extrêmes entre les religions.

Et toi, Zolko, tu vas attaquer nos ennemis avec quelles armes ?

Le tirage au sort, et la Constituante.

Je te dis ce que je pense, et je fais cette hypothèse :

LES FRANCAIS, EN 2009, N’EN ONT STRICTEMENT RIEN A FOUTRE DE TON TIRAGE AU SORT ET DE TA CONTITUANTE.

En ce qui me concerne, je ne vous rejoindrai pas dans votre front du Plan C.

Vous devriez tous lire « Emphyrio » de Jack Vance!

Notre grand point commun, Zolko, est le suivant : nous avons exactement les mêmes ennemis. (...) Depuis des mois, tu es en train de forger des armes inadaptées au champ de bataille. Ces armes sont : le tirage au sort, et la Constituante. (...) LES FRANCAIS, EN 2009, N'EN ONT STRICTEMENT RIEN A FOUTRE DE TON TIRAGE AU SORT ET DE TA CONTITUANTE.
Des années, pas des mois. Mais je suis surpris à chaque fois que je parle d'une constituante tirée au sort, c'est invériablement la même réponse: "[i]ah ouais, voilà une bonne idée: enfin quelque-chose de différent[/i] !"
En ce qui me concerne, je ne vous rejoindrai pas dans votre front du Plan C.
Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis. Mais juste par curiosité, c'est quoi les armes que tu fourbis ?

Mes armes sont le militantisme partout, le militantisme dans le monde virtuel (sur internet) auprès de tous les mouvements Républicains NONistes, le militantisme dans le monde réel (au boulot, dans les bars, dans les magasins, dans la rue, partout). Il existe plusieurs mouvements Républicains NONistes qui présentent une liste aux élections européennes. Ce sont ces gens-là qu’il faut soutenir en 2009.

Evidemment, ils ne sont pas parfaits. Evidemment, la démocratie représentative actuelle n’est pas parfaite. Il n’empêche que le contexte explosif des années 2009-2012 peut donner de bons résultats électoraux aux Républicains NONistes.

A court terme, mon objectif est le suivant : redonner au pouvoir politique français les pouvoirs qui ont été transférés ailleurs (pouvoir territorial, pouvoir de contrôler les frontières de la France, pouvoir de contrôler les lois de la France, pouvoir de contrôler la monnaie de la France, etc.)

Voici l’objectif à court terme : sortir de l’Union Européenne le plus vite possible, avant que l’Union Européenne ne nous entraîne vers le chaos.