07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

@Landerec

Je ne suis pas assez calé en comptabilité pour argumenter, je vais donc transmettre cet argument à Jean Bayard.
Néanmoins sur la dernière phrase, l’argument est erroné.

En effet, une banque X doit faire face au besoin de monnaie centrale pour 3 motifs

  • demande de billets (environ 13% des dépôts)
  • réserves obligatoires (1% des dépôts)
  • compensation interbancaire, les autres banques ne se faisant payer qu’en monnaie centrale; c’est l’item qui nous intéresse ici

Or, évidemment, une banque qui n’aurait que ses employés comme déposants n’aurait qu’une part de marché très réduite et des "fuites " importantes (les employés vont payer leurs fournisseurs qui sont dans d’autres banques avec des « euros X ») et donc les autres banques vont se faire payer en monnaie centrale sur une grande part de la monnaie crée par la banque X.
Les banques peuvent créer toute la monnaie qu’elles veulent (dans la limite de 12,5 fois leurs fonds propres du fait des règles prudentielles de Bale 2), mais comme l’a dit Keynes je crois « il faut que les banques marchent au même pas », c’est à dire que leur part de marché des dépôts de leurs clients doit être similaire à leur part de marché de crédits.

@bernardd
Mon ami AJH me demande de répondre à votre remarque concernant ce qui vous semble une affirmation:

« Les banques monétisent leurs dépenses et démonétisent leurs recettes »

Il s’agit d’un sujet complexe que j’analyse comme suit :

Il existe 3 sources de création de monnaie scripturale, que pratiquent tant l’Institut d’émission que les banques de dépôts :

- le crédit consenti,
- l’achat de devises étrangères,
- l’activité propre des banques (centrale ou de dépôts), si la somme de leurs actifs propres est supérieure à celle de leurs passifs propres.

La destruction s’opère à l’inverse, quand les crédits sont remboursés, quand les devises sont cédées ou revendues et enfin quand les actifs propres sont inférieurs aux passifs propres.

Si les deux premières sont bien connues des spécialistes, il n’en va pas de même de la troisième source sur laquelle il règne le silence d’un cimetière !

La caractéristique de cette troisième source de création et de destruction monétaires, est que [bgcolor=#FFFF99]la banque monétise ses dépenses (pertes) et démonétise ses recettes (profits), ce que jusqu’à présent personne n’a compris ou osé dire. Ainsi, par exemple, elle crée de la monnaie quand elle verse les salaires de son personnel en créditant leurs comptes et elle détruit de la monnaie lorsqu’elle débite les comptes de ses clients des intérêts, agios et autres frais qui lui sont dus. Bref, la banque monétise chaque fois qu’elle achète et qu’elle paie et démonétise chaque fois qu’elle vend et qu’elle encaisse.[/bgcolor]

Prenons l’exemple de l’activité d’assurance de la BNP. Elle détruit de la monnaie lorsqu’elle encaisse les primes de ses clients (débit de leur compte) et la crée quand elle paie les sinistres et autres dommages (crédit des comptes de tiers). Si l’on excepte ses rémunérations, la différence représente une démonétisation égale aux réserves techniques qui s’inscrivent à son passif. A fin 2010, ces réserves s’élevaient à 114,9 milliards d’euros, correspondant à une démonétisation cumulée de la BNP à ce titre. Ce n’est pas rien.

La création ainsi que la destruction de monnaie scripturale par les banques (centrales ou commerciales) obéit à une règle générale que l’on peut écrire comme suit :

Toute augmentation de l’actif, toute dépense et toute diminution du passif de ces banques se traduisent nécessairement par une création monétaire, tandis que toute augmentation de leur passif, toute recette et toute diminution de leur actif, se traduisent symétriquement par une destruction monétaire. [bgcolor=#FFFF99]Car, ces opérations se font ou se défont par l’inscription, dans un sens ou dans l’autre, directement ou indirectement (via la compensation), aux comptes de dépôt à vue (DAV)[/bgcolor] des banques par la Super banque et aux comptes de dépôt à vue (DAV) des agents non bancaires par les banques.

L’Institut d’émission et les banques procèdent donc de même pour émettre la monnaie. [bgcolor=#FFFF99]La différence est que la Super-banque crée de la monnaie centrale, à destination des banques, tandis que les banques de dépôts créent de la monnaie secondaire, à destination des agents non bancaires (ANB), dont font partie les établissements financiers.[/bgcolor]

Notons que les banques centrales de la zone euro ne sont pas autorisées par la loi à émettre de la monnaie en faveur de leur Trésor Public. Celui-ci doit faire appel aux marchés pour se financer.

J’espère ainsi répondre à votre demande.

Cordialement

jean bayard

- compensation interbancaire, les autres banques ne se faisant payer qu'en monnaie centrale; c'est l'item qui nous intéresse ici

Or, évidemment, une banque qui n’aurait que ses employés comme déposants n’aurait qu’une part de marché très réduite et des "fuites " importantes (les employés vont payer leurs fournisseurs qui sont dans d’autres banques avec des « euros X ») et donc les autres banques vont se faire payer en monnaie centrale sur une grande part de la monnaie crée par la banque X.


C’est exactement mon raisonnement.
Pour ce genre de dépenses la banque doit utiliser de l’argent « frais », elle ne crée donc pas d’argent pour le faire (même si cet argent a, à 9 chances sur 10, été créé par une autre banque, ou du moins avec une autre contrepartie).

- compensation interbancaire, les autres banques ne se faisant payer qu'en monnaie centrale; c'est l'item qui nous intéresse ici

Or, évidemment, une banque qui n’aurait que ses employés comme déposants n’aurait qu’une part de marché très réduite et des "fuites " importantes (les employés vont payer leurs fournisseurs qui sont dans d’autres banques avec des « euros X ») et donc les autres banques vont se faire payer en monnaie centrale sur une grande part de la monnaie crée par la banque X.


C’est exactement mon raisonnement.
Pour ce genre de dépenses la banque doit utiliser de l’argent « frais », elle ne crée donc pas d’argent pour le faire (même si cet argent a, à 9 chances sur 10, été créé par une autre banque, ou du moins avec une autre contrepartie).

Justement, si la part de marché de crédit est inférieure à ce qu’elle pourrait faire (inférieur à sa part de marché de dépôts), la banque pourra, pour elle même, créer la monnaie dont elle a besoin, que ce soit pour un achat immobilier ou des salaires, sans pour autant avoir besoin de céder de la monnaie centrale à ses concurrentes…
L’inverse est, à mon sens, vrai également…
J’ai mis longtemps à l’admettre moi aussi mais je suis certain que J.B. a raison sur ce point.

Justement, si la part de marché de crédit est inférieure à ce qu'elle pourrait faire (inférieur à sa part de marché de dépôts), la banque pourra, pour elle même, créer la monnaie dont elle a besoin, que ce soit pour un achat immobilier ou des salaires, sans pour autant avoir besoin de céder de la monnaie centrale à ses concurrentes... L'inverse est, à mon sens, vrai également... J'ai mis longtemps à l'admettre moi aussi mais je suis certain que J.B. a raison sur ce point.
:) Je ne vois pas la faille mais ce qui est sûr c'est que ça ne représente pas la totalité, ni même la majorité des salaires. Pour l'immobilier ça ne me pose aucun problème, le bilan est équilibré, l'augmentation des immos couvre l'augmentation du passif. Il ne s'agit de toute façon pas de monétisation des dépenses mais de monétisation de la portion encore utilisable de l'actif pour couvrir des dépenses.

@Landerec
Bon, de toute façon ce n’est pas extrêmement important dans le débat actuel. J’attends plutôt la réponse de Bernardd à mon message 14571

@Landerec Bon, de toute façon ce n'est pas extrêmement important dans le débat actuel. J'attends plutôt la réponse de Bernardd à mon message 14571
Il a déjà répondu plusieurs fois 5%.
@Landerec Bon, de toute façon ce n'est pas extrêmement important dans le débat actuel. J'attends plutôt la réponse de Bernardd à mon message 14571
Il a déjà répondu plusieurs fois 5%.
Désolé, je n'ai pas vu passer Mais 5% de quoi ?

Et quand ce sera clair, un résumé sera profitable aux techniciens en herbe ( je ne capte pas tout )

@Landerec Bon, de toute façon ce n'est pas extrêmement important dans le débat actuel. J'attends plutôt la réponse de Bernardd à mon message 14571
Il a déjà répondu plusieurs fois 5%.
Désolé, je n'ai pas vu passer [bgcolor=#FFFF99][b]Mais 5% de quoi[/b] ?[/bgcolor]
Personne ne peut répondre ?
Mais 5% de quoi ?
Personne ne peut répondre ?
Voilà voilà j'arrive. :) Bernardd a fait plusieurs fois référence à un bouquin (disons une œuvre en évolution permanente) édité sur internet et nommé "Théorie Relative de la Monnaie" (TRM). Dans ce machin très dispensable (faites moi confiance, je me le suis tapé pour en être sûr) et indigeste (dans le sens où il y a plus d'idéologie que de théorie), il est expliqué que, pour que chaque personne (de n'importe quelle génération) ait reçu à l'issue de sa vie la même proportion de la masse monétaire, il faut qu'elle reçoive périodiquement la répartition égale d'une création monétaire qui dépend du chiffre de la population, de l'espérance de vie et de cette proportion. Un exemple de calcul, prenant en compte une pyramide des âges rectangulaire, une durée de vie (constante) de 80 ans, et une proportion de 98% y donne une augmentation de la masse monétaire d'environ 5% de celle ci par an. Suite à cet exemple, ce 5% y est traité comme un absolu. ------------ Pour moi, personnellement, la valeur exacte de l'augmentation n'a que peu d'importance. Elle doit être suffisante pour effacer en un temps acceptable n'importe quel accident monétaire (donc 1% de la masse monétaire par an est un peu juste), et pas trop forte pour ne pas déclencher d'hyperinflation (mais nous avons déjà connu une inflation largement supérieure à 10% avec une croissance forte, donc une augmentation de la masse monétaire sans doute bien supérieure à 15% sans que notre bien-être n'en souffre).

@Landerec
Merci pour cette tentative d’explication.
Mais j’en suis toujours à essayer de comprendre à partir de quoi* on démarre (on n’est pas sur une nouvelle planète vierge de tout). Certain ont déjà de l’argent, d’autres n’en ont pas… certains ont du patrimoine, d’autres non … certains ont des richesses naturelles d’autres n’en ont pas.

La proposition 100% monnaie a au moins l’avantage d’être claire et applicable immédiatement. Les banques commerciales ne peuvent plus créer de nouvelle monnaie, seule la banque centrale le peut et c’est disons 5% de la masse monétaire existante (soit pour nous M1 + 20% de M2) , chaque année, au bénéfice de la collectivité, c’est à dire environ 60 Md€ par an.

  • quoi?
    La monnaie existante, laquelle est entre 900 à 1800 Md€ pour la France selon la manière dont on la calcule… ou autre chose ?
@Landerec Merci pour cette tentative d'explication. Mais j'en suis toujours à essayer de comprendre à partir de quoi* on démarre (on n'est pas sur une nouvelle planète vierge de tout). Certain ont déjà de l'argent, d'autres n'en ont pas... certains ont du patrimoine, d'autres non ... certains ont des richesses naturelles d'autres n'en ont pas.

La proposition 100% monnaie a au moins l’avantage d’être claire et applicable immédiatement. Les banques commerciales ne peuvent plus créer de nouvelle monnaie, seule la banque centrale le peut et c’est disons 5% de la masse monétaire existante (soit pour nous M1 + 20% de M2) , chaque année, au bénéfice de la collectivité, c’est à dire environ 60 Md€ par an.

  • quoi?
    La monnaie existante, laquelle est entre 900 à 1800 Md€ pour la France selon la manière dont on la calcule… ou autre chose ?

Bien d’accord.
A ce que je comprends de la « théorie » susdite on part de la situation actuelle et, puisqu’au bout de 80 ans 98% de la masse monétaire existante provient de ce mécanisme, tout est pour le mieux.

Sur la monnaie et les crises financières

Après plusieurs articles et livres lus sur les crises financières, je reste toujours « indécis » sur les véritables raisons qui déclenchent les banqueroutes universelles. Il existe divers opinions notamment 2 écoles qui s’affrontent, celle de FISHER et celle des des néo-classiques. Celle de FISHER, ALLAIS, JUGLAR ici sur ce forum nous en avons déjà parlé.
L’école néo-classique s’oppose à une vision « d’instabilité du système financier ». Elle met l’accent sur les erreurs de gestion des banques qui amènent le déclenchement des crises. Pour cela il est pris pour exemple les crises bancaires du moyen-âge notamment sur les territoires de Florence et Gênes au XIVéme siècle.
En effet les banques étaient aussi des entreprises commerciales. Pour certains auteurs cela signifient un manque de spécialisation. La plupart des banques du moyen-âge ont fait faillite en remboursant en partie leurs créanciers pour revenir plus tard à une activité de marchands.
L’économie (les fondamentaux) n’est pas toujours l’acteur principal car il peut survenir des faillites dans une période de croissance. La cause peut venir d’un débiteur important qui fait défaut, un changement de politique commerciale, un événement monétaire (dévaluation ou son contraire, etc…). La banque aussi dépend de la valeur de ses actifs, de la qualité à rembourser ses déposants mais aussi de l’entourage de la structure locale industrielle.
L’exemple de la banque Leccacorvo au XIII éme siècle (Gênes) montre que son effondrement est d’abord dû à un engagement imprudent dans le financement des croisades. Les prêts à des marchands de laine semblaient « solides » tant que les échanges étaient florissants. C’est avec le retour des croisés, l’impossibilité des marchands de laine de payer la matière première que la dépression a vu le jour.
Comme de coutume, la Banque avait prêté plus que ses réserves le lui permettaient. Il faut insister, à ce niveau, sur le fait que la banqueroute est due à 3 phénomènes. L’illiquidité, l’insolvabilité puis ensuite la faillite comme phase « terminale ».
En effet, ce que dit SAYOUS est qu’une banque illiquide n’est pas forcément une banque insolvable. Tout dépend de la qualité de sa solvabilité, de ses actifs immédiatement disponibles (à cette époque, métaux précieux, etc.).
L’autre exemple et certainement le plus célèbre est le crash bancaire des 3 plus grandes banques de Florence (Bardi, Acciainoli, Perruzi). Certainement la plus grande banqueroute de l’histoire de la chrétienté voir de l’occident. Elle se rapproche d’une banqueroute classique de la crise du crédit. Mais « l’articulation » de son effondrement reste identique à celle de Leccacorvo. Dans un premier temps un financement de la guerre de 100 ans par un système financier assez compliqué. Pour résumé, une nécessité de monnaie liquide pour le royaume d’Angleterre. Les premières défaites d’Edouard III, accule le royaume anglais à un défaut de paiement. En effet, elles ont des conséquences financières importantes et l’implication des 3 banques (grandes compagnies) dans le soutien de cette guerre les font vaciller. Sans entrer dans les chiffres, les sommes en jeu sont absolument colossales. Un seul chiffre ; engagement des 3 banques autour de 600 000 florins. Dette d’Edouard III, 1 265 000 florins.

bibliographie sur les crises au moyen-âge.
DE ROOVER La structure des banques au moyen-âge 1965 Paris, Mouton
JORDAN E. la faillitte des Buonsignori, Mélanges Paul Fabre, Paris
KINDELBERGER Histoire mondiale de la spéculation financière Paris, P.A.U
LOPEZ R. La révolution commerciale dans l’Europe médiévale, Paris AUBIN
PERROY E. A l’origine d’une économie contractée; Les crises du XIV éme siècle Annales E.S.C
POSE A. La monnaie et ses institutions Paris, PUF 1942

La liste est naturellement bien plus importante mais une partie est en italien, anglais, allemand.

Je souhaite également poser une question à Étienne CHOUARD :

Si les crises se retrouvent à toutes les époques, en tout cas, du moyen-âge au XXIème siècle,
Qu’en est-il de l’Antiquité et notamment de la période où la démocratie Athénienne a pu fonctionner? Je souhaiterais savoir s’il existe une documentation à ce sujet? Durant les 200 ans qu’ a connu la démocratie Athénienne il y a t-il eu des périodes de crises économiques? Peut-être il n’ y en a jamais eu…Alors là le bonheur nous ouvre ses portes!

1 - L’origine historique du processus : le pari bancaire des orfèvres londoniens

Les économistes admettent communément que le processus de création monétaire bancaire serait apparu vers le milieu du XVIIe siècle, quasi simultanément à Stockholm, avec l’émission de billets de banque par Palmstruch et à Londres, avec la transformation progressive des orfèvres (les Goldsmiths) en banquiers.
Même si cette thèse repose sur des données historiques parfois superficielles, elle est cependant particulièrement intéressante du point de vue analytiques, lorsque l’on cherche à appréhender la quintessence de la création monétaire.

En 1640, le roi Charles Ier, en proie à de graves difficultés financières, fait saisir les lingots d’or et d’argent déposés à la Tour de Londres (alors Hôtel des monnaies). Les marchands de la cité réagissent immédiatement en transférant leurs métaux précieux, sous forme de lingots, de poudre ou de pièces, et autres objets de valeur, dans des refuges considérés comme plus sûrs, les boutiques d’orfèvres. Ils reçoivent alors en contrepartie un reçu nominatif et détaillé, qui leur permet de récupérer à tout moment (à vue. C’est-à-dire sans échéance de retrait), après avoir acquitté un droit de garde modique, les objets mêmes qu’ils avaient déposés. La boutique de l’orfèvre n’est alors qu’une simple consigne bien protégée.

Cependant, ces orfèvres vont peu à peu se transformer en banquiers de dépôt, lorsque leurs reçus ne mentionneront plus que la valeur en livres sterling plutôt que les objets précisément déposés. Cet anonymat est important, car le remboursement peut se faire simplement par prélèvement sur l’ensemble de l’encaisse détenue par la banque, « réserve » composée d’éléments interchangeables. De plus à partir de 1655, ces certificats de dépôts sont de plus en plus souvent créés pour des sommes rondes et au porteur. Le déposant peut alors remettre en paiement directement le certificat, au lieu d’être obligé de venir retirer les pièces avant de les transmettre au créancier (avec évidemment l’assentiment de ce dernier). Celui-ci pourra à son gré, soit à son tour utiliser ce certificat en tant que moyen de paiement, soit se faire rembourser en espèces au moment et à l’endroit désirés (les orfèvres londoniens disposent alors d’un large réseau de correspondants dans tout le royaume et à l’étranger). Ces deux innovations facilitent ainsi l’utilisation et la circulation des certificats et en corollaire contribuent aussi à retarder les demandes de remboursement en espèces.

Dans un tel contexte, les certificats de dépôts ne font cependant que compenser exactement le montant d’espèces métalliques présentes dans les coffres et retirées de la circulation active. La masse monétaire demeure strictement inchangée, seul l’aspect matériel des paiements est modifié, la circulation de papiers se substituant partiellement à la circulation métallique.

Le bilan d’un établissement de ce type ressemble à ceci :

Bilan de l’orfèvre avec couverture intégrale :

Actif : Encaisse métaux précieux : + 10000
Passif: Certificats émis : + 10000

Mais les orfèvres banquiers vont s’apercevoir que le stock de métaux précieux ne descend jamais en dessous d’un certain seuil pour deux raisons :

  • en vertu de la loi des grands nombres, à un moment donné les dépôts et les retraits se compensent largement, des dépôts nouveaux tendant à équilibrer les retraits
  • Les détenteurs des certificats accordent une grande confiance aux orfèvres, de sorte qu’ils en demandent rarement la conversion. Tous les billets ne seront pas présentés à la fois pour être convertis

Une couverture métallique à 100 % des certificats est devenue inutile puisqu’une petite encaisse (de l’ordre du tiers semble-t-il à l’époque) suffit à parer aux retraits imprévus. Plutôt que de conserver cet or et cet argent qui « dorment », mieux vaut dès lors les faire fructifier. Face à ce constat, vers 1665, les orfèvres vont alors commencer à émettre des certificats en échange d’un titre de dette et non d’un dépôt d’or ou d’argent. L’orfèvre remet à son client emprunteur, privé ou public, des billets en tout point identiques aux autres :

Bilan de l’orfèvre banquier avec couverture partielle

Actif : Encaisse métaux précieux : + 10000
Passif: Certificats émis : + 10000
(espèces immédiatement disponibles):
Effets escomptés : + 20000
(remboursables à terme)

La valeur faciale de l’ensemble des certificats émis (30000 £) est désormais supérieure à la valeur du stock métallique détenu, la différence représentant la valeur du portefeuille d’effets escomptés (qui figurent dans les avoirs puisque la banque conserve dans ses coffres ces reconnaissances de dettes). Il y a bien là création monétaire puisque le volume de moyens de paiement disponibles s’est accru.

Du point de vue microéconomique, cette nouvelle transformation de la profession d’orfèvre repose sur un double pari :

  • sur la solvabilité anticipée de l’emprunteur. Une créance irrécouvrable déséquilibrerait le ratio entre certificats en circulation et encaisses métalliques;

  • sur l’absence future de toute demande généralisée de conversion en métal. Si tous les détenteurs de certificats sollicitaient en même temps leur remboursement intégral, l’établissement serait incapable de faire face, puisque les effets constituent des ressources non disponibles avant l’échéance (en cas de demande de conversion supérieure à la normale mais restant limitée, il est toutefois possible de récupérer des espèces à bref délai en cédant les effets escomptés à des confrères).

Du point de vue macroéconomique, la monnaie devient progressivement une variable endogène du système économique (sa création résulte de demandes de financement) et non la résultante du hasard comme antérieurement (la quantité de pièces en circulation dépendant des aléas de découvertes de mines d’or et d’argent). La monnaie peut alors être définie comme la dette des banques qui circule.

Si le principe fondamental de la création monétaire par les banques - émettre une créance sur elles-mêmes qui est acceptée par le public comme moyen de paiement - est en place dès la fin du XVIIe siècle, par contre ses modalités pratiques ont bien changé. D’une part l’État est très vite intervenu dans le processus (dès les années 1720, les billets de la Banque d’Angleterre fondée en 1694 dépasseront le total émis par les orfèvres banquiers), puis s’est octroyé le monopole d’émission des billets (1742 en Angleterre). D’autre part les billets sont devenus inconvertibles (cours forcé). La création monétaire n’a ainsi plus besoin de « l’alibi » d’une couverture or, même partielle, et est devenue très majoritairement de nature scripturale. Aujourd’hui pour prêter, une banque n’a plus besoin de sommes préalablement déposées.

Je lis qu’on cherche à connaître les facteurs déclenchant les crises . Les crises ne seraient elles pas plutôt inhérentes à la monnaie telle qu’elle est conçue, au service de l’agressivité et de la boulimie, en ses fonctionnements et en ses buts, dits ou non dits ? Un peu comme une secousse tellurique surviendra quoiqu’il arrive, la construction d’un barrage hydraulique n’étant que pipi de souris ?


Je lis une covariance entre le financement des guerres et certaines crises de l’Histoire. Pourtant l’astronomique investissement de la seconde guerre mondiale a précédé les trente glorieuses. (( ce qui pose la question de l’investissement possible, probablement sans réserve et pourtant digeste,non inflationniste, hors toute rentabilité constructive ; opportunité sous exploitée au plan civil ))


@Yves marx : je renforce la question : Quelle est la cause de la fin de la démocratie athénienne, et quand se situe-t-elle ?


C’est la suite logique de ma question…mais impossible d’en donner une réponse.
Oui tu as raison sur la seconde guerre mondiale mais il faut se rappeler que les « grands vainqueurs » en ont été les Etats-Unis. Eux avec leurs plans Marshall ont pu en tirer tous les bénéfices (aides à l’Allemagne et au Japon en particuliers) et relancer l’économie mondiale.

bonjour,
http://www.france5.fr/c-notre-affaire/?page=player&id_rubrique=443
a partir de la 5eme minute, on parle des monnaies locale