07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

pourquoi des "bouts de papier" garderaient-ils une quelconque valeur en cas de crash du système économique et monétaire ?
Parce-que les gens auront toujours besoin de se nourrir, de commercer... donc ils utiliseront quelquechose pour cela. Mais, surtout, parceque les USA et le dollar se casseront la figure avant (et les UK et le £ encore avant peut-être) donc "[i]nous[/i]" avec "[i]nos[/i]" €uros ne serons pas encore complètement perdus.

Mais c’est vrai que des biens tangibles et utiles auront probablement plus de valeur… comme la gnôle. bien expliqué dans un essai de Dimitri Orlov, à lire absolument. partie 2 et partie 3.

An economy does not collapse into a black hole from which no light can escape. (...) Economic collapse gives rise to new, smaller and poorer economies.
Merci, Zolko, j'ai presque tout reconnu...

Quelques liens en exchange…

http://www.altruists.org/static/files/Fractional%20Reserve%20Banking%20as%20Economic%20Parasitism(Valdimir%20Nuri).pdf * Vladimir Z. Nuri: Fractional Reserve Banking as Economic Parasitism

http://www.secamlocal.ex.ac.uk/people/staff/mrwatkin/nuri.pdf * Vladimir Z. Nuri: Fractional Reserve Banking as Economic Parasitism

http://econwpa.wustl.edu/eps/mac/papers/0203/0203005.pdf * Vladimir Z. Nuri: Fractional Reserve Banking as Economic Parasitism

http://wideeyecinema.com/?p=439 (lecture on-line) * Vladimir Z. Nuri: Fractional Reserve Banking as Economic Parasitism

http://mpra.ub.uni-muenchen.de/7465/ * KV, Bhanu Murthy and Deb, Ashis Taru (2008):Theoretical Framework Of Competition As Applied To Banking Industry

http://wideeyecinema.com/?p=528/ * Murray N. Rothbard: The Mystery of Banking
http://wideeyecinema.com/?p=388 * Eustace Mullins: Secrets of the Federal Reserve

Toute la librairie…
http://ideas.repec.org/j/index.html

Désolé pour ceux qui ne maitrisent pas la langue de Sheakespeare…

[color=purple]Une fois n’est pas coutume, je voudrais pousser un coup de gueule…

Voici un extrait d’une interview reproduite sur Boursorama (que je suis de temps à autre pour obtenir des infos générales sur l’« ambiance » actuelle) :[/color]

(Newsmanagers.com) - Pour Robert Rochefort, [b]directeur du Crédoc[/b], les attentes des particuliers en matière de produits financiers vont changer. Mais le véritable enjeu est de savoir si les ménages finiront par douter de la puissance et la solidité financière de la puissance publique, provoquant, ainsi, une nouvelle crise.

Newsmanagers.com : Qu’est-ce que la crise va changer dans le comportement financier des ménages ?

Robert Rochefort : C’est une évidence mais incontournable : la crise a débouché sur une hantise, une aversion au risque totale. Lorsque la crise s’apaisera, les ménages vont donc rechercher des placements sans risque.

Je les vois mal se précipiter sur une Sicav indexée sur le CAC 40 sauf à ce qu’elle soit assortie de paliers verrouillant le capital acquis. Et encore. Car ce type de sécurité obère une partie de la performance. La sécurité du capital a son prix.

On peut, en revanche, assister à une remontée de l’obligataire. Au final, ce sont les pouvoirs publics qui orienteront les flux d’épargne avec une politique fiscale favorisant les secteurs qu’ils voudront renflouer en priorité.

NM : Les actifs réels comme l’or, la terre, etc., vont-ils connaître un retour en grâce ?

RR : Je ne crois pas. Les mouvements que l’on a enregistrés sur l’or, notamment sur le Napoléon, sont anecdotiques. C’est un peu comme le mouvement qui a poussé les gens à acheter des coffres-forts au pire de la crise, en octobre. Cela ne va pas durer.

Pour autant, il y a un marché de niches pour les petits épargnants qui veulent détenir des biens concrets et pour les gros patrimoines en quête de diversification patrimoniale, mais le gros du marché de l’épargne n’est pas concerné par ce type de placements.

(…)

NM : Que va-t-il se passer pour la pierre résidentielle ?

RR : La situation peut être résumée en quelques chiffres. Il y a un déficit chronique de 900.000 logements à quoi s’ajoutent 250.000 logements qu’il faut fournir, en plus, chaque année, pour loger les nouveaux ménages.

Avec la crise, tous les projets immobiliers sont bloqués. Quand la situation s’améliorera, on va donc sortir de la crise avec une pénurie de plus de 1,2 millions de logements.

Il y aura des tensions sur le marché, c’est inévitable. A terme, on pourrait même voir les pouvoirs publics passer des accords avec les collectivités territoriales pour préempter les terrains disponibles et y construire des unités d’habitation.

(…)

NM : Le taux d’épargne des ménages va-t-il augmenter ?

RR : Deux attitudes sont possibles : soit les ménages puisent dans leur épargne pour maintenir leur niveau de vie. Soit, ils cèdent à une logique d’investissement et consomment davantage de produits financiers pour se prémunir.

Dans ce cas, le taux d’épargne des ménages, actuellement de 14 %, pourrait remonter. Je ne sais laquelle de ces deux hypothèses prévaudra, peut-être la deuxième sur le moyen terme.

NM : Quels sont les prochains facteurs de crise ?

RR : Je pense qu’au départ, on a sous-estimé la crise et que, maintenant, on a tendance à la surestimer. Nous sommes minoritaires à penser cela, mais les stabilisateurs automatiques (dépenses sociales et publiques) et l’incroyable capacité des entreprises à s’adapter rapidement à la situation joueront favorablement. Les entreprises bâtissent, certes, des budgets d’austérité, mais elles sauront profiter de la moindre éclaircie économique.

Le risque, car il y en a un, serait que les ménages n’aient plus confiance en l’Etat. Car ils observent la situation internationale et constatent que des centaines de milliards sortent de la poche des Etats. L’argent tombe du ciel. Le véritable enjeu est de savoir si ces ménages finiront par douter de la puissance et de la solidité financière de la puissance publique.

Si cela se concrétise, une nouvelle crise se produira et elle sera sévère. Cela reviendrait à envisager qu’après les bulles des dernières années, la suivante qui pourrait éclater serait celle résultant de l’endettement excessif des Etats et de la perte de confiance dans la signature d’achat de quelques-uns d’entre eux puis pour d’autres par un effet de dominos.


Les mots que j’ai mis en rouge m’ont fait bondir intérieurement quand je les ai lus ! Tant que des individus comme celui-là — qui considèrent tout et n’importe quoi, même ce qui ne l’est pas, comme un banal « produit à consommer » — seront un tant soit peu aux commandes, on n’est pas près de reprendre le contrôle de notre monnaie, ni même de nos institutions, ni de mieux gérer les ressources de la planète ! Ce ne sont que des mots — totalement inappropriés lexicalement bien que soigneusement choisis pour préserver l’illusion technocratique — mais quelle distance ces simples mots peuvent mettre avec le réel et l’humain !!!

[color=purple]Les mots que j'ai mis en rouge m'ont fait bondir intérieurement quand je les ai lus ! Tant que des individus comme celui-là — qui considèrent tout et n'importe quoi, même ce qui ne l'est pas, comme un banal "produit à consommer" — seront un tant soit peu aux commandes, on n'est pas près de reprendre le contrôle de notre monnaie, ni même de nos institutions, ni de mieux gérer les ressources de la planète ! Ce ne sont que des mots — totalement inappropriés lexicalement bien que soigneusement choisis pour préserver l'illusion technocratique — mais quelle distance ces simples mots peuvent mettre avec le réel et l'humain !!![/color]
Oui Candide, tu as raison. Mais tant que les hommes auront peur du lendemain, peur de n'avoir pas assez d'argent pour eux ou leur famille, il essayeront d'épargner et certains "joueront" leur épargne en espérant des profits importants (voir Madof)

[color=purple]Toujours à propos de la « difficulté » d’une reprise de contrôle…

Cf. les vidéos de Pierre Hillard, initialement signalées par Zolko.[/color]

Tribune libre - Article paru dans l'Huma le 16 décembre 2008

Par Jean-Claude Paye, sociologue, auteur de « La fin de l’État de droit », publié aux éditions La Dispute.

Un marché transatlantique impérial

Une résolution du Parlement européen de mai 2008 opère une légitimation du projet de création d’un grand marché transatlantique pour 2015. Elle envisage l’élimination des barrières au commerce, d’ordre douanier, technique ou réglementaire, ainsi que la libéralisation des marchés publics, de la propriété intellectuelle et des investissements. L’accord prévoit une harmonisation progressive des réglementations et surtout la reconnaissance mutuelle des règles en vigueur des deux côtés de l’Atlantique. Dans les faits, c’est le droit américain qui s’appliquera.

Parallèlement, des discussions discrètes se sont développées afin de créer un espace commun de contrôle des populations. Un rapport secret, conçu par des experts de six États membres, a établi un projet de création d’une aire de coopération transatlantique en matière de « liberté de sécurité et de justice », d’ici à 2014. Il s’agit de réorganiser les affaires intérieures et la justice des États membres « en rapport avec les relations extérieures de l’Union européenne », c’est-à-dire essentiellement en fonction des relations avec les États-Unis.

Plus encore que le transfert des données personnelles et la collaboration des services de police, processus déjà largement réalisé, l’enjeu de la création d’un tel espace consiste dans la possibilité, à terme, de la remise des ressortissants de l’Union aux autorités états-uniennes. Rappelons que le mandat d’arrêt européen, qui résulte de la création d’un « espace de liberté, de sécurité et de justice » entre les États membres, supprime toutes les garanties qu’offrait la procédure d’extradition. Le mandat d’arrêt repose sur le principe de reconnaissance mutuelle. Il considère, comme immédiatement conforme aux principes d’un État de droit, toutes les dispositions juridiques de l’État demandeur. L’installation d’une telle aire de coopération transatlantique ferait que l’ensemble de l’ordre de droit états-unien serait reconnu par les 27 et que les demandes américaines d’extradition seraient, après de simples contrôles de procédure, automatiquement satisfaites.

Le parallélisme entre la libéralisation des échanges entre les deux continents et le contrôle américain des populations européennes a existé durant les treize années qu’a duré le processus de négociation.

Les progrès dans la création d’un marché transatlantique sont dus à l’action d’un institut euroaméricain, le Transatlantic Policy Network. Fondé en 1992 et réunissant des parlementaires européens, des membres du Congrès des États-Unis et d’entreprises privées, il appelle à la création d’un bloc euroaméricain aux niveaux politique, économique et militaire. Il est soutenu par de nombreux think tanks comme l’Aspen Institute et est alimenté financièrement par des multinationales américaines et européennes.

Un élément important de cet « espace de liberté, de sécurité et de justice », le transfert général des données personnelles est en train d’aboutir. Un rapport interne écrit conjointement par des négociateurs appartenant au ministère de la Justice et au département de la Sécurité intérieure côté américain et par le Coreper, un groupe de représentants permanents, en ce qui concerne l’Union Européenne, annonce un accord en ce sens pour début 2009.

Les négociateurs se sont déjà mis d’accord sur douze points principaux. En fait, il s’agit de remettre en permanence aux autorités américaines une série d’informations privées, telles que le numéro de la carte de crédit, les détails des comptes bancaires, les investissements réalisés, les itinéraires de voyage ou les connexions Internet, ainsi que des informations liées à la personne telles la race, les opinions politiques, les moeurs, la religion…

Les Américains inscrivent leurs exigences dans le contexte économique. L’enjeu n’est pas de pouvoir transmettre ces données aux autorités administratives, ce qui est déjà largement réalisé, mais de pouvoir légalement les remettre au secteur privé. Il s’agit de supprimer tout obstacle légal à la diffusion des informations et de garantir des coûts les plus bas possible. Il faut avant tout assurer la rentabilité du marché.

Les négociateurs européens ont abandonné leur propre légalité en ce qui concerne la nécessité d’un contrôle indépendant et ont accepté les critères américains. Ils admettent que le pouvoir exécutif se surveille lui-même en considérant que le système de contrôle interne du gouvernement américain offrait des garanties suffisantes. Ils ont accepté que les données concernant la « race », la religion, les opinions politiques, la santé, la vie sexuelle soient utilisées par un gouvernement à condition « que les lois domestiques fournissent des protections appropriées ». Chaque gouvernement pourrait décider lui-même s’il respecte ou non cette obligation.

Le processus qui conduit à l’installation d’un grand marché transatlantique est l’inverse de celui de la construction de l’Union européenne. Le marché commun européen est d’abord une structure économique basée sur la libéralisation des échanges de marchandises. Le grand marché transatlantique s’appuie sur la primauté du droit américain. Il est d’abord une construction politique, même la création d’une Assemblée transatlantique est évoquée. L’exercice de la souveraineté des autorités états-uniennes sur les populations européennes et la légitimation de ce pouvoir par l’Union sont les conditions de la mise en place de nouveaux rapports de propriété et d’échange : transformer les données personnelles en marchandises et libérer ce grand marché de toute entrave.

Petite question ?

Est-ce qu’il serait possible de créer un établissement financier qui prête à taux zero et auquel pourrait emprunter l’état ? Une espèce de banque centrale BIS ? Ou est-ce que c’est interdit ?

Rien n’est interdit que par quelqu’un…

… voici une lecture bien interessante: http://17-s.info/es/node/85

Sandy (Message n°5649)

AJH (Message n°5651)

Sur la dévaluation…

Je me permets d’essayer de compléter la réponse de AJH qui ne porte que sur la dévaluation compétitive d’un état.
C’est aussi en fait le moyen de résistance d’un état à la mondialisation, et c’est bien ce dernier point qui la rend sacrilège aux império-mondialistes.

Au delà de cela, la dévaluation est aussi un phénomène souterrain mondial (bien que nié) dans l’économie, qui se traduit actuellement par les prix exorbitants qu’ont pris les biens durables (globalement ceux que l’on groupait sous le vocable de propriété privée) devenant inaccessibles pour une partie croissante de la population.

Ce phénomène va s’exacerber c’ est la seule réponse naturelle qui permettra à terme de retrouver l’adéquation qui doit exister entre les richesses (durables + consommables) réelles que la quantité de monnaie prétend refléter et l’augmentation démentielle de la masse monétaire qui résulte du jeu combiné de l’intérêt et des effets de levier.

Aussi quelles que soient les péripéties qui nous attendent dans la crise qui est devant nous il n’existe que deux alternatives à sa résolution:

  • soit les Diafoirus actuels font prévaloir leur point de vue, la masse monétaire croît encore de plan de relance en plans de sauvetage, et c’est une dévaluation générale (ou krach généralisé) qui résoudra le problème et permettra aux générations futures de repartir d’un bon pied.

  • soit on interdit l’intérêt qui est le moteur de la croissance monétaire qu’il est ensuite illusoire de vouloir contrôler, et on peut imaginer retrouver tant bien que mal un état d’équilibre entre le monde monétaire et le monde réel.

[bgcolor=#FFFF99]Des nouvelles de mes participations récentes sur le blog de Paul Jorion[/bgcolor]

Chers amis,

Depuis quelques jours, poussé par la contradiction chez Paul, je progresse sensiblement sur la monnaie, notamment sur la technique comptable qui sous-tend ma monnaie scripturale (c’es-à-dire quasiment toute la monnaie, plus de 90%). Je commence à avoir l’impression de tourner un peu en rond et je vais prendre un peu de champ, peut-être, mais je veux vous tenir au courant de mes réflexions :confused: et tenir à jour ce long fil sur la monnaie qui regroupe à lui seul tout ce que nous avons pu collecter comme info importante depuis sa création. Voici donc une sélection des interventions du père Chouard chez le père Jorion depuis le 7 décembre 2008.

Si vous ne l’avez pas déjà fait, je vous conseille de parcourir ce long fil, au titre provocateur (farfelu) mais très intéressant, intitulé :
[bgcolor=#FFFF99]« Pourquoi il n’y a pas de « création monétaire » par les banques commerciales, par Helmut Creutz »[/bgcolor] (6 décembre 2008), et dont cette première bordée de messages est extraite (conseil : allez lire les messages là-bas, chez Paul, pour mieux comprendre les séquences argumentatives) :

Nota : pour votre confort, chaque extrait reproduit ci-dessous contient le lien direct chez Paul (en cliquant sur la date du commentaire).
Mais j’ai remarqué qu’il y a parfois un petit bug : ces liens ne renvoient pas toujours à la position précise du commentaire, mais parfois au début du fil… ce qui oblige à parcourir ensuite le fil pour chercher le commentaire, ce qui est assez fastidieux. [bgcolor=#CCFFFF]Solution : si on clique alors sur la barre d’adresse (en haut de la fenêtre du navigateur) et si on tape la touche Entrée, alors cette fois, on accède vraiment précisément, chez Paul, au commentaire cité.[/bgcolor]

Étienne Chouard dit : [url=http://www.pauljorion.com/blog/?p=1135#comment-11960]7 décembre 2008 à 23:39[/url]

@ Nadine :

Vous me dites :

« @ Étienne Chouard

Vous dites : “Si j’ai bien compris, quand une banque prête de l’argent (quand elle reconnaît une nouvelle dette contre elle), il n’est pas question de réutiliser de la monnaie existante : LA BANQUE N’A PAS LE DROIT DE PRÊTER L’ARGENT QUI M’APPARTIENT, elle n’a pas le droit de céder la créance que j’ai contre elle, je suis le seul, en droit, à pouvoir faire ça.

Êtes-vous si sûr de ce que vous avancez ? Car ce que vous dites est CAPITAL.

Retrouvez le texte de loi qui l’interdit et vous aurez gagné “la bataille” de la création ex nihilo ; si vous avez tort ou que vous ne puissiez pas le prouver, alors c’est Paul Jorion qui a raison. »


Je suis en train d’en préparer une démonstration comptable avec Jean Bayard (la comptabilité des banques laisse peu de place à la fantaisie et permet de « voir » la création monétaire en pleine lumière), mais Eminence Thénar a déjà correctement étayé mon affirmation en s’appuyant, lui, sur un texte de la Réserve Fédérale américaine de Chicago (à vérifier peut-être ?).

Je rappelle ce passage de l’explication d’Eminence Thénar que je trouve important :

@ Paul Jorion : J’ai déjà précisé [url=http://www.truthsetsusfree.com/ModernMoneyMechanics.pdf]les pages importantes : 6 à 11[/url].

La différence entre [bgcolor=#FFFF99]l’explication de Modern Money Mechanics (MMM)[/bgcolor] et votre théorie :

  • vous dites que si une banque reçoit 1000 en dépôt d’un individu A, elle en garde 100 et en prête 900 lors d’un crédit à un individu B. Il y a conservation des quantités. Si B ne rembourse pas, et que la banque n’y pallie pas (par l’ensemble de ses fonds), A a perdu son dépôt. Cela signifie que A et B ne peuvent utiliser leurs comptes en même temps (s’ils représentent tous les clients de la banque).

  • MMM explique que si une banque commerciale reçoit 1000 en dépôt de A, elle en garde la totalité (1000) et crée 900 lors d’un crédit pour les prêter à B. LES INDIVIDUS A ET B PEUVENT TOUS LES DEUX UTILISER LEUR SOMME POUR LA DÉPENSER, PERSONNE NE PERD SON POUVOIR D’ACHAT.

The important fact is that these deposits do not disappear. They are in some deposit accounts at all times. All banks together have $10,000 of deposits and reserves that they did not have before. However, they are not required to keep $10,000 of reserves against the $10,000 of deposits. All they need to retain, under a 10 percent reserve requirement, is $1000. The remaining $9,000 is “excess reserves.” This amount can be loaned or invested. See illustration 2.

If business is active, the banks with excess reserves probably will have opportunities to loan the $9,000. Of course, they do not really pay out loans from the money they receive as deposits. If they did this, no additional money would be created. What they do when they make loans is to accept promissory notes in exchange for credits to the borrowers’ transaction accounts. Loans (assets) and deposits (liabilities) both rise by $9,000. Reserves are unchanged by the loan transactions. But the deposit credits constitute new additions to the total deposits of the banking system.


Il me semble que cette explication de la Réserve Fédérale colle parfaitement avec la formulation que je proposais hier, quand je disais :

Nous devrions d’abord correctement [b]DÉFINIR le mot MONNAIE[/b], en terme simples. Une bonne formulation, je trouve, est de se représenter la monnaie comme [b]UN SIGNE DOTÉ D’UN POUVOIR D’ACHAT.[/b]

Un signe MATÉRIALISÉ (pièce ou billet) ou DÉMATÉRIALISÉ (solde d’un compte bancaire).

Aujourd’hui, il semble que TOUS ces signes soient des RECONNAISSANCES DE DETTES :

  • soit des DETTES DE L’ÉTAT (billets et pièces),
  • soit des DETTES DES BANQUES (provision des DAV, dépôts à vue).

Des reconnaissances de dettes suffisamment FIABLES, émises par des débiteurs suffisamment indestructibles, pour inspirer CONFIANCE à tout le monde et servir de MOYEN D’ÉCHANGE.

L’échange a lieu en faisant CIRCULER LE TITRE de la dette (titre éventuellement dématérialisé, peu importe), un peu comme on fait circuler une traite ou un chèque par endossement (sauf qu’il n’y a pas toujours besoin d’endos : pour la monnaie fiduciaire —billets et pièces—, on n’a pas besoin de signer au dos du titre pour céder la créance).

Les mécanismes de la CIRCULATION MONÉTAIRE s’apparentent donc à la CESSION DE CRÉANCE.

(…)

• LA MONNAIE SCRIPTURALE (les soldes créditeurs sur les comptes bancaires, la provision de ces comptes) sont la reconnaissance d’une DETTE D’UNE BANQUE au bénéfice du PORTEUR, reconnaissance de dette si fiable, si peu suspecte d’être jamais trahie, que tout le monde l’accepte généralement.

Le porteur de cette créance contre la banque (le titulaire du compte en banque) dispose donc d’un POUVOIR D’ACHAT, un moyen d’accéder tout de suite à des richesses réelles.

[b]Si la banque (en échange des CONTREPARTIES qui lui conviennent, PEU IMPORTE LESQUELLES, ceci est un point décisif) crée (accepte de reconnaître) de NOUVELLES DETTES (de nouvelles provisions dans ses comptes), ELLE CRÉE DU POUVOIR D’ACHAT en proportion.

ELLE PEUT le faire parce que tout le monde lui fait CONFIANCE.[/b]

(…)

Si j’ai bien compris, [b]quand une banque prête de l’argent (quand elle reconnaît une nouvelle dette contre elle), il n’est pas question de réutiliser de la monnaie existante : LA BANQUE N’A PAS LE DROIT DE PRÊTER L’ARGENT QUI M’APPARTIENT, elle n’a pas le droit de céder la créance que j’ai contre elle, je suis le seul, en droit, à pouvoir faire ça.

Elle peut CRÉER (prêter) une somme CORRESPONDANTE, mais PAS prêter CETTE SOMME-LÀ.[/b]

Par contre, —probablement parce que les dépôts qu’elle détient dans ses livres sont une sorte de signe de la confiance que de nombreux acteurs lui portent—, le fait que j’ai 100 de provision en DAV chez elle (100 de créance contre elle) lui permet (légalement, mais est-ce bien légitime ?) de CRÉER DE LA MONNAIE SUPPLÉMENTAIRE EN PROPORTION, POUR LA PRÊTER À D’AUTRES, ce qui, indubitablement, crée du pouvoir d’achat, puisque je n’ai rien perdu de mon propre pouvoir d’achat, moi dont la provision sert de « réserve prudentielle ».


=] Donc, à mon avis, Helmut Creutz se trompe dès le départ quand il dit :

Mais si l’on reprend les opérations, pas à pas, en laissant la théorie de côté, on constate :
  1. que lors de chaque réutilisation du premier dépôt supposé de 100 millions, suite au crédit qu’il a permis d’accorder (…)

[b][bgcolor=#FFFF99]Son erreur (l’erreur de Paul ?), c’est que le crédit bancaire ne RÉUTILISE PAS les dépôts, il CRÉE la monnaie nécessaire au prêt en quantité PROPORTIONNELLE aux dépôts, sans toucher aux dépôts, ce qui est très différent.[/bgcolor]

IL N’Y A PAS « CONSERVATION DES QUANTITÉS ».[/b]


Par ailleurs, l’image des BALLONS (celle de Boris) ne me paraît pas pertinente, car elle introduit une CONFUSION entre la richesse réelle (les biens que la monnaie permet d’acquérir, comme les ballons) et la monnaie qui ne doit pas être perçue autrement, je pense, que comme UNE CRÉANCE contre la banque ou contre l’État, créance transférée quand la monnaie circule et détruite quand la créance est remboursée.

Tous les livres universitaires qui expliquent la création monétaire que j’ai à la maison décrivent la création monétaire par les banques privées. Je m’étonne qu’on en soit encore ici à contester ce mécanisme de base.

Et je ne vois pas pourquoi la pensée (passionnante par ailleurs, semble-t-il) de ce « technicien, puis entrepreneur et enfin architecte indépendant, mais aussi moniteur d’aviation, inventeur et auteur » qu’est Helmut Creutz recueille auprès de Paul autant de crédit alors qu’il n’est, finalement, pas beaucoup plus expert que nous tous ici :wink:


Si on cherche, on retrouve la création monétaire par les banques privées « à tous les coins de rue », au détour de tous les documents les plus officiels et les plus sérieux.

Par exemple, dans ce bulletin de la Banque de France n°73, page 61, intitulé « Sources et mécanismes de la création de monnaie dans le cadre de l’Eurosystème », on peut lire :

« L’accroissement de la masse monétaire peut alors procéder du [b]circuit traditionnel crédit-dépôt : le crédit accordé par une banque se traduit par une mise à disposition de l’emprunteur d’une quantité de monnaie, elle-même enregistrée sous forme de dépôt à vue, le bilan global des IFM s’accroissant ainsi de manière égale à l’actif et au passif.[/b] Les établissements de crédit peuvent également créer de la monnaie lorsqu’ils achètent des titres au secteur détenteur de monnaie. »
Autre exemple, [url=http://bdfbs-ws01.heb3.fr.colt.net/fr/instit/telechar/discours/dis080302.pdf]sous la plume de Monsieur Trichet (page 4)[/url], qui ne passe pas pour un farfelu dans ce domaine, on peut lire :
« Naturellement, nous suivons également attentivement [b]l’évolution des contreparties de M3, c’est-à-dire les sources de la création monétaire, et plus particulièrement les crédits à l’économie[/b], (…) »
Encore un exemple, assez gratiné : [url=http://bdfbs-ws01.heb3.fr.colt.net/archipel/publications/bdf_bm/bdf_bm_1995/bdf_bm_22_etu_1.pdf]dans un document intitulé « les contreparties de la masse monétaire M3 et leur évolution en 1994… »[/url], la [b]Banque de France[/b] nous explique :
(…) [b]l’accroissement des créances nettes des institutions financières SUR L’ÉTAT a constitué une source TRÈS SIGNIFICATIVE de création monétaire.[/b]
C’est-à-dire que les crédits consentis par les banques [b]aux États[/b] sont bien, eux aussi, à base de création monétaire (et, je le rappelle au passage, moyennant un intérêt non nécessaire que je considère —jusqu’à ce qu’on m’ait démontré sa légitimité— comme scandaleux).

Dans ce même document de la Banque de France, on peut lire (mais faut-il encore des preuves ?!) :

Les différentes opérations à l’origine de la création monétaire et de la variation du stock de monnaie sont directement retracées, ou trouvent [b]leur image, au sein des bilans des institutions financières qui créent et gèrent la monnaie.[/b] Ces éléments des bilans des institutions financières sont regroupés dans les statistiques monétaires sous le terme de [b]contreparties de la masse monétaire[/b].

Les contreparties, comme l’agrégat de monnaie M3, sont établies à partir des bilans agrégés de la Banque de France, des établissements de crédit et assimilés, ainsi que des OPCVM, auxquels sont ajoutés les éléments de l’activité monétaire du Trésor et de La Poste.

Alors que M3 correspond à la fraction monétaire du passif du bilan de ces organismes, les contreparties de M3 regroupent l’ensemble des autres éléments de ce bilan, c’est-à-dire l’actif et les postes non monétaires du passif. Elles fournissent ainsi une information précieuse sur les modalités de la création monétaire.

La création monétaire se réalise de deux façons principales :

  • lorsque les institutions financières mettent de la monnaie à la disposition d’un agent non financier résident en contrepartie d’acquisition de créances sur l’étranger ;

- lorsqu’elles consentent aux agents non financiers résidents des financements nouveaux.

Les principales contreparties concernent donc respectivement la création monétaire d’origine externe, les créances nettes sur l’extérieur, et celle qui est d’origine interne, le crédit interne, subdivisé en créances nettes sur l’État et créances sur l’économie.


En fait, TOUTES les pages de la Banque de France consultables sur le sujet de la création monétaire confirment que ce sont les banques privées qui créent la monnaie, chaque fois qu’elle accordent un crédit, que ce soit aux entreprises, aux particuliers ou à l’État.

Cher Paul, est-ce que ces sources ne sont pas « sérieuses » ?

Est-ce que la Banque de France ne publie pas des documents d’« experts de la finance » ?

[bgcolor=#FFFF99]Cher Paul, je vous renouvelle ma requête, pressante : donnez-nous, s’il vous plaît, les noms de ces auteurs et les titres de ces ouvrages que vous évoquiez il y a peu comme des références expertes prouvant cette évidence selon vous que les banques ne créent pas la monnaie qu’elles prêtent, donnez-nous des indications précises de pages à lire, des citations… des références indiscutables en un mot.[/bgcolor]

Merci pour votre patience et pour tout ce que vous faites.

Amicalement.

Étienne.


Étienne Chouard dit : [url=http://www.pauljorion.com/blog/?p=1135#comment-12022]9 décembre 2008 à 01:30[/url]

Cher Fred,

Je pense que vous vous trompez quand vous dites : « Au niveau individuel, il me semble que Paul a raison : le bilan de chaque banque est équilibré, par définition la création de monnaie n’apparaît pas. »

[bgcolor=#FFFF99]LA MONNAIE CRÉÉE à l’occasion d’un crédit APPARAÎT bien sûr au bilan de la banque qui a prêté : AU PASSIF (à droite, du côté de ses dettes).[/bgcolor]


(Ne pas rater ceci, c’est essentiel : la monnaie scripturale, c’est un chiffre à droite du bilan d’une banque — ou, si on accepte une définition moins étroite de la monnaie, d’un organisme digne de confiance, État ou… ?? supermarché qui distribue des bons d’achat que s’échangent ensuite les clients… :slight_smile: Sacrés humains… prêts à faire de la monnaie, prêts à faire confiance, avec n’importe quels signes…)


[bgcolor=#FFFF99]Et la même somme — LA CONTREPARTIE de la monnaie, ce en échange de quoi la banque est prête à s’endetter — est inscrite en même temps de l’autre côté, À L’ACTIF (à gauche, du côté de ses créances).[/bgcolor]

LE BILAN EST DONC ÉQUILIBRÉ *, MAIS LA MONNAIE CRÉÉE N’EST QUE D’UN CÔTÉ DU BILAN :

de l’autre, ce n’est pas la monnaie, c’est la contrepartie, qui peut être n’importe quoi, il me semble : la propriété d’un immeuble, d’un terrain, d’un bijou, d’une entreprise, d’espèces, l’engagement de rembourser avec intérêts de la part de quelqu’un de fiable, etc. Il faut surtout que la contrepartie ait une valeur suffisamment fiable pour que la banque accepte de s’endetter.

Cette opération comptable, dirigée par un acteur digne de confiance (une banque ou un État, par exemple) permet de donner aux acteurs économiques, qui en ont besoin pour échanger et produire des richesses, des SIGNES DOTÉS D’UN POUVOIR D’ACHAT (pour moi, c’est la meilleure représentation de la monnaie) capables de circuler facilement.

Aujourd’hui, les signes monétaires sont de simples créances contre les banques ou contre l’État parce que les humains les acceptent ainsi, parce qu’ils leur font CONFIANCE.

Autrefois, des coquillages précieux jouaient ce rôle de signes dotés d’un pouvoir d’achat parce que tout le monde à l’époque faisait assez confiance au pouvoir d’achat de ces coquillages pour les accepter en échange.

Plus tard, dans la jeune république américaine, c’est le tabac qui a joué pendant des années ce rôle de signe doté d’un pouvoir d’achat parce que tout le monde faisait assez confiance au pouvoir d’achat de cette plante pour l’accepter en échange.

Ailleurs, c’est l’or et l’argent qui ont joué ce rôle de signes dotés d’un pouvoir d’achat parce que tout le monde faisait assez confiance au pouvoir d’achat de ces pièces et lingots pour les accepter en échange.

Aujourd’hui, les signes monétaires sont de simples créances sur des acteurs particulièrement solides.

Le débat ces derniers temps sur ce blog pour distinguer la monnaie fiduciaire (qui serait la seule vraie monnaie, on ne voit pas pourquoi puisque tous ces signes ont rigoureusement le même pouvoir d’achat) de la monnaie scripturale (qui serait de la fausse monnaie, voire pas de la monnaie du tout ! ben voyons…) me paraît complètement à côté de la plaque, comme faussé après avoir déraillé sur une mauvaise parabole.

L’autre débat, ici, pour simplement faire admettre que les banques créent la monnaie qu’elles prêtent me paraît tout aussi étonnant.

Je suis surpris que ce qui paraît un mécanisme somme toute assez simple soit si dur à faire accepter ici.

Bon, il faut que j’aille dormir, bonne nuit à tous :wink:

Étienne.


  • NB : le bilan est TOUJOURS équilibré puisqu’il rassemble, directement ou indirectement en passant par le compte de résultat, les montants de TOUS les comptes, et que les écritures en partie double garantissent cet équilibre : on écrit toujours autant à gauche qu’à droite, en quelque sorte.

Étienne Chouard dit : [url=http://www.pauljorion.com/blog/?p=1135#comment-12899]20 décembre 2008 à 21:50[/url]
[bgcolor=#FFFF99][b]Monnaie PERMANENTE (créée par la Banque Centrale) et monnaie TEMPORAIRE (créée par les banques commerciales) sont deux FORMES de MONNAIE : toutes deux sont des MOYENS DE PAIEMENT, toutes deux sont des SIGNES DOTÉS D’UN POUVOIR D’ACHAT FIABLE ET ÉQUIVALENT, toutes deux sont des ACTIFS ACCEPTÉS PAR TOUS LES VENDEURS pour le règlement de leurs créances nées de l'échange.[/b][/bgcolor]

Réduire la « monnaie » à la seule monnaie « manuelle » (billets et pièces) est une posture qui semble REFUSER PAR LES MOTS LE FAIT de la dématérialisation (générale et avérée) des monnaies, un recul purement lexical donc, qui gêne la compréhension du réel et complique la dénonciation des incontestables privilèges des banques commerciales.


Chers amis,

Il me semble que le débat sur la monnaie s’enlise ici (ou s’éternise) dans une complexité inutile et surtout dans une confusion apparue au départ.

La principale confusion venant d’UNE DÉFINITION INCERTAINE DU MOT « MONNAIE », confusion conduisant certains d’entre nous à prétendre que « les banques commerciales ne créent pas de monnaie », affirmation qui paraît aux autres une criante contre-vérité démentie par les faits comptables quotidiens les plus élémentaires.

Est-il possible —de façon à ensuite reprendre notre progression sur l’essentiel— de tomber d’accord sur UNE DÉFINITION INDISCUTABLE de la monnaie ?

Car en effet, il semble que ceux qui prétendent que « les banques commerciales ne créent pas de monnaie » ne peuvent le faire qu’au prix de la réduction du mot « monnaie » à la seule monnaie dite fiduciaire ou manuelle (les billets et les pièces *), c’est-à-dire la monnaie PERMANENTE émise par l’État. Le dernier théoricien convoqué pour soutenir cette thèse est Helmut Creutz qui refuse effectivement de qualifier de « monnaie » les sommes disponibles sur les DAV (dépôts à vue).

La lecture des vingt premières pages du livre d’Helmut Creutz permet de comprendre cette importante clef de compréhension : [bgcolor=#FFFF99]quand Creutz dit « les banques privées ne créent pas la monnaie », IL NE PARLE PAS DE LA MÊME MONNAIE QUE TOUT LE MONDE : il réduit le mot monnaie à la seule monnaie permanente émise par la Banque Centrale sous forme de billets et de pièces,[/bgcolor]

ce qui fait que le titre du billet de Paul (« Pourquoi il n’y a pas de « création monétaire » par les banques commerciales ») induit tout le monde en erreur puisque personne ici n’avait jamais contesté à la monnaie scripturale DES FONCTIONS COMMUNES À TOUTE MONNAIE (en tout cas je le crois, parce que ce serait difficile à démontrer) : à la fois signe de pouvoir d’achat accepté par tous pour pratiquer les échanges et réserve de valeur.

En relisant [a href"Le scandale des banques qui « créent » de l’argent – Blog de Paul Jorion]le premier billet de Paul[/url], d’ailleurs, je ne retrouve pas du tout, à l’époque, cette restriction de vocabulaire (« monnaie » = seule monnaie permanente) apparue récemment avec le billet sur Creutz : au départ, Paul refusait simplement l’idée de la création de pouvoir d’achat ex nihilo par les banques ; Paul nous expliquait que les banques commerciales doivent détenir préalablement l’argent qu’elles prêtent (soit qu’elles prêtent directement l’argent déposé par d’autres clients, soit qu’elles prêtent de l’argent qu’elles empruntent pour cela) ; il nous disait (le 7 février 2008) : « Il n’y a (malheureusement !) pas de « miracle de création d’argent » : les banques commerciales ne créent pas d’argent ex nihilo ! Pour en prêter, il faut que comme vous et moi, elles le trouvent quelque part ! ».

Je crois encore aujourd’hui que Paul se trompait, tout simplement.

Et cette façon de présenter aujourd’hui le problème en laissant LES MOTS CHANGER DE SENS sans le souligner ressemble un peu à un sophisme (involontaire, sans doute).

Car, si la définition du mot « monnaie » était effectivement réduite aux seuls billets et pièces (ce qui aurait quand même l’inconvénient de nous faire revenir au vocabulaire du moyen-âge…), nous serions vite tous d’accord : effectivement, les banques commerciales ne créent pas ce type de monnaie-là ; effectivement, les banques commerciales ne créent pas de monnaie permanente.

[bgcolor=#FFFF99]Et alors ?[/bgcolor]

Nous serions tous d’accord, mais sur un enjeu accessoire, alors que le problème principal resterait intact : le problème soulevé par ceux qui contestent aux banques la légitimité politique du droit de créer la monnaie temporaire (moyennant un intérêt ruineux qui s’apparente à un revenu sans travail, au dépens de la collectivité et en faveur de certains acteurs privilégiés), ce problème se serait simplement DÉPLACÉ par un glissement de vocabulaire : il resterait scandaleux que certains acteurs privilégiés détiennent (légalement mais illégitimement) un droit de création de nouveaux « SIGNES DOTÉS DE POUVOIR D’ACHAT », seraient-ils temporaires, un droit très coûteux pour la collectivité qui subit là un considérable manque à gagner : OK, ON NE DIT PLUS « MONNAIE », MAIS MÊME EN CHANGEANT DE MOT, LA RÉALITÉ DE LA CRÉATION DE POUVOIR D’ACHAT PAR LES BANQUES COMMERCIALES À L’OCCASION DU CRÉDIT SUR DAV RESTE À LA FOIS INCONTESTABLE TECHNIQUEMENT ET CONTESTABLE POLITIQUEMENT.

À mon sens, le débat « la monnaie est-elle seulement la monnaie permanente émise par l’État ou bien aussi la monnaie temporaire créée par les banques » est un nuage de fumée qui nous distrait de l’essentiel : la vraie question — qu’on n’arrive pas à traiter à cause de la confusion décrite plus haut — est : « quelle est la légitimité politique et l’efficacité économique du droit qu’ont certains acteurs privilégiés de prélever sur la richesse nationale un revenu considérable (l’intérêt) en exerçant à titre privé un pouvoir qui devrait être régalien (exclusivement public) : financer l’activité économique en créant temporairement la monnaie dont les agents ont besoin immédiatement ? ».

Pour résumer « les fondamentaux » en matière de technique monétaire, et pour soutenir la thèse que la monnaie est monnaie quelle que soit sa forme (métallique, papier ou scripturale), je reproduis ci-dessous un fragment de l’introduction d’un livre remarquable : « Mécanismes et politique monétaires. Économie du système bancaire français de L’UME », d’André Chaîneau, chez QUADRIGE / PUF, 1968 – 2000, 12ème édition.

Comme Galbraith (dont je vous parlerai également très prochainement), c’est une fontaine d’eau claire pour comprendre la complexité du réel.

Bonne lecture.

Étienne.

  • La monnaie scripturale inspirant la même confiance que la monnaie papier pour solder les créances nées des échanges, on pourrait aussi bien l’appeler fiduciaire elle aussi ; mais peu importe.


ATENTION : EXTRAIT IMPORTANT D’UN LIVRE IMPORTANT :

INTRODUCTION : [introduction du livre d’[b][bgcolor=#FFFF99]André Chaîneau, « Mécanismes et politiques monétaires »[/bgcolor], PUF.[/b] C’est moi qui souligne. ÉC]

« Cet ouvrage veut présenter l’économie d’un système bancaire, en l’occurrence celui de l’Union monétaire européenne.

Mais le terme « économie » doit être précisé parce qu’il possède de nombreux sens. L’auteur l’entend, avant tout, comme « l’ordre qui préside dans la distribution des parties d’un ensemble ». Il s’agit donc essentiellement d’étudier les liaisons et relations entre divers agents et institutions qui donnent une structure homogène à un secteur : ici, le secteur bancaire.

Il faut également préciser la méthode de l’étude. Elle aurait pu être une description des institutions de crédit (banques, organismes spécialisés, Trésor), ou une analyse juridique de la distribution du crédit, ou un exposé de technique bancaire. Si ce livre n’ignore pas les enseignements de ces approches, il recourt cependant à un langage proprement économique. Sa volonté affirmée a été de dégager de leur contexte, par un processus d’abstraction généralisante, les mécanismes monétaires de l’économie. Il y a donc simplification du réel dans la mesure où toute théorie simplifie. Les situations particulières d’existence ou de fonctionnement de telle ou telle institution disparaissent dans le concept abstrait.

Cela ne signifie pas que la réalité soit méprisée. Bien au contraire, elle est réécrite dans une langue logique débarrassée de toutes les impuretés produites par l’évolution historique. (Il est symbolique de constater que les systèmes bancaires et financiers des pays nouvellement indépendants possèdent une structure plus rationnelle que celle des systèmes des pays anciennement industrialisés.)

Alors, elle devient directement intelligible à l’intelligence humaine qui peut réaliser son ambition d’une action économique éclairée et faire passer dans les faits concrets et complexes une volonté correctement formulée. L’opposition des praticiens et des théoriciens est, sur le plan de la réflexion, la plus vaine qui soit. Ainsi, ce livre —sans recourir pour cela à un langage ésotérique— voudrait être aussi une reconstruction théorique de l’économie du système bancaire.

Cette ambition a commandé la démarche de l’analyse par approximations successives qui fonde le plan.

La première partie définit la monnaie, décrit la masse monétaire et introduit le système bancaire, tout en posant déjà quelques concepts d’analyse. C’est la situation de l’Union monétaire européenne qui est retenue comme illustration ; mais ce pourrait être n’importe quelle autre.

Avec la seconde partie, il est fait table rase, au départ, des institutions monétaires et de leurs mécanismes. Mais leur reconstruction en est entreprise, étape par étape. D’abord, une banque unique fonctionne, crée et détruit de la monnaie. Puis, plusieurs banques commerciales coexistent dans un climat concurrentiel. Enfin, une Banque Centrale coiffe le réseau des banques commerciales dont la gestion, profondément affectée par son existence, justifie l’établissement de relations par la voie du refinancement sur le marché interbancaire. Elle expose donc les mécanismes de création de monnaie de chaque banque, leur interdépendance ainsi que leur pouvoir de multiplier les signes monétaires. Mais l’analyse reste statique.

Avec la troisième partie, l’étude devient plus dynamique. Elle montre que le fonctionnement du système bancaire donne à la Banque Centrale la possibilité d’exercer un pouvoir de direction monétaire. Pour réguler l’activité des banques, elle dispose de deux instruments : la politique du refinancement et du taux d’intérêt ainsi que la politique des réserves obligatoires.

La dernière partie est le terme inévitable de cette étude. Une théorie de l’offre de monnaie par les banques a été jusque-là présentée. Il faut maintenant répondre à la question : Pourquoi cette offre de monnaie ? La réponse évidente est : pour le financement de l’économie. Mais aussi naïve qu’elle puisse paraître, il faut la reprendre et la développer dans toute une partie. La théorie du rôle des intermédiaires financiers est — assez étonnamment — trop récente et trop incertaine pour qu’elle puisse ne pas être exposée. Elle permet d’ailleurs de mieux comprendre l’institution banque commerciale qui remplit simultanément deux fonctions : celle d’organisme créateur de monnaie étudiée tout au long des chapitres précédents et celle d’organisme collecteur d’épargne, sans doute plus simple à analyser mais très importante sur un plan quantitatif. Ainsi cette partie permet d’approcher la banque sous un aspect plus institutionnel et ainsi d’achever l’étude du système bancaire.

(…)


CHAPITRE PREMIER : L’ACTIF MONÉTAIRE

I. DÉFINITION DE L’ACTIF MONÉTAIRE

1° Généralités. — [bgcolor=#FFFF99]La monnaie est constituée par l’ensemble des moyens de paiement, c’est-à-dire par la somme des actifs qu’acceptent tous les vendeurs pour le règlement de leurs créances nées de l’échange et que leur remettent leurs acheteurs qui règlent ainsi leurs dettes.[/bgcolor]

La monnaie apparaît donc fonctionnellement comme l’équivalent-valeur de tout ce qui fait l’objet d’une transaction. Cela implique que l’unité monétaire est l’unité de compte de la valeur marchande de tous les biens, services et titres. Le plus souvent, sa définition est nationale ; mais elle peut être plurinationale : c’est le cas pour l’euro qui est la monnaie des pays qui forment l’Union monétaire européenne. La définition nationale ne doit pas faire oublier qu’une monnaie nationale peut être très utilisée en dehors de ses frontières, comme le dollar us.

Mais cette fonction de la monnaie, celle d’[b[intermédiaire des échanges[/b] ou plus exactement de contrepartie des échanges, peut être incorporée dans plusieurs supports. Alors coexistent plusieurs formes monétaires : la monnaie-papier (les billets), la monnaie métallique (les pièces) et la monnaie scripturale (les dépôts).

2° La monnaie-actif. — La monnaie qui donne le pouvoir d’acheter est à l’évidence un élément de richesse. Elle figure à l’actif du bilan des agents économiques. Cet actif monétaire est durable ; il ne se détruit pas au cours de l’échange qui ne le fait que circuler. Sa durée de vie est plus longue que celle d’une voiture, d’un réfrigérateur ou d’une maison puisque aucun de ses utilisateurs n’a à se soucier de son remplacement qui est assuré gratuitement. L’éternité étant impossible à postuler, la monnaie est un actif extrêmement durable.

Actif durable sans aucun doute, mais doté d’une spécialisation fonctionnelle, telle est la monnaie. En effet, tout actif est défini par le service rendu. Lui, l’actif monétaire, sert au règlement de la créance-dette qui naît à l’occasion de la vente-achat d’un actif non monétaire. Il sert de contre-valeur à tout ce qui n’est pas lui-même.

3° La dichotomie des actifs monétaires et des actifs non monétaires. — Elle se déduit du rôle de la monnaie dans les transactions. S’opposent d’une part les actifs non monétaires qui sont les objets des transactions : les biens, les services, les titres financiers et aussi les monnaies étrangères nommées devises et d’autre part les actifs monétaires qui sont les facteurs permissifs des transactions.

II. L’ÉCHANGE ET LA MONNAIE

(…) [… André Chaîneau décrit ici le troc et son inconvénient majeur : pulvériser le marché global en d’innombrables marchés particulier…]

d) La fonction de la monnaie est de faire éclater le troc en deux demi-échanges réels. I vend d’abord son bien Bl et ensuite achète le bien B2 désiré. Ne pourrait-on pas penser qu’il y a en fait la succession de deux trocs successifs : d’abord celui de Bl contre de la monnaie et ensuite celui de la monnaie contre B2 ? La réponse est négative. [b]L’actif monétaire que reçoit le vendeur[ /b] n’a, pour lui, pas d’autre utilité que celle de lui permettre d’acheter. Il ne représente pas un bien spécifique - même s’il en est un ; il ne représente qu’un pouvoir d’achat.

La conséquence est que [bgcolor=#FFFF99]LE SUPPORT MATÉRIEL DE LA MONNAIE N’A AUCUNE IMPORTANCE, QUE SEULE COMPTE LA FONCTION MONÉTAIRE.[/bgcolor] La monnaie, dans l’exemple retenu, n’est que l’intermédiaire du passage de Bl à B2. Aussi dit-on qu’elle remplit la fonction d’intermédiaire des échanges. La différence avec le troc est totale. Ce dernier établit des prix relatifs, c’est-à-dire des taux d’échange entre deux biens que les participants désirent posséder. Avec la monnaie, on obtient des prix absolus, des prix abstraits détachés de toute idée de possession du bien qui est à la base de la monnaie.

[bgcolor=#FFFF99]AINSI S’EXPLIQUE L’ABANDON DE TOUTE FORME MATÉRIELLE PAR LA MONNAIE[/bgcolor], son évolution d’une monnaie-bien de type réel (l’or par exemple) vers une monnaie-signe de type abstrait (la monnaie moderne), vers une monnaie purement fonctionnelle.

e) L’inconvénient de l’échange monétaire découle de son avantage. La vie est ainsi faite. Le troc a éclaté en deux demi-échanges réels (vente puis achat) déséquilibrés réellement et rééquilibrés monétairement. L’équilibre réel fondamental du troc : une offre et une demande de biens simultanées, n’est retrouvé que si l’achat suit la vente. Alors, la monnaie remplit idéalement sa fonction d’intermédiaire des échanges. Mais l’enchaînement, quoique très probable, n’est pas absolument certain.

L’agent peut vendre sans acheter : il conserve de la monnaie en caisse, il thésaurise. Il peut acheter sans vendre : soit il déthésaurise, soit il bénéficie d’une création de monnaie. Si, au niveau individuel, la coexistence d’avares et de prodigues est évidente, c’est un peu plus compliqué au niveau global.

(…)

Ainsi la monnaie possède l’inconvénient de son avantage. Parce qu’elle brise le troc en deux demi-échanges réels indépendants —une vente et un achat— elle facilite et multiplie les transactions ; mais elle permet aussi la généralisation à toute l’économie d’un ÉVENTUEL DÉSÉQUILIBRE RÉEL impensable sous le régime du troc qui exige la réalisation simultanée d’une offre et d’une demande réelles de même valeur pour les deux cocontractants.

Mais l’avantage de la facilitation des échanges l’emporte sur l’inconvénient de l’instabilité de l’économie que l’on essaiera de pallier.

III. L’ACTIF MONÉTAIRE ET LES AUTRES

L’actif monétaire est tout actif qui tire son utilité de sa fonction de moyen de règlement de la dette-créance qui naît de toute transaction achat-vente.

Comme cet actif monétaire doit être commun au plus grand nombre de coéchangistes, son aire d’usage à titre exclusif ou principal définit un espace monétaire auquel correspond un espace commercial intégré. La règle est celle d’un cadre national. Mais dans l’Europe occidentale contemporaine, pour onze pays (en 1999), ce cadre monétaire national est devenu celui de l’Union monétaire européenne avec l’euro qui est une monnaie plurinationale.

Les actifs non monétaires sont tous les autres qui sont échangeables contre de la monnaie sur leurs marchés respectifs, c’est-à-dire qui sont liquidables en monnaie. Cette distinction est inattaquable.

On peut distinguer deux types principaux d’actifs.

Les actifs réels sont ceux sur lesquels s’exerce un droit réel de propriété : les biens et les services.

Les actifs financiers apparaissent lors d’opérations prêt-emprunt et représentent les droits personnels des créanciers sur leurs débiteurs : ce sont les titres. Les actions posent un problème. Ces titres de propriété sont juridiquement des actifs réels mais matériellement ressemblent à des actifs financiers.

Ce sont tous ces actifs non monétaires dont la propriété circule de vendeur à acheteur contre la remise de monnaie.

Les fonctions de l’actif monétaire.

Pour qu’un actif devienne de la monnaie, il doit remplir deux fonctions.

a) La première fonction est celle d’unité de compte : elle résulte de son utilisation comme mesure-étalon de la valeur de marché des actifs non monétaires. Ceux-ci se voient attribuer des prix monétaires fixés en unités monétaires.

b) La seconde fonction est celle d’intermédiaire des échanges. Alors, la monnaie est la contre-valeur remise par l’acheteur au vendeur pour qu’il abandonne son bien.

c) Une monnaie complète cumule les deux fonctions. Une monnaie peut ne remplir que la première : elle est alors une monnaie de compte : ce que l’écu européen était pratiquement. Par contre, l’euro de l’Union monétaire européenne est une véritable monnaie depuis janvier 1999 : en effet les monnaies nationales qui ne disparaîtront effectivement qu’en 2002, ne sont d’ores et déjà que des subdivisions temporaires de cet euro.

d) Qu’en est-il de la fonction de réserve de valeur ?

Même si elle a beaucoup frappé les économistes, elle n’a pas une importance fondamentale. D’abord elle dérive du caractère nécessairement durable de l’actif monétaire. La monnaie doit pouvoir circuler plusieurs fois de débiteur à créancier, donc ne peut être que durable et donc doit conserver sa valeur au cours du temps. Ensuite dans cette fonction de réserve de valeur, la monnaie est concurrencée par tous les autres actifs durables qui souvent la remplissent mieux qu’elle : actions, immeubles, objets d’art, etc.

Quelle valeur la monnaie conserve-t-elle dans le temps ? La réponse évidente est sa valeur nominale, l’euro aujourd’hui vaut 1 euro demain. Mais si la monnaie est une parfaite réserve de valeur nominale (ce qui explique que l’on n’est pas obligé de dépenser tout de suite la monnaie gagnée et ce qui entraîne la possibilité des déséquilibres de l’économie), est-elle en plus une bonne réserve de valeur réelle ? La réponse immédiate est non parce que nos sociétés connaissent un taux d’inflation positif.

(…)

Donc, dès qu’il y a une quelconque élévation du niveau général des prix, la monnaie devient une mauvaise réserve de valeur réelle et est concurrencée par les actifs non monétaires durables qui profitent le plus de cette conjoncture de hausse des prix.

Telle est la monnaie.


CHAPITRE II : LA MASSE MONÉTAIRE

I. LA DÉFINITION DE LA MASSE MONÉTAIRE

[bgcolor=#FFFF99]La masse monétaire est la somme des actifs monétaires[/bgcolor] que détiennent les agents économiques pour la réalisation de leurs transactions présentes et futures. Elle représente la somme de leurs encaisses.

Comme cette encaisse monétaire globale a pour fonction de servir dans les échanges, l’ensemble des utilisateurs de monnaie formera dans l’économie le secteur non bancaire qui sera noté SNB. Il comprend essentiellement les ménages et les entreprises mais aussi les administrations et quelques rares institutions financières non bancaires.

Par opposition, existe le secteur bancaire noté SB dont les raisons d’exister sont la création de monnaie et la gestion de sa circulation.

II LA MONNAIE DÉTENUE PAR LE SECTEUR NON BANCAIRE

Quelle est la nature de cette monnaie, actif de paiement ?

[bgcolor=#FFFF99]La monnaie est une créance sur le secteur bancaire.[/bgcolor]

La monnaie figure à l’actif du bilan des agents économiques qui l’utilisent et qui possèdent soit des actifs réels meubles et immeubles, soit des créances sur d’autres agents économiques.

De nos jours, il n’existe plus de monnaie-bien, de monnaie-marchandise à valeur intrinsèque (l’or par exemple). Aussi elle se présente comme un titre de créance.

Peut-elle être un titre de créance sur le secteur non bancaire ? La réponse est non parce qu’une telle créance qui résulte d’une opération de prêt n’a pas le pouvoir de circuler d’acheteur à vendeur : par exemple, l’obligation émise par une entreprise ou une administration et détenue en portefeuille par un ménage ne peut être utilisée par ce dernier pour régler un achat.

Est-elle alors une créance sur le secteur bancaire ? La réponse est non et oui. Non s’il s’agit d’un titre représentant un prêt fait par l’agent du SNB à une banque, titre qui établit une relation personnelle. Oui si ce titre de créance sur la banque peut circuler de débiteurs à créanciers successifs.

En conséquence, toute monnaie est une créance sur une banque, mais pas l’inverse.

La monnaie n’est pas une dette du secteur bancaire.

Cette affirmation peut paraître surprenante puisqu’il vient d’être dit que la monnaie est une créance sur une banque.

La première raison est que la monnaie, actif de paiement, circule sans cesse de débiteurs à créanciers, dans la communauté de ses utilisateurs. Sa fonction de moyen de paiement la piège donc dans ce secteur non bancaire et la rend inopposable aux banques.

À cette première explication fonctionnelle s’ajoute une seconde, logique : comment les banques pourraient-elles rembourser ce titre qui est lui-même la monnaie ?

L’originalité de la monnaie (en fait une des originalités) est que, à la créance monétaire du secteur non bancaire ne peut PAS correspondre une dette MONÉTAIRE du secteur bancaire.

La première conséquence est que l’opposition des biens et des titres est insuffisante et qu’il faut y introduire la monnaie. Ce sera la distinction des actifs réels, financiers et monétaires.

La seconde conséquence est que sera appelée banque toute institution financière disposant de ressources permanentes SERVANT DE MOYENS DE PAIEMENT qui évidemment figureront à son passif.

Les autres institutions financières qui ne peuvent qu’emprunter seront dites non bancaires.

La complication vient de ce que les banques peuvent, en plus de leurs ressources monétaires, disposer de ressources empruntées. Il n’en reste pas moins que ce qui les spécifie est la présence, au passif de leurs bilans, de ressources servant au règlement des transactions commerciales et financières.

4° Les diverses formes monétaires.

a) L’actif monétaire, créance sur une banque qui circule de débiteur à créancier, prend plusieurs formes.

Il peut être 1 / billets notés B émis seulement par la Banque Centrale : pour nous la Banque Centrale européenne qui a le privilège de leur émission, 2 / monnaies divisionnaires MD (les pièces de monnaie qui servent d’appoint aux billets et qui seront confondues avec eux étant beaucoup moins importantes), et enfin 3 / dépôts D faits sur les comptes courants de leurs utilisateurs, comptes ouverts dans les banques commerciales (Banque nationale de Paris, Crédit agricole…, etc.).

b) Commentaires de ces formes,

  1. Très souvent les billets B et les monnaies divisionnaires MD sont regroupés dans un même sous-ensemble, celui de la monnaie manuelle qui circule de la main à la main, par tradition (remise) manuelle du débiteur au créancier. En effet, les pièces de monnaie servent d’appoint aux billets. La notation de ce regroupement reste B parce que les monnaies divisionnaires sont en quantité très faible par rapport aux billets.

  2. [bgcolor=#FFFF99]Ces trois formes du même actif monétaire doivent évidemment être RÉCIPROQUEMENT CONVERTIBLES SANS CONDITION, SANS COÛT (ou très réduit) ET SANS RISQUE [/bgcolor](c’est-à-dire à taux de change unitaire : 100 euros en billets égaux à 100 euros en dépôts égaux à 100 euros en monnaies divisionnaires).

  3. Il faut se souvenir que D ne comprend que les dépôts à caractère monétaire. Les banques reçoivent d’autres dépôts qui ne sont pas naturellement monétaires mais qui sont convertibles en actifs monétaires après liquidation sur leurs marchés respectifs. L’exemple limite est celui des dépôts sur livrets dont la conversion en monnaie est extrêmement facile (elle se fait à la demande sur présentation du livret), mais qui cependant restent des titres, des actifs financiers parce qu’ils ne peuvent pas servir de moyens de paiement.

Résumé.

La masse monétaire M se ventile en : billets B, monnaies divisionnaires MD et dépôts D :

M = (B + MD) + D
expression que l’on simplifie en : M = B + D
parce que billets et pièces sont deux formes complémentaires de la monnaie manuelle.

[bgcolor=#FFFF99]Autrefois, l’on aurait structuré la masse monétaire selon son apparence matérielle : métallique, papier et scripturale ; l’on aurait insisté sur le processus de dématérialisation de la monnaie qui aurait conduit du métal au papier puis au signe écrit. C’EST AUJOURD’HUI SANS INTÉRÊT. IL N’Y A PLUS DE MONNAIE-MARCHANDISE À VALEUR RÉELLE : MÊME NOS PIÈCES EN CUPRO-NICKEL SONT UNE MONNAIE-SIGNE. IL N’Y A PLUS QUE DE LA MONNAIE FIDUCIAIRE QUI NE VAUT AUX YEUX DES UNS QUE CE QU’ELLE VAUT AUX YEUX DES AUTRES.[/bgcolor] (Il est permis de regretter que la Banque Centrale européenne utilise l’expression monnaie fiduciaire pour désigner la monnaie manuelle : toute monnaie repose sur la « fides » que l’on a en elle.)

(…) [La suite est littéralement passionnante.
Cet homme a l’art d’expliquer simplement les réalités complexes. ÉC]

(Source : André Chaîneau, « Mécanismes et politique monétaires. Économie du système bancaire français de L’UME » , QUADRIGE / PUF, 1968 – 2000, 12ème édition)


Personnellement, malgré l’attention et l’intérêt que je porte au livre « Le syndrome de la monnaie » (que je lis avec plaisir), je trouve qu’Helmut Creutz sème ici une confusion supplémentaire avec une distinction qui ne sert à rien, comme si Helmut Creutz n’acceptait pas la dématérialisation de la monnaie et comme s’il ne se rendait pas compte que même la monnaie fiduciaire —elle aussi !— est désormais dématérialisée (elle n’a plus aucune relation avec un bien matériel, or, argent ou autre) :

Bon, LES BANQUES PRIVÉES NE CRÉENT PAS DE MONNAIE PERMANENTE, ET ALORS ?

Le problème essentiel (celui de la monnaie temporaire) semble alors inaccessible par un effet de LEURRE d’un non problème qui obsède Creutz et qui détourne notre attention.

Indépendamment du nom qu’on lui donne, que pense cet auteur de la monnaie TEMPORAIRE indiscutablement créée à gogo par les banques privées ?

Par ailleurs, que faut-il penser de L’INTÉRÊT perçu à l’occasion de cette création de monnaie temporaire sans autre effort qu’une ligne d’écriture comptable ?

Je continue donc à lire ce gros livre en espérant bien y trouver des réponses.

Mais la citation de Paul (en tête de cette conversation) ne me paraît pas la plus intéressante du livre, ni la plus utile.

Et elle n’apporte pas à Paul (il me semble) le renfort dont il avait besoin pour valider son billet « Le scandale des banques qui « créent » de l’argent » et sa thèse (incompréhensible, pour moi, jusqu’ici) d’une « conservation des quantités » en matière de crédit bancaire.

Les explications de Chaîneau me paraissent rigoureuses car elles n’empilent pas les contradictions des autres théories en y ajoutant les siennes : les explications de Chaîneau — peut-être est-ce dû à leur approche comptable — me semblent difficiles à contester.

[bgcolor=#CCFFFF]Quand Creutz prétend par exemple (page 9) que nous confondons, tous autant que nous sommes, le chéquier ou la carte bleue avec la monnaie, il nous prend pour des imbéciles : personne ne confond le calepin de chèques vierges avec LA PROVISION TRANSMISSIBLE qui attend nos ordres de virement à la banque, personne ne confond la carte en plastique avec la créance du DAV que la carte permet de transférer sans s’y substituer.[/bgcolor]

La monnaie, c’est la créance transmissible (et acceptée par tous en paiement), et non pas le support de la transmission, qui peut prendre plusieurs formes et qui ne doit pas faire perdre de vue l’essentiel de la monnaie-dette.

Amitiés à tous, (je vous prépare quelques délicieuses explications de Galbraith).

Étienne.


nadine dit : [url=http://www.pauljorion.com/blog/?p=1135#comment-12908]20 décembre 2008 à 23:30[/url]

Bonsoir Etienne,

Vous revenez en force. C’est bien.

Simplement une seule question, en espérant que vous y répondrez:

Si les banques font de la création monétaire en faisant du crédit comme vous le pensez, comment se fait il que pour résoudre le problème de la bulle du crédit certaines autorités financières (américaine) préconisent en dernier recours la monétisation de la dette en faisant tourner “la planche à billet”? C’est donc que les banques ont créé de la dette et non pas de la monnaie sinon pourquoi monétiser ?

Si vous arrivez à répondre à ce mystère je vous accorde que c’est vous qui aviez raison.

Amicalement


Étienne Chouard dit : [url=http://www.pauljorion.com/blog/?p=1135#comment-12924]21 décembre 2008 à 10:20[/url]

Chère Nadine,

Effectivement, l’expression « monétiser la dette » me paraît étrange (est-ce bien traduit ? Qui parle, en disant cela ?) puisque désormais, si j’ai bien compris, —et vous avez raison de souligner la contradiction— toutes les monnaies sont (déjà) de la dette : dette de la Banque Centrale (monnaie manuelle et monnaie BC) ou dette d’une banque commerciale (monnaie scripturale soldes disponibles des DAV), et même parfois dette d’un agent suffisamment fiable pour qu’un titre de créance contre lui soit accepté en paiement par de nombreux acteurs (l’important pour qu’on puisse parler de monnaie est que ce titre de créance puisse CIRCULER librement avec une force libératoire dans les échanges).

Cette expression « monétiser la dette » joue sans doute sur les mots (pour masquer certaines responsabilités écrasantes ?) en n’appelant plus « monnaie » que la monnaie d’État, dans un contexte où les banques commerciales —situation actuelle véritablement extra-ordinaire— sont toutes en faillite, SAUF SI L’ÉTAT —seul rescapé du naufrage parce qu’il est, lui, indestructible— REPRENAIT À SON COMPTE LES DETTES DES BANQUES FAILLIES, comme si la dette des faillis (la monnaie ayant pour contrepartie les prêts subprimes et autres risques insensés) devenait (par un nouveau traitement de faveur extravagant, Nadine, convenez-en) la dette de l’État, comme si la fausse monnaie des banques commerciales devenait — par un coup de baguette magique, par le fait du prince, complice des usuriers— la vraie monnaie de l’État.

Tout ça sans jeter un seul de ces usuriers en prison.

Mais, si l’expression [bgcolor=#FFFF99]« monétiser la dette »[/bgcolor] signifie bien [/i][bgcolor=#FFFF99]« transférer à l’État la charge de la dette des banques faillies »[/bgcolor],[/i] alors, cette distinction entre la fausse monnaie des banques privées (capables d’être en faillite pour avoir pris infiniment trop de risques à créer des tombereaux de monnaie en prêtant même à des insolvables, par une invraisemblable cupidité) et la vraie monnaie de l’État (jamais en faillite par principe) devient une réalité assumée en crise, alors qu’elle n’était même jamais débattue hors crise.

J’aimerais bien qu’on arrive à parler ici de la responsabilité, pénale et patrimoniale, de tous ces « professionnels de la finance », de tous ces prétendus « professionnels du risque », des « ingénieurs financiers » qui n’assument jamais PERSONNELLEMENT le risque des MILLIARDS qu’ils engagent tous les jours dans les salles de marché, tous des « gens sérieux » qui savent compter, eux, pas comme nous, les amateurs, les charlots, les jean-foutre, les drôles, qui ne comprennent rien au risque ni aux subtilités aristocratiques de la haute finance…

L’histoire de la monnaie de Galbraith (son livre [bgcolor=#FFFF99]« L’argent »[/bgcolor] est simplement passionnant) montre que tout ça est une vielle histoire. En voilà un petit extrait :

(…) « Ceux qui possèdent de l'argent, comme autrefois ceux qui s'enorgueillissaient de grands titres ou d'une noble naissance, s'imaginent toujours que la crainte et l'admiration qu'inspire l'argent tiennent en fait à leur propre sagesse ou à leur personnalité. Le contraste ainsi créé entre la haute opinion qu'ils ont d'eux-mêmes et la réalité souvent ridicule, voire dépravée a toujours constitué une source d'étonnement et d'amusement. De la même manière, il a toujours été permis de se réjouir assez perfidement de la vitesse avec laquelle crainte et admiration partent en fumée quand ces individus connaissent des revers de fortune.

L’histoire de la monnaie renferme une autre occasion de s’amuser : de siècle en siècle il s’est toujours trouvé des hommes, surtout des hommes, pour penser qu’ils avaient découvert le secret de sa multiplication à l’infini. Et toujours, ils ont été en mesure de le persuader à d’autres aussi fortement qu’ils se le persuadaient à eux-mêmes Invariablement, le phénomène comporte la redécouverte, fût-ce sous une forme vaguement nouvelle, d’une escroquerie vieille comme le monde.

La plupart des discussions sur la monnaie s’enferment dans une épaisse gangue d’incantation et de prêchi-prêcha. Souvent de propos délibéré. Ceux qui parlent d’argent ou en font le sujet de leur enseignement et donc leur gagne-pain tirent prestige, estime et avantages pécuniaires, comme les médecins ou les sorciers, de la croyance soigneusement cultivée qu’ils entretiennent une association privilégiée avec l’occulte — qu’ils ont des perspectives sur un domaine totalement inaccessible aux gens ordinaires.

Source de satisfaction professionnelle et, à l’occasion, de profit personnel, cette attitude n’en constitue pas moins elle aussi une escroquerie bien connue. Il n’est rien, s’agissant de l’argent, qu’une personne dotée d’une curiosité, d’un zèle et d’une intelligence raisonnable ne puisse comprendre. Et quelles que soient les erreurs d’interprétation ou de fait que la présente histoire puisse contenir, il n’en est aucune, le lecteur peut s’en persuader, qui procède d’une simplification outrancière.

L’étude de la monnaie est, par excellence, le domaine de l’économie dans lequel la complexité est utilisée pour déguiser la vérité et non pour la révéler.

La plupart des choses de la vie — automobiles, maîtresses, cancer — comptent surtout pour ceux qui les ont. L’argent au contraire est aussi important pour ceux qui en ont que pour ceux qui n’en ont pas. C’est pourquoi les uns comme les autres ont intérêt à le comprendre. Et les uns comme les autres devraient savoir que cette compréhension est parfaitement à leur portée.

À cet égard, on ne manquera pas de demander si un ouvrage consacré à l’histoire de l’argent ne devrait pas commencer par une quelconque DÉFINITION de ce qu’est en réalité l’argent. Cette bande de papier de valeur intrinsèque nulle, qu’est-ce donc qui la rend utile à l’échange tout en laissant telle autre bande de dimension et de couleur semblables parfaitement sans valeur ? Les précédents de ce genre de tentative ne sont guère encourageants. À la télévision, les journalistes réputés pour leur sagacité ouvrent immanquablement les interviews d’économistes par cette question : « Bon, eh bien, dites-moi — c’est quoi au juste, l’argent ? » Immanquablement, les réponses sont incohérentes. Quant aux professeurs chargés d’enseigner les premiers rudiments d’Économie, qu’il s’agisse de la monnaie ou de la banque, ils commencent par donner des définitions d’une remarquable subtilité. Lesquelles sont soigneusement transcrites, apprises à grand-peine et heureusement oubliées.

Le lecteur devrait s’attaquer aux pages qui vont suivre en sachant bien que [bgcolor=#FFFF99]L’ARGENT N’EST RIEN DE PLUS OU DE MOINS QUE CE QU’IL A TOUJOURS CRU — CE QUE L’ON OFFRE OU REÇOIT POUR L’ACHAT OU LA VENTE DE BIENS, SERVICES ET AUTRES.[/bgcolor] Les différentes formes de monnaie, comme ce qui détermine ce qu’elles achètent, voilà qui est encore autre chose. Mais c’est précisément ce que les pages suivantes se proposent de révéler. » (…)

(Source : John Kenneth Galbraith, « L’argent », Folio histoire, page 17 et s.


Amicalement.

Étienne.


nadine dit : [url= http://www.pauljorion.com/blog/?p=1135#comment-1293321 décembre 2008 à 13:20[/url]Merci Étienne pour votre réponse.

Monétiser la dette est une expression largement utilisé par les économistes et qui a un sens précis.

J’ai dit que c’est un mystère pour moi dans le cadre d’une création monétaire par les banques privées mais comme je n’y crois absolument pas !

Monétiser la dette signifie pour moi et les économistes (enfin ce que j’ai lu) payer en monnaie de singe via la planche à billet électronique les engagements bancaires provenant de la bulle du crédit.

Cela ne coûte rien à l’État ! par contren ça ruine les épargnants par l’inflation.

Amicalement


Étienne Chouard dit : [url=http://www.pauljorion.com/blog/?p=1135#comment-12963]21 décembre 2008 à 20:48[/url]

[bgcolor=#FFFF99]MONNAIE DE SINGE ?[/bgcolor]

Chère Nadine,

Pourquoi appelez-vous « monnaie de singe » la monnaie provenant de la planche à billets étatique ?

Vous sous-entendez probablement qu’imprimer trop de billets de banques conduit mécaniquement — forcément — à dévaluer la valeur individuelle de chaque billet, comme au temps où la monnaie représentait une quantité d’or ou d’argent.

Je vous rappelle que ce n’est plus le cas (du tout) : la monnaie n’est plus matérialisée, même pas la monnaie fiduciaire (les billets et les pièces).

Je me demande si ce rapport entre la valeur de la monnaie et sa quantité n’est pas très largement un mythe, un outil pour rendre dociles les citoyens en quête de justice économique.

Certes, je comprends bien qu'en créant d'emblée 100 milliards nouveaux [b][color=purple]sans que les producteurs puissent fournir la production correspondante[/color][/b] (cette précision est absolument décisive, pensez-y), alors, je CRÉE DE LA RARETÉ, du pouvoir d'achat sans biens et services à acheter, et là, c'est vrai, mécaniquement, les prix vont augmenter et la valeur de chaque dollar baisser. OK, je sais ça.

Mais Nadine, comment savez-vous que les producteurs ne vont pas s’adapter immédiatement (ou très rapidement) à la demande créée par l’injection de monnaie d’État ?

C’est important de répondre à cette question car, [bgcolor=#FFFF99]si les producteurs produisent aussitôt les produits demandés, il n’y aura pas de rareté supplémentaire et il n’y aura pas d’inflation, donc pas de monnaie dévaluée et donc pas de monnaie de singe.[/bgcolor]


Est-ce que je me trompe quelque part ?

Par ailleurs, est-ce que vous êtes bien sûre qu'il n'y a pas DÉJÀ à travers le monde — SANS DOMMAGE catastrophique, manifestement — des milliers de planche à dollars qui tournent à fond toute l'année, depuis des années, dans des ateliers clandestins ou même étatiques ?

Qui est capable de compter les dollars (en papier) circulant dans le monde pour vérifier qu’il n’y a pas infiniment plus de dollars que la richesse qu’ils sont censés représenter, et que, donc, la monnaie dollar n’est pas déjà une lamentable « monnaie de singe » ? Qui peut établir ce ratio de façon scientifique et fiable ?

Personne ne peut le faire, je le crois. Si ça se trouve, les dollars circulent effectivement en quantité astronomique et POURTANT, ILS RENDENT BIEN LES SERVICES QU’ON ATTEND D’EUX : ils permettent aux hommes de travailler et d’échanger les fruits de leur travail.


C’est pour ça que la quantité de monnaie produite n’est probablement pas aussi importante que le prétendent les partisans de la théorie quantitative de la monnaie (ceux qui disent que la valeur de la monnaie dépend étroitement et exclusivement de la quantité de monnaie en circulation par rapport aux richesses qu’elle permet d’échanger).

D’ailleurs vous voyez bien que, quand les capitalistes ont le feu aux fesses, eux, ils trouvent instantanément les milliers de milliards nécessaires, sans invoquer le moins du monde le risque de transformer la monnaie en monnaie de singe. Ça ne vous met pas la puce à l’oreille, ça ?

Je pense qu’ils savent, eux, qu’il n’en est rien : que ce risque d’inflation lié à la planche à billets est (pas complètement mais) largement un mythe, appuyé sur quelques mésaventures historiques traumatisantes (les assignats de la révolution, les marks à la brouette entre deux guerres…) bien montées en épingles pour effrayer le bon peuple.

Quand il faut faire la guerre, aussi, on trouve des milliards par milliers, sans limite…

[bgcolor=#FFFF99]Ça ne vous conduit pas à remettre en cause cette peur de la planche à billets qu’on veut manifestement nous inculquer pour RENONCER À UN ÉTAT CRÉATEUR DE MONNAIE ?[/bgcolor]

Par contre, quand il serait question de créer les quelques milliards nécessaires pour loger, soigner, nourrir et éduquer tout le monde, « là non : pas possible, vous allez nous transformer la monnaie en monnaie de singe »

Voyez-vous ce que je veux dire, Nadine : cette école de la soumission, cette église de la résignation, qui prêche que la planche à billets doit être interdite aux États en temps de paix soi-disant « parce que cette incurie va nous transformer la monnaie en monnaie de singe », alors que la planche à billets placée dans les mains des banques commerciales, elle, ne poserait quasiment pas de problème (d’ailleurs, voyez, les banques se régulent elles-mêmes, comme à Bâle I ou Bâle II…), ça sent l’arnaque à plein nez.

Non ?

Je crois que c’est folie de priver notre État (c’est-à-dire nous tous) du droit de créer la monnaie dont nous avons besoin collectivement pour financer les services publics.

Je pense que la décision qui prive les États de ce droit régalien n’a rien à voir avec l’intérêt général, mais satisfait largement des intérêts très particuliers

Amicalement.

Étienne.

PS : quand vous dites que vous ne croyez pas que les banques commerciales créent l’argent qu’elles prêtent (la monnaie certes temporaire, mais bien réelle et bien nouvelle), ça fait le même effet que si vous affirmiez que vous ne croyez pas que le soleil brille le jour :slight_smile:

En ouvrant différents livres de technique bancaire ou des livres d’économie financière, on trouve la création monétaire PARTOUT.

Ont-ils tous tort ?

[bgcolor=#FFFF99]Des nouvelles de mes participations récentes sur le blog de Paul Jorion (suite)[/bgcolor]

Chers amis,

Ne ratez pas cet échange, j’y signale une idée formidable de Jean-Marcel Jeanneney, extrêmement bien argumentée.

Il faut prendre le temps de lire ça :

nadine dit : [url=http://www.pauljorion.com/blog/?p=1135#comment-12965]21 décembre 2008 à 23:06[/url]

Étienne,

[b]Si vous pensez que la planche à billet est un faux problème c’est votre droit, mais si vous avez le temps allez passer quelques jours au Zimbabwe et regardez les dégâts que peut faire la planche à billet !

Après, on rediscutera du problème si vous voulez.[/b]

Bonne soirée.


Étienne Chouard dit : [url=http://www.pauljorion.com/blog/?p=1135#comment-13184]27 décembre 2008 à 02:05[/url]

[bgcolor=#FFFF99]ÉPOUVANTAILS ou REFLATION ? 1/2[/bgcolor]

Nadine,

Je réponds tardivement à votre message du 21 décembre (23h06), pardonnez-moi, mais cette réponse fut assez longue à préparer, vous comprendrez pourquoi.


Ce n’est peut-être qu’une apparence, mais vous semblez raisonner de façon manichéenne : pour vous, c’est apparemment tout ou rien, et votre exemple du Zimbabwe me fait penser à un épouvantail :

Rappel : [bgcolor=#FFFF99]les épouvantails conduisent les moineaux à renoncer eux-mêmes à leur propre intérêt, en les effrayant par un mythe, une apparence trompeuse de danger simulé.[/bgcolor] :slight_smile:

Pourtant, d’après moi, [b]le monde n'est pas noir ou blanc : en matière monétaire, je vous invite à vous affranchir des idées reçues sur la planche à billets car le choix ne se limite peut-être pas à ces deux extrêmes :[/b]

« Pas de planche à billets du tout pour l’État »
(et le corps social s’endette et s’asphyxie faute de monnaie PERMANENTE ET GRATUITE en suffisance)

OU

« planche à billet à gogo pour l’État »
(et la monnaie s’effondre par perte de confiance à cause d’excès insupportables).

Ce serait bien, entre nous, de pouvoir envisager d’autres situations que des caricatures.


Devant la déroute criante et honteuse des théories orthodoxes (ce qu’on appelle de façon trompeuse la théorie économique « standard »), nous devrions pouvoir examiner ici, ensemble, des idées hétérodoxes, sereinement, sans catastrophisme, en cherchant des palliatifs aux objections éventuelles, au lieu de tout rejeter en bloc à partir de peurs exagérées, exagérées au point de ressembler à des superstitions.

[bgcolor=#FFFF99]Par exemple, ne pourrions-nous pas étudier cette proposition de REFLATION, où la Banque Centrale injecterait empiriquement (par touches successives) des quantités importantes mais raisonnables de monnaie permanente : 300 € par personne sans condition et puis on voit ce que ça donne en termes d’inflation : si tout reste calme, on recommence ; si l’inflation devient un peu trop forte, on arrête un moment, etc.[/bgcolor]

C’est une proposition que je trouve fort séduisante de Jean-Marcel Jeanneney — pas vraiment suspect de pulsions gauchistes, pas vraiment un rêveur irresponsable non plus :slight_smile: — dans son livre « Écoute la France qui gronde », éd. Arléa, 1996.

Voici quelques passages passionnants de ce livre stimulant. [bgcolor=#FFFF99]Vous noterez la description méticuleuse de la déflation (qui nous pend au nez si on laisse s’endetter tout le corps social au lieu de créer la monnaie permanente qui nous manque), ainsi que l’importance qu’il donne aux indicateurs de masse monétaire et de flux nets de capitaux pour comprendre l’expansion et la récession :[/bgcolor]

Extrait : [url=http://www.amazon.fr/Ecoute-France-gronde-Jeanneney-Jean-Marce/dp/2869592930/ref=sr_1_1]« Écoute la France qui gronde », de Jean-Marcel Jeanneney, (Arléa, 1996)[/url]. Universitaire, ministre de l'Industrie, ambassadeur de France en Algérie, puis ministre des Affaires sociales et enfin ministre d'État sous la présidence du général de Gaulle, Jean-Marcel Jeanneney a plus tard créé et présidé l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

[C’est moi qui souligne. ÉC]

CHAPITRE PREMIER : LA MÉMOIRE COURTE

« Un danger nous menace, nous l’avons oublié : LA DÉFLATION, redoutable conjonction de baisse des prix, des revenus et du produit national, aggravant le chômage et multipliant les cas d’extrême pauvreté. À l’heure actuelle, ses méfaits possibles ne sont pas suffisamment présents aux esprits, parce que ce cataclysme n’a jamais sévi depuis 1936 en France, ni ailleurs dans le monde. Rares sont aujourd’hui les hommes, dont je suis, qui peuvent se souvenir de malheurs vieux de plus de soixante ans.

Divers signes, sur lesquels nous reviendrons, donnent à craindre que les économies de la France et de plusieurs de ses voisins soient, un jour ou l’autre, atteintes d’un tel mal. Pour faire mesurer la gravité de l’enjeu, il est utile de jeter un regard sur un passé relativement lointain, où certaines déflations furent des calamités.

ENTRE LES DEUX GUERRES : des événements dévastateurs

L’ampleur du danger est mise en lumière par l’histoire des années 20 et 30 en Europe et aux États-Unis. Les données numériques, même imparfaites, dont on dispose pour cette période suffisent pour illustrer combien les événements d’alors furent brutaux et dévastateurs.

Aux États-Unis

De 1929 à 1933, les prix de gros des produits manufacturés baissèrent aux États-Unis de 32 %, ceux des produits agricoles de 61 et ceux des biens de consommation de 39. La masse monétaire se contracta de 33 %. Les cours des actions s’effondrèrent, au point qu’à la fin de 1932 leur niveau était inférieur de 80 % à celui de l’été 1929.

Ce profond affaissement de toutes les valeurs marchandes s’accompagna d’une diminution égale des grandeurs réelles : la production industrielle fut réduite de 50 %, celle des automobiles de 63, le produit national brut de 29, le pouvoir d’achat de la masse salariale de 25, le volume de la consommation de 22. Il y eut trois millions de chômeurs en 1930, dix millions en 1932 et treize en 1933. Les investissements des entreprises s’effondrèrent (-71 %), compromettant gravement les possibilités ultérieures de production.

La consommation diminua un peu moins que le produit national, les ménages n’épargnant plus, et même désépargnant 1 % de leurs revenus après impôts en 1932 et 2 en 1933, alors qu’ils en avaient épargné 5 en 1929 : pour survivre, ils vendirent des actifs ou s’endettèrent. L’État fédéral lui aussi désépargna : à un excédent budgétaire de 180 millions de dollars en 1929, succéda un déficit de 850 millions en 1930 et de 2,9 milliards en 1931, les recettes couvrant alors moins de la moitié des dépenses !

Beaucoup de gens furent ruinés. Les seuls gagnants, sans qu’ils le méritent, furent les créanciers. La baisse profonde des prix, des biens de consommations et plus encore des immeubles et des actions, leur permettait, avec ce qu’ils percevaient à titre d’intérêt ou de remboursement, d’acquérir en 1932 deux tiers de biens de consommation en plus, et cinq fois plus d’actions qu’ils ne l’auraient pu en 1929 ! Encore fallait-il que leurs débiteurs soient demeurés solvables.

En Allemagne

À la même époque en Allemagne l’effondrement des prix ne fut guère moindre qu’aux États-Unis : de 1929 à 1933, la baisse des prix de gros agricoles fut de 40 %, celle des produits manufacturés de 39, celle des prix de détail de 24. La masse monétaire se réduisit de 24 % entre le début de 1930 et le début de 1934. Quant au volume de la production industrielle, il diminua de 50 % entre la fin de 1929 et le milieu de 1932, et le produit national de 23. Le chômage atteignit six millions de travailleurs en 1932.

En France

La déflation commença en France plus tard qu’ailleurs. Moins rapide, mais plus longue, elle fut finalement presque aussi néfaste. Entre le milieu de 1931 et la fin de 1935, les prix de détail diminuèrent de 35 %, les prix de gros agricoles de 48, ceux des produits industriels de 39. La masse monétaire se contracta de 16 %. Simultanément, la réduction des volumes fut forte : celle de la production industrielle de 33 %, celle du trafic des chemins de fer de 39 % (assez bon indice, à cette époque, de l’activité). Le nombre d’heures travaillées dans l’industrie diminua de 30 % et le chômage augmenta à proportion. Cependant, grâce à la grande place tenue alors dans l’économie française par l’agriculture, dont les productions augmentèrent de 1 % l’an, le PIB ne fut réduit que de 17 %.

Des phénomènes analogues furent observés de 1929 à 1934 chez nos voisins : en Belgique, aux Pays-Bas, en Italie.

Au Royaume-Uni

Le cas du Royaume-Uni est particulier : entre les deux guerres mondiales, il fut affecté à deux reprises par de semblables déflations.

D’abord, de la fin de 1920 à la fin de 1922 : la baisse des prix de détail fut alors de 37 %, celle des prix de gros des denrées alimentaires de 51, celle des produits industriels de 52 ; la masse monétaire se réduisit de 14. Corrélativement, la production industrielle, après avoir chuté de 40 % entre le début de 1920 et le début de 1921, ne se releva que lentement, en 1922 et 1923, alors qu’elle progressait vivement dans les autres pays.

Les mêmes phénomènes se répétèrent, un peu moins brutalement, de 1929 à 1933. Les prix de détail baissèrent de 18 %, les prix de gros des denrées alimentaires de 35, les produits manufacturés de 27. La production industrielle fut réduite de 29 %. Le chômage, qui en 1929 atteignait déjà un million de personnes, en frappa plus de deux millions et demi en 1931.

Ces deux déflations successives, séparées par six années de faible croissance, firent qu’en 1933 la production industrielle, malgré une récente reprise, se trouvait inférieure de 20 % à ce qu’elle avait été au début de 1920.

Quelle fut donc l’origine de ces événements simultanés et désastreux ? Quels mécanismes économiques les ont perpétués pendant plusieurs années ? Comment a-t-on réussi, tant bien que mal, à mettre fin à ces déflations ?

MÊMES EFFETS, CAUSES DIVERSES

La simultanéité et la similitude des faits observés dans les quatre pays étudiés peuvent faire penser qu’ils eurent une seule et même cause. Ce serait une erreur : les faits initiateurs ont été différents.

Aux États-Unis : une crise boursière

C’est la brusque et inattendue chute de la bourse de New York, le 24 octobre 1929, qui déclenche le mouvement. Elle survient après une très rapide progression des cours des actions, qui avaient triplé au long des cinq années antérieures. Si la hausse excessive des actions précédant la crise boursière avait été seule coupable, leur baisse se serait arrêtée dès la correction des excès passés. Que tel n’ait pas été le cas révèle qu’un déséquilibre économique profond avait précédé le krach.

De 1922 à 1929, le produit national par habitant avait augmenté de 5 % l’an et la production industrielle de 6. Des progrès de productivité importants avaient été réalisés, grâce notamment au travail à la chaîne, inauguré par Ford. Néanmoins, les salaires nominaux avaient quelque peu fléchi, certains plus que le coût de la vie, alors en baisse de 1 % l’an. Les prix agricoles eux-mêmes avaient régressé, bien que les quantités de blé et de maïs produites fussent restées stables. Ainsi salariés et agriculteurs n’avaient-ils pu accroître leurs achats de biens manufacturés comme il l’eût fallu pour offrir des débouchés suffisants aux productions.

Des investissements, financés par les hauts profits des entreprises et par des crédits largement accordés, avaient plus que compensé l’insuffisance de la demande des ménages, au point de provoquer en 1927 et 1928 une croissance de 9 % l’an de la production industrielle. Cela avait entretenu une euphorie boursière inconsidérée. Le jour où des détenteurs de capitaux, plus avisés que d’autres, comprirent que ce processus ne pouvait durer —car accroître les équipements n’est justifié qu’autant que des débouchés supplémentaires s’offrent— ils décidèrent de vendre leurs actions sans plus tarder : les cours s’effondrèrent. Initialement, ce n’était que la correction d’excès spéculatifs. Mais dans un pays où les profits s’étaient accrus aux dépens des salaires, l’insuffisance de la demande des ménages, accentuée par la chute de la bourse, tira aussitôt les productions vers le bas.

En Allemagne : une pénurie de capitaux

Tandis qu’aux États-Unis ce sont des déséquilibres intérieurs qui provoquèrent l’effondrement de l’économie, en Allemagne, il résulta d’un tarissement des entrées de capitaux. Après qu’en 1924 l’adoption du plan Daws avait réussi à organiser provisoirement le paiement par l’Allemagne d’une partie des réparations dues à ses vainqueurs, en vertu du traité de Versailles, et après qu’un nouveau mark eut été instauré, un flux de capitaux privés étrangers, principalement américains, s’était dirigé vers ce pays. Son économie, convalescente après quatre années d’hyperinflation, paraissait destinée à un brillant avenir.

De 1924 à 1927, la production industrielle y avait presque doublé. Les taux d’intérêt, tant à long qu’à court terme, étaient attrayants pour les prêteurs : entre 6 et 7 %, au lieu de 4 à 3,5 aux États-Unis. Les importations nettes de capitaux, qui n’avaient été encore que de 126 millions de dollars en 1926, avaient atteint plus d’un milliard en 1927 et en 1928. Quand les prêteurs s’aperçurent qu’une partie de ces sommes avait été utilisée par des collectivités publiques de manière improductive, ils s’en inquiétèrent : en 1929, les flux de capitaux étrangers se réduisirent de moitié. Entre 1926 et 1929, les salaires avaient augmenté de 20 %, le coût de la vie ne s’élevant que de 5. En alourdissant les coûts de production — alors que le cours du mark en dollars ou en livres sterling était maintenu -, ils rendaient les produits allemands moins compétitifs sur les marchés d’exportation. Cette détérioration de la compétitivité, jointe au moindre afflux de capitaux étrangers, provoqua de 1927 à 1929 une stagnation des productions industrielles, pendant qu’elles progressaient fortement dans les autres pays, le Royaume-Uni excepté.

Un certain manque de confiance dans l’avenir de l’économie allemande s’était traduit, dès 1927, par une baisse des cours des actions, au moment où la bourse de New York était en pleine ascension. Fragilisée par un fort endettement, dépendante des États-Unis pour ses financements et de l’économie mondiale pour ses exportations, croissant au rythme de 10 % l’an depuis 1925, l’économie allemande vacillait déjà avant même qu’aux États-Unis la bourse s’effondre. Aussi la contagion du krach américain fut-elle immédiate.

En France : un effet de contagion

Rien de pareil en France dans un premier temps. En 1928 et 1929, et encore au premier trimestre 1930, la production industrielle s’accrut au rythme de 9 % l’an. La production agricole augmenta quelque peu. Les capitaux affluèrent : du début de 1928 au début de 1930, l’encaisse-or de la Banque de France s’éleva de 1788 tonnes à 2800, ses réserves de devises demeurant inchangées, autour de 26 milliards de francs.

La masse monétaire s’éleva de 98 à 109 milliards. Les taux d’intérêt à long terme, qui étaient de 9 % en 1926 et encore de 5,6 au début de 1928, s’abaissèrent à 3,8 en 1930. Les salaires nominaux continuant d’augmenter de 8 % l’an et la hausse du coût de la vie n’étant plus que de 4, les salaires réels, qui avaient baissé de 1921 à 1927, s’élevèrent de 4 % l’an de 1928 à 1930.

Les cours des actions, après de fortes hausses, se stabilisèrent au début de 1929. Le budget de l’État, déficitaire jusqu’en 1925, fut en 1926 et 1927 quelque peu excédentaire et en 1928 et 1929 de 1 % du PIB. Le commerce extérieur était déficitaire depuis 1926, mais la balance des paiements courants demeurait excédentaire de plus de 1 % du PIB en 1928 et 1929. L’économie française était alors prospère et bien équilibrée.

Le retard avec lequel la déflation a sévi en France montre qu’elle fut provoquée de l’extérieur. La forte réduction de la demande mondiale, induite des crises survenues ailleurs, fit tomber les exportations de 15 % du PIB en 1928 à 10 en 1930. La brutale baisse des cours des actions à New York, en octobre 1929, s’étant répercutée presque aussitôt sur les cours à Paris, les pertes en capital subies par les actionnaires, même quand elles n’étaient que virtuelles, les incitaient à réduire leur train de vie.

Au Royaume-Uni : une affaire de prestige

Le déclenchement au Royaume-Uni de la première des deux déflations, celle de 1920-1921, résulte de la politique menée alors. Lorsqu’en mars 1919 fut rompue la solidarité financière entre alliés - qui avait permis de maintenir pendant la guerre le cours du change de la livre en dollars à peu près à son niveau d’avant guerre - la dépréciation de la livre fut brutale et atteignit 25 % dès le début de 1920. Les prix de détail s’élevèrent alors de 30 % en deux ans.

Cependant, le gouvernement britannique proclama bientôt sa volonté de ramener le cours de la livre à sa parité d’avant guerre avec le dollar, afin de restaurer le prestige de Londres en tant que place financière mondiale. Il le fit en réduisant la masse monétaire de 10 % en deux ans, en élevant quelque peu le taux de l’argent à court terme, de 2 à 3 %, et en mettant en œuvre une politique de rigueur budgétaire. Grâce à la crédibilité du gouvernement britannique, des capitaux vinrent s’investir à Londres pour profiter de la future plus-value en dollars des prêts libellés en livres sterling.

C’est ce retour à la parité d’avant guerre avec le dollar qui, en élevant le niveau des prix en Angleterre au-dessus de ce qu’il était en Europe, les poussa vigoureusement à la baisse, déclenchant un processus de déflation, particulier au Royaume-Uni.

Quant à la déflation qui y sévit à partir de 1930, elle fut à la fois une rechute de la précédente - due au maintien de la livre à un cours trop élevé - et l’effet d’une contagion, avec six mois de décalage, de la crise survenue aux États-Unis.

UN CERCLE INFERNAL

[color=purple]Si différentes qu’aient été les causes initiales de ces déflations, la poursuite de celles-ci résulta d’enchaînements similaires. Chacun de ces mécanismes eut un rôle plus ou moins important selon les pays, mais tous entrèrent en jeu, tous étant susceptibles de jouer en tout lieu et à toute époque.

La baisse des prix de la plupart des marchandises provoqua une dépréciation des stocks, qui incita les entreprises à s’en défaire le plus vite possible. Leur vente, en accroissant les offres sur le marché, accéléra la baisse des prix.

Toute baisse générale et rapide des prix fait subir des pertes aux entreprises, même si elles n’ont pas de stocks, leurs coûts de production ne diminuant pas à proportion. Elles achètent certes à meilleur marché les matières premières ou biens intermédiaires qu’elles incorporent dans leur production, mais les salaires qu’elles paient ne baissent pas ou ne baissent que peu et lentement. Le montant de leurs dettes et les intérêts qu’elles doivent acquitter demeurent inchangés. Leurs clients, escomptant de nouvelles baisses, retardent leurs achats autant qu’ils le peuvent, ce qui, en restreignant les débouchés, oblige à réduire les productions. À cause de l’existence de coûts fixes (ceux qui restent les mêmes quand les quantités produites diminuent) la réduction de la production élève le coût de chaque unité.

Les profits sont laminés, des pertes apparaissent. Pour tenter de survivre, les entreprises doivent licencier une partie de leur personnel. Quand cela ne suffit pas, elles sont mises en liquidation : certaines disparaissent, d’autres trouvent un repreneur à bas prix, qui ne conserve généralement que des effectifs réduits. Les salaires réels individuels s’élèvent grâce à la baisse du coût de la vie, mais la masse salariale est réduite par le chômage.

Les chômeurs, dont le nombre s’accroît, limitent leurs achats par manque de ressources, restreignant encore les débouchés dont les entreprises peuvent disposer, tandis que la crainte du chômage incite les travailleurs en activité à modérer leurs dépenses pour accroître leurs épargnes par hantise de l’avenir.

Le ralentissement de l’activité et la diminution des revenus d’une partie de la population amenuisent les recettes fiscales de l’État, au moment même où des allocations doivent être versées aux chômeurs, où des aides à l’embauche sont parfois consenties aux entreprises et des subventions à celles qui sont en difficulté.

L’État s’efforce alors de compenser ces dépenses nouvelles en diminuant ses investissements ; les entrepreneurs qui réalisent des travaux publics ou fournissent à l’État des équipements en pâtissent : ils doivent réduire leurs effectifs et leurs achats.

Comme ces réductions de dépenses ne suffisent pas à équilibrer les finances publiques, l’État augmente le taux de certains impôts, ce qui réduit d’autant la capacité d’achat des particuliers et des entreprises. Il s’endette toujours davantage, ce qui soutient la demande, mais seulement dans la mesure où par ses emprunts il ne prive pas les entreprises de capitaux à long terme.

Les banques contribuent, bien malgré elles, à accentuer la déflation. Elles refusent tout crédit aux emprunteurs dont elles redoutent l’insolvabilité, paralysant ceux-ci et les acculant parfois à la fermeture. Elles font de même envers certains ménages, ce qui réduit la clientèle des fabricants de biens de consommation durables.

À d’autres, elles consentent encore des crédits, mais à des taux plus élevés, en raison du risque, taux qui dissuadent certains d’emprunter et alourdissent les coûts de ceux qui acceptent ces conditions.

Les banques sont d’ailleurs contraintes de restreindre leurs crédits, car leurs ressources s’amenuisent, les particuliers dont les revenus dépendent de l’activité économique ayant moins d’argent à leur confier, et aussi parce que la diminution des crédits accordés par le système bancaire réduit inéluctablement les dépôts.

Quand la solvabilité d’une banque est compromise par trop de défaillances de ses débiteurs, ses clients, inquiets, retirent les dépôts qu’ils y avaient faits, précipitant ainsi sa déconfiture : une source de crédit disparaît.

Si le système bancaire tout entier devient suspect aux déposants, nombre d’entre eux préfèrent sauvegarder leurs avoirs liquides en transformant des dépôts en billets, ce qui réduit encore davantage la capacité des banques survivantes à faire crédit, d’autant plus que, craignant de nouveaux retraits, elles constituent des réserves liquides plus élevées.

Ce mécanisme a sévi de façon spectaculaire aux États-Unis, du début de 1931 au début de 1933 : le montant des billets en circulation s’éleva de 3,8 à 5,4 milliards de dollars, tandis que les dépôts à vue dans les banques s’abaissaient de 22 à 16 milliards, réduisant d’autant leur capacité de prêter.

La contraction de la masse monétaire, observée lors de toute déflation, est d’autant plus néfaste à l’activité qu’elle s’accompagne d’un ralentissement de sa circulation, parce que les individus inquiets augmentent leurs encaisses de précaution ; une plus grande part de la masse monétaire est alors inactive, comme si elle n’existait provisoirement plus.

Les ajustements rationnels et justifiés, opérés individuellement par les divers acteurs de la vie économique pour faire face aux difficultés qu’ils rencontrent ou redoutent, ont finalement pour effet d’empirer la situation de la plupart d’entre eux.

Les victimes sont naturellement portées à se rebeller. Les salariés dont les rémunérations sont réduites, ou qui craignent qu’elles le soient, se mettent en grève pour protester. De petits industriels, des artisans, des commerçants ou des agriculteurs, qui subissent des pertes, refusent d’acquitter leurs impôts. Le pessimisme ambiant incite les plus violents à se révolter contre un pouvoir politique accusé d’impuissance, d’indifférence ou d’aveuglement.

Quand l’ordre public est troublé, la situation économique s’en trouve encore aggravée. Le moment risque de venir où des démagogues, promettant l’impossible, accéderont au pouvoir par les urnes ou par la pression de la rue. Ils ne s’y maintiendront que par la force, aux dépens des libertés, et seront incapables de remettre l’économie en marche autrement que par de multiples contraintes, en bâillonnant toute opposition. Ils désigneront et persécuteront des boucs émissaires chargés des malheurs de tous. Puissent les choses ne pas aller ainsi à l’avenir ![/color]

LA SORTIE DU PIÈGE

[bgcolor=#FFFF99]Par REFLATION, j’entends une AUGMENTATION DE LA MASSE DES REVENUS DISTRIBUÉS, UN RENOUVEAU DES PRODUCTIONS et, éventuellement, une hausse du niveau général des prix. [/bgcolor]

Diverses politiques de reflation permirent de sortir du piège.

Aux États-Unis : le pragmatisme audacieux de Roosevelt

Pendant plus de trois ans, rien n’avait été fait par le pouvoir pour mettre fin à l’effondrement de la production et au chômage. Le président Hoover, comme la plupart de ses compatriotes, pensait que la crise se résorberait d’elle-même par le seul jeu des forces du marché. Il affirmait que « la prospérité était au coin de la rue ». Elle ne fut pas au rendez-vous.

Lorsque Franklin Roosevelt prit ses fonctions de président, le 4 mars 1933, non seulement la dépression économique avait atteint la profondeur que j’ai indiquée, mais le système bancaire était menacé d’écroulement et l’insurrection grondait, au point qu’au lendemain même de son accession au pouvoir il proclama un moratoire bancaire, non pas tant parce que des banques étaient au bord de la cessation de paiement, mais pour leur permettre, en abaissant leurs rideaux de fer et verrouillant leurs portes, de se protéger contre des émeutiers.

Roosevelt n’avait guère d’idées préconçues, mais la volonté de faire flèche de tout bois pour rompre le cercle infernal dans lequel les États-Unis se trouvaient pris.

En subventionnant le maintien de champs en friche et même le labour de terres déjà ensemencées, il mit fin à la surproduction des produits agricoles et à la baisse de leurs prix.

En garantissant le remboursement des dépôts bancaires jusqu’à un certain montant, il rassura les déposants. Il lança de vastes programmes de travaux publics, parmi lesquels l’aménagement spectaculaire de la Tennessee Valley.

Il modéra la concurrence entre les entreprises par des codes de bonne conduite. Ainsi il provoqua en deux ans une hausse de 80 % des prix agricoles et de 20 % des produits manufacturés. Cela entraîna une hausse du coût de la vie, mais de seulement 15 % en deux ans. Roosevelt encouragea une majoration de la plupart des salaires nominaux, de 40 à 50 % pour beaucoup d’entre eux, dépassant sensiblement le coût de la vie.

Cette élévation des prix et des salaires, en procurant aux ménages et aux entreprises du pouvoir d’achat, devait avoir - et eut - pour effet d’ouvrir des débouchés et de relancer l’activité.

Cette politique systématique de relèvement général mais différencié des prix visait à rétablir entre eux des relations voisines de celles qui existaient de 1925 à 1928 et à alléger le poids des dettes. L’augmentation des salaires non seulement accrut la demande, mais atténua les inégalités sociales.

L’objectif proclamé était une hausse suffisante du niveau des prix, suivie d’une stabilité qui conserve au dollar son pouvoir d’achat pendant plusieurs générations. Il s’agissait de provoquer une reflation, non une inflation permanente.

Ces multiples corrections apportées aux distorsions économiques antérieures furent obtenues par des mesures d’ordre interne à l’économie américaine. Leurs effets furent bientôt amplifiés par une dévaluation voulue du dollar, de 41 %, réalisée entre juin et décembre 1933.

Les importations et les exportations s’élevant à moins de 5 % du PIB, l’effet commercial de cette dévaluation sur l’économie américaine fut relativement faible. Mais ayant été obtenue par une hausse du prix de l’or détenu désormais seulement par le Trésor, elle ouvrit la possibilité d’accroître considérablement les émissions de billets couverts par cette encaisse métallique. Des achats d’argent, simultanément opérés à des prix majorés, accrurent encore la masse monétaire.

Après avoir encore désépargné en 1933, les ménages épargnèrent à nouveau : 1 % de leurs revenus après impôts en 1934, 4 en 1935, puis 6 en 1936 et 1937. Au cours de l’année 1933, le taux de l’escompte fut abaissé de 3,5 à 1 %, le taux du marché monétaire de 1 à 0,4, puis à 0,13 % ; les taux d’intérêt à long terme, qui étaient de 6 % en 1932 - soit un taux réel de 15 compte tenu d’une baisse de 9 % l’an des prix à la consommation —, ne baissèrent qu’à 4,5 à la fin de 1933 et 4 en 1935, mais la hausse des prix à la consommation étant de 7 % l’an, le taux réel à long terme était devenu négatif de 3 %.

Tandis que des billets faisaient retour dans les banques, améliorant leur liquidité, la masse monétaire augmenta de 20 % en deux ans et sa vitesse de circulation s’accéléra.

Les effets matériels aussi furent d’une grande ampleur. La production industrielle connut un rebond de 40 % au cours des six premiers mois de 1933. Un peu hésitante ensuite, elle reprit, dès l’été 1934, une progression de 15 % l’an, qui dura jusqu’en 1937. À cette date, le chômage avait diminué de plus de moitié. Entre 1933 et 1937, les investissements des entreprises augmentèrent de 25 % l’an et la consommation des ménages de 6.

L’étonnante rapidité de cette croissance fut possible parce qu’en 1932 d’énormes capacités de production étaient inemployées, bien que beaucoup aient été détruites au cours des années de déflation. Il fallut les reconstituer. Aussi est-ce seulement en 1937 que le PIB rejoignit presque son niveau de 1929.

[bgcolor=#FFFF99][b][color=red]En Allemagne : l'État totalitaire[/color][/b][/bgcolor]

Le retour à une croissance économique en Allemagne, au deuxième trimestre 1933, coïncida avec celui observé aux États-Unis, mais dans des circonstances politiques bien différentes.

En mars 1933, Hitler accéda au pouvoir pour mettre en œuvre une politique national-socialiste. La croissance de l’économie allemande fut alors plus rapide, plus régulière aussi, que l’américaine : la production industrielle augmenta de 25 % l’an jusqu’à l’été 1935 et se poursuivit ensuite au rythme de 11 %, si bien que LE NOMBRE DES CHÔMEURS, qui était de six millions en 1933, DEVINT PRESQUE NUL EN 1939. L’Allemagne manqua alors de main-d’œuvre, quoique la durée du travail eût sensiblement augmenté.

[bgcolor=#FFFF99]Cette CROISSANCE ACCÉLÉRÉE ne s’accompagna que d’une HAUSSE TRÈS MODÉRÉE DES PRIX[/bgcolor] (5 % l’an pour les produits agricoles, 4 pour les prix de gros des articles manufacturés et seulement 1 pour les prix à la consommation). Les salaires nominaux individuels ne s’élevèrent également que de 1 %, mais [bgcolor=#FFFF99]la masse salariale crût fortement grâce à la réduction du chômage[/bgcolor].

Cette configuration du développement de l’économie allemande résulte de conditions politiques particulières : celles d’un État totalitaire. Le national-socialisme laissait subsister la propriété privée des moyens de production, mais l’État se rendit maître de tous les rouages de l’activité et ne permit aucune contestation. Il exerça une emprise complète sur les relations commerciales et financières avec l’étranger.

Le commerce extérieur, sensiblement réduit, demeura un peu excédentaire. Le contrôle des changes et des mouvements de capitaux fut draconien, les infractions pouvant être punies de mort. La définition en or du mark ne fut pas modifiée, mais il n’était plus convertible ni en or, ni en devises étrangères. Les dettes extérieures ne furent plus honorées qu’en marks inconvertibles. Toute importation de marchandises fut subordonnée à l’octroi de devises par l’État.

Dans cette économie, confinée sur elle-même, les débouchés nouveaux furent ouverts principalement par l’État. Il réalisa de grands travaux, construisant notamment des autoroutes, à la fois pour employer des chômeurs et pour faciliter, le cas échéant, de rapides mouvements de troupes motorisées. Il mit en œuvre des programmes de constructions aéronautiques, d’abord présentées comme civiles, avant de se lancer ouvertement dans des fabrications d’armement.

Il octroya des aides financières aux propriétaires rénovant ou transformant leurs immeubles et accorda des dégrèvements fiscaux aux particuliers employant des domestiques.

Les taux d’intérêt à court terme, qui dépassaient 5 %, furent abaissés jusqu’à moins de 3 en 1937.

Parce que réalisée dans une nation fermée sur l’extérieur et orientée tout entière vers la préparation de la guerre, cette remarquable remise en marche de l’économie allemande ne peut évidemment servir de modèle. Mais elle montre qu’une ample croissance est possible tant que de grandes quantités d’hommes et d’équipements sont inutilisées. Et elle met en lumière certaines relations dynamiques, susceptibles d’être utilisées par d’autres régimes politiques.


Au Royaume-Uni : la dépréciation de la livre

La reprise de l’économie britannique se situa au quatrième trimestre de 1932, précédant de quelques mois celle observée aux États-Unis et en Allemagne. De 1932 à 1937, la croissance de la production industrielle fut de 10 % l’an et celle du PIB de 4, ce qui ne s’y était jamais vu - et ne s’y est plus jamais revu.

Les prix de gros des produits alimentaires demeurèrent stables jusqu’en 1936 et ceux des matières industrielles augmentèrent de 4 % l’an. Les uns et les autres connurent une brusque flambée en 1937 (+ 20 %) à cause d’une poussée du prix mondial des matières premières, qui fut sans lendemain ; ils retombèrent dès l’année suivante sur leurs tendances antérieures. Quant aux prix à la consommation, ils s’élevèrent régulièrement de 3 % l’an, tandis que les salaires nominaux restaient à peu près stables, ce qui majora les profits. Les cours des actions à la bourse de Londres, qui avaient baissé moins qu’ailleurs et avaient commencé à se redresser avant les autres, dès l’été de 1932, s’élevèrent ensuite de 16 % l’an, atteignant au début de 1937 un niveau double de celui de 1932, supérieur de 10 % au maximum antérieur, situé en 1928.

Le gonflement de la masse monétaire fut de 25 %. Le taux d’escompte de la Banque d’Angleterre fut maintenu imperturbablement à 2 %, le taux de l’argent à court terme, qui était de 4 % en 1930, se situa un peu au-dessous de 1 et le rendement des obligations fut de 3 au lieu de 5 antérieurement.

Cette renaissance de l’économie britannique fut obtenue grâce à la dépréciation de la livre, survenue à partir de septembre 1931, et par l’établissement, en 1932, lors de la conférence d’Ottawa, d’une protection commerciale ad valorem de 10 à 20 % aux frontières de l’Empire britannique.

La dépréciation de la livre n’avait pas été délibérée : ce furent des sorties de capitaux, suscitées par la mauvaise santé de l’économie, qui la provoquèrent. Après que les autorités monétaires eurent en vain relevé le taux d’escompte à 6 % et que la Banque d’Angleterre eut perdu de grandes quantités d’or, le gouvernement laissa, le 20 septembre 1931, la livre se déprécier sur le marché des changes. Au lieu de 4,86 dollars en l’été 1931, la livre ne valut plus que 3,51 dollars au début de janvier 1932 et 3,31 à la fin de l’année. Un fonds d’égalisation des changes fut institué, qui eut surtout pour raison d’être de s’opposer à une remontée de la valeur de la livre. La dévaluation du dollar, intervenue en 1933, ramena le cours de la livre à sa parité antérieure avec lui. La définition en or des monnaies du continent européen ayant été maintenue, leur change en livres et en dollars restait majoré de 80 % par rapport à ce qu’il était en 1930.

Cette dépréciation de la livre fut particulièrement bénéfique pour l’Angleterre. Elle conféra à l’industrie britannique un avantage commercial considérable à l’égard des pays du continent européen et, jusqu’en 1933, vis-à-vis des États-Unis, car la plupart des pays qui l’approvisionnaient en denrées alimentaires et en matières premières industrielles avaient pour monnaie la livre sterling ou une monnaie liée à elle, si bien que leurs fournitures à l’Angleterre ne se trouvaient guère renchéries. L’économie britannique se repliait quelque peu sur elle-même et sur le Common-wealth.

Alors que dans les années 20 les importations britanniques atteignaient 25 % du PIB, à partir de 1933 elles étaient retombées à 15, et les exportations seulement à 10 au lieu de 17. Le déficit commercial, qui était important depuis plus d’un siècle, s’accentua. La balance des paiements courants se détériora : fortement excédentaire depuis le milieu du XIXe siècle (sauf pendant la guerre de 1914-1918), grâce principalement aux services bancaires et à la flotte marchande, elle devint déficitaire en 1931 et le demeura, d’environ 1 % du PIB, jusqu’à la guerre.

Ce déficit impliquait des entrées de capitaux supérieures aux sorties, qui procuraient au Royaume-Uni des disponibilités monétaires, stimulant d’autant mieux la croissance que les concurrences extérieures étaient freinées par des droits protecteurs. Mais il était aussi le signe d’un déclin à venir.

En France : une dramatique illusion

La France de ces années 30 offre le triste exemple d’une sortie de crise manquée. Au second semestre de 1932 et au premier semestre de 1933, un rebond d’activité est bien intervenu (la production industrielle s’éleva de 20 % en un an), mais il fut sans lendemain. Au début de 1935, l’indice de la production industrielle se retrouva au plus bas niveau atteint trois ans auparavant.

Pourtant, les capitaux n’ont pas manqué : au bilan de la Banque de France, les avoirs en devises et en or, qui étaient de 60 milliards en 1928, s’élevèrent à 90 milliards en 1932, et le taux de l’argent à court terme baissa de 3,5 à 1 %.

Mais la dépréciation de la livre constitua un handicap pour le commerce extérieur français et exerça sur les prix intérieurs une forte pression à la baisse. Quand, au second semestre de 1933, le dollar fut dévalué à son tour de 41 %, cette pression s’accentua et les prix à la consommation baissèrent de 6 % l’an de 1931 à 1935. Néanmoins, une disparité difficilement supportable s’établit entre les prix français et les prix anglais ou américains, ou ceux de leurs satellites.

(…)

Au printemps de 1936, la production industrielle, malgré sa remontée récente, était encore de 23 % inférieure à son niveau de 1930 ; aux États-Unis, elle ne l’était plus que de 5 ; en Angleterre et en Allemagne, elle dépassait ce niveau de 10. L’appareil industriel français avait vieilli, faute d’investissements. L’économie était appauvrie par cinq années de déflation.

En mai 1936, le mécontentement justifié de la population amena à la Chambre des députés une majorité de Front populaire. Le gouvernement présidé par Léon Blum, composé de socialistes et de radicaux, mit en œuvre, dès juin, une politique de hausse des salaires et de stricte limitation de la durée du travail à quarante heures par semaine. Puis il dévalua le franc en octobre. Le tout sans réussir à relancer l’économie. En 1938, la production industrielle était encore moindre qu’en 1936, bien qu’une dépréciation de 60 % du franc eût ramené les prix français à peu près au niveau des prix anglais et américains.

Ce fut seulement pendant les six premiers mois de 1939, quand un gouvernement où Paul Reynaud était ministre de l’Économie et des Finances eut desserré certaines contraintes et réussi à susciter des retours de capitaux, qu’un progrès rapide de la production industrielle la porta à un meilleur niveau, mais inférieur encore de 12 % à celui du maximum atteint en 1930.

Quand la guerre éclata, la France n’était pas guérie des méfaits de la déflation. »


Après ce rappel des détails oubliés (ou jamais appris) d’une situation de DÉFLATION, et la description de QUELQUES POLITIQUES PASSÉES REMARQUABLES pouvant servir d’illustration des réactions possibles, Jean-Marcel Jeanneney décrit sa proposition (ci-dessous) et c’est si intéressant que je réserve ça au message suivant.

[bgcolor=#FFFF99]Je suis sûr que toute création de monnaie permanente par la banque centrale au profit des citoyens ne crée PAS ipso facto de l’inflation.

Comme en médecine, tout est question de mesure : on ne renonce pas aux médicaments sous prétexte que leur excès serait mortel. [/bgcolor]

Amicalement.

Étienne.

(à suivre)

[bgcolor=#FFFF99]Des nouvelles de mes participations récentes sur le blog de Paul Jorion (suite) [/bgcolor]

Étienne Chouard dit : [url=http://www.pauljorion.com/blog/?p=1135#comment-13185]27 décembre 2008 à 02:06[/url]

ÉPOUVANTAILS ou REFLATION ? 2/3

(Suite du message précédent)

Jean-Marcel Jeanneney prend ensuite mille précautions pour montrer que sa proposition centrale est formulée en toute connaissance des risques inflationnistes liés à une création monétaire surabondante.

Il a raison, c’est un gage utile pour prendre au sérieux sa proposition.

(suite du livre de JM Jeanneney : )

CHAPITRE II : LES MENACES D’AUJOURD’HUI

(…)

Le poids des dettes

L’endettement de tous les agents économiques atteint une proportion de leurs revenus beaucoup plus élevée qu’autrefois où, en temps de paix, les États s’attachaient davantage à équilibrer, bon an mal an, leurs budgets, où les entreprises finançaient principalement leurs investissements au moyen de leurs profits, et où les ménages achetaient meubles et même immeubles principalement au moyen d’une épargne préalable. À l’heure actuelle, les États se sont fortement endettés, espérant ainsi soutenir l’activité économique ; les entreprises se sont développées par des appels exagérés à des crédits bancaires ; les ménages se sont beaucoup équipés grâce à des crédits à la consommation.

Or un endettement accru de tous les acteurs économiques constitue un danger manifeste de déflation. Une dette excessive de l’État, qui l’oblige à consacrer une trop grande part de ses ressources fiscales au service de cette dette, le paralyse quand il voudrait soutenir une activité défaillante. Lorsque les entreprises mal conduites ou malchanceuses avaient été financées essentiellement au moyen de capitaux appartenant au chef de l’entreprise ou à ses actionnaires, ou prêtés par des personnes physiques, leur faillite affectait peu l’activité générale.

Présentement, des faillites trop nombreuses alourdiraient les bilans des banques de créances irrécouvrables. Certaines banques seraient obligées de vendre des actifs dont les prix tendraient à s’effondrer, entraînant avec eux l’appauvrissement d’une multitude de personnes. Quelques faillites retentissantes, une crise sociale ou politique ou un événement extérieur malencontreux pourrait suffire, en ébranlant l’édifice du crédit, à enclencher une déflation.

(…)

Le désordre monétaire

Entre les deux guerres mondiales, il n’y avait plus de pièces d’or en circulation dans le monde, mais la plupart des unités monétaires restaient définies par un poids d’or. Après les troubles de l’après-guerre, leurs taux de change furent à nouveau déterminés par des rapports de poids d’or. Des transferts de lingots, provoqués par d’infimes variations des cours, assuraient une stabilité presque parfaite de ceux-ci. Cependant, tout État souverain avait la possibilité de modifier le cours officiel de sa monnaie en changeant le prix auquel il déclarait être acheteur et vendeur de lingots ; ainsi firent les États-Unis en 1933. L’Angleterre renonça en 1931 à acheter et vendre de l’or à un taux fixe et laissa le marché des changes déterminer, au jour le jour, le cours de sa monnaie avec celles qui étaient convertibles en or, puis elle vendit et acheta elle-même de l’or ou des devises sur le marché, afin d’influencer le cours de la livre sterling par rapport aux autres monnaies. Mais l’or constituait néanmoins le dénominateur commun des monnaies.

Bien différente est la réalité actuelle. Les banques centrales continuent à détenir précieusement dans leurs caves des tonnes d’or à titre de précaution, mais il y est immobilisé et ne joue plus aucun rôle dans les mécanismes de change. C’est en août 1971 que les États-Unis, en mettant fin à la convertibilité en or du dollar, brisèrent le système monétaire international qu’ils avaient imposé au monde en 1945. Ils le trouvaient trop exigeant pour eux. Depuis juillet 1974, les grandes monnaies du monde n’ont plus de relations fixes et ne sont plus, même théoriquement, définies par un poids d’or. En 1976, le flottement généralisé des monnaies fut officialisé par un amendement aux statuts du FMI.

Les variations des cours des changes, ainsi libérés de toute règle, sont susceptibles de réduire, à la longue, les écarts entre les niveaux des prix nationaux exprimés en une monnaie de référence — le dollar par exemple —, ce qui devrait avoir pour effet de corriger les déséquilibres des balances commerciales.

Mais ces cours, soumis à des flux de capitaux, sensibles à des événements de toutes sortes et aux anticipations des spéculateurs, agissent souvent dans un sens contraire à celui qui rapprocherait les pouvoirs d’achat des monnaies. Les distorsions de concurrence et les incertitudes en résultant entravent les initiatives productrices.

Les gérants d’énormes masses de capitaux, désormais détenus par des fonds de pensions et des sociétés de placement, soucieux avant tout d’en préserver la valeur, sont attentifs au sort des monnaies dans lesquelles les titres sont libellés. Ils surveillent constamment les politiques monétaires et budgétaires.

Le gouvernement de chaque État, s’il veut éviter de brusques retraits de capitaux étrangers, doit être attentif à ne pas inquiéter ces gérants, en respectant les règles que ceux-ci considèrent comme propres à préserver la valeur d’une monnaie, quand bien même cela entraverait la croissance économique du pays en cause ou mécontenterait gravement sa population.

Ces règles, conçues pour assurer la conservation de la valeur des actifs financiers, peuvent avoir des effets déflationnistes en raison des mesures de rigueur budgétaire et de sévérité à l’égard des bilans des banques qu’elles imposent. Le paradoxe est qu’elles risquent de provoquer une dévalorisation des actifs réels, immeubles ou équipements industriels, se trouvant dans le patrimoine des sociétés où ces gérants ont placé des capitaux.

[bgcolor=#FFFF99]L’actuel système des changes flottants est responsable, pour une part, du ralentissement de la croissance intervenu en Europe depuis 1974 et constitue une menace pour l’avenir.[/bgcolor] Malheureusement, pour établir dans le monde un système de changes fixes, éventuellement ajustables, il faudrait l’accord actif des États-Unis qui, estimant trouver avantage à la situation actuelle, ne le souhaitent pas.

[bgcolor=#FFFF99]Il faudrait aussi passer outre aux intérêts de tous ceux qui tirent profit de la variabilité des cours des changes[/bgcolor] : d’une part les spéculateurs avisés, qui réalisent d’énormes gains en anticipant et, parfois, en provoquant les variations des cours ; d’autre part les établissements financiers, qui gèrent les opérations de change et fournissent aux entreprises productrices, moyennant des commissions, les moyens de se protéger, tant bien que mal, contre les effets de variations qui affectent leurs coûts d’approvisionnement en produits importés et leurs prix de vente à l’exportation.

(…)

CHAPITRE III : LES FAUSSES « BONNES IDÉES »

[Un très intéressant chapitre, mais je ne reproduis que les quelques points directement utiles à notre débat sur la monnaie. ÉC]

Malheureusement, la plupart des remèdes préconisés de divers côtés sont des potions insuffisantes ou dangereuses ; les « bonnes idées » se révèlent fausses.

La hausse systématique des salaires

(…)

La réduction autoritaire de la durée du travail

(…)

Le charme pervers des déficits

Une politique de déficit volontaire des finances publiques est plus subtile. Elle est souvent qualifiée de keynésienne, une analyse théorique de John Maynard Keynes étant souvent invoquée pour la justifier.

Une théorie subtile, à l’appui d’une pratique commode…

Keynes a souligné que, dans toute économie, l’épargne, c’est-à-dire la non-consommation d’une partie des revenus pendant une période donnée, est nécessairement égale aux dépenses d’investissement.

Mais il a montré aussi - c’est un de ses apports, parmi d’autres, à la science économique — que le niveau d’activité auquel cette égalité se réalise n’est pas automatiquement celui qui assurerait le plein-emploi des hommes et des machines. Car si le montant de l’épargne que les individus souhaitent constituer est supérieur au montant des sommes que les investisseurs sont désireux d’utiliser, l’insuffisance de l’investissement, par rapport à l’épargne souhaitée, diminue les quantités de biens produites et, de ce fait, les revenus distribués, et donc l’épargne réalisée. On atteint un équilibre, mais de sous-emploi.

Si, par crainte de l’avenir, notamment du chômage, les particuliers veulent ne pas réduire leur épargne, ou même veulent l’augmenter, alors que les investisseurs se dérobent, l’économie entre dans un cercle vicieux. En diminuant plus encore leurs consommations, les ménages amenuisent les débouchés des entreprises. Celles-ci, produisant moins, n’investiront pas. L’égalité entre épargne et investissement se réalisera à un niveau encore plus bas.

Partant de là, on conclut que, pour éviter le sous-emploi, et éventuellement pour briser le cercle infernal d’une aggravation constante de ce sous-emploi, il faut que l’État substitue ses propres dépenses à celles, insuffisantes, du secteur privé, mais sans augmenter les impôts, afin de ne pas réduire encore davantage consommations et investissements.

Bien avant que la théorie keynésienne apparaisse et se répande, on a fait du keynésianisme sans le savoir. Aujourd’hui comme hier, quand une dépression menace ou s’installe, des gouvernements augmentent les dépenses publiques et les financent par des emprunts. L’État embauche des hommes et des femmes chômeurs, qui deviendront de meilleurs consommateurs, il réalise des travaux publics ou achète des équipements, procurant ainsi des débouchés à des entreprises, dans l’espoir qu’elles embaucheront et achèteront davantage de biens intermédiaires, puis se remettront à investir dès qu’une reprise de l’économie se profilera. Ainsi la pompe des affaires sera réamorcée.

Politique séduisante et agréable pour les gouvernants et les gouvernés. Alors que des citoyens, dont on augmenterait les impôts, protesteraient, c’est volontairement que des détenteurs de réserves financières, pour les faire mieux fructifier, les prêtent à l’État. Ils n’ont aucune raison de réduire leurs dépenses de consommation et l’État augmente les siennes. Tout paraît devoir aller pour le mieux.

… mais désormais nocive

Certes, l’État dépensant aussitôt les sommes qu’il a empruntées, les liquidités du système bancaire ne sont pas réduites et les crédits à court terme susceptibles d’être faits aux entreprises n’en souffrent pas. Cependant, l’État est obligé d’offrir un taux d’intérêt suffisant pour attirer à lui des capitaux, éventuellement étrangers. [C’est le piège de l’argent-dette. ÉC] Les taux d’intérêt s’en trouveront vraisemblablement majorés, d’autant plus que l’État emprunte à long terme, se refusant à emprunter au moyen de bons du Trésor à trois, six ou douze mois qui le mettraient à la merci de ses prêteurs, comme ce fut le cas en France, en 1925, au temps du Cartel des gauches. Certains emprunteurs privés ne pouvant supporter des taux d’intérêt élevés seront évincés du marché des capitaux. À quoi s’ajoute que, si des capitalistes étrangers souscrivent aux emprunts d’État, il est particulièrement à craindre que les détenteurs de ces titres, inquiets tôt ou tard de l’avenir de la monnaie, les vendent tout à coup, provoquant une crise financière, voire de change.

On dit parfois que des investissements publics peuvent être plus utiles que ne l’auraient été les investissements privés. Cela est parfois vrai. Mais, le besoin d’investissement de l’État réapparaissant chaque année et la comptabilité publique ne prenant pas en compte leur amortissement, une bonne gestion exige qu’il finance ses investissements par des impôts.

Les tenants des politiques dites keynésiennes se plaisent à déclarer que la relance obtenue grâce au déficit public procurera des excédents budgétaires qui permettront de rembourser les emprunts précédents. L’expérience historique montre que, même s’il y a effectivement relance, aucun remboursement n’a lieu. Quand des excédents budgétaires apparaissent, les gouvernants s’empressent de les dépenser.

Le règlement des arrérages d’une dette publique opère un transfert de revenus des contribuables aux créanciers de l’État. L’ensemble des revenus des ménages ne s’en trouve pas diminué, mais les personnes actives, pressurées, risquent d’être découragées, tandis que les rentiers, bénéficiaires de ces transferts, n’y trouvent aucun motif d’accomplir des efforts productifs, bien au contraire. La succession de déficits accumulés amplifie la part des impôts ayant cet effet nocif.

En France, au budget de l’État de 1996, le service de la dette atteint 226 milliards, soit un peu plus de 16 % des recettes fiscales. Cette somme équivaut presque au montant des dépenses militaires (241 milliards). Et comme, en dépit de cette charge stérile, il faut que l’État continue à remplir, tant bien que mal, ses fonctions, les prélèvements obligatoires atteindront probablement 45 % du produit national en 1996. Une augmentation des prélèvements devenant dangereuse, ce sont des devoirs essentiels que l’État ne pourra plus assumer convenablement, à moins qu’il emprunte encore. Mais alors, sa dette augmentant sans cesse, son poids ne pourra plus jamais être contenu, sinon par une inflation forte qui en réduise en terme réel la charge nominale excessive. D’une telle inflation, on dira ci-après les dangers.

Quant à couvrir le déficit par des avances de la Banque de France, on verra au chapitre IV à quels excès cela a donné lieu, et les fortes inflations qui en ont résulté.

C’est donc à réduire, voire supprimer les déficits publics qu’il conviendrait de s’employer, pour non seulement atteindre à l’équilibre des dépenses hors dette — ce qui, d’après les prévisions budgétaires, ne sera même pas le cas en 1996, où le déficit atteindra 290 milliards, supérieur de 70 milliards aux intérêts de la dette -, mais pour couvrir par des recettes ordinaires la charge des intérêts. En effet, dans l’hypothèse d’un simple équilibre des recettes et dépenses publiques hors intérêts de la dette, celle-ci exprimée en pour-cent du PIB croîtra tant que le taux de croissance du PIB en valeur sera inférieur au taux d’intérêt moyen de cette dette.

Perspectives amères, qui auraient dû dissuader, dans le passé, d’abuser des déficits publics. Le seul remède est de tout faire pour accélérer la croissance. Elle seule peut permettre d’accroître les recettes fiscales sans élever les taux d’imposition.

La tentation de l’inflation

(…)

Le libéralisme débridé

(…)

Le refuge dans l’empirisme


CHAPITRE IV : UNE « MARCHANDISE MERVEILLEUSE »

« Ce qui affola les conquérants de l’Amérique ce fut l’or, d’une attraction si puissante sur l’homme sauvage ou civilisé… Le miracle de cette marchandise merveilleuse, c’est qu’aussitôt extraite elle est vendue puisque la frappe est libre, et qu’il est loisible à chacun de monnayer l’or en pièces trébuchantes… Cette marchandise singulière… n’a guère de fonction que comme signe représentatif des autres, office que remplit tout aussi bien, sinon mieux, le moindre chiffon de papier. » Georges Clemenceau, Le Grand Pan, 1896, (Imprimerie nationale, 1995, p. 123)

L’insuffisance de la demande de biens de consommation et d’équipement est la cause essentielle de la langueur actuelle des affaires et de la persistance du chômage. C’est à cette insuffisance qu’il faut d’abord remédier. Si on procurait des débouchés supplémentaires aux producteurs de biens de consommation et aux commerces situés en aval, les uns et les autres recommenceraient à embaucher et à investir en machines et en bâtiments. Les producteurs de ces équipements embaucheraient eux aussi, distribueraient davantage de salaires et réaliseraient plus de profits. Les rentrées fiscales augmenteraient et le montant total des aides aux chômeurs diminuerait. De multiples problèmes financiers et sociaux, que la dépression rend insolubles, pourraient être alors assez vite résolus.

[bgcolor=#FFFF99]Pour relancer la demande, il faut créer de la monnaie. Quelle monnaie ?[/bgcolor]

Échec aux banques

[bgcolor=#FFFF99]Les banques créent de la monnaie ou en détruisent selon les circonstances. Elles le font en accordant ou refusant des crédits[/bgcolor], selon des règles, écrites ou non écrites, sans le respect desquelles elles deviendraient, tôt ou tard, insolvables.

Quand les banques créent de la monnaie en accordant des crédits, elles utilisent les dépôts que des particuliers ou des entreprises leur font en attendant d’en avoir l’usage. Mais elles peuvent prêter davantage, sachant qu’une grande partie des sommes qu’elles avancent, après avoir servi à des paiements, reviendront aux unes ou aux autres sous forme de dépôts.

[bgcolor=#FFFF99]L’ensemble du système bancaire peut ainsi créer de la monnaie, sans autre limite que le besoin qu’il a de fournir des billets à ceux de ses clients qui lui en demandent en échange de monnaie scripturale.[/bgcolor] Les billets constituant encore 16 % de la masse monétaire Ml (billets + comptes à vue), si l’ensemble des banques augmente de 10 milliards les crédits consentis, celles-ci auront besoin de demander 1,6 milliards de billets à la Banque de France.

Dans la mesure où la Banque de France le jugera souhaitable pour la bonne marche de l’économie, elle les leur fournira en échange de créances à court terme apportées par elles. La Banque de France peut créer de la monnaie à volonté puisque ses billets ont cours légal. Si elle estime que ses prêts à court terme ne suffisent pas à créer assez de monnaie, elle peut acheter des titres de créance à long terme, notamment des emprunts d’État. Cette élasticité du système bancaire est nécessaire à un bon financement de l’économie et à sa croissance, mais elle peut être excessive. Si la Banque de France considère qu’il y a excès de liquidités, elle rend plus difficiles ou plus coûteux ses concours aux banques commerciales, ou encore vend les titres qu’elle a en portefeuille, retirant ainsi de la monnaie du marché. De cette manière, elle peut freiner une accélération de la demande jugée incompatible avec les capacités de production françaises, donc inflationniste — à condition toutefois que des déficits budgétaires ou l’arrivée de capitaux étrangers n’en annulent pas les effets.

Dans le cas inverse de dépression économique, où la demande est inférieure aux capacités de production, la Banque de France peut certes diminuer ses taux d’intérêts à court terme, mais cela ne saurait toujours suffire à relancer l’économie. Cette baisse n’entraîne pas à coup sûr celle des taux à moyen et long terme, qui commandent l’investissement dans beaucoup de secteurs, notamment celui du bâtiment. Elle peut même faire monter les taux longs, dans la crainte, fut-elle injustifiée, d’un regain d’inflation. Et les taux courts risquent alors de remonter à leur tour.

Quand bien même une baisse générale et profonde des taux courts et longs serait obtenue, les entreprises qui n’ont pas de commandes suffisantes n’emprunteront pas : à quoi bon accroître le parc de ses machines ou ses stocks si on pense ne pas pouvoir vendre davantage ? L’exemple actuel du Japon est remarquable. Le taux d’intérêt à trois mois y est inférieur à 1 % et le taux à dix ans y est de moins de 3 % ; néanmoins, l’économie ne repart pas.

Quant aux particuliers, s’ils ont peur du chômage ou si leurs salaires ou autres revenus diminuent, ils hésiteront à s’endetter pour acheter des biens de consommation. Ceux d’entre eux qui seraient enclins à emprunter pour faire construire un immeuble ne le feront pas s’ils ont le sentiment que la valeur marchande de celui-ci risque de se déprécier.

Dans une telle conjoncture, la Banque de France est impuissante à faire sortir l’économie du cercle vicieux dans lequel celle-ci est enfermée : baisse des prix, de l’activité, des revenus et des consommations, réduction des rentrées fiscales, chômage, volonté des individus d’accroître une épargne de précaution qu’ils veulent liquide. Les banques qui récoltent cette épargne ne trouvent pas à la prêter dans sa totalité, sinon à l’État impécunieux, obligé d’accroître son déficit qui risque de devenir bientôt insupportable.

Alors il est utile, mais non sans danger, que soient émises des monnaies d’autre source que bancaire.

La tentation du papier

Une source possible de monnaie est la fabrication de papier-monnaie.

À la fin du XVIIIe siècle, des gouvernements aux abois ont utilisé la planche à billets, pièce de bois sur laquelle était fixée une plaque de cuivre gravée, qui servait à imprimer des morceaux de papier où était inscrit le nombre d’unités monétaires que chacun d’eux représentait.

Pendant la guerre d’indépendance des colonies britanniques d’Amérique, le Congrès continental, pour faire face à ses besoins urgents, émit du papier-monnaie en quantités telles qu’il perdit bientôt toute valeur.

Le fantasme des assignats

Quinze ans plus tard, en France, en janvier 1790, la Constituante créa une Caisse de l’extraordinaire, chargée de centraliser le produit des ventes de biens du domaine royal et de biens ecclésiastiques déclarés biens nationaux. En même temps, elle décréta l’émission d’assignats sur cette caisse.

Dans l’ancien droit, on appelait assignat l’action d’asseoir une rente sur un bien-fonds. Ces premiers assignats étaient des délégations sur le prix de vente prochain des biens nationaux.

On en émit d’abord pour un montant de 400 millions, qui correspondait à peu près à la valeur des biens à vendre. Ils portaient intérêt à 5 % et n’étaient constitués que de grosses coupures de 1000, de 300 et de 200 livres, qui matérialisaient la reconnaissance d’une sorte de créance hypothécaire. Ils n’étaient pas une monnaie et reçurent bon accueil.

Mais, dès avril 1790, un décret de l’Assemblée nationale fit de ces assignats une monnaie ayant cours entre toutes personnes dans toute l’étendue du royaume, devant être reçue comme espèce sonnante dans toutes les caisses publiques. Dans l’esprit de l’Assemblée nationale, il s’agissait à la fois de remédier à la pénurie de numéraire et de pourvoir aux besoins du Trésor en émettant un montant d’assignats bien supérieur à la valeur des biens mis en vente.

En 1793, on en avait émis arbitrairement pour près de 4 milliards et ils avaient perdu plus de 80 % de leur valeur par rapport aux pièces d’or ou d’argent qui circulaient encore plus ou moins clandestinement. Ils furent alors échangés, à raison de 30 pour 1, contre des mandats territoriaux, ayant eux-mêmes cours légal et forcé mais qui, bientôt, perdirent à leur tour toute valeur, cependant que la circulation de pièces d’or et d’argent était de nouveau légalisée. Mauvais souvenir !

Il existe cependant quelques exemples d’émissions de papier-monnaie d’État moins pernicieuses. Aux États-Unis, de 1860 à 1865, pendant la guerre de Sécession, des greenbacks (le dos des billets était de couleur verte) furent émis pour financer la guerre.

En Angleterre, pendant la Première Guerre mondiale, le Trésor britannique émit des currency notes pour 350 millions de livres, tandis que la Banque d’Angleterre, dont les billets avaient aussi, en fait, cours forcé, élevait leur circulation de 29 à 87 millions de livres seulement.

Greenbacks et currency notes furent, finalement, après quelques années, incorporés dans le bilan de la banque d’émission du pays, partageant ainsi la dépréciation des billets de celle-ci, avec lesquels ils se confondirent. En ces deux cas, l’inflation fut forte : au temps des greenbacks les prix doublèrent presque ; ils firent plus que doubler au Royaume-Uni au temps des currency notes. Les détenteurs de ces billets, moins spoliés que ceux d’assignats, perdirent environ la moitié de leur pouvoir d’achat.

Les avances faites à l’État

Les banques ayant reçu le privilège d’émettre des billets permettant de régler des transactions plus commodément qu’avec des pièces ont toujours été plus ou moins considérées par les gouvernements, en cas de besoin, comme au service de l’État qui leur avait concédé ce privilège, même quand elles étaient des sociétés privées. Lorsqu’un État exigeait de la banque d’émission qu’elle lui octroie des crédits, on disait qu’il faisait marcher la planche à billets.

Pendant presque tout le XIXe siècle, et jusqu’en 1914, les billets de la Banque de France, étant librement convertibles en or ou en argent, n’étaient pas du papier-monnaie, mais des titres représentatifs de métaux précieux. C’est seulement de mars 1848 à août 1850, qu’en raison des troubles révolutionnaires, la convertibilité des billets fut suspendue et qu’un pouvoir libératoire leur fut conféré. Il en alla de même en 1870, un mois après la déclaration de guerre à l’Allemagne.

Dès 1873, la Banque de France reprit, en fait, le remboursement en or de ses billets, mais le cours forcé ne fut officiellement aboli qu’en janvier 1878. Pendant ces deux périodes d’inconvertibilité et de cours forcé, les billets de la Banque de France étaient du papier-monnaie. Redevenus officiellement convertibles en janvier 1878, ils le restèrent jusqu’en août 1914, tout en conservant le caractère de monnaie légale.

Durant tout ce siècle, les gouvernements demandèrent de temps à autre à la Banque de France de consentir des avances au Trésor, non seulement aux époques de cours forcé, mais aussi lorsque ses billets étaient convertibles en or ou en argent. La Banque le fit, non sans rechigner. Ces avances portèrent d’abord intérêts, mais lors du renouvellement du privilège de la Banque, en 1897, alors qu’elles furent portées à 180 millions, elles devinrent désormais sans intérêt. En 1911, une avance supplémentaire de 20 millions fut accordée. Il était tacitement convenu que ces sommes ne seraient jamais remboursées.

Échelonnées sur tout le siècle, ces créations de monnaie au profit du Trésor furent, au total, relativement faibles. En 1913, elles ne s’élevaient qu’à 3 % du montant des engagements à vue (billets en circulation et comptes courants de dépôts à la Banque de France), seulement 1,2 % de la valeur cumulée des pièces et billets en circulation. En raison de cette modération, les conséquences n’en avaient pu être que bénéfiques.

Il en alla tout autrement à partir de 1914. À cause des avances consenties pendant et après la guerre, les créances de la Banque sur le Trésor s’élevèrent à 67 % de son actif au début de 1919, atteignirent 74 % en 1921 et se maintinrent presque à ce niveau jusqu’à la fin de 1926. Corrélativement, le coût de la vie fut multiplié par cinq en douze ans.

La même opération d’émission de papier-monnaie pour le compte de l’État eut lieu, avec une plus grande ampleur encore, de 1939 à 1949, années pendant lesquelles la Banque de France fournit à l’État plus de 700 milliards de francs. En neuf ans, les prix furent multipliés par vingt.

Inévitable était le recours à la planche à billets en temps de guerre et pendant les années de reconstruction d’après guerre. Il était impossible que des augmentations d’impôts pussent faire face aux énormes dépenses effectuées alors par l’État. Il les couvrit en partie par des emprunts et, quant au reste, se trouva contraint de le faire par des émissions abondantes de monnaie. Il opéra ainsi un prélèvement indirect sur les créanciers de toutes sortes, sur tous les titulaires de revenus fixes ou de revenus ne s’élevant pas autant que la hausse des prix. Sans le vouloir, il avantagea indûment les débiteurs privés aux dépens de leurs créanciers. Une telle pratique n’est pas admissible en temps normal.

Que des émissions de monnaie par l’État lui-même ou pour son compte par la Banque de France aient été souvent abusives et que les effets en aient été alors déplorables n’est pas une raison pour les proscrire dans d’autres circonstances et selon des modalités différentes.

Ce qui advint au temps où les monnaies étaient métalliques est, à cet égard, riche d’enseignements.

L’âge d’or… et d’argent

Quand la monnaie était faite principalement de pièces, la frappe d’or ou d’argent retirait une certaine quantité de ce métal du marché, ce qui maintenait son prix au niveau résultant de la définition métallique de l’unité monétaire — sans quoi il eût fléchi en période de forte production.

D’autre part et surtout, le système fournissait à l’apporteur du métal un pouvoir d’achat sans qu’il eût rien à produire en contrepartie. La demande de biens se trouvait ainsi augmentée, sans qu’il y eût, de ce fait, plus de biens disponibles. De même, lorsque l’excédent de la balance des opérations courantes permettait aux nationaux d’acquérir des devises qui servaient à acheter à l’étranger de l’or aboutissant dans les caves de la Banque d’émission, l’opération agissait doublement sur le marché national des biens et services : il y avait moins d’offres de marchandises importées et la monnaie obtenue de la Banque d’émission, en échange de métal précieux, constituait un pouvoir d’achat sans contrepartie immédiate de productions de biens.

En les dépensant, les individus qui avaient acquis ainsi pièces ou billets engendraient une activité dans le pays, à condition toutefois qu’une production nationale accrue répondît à la demande supplémentaire de biens. Il fallait, pour cela, que les habitants du pays eussent la possibilité et surtout la volonté de travailler davantage. Si, faute d’un effort créatif suffisant, on recourait à des importations pour satisfaire la consommation supplémentaire, la balance commerciale se détériorait et une part de la monnaie créée allait à l’étranger, là où un surcroît d’activité avait lieu.

Au XVIe siècle, des galions ont apporté d’Amérique en Espagne de grandes quantités d’or provenant du pillage des richesses accumulées au Mexique et au Pérou, auxquelles s’ajouta l’argent extrait de mines très productives par une population indigène cruellement exploitée. Bien que des corsaires eussent détourné certaines cargaisons vers d’autres pays, des quantités considérables de métaux précieux parvinrent en Espagne, à titre public ou privé, de 1520 à 1650, et se répandirent peu à peu en Europe occidentale.

Une partie de l’or et de l’argent arrivés d’outre-Atlantique servit à fabriquer des objets d’orfèvrerie, mais une autre fut frappée en pièces de monnaie. Abondance monétaire d’autant mieux venue qu’au XVe siècle l’Europe avait connu une certaine pénurie de numéraire. Grâce à ces pièces, la demande accrue de biens provoqua le développement d’activités multiples, non seulement en Espagne, mais aussi dans les pays voisins d’Europe, d’où les Espagnols importèrent ce qu’ils ne pouvaient pas ou ne voulaient pas produire eux-mêmes.

[bgcolor=#FFFF99]CETTE INJECTION DE MONNAIE N’ENTRAÎNA, EN ESPAGNE ET EN EUROPE, QU’UNE FAIBLE HAUSSE DES PRIX.[/bgcolor] D’après les indices qui ont été rétrospectivement calculés, elle ne semble pas avoir excédé 2 % l’an en Espagne. En France et en Angleterre, à en croire les séries de prix particuliers dont on dispose, la hausse, plus tardive, aurait été aussi de 2 % jusqu’à la fin du XVIe siècle. L’inflation fut donc partout assez lente pour n’être pas nocive. Les progrès matériels d’alors eurent certes bien d’autres causes, mais ils auraient sans doute été moindres sans l’expansion monétaire survenue.

Il en fut de même au XIXe siècle. La production d’or mondiale s’est accrue à trois reprises. Entre 1820 et 1840, elle doubla ; entre 1845 et 1853, elle s’éleva de trente-cinq à deux cents tonnes par an grâce aux mines d’or de Californie, puis elle déclina légèrement jusqu’en 1888. De nouveau, elle s’accrut fortement lorsque furent mises en exploitation des mines d’or en Afrique du Sud et en Australie : elle atteignit sept cents tonnes en 1912. La production de l’argent, qui bénéficiait aussi jusqu’en 1875 de la frappe libre dans la plupart des pays occidentaux, sauf en Angleterre, fut plus régulièrement croissante : de sept cents tonnes en 1845 à deux mille tonnes en 1875.

Il n’était guère satisfaisant que le développement économique du monde dépende, pour une part, du hasard de découvertes de mines procurant du métal précieux. Il ne l’était pas non plus que ces mines donnent lieu à des bagarres parfois mortelles entre prospecteurs individuels ou que leur mise en valeur par de grandes sociétés s’opèrent en soumettant leurs travailleurs à des conditions de vie effroyables. Mais le fait est que, jusqu’en août 1914, cela a contribué, de façon parfois insuffisante mais jamais excessive, au financement de la croissance économique dans nombre de pays. Si, en 1876, les pays d’Europe et les États-Unis n’avaient pas supprimé la frappe libre de l’argent, en raison de la forte croissance de sa production - devenue en partie un sous-produit de celle du plomb -, on aurait sans doute évité le ralentissement de croissance observé ensuite pendant une trentaine d’années en Occident.

Effets bénéfiques pour la France

Les trois fortes augmentations de la production mondiale d’or survenues au XIXe siècle se répercutèrent en France. La balance des paiements courants ayant été le plus souvent positive, particulièrement au cours des années 1850 à 1869 et à partir de 1885 (3 % du PIB de 1895 à 1910), la partie de l’excédent qui ne servait pas à faire des prêts ou des investissements à l’étranger se réglait sous forme d’importations de métaux précieux. L’or et l’argent importés, non consacrés à de l’orfèvrerie, étaient transformés en monnaie, soit par frappe de pièces, soit par échange contre des billets à la Banque de France.

Bien qu’il y ait eu évidemment d’autres facteurs de croissance économique, il est instructif de constater la relation en France entre le montant du métal ainsi monétisé et l’augmentation du PIB.

Monétisation de métaux précieux en France et croissance du PIB

[tableau 1]

On voit que pendant les périodes 1820-1840, 1849-1869, 1902-1913, où les créations de monnaie provoquées par des importations de métaux précieux ont été fortes, les taux de croissance du PIB ont été les plus élevés, dépassant ou atteignant 2 % l’an, au lieu de 1 % de 1840 à 1849 et de 1869 à 1902, lorsque cette monétisation a été faible.

Au XXe siècle, billets contre métal

Depuis que, le 4 août 1914, l’or ne peut plus être transformé en pièces de monnaie au gré de chacun (sauf aux États-Unis, où cela n’adviendra qu’en 1933), sa production a continué à créer de la monnaie quand il aboutissait dans la cave d’une Banque d’émission, mais une monnaie exclusivement fiduciaire, sous forme de billets où de crédits inscrits dans les comptes de la Banque.

Ce ne fut pas possible en France, de l’été 1914 à l’été 1926, le prix de l’or sur le marché étant supérieur à celui auquel la Banque de France était autorisée à l’acheter. En 1926, on revint en France à des mécanismes de création monétaire proches de ceux d’avant guerre. Certes, les billets de la Banque de France ne furent plus jamais convertibles en pièces d’or, mais des entrées d’or furent de nouveau susceptibles d’engendrer des créations de monnaie.

Une loi du 7 août autorisa en effet la Banque à procéder à des achats d’or, d’argent et de devises aux cours du marché, et à émettre des billets pour un montant correspondant. En fait, la Banque de France n’acheta jusqu’en juin 1928 que des devises — pour 26 milliards de francs. Mais après que la loi du 25 juin 1928 eut donné la nouvelle définition du franc en or, elle eut l’obligation de rembourser ses billets en lingots d’or et d’acheter l’or qu’on lui présentait en émettant en contrepartie des billets ou en inscrivant dans ses livres des crédits.

Entre août 1926 et 1931, ses avoirs en devises et or s’élevèrent de 55 milliards de francs. Pendant cinq ans et demi, la Banque de France a ainsi injecté dans la circulation 10 milliards de francs par an en moyenne, soit 2,5 % du PIB en valeur de 1929.

Ces injections de francs ne sont pas étrangères au fait que, de 1926 à 1927, le PIB en volume n’ait baissé que de 2 %, malgré la brutalité du choc constitué au deuxième semestre 1926 par une appréciation de moitié du franc sur le marché des changes, le dollar passant de 50 à 25 francs. Mieux encore, elles ont provoqué ou permis une augmentation du PIB de 26 % en 1928 et de 9 en 1929. Elles ont contribué aussi à ce qu’en 1930 et 1931 le PIB ne baisse en France que de 3, puis de 4 %, alors qu’aux États-Unis sa chute était de 8, puis de 10.

Inversement, de 1931 à 1935, l’encaisse-or et de devises de la Banque de France ayant baissé de 11 milliards, la destruction d’une partie de la monnaie antérieurement créée a entraîné une diminution du PIB de 12 % en quatre ans.

Substitut : les droits de tirages spéciaux sur le FMI

Depuis qu’aucune monnaie n’est plus définie par un poids d’or et que les banques d’émission n’en achètent plus en contrepartie de monnaie émise par elles, l’utile source d’approvisionnement de l’économie mondiale en liquidités constituée par la production d’or a disparu.

La possibilité reconnue, en 1967, au Fonds monétaire international de créer, avec l’accord de ses membres, de la monnaie sous le nom de droits de tirages spéciaux (DTS), constitue un moyen de réaliser ce que la production d’or fit autrefois, et de manière a priori préférable. Tandis que la production d’or à des fins monétaires gaspillait des efforts humains et des équipements, l’émission de monnaie par le FMI ne comporte presque aucun frais. Et alors que la production d’or était sans rapport direct avec les besoins en monnaie de l’économie mondiale, le FMI pourrait doser ses émissions selon ces besoins.

Ce sont les États-Unis qui, en 1966, voyant leurs réserves d’or fondre - bien que leur balance des paiements courants fut encore excédentaire-, prétendirent que l’économie mondiale allait souffrir d’un manque de liquidités. Ils voulurent que le Fonds monétaire international fut utilisé pour créer, sans contre-valeur, de la monnaie qui serait répartie entre les membres du FMI.

Lorsque des DTS furent émis pour la première fois, en 1970, les hausses des prix des matières premières et des prix à la consommation étaient déjà devenues générales. Cette création de DTS a malheureusement coïncidé avec une ample augmentation des liquidités internationales par les banques commerciales, multipliant les eurodollars hors de toute réglementation : le montant de ceux-ci dans les dix grands pays développés autres que les États-Unis s’éleva de 19 milliards en 1966 à 68 en 1970, à 170 en 1974, et à 600 en 1980.

Ce n’est pas un hasard si, pendant les années 70, la hausse des prix à la consommation a été en Allemagne, aux États-Unis, en France et au Royaume-Uni respectivement de 7, 8, 10 et 13 %, au lieu de 2, 2,5, 4 et 4 % dans ces mêmes pays pendant la décennie précédente. Quant aux prix des matières premières, l’indice Moody’s, en hausse de seulement 1 % pendant les années 60, il augmenta en moyenne de 13 % pendant les années 70. L’inflation, alors, eut certes d’autres causes que monétaires, mais l’émission de DTS, s’ajoutant à l’expansion des liquidités internationales par les eurodollars, n’a pu manquer d’y contribuer. Il y a là l’exemple d’une création ex nihilo de monnaie ayant eu lieu à contretemps.

[bgcolor=#FFFF99]CETTE MÉSAVENTURE NE SUFFIT PAS À INTERDIRE À JAMAIS UNE TELLE OPÉRATION.[/bgcolor] Le FMI en a opéré depuis lors quelques autres, plus justifiées.


CHAPITRE V : DU BON USAGE DE LA PLANCHE À BILLETS

[b][size=12][bgcolor=#FFFF99]Je prétends que, dans la conjoncture actuelle, à condition d'entourer l'opération de garde-fous, l'émission de monnaie ex nihilo par la Banque de France, sans qu'existe aucune créance en contrepartie, est indispensable pour sortir notre économie de son anémie.[/bgcolor][/size][/b]
[b][bgcolor=#FFFF99]Faire marcher la planche à billets ?[/bgcolor][/b] L'expression est doublement anachronique, les billets étant imprimés sur des rotatives et la masse monétaire constituée, pour les quatre cinquièmes, d'inscriptions dans des comptes bancaires à vue. J'emploie néanmoins ce terme par provocation, pour aller au-devant de la réaction psychologique défavorable de Français informés des turpitudes de notre histoire monétaire.

L’opération préconisée ici est fondamentalement différente des émissions de papier-monnaie dont j’ai relaté les mauvais effets. Lorsque les gouvernements sont libres d’émettre de la monnaie au profit de l’État, ou peuvent faire pression sur leur banque centrale pour qu’elle lui en fournisse gratuitement, ils résistent souvent mal à la tentation d’en abuser. On empêchera cela.

Cette émission n’est pas identique non plus à celle de DTS qui fournissent un actif supplémentaire aux banques centrales et permettent d’équilibrer plus aisément les balances des paiements.

[color=blue]Tout autres aussi sont les créations de monnaie effectuées couramment par une banque d’émission en tant que dispensatrice de crédits aux entreprises et aux particuliers par l’intermédiaire de banques commerciales. Ces crédits consentis aux entreprises trouvent leur justification dans les productions qu’ils financent, dont la vente permettra de les rembourser. Les crédits à la consommation des ménages seront suivis, quelques mois après, par des remboursements, majorés d’un intérêt qui diminue le revenu disponible de l’emprunteur.

Il s’agit ici de fournir aux ménages un pouvoir d’achat supplémentaire, qui n’alourdisse en rien les coûts de production et qui, n’étant pas remboursable, leur permette d’accroître leur demande de biens sans la restreindre par la suite. [/color]

Cela doit être fait [bgcolor=#FFFF99]seulement lorsque l’insuffisance de la demande globale est la cause d’une activité productrice inférieure aux capacités de production.[/bgcolor] De même en médecine, un remède peut être contre-indiqué pour un patient en raison de sa complexion ou de son état de santé du moment ; prescrit à bon escient et bien dosé, il sera salutaire.

Pour que des émissions de monnaie ex nihilo interviennent au bon moment et en quantités convenables, la décision ne pourra être prise que par une autorité indépendante du gouvernement et capable de bien apprécier la situation économique du pays.

La monnaie ainsi créée ne pourra en aucun cas être remise au Trésor, ce que d’ailleurs les accords européens et le statut de la Banque de France interdisent désormais.

Le choix du moment

Pour que la création de monnaie sans contrepartie soit féconde, il faut que soient réunies TROIS CONDITIONS. Elles le sont actuellement en France, et dans d’autres pays européens.

Des capacités de production mobilisables

Une première et principale condition est que le produit national soit inférieur aux capacités de production, afin que le supplément de demande n’ait pour effet ni un renouveau d’inflation, ni un excès d’importations.

Actuellement, d’après les enquêtes de l’INSEE auprès des chefs d’entreprises françaises, leurs capacités de production ne sont utilisées qu’à moins de 85 %. Encore est-ce là une constatation ne tenant compte que des machines existantes et des travailleurs employés ou immédiatement disponibles et compétents. Une étude récente de la Banque de France indique que dans l’industrie les possibilités d’accroissement de la production, sans modification de la durée du travail, des effectifs ou du travail posté, serait de 5,6 % et, qu’avec une éventuelle augmentation de la durée du travail et des effectifs dans des limites raisonnables, elle atteindrait 16 %. La capacité de produire pourrait être en outre assez rapidement accrue par des investissements. Ils sont actuellement inférieurs de 20 % à ce qu’ils étaient en 1990, bien que l’autofinancement des entreprises atteigne en moyenne une ampleur telle que beaucoup ne rencontreraient aucune difficulté financière à investir pour répondre à un surplus de demande. Et plus de trois millions de chômeurs sont disponibles. Leurs aptitudes professionnelles ne sont pas toujours suffisantes ; mais nombre d’entre eux pourraient être rapidement mis à niveau.

Des prix assagis

Parce qu’une hausse plus ou moins rapide des prix a sévi pendant une cinquantaine d’années, on est enclin à méconnaître que les temps ont changé. L’inflation s’est réduite en Europe depuis environ dix ans ; elle a maintenant disparu sous le double effet de politiques économiques plus restrictives et de concurrences s’exerçant à travers le monde entier. Aujourd’hui, le risque n’est plus une forte hausse générale des prix, mais leur baisse, comme il advint au cours des années 30. La politique économique doit agir en conséquence. Si un accroissement de la demande globale ne faisait que rapprocher celle-ci de l’offre potentielle, le niveau de l’ensemble des prix ne s’élèverait pas ou peu.

Une balance des paiements excédentaire

Un excédent de la balance des paiements courants montre que l’économie nationale, même si elle produit moins qu’elle ne pourrait, produit plus qu’elle ne consomme.

Dans un pays où il n’y aurait presque pas de chômage et où le PIB croîtrait rapidement — comme ce fut longtemps le cas au Japon - on pourrait considérer cet excédent comme bénéfique, parce qu’il permettrait d’acquérir des créances sur l’étranger ou d’y acheter des entreprises. Le jour, plus ou moins lointain, où, la population de ce pays ayant vieilli, le nombre de travailleurs sera réduit, les ressources dont il disposera à l’étranger lui éviteront une baisse de son niveau de vie. Mais un tel excédent n’est pas un objectif valable pour la France, où de nombreux travailleurs sont au chômage et où PIB et niveau de vie croissent trop lentement, si même ils ne baissent pas. L’excédent doit être utilisé, au moins en partie, pour accroître les consommations et les investissements intérieurs, grâce à un supplément d’importations.

La charge de la décision

Le nouveau statut de la Banque de France, entré en vigueur le 1er janvier 1994, confie au [bgcolor=#FFFF99]Conseil de la politique monétaire[/bgcolor], formé de personnalités connaissant bien les problèmes économiques, la charge de la politique monétaire de la Banque. Il est présidé par le gouverneur ; les deux sous-gouverneurs en sont membres ; nommés par le gouvernement pour six ans, tous trois sont irrévocables. Les six autres membres sont nommés aussi par le gouvernement, mais selon une procédure limitant ses choix. Ils sont aussi irrévocables et leur mandat, de six ans, n’est pas renouvelable. Les conditions d’indépendance et de compétence sont ainsi réunies autant qu’il est possible.

Ce Conseil a la responsabilité de définir et mettre en œuvre la politique monétaire dans le but d’assurer la stabilité des prix. Il a mission aussi de favoriser, dans la mesure de ses moyens, la bonne marche de l’économie.

C’est à ce Conseil qu’il faut confier le soin de juger si la situation de l’économie française justifie une émission de monnaie sans contrepartie de créances, et quelle quantité serait appropriée. Le ministre de l’Économie et des Finances, qui a le droit de venir siéger au Conseil avec voix consultative, pourrait y faire entendre l’avis du gouvernement, suggérer une émission ou la déconseiller en fonction de la politique économique menée, mais il ne pourrait ni l’imposer, ni s’y opposer.

Nul doute, cependant, que le Conseil serait attentif à ses propos, comme aussi à ceux tenus à l’Assemblée nationale ou au Sénat dans les commissions devant lesquelles le gouverneur de la Banque est appelé à s’exprimer.

Les gouverneurs des Banques centrales considèrent généralement que la stabilité des prix est réalisée quand la hausse du coût de la vie n’excède pas 2 à 3 % l’an. Si la hausse était inférieure, et si le Conseil de la politique monétaire estimait que la croissance de l’économie française pouvait être accélérée sans risque d’inflation ni de déficit de la balance des opérations courantes, il remplirait sa mission en décidant une émission de monnaie. Il le devrait plus encore si le coût de la vie venait à baisser, la Banque étant incapable, en minorant seulement ses taux directeurs, d’empêcher que s’enclenche une déflation.

Pour que la Banque puisse ainsi injecter de la monnaie, le vote d’une loi sera nécessaire pour l’y habiliter et l’autoriser à inscrire à l’actif de son bilan, au paragraphe « autres rubriques d’actifs », une ligne intitulée « émissions faites en application de la loi du… ».

Comment faire ?

La loi d’août 1993 interdit à la Banque de France d’autoriser des découverts ou d’accorder tout autre type de crédit au Trésor public ou à tout organisme ou entreprises publics. Il est donc exclu que la monnaie créée soit remise à l’État.

Elle ne devra pas non plus être utilisée pour fournir des ressources à des personnes privées qui en reçoivent normalement de l’État ou de collectivités territoriales - familles nombreuses, chômeurs, vieillards dépendants, indigents, entreprises naissantes ou en difficulté -, car la Banque de France subventionnerait indirectement la puissance publique, en se substituant à elle, alors qu’il incombe à celle-ci de trouver par ses impôts les ressources nécessaires à l’accomplissement de ses tâches.

Une seconde raison d’interdire à la Banque de telles subventions est que, une fois accordées, elles devraient inévitablement être renouvelées chaque année, alors que la création de monnaie ex nihilo ne devrait intervenir qu’en fonction de circonstances économiques passagères.

[bgcolor=#FFFF99]C’EST DONC DIRECTEMENT AUX HABITANTS DU TERRITOIRE FRANÇAIS QUE LA MONNAIE CRÉÉE DEVRA ALLER.[/bgcolor]

S’agissant de relancer la consommation de façon aussi générale et uniforme que possible, aucune catégorie sociale ne devra être avantagée plus qu’une autre, afin que le fonctionnement des marchés ne soit en rien perturbé. Si l’État veut favoriser tels ou tels individus ou influencer le comportement de certains acteurs de la vie économique, qu’il agisse de son côté ! Ce n’est pas à cette opération de relance qu’il incombe de le faire. D’ailleurs, la Banque de France ne serait pas qualifiée pour en décider. Cela l’exposerait à des revendications de toutes sortes si on prétendait cibler la distribution de monnaie, et ce serait inextricable.

[b][bgcolor=#FFFF99]Le mot capitation désignant un impôt uniforme prélevé par tête d'habitant, [size=12]l'allocation versée à chacun serait UNE CAPITATION INVERSÉE ! Mille ou deux mille francs, par exemple, seraient versés, un beau jour, à toute personne[/size] résidant régulièrement en France métropolitaine et dans les départements ou territoires d'outre-mer, quels que soient son âge, sa nationalité ou ses revenus. [/bgcolor][/b]

Le moment serait librement choisi par la Banque de France, qui ne serait nullement obligée de répéter l’opération. Elle garderait la faculté de la refaire si la conjoncture économique le rendait souhaitable.

La simplicité d’une répartition uniforme serait bienvenue en notre temps où bien des décisions publiques sont souvent assorties de tant de modalités et de conditions que les citoyens n’y comprennent rien. L’uniformité de la somme allouée à chaque habitant la rendrait plus utile à ceux dont les ressources sont faibles qu’aux plus fortunés. Elle serait globalement plus élevée pour une famille nombreuse. Tant mieux !

Pour écarter toute suspicion de détournement par l’État, les sommes devraient parvenir aux bénéficiaires sans passer par le Trésor public. Presque tous les habitants majeurs ayant un compte en banque ou aux Chèques postaux ou dans une caisse d’épargne, c’est à ce compte que l’allocation serait versée, ainsi que celles de leurs enfants mineurs. Ceux qui n’en ont pas auraient à s’en faire ouvrir un ; les Chèques postaux devraient l’accepter. Les radios, les journaux et la télévision annonceraient cette distribution. Des imprimés seraient à la disposition des habitants, là où ils auraient un compte. Ils auraient à y inscrire leur nom, le numéro du compte sur lequel ils demanderaient que leur soit versée l’allocation, leur adresse, leur numéro d’identification à l’INSEE (mentionné sur leur carte d’assurance-maladie), les noms de leurs enfants à charge inscrits sur ladite carte ou, à défaut, sur tout autre document. Ils certifieraient sur l’honneur n’avoir pas fait la même demande à un autre compte.

Les banques, les Chèques postaux ou les caisses d’épargne adresseraient, chaque jour ou chaque semaine, à la Banque de France la liste de leurs clients ayant demandé l’allocation et seraient crédités des sommes correspondantes. La Banque établirait, sur informatique, la liste nominative de toutes les allocations accordées, avec mention du numéro d’identification pour faciliter les rapprochements, afin que les demandes multiples puissent être détectées et sanctionnées. Pour faciliter à la Banque ce contrôle, elle serait autorisée à limiter, éventuellement, le nombre de banques habilitées à octroyer ces allocations. Pour couvrir leurs frais, les banques commerciales et la Banque de France se partageraient une somme de 10 francs par allocation attribuée, s’ajoutant à celle-ci.

Au terme des trois mois accordés pour formuler une demande d’allocation, le nombre de celles-ci seraient confronté au chiffre de la population au 1er janvier précédent, publié par l’INSEE. Une différence apparaîtrait, du fait d’habitants n’ayant pas voulu ou pas pu formuler de demande. La somme correspondant à cette différence serait versée par la Banque de France à des associations caritatives, en accord avec le président de l’UNIOPSS (Union nationale interfédérale des organismes privés sanitaires et sociaux).


Quels effets ?

La population résidant sur le territoire français, y compris les départements d’outre-mer, étant en décembre 1995, d’après l’INSEE, de 59,8 millions d’habitants, on peut supposer qu’elle sera de 60 millions en 1997. Si on allouait, par exemple, 2 000 francs à chaque habitant, [b]120 milliards [de francs] seraient injectés dans l’économie, soit un peu moins de 2 % du produit intérieur marchand (compte tenu des départements d’outre-mer non retenus par les comptes de la nation), 6,7 % de la masse monétaire Ml (billets et dépôts à vue), 3,7% de M2 (Ml + dépôts d’épargne), 2,2 % de M3 (M2 + dépôts à terme et SICAV monétaires).

L’effet direct serait une augmentation de la consommation. Il est difficile d’évaluer quelle partie de l’allocation serait épargnée. Actuellement, l’épargne individuelle se situe entre 13 et 14 % du revenu disponible après impôts directs. Le supplément de revenu serait peut-être davantage épargné ; seule l’expérience permettrait de le dire.

L’accroissement de la consommation se porterait probablement moins sur l’alimentation et les services que sur des biens manufacturés, ce qui accélérerait d’autant mieux l’investissement. Les investissements supplémentaires auraient un effet multiplicateur sur la demande intérieure, c’est donc l’ensemble de l’activité qui se trouverait stimulée.

L’augmentation de la production réduirait les coûts unitaires, car les entreprises ont des coûts fixes : les intérêts des emprunts, les primes d’assurance, la taxe professionnelle, les salaires des dirigeants et ceux des employés accomplissant des tâches administratives qui sont à peu près indépendants des quantités produites. Même les salaires versés aux ouvriers n’augmenteraient d’abord pas proportionnellement aux productions si le rythme de travail était auparavant anormalement faible.

Certains producteurs profiteraient certes de cette baisse de leurs coûts unitaires pour élargir leurs marges. Mais la forte concurrence intérieure et extérieure s’exerçant actuellement sur les marchés ferait qu’un grand nombre d’entreprises réduiraient leurs prix de vente pour conserver ou développer leur clientèle ou pour accroître leurs parts de marché à l’exportation. Des emplois seraient créés, non pas immédiatement à proportion des augmentations de production, mais leur nombre ne serait pas négligeable et irait croissant.

Les ventes aux ménages procureraient des rentrées supplémentaires de TVA au Trésor public et le surcroît de bénéfices réalisés par les sociétés augmenterait, l’année suivante, le rendement de l’impôt qui les frappe.

Les importations de biens et services s’élèveraient évidemment puisqu’elles fournissent actuellement 20 % des ressources utilisées, tandis que les exportations seraient favorisées seulement par une légère baisse des prix unitaires. Mais l’existence d’un large excédent de la balance des opérations courantes, 45 milliards en 1994 (compte tenu du déficit des balances des départements d’outre-mer), et 84 milliards en 1995 soit 1,1 % du PIB, permet d’amputer cet excédent sans inconvénient.

Selon que les sommes distribuées seraient dépensées ou épargnées, les flux monétaires provoqués différeraient, mais toutes augmenteraient la masse monétaire. Si M3 était enflée, comme indiqué ci-dessus, de 2,2 %, elle s’élèverait dans l’instant au-dessus de la norme fixée par la Banque de France pour la croissance de M3, mais l’augmentation du PIB en résultant élèverait la norme fixée par la Banque, qui l’est en additionnant la croissance du PIB et la hausse tolérée des prix.

D’un côté l’augmentation de la masse monétaire aurait normalement pour effet une baisse du taux d’intérêt à court terme, mais, d’un autre côté, le développement de l’activité induirait des demandes supplémentaires de crédit aux banques, qui tendraient à élever ce taux. Il incomberait à la Banque de France, par une variation de ses taux directeurs ou en réactivant le système des réserves obligatoires, de contrecarrer la baisse éventuelle du taux d’intérêt à court terme si elle l’estimait contraire au maintien du cours du franc au niveau souhaité.

(Àsuivre)

Étienne Chouard dit : [url=http://www.pauljorion.com/blog/?p=1135#comment-13186]27 décembre 2008 à 02:09[/url]

ÉPOUVANTAILS ou REFLATION ? 3/3

(Suite et fin des deux messages précédents)

À partir du troisième trimestre 1997, la seconde distribution de 1 000 francs cumule ses effets avec ceux de la première. On peut lire sur ces tableaux les effets de ces deux distributions de monnaie, trimestre par trimestre, en 1997 et pour les années 1997, 1998 et 1999.

Si l’on considère les moyennes annuelles, on voit qu’en 1997 le PIB marchand serait accru de 0,8 %, ce qui résulte rait d’une augmentation de 1,1 % de la consommation des ménages. (D’après le modèle, l’augmentation, en 1997, de la consommation de produits agro-alimentaires ne serait que de 0,33 %, celle de services de 0,54, tandis que celle de produits manufacturés serait de 2 %. Les mêmes différences se retrouvent au cours des années 1998 et 1999.)

La hausse des investissements des entreprises atteindrait 2,2 %. La relance de la consommation, loin d’avoir un effet inflationniste, permettrait, au moins à court terme, une baisse des coûts unitaires de production. D’où une baisse de 0,2 % des prix à la consommation par rapport à ce qu’ils auraient été, et une hausse du pouvoir d’achat du salaire horaire de 0,1 %. Les importations augmenteraient de 1,5 %, sous le double effet de la consommation et de l’investissement. Les exportations seraient en légère augmentation grâce à la baisse relative des coûts unitaires. L’emploi s’accroîtrait en moyenne de vingt mille personnes - dont trente-cinq mille au quatrième trimestre - si bien que le nombre des demandes d’emploi non satisfaites diminuerait en moyenne de quatorze mille, dont vingt-quatre mille au quatrième trimestre. L’excédent du commerce extérieur serait réduit de 25 milliards, mais demeurerait largement positif. Le déficit public serait réduit de 22 milliards.

La durée des effets varie selon les grandeurs considérées. En 1998, si de nouvelles allocations n’étaient pas distribuées, les effets des précédentes sur le PIB et la consommation diminueraient d’environ moitié. Mais le flux d’investissement resterait presque aussi élevé et l’emploi continuerait à s’améliorer. L’impact négatif sur le solde du commerce extérieur s’atténuerait. L’amélioration du solde public se maintiendrait. En 1999, seul l’emploi continuerait à être encore stimulé, tandis que presque tous les effets s’estomperaient, mais ne seraient pas nuls.

La relative faiblesse du nombre de créations d’emplois tient à ce que, dans une période d’activité ralentie, les entreprises conservent des salariés dont la productivité est faible. La relance de la demande a pour premier effet d’accroître la productivité des travailleurs en place, plus que de rendre nécessaires de nouvelles embauches. Cette situation est transitoire : si la croissance se poursuit, on embauchera de plus en plus pour un accroissement égal de production.

Rassurer les marchés

Une difficulté majeure de l’opération est psychologique : persuader les marchés financiers que cette distribution de monnaie ne sera pas inflationniste et qu’elle ne conduira pas à une dévaluation du franc. Quel que soit le poids des fantasmes nés du souvenir d’émissions excessives de monnaie en France et de dévaluations successives, on devrait pouvoir convaincre de la nature différente de l’opération en question.

Lorsqu’au cours des dernières années des spéculateurs sont montés à l’attaque du franc, croyant sa dépréciation prochaine par rapport au mark, on s’est en vain efforcé de les détromper en faisant valoir qu’en France « les fondamentaux » étaient bons : inflation maîtrisée, commerce extérieur en excédent, modération des hausses de salaires. Si les opérateurs ne furent pas convaincus, c’est parce que leur attention se portait sur la déprime de l’économie française et sur le chômage élevé sévissant en France. Ils pensaient que l’incapacité des pouvoirs publics à y remédier les conduirait à recourir à une relance par des déficits publics supplémentaires, qui provoqueraient une inflation, conduisant inévitablement à une dévaluation.

Les garanties dont je propose d’entourer l’opération d’émission de monnaie et la nature de ses effets devraient permettre de rassurer les gestionnaires de capitaux. Ils sont de bons analystes des mécanismes économiques, même s’ils se trompent parfois sur l’ampleur des réactions des autorités monétaires pour déjouer leurs manœuvres. Ils seraient mieux rassurés encore si une politique cohérente de croissance non-inflationniste était simultanément annoncée, telle que je la propose au chapitre suivant.

Si l’Europe…

Les effets seraient bien plus favorables en France si l’opération proposée était effectuée en même temps chez des voisins européens.

Si, par exemple, l’Allemagne distribuait en même temps que la France des sommes équivalentes par habitant, nos importations en provenance de ce pays, provoquées par les allocations de monnaie, n’augmenteraient pas et nos exportations y croîtraient d’autant plus que la population allemande est de quatre-vingt-deux millions d’habitants. Comme la part, dans nos exportations totales, de celles allant en Allemagne est de 18 %, l’excédent de notre balance commerciale serait beaucoup moins réduit. Il le serait évidemment moins encore si d’autres États membres de l’Union agissaient de même.

Le jour où existerait une monnaie commune à de nombreux États de l’Union européenne, la décision d’émettre certaines quantités de monnaie ex nihilo devrait être prise par la Banque centrale européenne et leur répartition faite par les Banques centrales nationales. Répartie sur une vaste ère géographique, l’injection de monnaie aurait sur la balance des opérations courantes de l’ensemble de ces pays des effets d’autant moins négatifs que le commerce entre les États concernés constituerait une plus grande part du commerce extérieur de chacun d’eux, et l’effet de relance des activités serait d’autant plus grand qu’elles se stimuleraient mutuellement.

Enfin, si tous les membres de l’Union européenne, même en l’absence d’une monnaie commune, décidaient d’effectuer en même temps une opération analogue à celle étudiée ici dans le cadre de la France, les résultats seraient d’une ampleur encore plus grande. Pour donner une idée de ce qu’ils pourraient être, le département d’économétrie de l’OFCE a bien voulu utiliser son modèle Mimosa.

Il a été supposé que dans les quinze États de l’Union, une somme égale à 1,7 % du PIB (ce qui correspond aux 120 milliards de francs distribués en France dans la simulation précédente) serait allouée aux habitants. Le tableau suivant indique les effets dans les quatre États les plus peuplés de l’Union et l’effet global dans l’Union européenne.

On voit que, pour ce qui concerne la France, l’augmentation du PIB au cours de la première année est trois fois plus forte (2,3 % au lieu de 0,8), bien que l’injection de monnaie soit la même. L’augmentation de la consommation des ménages est plus que double (2,6 % au lieu de 1,1), de même que celle de l’investissement des entreprises (5,6 % au lieu de 2,2). Les prix à la consommation baissent davantage, le taux de chômage diminue beaucoup plus, car la réduction du chômage est plus que proportionnelle à la croissance. L’opération n’étant pas répétée, les effets s’amenuisent, comme dans le cas français, au cours des années suivantes. Mais rien n’interdirait de la renouveler si cela paraissait utile. »

Distribution de 1,7 % du PIB aux ménages dans l’ensemble de l’Union européenne

[tableau 4]
Source : OFCE, Modèle MIMOSA.

(…)

Source : « Écoute la France qui gronde », de Jean-Marcel Jeanneney, (Arléa, 1996). Universitaire, ministre de l’Industrie, ambassadeur de France en Algérie, puis ministre des Affaires sociales et enfin ministre d’État sous la présidence du général de Gaulle, Jean-Marcel Jeanneney a plus tard créé et présidé l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).


Voilà.

Jean-Marcel Jeanneney semble défendre là une sacrément bonne idée, non ?

Il faudrait que des journalistes lui tendent leur micro et lui demandent ce que l’actualité lui inspire comme corrections.

Au plaisir de vous lire.

Étienne.


Étienne Chouard dit : [url=http://www.pauljorion.com/blog/?p=1135#comment-13188]27 décembre 2008 à 02:51[/url]

Sur la corrélation
entre la masse de monnaie PERMANENTE ET GRATUITE
et la PROSPÉRITÉ générale
(sans inflation !) :
l’exemple intéressant des pays subventionnés par l’Union européenne,
véritables laboratoires de création monétaire ex nihilo (et de plein emploi).


Chers amis,

Encore un mot, avant d’aller se coucher (mais faites-le taire !) :

Je fais un lien entre la proposition de Jeanneney (des injections ponctuelles de monnaie centrale, directement dans le portefeuille des citoyens, sans intérêt ni même de remboursement, pour booster vraiment la demande) et ma propre analyse des « miracles économiques » observés ces dernières années en Espagne et en Irlande :

Si je ne m’abuse, ces deux pays ont reçu pendant des années des océans de SUBVENTIONS de la part de l’Union européenne.

Certes, du point de vue de l’Europe toute entière, ces subventions sont à somme nulle : ce que gagnent les uns est perdu par les autres.

Mais, DU POINT DE VUE DE L’ÉCONOMIE DES ÉTATS ASSISTÉS, LES SUBVENTIONS EUROPÉENNES S’ANALYSENT, À MON AVIS, EN UNE FORMIDABLE CRÉATION MONÉTAIRE EX NIHILO.

MAIS ATTENTION : PAS DU TOUT L’ARNAQUE DE LA MONNAIE-DETTE-DES-BANQUES-PRIVÉES (qu’il aurait fallu payer d’un intérêt ruineux et qu’il aurait même fallu rendre un jour), non, pas cette fausse monnaie asphyxiante, MAIS UNE MONNAIE DE LIBÉRATION AUTHENTIQUE, PERMANENTE ET GRATUITE, exactement celle dont je défends l’idée, contre la tutelle actuelle des banques centrales, véritables pères fouettards des peuples au travail.

Ainsi, un pays comme l’Irlande qui compte seulement 7 millions de personnes (en gros, de mémoire) a ainsi vu injecter quelque 40 milliards d’euros de subventions et aides diverses (on pourra trouver le chiffre exact ensemble, en cherchant à évaluer un chiffre NET), 40 milliards gratuits, sans intérêts ni même rien à rembourser…

Alors ? Les conséquences concrètes dans le labo ? Le rêve ou l’horreur ?

Et bien, CES PAYS ONT-ILS ÉTÉ RAVAGÉS PAR UNE INFLATION ÉPOUVANTABLE ? PAS DU TOUT (que je sache).

PAR CONTRE, LE CHÔMAGE A TOTALEMENT DISPARU ET LA PROSPÉRITÉ S’Y EST INSTALLÉE À TOUTE VITESSE, un peu partout dans le tissu social.

D’ailleurs, les eurolâtres en ont profité pour prétendre que ces miracles lui étaient imputables (en oubliant un peu de parler du fouet à clous rouillés de l’argent-dette que la Banque centrale européenne administre quotidiennement aux autres peuples de l’Union…)

Ça ne mériterait pas un petit débat, au moins, cet exemple-là, moderne et tout ?

Allez, cette fois : bonne nuit à tous :slight_smile:

Étienne.


Sacré travail, tout ça…

Si vous ne l’avez pas déjà fait, je vous conseille de parcourir ce long fil, au titre provocateur (farfelu) mais très intéressant, intitulé « Pourquoi il n’y a pas de « création monétaire » par les banques commerciales, par Helmut Creutz » (6 décembre 2008)

Je rapporterai mes autres participations dans d’autres messages… :confused:

Étienne.

Procédures de discussion

Bonne année, Étienne.

Je continue d’être en admiration devant votre immense activité et je vous repose la question : comment faites-vous ?

La reproduction de vos échanges « Jorion » sur ce fil de discussion sera certainement utile (ne serait-ce qu’à titre d’archive) à ceux qui ont suivi le présent débat depuis le début. Ce n’est pas mon cas, et je connais très mal les question de monnaie, n’ayant même pas encore réussi (à ma grande honte) à me faire une idée un peu claire de sa nature.

C’est donc en paresseux incompétent que je me permets les remarques suivantes.

J’avoue avoir beaucoup de mal à m’adapter à la nouvelle technique internet des citations (surtout sous la forme : 'A a dit que B a dit que C a dit que …", avec un encadré dans un encadré dans un encadré).

Cette technique me paraît dangereuse. Elle remplace l’effort de synthèse par la répétition, et elle freine la marche du raisonnement en obligeant à relire entièrement les échanges et à les débarrasser de leurs scories avant de retomber sur l’essentiel et de pouvoir reprendre le fil de l’argumentation. De plus, on risque de rater ce que le « citateur » considère, justement, comme l’essentiel dans le texte qu’il a reproduit intégralement, et donc de rebondir sur des malentendus.

Par exemple, vous parlez d’une bonne idée de Jean-Marcel Jeanneney, dont l’opinion a une grande importance vu le CV de l’intéressé : mais je ne la trouve pas synthétisée dans vos messages… ou se pourrait-il que les brumes du 1er janvier (pure image : ici, il est 7 h 30, il y a un beau soleil, et la température est d’environ 22 degrés) me brouillent la vue ?

Mais je suis sans doute minoritaire, et comme je le disais, sous l’angle archival la reprise intégrale est certainement efficace.

Cordialement. JR

[color=green][Cher Jacques, je comprends et je vous propose deux solutions :

  1. je mets en valeur le plus important avec des coups de surligneur pour permettre une lecture en diagonale (j’ai préparé ça cette nuit dans les messages ci-dessus).

  2. Vous pouvez (et je vous le conseille) aller lire les messages dans leur contexte, chez Paul : c’est pour vous faciliter la tâche que j’ai mis en tête de chaque message le lien direct chez Paul.

Je vous recommande très chaleureusement et très amicalement de faire [bgcolor=#FFFF99]l’effort personnel de comprendre la mécanique de base de la création monétaire[/bgcolor] : le financement de tous vos projets politiques — et donc tout simplement leur faisabilité ou pas, rien que ça — dépend de cette compréhension : nous étions bien fous de nous en désintéresser, et ce n’est pas compliqué (Paul complique tout (sur ce point précis seulement), mais je pense que c’est parce qu’il n’arrive pas à reconnaître publiquement (c’est difficile, on peut le comprendre) qu’il s’est gravement trompé le jour où il a affirmé (sententieusement) que les banques commerciales ne créent pas l’argent qu’elle prête… Il se perd depuis en mille débats plus alambiqués et inutiles les uns que les autres, mais d’un autre côté, il nous oblige par là à devenir clairs, irréfutables.)

Le fait qu’il vous manque encore une synthèse (il y en aura dans mes prochains messages reportés) est effectivement dommage, mais je n’en peux plus… Amitiés. Étienne. 1er janvier 2009, 8h40)][/color]

Sacré travail, tout ça…

Je n’avais rien à fêter pour l’arrivée de l’an 2009… alors j’en ai profité pour lire ce sacré travail qui semble vous prendre un temps fou dernièrement… en détriment d’autres causes…

Et bien, j’en finis profondément déçu… si c’est à cela que vous avez dédié dernièrement tout votre temps… vous tournez en rond et vous n’avez toujours rien compris. Pire, vous prenez tout le monde en otage avec votre incapacité de comprendre parce que personne ne veut/peut faire quoi-que-ce-soit d’utile tant que vous ne lui tenez pas la main.

Je vais essayer de vous faire un petit croquis… que ça fasse « clic » et qu’on puisse passer à autre chose d’urgent et utile (relativement plus, je veux dire). Simplifions un MAX.

  1. Un ouvrier travaille et produit pour un montant total de 1.000€ de marchandise.

  2. Son patron lui paie un salaire de 800€ (c’est un exemple généreux :wink: )

  3. Son patron se paie un bénéfice de 200€ (on simplifie… pas de couts de production sauf le salaire)

Jusque la, pas d’autre commentaire utile sauf que c’est une simplification brutale.
C’est à partir de maintenant que cela devient intéressant…

  1. L’ouvrier mets son salaire dans la banque A.

  2. Le patron mets ces bénéfices dans la banque A.

Cela devient difficile, alors recapitulons:

  1. Un ouvrier travaille et produit pour un montant total de 1.000€ de marchandise.

  2. La banque A reçoit 1.000€ en dépôts (800€ par le point 4) + 200€ par le point 5)

Dit autrement: on produit pour une VALEUR de 1.000€, et on crée du POUVOIR D’ACHAT pour une valeur de 1.000€.

C’est le mécanisme ultra-simple que tout le monde devrait comprendre. On peut multiplier par 6 milliards le travailleur, par 10 millions les patrons, par 10.000 les banques, par 1.000 milliards le montant des marchandises produites… cela ne change rien, cela reste compréhensible…

Du moins, j’espère que pas trop d’entre vous se sont déjà égarés…

Maintenant, je ne vais pas expliquer en détail ce qui est déjà expliqué ailleurs… mais ceux d’entre vous qui ne comprennent pas comment fonctionne le système de réserve fractionnaire des banques feraient bien de se renseigner (je suis sur qu’Étienne à déjà fourni les textes pertinents ou les liens quelquepart, mais je suis plutôt expert en logique… c’est en repensant les choses chaque fois depuis zéro que je compense depuis toujours une manque de mémoire assez gênante -croyez-moi, la logique n’aide pas à se rappeler le nom des gens… alors je ne demande jamais son nom à personne, on à trop l’air con quand on n’est plus capable de s’en souvenir deux minutes plus tard-).

En bref, la réserve fractionnaire, qui est de 10% des dépôts pour les banques sous la tutelle de la Réserve Fédérale Américaine (ce qui veut dire qu’elle ne peut pas être (trop) différente ailleurs -concurrence libre dans des marchés non faussées oblige, sauf pour les américains quand ils en ont envie parce-que ils vous envoient un de leurs porte-avions si vous n’êtes pas d’accord :wink: ) ne veut dire rien d’autre que…

… pour chaque 100€ que une banque à en dépôt chez elle… elle doit en garder 10€ en réserves et elle peut octroyer des prêts pour un montant de 90€.

Pour bien comprendre… revenons à notre récapitulation, et complétons:

  1. Un ouvrier travaille et produit pour un montant total de 1.000€ de marchandise.

  2. La banque A reçoit 1.000€ en dépôts (800€ par le point 4) + 200€ par le point 5)

Ajoutons les effets du mécanisme de la réserve fractionnaire…

  1. La banque A mets 100€ (10% des 1.000€ du point 6) ) dans ces reserves, et 900€ dans la caisse préts à preter.

Et voilà le tour d’arnaque joué!..

En effet, la situation résultante est la suivante:

Production de « marchandise »: … 1.000€
(fruit des efforts combinés travailleur + patron)

Pouvoir d’achat du travailleur: …800€
(déposés dans la banque)

Pouvoir d’achat du patron: …200€
(déposés dans la banque)

Pouvoir d’achat de la banque: …900€
(crée ex-nihilo)

Quelqu’un ne comprends pas les implications? La banque s’invite pour 900€ ex-nihilo comme partenaire égal avec le travailleur ET le patron… en compétence « libre et non-faussée » pour acheter les seules 1.000€ de production réelle.

Aux enchères, système très utilisé lorsque il y a plus de demande (1.900€) que d’offre (1.000€)… cela donne que les 1.000€ de production se vendront pour 1.900€ en argent…

… et outre une inflation automatique de presque 100%… le travailleur n’obtiendra que (1.000/1.900800) = 421€ (ces 800€ dévaluées), le patron (1.000/1.900200) = 105,25€ (ces 200€ dévaluées) et la banque qui s’est invité sans fournir aucun effort… (1.000/1.900*900) = 473, 75€ (la, c’est 473,75€ de bénéfices NET, sur le dos de tout le système productif!)

La, c’est un exemple SUPER-SIMPLIFIÉE! … Tiens, je devrais écrire « L’économie pour les NULS »… si quelqu’un n’a pas encore fait, mais j’ai tendance à simplifier tant que je ne fais pas assez de pages pour un bouquin.

Et je n’ai même pas employé une seule lettre de tous ces textes cités en haut par Étienne.

Maintenant, en DESSUS de ce que j’ai expliqué… vous pouvez ajouter l’effet pernicieux des intérêts, vous pouvez vous battre entre vous pour décider si la banque est une escroquerie et que ce ne serait soudainement pas ainsi si ce sont les nations qui les gèrent (mais faites la différence… la réserve fractionnaire est UNE escroquerie, et la planche à billets EN EST UNE AUTRE, les deux peuvent vivre ensemble :wink: ).

En plus, la crise des subprimes… soudainement elle devient tout simple aussi… dans cette compétitivité folle, mais libre et non-faussée :wink: :frowning: les plus « intelligents » n’avaient pas assez pour se faire la concurrence avec les 10% de la reserve fractionnaire… c’est à dire, ils ont « titrisé » de n’importe quelle façon, même en endossant les risques à d’autres, une portion des 90% crées en prêts… pour pouvoir les remplacer par encore plus de prêts.

Maintenant, la crise des subprimes, les scandales type Madoff, etc… le système financier doit les amorcer en douce, sans faire de scandale, parce-que ce sont tous des initiées dans l’arnaque des réserves fractionnaires qui se font la compétence aux surenchères… et qui risquent de tout dévoiler si on leur touche un poil (c’est joli, un Madoff se promenant dans la rue avec un simple bracelet électronique… on oublie les citoyens lambda dans des oubliettes pour beaucoup moins que cela.

Le système financier tout fraudulent DES LA CRÉATION MÊME DE LA RÉSERVE FÉDÉRALE AMÉRICAINE par les banques privées (rappelons-le)… est le faucon du dilemme entre le faucon et le pigeon, qui est pris dans le piège des prisonniers (ce sont deux constructions classiques de la logique et de la théorie des jeux que je ne connaissais pas ainsi énoncés jusqu’à-ce que San Google m’explique).

Je m’arrête la pour l’instant… j’ai déjà donné un sacré boulot à vos neurones pour commencer 2009! Je continuerais des que vous donnerez des signes d’avoir compris… parce-que si non… pas la peine de continuer.

Bonne Année…, Bon Reveillon…, BON REVEIL!

Nigun, j’ai du mal à comprendre vos exemples simplifiés… et je crois que vous vous trompez sur plusieurs points essentiels.

Notamment, quand vous dites « Pouvoir d’achat de la banque: …900€ (crée ex-nihilo) »… Attention : d’abord, le pouvoir d’achat créé par la banque nécessite un prêt, et ensuite, ce pouvoir d’achat n’est évidemment pas pour la banque mais pour celui à qui elle prête (et qui devra le rendre, d’ailleurs).

Votre présentation me semble parfois très éloignée de la réalité comptable de la monnaie scripturale :wink:

Mais j’ai peut-être mal lu, j’y reviendrai (là, je dois partir).

Étienne.

Bon sang, faudra-t-il vous faire un croquis pour que vous reconnaissiez les lettres de l’alphabet aussi?..

… ils ont l’embarras du choix pour faire ce prêt à qui bon leur semble… des leurs.

… ils peuvent même ne pas faire de prêt du tout et acheter directement eux-mêmes des entreprises toutes entières… garantis solvables par leurs actifs mobiliers (elles peuvent être revendues pour rendre le prêt… mais cela serait con… une fois qu’ils possèdent les actifs ils ne les lâchent plus, ils se les vendent les uns aux autres pour équilibrer leurs portefeuilles.)

Eux, ils n’ont jamais de problème avec les prêts… Bon dieu, Étienne… La Banque… c’est depuis le début un GIGANTESQUE « Schème de Ponzi » qui n’a même pas besoin de s’alimenter de nouveaux idiots pour payer les bénéfices des plus anciens… ces nouveaux ont été remplacés par les flux d’entrée de nouveau capitaux crées « ex-nihilo » et le système est devenu autarcique. Les initiées protègent leur secret.

Et comme ils se vantent de dire entre eux… l’escroquerie est si énorme, si incroyable, que leur meilleure défense est votre incrédulité.

Maintenant… pensez combien de choses réellement mauvaises… des guerres, de la corruption politique, de la dévaluation du valeur-travail (avec des humains qui n’arrivent plus à la fin du mois même en travaillant +8h tous les jours de la semaine)… sont seulement des « effets collatéraux » de la compétence libre et non-faussée en quête des dernières ressources physiques…

Parce-que les Madoff, les subprime… ce n’est que de la « créativité financière » pour dépasser les restrictions de la réserve fractionnaire et faire mieux dans les surenchêres pour les actifs qui se trouvent encore libres sur les marchés.

Ne vous faites guère d’illusions… l’argent ne vaudra plus rien des qu’il n’y aura plus rien à acheter (au moins dans l’échelle de magnitude ou ils l’emploient, eux… des milliers de milliards…)

Le système est condamnée… par excès d’avarice (la surenchère de la compétitivité des uns envers les autres). Quand ceux qui fabriquent l’argent ne trouvent plus rien à acheter pour 1.000 millions… ils offrent 10.000 millions (ils n’ont pas à travailler pour les obtenir).

Quand même 100.000 millions ne seront plus assez de leurre pour que quelqu’un vende des actifs productifs ou des actifs de réserve (matières premières)… tout l’argent qui n’aura pas été depensé en achetant quelque chose… sera caduc et perdera toute sa valeur.

La musique s’arrêtera… et celui qui n’aura pas fait attention en s’assurant une chaise… será pris hors jeu.

Difficile à croire? Les crédules ne manqueront pas, jusqu’au dernier moment.

« La monnaie pour un nul » (moi)

Étienne, merci de votre indulgence, et de votre travail considérable, certainement pas inutile de toute façon.

J’ai mis votre conseil en pratique. Pour cela, je me suis reporté à mon vieux Grand Dictionnaire Larousse encyclopédique Larousse (GDEL) édition 1984 pour y rafraîchir mes connaissances élémentaires. Dans mon état actuel de quasi-ignorance, c’est certainement plus rentable que d’aller lire les productions de l’école de Chicago et des autres économistes ou même les précis Dalloz.

Je vais résumer ci-après le résultat de mon travail pour me servir de pense-bête et pour le cas où ça pourrait servir à quelqu’un, en mettant en caractères gras les mots clés.

  • Nature de la monnaie : instrument d’échange, étalon de la valeur des marchandises, réserve de valeur.

  • Valeur de la monnaie : au début, valeur marchande de la marchandise qui la constitue - or, argent, etc., utilisés couramment et d’une valeur certaine ; puis valeur des billets de banque représentant cette marchandise ; puis valeur de la monnaie fiduciaire à cours forcé et légal fondé sur le monopole d’émission accordé à un seul établissement contrôlé par l’État, et simultanément (toujours en tant que monnaie fiduciaire), valeur de la monnaie scripturale consistant non plus en pièces et en billets mais en transferts de soldes créditeurs entre comptes à vue ouverts dans les banques. La valeur de la monnaie moderne (fiduciaire) dépend de sa rareté relative, de la confiance du public, et de la valeur des marchandises qu’elle permet d’acheter.

  • Valeur de l’unité monétaire (pouvoir d’achat) : elle est fonction de la valeur des marchandises produites et échangées dans cette monnaie. Les variations générales des prix reflètent les variations de la valeur de la monnaie.

  • Caractéristiques de la monnaie : la monnaie est un actif liquide, à savoir qu’elle peut être transformée à plus ou moins long terme en marchandises (ou services ?). Son rendement est nul. C’est un actif qui ne comporte qu’un risque : la perte de pouvoir d’achat par inflation. Elle peut être (voir plus haut) manuelle - pièces et billets - ou scripturale - transfert par jeu d’écritures entre comptes bancaires.

Jusque là, c’est clair comme de l’eau de roche, sauf que par « marchandises », je suppose qu’il faut comprendre « biens et services » ?

Continuons :

  • Mesure des disponibilités monétaires et de la masse monétaire. M1 (disponibilités monétaires) = billets et pièces et dépôts à vue ; M2 (masse monétaire) = disponibilités monétaires, + épargne liquide (comptes sur livrets et dépôts à terme) ; M3 (liquidité de l’économie) = tous les actifs liquides + masse monétaire + épargne liquide auprès des caisses d’épargne.

(« Caisses d’épargne » est du vocabulaire français : je suppose qu’il faut comprendre « établissements d’épargne ».)

  • Monnaie centrale : monnaie créée par la Banque centrale = billets banque de banque (et pièces, je suppose) créés par la Banque centrale + solde des comptes créditeurs que toutes les banques sont tenues d’avoir auprès de la Banque centrale (ce sont les « réserves obligatoires », instrument de la politique monétaire).

Nous passons maintenant au point essentiel traité sur ce fil de discussion.

  • « Création monétaire » : elle est le résultat d’opérations de crédit consistant à transformer des créances en moyens de paiement. La monnaie est donc créée en réponse à une demande de monnaie des agents économiques. Les demandeurs de monnaie sont notamment les agents étrangers (ils apportent des divises en échange), l’État (il finance ses dépenses en obtenant des prêts et des avances des banques), les ménages et les entreprises (ils empruntent pour financer leurs activités économiques). La monnaie ainsi créée a pour contrepartie économique les créances que les agents créateurs de monnaie (banques, le Trésor, la Banque centrale) détiendront sur les différentes catégories d’agents.

  • Créateurs de monnaie. Les banques sont les plus importants créateurs de monnaie. Le crédit accordé par la Banque, inscrit à l’actif de son bilan, a pour contrepartie, au passif, l’augmentation des disponibilités de la clientèle. La banque se trouve limitée dans la création de monnaie 1) par le fait que l’emprunteur n’a pas forcément son compte dans la banque qui lui prête et que la banque ne peut accorder de crédits que dans la limite des dépôts effectués chez elle, et 2) par le fait qu’une partie des dépôts effectués dans la monnaie créée est transformée en billets qui correspondent à des transferts de dépôts des banques vers la monnaie de la Banque centrale. Globalement, le système est équilibré ; la compensation entre banques se fait par l’intermédiaire du marché monétaire ; le taux d’intérêt est le prix pratiqué sur le marché, qui traduit les besoins du système bancaire en monnaie.

Voilà l’essentiel de ce que j’ai appris/réappris et assez bien compris. Je me demande si ça correspond à l’idée que les autres participants se font de la question.

J’aimerais avoir les certitudes de NingúnOtro (ce n’est pas une critique mais de la jalousie).

Cela dit, il me semble que son analyse et ses exemples laissent de côté les effets de l’instinct spéculatif qui fait que la valeur de l’argent et des biens (et services) qu’il représente varie constamment selon des critères non arithmétiques.

En ce qui concerne l’augmentation du pouvoir d’achat de la banque, il me semble (comme à Étienne) que dans l’exemple cité par NingúnOtro elle ne peut pas être de 900 : plutôt de la portion de cette somme correspondant à l’intérêt perçu - moins les frais de la banque évidemment.

Et puis, ou bien je rate un nez au milieu d’une figure, ou bien - toujours dans l’exemple cité par NingúnOtro - les 1 000 euros ne peuvent pas être à l’origine de 1 900 euros de pouvoir d’achat de toute façon puisque par la force des choses l’ouvrier et le patron ont perdu la disposition de leurs 1 000 euros.

La clé, ou en tout cas le déclencheur, de la crise actuelle est dans la transformation incontrôlée de créances bancaires incertaines (les fameux "sous-prêts) en moyens de paiement eux-mêmes généralement acceptés de manière incontrôlée par les banques et autres établissements. Dès le départ, il n’y avait aucune certitude que les biens immobiliers offerts en garantie hypothécaire pourraient se revendre aussi cher qu’on l’avait prévu : c’était une simple supputation fondée sur un optimisme béat.

Il faut donc règlementer plus strictement l’activité des banques et interdire les agences de notation, à remplacer au besoin dans leur rôle actuel par des services spécialisés des banques centrales et d’institutions internationales comme le FMI et la Banque européenne d’investissement. Le moyen le plus sûr de contrôler l’ensemble de la situation serait de nationaliser les banques. Ce qui ne devrait pas empêcher les nouvelles banques nationalisées d’opérer aussi efficacement que des banques privées (ce qu’elles perdraient en hardiesse, elles le regagnerait en sécurité), et la justice sociale y trouverait son compte. Pour éviter des problèmes de compétitivité, il vaudrait quand même mieux que çe se fasse au niveau mondial - mais c’est évidemment impossible.

À tort ou à raison je n’ai pour ma part plus guère de doute que la crise actuelle, plus grave que celle de 1929, sera réglée par la création de monnaie à la demande de l’État, et cela dans dans la plupart des pays développés -les EUA en particulier. Comme l’a dit quelqu’un ici, ce sera peut-être le moyen de ramener à un niveau raisonnable les prix excessifs de certains bien privés - sinon de la propriété privée de son ensemble. JR

[bgcolor=#FFFF99]Des nouvelles de mes participations récentes sur le blog de Paul Jorion (suite)[/bgcolor]

Chers amis,

Dans un autre billet important (toujours aussi mal fondé à mon avis), intitulé [bgcolor=#FFFF99]« Argent et reconnaissance de dette : de faux jumeaux »[/bgcolor] (21 décembre 2008), Paul essaie encore de nier (on ne sait pourquoi, sinon pour ne surtout pas reconnaître publiquement une grosse erreur) que les banques commerciales créent la monnaie.

Un court échange entre Loïc et Nadine fut pour moi l’occasion de faire une sorte de synthèse, peut-être celle que Jacques demandait l’autre nuit (je trouve sa propre vision assez claire et juste, d’ailleurs). Je reproduis ici le résultat de mon travail, pour mémoire toujours : vous y trouverez un extrait important du livre de [bgcolor=#FFFF99]Dominique Plihon[/bgcolor] et un autre document imortant qui résume la théorie générale de [bgcolor=#FFFF99]Keynes[/bgcolor] (sur l’emploi, l’intérêt et la monnaie, juste ce qu’il nous faut, cette théorie…) et qui insiste sur le point cardinal de la monnaie crédit comme plaie à soigner d’urgence. À lire.

Loïc Abadie dit : [url=http://www.pauljorion.com/blog/?p=1289#comment-13007]23 décembre 2008 à 04:50[/url]

Dans la pratique et dans les faits, cette distinction entre argent et reconnaissance de dette me semble être devenue bien floue aujourd’hui.

La monnaie “banque centrale” (billets et pièces) par exemple est garantie essentiellement par de la dette (voir le bilan de la FED), tout comme la monnaie temporaire créée par les banque privées (qui constitue l’essentiel de la masse monétaire, rappelons le) est garantie par de la dette.

Simplement, jusqu’ici la monnaie banque centrale reposait sur une dette en théorie de meilleure qualité (essentiellement des bons du trésor pour la FED) que les monnaies “temporaires” (garanties par des hypothèques ou la simple capacité de remboursement des emprunteurs). Mais là aussi, cette distinction est en train de se réduire, vu que la FED a maintenant dans son bilan “de tout” : bons du trésor, mais aussi dettes hypothécaires, papier commercial et toutes sortes de créances bancaires “prises en pension” ( Federal Reserve Balance Sheet: Factors Affecting Reserve Balances - H.4.1 - November 30, 2023 ).

Idem au niveau des garanties : Notre fonds de garantie, doté d’un peu plus de 2 milliards d’euros est totalement insignifiant et incapable de faire face à une seule faillite bancaire de taille significative. En cas de problème, il sera sans doute recapitalisé par l’état…A quelle hauteur, jusqu’à quels montants, de quelle façon ? Personne n’en sait rien, et sans doute pas les dirigeants eux-mêmes. Et il en va de même pour le FDIC des USA.

J’ai entendu cela il y a quelques mois “Nicolas Sarkozy s’est engagé à ce qu’aucun déposant ne perde un seul euro parce qu’un établissement financier se révélerait dans l’incapacité de faire face à ses engagements “. Nous avons bien eu l’information que “320 milliards d’euros pourront être mobilisés pour garantir les créances bancaires”.

Mais comme toute promesse politique, elle est à géométrie variable, et pourra changer à l’avenir en fonction du contexte.

Alors y a-t-il une vraie distinction entre la part “garantie” de nos comptes et la part “non garantie” ? Pour moi non vu le flou existant.

Nous le voyons, la distinction entre monnaie et reconnaissance de dette existe sans doute d’un point de vue académique, mais pratiquement pas dans la pratique.


nadine dit : [url=http://www.pauljorion.com/blog/?p=1289#comment-13074]24 décembre 2008 à 08:15[/url]

@Loïc Abadie

Vous dites : ”Dans la pratique et dans les faits, cette distinction entre argent et reconnaissance de dette me semble être devenue bien floue aujourd’hui.
La monnaie “banque centrale” (billets et pièces) par exemple est garantie essentiellement par de la dette (voir le bilan de la FED), tout comme la monnaie temporaire créée par les banque privées (qui constitue l’essentiel de la masse monétaire, rappelons le) est garantie par de la dette”

C’est vrai que c’est une impression qu’on peut avoir, mais bon, quand une banque centrale achète de l’or ou toute autre chose, vous voyez bien que l’argent créé pour l’occasion n’est garantie par aucune dette !

Encore une fois, attention de ne pas confondre argent et dette, à cause de cette erreur beaucoup de raisonnement sont faux (je ne parle pas pour vous, Loïc, l’ensemble de votre raisonnement me paraît juste).


Étienne Chouard dit : [url=http://www.pauljorion.com/blog/?p=1289#comment-13083]24 décembre 2008 à 11:37[/url]
Résumé :

LA MONNAIE APPARAÎT (ET CIRCULE) AU PASSIF DU BILAN DES BANQUES

comme toutes leurs DETTES, tout simplement,

sauf que ces dettes-là sont TRÈS SIMPLEMENT TRANSMISSIBLES,
ce qui les rend si utiles dans les échanges : ça sert à payer et ça s’appelle de la monnaie.

Mais quel est l’intérêt de contester une telle évidence ?
Qu’est-ce qu’on cherche ici, finalement ?


Nadine,

Vous dites à Loïc : « vous voyez bien que l’argent créé pour l’occasion n’est garantie par aucune dette ! »

C’est une confusion : personne ne dit que l’argent est GARANTI PAR une dette (c’est plutôt la dette qui est garantie par quelque chose) : de nos jours, l’argent EST une dette,

L’ARGENT EST UNE RECONNAISSANCE DE DETTE (QUI CIRCULE).

L’argent est un TITRE ; un titre est UN MORCEAU DE PAPIER QUI PROUVE UN DROIT.
Le fait que les titres, progressivement, se soient DÉMATÉRIALISÉS ne devrait pas vous empêcher d’accéder intellectuellement au concept de « titre », comme preuve de valeur maîtrisée.

Rappelez-vous ce qu’est un BILAN :

Un bilan compte (et affiche, à l’intention des tiers, pour qu’ils soient honnêtement informés) :

  • toutes mes richesses (TOUT CE QUI M’APPARTIENT ET TOUT CE QU’ON ME DOIT, mes créances contre les autres) d’un côté, À L’ACTIF,

  • et tout ce que je dois retrancher de ces richesses pour donner une photo fidèle de ma richesse NETTE à la fin de l’année (TOUTES MES DETTES, au sens large parfois, et à plus ou moins long terme), de l’autre côté, AU PASSIF.

[b]LA MONNAIE FIDUCIAIRE APPARAÎT AU PASSIF DU BILAN DE LA BANQUE CENTRALE[/b]

et

LA MONNAIE SCRIPTURALE (CHAQUE DAV) APPARAÎT AU PASSIF DES BANQUES COMMERCIALES.

C’est CE CHIFFRE (à droite des comptes de la banque émettrice d’abord, puis à droite des comptes de différentes banques ensuite), ce chiffre qui matérialise une dette de la banque émettrice, C’EST CE CHIFFRE QUI CIRCULE d’un compte à l’autre, c’est ce chiffre qui est offert en paiement des échanges, c’est ce chiffre qui est accepté en contrepartie de l’échange.

Et si ce chiffre est accepté et s’il permet l’échange, c’est parce que l’émetteur du titre dématérialisé en chiffre) est solide, fiable, on peut compter sur ce titre dont on pourra se servir à notre tour dans les échanges suivants parce que TOUT LE MONDE ACCEPTE CE TITRE.

CE FAIT COMPTABLE, OBJECTIF ET INCONTESTABLE, laisse peu de place à la fantaisie ou aux élucubrations.


Nadine, vous lancez à répétition des affirmations (à mon avis erronées) sans étayer vos affirmations de la moindre confirmation solide, ce que vous pourriez pourtant faire en construisant une démonstration ou en produisant une citation (mais est-ce que vous lisez, j’en viens à me le demander). Vous alignez (ce que je considère, peut-être à tort, comme) des erreurs de débutant sans tenir compte des objections et sans chercher ni trouver le moindre renfort scientifique.

L’efficacité du cerveau collectif que voudrait animer Paul en prend alors un rude coup (il me donne l’impression de régresser, en ce moment) : Nadine, IL FAUT MIEUX ÉTAYER VOS PROPOS : VOUS AVEZ PEUT-ÊTRE RAISON, je ne le conteste nullement et je cherche ici mes propres erreurs comme on cherche un trésor pour progresser vraiment, MAIS UNE SIMPLE AFFIRMATION NE SUFFIT PAS.

Je renouvelle ma demande un peu solennelle: quelles sont vos sources ? Pouvez-vous nous donner des références conceptuelles, théoriques, des citations, des chiffres, autre choses que des affirmations, capricieuses et entêtées, qui refusent de prendre en compte les objections ?


Le 26 novembre, dans son billet « Notre débat sur la monnaie : et si c’était à refaire ? », Paul Jorion nous disait :

[color=purple]Les experts reconnus vous diront qu’engager le dialogue avec les « amateurs éclairés » qui tentent de poser un œil critique sur leur discipline, est non seulement une perte de temps mais peut se révéler aussi une expérience dangereuse pour vous puisque votre nom se retrouve in fine associé aux thèses hétérodoxes dont vous avez accepté de débattre avec eux.

La discussion que nous avons engagée sur « la création monétaire » pourrait sembler leur donner raison. Arrivé au bout du parcours, j’ai trouvé beaucoup d’erreurs de raisonnement et parfois pire : quelques falsifications intentionnelles. La position où je me retrouve à l’arrivée est celle que j’avais au départ : celle des « experts » reconnus de la question, celle qu’exprime la théorie financière dominante telle qu’on la trouve exprimée dans les livres de référence de ma profession d’ingénieur financier.[/color]


J’ai reçu ce billet comme une régression, un argument d’autorité.
Argument d’autorité même pas fondé, sans aucune référence précise.

[bgcolor=#FFFF99]J’ai demandé plusieurs fois à Paul ses propres sources, ces « livres de référence » —au moins un !— de ces « experts reconnus » ou un de ces « ingénieurs financiers » dont il parlait dans son billet en invoquant la possibilité (qu’il refusait quant à lui, ouf !) de renvoyer les amateurs à leurs chères études au nom de la parole incontestable des experts de la finance.[/bgcolor]

J’ai demandé plusieurs fois à Paul des citations précises de cette « théorie financière dominante » qui démontrerait que les banques commerciales ne créent pas la monnaie.

[bgcolor=#FFFF99]Mais rien n’est venu non plus à ce jour : je ne sais toujours pas quelles sont les autorités indiscutables auxquelles Paul fait allusion pour prétendre que les banques commerciales ne créent pas la monnaie[/bgcolor] (ce qui pour moi, sauf à donner un sens fumeux et inutilisable au mot « monnaie », est une extravagance, jusqu’à preuve du contraire).

Paul, j’imagine que vous êtes débordé (j’ai moi-même beaucoup de mal à trouver le temps qu’il faut pour participer correctement à votre « cerveau collectif » dont je pense, comme vous, que c’est un outil extraordinaire et inédit dans l’histoire des hommes), mais il faudrait nous donner ces références sérieuses, ces auteurs dont c’est le métier mais que vous ne faites qu’évoquer sans jamais les préciser.


De mon côté, pour étayer mon propre discours, en plus du rappel de base ci-dessus (rappel à ma manière) sur ce qu’est un bilan et sur l’emplacement précis de la monnaie scripturale dans le bilan des banques, je reproduis ci-dessous un extrait de « [bgcolor=#FFFF99]La monnaie et ses mécanismes [/bgcolor]» (un petit livre très bien fait et que je vous recommande, un de plus) de [bgcolor=#FFFF99]Dominique Plihon[/bgcolor], économiste à la Banque de France et au Commissariat général du Plan, professeur d’économie à l’université Paris-Nord :

[color=blue]« [b]3. Le processus de création monétaire[/b][/color]

La monnaie contemporaine est principalement scripturale et émise par les banques, comme on vient de le voir. Il est donc important de préciser par quels mécanismes les banques créent de la monnaie et participent à la croissance de la masse monétaire.

La monnaie scripturale correspond aux dépôts à vue (DAV), inscrits au passif des banques et détenus par les agents non bancaires. La monnaie scripturale circule par l’intermédiaire des différents instruments qui en permettent la circulation (chèques, cartes bancaires). Le dépôt est la provision d’un compte, celui-ci pouvant être alimenté soit par une remise de billets, soit par un virement d’un autre compte, soit grâce à un crédit accordé par la banque. Ce dernier procédé est celui qui provoque l’augmentation de la masse de monnaie en circulation.

Dans un système de BANQUE UNIQUE

Supposons, pour simplifier, que le système bancaire soit composé d’une seule banque, et qu’il n’existe donc pas de problèmes de conversion d’une monnaie dans une autre. Cette hypothèse sera levée au paragraphe suivant. Prenons le cas d’une entreprise qui emprunte auprès de sa banque. Le mécanisme de la création monétaire se réalise par un accroissement simultané de l’actif et du passif de l’établissement bancaire concerné, illustré par le schéma ci-après :

(actif)…Banque…(passif)

Crédit + 100…|…DAV +100

(actif)…Entreprise…(passif)

Avoir.à.la.banque + 100…|…Dette + 100

La monnaie créée se concrétise par une inscription au compte (DAV, pour dépôts à vue) du client emprunteur qui figure au passif du bilan bancaire ; la contrepartie est inscrite à l’actif à un poste créance sur le client. Le remboursement du crédit aboutira, de façon symétrique, à une destruction de monnaie en diminuant à la fois l’actif et le passif du bilan bancaire.

La masse monétaire — constituée essentiellement par la monnaie scripturale — s’accroît lorsque les flux de remboursements sont inférieurs aux flux des crédits nouveaux, de la même manière que le niveau d’une piscine s’élève lorsque le flux d’écoulement est inférieur au flux de remplissage.

Tous les crédits ne donnent pas nécessairement lieu à de la création monétaire : c’est le cas d’un crédit « interentreprises », pour lequel le financement s’opère par prélèvement sur ressources existantes. De même en est-il de certains établissements qui ouvrent des comptes à leurs clients — les services financiers de La Poste par exemple — mais ne peuvent financer ceux-ci qu’en drainant une épargne préexistante. Les banques commerciales collectent également de l’épargne ; la part des crédits financés sur épargne ne participe pas, par définition, à la création de monnaie.

La création monétaire ne résulte pas uniquement des opérations de crédit. Par exemple, lorsqu’un exportateur apporte à sa banque des devises étrangères et demande des euros en échange, le compte du client est crédité, selon les écritures ci-après :

(actif)…Banque…(passif)

Devises + 100…|…DAV + 100

(actif)…Exportateurs…(passif)

Avoirs en devises…–.100…|
Avoirs en euros…+100…|

La banque a réalisé une opération de création monétaire ; la masse monétaire en euros augmente. Dans ce cas, l’accroissement de la masse monétaire a pour contrepartie une augmentation des créances du système bancaire sur l’extérieur, ce qui sera analysé plus loin au chapitre III (p. 45).

Dans un SYSTÈME BANCAIRE DIVERSIFIÉ

Dans la réalité, le système bancaire est composé d’une multiplicité d’établissements et de plusieurs formes de monnaies. Cette diversité tient, en premier lieu, à la coexistence de monnaie scripturale et de monnaie fiduciaire. L’émission de billets est le monopole de la banque centrale, souvent qualifiée pour cette raison d’« institut d’émission ». Les banques, de leur côté, ont le monopole de la création de monnaie scripturale. Ce privilège n’est accordé qu’aux établissements qui ont reçu un « agrément » des autorités monétaires pour la mise à disposition de la clientèle des moyens de paiement.

Ce pouvoir de création monétaire des banques n’est pas illimité ; il est contraint par les « fuites » de liquidité subies par les banques lorsqu’elles doivent assurer la conversion de leur monnaie dans une autre forme de monnaie. Ainsi, les banques doivent répondre aux demandes de retrait de billets et assurer la conversion de monnaie scripturale en billets.

Supposons qu’une banque crée de la monnaie scripturale à hauteur de 100 euros à la suite d’un crédit accordé à un particulier (1). Ce dernier décide ensuite (2) de convertir ses avoirs en billets pour un montant de 30 euros. La banque subit une « fuite » de 30 euros correspondant aux billets qu’elle doit se procurer auprès de la banque centrale. Son compte à la banque centrale est débité d’autant, selon les écritures ci-dessous :

(actif)…Banque…(passif)

  1. Crédit + 100…|…DAV + 100
    …|
  2. Compte à la banque centrale -30…|…DAV - 30

(actif)…Particulier…(passif)

  1. Avoir à la banque + 100…|…Dette + 100
    …|
  2. Avoir à la banque -30…|
    …Billets…+30…|

(actif)…Banque.centrale…(passif)

…|…2…Billets…+30
…|…Compte de la banque -30

À la suite de ces opérations, la création de monnaie scripturale, inscrite au passif de la banque, est limitée à 70 euros.

Toutefois, la masse monétaire dans son ensemble (billets et dépôts à vue) a augmenté de 100 euros.

La diversité des systèmes bancaires modernes provient également de la multiplicité des banques. Chaque banque émet sa propre monnaie (la monnaie « Crédit lyonnais », la monnaie « Crédit agricole »…) et toute banque est tenue d’assurer la conversion de « sa » monnaie dans celle des autres. Cette conversion entre les monnaies émises par les différentes banques constitue une autre forme de « fuite » pour chaque banque qui vient limiter son pouvoir de création monétaire.

Supposons que le Crédit lyonnais crée 100 euros à la suite d’un crédit accordé à l’entreprise Renault (1) et que cette dernière utilise ce crédit à hauteur de 50 euros pour payer son fournisseur Michelin (2). Michelin est client du Crédit agricole qui reçoit ces 50 euros en dépôt. Le Crédit lyonnais subit une « fuite » de 50 euros qu’il finance par un emprunt « interbancaire » auprès du Crédit agricole selon les écritures suivantes : »

[Pardon, j’ai la flemme de reconstituer le schéma d’écritures de Dominique Plihon avec des caractères ‘texte’, aux alignements toujours aléatoires, mais vous pouvez consulter le schéma sur les images tif que je donne en lien ci-dessous, voyez la page 21. ÉC]

« Au total, la création de monnaie « Crédit lyonnais » a été limitée à 50 euros par suite de la conversion de cette monnaie dans celle du Crédit agricole. Mais la création monétaire globale, au niveau de l’ensemble du système bancaire, s’est élevée à 100 euros. Celle-ci est répartie entre les deux réseaux bancaires. »

(Source : « La monnaie et ses mécanismes », Dominique Plihon, La découverte, 2006,
page 18,
page 19,
page 20 et
page 21.)


Merci à tous, pour votre pensée chaque jour plus enrichissante.

Étienne


nadine dit : [url=http://www.pauljorion.com/blog/?p=1289#comment-13111]25 décembre 2008 à 02:49[/url]

@ Étienne.

Souvenez- vous de la question que je vous ai posée :
«Si les banques font de la création monétaire en faisant du crédit comme vous le pensez, comment se fait il que pour résoudre le problème de la bulle du crédit certaines autorités financières (américaines) préconisent en dernier recours la monétisation de la dette en faisant tourner “la planche à billet”? C’est donc que les banques ont créé de la dette et non pas de la monnaie sinon pourquoi monétiser ?»

Vous m’avez répondu sans me répondre :
“Effectivement, l’expression “monétiser la dette” me paraît étrange (est-ce bien traduit ? Qui parle, en disant cela ?)”

Une simple remarque, ne pas connaître cette expression et laisser sous entendre que je suis inculte…vous devriez changer vos lectures orientées, car c’est une expression que même les débutants connaissent et qui est très importante dans notre débat.

Dans cette exemple, je pense avoir démontré par les faits et non par le raisonnement, de façon très simple (c’était le but) que toutes vos croyances sur la monnaie sont fausses ou alors démontrez moi par A+B le contraire sans me ressortir sans arrêt des citations de tel ou tel auteur. Ce que je voudrais ce sont des faits ou vos raisonnements personnels, je me fiche de ce que pense tel ou tel auteur, même prix Nobel . Ce n’est pas parce que tout le monde dit la même chose que je dois admettre que ce qui est dit est vrai.

La difficulté et je le sens bien, c’est que de nombreux “experts” écrivent des livres qui nous expliquent que les banques créent la monnaie. Je reconnais que c’est un fait que je ne m’explique pas car jusqu’à preuve du contraire, pour moi, ils ont tort. Tous les faits de la crise actuelle sont contre eux, d’ailleurs ils ont été incapables de la prévoir.

Pour finir si vous pensez que le débat régresse parce qu’il ne va pas dans votre sens c’est votre problème, moi au contraire je trouve qu’il avance très vite depuis peu.
Alors vous me dites : ”IL FAUT MIEUX ÉTAYER VOS PROPOS …”

Commencez à appliquer ce conseil à vous même en m’expliquant sérieusement pourquoi le fait de monétiser la dette n’est pas pour vous la preuve que l’argent ce n’est pas de la dette.
J’attends avec impatience votre réponse.

Amicalement


Étienne Chouard dit : [url=http://www.pauljorion.com/blog/?p=1289#comment-13142]25 décembre 2008 à 21:07[/url]

Chère Nadine,

Je m’en veux toujours après m’être impatienté (ça ne donne jamais de bons résultats), pardonnez-moi si mon ton est parfois indélicat.


Mais j’enrage d’être ici bloqué sur un point que je trouve secondaire, alors que nous avons tant à débattre sur un autre point, cardinal lui : quelle est la LÉGITIMITÉ des banques à créer la monnaie— ou appelez ça autrement que « monnaie » si ça vous chante, mais avançons, s’il vous plaît.

Le fait d’avoir abandonné l’exclusivité de la création de ‘moyens de paiements nouveaux’ (je n’ose plus dire ‘monnaie’ pour éviter les sables mouvants de l’ergotage oiseux) aux banques commerciales, au prix d’un intérêt ruineux pour la collectivité (et au prix d’un manque à gagner considérable pour la puissance publique) est-il légitime ou pas ?

• Légitime POLITIQUEMENT : la création monétaire n’est-elle pas un droit régalien (collectif et sous contrôle public par nécessité) ?

• Et légitime ÉCONOMIQUEMENT : les décisions 1) d’abandonner le revenu public des intérêts sur la création monétaire et 2) d’imposer, en plus, à l’État le paiement d’intérêts non nécessaires, ces décisions prises sans débat public rendent-elles la machine économique collectivement plus efficace (ou arrangent-elles seulement les intérêts de quelques privilégiés) ?

Voilà les débats que nous n’arrivons pas à aborder ici à cause du faux débat sur le mot ‘monnaie’.

‘Faux débat’ car toutes les considérations métaphysiques sur les fondements et implications de l’objet conceptuel ‘monnaie’ ne changent pas grand-chose (il me semble) aux perspectives du débat POLITIQUE sur l’acteur BANQUE qui, lui, me semble être particulièrement nécessaire, décisif et urgent pour fabriquer un monde commun plus juste.


Sur les FAITS qui corroborent (spectaculairement) la thèse de LA MONNAIE-CRÉDIT :

Je vous ai expliqué OÙ se matérialisent les monnaies (toutes les monnaies) : au BILAN DES BANQUES (banque centrale ET banques commerciales), côté PASSIF, avec les DETTES.

J’ai expliqué comment les TITRES en papier sont devenus des CHIFFRES sur des comptes, invariablement fondés sur la CONFIANCE que leur portent tous les acteurs.

LA PRÉSENCE DE LA MONNAIE (instrument de paiement pour tous les échanges) AU PASSIF DES BANQUES, CECI EST UN FAIT.

Sur le terrain des faits, la balle est donc dans votre camp :slight_smile:

On pourrait même dire que la monnaie n’est nulle part ailleurs que dans le bilan des banques : le bout de papier qu’est le billet de banque n’est qu’UNE DES FORMES possibles de la dette transmissible (dont les hommes ont besoin pour échanger facilement) : le billet de banque qui vous inspire tant confiance n’est pourtant NULLEMENT LA SEULE FORME POSSIBLE ; le croire est une illusion d’enfant, il me semble.


Sur l’expression « MONÉTISER LA DETTE », j’ai dit poliment : « je trouve ça étrange » pour ne pas dire brutalement : « c’est soit une bêtise soit une escroquerie ».

Vous prenez cette marque de civilité pour une marque d’ignorance, mais je n’ai pas peur de l’ignorance, pas plus que de l’erreur : j’essaie simplement de les faire reculer en moi, mais je connais ma faiblesse chronique, très humaine. Sans me faire d’illusions, donc : c’est Alphonse Allais qui disait, je crois, en substance : « Inutile de paniquer, personne ne survivra »…

Et j’ai répondu ensuite (mais vous n’avez peut-être pas lu jusqu’au bout) en suggérant que L’EXPRESSION « MONÉTISER LA DETTE » N’EST COHÉRENTE QU’EN JOUANT SUR LES MOTS (et précisément en jouant sur la croyance que vous partagez) et en faisant COMME SI la monnaie de la Banque centrale était la seule ‘monnaie’ qui vaille.

Sinon, à mon sens, cette expression est incohérente.

Donc, si l’expression « monétiser la dette » est bien un jeu de mots utile (une escroquerie, donc) pour masquer la responsabilité écrasante des faux-monnayeurs qui financent depuis des décennies la spéculation effrénée qui nous a évidemment menés à l’actuelle catastrophe (en faisant comme si la ‘monnaie-dette-privée’ n’était pas aussi utile et dangereuse que la ‘monnaie-dette-publique’), alors oui, cette expression n’apporte nullement la preuve que les banques commerciales ne créent pas de monnaie.

Nullement.

Et il me semble que ce n’est pas une fausse réponse.
C’est une vraie réponse et là aussi, c’est à vous de jouer :slight_smile:


Sur votre liberté de penser librement :

Je suis le premier à m’insurger contre l’obligation de penser comme tout le monde (je m’assume comme iconoclaste si besoin est) et je revendique comme vous le droit individuel inaliénable de résister à la pensée dominante, sur le seul fondement de ma raison : c’est ce concept essentiel d’ISEGORIA que j’ai repéré comme fondamental, auquel les Athéniens tenaient plus que tout il y a déjà 2 500 ans, considérant le droit de parole égal pour tous — la vie sauve à TOUTES les pensées dissidentes — comme la meilleure protection de la démocratie (la vraie, pas le triste simulacre contemporain).

Comme je vous comprends, donc, et comme je me sens proche de vous de ce point de vue !

Pourtant, il n’est pas inutile de lire et faire connaître les meilleures pensées passées : elles nous font souvent gagner un temps précieux et distinguant les vrais problèmes des faux, et souvent de belle manière car nos aïeux écrivaient souvent fort bien.

Et si je prends la peine de reproduire (ici et chez moi) de grandes pensées, ce n’est donc pas pour user d’un quelconque argument d’autorité (je déteste ces arguments-là), mais pour apporter au débat une argumentation complète, cohérente, démonstrative en soi, avec des faits intéressants, des chiffres utiles ou des idées bien articulées.

Et le fait que certains hommes aient passé LEUR VIE SUR UN SUJET me pousse à lire leur synthèse avec la plus grande attention (je me garderais bien de rejeter leurs conclusions du revers de la main). Ainsi cet Helmut Creutz qui se creuse la tête, comme nous mais DEPUIS VINGT ANS, sur la monnaie : je prends son argument très au sérieux et je le lis avec plaisir, même si je trouve quelques belles erreurs (à mon avis) par-ci par-là.

Ainsi Keynes, qu’il est important (et agréable) de lire parce que cet homme, dont la culture était immense, et pas seulement en économie, ne perdait pas la boussole et gardait en tête le cap essentiel, celui du bonheur à assurer au plus grand nombre : je vous conseille la lecture de la « Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie », souvent beaucoup plus accessible qu’on ne le dit, et dont l’intérêt pour notre débat sur la monnaie est immense.

[bgcolor=#FFFF99]Il y est question, justement, de la monnaie-crédit, celle dont vous contestez l’existence même.[/bgcolor]

Voyez l’introduction passionnante du traducteur, Jean de Largentaye, en 1968.

Vous lirez à la fin de cette note que le traducteur de la Théorie générale souligne que, [bgcolor=#FFFF99]pour Keynes lui-même (ça vaut le coup de s’y pencher un peu, non ?), « la clef du plein emploi se trouve dans l’abandon de cette institution empirique, injuste et inefficace qu’est la monnaie de crédit ». [/bgcolor]

Malgré le fait que cette information soit à la fin de la note, j’en reproduis l’intégralité car toutes les considérations sur l’importance D’UNE DEMANDE SOUTENUE — donc des salaires réels, donc de la masse monétaire effectivement ‘dépensable’ — dans la prospérité générale me paraissent d’une actualité brulante et d’une importance décisive. Je pense qu’il est plus urgent de relire Keynes que de croire sur parole la kyrielle ses commentateurs. La conclusion de la Théorie générale est d’ailleurs une perle dont je vous reparlerai sans doute.

Je vous prépare aussi, chère Nadine — en réponse à votre remarque sur l’hyper inflation absolument certaine, d’après vous, à la moindre utilisation de la ‘planche à billets’ par la puissance publique —, un autre document tout à fait passionnant, de Jean-Marcel Jeanneney cette fois, dont les arguments se conjuguent parfaitement avec ceux de Keynes pour une monnaie libérée de la contrainte de la dette (au moins de temps en temps).

(Je tarde parce que la préparation de tous ces textes prend un temps fou, pardon.)

[b]Théorie générale de Keynes, Payot 1988, Deuxième note du traducteur (1968) :[/b]

[C’est moi qui souligne. ÉC.]

« Le 21 avril 1946, John Maynard Keynes succombait à une défaillance de son cœur depuis longtemps affaibli. Une grande lumière s’éteignait, qui n’est pas encore remplacée. La Théorie Générale, son dernier ouvrage de doctrine et en quelque sorte son testament économique, est avant tout une théorie de l’emploi. C’est ce qui lui confère son importance. Le plein emploi en effet, c’est-à-dire l’absence de tout loisir forcé, n’est pas seulement le critère de la bonne marche d’une économie. Il est encore et surtout la base d’un statut satisfaisant de la main-d’œuvre, et par suite la condition, dans une société libre, de l’équilibre politique et social.

Le chômage effectif et même la simple menace de chômage sont pour les travailleurs une cause d’aliénation et de démoralisation. Lorsque la main-d’œuvre risque de manquer d’emploi, elle ne peut être pleinement indépendante de ses employeurs. Elle se trouve handicapée dans les négociations de salaires et de ce fait il est rare que le travail soit rétribué aux taux qui correspondent à sa productivité. Les secours pécuniaires peuvent aider matériellement le chômeur, mais ils ne sauraient apaiser le sentiment qu’il éprouve de son inutilité sociale.

C’est parce qu’elle offrait une solution plausible à l’angoissant problème du chômage que la Théorie Générale fut accueillie avec tant d’intérêt en 1936. La solution paraissait même si simple et le plein emploi si accessible que plusieurs gouvernements n’ont pas craint de l’inscrire parmi les droits constitutionnels de leurs ressortissants. De nos jours l’influence heureuse de la Théorie Générale sur les niveaux d’emploi n’est guère contestée, encore qu’à partir de 1938 elle ait été masquée par l’effet des dépenses militaires et des guerres. Si les pays industriels n’ont pas connu de chômage comparable à celui qui a sévi pendant les années 1930, c’est à la Théorie Générale qu’on le doit. Il s’en faut pourtant que le mal soit conjuré. Le chômage chronique a réapparu dans ces pays. L’éventualité qu’il s’aggrave n’est pas exclue. Elle est fréquemment évoquée, en particulier, par les autorités monétaires, ce qui indique qu’à leurs yeux les niveaux actuels de l’emploi sont eux-mêmes précaires. Ces niveaux, au demeurant, ne sont maintenus qu’au prix d’interventions de la Puissance Publique plus extensives que Keynes ne le laissait prévoir. La Théorie Générale n’a donc réalisé qu’en partie les espoirs qu’elle avait suscités. Ses succès et ses échecs s’expliquent par certains de ses aspects généraux ou particuliers, sur lesquels il paraît nécessaire d’appeler l’attention du lecteur.

L’innovation majeure de la Théorie Générale est d’avoir mis en lumière l’égalité des montants globaux de l’investissement d’une part et de l’épargne d’autre part. Cette égalité existe quelle que soit la période considérée et quel que soit le système monétaire employé. Dans une économie fermée elle résulte de l’identité de ces deux grandeurs globales. Dans une économie ouverte elle existe aussi, à condition de considérer comme un investissement l’accroissement net des créances sur l’extérieur. Du point de vue de l’individu, certes, l’investissement et l’épargne sont des faits indépendants et leurs montants n’ont pas de raison de coïncider. Mais dans l’ensemble d’une communauté ces montants ne peuvent pas différer. Par son importance théorique et pratique, l’égalité des montants globaux de l’épargne et de l’investissement mériterait, semble-t-il, d’être appelée la loi de Keynes. Il en résulte par exemple que le freinage de la consommation ne peut de lui-même accroître le montant global de l’épargne.

En ce qui concerne le comportement du salaire réel, la Théorie Générale a été moins novatrice. Trompé par les statistiques, Keynes a jugé nécessaire d’emprunter à la doctrine orthodoxe la thèse que ledit salaire réel varie en sens inverse de l’emploi ; qu’il diminue, par exemple, quand l’emploi augmente. Cette thèse orthodoxe du salaire réel est subordonnée à deux conditions, qui dans la réalité sont loin d’être satisfaites. L’une est le premier postulat orthodoxe, qui veut que le salaire réel soit égal, en valeur, à la production marginale de l’unité de travail. L’autre est la loi des rendements décroissants, aux termes de laquelle ladite production marginale diminue, en volume, quand l’emploi augmente.

Les entreprises ne peuvent pas payer aux travailleurs des salaires supérieurs au prix(1) de leur production marginale, car l’emploi des moins productifs serait alors pour elles une cause de pertes. Il importe, certes, de ne jamais l’oublier. Mais il n’est pas moins vrai que, en sens inverse, elles peuvent leur payer des salaires inférieurs, et même largement inférieurs, au prix de ladite production marginale quand la concurrence ne les oblige pas à abaisser celui-ci jusqu’au niveau du coût. Elles cherchent alors à fixer ce prix au niveau qui rend le profit maximum, niveau supérieur au coût et séparé de lui par une marge appréciable ; La marge entre le prix de la production marginale de la main-d’œuvre d’une part et le salaire d’autre part est l’essence de la plus-value de Marx. Elle est la source principale de l’autofinancement, qui suffit aujourd’hui aux États-Unis à alimenter les dépenses d’investissement des entreprises. Rien n’autorise à penser qu’elle soit négligeable. Le premier postulat orthodoxe suppose un degré de" "concurrence entre les entreprises qui n’existe qu’exceptionnellement dans le monde réel. Et l’on peut s’étonner, en vérité que la Théorie générale ayant pour prémisse que la concurrence est imparfaite entre les salariés, ait ignoré qu’elle l’est aussi entre les entreprises.

Le salaire réel n’est donc pas déterminé, comme le voudrait le premier postulat, par le rendement marginal de la main-d’œuvre, c’est-à-dire par un facteur objectif échappant au contrôle direct tant des entreprises que des salariés. Il est principalement déterminé par l’action globale des entreprises. Seuls, en effet, les salaires nominaux sont fixés par voie de négociation entre celles-ci et les salariés. Et s’il est vrai que dans lesdites négociations les salariés, grâce au droit de coalition, sont plus forts qu’autrefois, leurs pouvoirs n’en restent pas moins limités et partiellement illusoires, puisque en l’absence d’indexation des salaires, ils ne s’étendent pas au coût de la vie, c’est-à-dire au second élément du salaire réel. Ce sont les entreprises seules qui, conjointement, déterminent le coût de la vie en fixant le prix des produits, quand elles peuvent le faire librement. Pour combattre l’érosion du salaire réel les salariés n’ont pas d’autre moyen que d’abréger la durée des accords de salaires, de manière qu’ils soient fréquemment remis en discussion. Il se produit alors une interaction des prix et des salaires, à laquelle on donne parfois le nom de course ou spirale. Ces observations, précisons-le, ne visent que le salaire réel moyen ; chaque groupe de salariés peut en effet améliorer son salaire réel aux dépens des autres groupes s’il obtient une hausse de son salaire nominal qui est répercutée sur les prix.

Quant à la loi des rendements décroissants, elle paraît souvent en défaut. De nombreuses entreprises estiment en effet que, si leur échelle de production était accrue, le rendement marginal des travailleurs y serait plus grand. Une telle situation, qui s’explique par la complexité croissante des techniques, incite les producteurs à se grouper pour réduire les coûts. En affaiblissant ainsi la concurrence entre les entreprises, elle tend à renforcer leur contrôle sur le salaire réel. Cette situation indique d’autre part qu’on se trouve plus loin du plein emploi de l’équipement que ne le prévoyait Keynes. Lorsque en effet l’équipement existant est complètement utilisé le rendement des travailleurs ne peut être que décroissant. Aussi longtemps qu’il continue de croître quand leur emploi progresse, on peut être sûr que l’utilisation de l’équipement n’est pas tout près de sa limite supérieure.

La thèse orthodoxe du salaire réel n’est pas un élément essentiel ni même nécessaire de la Théorie. Générale. Elle peut en être distraite sans aucun inconvénient. Son élimination renforce même les conclusions pratiques de la Théorie Générale, comme le faisait observer Keynes trois ans après la publication de celle-ci (cf. Economic Journal, mars 1939). En fait cependant l’inclusion de ladite thèse orthodoxe dans la Théorie Générale a permis d’invoquer l’autorité de cette dernière en faveur d’opinions directement contraires à son enseignement essentiel. C’est ainsi qu’en 1963 Per Jacobsson, Directeur du Fonds Monétaire International, s’est appuyé sur un passage de la Théorie Générale pour soutenir qu’un progrès sensible de l’emploi exigeait que les salaires nominaux restent stables ou tout au moins ne montent pas aussi vite que les prix. Puisque tout progrès dans l’emploi de la main-d’œuvre est lié à un déclin du volume de sa production marginale et puisque ledit volume ne peut baisser au-dessous du coût en valeur réelle, il fallait, pensait-il, pour que l’emploi pût progresser, que ce coût fût réduit, c’est-à-dire que le salaire réel diminuât (cf. Walter Lippmann — Washington Post, 14 mars 1963). Ceci, simple expression de la thèse orthodoxe, suppose d’abord qu’il n’y a pas d’écart entre le prix et le coût marginal, c’est-à-dire pas de profit sur la tranche marginale de la production, et ensuite que les rendements décroissent quand l’emploi progresse, double hypothèse qui, nous l’avons dit, est rarement vérifiée.

[bgcolor=#FFFF99]En vérité, le niveau de l’emploi est moins gouverné par le coût que par la demande.[/bgcolor] Telle est la leçon qui se dégage de la Théorie Générale et aussi, croyons-nous, des faits. Si le salaire réel baisse, il faut s’attendre que dans l’ensemble de la communauté la propension à consommer fléchisse, entraînant dans son déclin la demande globale mesurée en unités de salaire et par conséquent l’emploi. La propension globale à consommer s’affaiblit en effet quand la part relative des travailleurs dans le revenu global diminue, si l’on peut admettre que leur propension à épargner est moindre que celle du reste de la communauté.

Suivant une autre opinion communément professée, quand les techniques progressent, le salaire réel ne saurait augmenter plus vite que la productivité sans qu’il en résulte un déclin de l’emploi. Cette opinion repose sur la même base théorique que la précédente. Si le salaire réel augmente plus que la productivité, dit-on, le coût réel de la production marginale croît et il faut que l’emploi décline pour que ce coût accru n’excède pas en valeur réelle le volume de la production marginale ; ce qui suppose de nouveau qu’il n’y a pas de profit marginal ni de rendement croissant. [bgcolor=#FFFF99]En réalité, à seule fin d’empêcher que l’emploi fléchisse quand les techniques progressent, il faut que les salaires réels augmentent plus vite que la productivité, et d’autant plus vite que les progrès de celle-ci sont plus rapides.[/bgcolor] Sinon, en effet la propension globale à consommer faiblit du fait que le revenu réel global croît (en unités de production) sous l’action des progrès techniques. Par suite la demande globale exprimée en unités de salaire fléchit elle aussi, de même que l’emploi qui en est solidaire ; sauf dans la mesure où certains progrès techniques stimulent l’investissement, mesure qui devrait être faible, on va le voir, en l’absence d’une consommation adéquate. Pour que, dans une ère de progrès technique, l’emploi non seulement ne décline pas mais augmente, un double renforcement de la propension à consommer est donc nécessaire, l’un pour l’empêcher de baisser et l’autre pour le faire monter. Ces renforcements peuvent être attendus, nous l’avons dit, d’une péréquation des revenus, pour autant qu’il existe des inégalités marquées entre les degrés respectifs de propension à l’épargne dans les différents secteurs de la communauté.

Une autre particularité de la Théorie Générale, l’importance du rôle qu’y joue l’investissement, a pu inciter à croire que celui-ci constitue le remède spécifique au chômage involontaire. Dans une étude consacrée aux variations de l’emploi, et surtout aux variations qu’il subit dans la courte période où l’équipement change peu, il était normal d’insister sur le plus capricieux des deux facteurs qui le gouvernent. Mais l’analyse de courte période ne doit pas être confondue avec la thérapeutique de longue période. [bgcolor=#FFFF99]Le remède spécifique au chômage, c’est, à n’en pas douter, l’accroissement de la consommation, laquelle est la fin de l’activité économique, et non l’augmentation de l’investissement, qui n’en est que le moyen.[/bgcolor] La Théorie Générale le dit sans équivoque, notamment dans le chapitre 22 — section IV. N’est-ce pas d’ailleurs en temps de guerre qu’il est le moins question de sous-emploi, aux époques précisément où la consommation est accrue par les besoins militaires jusqu’aux limites physiques des ressources disponibles ? La Théorie Générale indique aussi que le moyen le plus naturel d’accroître la consommation est de laisser progresser les revenus les plus faibles.

Dans certaines circonstances, il est vrai, si la propension à consommer s’avère inélastique et le désir d’épargne irréductible, on peut juger opportun de stimuler l’investissement pour satisfaire ce désir, de manière qu’il ne bloque pas le progrès de l’emploi. Mais ce n’est là qu’un expédient dispendieux ; [bgcolor=#FFFF99]l’investissement ne peut connaître un essor naturel et fructueux qu’en réponse aux besoins d’une consommation adéquate. Le gaspillage des ressources productives est manifeste quand on produit de nouveaux investissements identiques à ceux dont on dispose alors que ceux-ci sont en partie inemployés.[/bgcolor] Ce genre de gaspillage n’est pas rare dans les secteurs oligopolistiques, où la concurrence ne s’oppose pas à la rémunération des investissements nouveaux aussi longtemps qu’il existe un excès d’investissements anciens. Une forme moins apparente de gaspillage tend à se produire aux époques de rapides progrès techniques, parce que les entreprises sont particulièrement tentées de remplacer leurs outillages existants par d’autres plus modernes et qu’elles risquent alors, plus qu’en d’autres temps, de le faire prématurément.

Que les entreprises et les autorités se montrent peu empressées d’accéder au plein emploi par le relèvement de la consommation, il n’y a pas lieu de s’en étonner, étant donné leur souci de préserver les ressources productives pour d’éventuels besoins des investissements ou des services publics. [bgcolor=#FFFF99]Il est surprenant en revanche que les travailleurs ne s’opposent pas davantage au freinage de la consommation quand celui-ci contribue à perpétuer le sous-emploi. Leur résignation au chômage chronique signifie sans doute qu’ils ne sont pas convaincus de la possibilité pratique d’y mettre fin. Comment expliquer ce scepticisme ?[/bgcolor] Faut-il incriminer les hypothèses de base de la Théorie Générale ? Assurément non, elles sont strictement conformes à la réalité présente. Serait-ce alors qu’il existe dans cette Théorie une contradiction interne qui l’empêche de conduire au but du plein emploi ? On aimerait pouvoir aussi répondre à cette question par la négative. C’est ce que nous n’hésitions pas à faire en 1939. Aujourd’hui l’expérience et l’analyse commandent, on va le voir, d’y donner une réponse affirmative.

[bgcolor=#FFFF99]La Théorie Générale est accessoirement la théorie de la monnaie ; non pas d’une monnaie quelconque, mais bien de LA MONNAIE DE CRÉDIT, qui est en usage dans presque tous les pays.[/bgcolor] La théorie de l’emploi et celle de la monnaie ne sont que deux faces d’une même analyse, laquelle explique en particulier comment [bgcolor=#FFFF99]en augmentant la quantité de monnaie on peut faire baisser l’intérêt, et comment, par ce moyen, on peut accroître d’abord l’investissement, en second lieu la demande globale, et en définitive l’emploi.[/bgcolor] Dans cette analyse, la quantité de monnaie est une des variables indépendantes, et du point de vue pratique la plus importante de toutes puisqu’elle est commandée directement par les autorités. Il est clair que la Théorie Générale n’est applicable qu’à la monnaie de crédit. Elle n’aurait guère de sens si la monnaie était entièrement gagée par de l’or ou par des marchandises autres que précieuses ; le plein emploi étant irréalisable dans le premier cas et obligatoire dans le second (2).

En réalité la monnaie de crédit ne se gouverne pas aussi simplement qu’il est dit ci-dessus. Pour que l’intérêt baisse et qu’il en résulte un progrès de l’emploi, il faut que la LIQUIDITÉ s’accroisse en valeur réelle, c’est-à-dire [bgcolor=#FFFF99]QUE LA QUANTITÉ DE MONNAIE AUGMENTE EN UNITÉS DE SALAIRE[/bgcolor]. Et il faut d’autre part qu’elle croisse plus vite que le désir de liquidité.

Or l’unité de salaire devient instable quand l’emploi s’élève et elle monte d’autant plus vite que l’emploi est plus haut. La Théorie Générale insiste sur ce fait notamment dans son chapitre 21 ; nous y reviendrons. Il n’est donc pas toujours possible d’accroître le montant en unités de salaire de la quantité de monnaie, et il peut en conséquence exister une limite à l’efficacité de l’expansion monétaire en tant que levier de l’emploi, dès lors que l’unité de salaire est susceptible d’augmenter autant ou même plus que la quantité de monnaie. Lorsqu’il en est ainsi, la hausse des salaires et des prix dégradant le pouvoir d’achat de la monnaie, celle-ci n’inspire pas confiance et sa rareté effective freine l’investissement. L’expansion monétaire est alors incapable de faire baisser l’intérêt réel et progresser l’emploi. Dans ce cas le rôle du désir de liquidité peut être négligé ; la thésaurisation étant inexistante, ce désir ne répond qu’à la nécessité de régler les transactions et il se stabilise à un minimum.

Si la confiance dans le monnaie doit être préservée, il faut donc que l’expansion monétaire reste modérée, car au-delà d’un certain rythme elle cause une hausse rapide de l’unité de salaire et des prix, appelée fuite devant la monnaie, qui fait monter l’intérêt réel et décliner l’emploi comme nous venons de le dire. Mais en sens inverse, si l’expansion monétaire est insuffisante et si, de ce fait, l’unité de salaire croît trop lentement ou surtout décroît, le désir de liquidité se renforce d’une façon cumulative et sa croissance empêche ladite expansion monétaire de faire baisser l’intérêt. Quand l’épargne se détourne des obligations, comme de tout autre placement non liquide, il est clair que l’intérêt monte en valeur nominale, et plus encore en valeur réelle si les prix baissent, de sorte que l’emploi ne peut que décliner.

Entre ces deux extrêmes, dans la zone médiane où le désir de liquidité n’est ni trop faible ni trop fort, il existe un certain rythme de hausse de l’unité de salaire qui rend l’intérêt réel minimum et auquel par conséquent l’emploi culmine. Les monnaies de crédit peuvent être gouvernées de manière que la hausse effective de l’unité de salaire ne s’écarte pas beaucoup de ce rythme optimum, et de nos jours les autorités paraissent en fait se conformer bon gré mal gré à une règle de ce genre. Cependant les niveaux auxquels l’emploi culmine restent au-dessous des maximas désirés par les travailleurs. C’est donc que les limites à l’efficacité de l’expansion monétaire sont effectives dans la voie du plein emploi et que la Théorie Générale ne fournit aucun moyen de les franchir. [Là, j’ai envie de discuter :wink: ÉC]

[bgcolor=#FFFF99]Pourquoi l’unité de salaire devient-elle instable aux hauts niveaux de l’emploi ? C’est avant tout parce qu’elle est arbitraire, en ce sens qu’elle peut varier d’une façon quelconque quand elle est exprimée en une monnaie de crédit, dont la valeur est elle-même arbitraire.[/bgcolor] Un étalon marchandises a un coût physique en unités de travail et l’inverse de ce coût détermine l’unité de salaire en cet étalon. Il a aussi une valeur d’usage, fondée sur l’utilité des biens physiques qui le composent. La monnaie de crédit échappe à ces contraintes objectives. Elle n’a pas de coût appréciable, ni de valeur d’usage, mais seulement une valeur d’échange et de spéculation, qu’il est permis de qualifier arbitraire.

Dès lors que l’unité de salaire varie d’une façon quelconque, aux hauts niveaux de l’emploi ladite unité ne peut que monter, en raison des fluctuations inéluctables de la demande globale. Ceci résulte du simple fait qu’il existe une limite au progrès de l’emploi, que celle-ci soit imposée par la fatigue, la loi ou les syndicats, ou par les options individuelles, tandis que dans nos régimes monétaires il n’existe pas de limite à la hausse de l’unité de salaire.

La Théorie Générale montre que les fluctuations de la demande globale agissent à la fois sur l’emploi d’une part et de l’autre sur les salaires et les prix. Aux bas niveaux de l’emploi, leur action s’exerce fortement sur l’emploi et faiblement sur les salaires et les prix. Aux hauts niveaux de l’emploi il en va de même dans le sens de la baisse de la demande globale. Mais non dans le sens de la hausse. Quand l’emploi devient inélastique au voisinage de son maximum, la hausse de la demande globale ne saurait l’accroître, et son action ne peut dès lors s’exercer que sur les salaires et les prix. Du fait des réactions asymétriques de l’unité de salaire aux va-et-vient de la demande globale il est inévitable que les mouvements de cette unité soient tous ascendants, comme il est nécessaire qu’une roue à cliquets tourne toujours dans le même sens.

Pourquoi, demandera-t-on, les prix ne sont-ils pas stabilisés même aux hauts niveaux de l’emploi par DES RÉSERVES DE BIENS RÉELS ? La réponse est fournie par Keynes dans le Treatise on Money. [bgcolor=#FFFF99]DU FAIT DE LEUR STRUCTURE MONÉTAIRE, NOS ÉCONOMIES ONT HORREUR DES STOCKS[/bgcolor]. En l’absence d’un volant régulateur de marchandises, les prix ne peuvent donc y être stabilisés que par un volant de travailleurs et d’équipement inemployés, c’est-à-dire parles fluctuations d’un niveau insuffisant de l’emploi.

Dans les dernières années de sa vie Keynes pressentait qu’il ne serait pas possible de concilier le plein emploi avec la stabilité des prix. Vingt ans plus tard les dirigeants politiques semblent le découvrira leur tour. M. Callaghan, Chancelier de l’Échiquier, et M. Pompidou ont fait des déclarations en ce sens, respectivement en novembre 1967 et en janvier 1968. Dès l’année 1951, un des disciples les plus illustres de Keynes, Abba Lerner, estimait dans son livre Economics of Employment que la moyenne des salaires devrait être stabilisée par une action syndicale bu gouvernementale pour que le plein emploi pût être atteint. C’est de la même idée que s’inspire la Politique dite des Revenus, qui tend à soumettre les salaires au contrôle des autorités, ainsi que les profits, les rentes et les autres revenus. Cette Politique, en paralysant le mécanisme des prix, nous paraît propre à causer plus de pertes du côté du rendement que de gains du côté de l’emploi. C’est un paradoxe, à nos yeux révélateur, que la Théorie Générale, dont tant de pages attestent le profond attachement de Keynes à l’individualisme et aux libertés, ait conduit à des méthodes aussi attentatoires à ces principes. Ladite Théorie, il est vrai, contient également des anathèmes répétés contre le « laissez faire ». En bonne logique ces anathèmes auraient dû être dirigés contre la monnaie de crédit ; mais ils ne pouvaient l’être, de toute évidence, dans une théorie fondée sur l’usage d’une telle monnaie.

L’on trouve pourtant dans la Théorie Générale une vérité qui nous paraît être le principe de toute science monétaire. Elle n’y figure pas sous la plume de Keynes, mais sous celle d’un historien orthodoxe, Heckscher, qui est cité dans ces termes : « La fuite devant les biens réels est, dans une économie monétaire, l’attitude la plus normale de l’homme naturel » (p. 346). L’évasion hors des biens réels (il vaudrait mieux dire hors des biens déterminés), puisqu’elle est impossible en régime de troc, est en effet spécifique des économies monétaires. Mais elle n’est dangereuse pour l’emploi que si elle mène à l’impasse d’un métal précieux ou aux abstractions de la monnaie de crédit. Elle aurait peu de conséquence si elle conduisait à une monnaie elle-même constituée de biens réels, susceptibles d’être produits et consommés. Dans ce cas, la monnaie serait un investissement en stocks liquides en même temps qu’un moyen d’épargne.

L’égalité de l’épargne et de l’investissement serait maintenue dans l’ensemble de la communauté sans requérir les fluctuations du revenu global et de l’emploi, qui en sont le facteur nécessaire quand la monnaie est fiduciaire. En d’autres termes, la fuite devant les biens réels n’est génératrice de chômage que lorsque l’expansion monétaire est impropre à fournir assez d’emploi, soit parce qu’elle est limitée par des causes physiques, comme dans le cas de la monnaie or, soit parce qu’elle risque de faire monter excessivement les salaires et les prix comme c’est le cas, nous l’avons vu, de la monnaie de crédit.

[bgcolor=#FFFF99]La clef du plein emploi[/bgcolor] ne doit donc pas être cherchée dans l’expansion monétaire, ni dans la Politique des Revenus, ni dans les autres expédients déduits de la Théorie Générale. [bgcolor=#FFFF99]Elle se trouve, à notre avis, dans l’abandon de cette institution empirique, injuste et inefficace qu’est la monnaie de crédit et son remplacement par une monnaie rationnelle, adaptée à ses fonctions économiques et sociales.[/bgcolor] Puisse l’ouvrage de Keynes aider à le comprendre. »

Avril 1968.
Jean de Largentaye.


Notes :

(1) Le mot prix signifie bien entendu prix de vente. Nous n’employons jamais l’expression prix de revient, mais seulement celle de coût.

(2) Cf. Économie appliquée, tome XX, juillet-septembre 1967, pp. 265-318.

Source : John Maynard Keynes, « Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie », Payot, 1988, pages 20 à 29 : deuxième note du traducteur (1968), Jean de Largentaye.


Bien amicalement.

Étienne.


Étienne Chouard dit : [url=http://www.pauljorion.com/blog/?p=1289#comment-13148]26 décembre 2008 à 01:55[/url]

Chers amis,

Est-ce que nous ne sommes pas PRESQUE D’ACCORD ?


• Paul, Nadine et quelques uns parmi nous disent : [b]« les banques commerciales ne créent pas de monnaie : elles ne PEUVENT PAS le faire puisque LA SEULE MONNAIE qui mérite ce nom est celle émise par la banque centrale, par définition ».

Sous-entendu : le contraire SERAIT un véritable SCANDALE[/b] :wink:

• D’autres parmi nous disent : [b]"aujourd’hui, c’est un fait, les banques commerciales ont le droit (mais pas la légitimité) de CRÉER À PARTIR DE RIEN (mais quand même pas sans limite) des SIGNES PORTEURS DE POUVOIR D’ACHAT, tout aussi efficaces dans l’échange que les signes de la Banque centrale, bien que TEMPORAIRES, et tout aussi dangereux pour l’économie quand ils sont en surnombre, et également très dangereux quand ils favorisent une pénurie des signes permanents.

Les banques commerciales ont obtenu ce droit de nos députés (il suffit de lire leurs bilans), mais ça nous coûte les yeux de la tête et C’EST un véritable SCANDALE[/b] :wink:


Finalement, il y a un groupe qui dit « ce SERAIT (au conditionnel) un scandale que d’autres organes que la Banque centrale aient le droit d’émettre de la MONNAIE », alors que l’autre groupe dit que « C’EST un scandale » (à l’indicatif).

Est-ce que nos points de vue sont si radicalement opposés ?..

:slight_smile:

Bonne nuit à tous.

Étienne.

[bgcolor=#66FF00]Des nouvelles de mes participations récentes sur le blog de Paul Jorion (suite)[/bgcolor]

Troisième billet de Paul important en décembre,
[bgcolor=#FFFF99]« Les bons et les mauvais coupables »[/bgcolor] (27/12/2008),
au cours duquel quelques échanges mémorables ont eu lieu, notamment un avec Loïc Abadie (ultralibéral et spéculateur assumé) et un autre avec Paul Jorion qui a semblé irrité au fait qu’on continue à invoquer la thèse de Jean Bayard (les banques ne prêtent pas du tout l’épargne qu’elles reçoivent en dépôt : elles créent presque toujours l’argent qu’elles prêtent).

Encore une fois, je soumets mes réflexions au feu de votre critique.

Cette fois, je vais commencer par le billet de Paul, qui défend le principe du prêt à INTÉRÊT et discrédite à bon compte ceux qui critiquent l’intérêt avec des arguments que je trouve fort peu convaincants :

Billet de [b]Paul Jorion[/b] du 27 décembre 2008 : [url=http://www.pauljorion.com/blog/?p=1353][b][bgcolor=#FFFF99]« Les bons et les mauvais coupables »[/bgcolor] (27/12/2008)[/b][/url] :

« Imaginons que vous êtes persuadé que le versement d’intérêts est une chose néfaste. Vous êtes parvenu à cette conclusion par le raisonnement ou en étant convaincu par les arguments de l’une des religions qui prêchent ce message : le christianisme et l’islam.

Je précise tout de suite que je ne fais pas partie de ces personnes : je considère les intérêts comme un excellent moyen de partager – dans certaines circonstances – la fructification d’un capital entre celui qui a avancé ce capital et celui qui l’a fait fructifier.

Vous vous penchez sur l’histoire de l’économie et vous constatez avec tristesse que toutes les tentatives d’éradication des intérêts se sont soldées par un échec. Vous lancez une investigation, à la recherche des coupables.

Première hypothèse : Les banques commerciales créent de la monnaie ex nihilo. Alors le mécanisme est simple : elles perçoivent des intérêts sur ces flux, et les banquiers sont responsables.

Seconde hypothèse : Les banques jouent un rôle d’intermédiation : elles mettent en contact ceux qui ont du capital en excès et ceux à qui il fait défaut, elles perçoivent les intérêts des emprunteurs et les reversent aux prêteurs. Elles perçoivent au passage la « marge bancaire » : elles versent moins aux prêteurs que ce qu’elles reçoivent des emprunteurs, la « marge » couvre leurs frais et leur assure un profit qui rémunère la fonction d’intermédiation qu’elles procurent. Dans un système où les intérêts n’existeraient pas, la « marge bancaire » serait remplacée par une simple commission.

Dans cette second hypothèse, les bénéficiaires des intérêts sont les prêteurs : les investisseurs, les épargnants, les pourvoyeurs en capital, c’est-à-dire les « capitalistes ».

Imaginons maintenant que vous souscriviez initialement à la première hypothèse mais que la seconde vous paraît désormais préférable. La situation est frustrante : vous cherchiez des coupables, et vous les aviez trouvés : « les banquiers », un petit groupe, aisément circonscrit – et dont vous ne faites pas partie. La seconde hypothèse vous propose à la place un groupe énorme, diffus à l’intérieur de l’ensemble de la population, allant du plus gros financier au plus petit épargnant. Pire : pour peu que vous possédiez un livret-épargne ou quelques actions, vous êtes vous-même un « petit rentier », un « petit spéculateur », c’est-à-dire, l’un des coupables.

Souvenez vous de l’été dernier : le monde était la proie de la spéculation sur le pétrole et sur l’ensemble des matières premières, le grain venait du coup à manquer, des émeutes de la faim éclataient en Égypte, en Côte-d’Ivoire, en Haïti, le monde en colère réclamait la tête des coupables. L’enquête fut lancée et on les découvrit sans trop de peine : les fonds de pension, les universités, les musées, les hôpitaux. Zut ! Même topo : les coupables n’étaient pas ceux que l’on attendait (espérait ?) ! »


Il y aurait un jeu qui consisterait à compter le nombre de procès d’intention portés dans ces phrases, mais passons.


[b]Étienne Chouard[/b] dit : [url=http://www.pauljorion.com/blog/?p=1353#comment-13236]28 décembre 2008 à 16:49[/url]

[bgcolor=#FFFF99]L’argument de la CONCURRENCE
entre les banques commerciales
est-il PERTINENT (et RASSURANT) ?[/bgcolor]

Cher Oppossum,
(Est-ce que le mot oppossum a un sens, avec deux p ?)

Vous dites :

"B) Effectivement [b]les banques commerciales ont un pouvoir exorbitant[/b], en théorie, [b]mais il est [bgcolor=#FFFF99]BORDÉ par :[/b] [b]- la concurrence[/b][/bgcolor] (on aura beau blablater, elle existe bien réellement) [b]- les fuites[/b] [b]- la nécessité de se provisionner en monnaie Banque centrale[/b]
J'ai lu ça cent fois dans les manuels, effectivement.

Pourtant, depuis quelque temps, je formule en moi-même une objection, à laquelle je n’ai pour l’instant pas de réponse, mais vous m’aiderez peut-être…

Je vous invite donc à blablater un peu avec moi :wink:


Pour justifier le privilège de création monétaire consenti aux banques commerciales, on met souvent en avant le fait que ce privilège n’est pas sans limite.

Première analogie qui me vient à l’esprit : [bgcolor=#FFFF99] c’est un peu comme si une prétendue « loi » autorisait d’abominables Rapetous à venir — très légalement — piquer de l’argent dans votre poche tous les soirs, OUI MAIS PAS TOUT, donc vous voyez bien que ce n’est pas si grave…[/bgcolor]

Pas très convaincante, la justification de « la limite », je trouve.
Passons.

La limite — j’ai failli dire la prétendue « limite » — serait, selon les manuels, l’existence d’une concurrence entre les banques, concurrence qui les empêcherait de faire n’importe quoi et de prêter à gogo, par exemple à des clochards (à quoi pensez-vous, espèce de séditieux ?).

[color=blue]Comment fonctionne cette « limite » ?

Si je suis une banque (disons que je suis la BNP) qui détient en gros une part de marché des DAV (les dépôts à vue, c’est la monnaie) de 10% (autrement dit, sur 100 € déposés, bon an mal an, 10 € sont déposés chez moi BNP), alors, quand je prête 100 € à un client, je crée 100 « € BNP » et ce client va utiliser ces € pour régler ses achats et, au final, il y a 90 € qui vont quitter mes comptes BNP (le passif de mon bilan) pour échouer sur les comptes de mes concurrents (le passif du bilan des autres banques, la monnaie circule).

De la même façon mais en sens inverse, chaque fois que les autres banques prêtent (créent) des euros à leurs clients, bon an mal an, il y en a 10% qui font finir sur mes propres comptes (au passif de mon bilan).

Donc, si nous respectons tous (nous autres les banques) nos parts de marché (si nous prêtons en respectant ces proportions), c’est-à-dire si moi BNP je prête (crée) aujourd’hui 10% (et pas plus) de tout ce qui a été prêté (créé) aujourd’hui, alors, le soir, après la compensation, les comptes des banques entre elles seront en équilibre, personne ne devra rien à personne et donc personne n’aura besoin de monnaie banque centrale pour éponger un déséquilibre.

Au contraire, si moi BNP, alléchée par quelques demandeurs de crédit très séduisants, j’ai exagéré aujourd’hui et si j’ai beaucoup trop prêté (beaucoup trop créé), si j’ai par exemple prêté (créé) aujourd’hui 30% de ce qui a été prêté (créé) par toutes les banques dans la journée, une grande partie de cet argent nouveau (90% de ces 30%) va fuir mes comptes alors qu’une moindre partie (10% seulement de l’ensemble des prêts de la journée, comme d’habitude) va revenir dans mes comptes, ce qui va me rendre débiteur envers les autres banques, le soir à la compensation.

Or, quand une banque est débitrice envers une autre banque, elle ne peut pas payer sa collègue banque en « monnaie de singe » : moi BNP, je ne peux pas payer la Société générale en « monnaie BNP », de la monnaie que je créerais ex nihilo comme d’habitude (je ne peux pas parce que je n’ai pas de contrepartie à mettre en face, dans ce cas de figure)…

Donc, la Société générale veut de la monnaie banque centrale en paiement de ses créances. Or, moi BNP, —heureusement !—, je ne peux naturellement pas créer cette monnaie banque centrale (celle qui me manque parce que j’ai « exagéré » en prêtant (créant) plus que ce que ma part de marché me permettait de faire). Alors, il faut que moi BNP j’emprunte cette monnaie banque centrale (soit à la banque centrale elle-même, soit à une autre banque, la Société Générale si elle veut bien me la prêter, ce qui ne va pas de soi ces temps-ci), et ça va me coûter les yeux de la tête.

D’où la « limite ».[/color]


Mon objection :

[bgcolor=#FFFF99]Que se passe-t-il SI, INSENSIBLEMENT, PETIT À PETIT, TOUTES LES BANQUES PRÊTENT DE PLUS EN PLUS TOUT EN RESPECTANT GROSSO MODO LEURS PARTS DE MARCHÉ RESPECTIVES (un jour plus, mais l’autre jour moins) ?[/bgcolor]

Dans ce cas-là, la compensation annule toutes les dettes tous les soirs, et le besoin en monnaie banque centrale reste nul pour tout le monde.

[bgcolor=#FFFF99]Et la « planche à billets commerciale » peut ainsi — progressivement et impunément — tourner de plus en plus vite. [/bgcolor]

Non ?

À mon avis, c’est ce qui se passe depuis des années et (c’est mon objection) cette évolution-là (« tout le monde prête-crée de plus en plus sans que l’un des prêteurs-créateurs ne dépasse — ni significativement ni durablement — les autres ») annule complètement l’argument (déjà passablement frelaté comme je l’ai signalé d’abord) de la concurrence entre banques comme « garde-fou » salutaire, véritable « garant de la vertu » des banques commerciales créatrices de la monnaie (tu parles).

Rappel : la masse monétaire augmente (sans inflation, notez-le au passage) de plus de 10% par an depuis plus de six ans sur la zone euro.

Que pensez-vous de cette objection ?

Au plaisir de vous lire.

Étienne.


PS : je ne prône nullement la nationalisation des banques : à mon avis, elles connaissent mieux leur clientèle (individu par individu) que ne le ferait n’importe quelle administration et elles peuvent très bien rester privées si la puissance publique récupère le monopole de la création monétaire. Je suggère seulement de leur retirer (pour le rendre à la collectivité) ce privilège extravagant de percevoir un revenu (l’intérêt) proportionnel à la somme qu’elles créent gratuitement de toutes pièces au moment du prêt, alors que de simples honoraires suffiraient, proportionnels au travail (très modeste en l’occurrence, il me semble) effectué par les banques. Cette mesure mettrait fin à une injustice ruineuse, un revenu sans cause, une rente non nécessaire pénalisant tous les autres acteurs.

PPS : sur la justification ou pas de l’intérêt (l’intérêt en général, et pas seulement de l’intérêt perçu par les banques, bien sûr), il est évident que les dogmes religieux (que je conchie chaque matin) ne sont pas le seul socle intellectuel possible à une critique radicale de l’intérêt.

Limiter notre critique à cette genèse-là est réducteur au point d’en être déloyal : il n’y a pas que des imbéciles qui dénoncent à la fois l’injustice et l’inefficacité économique de l’intérêt.

Je vous prépare (mais c’est long, je vais un peu tarder) des extraits significatifs de l’analyse de Maurice Allais telle qu’il la formulait déjà dans « Économie et intérêt » en 1947 (livre passionnant qui lui a valu le prix dit « Nobel »). Vous verrez qu’il appuie sa pensée sur une description méticuleuse et une critique rigoureuses de nombreux grands esprits passés (pas du tout d’« extrême gauche ») ; ça va vous intéresser, c’est sûr.

PPPS : je sais que parfois, sur le net, LES MAJUSCULES signifient que l’on crie. Mais ce n’est qu’une convention, une convention qui a comme conséquence de nous interdire à tous l’usage des majuscules, alors que les majuscules permettent aussi d’attirer l’attention sur un point vraiment très important.
Alors, entre deux conventions, j’ai choisi (librement) la plus courante (en dehors de l’Internet) et comme je ne crie pas, je n’imagine pas qu’on puisse croire que je crie…


[b]Loïc Abadie[/b] dit : [url=http://www.pauljorion.com/blog/?p=1353#comment-13244]28 décembre 2008 à 19:31[/url]

Bonsoir,

Je pense aussi que [bgcolor=#FFFF99]le versement d’intérêts (donc le crédit) est nécessaire et bénéfique. Sans eux personne de sensé n’accepterait de prêter son argent et les investissements de long terme ne pourraient avoir lieu.[/bgcolor] Même en finance islamique, ces intérêts refont surface sous forme détournée (montage de capital-risque assimilables de fait à du crédit). Et ce crédit doit rester l’affaire du privé, faute de quoi on donnerait aux états un droit de vie et de mort sur tous les opérateurs économiques ayant besoin du crédit…et on reviendrait bien vite aux dictatures socialistes.

Pour le reste :
clairement la 2ème hypothèse “les banques sont de simples intermédiaires” n’est pour moi pas valide.

Dans le cas d’une banque intermédiaire, le client X ayant 10000 euros serait contacté par la banque Y. Elle lui demanderait si il est intéressé pour prêter de l’argent à l’emprunteur Z, et si X répond oui (et seulement dans ce cas), les 10000 euros disparaîtraient de son compte pour être transférés sur le compte de Z, et en fin d’opération X serait remboursé et partagerait les intérêts avec sa banque.
Nous sommes alors dans un système à réserve pleine et il n’y a pas de création de monnaie, juste des transferts.

Dans le système actuel, la banque Y prête les 10000 euros de X sans lui demander son avis, ne lui verse au final aucun intérêt sur son compte courant, et les 10000 euros restent en théorie sur le compte de X, la banque espérant simplement qu’il n’y aura pas trop de déposants venant réclamer au même moment leur argent. De la monnaie temporaire étant créée de toutes pièces à cette occasion, et se trouve disponible pour alimenter une spéculation excessive si elle est surabondante.
Ce n’est pas ce que j’appelle une “intermédiation”. Dans une vraie intermédiation, le médiateur discute avec les deux parties, et les mouvements d’argent sont clairs !

Maintenant est-ce que cela fait des banques les “coupables” ? La réponse est pour moi non. Si le système actuel de réserve fractionnaire existe c’est qu’il y a un large consensus social en sa faveur pour le moment. Rien n’interdit en effet à une banque de ne prêter qu’avec l’accord des déposants, en transférant l’argent créé au lieu de créer de la monnaie temporaire. Dans ce système, 100% des emprunteurs peuvent faire défaut, cela ne posera pas de problèmes à la banque, et aux déposants qui ont choisi de ne pas prêter leur argent. C’est ce que j’appelle une banque “Rothbardienne”.
Si de telles banques n’ont pas vu le jour jusqu’ici alors qu’aucune loi ne l’interdit, c’est qu’il n’y avait pas de demande sociale dans ce sens : Nous approuvons donc tous de fait le système actuel !

Pourquoi d’ailleurs chercher à tout prix un “coupable” (si ce n’est pour se dire “ce n’est pas de ma faute”) ?
Le coupable initial (si l’on peut dire) réside dans la nature grégaire des hommes (sans doute d’origine génétique et sélectionné comme avantage évolutif). C’est cette nature grégaire qui était bénéfique à l’époque paléolithique qui ne l’est plus du tout dans le monde financier : elle pousse les opérateurs à acheter parce que d’autres achètent et à vendre parce que d’autres vendent.
Ce comportement grégaire et irrationnel a été démontré par de nombreuses expériences de marchés fictifs, y compris sur des étudiants en économie à priori très avertis. Le fait d’être libéral ne m’empêche évidemment pas de reconnaître cette évidence, et la théorie des marchés rationnels n’est d’ailleurs pas partagée par tous les libéraux (loin de là).

Tout le monde est donc “coupable” (si l’on peut dire) des excès actuels, en particulier les états qui ont poussé à l’endettement et incité les banques à prendre des risques extrêmes. Mais là encore, les états ne sont au final que l’émanation de la foule qui plébiscite les politiques de fuite en avant dans le crédit.
Le “coupable”, c’est la dynamique de groupe qui s’empare de différentes “foules” : ménages, cadres des banques, responsables politiques…etc.

À partir de là :

  • Soit on maintient le système actuel de réserve fractionnaire avec capacité de production de crédit quasi-illimitée, et de grands cycles bulles/implosion s’enchaîneront quelles que soient les règlementations imposées à la spéculation (l’excès de liquidité issu d’un crédit incontrôlé trouvera toujours une issue où se “placer”).

  • Soit on passe à un système de réserve pleine (ou dans un premier temps, par prudence, à un système de réserve fractionnaire très encadré, avec des leverage ratios très limités pour les banques, comme j’ai eu l’occasion de le détailler). Il y aura encore de petites bulles spéculatives (la nature humaine étant ce qu’elle est), mais au moins elles n’auront pas la possibilité de grossir exagérément et de faire de gros dégâts vu qu’elles n’auront pas de “carburant-crédit” en quantité suffisante pour cela.

Sur la spéculation pour finir, je pense qu’il faut distinguer deux types de spéculation :

  • La spéculation rationnelle, qui consiste à acheter un actif sous-évalué après une étude détaillée de ses fondamentaux et du rendement qu’il offre, ou au contraire à vendre un actif surévalué, en recherchant des anomalies de marché par rapport aux normales historiques sur le très long terme. C’est en général ma démarche (je revendique le droit de “spéculer”, c’est à dire de pouvoir acheter et vendre librement des actifs pour me constituer un patrimoine)
    Les “rationnels” (je pense en faire partie) vont souvent à l’encontre du sentiment de foule dominant, et se méfient dès qu’ils voient un large consensus se développer.

  • La spéculation irrationnelle, qui consiste à acheter un actif simplement parce qu’il “a monté” et à le vendre parce qu’il “a baissé” en dehors de toute étude fondamentale. C’est cette spéculation qui est à l’origine des bulles.


[b]Étienne Chouard[/b] dit : [url=http://www.pauljorion.com/blog/?p=1353#comment-13248]28 décembre 2008 à 21:38[/url]

@ Loïc,

Vous dites :

« Je pense aussi que le versement d’intérêts (donc le crédit) est nécessaire et bénéfique. [b]Sans eux, personne de sensé n’accepterait de prêter son argent[/b] et les investissements de long terme ne pourraient avoir lieu. »
Je pense que c’est une erreur, une vraie belle erreur : [b]en fait, [bgcolor=#FFFF99]LES ÉPARGNANTS N’ÉPARGNENT PAS POUR GAGNER UN TAUX D’INTÉRÊT : ils épargnent parce qu’ils ont trop d’argent et qu’ils ont satisfait leurs besoins ; ils épargneraient de toutes façons, quel que soit le taux. Tout taux réel positif crée une rente, un effet d’aubaine appelé « rente de l’épargnant ».[/bgcolor][/b] — et j’en ai parlé [url=http://www.pauljorion.com/blog/?p=887#comment-9291]dans ce message du 30 octobre[/url], avec une citation de [b]Maurice Allais[/b] et un autre de [b]Keynes[/b] à l’appui.

J’aimerais savoir ce que vous pensez, Loïc, de cette thèse de la rente de l’épargnant, effet d’aubaine non nécessaire.

Amicalement.

Étienne.


Rappel de mes deux citations :

• La première vient du gros livre qu’a écrit Maurice Allais au sortir de la guerre (et qui lui a valu plus tard le « Prix Nobel »), « Économie et intérêt », page 101 et s. :

[b]RENTE DE L'ÉPARGNANT[/b]

Lorsque le taux du marché a la valeur d’équilibre Ie (fig. 1), le capital épargné par un individu donné a la valeur Ce, mais une partie de cette épargne subsisterait si le taux d’intérêt du marché était inférieur à Ie. Il en résulte pour l’épargnant une rente.

Figure 1

Figure 2

En effet, la quantité dC que l’épargnant aurait consenti à capitaliser pour un revenu annuel IdC est en fait capitalisée pour un revenu annuel IedC.

Il en résulte pour lui un revenu gratuit, égal à l’intégrale

R = Surface hachurée IoIeMe

que nous appellerons rente de l’épargnant.

Certains économistes ont prétendu que l’intérêt perçu IC était la rémunération de l’effort d’abstinence réalisé par l’épargnant en portant son capital de la valeur C0, qu’il aurait si le taux d’intérêt était nul, à sa valeur d’équilibre Ce.

[bgcolor=#FFFF99]On voit en fait que cette rémunération est généralement beaucoup plus élevée que le sacrifice réel ainsi consenti[/bgcolor], dont la valeur est égale à la surface C0CeMe correspondant à la rémunération de la seule épargne marginale et on comprend les paroles indignées de Lassalle, devant certaines thèses extrêmes des théoriciens de l’abstinence" : «L’intérêt du capital est la récompense de la privation ! Admirable parole, parole qui vaut son pesant d’or ! Les millionnaires européens, les ascètes, les pénitents hindous, les stylistes perchés sur une jambe en haut de leur colonne, les bras tendus, le corps penché, la mine blême, tendant vers le peuple leur écuelle pour recueillir la récompense de leurs privations ! Au milieu d’eux et dominant tous les pénitents, le pénitent des pénitents : la firme Rothschild !».

Rente de l’épargnant et rente du consommateur.

En réalité, il ne faut voir dans la rente de l’épargnant qu’un cas particulier de la rente dont bénéficie tout individu lorsqu’il participe au marché.

En effet, un individu (X) poursuit l’échange d’un bien (A) contre un bien (B) tant que, compte tenu du taux d’équivalence du marché, les quantités reçues de (B) ont pour lui plus de valeur que les quantités données de (A) et arrête cet échange lorsque son taux d’équivalence psychologique devient égal au taux d’échange du marché.

Il en résulte que toute opération économique librement effectuée laisse à l’agent qui le poursuit un revenu gratuit, une rente, puisqu’il n’y a équivalence psychologique entre les quantités reçues et les quantités fournies qu’à la marge et que tant que cette limite n’est pas atteinte l’agent considéré retire un avantage de l’échange.

La rente de l’épargnant en tant que revenu gratuit n’est donc pas un phénomène propre à l’épargne et elle est absolument, analogue à la rente du consommateur pour lequel la valeur psychologique moyenne des biens acquis est toujours supérieure à celle des sommes dépensées pour les acquérir, la différence pouvant être considérable, ou à la rente du travailleur pour lequel la valeur psychologique du salaire est toujours supérieure à celle du travail fourni.

Si donc, et comme nous l’avons montré, il serait faux de soutenir que l’intérêt perçu n’est que la stricte rémunération de l’effort d’épargne, il serait tout aussi injustifié de s’indigner du caractère de revenu gratuit d’une partie des intérêts touchés, alors que ce même caractère s’attache aux achats du consommateur, aux revenus du travailleur et d’une manière générale à tout acte économique et quelque justes qu’elles puissent être, en tant que critiques de certaines théories de l’abstinence, les observations de Lassalle ne sauraient être retenues en aucune façon dans la forme qui leur a été donnée en tant qu’arguments tendant à mettre en cause la justification sociale du prêt à intérêt (2).


(2) Toutefois, il est bien certain que s’il n’y a, entre la rente du consommateur ou du travailleur et la rente de l’épargnant, aucune différence de nature, il peut y avoir dans certains cas une différence d’échelle. Ainsi, il n’y a guère de comparaison possible entre la rente du travailleur pour lequel le salaire correspondant à un travail donné perçu sur la base d’un salaire unitaire égal à sa valeur psychologique marginale peut être cinq à dix fois supérieur à sa valeur psychologique moyenne, et la rente du milliardaire américain qui, sur la base d’un taux d’intérêt pur de l’ordre de 4%, perçoit 40 millions d’intérêts pour une épargne qu’il ne modifierait guère si le taux d’intérêt pur du marché devenait nul.

Source : Maurice Allais, « Économie et intérêt » (p 101 et s.), 1947, réédité par les Éditions Clément Juglar en 1998.

• La seconde explication sur la rente de l’épargnant que je voudrais vous signaler est tirée d’une perle, une pure merveille :

Note finale (point II) de [bgcolor=#FFFF99][b]la « Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie »[/b] de [b]Keynes[/b][/bgcolor] (p. 366 et s chez Payot) :

II

« Mais il y a une seconde partie de notre analyse dont les conséquences sont beaucoup plus importantes pour l’avenir des inégalités de fortune ; c’est notre théorie du taux de l’intérêt. On justifiait jusqu’ici une certaine élévation du niveau de l’intérêt par la nécessité de fournir à l’épargne un encouragement suffisant.

Mais nous avons démontré que le montant effectif de l’épargne est rigoureusement déterminé par le flux de l’investissement et que l’investissement grossit sous l’effet d’une BAISSE du taux de l’intérêt, pourvu qu’on ne cherche pas à le porter au delà du montant qui correspond au plein emploi. La politique la plus avantageuse consiste donc à faire BAISSER le taux de l’intérêt par rapport à la courbe de l’efficacité marginale du capital jusqu’à ce que le plein emploi soit réalisé.

Ce critère conduira, sans aucun doute, à un taux de l’intérêt beaucoup plus faible que celui qui a régné jusqu’ici, et pour autant qu’on puisse faire des conjectures au sujet des courbes de l’efficacité marginale qui correspondent à un équipement en capital de plus en plus développé, il y a lieu de croire que le maintien plus ou moins continu d’une situation de plein emploi exigera une baisse profonde du taux de l’intérêt, sauf toutefois si dans la communauté tout entière (État compris) il se produit une forte variation de la propension à consommer.

Nous sommes convaincu que la demande de capital est strictement limitée, en ce sens qu’il ne serait pas difficile d’accroître l’équipement jusqu’à ce que son efficacité marginale tombe à un chiffre très faible. Ceci ne veut pas dire que l’usage des biens de capital ne coûterait presque plus rien, mais seulement que le revenu qu’on en tirerait aurait tout au plus à couvrir la dépréciation due à l’usure et à la désuétude, et une certaine marge destinée à rémunérer les risques ainsi que l’exercice de l’habileté et du jugement.

En bref, les biens durables de même que les biens éphémères fourniraient au cours de leur existence un revenu global couvrant tout au plus le coût du travail nécessaire à les produire, augmenté des coûts de l’habileté et de la surveillance et d’une allocation correspondant aux risques.


Cet état de choses serait parfaitement compatible avec un certain degré d’individualisme. Mais il n’en impliquerait pas moins [bgcolor=#FFFF99][b]L’EUTHANASIE DU RENTIER ET PAR SUITE LA DISPARITION PROGRESSIVE DU POUVOIR OPPRESSIF ADDITIONNEL QU’A LE CAPITALISTE D’EXPLOITER LA VALEUR CONFÉRÉE AU CAPITAL PAR SA RARETÉ.

L’INTÉRÊT NE RÉMUNÈRE AUJOURD’HUI AUCUN SACRIFICE VÉRITABLE non plus que la rente du sol. Le détenteur du capital peut obtenir un intérêt parce que le capital est rare, de même que le détenteur du sol peut obtenir une rente parce que le sol est rare.

Mais, tandis que la rareté du sol s’explique par une raison intrinsèque, il n’y a aucune raison intrinsèque qui justifie la rareté du capital.[/b][/bgcolor]


Une raison intrinsèque de cette rareté, plus précisément un sacrifice véritable que seule pourrait faire consentir l’offre d’une récompense sous forme d’intérêt, n’existerait que dans le cas où la propension individuelle à consommer s’avérerait assez forte pour que l’épargne nette en situation de plein emploi devienne nulle avant que le capital fût suffisamment abondant.

Et, même dans ce cas, les Pouvoirs Publics auraient encore la ressource d’entretenir une épargne commune assez importante pour permettre au capital de se développer jusqu’à ce qu’il cessât d’être rare.

[bgcolor=#FFFF99]La généralisation de la rente nous paraît constituer une phase intermédiaire dans l’évolution du capitalisme ; elle prendra fin lorsqu’elle aura rempli son objet. Et la disparition de la rente du capital entraînera bien d’autres changements radicaux dans ce régime. Le grand avantage du programme que nous préconisons, c’est que la disparition du rentier ou du capitaliste sans profession n’aura rien de soudain, qu’elle n’exigera aucun bouleversement[/bgcolor], qu’elle résultera de la simple persistance pendant un certain temps de l’évolution graduelle que la Grande-Bretagne a connue récemment.

Pratiquement on pourrait se proposer (tout ceci n’a rien d’irréalisable) d’abord d’augmenter l’équipement jusqu’à ce que le capital cesse d’être rare, de manière à supprimer la prime attribuée au capitaliste sans profession ; ensuite de créer un système de taxation directe obligeant les financiers, les entrepreneurs et les autres hommes d’affaires à mettre au service de la communauté à des conditions raisonnables leur intelligence, leur caractère et leurs capacités professionnelles (ces hommes d’affaires aimant certainement assez leur métier pour consentir à travailler à bien meilleur compte qu’à présent).

Il faut avouer cependant que l’expérience seule peut indiquer dans quelle mesure il convient d’orienter la volonté publique, telle qu’elle s’exprime par la politique du Gouvernement, vers le renforcement de l’incitation à investir; et dans quelle mesure il est possible d’accroître la propension moyenne à consommer sans risque de s’éloigner de l’objectif consistant à dépouiller le capital de sa valeur de rareté en l’espace d’une ou deux générations.

On constatera peut-être que la propension à consommer est si facilement renforcée par le déclin de l’intérêt que le plein emploi peut être réalisé moyennant un flux d’épargne et par suite une vitesse d’accumulation à peine plus grands qu’aujourd’hui.

Dans ce cas l’augmentation des taxes sur les gros revenus et sur les grosses successions pourrait avoir l’inconvénient d’abaisser le flux d’investissement correspondant au plein emploi très au-dessous du niveau qui existe en fait à l’heure actuelle. Nous ne songeons pas à nier qu’une telle conséquence soit possible, voire même probable.

Il serait téméraire en ce domaine de prédire la réaction de l’homme moyen en face de circonstances nouvelles. Cependant, si l’on pouvait sans difficulté assurer approximativement le plein emploi par une légère augmentation du flux d’investissement actuel, on aurait déjà résolu un problème essentiel. Et il resterait à fixer par une décision séparée l’ampleur et les modalités des restrictions de consommation qu’il serait juste et raisonnable d’appeler la génération actuelle à consentir afin que ses successeurs puissent bénéficier le moment venu d’un état de plein investissement. »

Source : John Maynard Keynes, 1883-1946 , « Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie » (1936), « Notes finales sur la philosophie sociale à laquelle la théorie générale peut conduire » Université du Québec À Chicoutimi et Édition Payot 2005.

oppossum dit : [url=http://www.pauljorion.com/blog/?p=1353#comment-13251]28 décembre 2008 à 22:57[/url]

Voilà Etienne, je tente une petite réponse :

  1. Vous dites :
    “Je suggère seulement de leur retirer (pour le rendre à la collectivité) ce privilège extravagant de percevoir un revenu (l’intérêt) proportionnel à la somme qu’elles créent gratuitement de toutes pièces au moment du prêt, alors que de simples honoraires suffiraient, proportionnels au travail (très modeste en l’occurrence, il me semble) effectué par les banques. Cette mesure mettrait fin à une injustice ruineuse, un revenu sans cause, une rente non nécessaire pénalisant tous les autres acteurs.”

Et bien sachez que sur ce point, je suis plutôt d’accord avec vous. C’est un prélèvement indu.
Même si dans les faits, je me demande si, après examen attentif de leur frais, on en tirerait beaucoup (car ce coefficient des réserves fractionnaires est-il toujours utilisé à son maximum ?).
Par ailleurs, des prélèvements indus, des prix mal fixés, des impôts imbéciles, des gaspillages, il y en a légion.
Mais enfin je suis d’accord avec vous.

Mais je doute que pour vous, cette suggestion que vous faites, ne soit l’essentiel de la restauration de la puissance de l’État dans le processus de création monétaire : Si ? Alors, c’est finalement presque trop raisonnable non ?

  1. Néanmoins, vous semblez très critique sur le principe même de l’intérêt :
    “il n’y a pas que des imbéciles qui dénoncent à la fois l’injustice et l’inefficacité économique de l’intérêt”, dites-vous.

Je n’ai pas d’opinion sur le sujet très précise et si je n’avais pas constaté, comme vous, que la nature humaine est contrastée, je pencherais du côté du gratuit, du beau et de l’émotion. Mais moi même je sais que je ne suis pas parfait.
Par conséquent, l’idée d’un intérêt, qui ne serait pas de l’usure, me parait intuitivement sage, normale, prudente.

Je dirais même que si l’argent était sans intérêt, le fait d’épargner perdrait de son attrait… Quant au fait de prêter (c’est-à-dire prendre tout de même un risque), alors là il n’a plus aucun intérêt -c’est le cas de le dire- .

Ce qui est sûr c’est qu’on se priverait d’un des moyens de contrôler le crédit !

  1. Dans le problème que vous posez (situation où toutes les banques créeraient de + en + d’argent, mais de façon proportionnelle à leur taille pour ne pas se gêner), effectivement l’argument de la concurrence comme “moyen de les brider dans la quantité de monnaie émise” tombe en partie.

Mais je vous objecterai qu’en fin de compte, la diversité des banques et donc leur concurrence, est plutôt un frein à ce que l’une d’entre elle devienne hégémonique, ce qui représenterait un danger indéniable.

Quant bien même la règle des réserves fractionnaires n’existerait pas, les banques ne peuvent tout de même pas créer à l’infini de la monnaie si personne ne vient emprunter ! Le risque d’un accroissement sans limite n’existe pas : la société a des limites dans l’absorption de crédit !

Vous avez raison de dire qu’il a eu effectivement trop de crédit consenti, mais cela s’est passé ainsi parce que les taux étaient trop bas et que l’emprunt est devenu une opération courante , une sorte de façon culturelle de vivre : on achète et on consomme à crédit , on investit à crédit , on équilibre les budgets publics par le crédit !

Les banques n’on fait que faire boire un âne qui avait décidé de boire … bien entendu, elles en étaient réjouies !

Donc, je suis d’accord avec vous. Mais le risque identifié n’est pas le bon, d’après moi.

Ma ‘défense’ des banques privés ne m’empêche pas de penser que la création monétaire devrait être mieux contrôlée ou plutôt que cette création ne devrait pas avoir pour seule logique de faire un profit excessif du côté des banques : ainsi elles ne seraient donc pas tentés de pousser les gens à l’endettement (consommation / investissement).

Oui voilà, j’ai bien formulé ma pensée. Qui vous rejoint quelque part Étienne, je crois.

PS/ Je ne parle même pas des outils de pure spéculation (qui sont la conséquence de l’argent pas cher de la Fed, mais qui ensuite deviennent une raison supplémentaire d’en créer) qu’on devrait interdire et basta.


Étienne Chouard dit : [url=http://www.pauljorion.com/blog/?p=1353#comment-13256]29 décembre 2008 à 00:36[/url]

Oppossum,

Vous dites : « Je dirais même que, si l’argent était sans intérêt, le fait d’épargner perdrait de son attrait… »

Cette vision est probablement une erreur : voyez mon message de 21h38 : l’élasticité de l’épargne par rapport aux taux d’intérêt est faible : quand les taux changent, la propension à épargner ne change pas. Le taux d’intérêt réel (attention, le taux réel, c’est le seul qui compte et c’est la partie du taux qui dépasse le taux de l’inflation) est une rente non nécessaire.

Vous dites ensuite :
« quant au fait de prêter (c’est-à-dire prendre tout de même un risque), alors là il n’a plus aucun intérêt —c’est le cas de le dire- . »

D’où viendrait que seule l’épargne puisse être prêtée ?

N’est-il pas possible de créer (ex nihilo) la monnaie qu’on a besoin de prêter (où le nom qu’on voudra bien donner ici à ces nouveaux moyens de paiement, peu importe lequel) ?

[bgcolor=#FFFF99]D’ailleurs, selon Jean Bayard, les banques n’ont pas du tout le droit de prêter l’épargne déposée chez elles (cet argent ne leur appartient pas et cette épargne bancaire est neutralisée dans ce qu’il appelle des « parkings monétaires : elles doivent créer de la monnaie (en proportion de cette épargne) pour la prêter. »)[/bgcolor]

Amicalement.

Étienne.


PS : vous ne m’avez pas dit.
Qu’est-ce que signifie oppossum ?

PPS : quant à la prétendue protection contre l’hégémonie qui est censée nous être apportée par la concurrence entre les banques, avez-vous remarqué comme, en pleine crise épouvantable, la principale priorité des banques, même avec l’argent des contribuables, c’est de racheter leurs concurrents en difficulté, devenant ainsi des monstres de plus en plus dangereux.

Il me semble d’ailleurs que les personnes physiques feraient bien, avant d’y laisser leur liberté et même leur peau, de se préoccuper de la taille monstrueuse que prennent leurs propres créatures, les « personnes morales » ; enfin le jeu de mot tombe mal puisque les personnes morales (les corporations) sont probablement les êtres les plus immoraux, les plus cyniques, que la terre ait jamais portés. Je pense que les intérêts vitaux des personnes morales sont contraires même à ceux de leurs membres.

En tout cas, je n’ai AUCUNE confiance dans des acteurs privés, quels qu’ils soient, pour gérer la monnaie, bien public inaliénable, comme l’air et l’eau. Aucune institution ne peut être mieux contrôlée que l’État… Ne souriez pas, on peut faire mieux que par le passé, si on ne néglige pas l’essentiel : l’État est l’outil collectif le plus facile à contrôler à condition, bien sûr, que les citoyens imposent une véritable Constitution et donc un processus constituant de qualité (c’est-à-dire des constituants désintéressés, surtout pas à la fois juges et parties), d’où l’importance décisive de ma bagarre…

D’un certain point de vue, je rejoins les ultralibéraux qui se méfient de l’État comme de la peste (car je crains, moi aussi, le Léviathan, qui est capable de nous écraser sans s’en apercevoir, simplement en se retournant, s’inquiétait Alain), mais la solution néolibérale qui consiste à dépouiller l’État de toutes ses prérogatives (pour qu’il ne puisse plus nuire, il y a une certaine logique) conduit finalement à la loi de la jungle c’est-à-dire à la négation de la liberté pour le plus grand nombre et la liberté pour les plus forts seulement. Ce « libéralisme »-là est une escroquerie. Au lieu de cela, selon moi, un État fort mais tenu à la gorge par une vraie Constitution c’est-à-dire une Constitution non écrite par lui et surtout une Constitution HORS DE PORTÉE pour lui, AU-DESSUS de lui (même les traités ne pourraient venir à bout de cette Constitution véritable), cet État fort placé à tout moment sous le contrôle sourcilleux des citoyens pour servir l’intérêt général, serait bien plus libéral que l’État-peau-de-chagrin que nous imposent (sans débat) les néolibéraux depuis 25 ans, État réduit bientôt à ses fonctions de police, de justice et d’armée, misère totalitaire pour le seul service des privilégiés et aux dépens du plus grand nombre. L’idée libérale a été dévoyée.

On ne s’en sortira pas, ni en matière monétaire et financière, ni en aucune matière décisive, sans se réapproprier le processus constituant, au niveau des simples citoyens.


[bgcolor=#FFFF99]Attention : échanges importants (avec Loïc et Paul) :[/bgcolor]

Loïc Abadie dit : [url=http://www.pauljorion.com/blog/?p=1353#comment-13262]29 décembre 2008 à 04:51[/url]

À Etienne “LES ÉPARGNANTS N’ÉPARGNENT PAS POUR GAGNER UN TAUX D’INTÉRÊT”

[color=purple]C’est sans doute vrai que l’épargne est peu sensible aux taux (et beaucoup plus à la confiance des ménages en l’avenir à long terme), mais quel rapport avec la question des banques ou du crédit ?

Nous épargnons par exemple pour nous protéger de l’avenir quand il nous semble menaçant, ou bien pour préparer des projets futurs.

Si il n’y a plus de taux d’intérêt sur les prêts, j’épargnerai encore, évidemment : Je pourrai placer mon capital dans de l’immobilier pour avoir un loyer, ou dans des actions qui rapportent un rendement (et éventuellement une perspective de plus-value)

Par contre je refuserai de prêter à qui que ce soit mon argent vu que cela ne me rapportera plus rien. Tout le monde (ou quasiment) fera comme moi et plus aucune entreprise, plus aucun ménage ne trouvera alors de quoi emprunter.

Si on interdit le rendement (loyers ou actions), cela revient à rendre inutile la possession d’un capital. C’est un cauchemar socialiste (ou une utopie 68-arde, ce qui revient au même), dans lequel toute inégalité serait supprimée. Certains utopistes rêvent d’un monde sans inégalité, mais il faut bien en voir les conséquences pratiques :

Dans ce cas de figure, je m’adapterai simplement à ce système en en faisant le moins possible : je choisirai simplement le travail demandant le moins de responsabilité, que je ferai sans aucune motivation (ou que je ne ferai pas si c’est possible)…et la majorité des opérateurs agiront comme moi (il y aura toujours 1 ou 2% d’idéalistes purs et durs), se comportant en “boulets inertes”. Une société de ce type péricliterait rapidement (ou dériverait vers une dictature parce qu’il faudra une hiérarchie féroce pour obliger les gens totalement démotivés à travailler quand même, avant de péricliter).

Bien entendu, j’aurai fui bien avant cela vers un pays n’ayant pas adopté de telles mesures, qui lui progressera bien plus vite (ses citoyens étant plus motivés) et qui sera bien vite en mesure de dicter ses conditions aux pays ayant choisi l’impasse égalitaire et une solution aussi extrémiste que la suppression de la rente.[/color]

Étienne Chouard dit : [url=http://www.pauljorion.com/blog/?p=1353#comment-13276]29 décembre 2008 à 12:57[/url]

[bgcolor=#FFFF99][b]Cauchemar socialiste supposé [b]
et cauchemar capitaliste avéré…
combien de poids pour deux mesures ?[/bgcolor]

Loïc,

Je reprends votre message point par point, pour ne pas être trop long.
Je mets ce que vous me dites « entre guillemets et en italiques »,
et je vous réponds [entre crochets].

« “LES ÉPARGNANTS N’ÉPARGNENT PAS POUR GAGNER UN TAUX D’INTÉRÊT” : C’est sans doute vrai que l’épargne est peu sensible aux taux (et beaucoup plus à la confiance des ménages en l’avenir à long terme), mais quel rapport avec la question des banques ou du crédit ? »

[Pour moi, ce sont deux questions distinctes, mais c’est Paul, dans son billet, qui suppose que les deux questions sont liées, non ?]


« Nous épargnons par exemple pour nous protéger de l’avenir quand il nous semble menaçant, ou bien pour préparer des projets futurs. »

[Nous sommes d’accord : une motivation importante de l’épargne, tels des écureuils, est de mettre de côté du pouvoir d’achat, en prévision des mauvaises périodes, toujours à craindre.

MAIS,

cette légitime précaution n’emporte PAS DU TOUT avec elle LE DROIT À « RÉCOLTER » PLUS (SANS TRAVAILLER) QUE CE QU’ON A ÉPARGNÉ, ce surplus étant forcément réalisé sur le dos de ceux qui travaillent, jusqu’à démonstration du contraire.

Et c’est bien là que nous divergeons, je pense.

Je sais bien que ce revenu facile (sans travail) vous semble une évidence, parce que les épargnants ont pris L’HABITUDE de gagner plus que ce qu’ils ont économisé, en attendant simplement que le temps qui passe fasse grossir leur tas d’or, tout seul, sans travail, mais toutes les habitudes ne sont pas forcément bonnes, ni légitimes.

Essayez de trouver le fondement moral, la justification de ce gain sans travail, ce n’est pas si simple. Et si vous repoussez l’argument moral, comme si la morale n’avait pas sa place en économie (on entend ça souvent, je ne sais pas ce que vous en pensez), pouvez-vous donner une justification à ce cynisme (la philosophie égoïste par excellence) ? Paix et morale sont-elles dissociables ?

De mon point de vue, le seul intérêt défendable pour l’épargne, c’est celui qui protège l’épargne de l’injustice de l’érosion monétaire, c’est donc un intérêt dont le taux ÉGALE celui de l’inflation, sans le dépasser, ce qui donne un taux RÉEL NUL.]


« Si il n’y a plus de taux d’intérêt sur les prêts, j’épargnerai encore, évidemment : je pourrai placer mon capital dans de l’immobilier pour avoir un loyer, ou dans des actions qui rapportent un rendement (et éventuellement une perspective de plus-value) »

[Votre habitude de gagner de l’argent sans travailler vous fait chercher d’autres combines présentant les même propriétés, on peut le comprendre, mais [b]s’il n’y avait plus AUCUN moyen de gagner de l’argent sans travailler soi-même (sous-entendu, en faisant travailler les autres à sa place), vous feriez, je pense, contre mauvaise fortune bon cœur[/i] et vous vous contenteriez —très normalement— du juste fruit de votre PROPRE travail (une épargne protégée de l’érosion monétaire, et pas plus), et si vous aviez besoin de plus d’argent, vous feriez —enfin— comme tout le monde : vous vous mettriez au travail (un vrai travail qui crée de la richesse)…

Et ce ne serait que JUSTICE.

Pour montrer qu’on peut dire tout ça sans être un « extrême gauchiste » au couteau entre les dents, j’insisterai sur la formulation de Keynes lui-même (grand bourgeois libéral, grand spéculateur et profondément anticommuniste), formulation que j’aime bien, à la fin de sa théorie ; je vous la signale à nouveau parce je ne suis pas sûr que vous l’ayez bien lue :

[C’est Keynes qui parle, mais c’est moi qui souligne. ÉC]

[color=black] « La généralisation de la rente nous paraît constituer une phase intermédiaire dans l’évolution du capitalisme ; elle prendra fin lorsqu’elle aura rempli son objet.

Et la disparition de la rente du capital entraînera bien d’autres changements radicaux dans ce régime.

Le grand avantage du programme que nous préconisons, c’est que la disparition du rentier ou du [bgcolor=#FFFF99]CAPITALISTE SANS PROFESSION[/bgcolor] n’aura rien de soudain, qu’elle n’exigera aucun bouleversement, qu’elle résultera de la simple persistance pendant un certain temps de l’évolution graduelle que la Grande-Bretagne a connue récemment.

Pratiquement on pourrait se proposer (tout ceci n’a rien d’irréalisable) d’abord d’augmenter l’équipement jusqu’à ce que le capital cesse d’être rare, de manière à supprimer la prime attribuée au capitaliste sans profession ; ensuite de créer un système de taxation directe OBLIGEANT LES FINANCIERS, LES ENTREPRENEURS ET LES AUTRES HOMMES D’AFFAIRES À METTRE AU SERVICE DE LA COMMUNAUTÉ À DES CONDITIONS RAISONNABLES LEUR INTELLIGENCE, LEUR CARACTÈRE ET LEURS CAPACITÉS PROFESSIONNELLES (ces hommes d’affaires aimant certainement assez leur métier pour consentir à travailler à bien meilleur compte qu’à présent). »

(Source : John Maynard Keynes, 1883-1946 , « Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie » (1936), « Notes finales sur la philosophie sociale à laquelle la théorie générale peut conduire » Université du Québec À Chicoutimi et Édition Payot 2005.) [/color]


Façon élégante, pour ce génie, de dire que les rentiers sont oisifs, que ce sont des parasites qui vivent sans travailler aux crochets de ceux qui travaillent, que leur rente, contrairement à ce que vous prétendez, ne les encourage pas du tout à travailler mais au contraire, précisément, les DISSUADE de « mettre leur intelligence et leurs capacités au service de la communauté », aux dépens de tous ceux qui, eux, sont condamnés aux travaux forcés (à leur service). ]


« Par contre je refuserai de prêter à qui que ce soit mon argent, vu que cela ne me rapportera plus rien. Tout le monde (ou quasiment) fera comme moi et plus aucune entreprise, plus aucun ménage ne trouvera alors de quoi emprunter. »

[Vous refuserez de prêter votre bel argent et on s’en passera sans problème puisqu’on sait désormais —depuis que la monnaie est totalement dématérialisée— créer ex nihilo l’argent dont on a besoin pour financer les investissements productifs.

Vous garderez votre argent et il ne manquera à personne.]


« Si on interdit le rendement (loyers ou actions), cela revient à rendre inutile la possession d’un capital. C’est un cauchemar socialiste (ou une utopie 68-arde, ce qui revient au même), dans lequel toute inégalité serait supprimée. Certains utopistes rêvent d’un monde sans inégalité, mais il faut bien en voir les conséquences pratiques : »

[Est-ce que ce serait si grave que la possession d’un capital devienne inutile ?

[bgcolor=#FFFF99]Imaginez que le « cauchemar socialiste » (supposé) qui vous fait si peur —à vous qui vivez du travail des autres— est un « rêve de libération » pour ceux qui, aujourd’hui, travaillent à votre place.[/bgcolor]

Je vous signale, au cas où vous viviez dans une bulle, que notre réel quotidien — à tous ceux qui travaillent et ont peur précisément de perdre ce travail qui est leur seul moyen de survivre—, ce réel est bien le « cauchemar capitaliste » avéré (pas supposé).

Mais il faut être du côté des damnés de la terre (dans la famille des licenciés boursiers, par exemple), semble-t-il, pour s’en apercevoir.]


« Dans ce cas de figure, je m’adapterai simplement à ce système en en faisant le moins possible : je choisirai simplement le travail demandant le moins de responsabilité, que je ferai sans aucune motivation (ou que je ne ferai pas si c’est possible)…et la majorité des opérateurs agiront comme moi (il y aura toujours 1 ou 2% d’idéalistes purs et durs), se comportant en “boulets inertes”. »

[Je vais me dispenser de commenter ces projets personnels qui parlent d’eux-mêmes.]


« Une société de ce type péricliterait rapidement (ou dériverait vers une dictature parce qu’il faudra une hiérarchie féroce pour obliger les gens totalement démotivés à travailler quand même, avant de péricliter). »

[Je connais un bon moyen d’éviter toute dictature (ça s’appelle une Constitution, une vraie), mais j’en ai largement parlé ces temps-ci, je n’y reviens pas. Les « constitutions » « communistes » n’en sont pas, pas plus que les « constitutions » « démocratiques » : aucune n’a été écrite avec le minimum de précautions pour éviter les tricheries éhontées des « représentants » contre l’intérêt des citoyens. Par exemple, la Constitution soviétique de 1918, que j’ai sous les lunettes, a été écrite par… le parti… (après avoir dissous l’assemblée constituante dès qu’elle a résisté à Lénine…) Je ne vois aucune fatalité inévitable dans ces abus de pouvoir immémoriaux : nous devons surtout bien repérer LA VRAIE SOURCE des dysfonctionnements, l’origine véritable de notre difficulté à contrôler les hommes au pouvoir : la qualité du processus constituant.]


« Bien entendu, j’aurai fui bien avant cela vers un pays n’ayant pas adopté de telles mesures, qui lui progressera bien plus vite (ses citoyens étant plus motivés) et qui sera bien vite en mesure de dicter ses conditions aux pays ayant choisi l’impasse égalitaire et une solution aussi extrémiste que la suppression de la rente. »

[[bgcolor=#FFFF99]Fuyez donc… Personne ne vous regrettera, si vous ne travaillez pas comme tout le monde.[/bgcolor]

Je n’ai pas parlé d’égalité, sauf peut-être d’égalité devant le travail, effectivement : il s’agit de traiter en PARASITES ceux qui font travailler les autres sans travailler eux-mêmes.

Pour le reste, je suis profondément méritocratique : ceux qui se donnent du mal et qui sont utiles —ce qui n’exclut évidemment pas les petits patrons— doivent être largement mieux traités que ceux qui font le minimum. Ce n’est pas si difficile à organiser et cela n’impose pas nécessairement un système d’extorsion injuste comme le système actuel.

[bgcolor=#FFFF99]La suppression de la rente n’est une solution « extrémiste » qu’aux yeux des seuls rentiers…[/bgcolor] :wink: ]

Étienne.


PS : si vous avez un vrai travail, si vous n’êtes donc pas un rentier, tous ces reproches et toutes ces remarques ne vous concernent pas, cela va sans dire : vous voyant défendre ouvertement la rente et la spéculation, je vous ai interpellé COMME SI vous étiez un rentier pur et dur, un spéculateur professionnel, ceux qu’on appelait naguère les « profiteurs ».

Mais c’est un statut social, une posture économique, que j’interpelle, plus qu’une personne désignée, bien évidemment ; je n’ai rien contre vous :wink:


[b]Loïc Abadie[/b] dit : [url=http://www.pauljorion.com/blog/?p=1353#comment-13284]29 décembre 2008 à 15:22[/url]

“L’expérience montre que l’homme cherche les failles des systèmes. Un système sans profit ne tient pas, du moins avec l’homme tel qu’il est.

C’est une évidence…beaucoup de rêveurs d’extrême-gauche et de philosophes vivant dans un monde imaginaire semblent incapables de le comprendre.
Les petites tribus peuvent avoir un système sans profit uniquement parce qu’il est facile d’identifier celui qui “cherche la faille” et de le rappeler à l’ordre. Il risque l’exclusion de la tribu et a donc tout intérêt à adopter un comportement collectif si il veut rester inséré dans sa micro-société.

Dans une grande société, ce n’est plus le cas. Il faut trouver une autre source de motivation, qui est le profit. Sans lui, elles périclitent rapidement…toutes les tentatives de supprimer la rente se sont soldées par des échecs retentissants.

La rente est une compensation évidente et indispensable : le rentier accepte de prêter son argent, ou de l’investir dans un projet. Il risque en faisant cela de perdre partiellement ou totalement sa mise. La rente est tout simplement ce qu’on verse en compensation de ce risque.

Étienne Chouard prône un système sans rente, où les revenus du travail seraient la seule source d’inégalité et de motivation possibles.
Qui accepterait dans ce système de prêter de l’argent aux entreprises lorsqu’elles auraient besoin de fonds pour réaliser des projets ? Personne ! Ou plutôt si, le seul “candidat” qui resterait disponible serait l’état, qui deviendrait rapidement tout puissant et totalitaire.

Autre remarque : rien n’interdit dans nos pays l’existence d’entreprises appartenant totalement aux travailleurs, où le patron ne toucherait qu’un salaire, et où la totalité des revenus de l’entreprise irait à ses salariés. Ce sont des coopératives. On pourrait même estimer qu’elles disposent d’un avantage théorique : le fait de ne pas avoir de rente à verser aux actionnaires leur permettrait de vendre des produits moins chers que leurs concurrents, ou de consacrer plus de moyens aux investissements.

Or les coopératives ne dominent pas le paysage économique, loin de là : C’est bien la preuve que ce modèle est moins efficace dans la majorité des cas.


Je n’ai pas répondu à Loïc Abadie, considérant que j’avais déjà tout dit et qu’aucun élément nouveau n’était apparu.

La suite est avec Paul…

À suivre…

[bgcolor=#66FF00]Des nouvelles de mes participations récentes sur le blog de Paul Jorion (suite)[/bgcolor]

Suite des échanges sur le billet de Paul Jorion intitulé :
« [bgcolor=#FFFF99]Les bons et les mauvais coupables[/bgcolor] » (27/12/2008),

[b]Paul Jorion[/b] dit : [url=http://www.pauljorion.com/blog/?p=1353#comment-13289]29 décembre 2008 à 16:50[/url]

@ Étienne Chouard

… selon Jean Bayard, les banques n’ont pas du tout le droit de prêter l’épargne déposée chez elles (cet argent ne leur appartient pas et cette épargne bancaire est neutralisée dans ce qu’il appelle des « parkings monétaires »)

[bgcolor=#FFFF99]Cette opinion de Jean Bayard, qu’aucun fait ne supporte, mérite-t-elle d’être rapportée une fois de plus ?[/bgcolor]


[b]Étienne Chouard[/b] dit : [url=http://www.pauljorion.com/blog/?p=1353#comment-13329]30 décembre 2008 à 12:17[/url]

« …qu’aucun fait ne supporte » ??

@ Paul Jorion,

Paul, tu me demandes : « Cette opinion de Jean Bayard, qu’aucun fait ne supporte, mérite-t-elle d’être rapportée une fois de plus ? »

Hum.

Il y a quelqu’un que j’affectionne qui m’a signalé récemment cette sentence remarquable —que j’ai trouvée bien pertinente :

« Il convient de ne pas violer l’un des principes fondamentaux de la méthodologie scientifique, à savoir de [bgcolor=#66FF00]prendre les réfutations au sérieux[/bgcolor]. »

Tout à l’heure, je te renverrai amicalement la question, comme si nous jouions au boomerang… :wink:


Mais d’abord, sur le fond de la thèse de Bayard, [bgcolor=#FFFF99]il me semble qu’il y a un fait important qui donne raison à Jean, un fait comptable* :[/bgcolor]

Prenons un client et une épargne très courante, un LDD (livret de développement durable, ex CODEVI), par exemple, et voyons comment cette épargne pourrait « financer » un prêt (un prêt à quelqu’un d’autre).

Quand une banque « utilise l’épargne d’un client matérialisée sur un compte LDD pour prêter ces euros inutilisés à un autre client qui, lui, a besoin d’euros, et qu’elle fait ainsi son travail d’intermédiation » (pour utiliser comme point de départ les mots et mécanismes de la thèse adverse à celle de Jean — thèse théorique qu’aucune écriture comptable ne confirme, que je sache —), il se trouve que les faits comptables (dans la banque*) montrent une réalité tout à fait intéressante :

[bgcolor=#FFFF99]1) le compte du client épargnant (le LDD) ne baisse pas d’un centime[/bgcolor] (il la trouverait mauvaise, vous imaginez, le client épargnant, de voir son épargne diminuer sans son ordre), et ce client peut donc toujours, à tout moment et dans l’instant, récupérer sa mise, transférer son LDD sur son DAV et donc convertir ces sommes (très légèrement) immobilisées en pouvoir d’achat immédiat (chiffre au passif de la banque transmissible librement et libératoire dans les échanges), c’est-à-dire en monnaie, en vraie monnaie (puisque la monnaie scripturale est un moyen de paiement équivalent aux billets dans les échanges, sauf à mériter un diplôme de capillitracteur).

Ce fait comptable se traduit ainsi dans les faits courants, dans les termes de l’échange réel : sur ce compte, il y a toujours de la monnaie, la monnaie épargnée.

  1. [bgcolor=#FFFF99] le compte (dépôt à vue) du client nécessiteux (l’autre, celui qui a besoin d’argent) augmente POURTANT[/bgcolor], comme par magie par l’effet du prêt bancaire, et ce client emprunteur dispose ainsi de ce qui l’intéresse : un pouvoir d’achat immédiat, matérialisé par un chiffre, à droite du bilan de la banque, un chiffre transmissible etc. qu’il pourra transférer librement pour payer ses divers achats.

Ce fait comptable se traduit ainsi dans les faits courants, dans les termes de l’échange réel : sur cet autre compte, est apparue de la nouvelle monnaie, la monnaie empruntée.

Les faits sont têtus.

Donc, Jean Bayard a raison : la banque ne prête nullement les sommes qui sont épargnées, mais des sommes nouvelles, forcément nouvelles, qui s’appuient sur le fait que l’épargne existe (cette épargne ne servant que de réserve, de garantie), mais qui ne sont pas cette épargne.

Pour ce qui concerne les moyens de paiement, il n’y a pas « conservation des quantités », mais augmentation. Il y a augmentation du nombre de moyens de paiement effectivement utilisables au même moment (comme il y aura prochainement diminution au moment du remboursement).

Donc, plutôt que dire, de façon simple mais inexacte :

• « Les banques servent d’intermédiaires en prêtant l’argent des uns (qui ont trop d’argent et qui en épargnent) aux autres (qui en manquent et qui sont prêt à en emprunter) ; et au moment des remboursements, cette monnaie qui a circulé par l’intermédiaire de la banque est ensuite rendue de l’emprunteur à l’épargnant. »

On devrait plutôt dire, ce qui correspond formellement et strictement aux écritures comptables à la banque, siège véritable de la monnaie :

• « Les banques servent d’intermédiaires en s’appuyant sur l’épargne des uns (qui ont trop d’argent et qui en épargnent, c’est-à-dire ne s’en servent pas pour consommer) pour créer de l’argent supplémentaire, temporairement (en proportion de l’épargne déposée) et le prêter aux autres (qui en manquent et qui sont prêt à en emprunter) ; et cette monnaie temporaire sera progressivement détruite par la banque lors de chaque remboursement de l’emprunteur, jusqu’à disparaître complètement. »


La première formulation est une approximation souvent rencontrée dans les vulgarisations à propos des banques, pour donner aux néophytes une première idée, en gros, du rôle des banques dans la société, mais ce serait une erreur de ne plus se détacher de cette présentation pédagogique, simple mais imprécise, une de celles dont les profs ont souvent besoin dans un premier temps pour accéder progressivement au réel complexe.


Pour un PEA (plan d’épargne en actions), c’est très différent puisque —dans ce cas de figure précis, auquel ne peut évidemment pas être réduite toute l’épargne—, c’est le client de la banque qui donne l’ordre à la banque, précisément et individuellement, d’acheter en son nom telle et telle action en bourse (puisque le client n’a pas le droit d’aller lui-même à la bourse), et donc son DAV baisse, sans surprise puisque c’est lui qui a donné l’ordre du transfert (conformément au fait qu’il est le seul à pouvoir le décider en vertu du droit de propriété) : sa monnaie se déplace (pas de crédit =] pas de création monétaire) vers le DAV du vendeur, qui monte. Et par ailleurs, son PEA se remplit de la propriété de titres (des actions), mais ces actions ne sont pas de la monnaie puisque leur valeur n’est pas liquide (pas disponible, pas librement transmissible, pas « monnaie »…).

Dans le cas du PEA, donc, (et des comptes d’épargne équivalents), il y a bien circulation, avec intermédiation de la banque : le compte d’origine en monnaie (DAV) se vide, un autre compte qui n’est plus de la monnaie parce que trop peu liquide (PEA) se remplit, mais l’autre DAV, celui du vendeur des actions, se remplit… ici, donc, la monnaie circule, il n’y a pas eu de création monétaire. Il y a bien eu intermédiation de la banque et conservation des quantités, puisqu’il n’y a pas eu de crédit.


Mais Paul, puisque tu poses cette question à propos de la thèse de Jean, je reformule ta question avec mes propres lunettes (amusées) :

[b]L'opinion que les banques commerciales ne créent pas de monnaie à l'occasion des prêts qu'elles consentent à leurs clients, opinion qu'aucun fait ne supporte[/b] (puisque plus de 90% de la monnaie** que nous utilisons tous, de fait, tous les jours, est composée précisément des dépôts à vue, DAV que la comptabilité bancaire de base*** voit gonfler mécaniquement lors des prêts et dégonfler lors des remboursements), [b]cette opinion complètement hétérodoxe mérite-t-elle d'être rapportée chaque jour une fois de plus[/b], sans qu'aucun document — ni académique, ni pédagogique, ni politique, ni philosophique, ni comptable, ni économique — ne soit jamais venu la supporter**** ?
Au-delà du clin d’œil affectueux du retour à l’envoyeur, il me semble qu’il faut répondre [b]OUI aux deux questions[/b], la tienne et la mienne, tant que tous les interlocuteurs intéressés et constructifs (que je suppose tous par principe de bonne foi) ne se sont pas rangés de bon gré à l'opinion commune.

Toi-même, récemment, tu nous as fort bien rappelé cette forte sentence :

« Il convient de ne pas violer l’un des principes fondamentaux de la méthodologie scientifique, à savoir de [bgcolor=#66FF00]prendre les réfutations au sérieux[/bgcolor]. »

:wink:

Bien amicalement, et avec toute ma reconnaissance pour ta patience et ta gentillesse.

Étienne.


  • Et les faits comptables sont d’une importance cardinale dans notre débat, de toute évidence, puisque plus de 90% de la monnaie —c’est-à-dire quasiment toute, en fait— est composée d’écritures comptables et de rien de plus.

On ne peut donc pas méconnaître la comptabilité des banques sans perdre toute chance de comprendre quoi que ce soit à la monnaie moderne, il me semble.

** Tous les humains du monde, ou presque, utilisent le mot ‘monnaie’ au sujet des moyens de paiement créés par les banques commerciales et utilisés par tout le monde dans les échanges, cette réalité terminologique est un fait, non ?

*** J’ai sous les lunettes un livre intitulé [bgcolor=#FFFF99]« La comptabilité bancaire »[/bgcolor], (chez La revue Banque éditeur), de [bgcolor=#FFFF99]Jean-Marie Gélain[/bgcolor], HEC, expert-comptable diplômé, docteur ès-sciences économiques, et qui a été, entre autres, Directeur Adjoint à la Direction des Services Comptables de la Société Générale. Ce livre est préfacé par Jean-Louis Butch, secrétaire général de la Commission bancaire, qui ne tarit pas d’éloges à l’endroit de l’auteur (j’ai regroupé la préface, le bilan des banques et quelques pages utiles dans ce petit fichier.

Et que trouve-t-on, dans ce bréviaire de la comptabilité des banques, qui pourrait être utile dans notre débat ?

• D’abord, dès l’introduction (p 13), une phrase qui donne [bgcolor=#FFFF99]la position des experts-comptables sur la création monétaire privée : [/bgcolor]

« Il faut souligner, écrit Gélain, l’importance de [la règlementation des informations bancaires] (…) ce traitement particulier des banques se justifie pour plusieurs raisons fondamentales : (…) – la participation à la création monétaire avec les crédits accordés à la clientèle, (…) »

Cet homme a le sens de l’euphémisme.

• On y trouve aussi, un peu plus loin (p 37), [bgcolor=#FFFF99]l’écriture de base qui matérialise la création monétaire au moment du crédit[/bgcolor] :

[b]2 – L’utilisation du crédit par le client[/b]

À chaque décision de décaissement [i.e. l’utilisation d’une sorte de réserve qui est inscrite dans un premier temps hors bilan pour ne pas, trop vite, endetter inutilement la banque avec une somme pas encore utile. ÉC], la banque crédite le client :

[Je présente l’écriture sous forme de comptes en T, moins compacte que dans le livre (voir le fichier) mais plus pédagogique, je trouve, et je le fais avec les moyens du bord (j’essaie de remplacer les espaces par des points pour conserver les distances). ÉC]

D…20. Crédits à la clientèle…C
-------------------------------------------------…[Ça, c’est la mémoire comptable de
montant…|…la créance contre le client. ÉC]
.
.
D…251. Compte ordinaire du client…C
--------------------------------------------------…[Ça, c’est la monnaie
…|… montant…(le solde créditeur d’un DAV). ÉC]

(Source : « La comptabilité bancaire », (chez La revue Banque éditeur), de Jean-Marie Gélain)


La création monétaire privée utilise donc bien, simplement, deux comptes de bilan (ici, les n° 20 et 251 qu’on peut retrouver dans le fichier).

• On y trouve aussi dans le livre de Gélain ce que je cherchais depuis longtemps, et qui est finalement assez simple : [bgcolor=#FFFF99]l’écriture qui matérialise la DESTRUCTION monétaire[/bgcolor].

Il me semblait difficile de concevoir que la banque puisse détruire la monnaie qu’elle avait créée alors que cette monnaie, par définition, était faite pour circuler et donc pour lui échapper vers les bilans de ses concurrents. Comment la banque avait-elle accès à cette monnaie pour la détruire, au moment du remboursement du prêt ? C’était pour moi une des dernières énigmes. Ce livre me l’a expliqué, très simplement (les problèmes monétaires sont infiniment plus simples, je trouve, quand on les aborde par l’angle de leur support privilégié qui est la comptabilité : c’est rigoureux, c’est accessible, c’est irréfutable, c’est clair).

Voici l’explication (et l’écriture). Au moment du remboursement du prêt, la banque ne détruit pas exactement LA monnaie qu’elle avait créée au moment du prêt, mais plutôt UNE QUANTITÉ ÉQUIVALENTE de monnaie.

À l’échéance du crédit, par le crédit du compte qui mémorise le prêt (et qui ‘se vide’ d’autant), il suffit de ponctionner (débiter) le DAV du montant du capital : [bgcolor=#FFFF99]cette écriture —interne— qui vide un DAV sans en remplir un autre EST une destruction de monnaie, une disparition de chiffres porteurs de pouvoir d’achat.[/bgcolor]

C’est simple, je trouve ça irréfutable.

[b]2 – L’amortissement du crédit[/b] [L’amortissement, c’est le remboursement. ÉC]

Conformément aux conditions contractuelles fixées à l’origine avec le client, à chaque échéance la banque journalise :

D…251. Compte ordinaire du client…C…[c’est le DAV (le dépôt à vue, la monnaie)
--------------------------------------------------……c.= capital remboursé. Cette monnaie disparaît.
montant.[c+i]…|…i.= intérêts. Cette monnaie se déplace
…|…(vers le Résultat de la banque). ÉC]
.
.
D…20.Crédits.à.la.clientèle…C
-----------------------------------------------…[La créance de la banque (c=capital)
…|…montant.[c]…contre le client s’éteint. ÉC]
.
.
…70. Produits d’exploitation.
D…bancaire –Intérêts perçus…C
-----------------------------------------------…[Le client s’est débrouillé pour alimenter
…|…montant.[i]…son DAV pour que la banque puisse
…|… à la fois détruire de la monnaie (c)
…|… et en déplacer une autre (i)… ÉC]

(Source : « La comptabilité bancaire », (chez La revue Banque éditeur), de Jean-Marie Gélain)


Ce livre n’est sans doute pas le plus agréable qu’il m’ait été donné de lire (je m’entraîne à l’euphémisme), mais il est sans doute une référence utile et je ne manquerai pas de vous signaler les autres pépites que j’y trouverai probablement.

**** À part le livre d’Helmut Creutz, autodidacte comme Jean Bayard, et passionnant comme lui, mais aussi, franchement iconoclaste, comme lui.


Je vous signale cette couverture formidable du dernier PLAN B, disponible en kiosque pour un prix qui fait rire :

[align=center][/align]

Merci à toute l’équipe du Plan B :slight_smile:

Le prochain relevé des aventures du père Chouard dans les terres de Jorion sera le dernier pour décembre.

Étienne.

Étienne, pour faire des tables rudimentaires il faut user les tags « code » et « /code », sous wordpress avec « < » et « > », sous punBB avec « [ » et « ] »

Par exemple:

D 251. Compte ordinaire du client C [c’est le DAV (le dépôt à vue, la monnaie)
-------------------------------------- c = capital remboursé. Cette monnaie disparaît.
montant [c+i] | i = intérêts. Cette monnaie se déplace
| (vers le Résultat de la banque). ÉC]

D 20. Crédits à la clientèle C
-------------------------------------- [La créance de la banque (c=capital)
| montant [c] contre le client s’éteint. ÉC]

70. Produits d’exploitation.

D bancaire – Intérêts perçus C
-------------------------------------- [Le client s’est débrouillé pour alimenter
| montant [i] son DAV pour que la banque puisse
| à la fois détruire de la monnaie ©
| et en déplacer une autre (i)… ÉC]

devient:

[code]D 251. Compte ordinaire du client C [c’est le DAV (le dépôt à vue, la monnaie)
-------------------------------------- c = capital remboursé. Cette monnaie disparaît.
montant [c+i] | i = intérêts. Cette monnaie se déplace
| (vers le Résultat de la banque). ÉC]

D 20. Crédits à la clientèle C
-------------------------------------- [La créance de la banque (c=capital)
| montant [c] contre le client s’éteint. ÉC]

70. Produits d’exploitation.

D bancaire – Intérêts perçus C
-------------------------------------- [Le client s’est débrouillé pour alimenter
| montant [i] son DAV pour que la banque puisse
| à la fois détruire de la monnaie ©
| et en déplacer une autre (i)… ÉC][/code]
(punBB ajoute le mot « Code: », Wordpress ne le fait pas.)

Cela fait qu’une police de caractères monospace soit usé, et qu’on n’ait plus besoin de remplacer les espaces par des points. La composition de la table doit se faire dans wordpad ou n’importe quel programme qui use une police de caractères monospace, bien sur. Et pour les copier coller d’un logiciel à l’autre… il faut faire un peu attention :wink: .

[Merci Nigun, je n’y pensais plus (j’oubliais que je suis chez moi…). Je vais changer ça. Le problème, c’est que je perds les mises en forme (les couleurs) et les liens hypertextes. Étienne (3/01, 16h45)]