[ÉC : Bonjour Magali,
Bon, j'ai copié/collé ton texte ci-dessous, et je réponds au fur et à mesure de la lecture, entre crochets, OK ? ÉC]
[b]La loi de 1973 n'est pas une loi "scélérate": réponse à Etienne Chouard (par Magali Pernin)[/b]
http://contrelacour.over-blog.fr/article-la-loi-de-1973-n-est-pas-une-loi-scelerate-reponse-a-etienne-chouard-113896549.html
Vendredi dernier, Étienne Chouard a publié sur son site un nouvel article consacré à la loi de 1973. Un article promis, que j'attendais depuis longtemps, depuis la publication en mars dernier de notre étude (Lior et moi) concluant que la loi de 1973 n'avait pas empêché l'État d'emprunter gratuitement à la Banque de France.
[ÉC : Ce n'est pas tout à fait l'article promis, pardon, car je n'ai pas encore pris le temps de creuser comme je le voudrais : c'était juste une évocation rapide de deux pistes de discussion qui me trottent dans la tête. ÉC.]
Il fallut donc que Michel Rocard évoque cette loi (semble-t-il) pour qu'Étienne nous livre sa façon de voir les choses aujourd'hui.
[ÉC : C'était une occasion, oui. ÉC.]
Voici l'intervention de Michel Rocard le 22 décembre dernier dans Médiapolis sur Europe 1:
[color=blue][size=13][b] "La Banque de France a été créée en 1801 et jusqu’en 1974, elle finançait l’État sans intérêts.
Si on était resté là, aujourd'hui, avec tous les emprunts qu'on a faits depuis - puisqu'on emprunte tous les ans - la dette publique française serait de 16 ou 17% du PNB.
Mais en 1974, on a eu une loi stupéfiante, qui s'appelle la loi bancaire, qui a interdit à l'État de se financer sans intérêt auprès de la Banque de France et qui a obligé (comme les Allemands, c'était la mode à l'époque) l'État a se financer sur le marché financier privé."[/b][/size][/color]
[ÉC : c'est quand même une bombe, cette déclaration, excuse-moi…
… une "mode"…
Gredins ! ÉC.]
Une intervention qui, a l'instar de Stéphane Soumier, me laisse bien perplexe: "Pourquoi diable Michel Rocard a-t-il remis à la une cette légende urbaine ?"
[ÉC : Peut-être parce que, précisément, ce ne serait PAS une "légende urbaine" ? ;) . ÉC.]
Car, de deux choses l’une:
1/ La loi de 1973 n'a pas retiré la possibilité à l'État d'emprunter gratuitement à la Banque de France.
C'est en effet le Traité de Maastricht (que Michel Rocard a largement défendu), et notamment la loi sur la Banque de France votée en 1992, qui a interdit ce type d'emprunt.
2/ Même avant 1973, l'État ne s’est jamais exclusivement financé auprès de la Banque de France.
[ÉC : Que veux-tu dire ?
Si je ne me trompe pas, l'expression "de deux choses l'une" signifie qu'il faut choisir entre les deux propositions.
Or, j'avais cru comprendre que tu soutiens les deux. Non ?
En tout cas, [bgcolor=#FFFF99]ROCARD DIT PRÉCISÉMENT ET EXPRESSÉMENT LE CONTRAIRE de ce que tu dis, toi[/bgcolor] : ]
1/ "en 1974, on a eu une loi stupéfiante, qui s'appelle la loi bancaire, qui a interdit à l'État de se financer sans intérêt auprès de la Banque de France et qui a obligé (comme les allemands, c'était la mode à l'époque) l'État a se financé sur le marché financier privé."
2/ "La Banque de France a été créée en 1801 et jusqu'en 1974, elle finançait l'État sans intérêt"
Pour enfoncer le clou, [bgcolor=#FFFF99]je rappelle que Giscard LUI-MÊME avait dit (en 2008), POUR JUSTIFIER la loi de 1973 attaquée sur son blog :[/bgcolor]
« La possibilité du prêt direct de la Banque de France au Trésor public a généré partout où il fut appliqué une situation d’inflation monétaire permanente ».
http://vge-europe.eu/index.php?post/2008/07/25/Reponse-de-VGE
Moi, je prends ça comme un aveu de ce à quoi servait la loi dans leur tête à l'époque : retirer "la possibilité du prêt direct de la Banque de France au Trésor public" (je reprends ses termes à lui).
Alors, on peut considérer qu'ils sont gâteux tous les deux, on peut. Mais on n'est pas obligé de le faire :)
On peut aussi bien, et au contraire, constater que, souvent, c'est en vieillissant que les responsables, perdant un peu le contrôle d'eux-mêmes, "lâchent le morceau" et avouent leurs méfaits sans s'en apercevoir.
C'est arrivé à quelques uns des comploteurs de l'île Jeckyll, ceux qui, en 1910, ont ourdi en secret la loi US de 1913 de la prétendue "Réserve Fédérale Américaine" (qui n'est ni réserve, ni fédérale, ni américaine) : sur le tard, des décennies après, ils ont avoué, qui dans ses mémoires, qui au détour d'un article de journal. Il a fallu le travail de fourmi de Mullins pour rapprocher les pièces du puzzle. Les vieux ne disent pas que des choses inintéressantes ;) ÉC.]
De ce fait, j'en viens rapidement à l'article publié récemment par Étienne et intitulé "Loi de 1973: les aveux de Rocard et deux nouvelles pistes pour comprendre l'effet véritable de la loi".
• Concernant les supposés « aveux de Rocard »
Difficile de comprendre de quoi parle précisément Michel Rocard car aucune loi relative à la Banque de France n'a été votée en 1974. La "loi bancaire" citée a été promulguée dix ans plus tard, en 1984, et a mis fin à la séparation des activités bancaires.
[ÉC : Parfois, il est difficile de comprendre parce qu'on n'a pas envie de comprendre ;)
On en est tous là, n'est-ce pas ?
Le tout est de le savoir.
On peut noter une erreur dans une explication, mais on n'est pas obligé de la monter en épingle, d'en exagérer la portée. ÉC.]
Ainsi, [b]les propos de Monsieur Rocard sont particulièrement confus.[/b] Étienne Chouard le reconnait lui même: "Monsieur Rocard est assez âgé (82 ans) et il se mélange un peu les crayons: quand il parle de "la loi bancaire de 1974", on se demande (une seconde) s'il parle de la loi de 1973 ou de la loi bancaire de 1984...".
[ÉC : "Particulièrement confus", tu me fais rire : ça, c'est un bon exemple de l'expression "monter en épingle" une simple erreur de date et de libellé.
Moi, sur l'essentiel (mais nous n'avons sans doute pas la même conception de l'essentiel), [bgcolor=#FFFF99]SUR L'ESSENTIEL, donc, je le trouve au contraire très clair, PAS CONFUS DU TOUT[/bgcolor] :) ÉC.]
Dans ces conditions, il apparait très difficile de conclure à un quelconque “aveu” sur la culpabilité de la loi de 1973.
[ÉC : Non, pas "très difficile" :)
Ce qu'il dit confirme CLAIREMENT, EXPRESSÉMENT, le rôle de la loi de 1973 dans la dette publique. ÉC.]
Tout au plus pourrait-on entendre dans les propos de Michel Rocard une condamnation de l'utilisation massive de l'endettement auprès du secteur privé.
Une condamnation qui se comprend parfaitement lorsque l'on constate que l'ancien Premier ministre s'emploie à défendre désormais le financement direct des États par la Banque centrale européenne.
[ÉC : "tout au plus pourrait-on entendre"… Tu me fais rire : ce serait déjà énorme puisque Rocard confirme ici (à son tour !) LE LIEN DE CAUSALITÉ entre l'utilisation massive de l'endettement RUINEUX de l'État auprès du secteur privé et la catastrophe actuelle de la DETTE PUBLIQUE (qui est évidemment le résultat mécanique de l'endettement en question). ÉC.]
Il est donc très cavalier d'indiquer que "Rocard explique enfin lui-même, en 2 minutes, l’importance cruciale de la loi de 1973 dans la non nécessaire, ruineuse et antisociale dette publique”.
[ÉC : Je suggère à chacun de réécouter l'explication de Rocard et de départager en conscience le cavalier de la cavalière :)
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Une_vraie_monnaie_Rocard_Europe1.mp3 ÉC.]
• Concernant les « deux nouvelles pistes pour comprendre l’effet véritable de la loi »
Selon Étienne, "ceux qui disent un peu partout qu’ [il s’est] trompé sur la portée de cette loi se trompent encore davantage".
Pour ce faire, deux arguments sont avancés.
Premier argument: la loi de 1973 a conduit à abroger plusieurs textes légaux autorisant « la Banque de France à créer de l’argent spécifiquement pour tel ou tel organisme public ou semi-public ».
En effet, le 30 janvier 1973, un décret est venu abroger de nombreux textes autorisant la Banque de France à faire des avances à certains organismes publics:
- Décret du 28 mars 1852: la Ville de Paris ;
- Décret impérial du 13 janvier 1869: la Société Algérienne ;
- Décret du 28 février 1880: des Villes françaises et des Départements français ;
- Décret du 22 février 1899: le Gouvernement général de l’Indochine ;
- Décret du 16 novembre 1902: le Gouvernement général de l’Algérie et le Gouvernement tunisien ;
- Décret du 2 juin 1909: des Colonies et Pays de protectorat français ;
- Décret du 22 décembre 1919: le « Crédit National pour faciliter la réparation des dommages causés par la guerre » ;
- Décret du 14 décembre 1926: la Caisse Autonome de gestion des Bons de la Défense nationale, d’exploitation industrielle des tabacs et d’amortissement de la Dette publique ;
- Décret du 13 juin 1962: [les Bons et les parts de production émis avec la garantie de l’État par] Électricité de France, Gaz de France et Charbonnages de France ;
- Décret n°63-821 du 3 août 1963: les Départements, Communes, syndicats de Communes, Chambres de commerce, Ports autonomes et organismes bénéficiant de la garantie de ces collectivités ;
- Décret n°64-757 du 23 juillet 1964: les sociétés de développement régional ;
- Décret n°65-619 du 29 octobre 1965: la Caisse nationale des Autoroutes ;
- Décret n°68-95 du 24 janvier 1968: la Caisse d’entraide à l’équipement des collectivités locales;
- Décret n°72-511 du 16 juin 1972: la Caisse nationale des Télécommunications ;
Tous ces textes sont disponibles ici.
Leur lecture n'est pas très lumineuse, puisqu'il est simplement indiqué l'autorisation donnée par le ministre à la Banque de France de fournir lesdites avances.
[ÉC : C'est déjà pas mal, je trouve. ÉC.]
Ces dernières doivent cependant être étudiée à la lecture du décret du 31 décembre 1936 portant codification des textes concernant la Banque de France, et applicable jusqu’en 1973.
[ÉC : "DOIVENT être" ? Je n'ai pas bien compris pourquoi nous serions obligés de digérer cette nouvelle complexité : qu'apporte-t-elle pour y voir clair ? ÉC.]
En effet, à l'article 1er dudit décret, on retrouve tous les décrets précités (antérieurs à 1936).
De fait, les avances autorisées précédemment doivent désormais respecter les dispositions des articles 128 à 134 du décret de 1936.
Ceux-ci, relatifs aux avances sur les effets publics indiquent:
- que la Banque peut faire des avances sur les effets publics qui lui sont remis en recouvrement lorsque leurs échéances sont déterminées (article 128). Autrement dit, un organisme qui a émis une obligation peut demander à la Banque de France une avance sur cette dernière.
[ÉC : Oui. ÉC.]
- les organismes pouvant bénéficier de telles avances (article 129). Cette liste a été allongée par les décrets de 1962, 1963, 1964, 1965, 1968 et 1972 (précités).
- que l’avance ne peut excéder les quatre cinquième de la valeur des effets présentés (article 130).
- que l’emprunteur souscrit envers la Banque l’engagement de rembourser, dans un délai qui ne peut excéder trois mois (article 131).
- que les taux des avances sont fixés par le Conseil des gouverneurs (article 134).
Considérant les conditions de ces avances, il est parfaitement inopportun de vouloir les comparer aux avances et prêts octroyés de façon permanente à l'État En effet, contrairement à l’argument avancé, ces avances ne constituaient pas une création monétaire publique.
[ÉC : "parfaitement inopportun" ? Je ne trouve pas du tout : qui a parlé de prêts octroyés de "façon PERMANENTE" ? Pas moi : je cherche à comprendre quand et comment NOTRE puissance publique s'est fait voler, interdire, sa propre puissance de se financer GRATUITEMENT. (Avec de la monnaie temporaire ou de la monnaie permanente, c'est une autre affaire.)
Il me semble au contraire que ces avances (temporaires, par définition) peuvent très bien constituer une création monétaire publique aux conditions évoquées.
Je ne comprends pas l'objection. ÉC.]
Cependant, je vais tout de même au bout de l’analyse: la loi de 3 janvier 1973 a-t-elle rendu impossible l’octroi de telles avances? Non.
La loi du 3 janvier 1973 n’a pas abrogé le décret de 1936.
[ÉC : Et alors ? La loi de 1973 a bien abrogé un à un les décrets qui autorisaient la Banque de France à financer les organismes publics et semi-publics que l'État avait décidé de financer à bon compte. Non ? ÉC.]
Par conséquent, les dispositions des deux textes n’étaient pas en contradiction.
[ÉC : Admettons. Et alors ?
Je suis en train de réviser ma position : la loi de 1973 n'est pas seulement une loi scélérate : la loi de 1973 est une loi scélérate DE PLUS :) ÉC.]
Concernant notamment l’escompte, nous avons précédemment expliqué que la loi de 1973 ne faisait que reprendre les dispositions de la loi de 1936.
L'article 13 de ladite loi précise en effet que « Tous les Effets de la dette flottante émis par le Trésor public et venant à échéance dans un délai de trois mois au maximum sont admis sans limitation au réescompte de l’Institut d’Émission, sauf au profit du Trésor public. » Des éléments qui sont réaffirmés par les articles 24 et 25 de la loi du 3 janvier 1973.
[ÉC : OK pour l'escompte direct : on s'est (apparemment) trompés.
Mais ma nouvelle piste concerne les AUTRES moyens de financer à bon compte les investissements publics jugés utiles. ÉC.]
Le décret de 1936 a cependant été abrogé par le décret du 30 janvier 1973, ce dernier n’ayant pas introduit de dispositions nouvelles relatives aux avances sur les effets publics.
[ÉC : Hé ! tu ne viens pas de dire (plus haut) que la loi de 1973 n'avait pas abrogé ce décret ???
Alors ?
Et faute de dispositions de remplacement sur les avances sur effets publics, ne sont-elles pas empêchées faute de fondement juridique ?
À creuser encore, il me semble. ÉC.]
Doit-on conclure que le ministre a souhaité, par ce nouveau décret, rendre impossible l’octroi de ces avances? Difficile de l’affirmer tant l’article 24 de la loi de 1973 laisse une grande liberté à la Banque de France pour “escompter, acquérir, vendre ou prendre en gage des créances sur l’État, les entreprises et les particuliers”.
[ÉC : "Difficile de l'affirmer" ? Je ne suis pas si sûr : la "grande liberté" que tu lis dans l'article 24 n'est pas confirmée par les faits des 20 ans qui ont suivi. Il y a un truc qui ne va pas. Il y a un point de blocage ailleurs. C'est ça que je cherche.
Mais Magali, je n'ai pas ma réponse sur mon premier argument : de nombreuses voies de financement public à bon compte ont bien été supprimées, et pas rétablies, lors de cette loi de 1973.
Non ? ÉC.]
Second argument : même si la loi de 1973 autorise, via son article 19, les prêts et les avances à l’État, l’initiative donnée au gouverneur de la Banque de France empêche, dans les faits, de tels emprunts.
Article 19 de la loi du 3 janvier 1973: “Les conditions dans lesquelles l’État peut obtenir de la Banque des avances et des prêts sont fixées par des Conventions passées entre le Ministre de l’Économie et des Finances et le Gouverneur, autorisé par délibération du Conseil général. Ces Conventions doivent être approuvées par le Parlement.”
[b]Nulle part il n’est indiqué un quelconque pouvoir l'initiative octroyé au gouverneur de la Banque de France.
[/b]
[bgcolor=#FFFF99][b] [ÉC : Mais si, voyons ! C’est pourtant parfaitement clair, relis soigneusement le texte de l’art. 19 ci-dessus : pour lancer une opération d’avance de la BDF à l’État, IL FAUT la signature du Gouverneur, au départ : ce n’est pas un droit d’« initiative », ça ? Si le Gouverneur ne veut pas prêter à l’État à bon compte, il refuse sa signature et rien ne se fait, aucune monnaie ne peut être créée à bon compte pour financer les investissements publics.
Personne ne dit que le Gouverneur peut décider à lui seul. Mais ce n'est pas ça, l'enjeu, Magali : du point de vue des grands prêteurs (privés), il faut pouvoir BLOQUER toute initiative de financement de l'État à bon marché, et c'est précisément ce que permet la position de ce "Gouverneur" non élu mais signataire obligatoire. Le (sale) boulot (la première pince de la tenaille) est fait.[/b][/bgcolor] ÉC.]
Au contraire, c’est bien à l'État qu’il convient de demander à bénéficier des avances ou des prêts (car l’État obtient de la Banque).
[ÉC : OK, mais l'important n'est pas qu'il puisse seulement DEMANDER, bon sang, il faut qu'il puisse CRÉER.
Il est choquant qu'une personne seule (un oligarque de formation bancaire) soit ainsi en mesure de bloquer notre financement public à bon compte et nous contraindre ainsi à passer par les marchés financiers (ruineux et antisociaux). ÉC.]
Pour être portées à l’approbation des parlementaires, les Conventions doivent donc être: 1/ sollicitées par le ministre, 2/ signées par le gouverneur après accord du Conseil général.
Prétendre que l’initiative du gouverneur de la Banque rend impossible la passation de telle convention est donc faux, car cette initiative est inexistante.
[ÉC : c'est cette affirmation-là qui est fausse, puisque c'est LA POSSIBILITÉ DE BLOCAGE de l'initiative que j'incrimine, et PAS l'initiative positive.
[bgcolor=#FFFF99] Je n’ai PAS dit que le Gouverneur avait un pouvoir autonome d’initiative : je dis que SA PARTICIPATION EST OBLIGATOIRE DANS TOUTE INITIATIVE, CE QUI LUI DONNE UN DROIT DE VÉTO non affiché, mais scandaleux[/bgcolor] (selon moi, petit bonhomme de rien du tout : je peux me tromper, évidemment). ÉC.]
De même, prétendre que l’accord nécessaire du Conseil général de la Banque rend également impossible, concrètement, la passation des conventions ne survit pas à l’analyse des faits. En effet, quelques mois après la promulgation de la loi, la convention de 1973 était approuvée par le Parlement français.
[ÉC : ce qui "ne survit pas à l'analyse des faits" :) c'est de prétendre que l'exception fait la règle.
Souvenir :
« - Il y a des patrons de gauche, je tiens à vous l'apprendre ! »
« – [bgcolor=#CCFFFF]Il y a aussi des poissons volants, mais qui ne constituent pas la majorité du genre… » :)[/bgcolor]
(Jean Gabin dans "Le Président", minute 5:17 et s.).
[bgcolor=#FFFF99] La convention de 1973 est une exception : c’est la première et la dernière => donc, la loi de 1973, par un mécanisme qui nous échappe encore peut-être (c’est qu’ils sont malins pour dissimuler leurs turpitudes, ces affreux, mais les faits sont là), marque le début d’une période de soumission de l’État aux marchés financiers.[/bgcolor]
[b]Et Rocard le confirme expressément[/b], je le rappelle.
Donc, pardonne-moi de continuer à "m'acharner" à chercher :) ÉC.]
Je continue à penser que si la Convention de 1973 est la seule à avoir été signée après la loi de 1973, c’est sans aucun doute parce que l'État n’a tout simplement plus jugé utile d’utiliser la planche à billets.
[ÉC : C'est possible. Parfaitement contraire à l'intérêt général, mais possible : on a déjà vu des élus trahir leurs électeurs. ÉC.]
De plus, cette "dernière" Convention n'a fait que reprendre des plafonds d'encours qui existaient déjà auparavant. Considérant les textes rendus disponibles par la Banque de France, il apparait que les dernières Conventions accordant de nouvelles avances au Trésor Public ont été passées au printemps 1953. La même année, un nouvel accord fixait un échéancier pour le remboursement de ces "avances spéciales".
Par conséquent, 1974 n'est pas une année pivot pour ce qui est de juger de la volonté de l'Etat d'user de ses prérogatives auprès de la Banque de France.
[ÉC : Dernière fois que la finance accepte donner de l'argent de poche à l'État : l'avenir est programmé pour 1) rembourser progressivement ce qu'il avait reçu auparavant et 2) ne plus jamais en recevoir de nouveau. Au contraire de toi, je lis une date charnière : on va cesser le renouvellement des avances, et on va les rembourser jusqu'à ce qu'elles disparaissent. C'est bien la fin totale de l'argent gratuit pour l'État (fin programmée suivant une progression quand même) à laquelle on assiste.
N'oublions pas, en plus, que L'INFLATION va rapidement réduire à rien la valeur de ce plafond qui n'augmente plus. Il faudrait calculer combien représentent les différents plafonds en euros constants (on serait sans doute surpris de la vitesse d'assèchement de la ressource pour notre État).
[bgcolor=#FFFF99] De toutes façons, je reconnais que la forme des avances directes au Trésor est manifestement marginale dans les faits, avant et après 1973, et qu’elle constituait un angle d’attaque non pertinent de la loi de 1973 ; c’est plutôt une AUTRE forme de financement gratuit ou peu cher des dépenses publiques (qui nous avait échappé au premier abord) qui semble avoir disparu en 1973 et qui devrait nous occuper aujourd’hui (c’est ma première proposition de nouvelle piste, à laquelle tu n’as pas (encore) répondu ;)[/bgcolor] ÉC.]
Je maintiens donc mon propos: si certains pensent que la dette publique a explosé après 1974, c’est peut-être parce que l'État s’est refusé d’emprunter à la Banque de France. Je ne m’aventurerai pas sur le terrain du débat économique. Cependant, du point de vue légal, la loi du 3 janvier 1973 n’a en aucun cas contraint les gouvernements à s’endetter obligatoirement sur les marchés financiers privés.
On peut cependant trouver que ce système n’est pas le plus démocratique qui soit. Peut-être pourrions nous rêver d’un système moins technocratique et laissant bien plus de pouvoir au Parlement français. J’en conviens, et c’est là un débat sur le fonctionnement des institutions qui dépasse largement la loi du 3 janvier 1973.
Aussi, même à convenir que l’accord nécessaire du Conseil général rend plus malaisé l’octroi des prêts ou des avances, la faute ne pourrait pas être mise sur le dos de la loi de 1973.
En effet, les conventions ont TOUJOURS été approuvées par les deux parties: État et Banque de France, et ce, MÊME AVANT 1973.
[ÉC : Dont acte. (Pour en avoir le cœur net, je vérifierai quand même que la difficulté n'a pas été accrue en 1973.)
Je confirme donc mon évolution :
La loi de 1973 n'est pas seulement une loi scélérate : la loi de 1973 est une loi scélérate DE PLUS :)
Et elle est, en plus, un merveilleux détecteur de mensonges de banquiers, un RÉVÉLATEUR :) ÉC.]
En juin 1848, le gouverneur de la Banque de France, autorisé par une délibération du Conseil de la Banque, a ainsi signé un Traité avec le ministre des finances dans lequel il s’engage à prêter 150 millions de francs au Trésor. Cet emprunt a ensuite été autorisé par l’Assemblée nationale. Il s’agit du premier emprunt de l'État à la Banque à ma connaissance.
Ce mode de fonctionnement (convention/traité approuvé par les deux parties puis loi) n’a pas été remis en cause lors de la nationalisation de la Banque de France en 1946. Cependant, la mise en place de la 5ème République en 1958, réduisant drastiquement les pouvoirs du législateur, a confié au seul gouvernement le soin d’approuver les conventions.
La loi de 1973 a au moins eu le mérite de redonner au Parlement le rôle d’approbateur en dernier ressort qui lui revenait.
[ÉC : Non, aucun mérite de ce côté : ce "rôle" du Parlement n'a AUCUN intérêt, sinon celui de donner le change.
Je répète que, du point de vue du public (qui a besoin de monnaie en quantité suffisante pour vivre), la question décisive est : "l'État peut-il financer gratuitement ses investissements en créant lui-même librement la monnaie dont il a besoin ?"
Alors que du point de vue des richissimes grands prêteurs à l'État (ce sont toujours "les Girondins" qu'on a sur le dos), la question décisive est : "comment RETIRER progressivement à l'État toute possibilité de créer lui-même, librement et gratuitement, la monnaie dont il a besoin pour gérer le pays (pour qu'il soit obligé ensuite de passer par nous, les plus riches, pour s'approvisionner en monnaie) ?"
Dans ce contexte, la possibilité qui est donnée au Parlement de refuser une éventuelle initiative de création monétaire (voulue par d'autres, non élus) NE VAUT RIEN (puisque la question n'est PAS là). C'est un leurre : sur l'enjeu essentiel (pouvoir déclencher librement la création gratuite de la monnaie dont le pays a besoin), sur cet enjeu, le parlement n'a AUCUN pouvoir.
On se fout de nous.
ÉC.]
CONCLUSION (provisoire) :
[ÉC : Je retiens de cette controverse que des petits gusses de rien du tout comme nous, de simples citoyens, arrivent progressivement à faire surgir dans le débat public un thème central pour la cité (comment financer par création monétaire au meilleur compte —et sans risque— les dépenses publiques et la prospérité ?), thème central qui avait toujours été tenu confidentiel et méconnu jusqu'alors.
Cherchant des aiguilles dans une meule de foin, gênés par un nuage de fumée supplémentaire soigneusement entretenu par ceux qui ne veulent pas que nous y voyions clair (journalistes, économistes et universitaires DE BANQUE, notamment), il n'est pas étonnant que nous commettions des erreurs. Comme tout le monde, d'ailleurs. Absolument tout le monde. Même ET SURTOUT les journalistes, économistes et universitaires de banque donneurs de leçon de résignation et de soumission aux marchés financiers.
Une erreur n'est pas grave du tout si on sait la reconnaître et si on en profite pour progresser. (On n'est quand même pas obligé de changer d'avis tant qu'on n'a pas été correctement convaincu, hé ! :) )
[bgcolor=#FFFF99] Rappelez-vous du Traité ANTIconstitutionnel Européen de 2005 (il vaut mieux dire TAE que TCE : ça montre qu’on a compris le fond des choses et que le peuple commence à refuser l’usage des mots menteurs). Ce TAE, il n’ajoutait pas grand-chose aux traités félons qui l’avaient précédé, plus discrètement que lui : tout ce qui était le plus grave (la partie I, notamment, mais aussi la II et la III) était DÉJÀ dans les traités depuis longtemps ! MAIS le TAE a pourtant servi, malgré ce vide relatif de nouveautés, de puissant RÉVÉLATEUR ET D’ALARME pour le peuple endormi sur la cruciale question européenne.
Il est bien possible que la loi de 1973 ressemble au TAE de ce point de vue : une loi peut-être finalement VIDE de changement décisif, mais puissant RÉVÉLATEUR ET ALARME pour le peuple endormi sur la cruciale question monétaire.
Cette controverse fait monter le niveau de tout le monde, sur le sujet de société majeur et méconnu de la création monétaire.
C'est du jamais vu.
Et c'est bien, je crois.[/bgcolor]
ÉC.]
Ma chère Magali, mon cher Lior, je vous remercie du fond du cœur pour tous les progrès que vous m'aidez à faire, par votre travail courageux et rigoureux. J'ai hâte de vous revoir bientôt, autour d'un bon repas :)
Étienne.</blockquote>