07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Cher André-Jacques,

Si on n’a pas assez de signes monétaires en circulation, on peut augmenter la vitesse de circulation pour échanger plus de richesses, ok, (pourtant, est-ce cette vitesse se décrète ? il me semble que non) ; mais ce qui est ici souligné c’est que la monnaie distribuée doit être suffisante pour acheter les richesses produites, non ?

Et cette idée-là semble très pertinente, je trouve.

:confused:

Est-ce que tu as du nouveau sur les paramètres qui déterminent la vitesse de circulation de la monnaie (aujourd’hui environ 1, sans qu’on sache trop pourquoi, apparemment) ?

Étienne.

Et c'est bien ce que j'ai du mal à comprendre, pourquoi faire payer des intérêts à l'état si ces intérêts reviennent intégralement à l'état ensuite ? Vous dites que cela revenait dans les caisses de l'état soit par des paiements d'intérêts soit par les impôts, pouvez-vous ètre plus concret svp ?
Oui, c'est vrai, pourquoi le Trésor Public payait-il des intérêts à la Banque de France ? J'avoue que je n'en sais trop rien... peut être (mais sans aucune certitude) pour de simples problèmes comptables ?

Pour la seconde question, c’est plus simple. Comme la Banque de France est une institution dont le capital appartient à l’Etat, les intérêts payés entrent dans son bilan (chiffre d’affaire). La BdF, comme toute société doit payer des frais, des loyers, des salaires, des cotisations sociales, des investissements, etc. Reste son bénéfice brut qui est soumis à l’impôt sur les sociétés. Le bénéfice net est distribué aux actionnaires (nonobstant les réserves que la société peut décider) et comme le seul actionnaire est l’Etat…

On trouve page 7 des comptes annuels de la BdF http://www.banque-france.fr/fr/publications/telechar/comptes_bdf/cpts_2007/comptes_BDF_2007.pdf " Le dividende versé à l’État s’élève à 1 739 millions d’euros. Le solde, soit 0,1 million d’euros, a été laissé en report à nouveau." et page 9 "Impôts sur les bénéfices : 1 396 millions d’euros "

Cordialement

AJH

Cher André-Jacques,

Si on n’a pas assez de signes monétaires en circulation, on peut augmenter la vitesse de circulation pour échanger plus de richesses, ok, (pourtant, est-ce cette vitesse se décrète ? il me semble que non) ; mais ce qui est ici souligné c’est que la monnaie distribuée doit être suffisante pour acheter les richesses produites, non ?

Et cette idée-là semble très pertinente, je trouve.

:confused:

Est-ce que tu as du nouveau sur les paramètres qui déterminent la vitesse de circulation de la monnaie (aujourd’hui environ 1, sans qu’on sache trop pourquoi, apparemment) ?

Étienne.


Mon cher Étienne
Tu as raison, "la monnaie distribuée doit être suffisante pour acheter les richesses produites " et c’est bien pour cela que j’approuve l’expression " mais les Salaires totaux, plus ou moins bien répartis, doivent d’abord permettre d’acheter la Production totale " … mais ce que je veux dire, c’est que c’est évidemment le cas dans notre société (je ne vois pas de surplus qui ne peuvent être achetés « globalement ») … il y a assez de monnaie, avec une vitesse de circulation sensiblement de 1 comme tu le soulignes (il y a ensuite un problème de répartion évident des revenus, mais c’est un autre sujet).

Il y avait entre 1980 et 2000 une Vitesse de Rotation de la Monnaie (pour ceux qui l’ignorent, c’est le PIB divisé par la masse monétaire M1) de 4, et tu as raison, la VRM ne se decrete pas, c’est une conséquence de choix individuels … la seule explication (me semble t-il) c’est l’inflation ou le sentiment d’un risque d’inflation … « la monnaie « brule les doigts » » et les gens achètent au lieu de « placer » … Tiens, ça serait une question à poser à Frédéric (tu le fais ?)… il y a peut être une explication que je ne connais pas …

AJ

[bgcolor=#FFFF99]« La dette prend aux pauvres pour donner aux riches »[/bgcolor]

Avec France Inter, la chronique de Bernard Maris, journaliste et écrivain :

http://www.marianne2.fr/La-dette-prend-aux-pauvres-pour-donner-aux-riches_a87685.html

« La dette publique doit être réduite, surtout parce que les intérêts perçus par les banques privées qui prêtent à l'État, viennent des impôts, en particulier de la TVA.

Retour sur la dette publique : Bruxelles vient de demander à la France d’être un peu plus rigoureuse.

La sempiternelle affaire de la dette publique ! 1 180 milliards d’euros. «Déficit public, le mal français» titrait Le Monde. Et bien, revenons une fois de plus sur ce «mal».

  1. d’abord, l’État accuse les collectivités territoriales, qui sont en effet les responsables de l’augmentation de la dette. C’est d’un cynisme invraisemblable: L’État a transféré ses charges aux collectivités territoriales, par exemple la gestion du Rmi ou encore les politiques d’aides aux personnes âgées, et 70% des investissements publics sont réalisés par les collectivités territoriales. C’est énorme. C’est aussi la preuve que l’État ne fait plus son travail, c’est un choix.

  2. Qu’est-ce qu’une dette ? Quand vous empruntez pour contruire votre maison, vous êtes endettés. Etes-vous coupable pour autant ? Pas du tout ! Vous espérez, par votre travail dans les années futures, rembourser votre dette et payer votre maison.

On peut imaginer que la dette publique aussi, sera remboursée par du travail futur.

Réponse : non, parce que les dépenses publiques sont des dépenses de fonctionnement.

Un transfert des pauvres vers les riches

Autrement dit, les dépenses publiques ne sont pas faites pour constuire une maison. Et si les dépenses publiques étaient faites pour construire une maison, la maison publique. Les policiers ? Inutiles ? Ils gardent la maison. Les professeurs. Inutiles ? Ils construisent la maison. Les chercheurs, les infirmiers, etc.

Et une maisons construite par le privé ne serait pas mieux construite. Le privé construit en papier, à court terme. Il construit pour lui, et non pour la collectivité. Il ne regarde ni l’environnement, ni la beauté, ni la recherche désintéressée. Et pourtant, il faut réduire la dette… Pourquoi ? Parce que nous payons les intérêts de la dette aux banques privées qui nous prêtent. L’impôt paye les intérêts de la dette. Or l’impôt, en France, est largement proportionnel. La grande part de l’impôt est la TVA, payée par les pauvres autant que par les riches. En revanche, les intérêts de la dette sont perçus par les personnes les plus aisées. La dette réalise dont un transfert fiscal des plus démunis vers les plus aisés. C’est uniquement pour cette raison que la dette doit être réduite.

Non pas une phrase mais [bgcolor=#CCFFFF]un livre : La dette publique, une affaire rentable par André-Jacques Holbecq et Philippe Derudder, Editions Yves Michel.[/bgcolor] »

Bernard Maris


[align=center][/align]


Pour écouter [bgcolor=#FFFF99][b]le son[/b] de cette chronique :[/bgcolor] [url]http://www.radiofrance.fr/franceinter/chro/journaldeleconomie/index.php?id=68199[/url]

[bgcolor=#FFFF99]« La macroéconomie étudiée librement par Jean Bayard »[/bgcolor]
Un site étonnant, fourmillant d’idées et de formulations originales et séduisantes ; à travailler…
http://www.bayard-macroeconomie.com/macroeconomie.htm

« Aujourd'hui retraité, Jean Bayard a achevé sa carrière professionnelle dans une multinationale en qualité de directeur des études financières. En 1980, il s'est intéressé à l'économie et, utilisant essentiellement ses connaissances comptables et financières, s'est livré à des travaux de recherche concentrés sur les comptes nationaux et effectués à partir d'une expression mathématique (que l'on trouve dans la plupart des manuels d'économie) démontrant l'égalité existant entre l'épargne et l'investissement. On doit cette égalité au célèbre économiste anglais John Maynard Keynes.

Ainsi, la même année, en créant de toutes pièces une comptabilité nationale, il a découvert une loi macro-économique qui commande l’allure de marche de toute activité nationale. Il a consacré les premières années qui ont suivi, à la mise au point et à la vérification de cette loi. Il a ensuite orienté ses travaux vers l’étude et la recherche des causes de phénomènes économiques qui agissent trop souvent sur notre vie quotidienne à notre corps défendant et dans l’impuissance générale. Pour pénétrer dans le maquis des circuits de la monnaie, il a dû retracer les schémas d’écritures comptables complexes, seul moyen de démonter les mécanismes monétaires. Enfin, praticien de formation il a écrit non sans peine la théorie de cette loi. Sous l’angle de cette découverte et à l’écart des sentiers battus, les pistes empruntées peuvent expliquer un résultat en totale contradiction avec les théories qui jalonnent le parcours de notre incapacité à affronter les réalités économiques de notre époque.

Plus de vingt-cinq années de travail ne serviraient à rien si les résultats obtenus n’étaient diffusés. Toutes les tentatives de publication faites jusqu’à présent ont échoué. Pourtant, un économiste éminent : le professeur Alain Cotta s’est intéressé à ses travaux, au point d’en proposer spontanément le manuscrit à son éditeur, malheureusement sans succès. Il est en effet difficile de faire passer un message qui se situe en marge des dogmes reconnus, qui bouleverse l’ordre établi et surtout menace des institutions monétaires et statistiques aussi solides que celles qui nous dirigent.

Grâce à Internet, il n’y a plus de politique éditoriale de l’éditeur ou de ligne politico-dogmatique du rédacteur en chef pour s’opposer à la publication d’oeuvres ou d’articles de presse. Le public devient sans entrave aucune le seul juge. »


Téléchargez ici son livre au format pdf

Voici l’introduction, ça donne vraiment envie de lire la suite !

« La croissance, ça se décrète ! Tout simplement parce que l'activité nationale de production se finance comme n'importe quelle activité d'entreprise et qu'un financement, ça s'organise. Mais, comme à l'heure actuelle on ne le sait pas, son financement s'opère de manière anarchique parce qu'il obéit à des effets d'ensemble non ordonnés, donc conjoncturels.

La croissance, ça se décrète ! Mais pour l’admettre, il faudrait s’affranchir tout spécialement des théories monétaristes de l’inflation qui paralysent tout essor économique. La pensée économique contemporaine, dominée par des théoriciens à cent lieues des réalités de ce monde, est littéralement envahie par l’inflation. On est en présence d’une erreur collective monumentale due à un syndrome généralisé. Partout dans le monde on a réussi l’exploit insensé de vaincre l’inflation par un sévère blocage du développement économique et social dont l’emploi et le pouvoir d’achat font les frais.

Non, la croissance ne relève pas de formules incantatoires ainsi qu’on pourrait fort bien le croire si l’on en juge par les propos et l’attitude des spécialistes lorsqu’ils sont en quête de reprise économique. La croissance n’est rien d’autre que la différence existant entre les mesures d’activité de production nationale de deux périodes successives, ayant pour unité de compte la monnaie. Elle relève donc des mathématiques. La quantité de monnaie consacrée à l’activité nationale varie naturellement d’une période à l’autre en fonction d’une multitude d’éléments qui déterminent la conjoncture, mais c’est cette quantité de monnaie qui fait la différence et qui oriente l’activité à la hausse ou à la baisse. La maîtrise de cette masse monétaire conduit à la maîtrise de l’économie nationale.

La conjoncture n’est rien d’autre qu’une économie libérale livrée à l’influence désordonnée, parce que non régulée, des facteurs endogènes opposés que sont l’épargne et le crédit.

Il existe une loi macroéconomique qui démontre que la sphère de l’activité de production, dite sphère réelle, connaît l’expansion ou la récession selon qu’elle est alimentée plus ou moins en monnaie. Dans la dynamique économique, l’épargne joue le rôle du frein tandis que le crédit joue celui de l’accélérateur, si bien que l’on passe de l’activité d’une période à celle de l’autre par simple addition du crédit et soustraction de l’épargne, tous agents confondus. La différence entre les deux activités, ou entre le crédit et l’épargne, correspond très précisément à une création ou une destruction de monnaie, selon qu’elle est positive ou négative. Et si l’on veut obtenir la croissance, il ne reste qu’à éliminer l’érosion monétaire de ces deux facteurs.

Les instituts de statistiques obtiennent en théorie le même résultat, mais empruntant des voies beaucoup plus tortueuses où cohabitent difficilement statistique et comptabilité, ils se privent de la clarté indispensable à une bonne compréhension du phénomène et obtiennent en définitive un résultat faussé par une méthodologie inadaptée. De plus, usant de son autorité tutélaire, l’État y trouve son compte puisqu’il peut infléchir chaque fois qu’il le juge nécessaire des résultats (croissance et inflation notamment) obtenus par une approche statistique, que tous les experts s’accordent à qualifier d’approximatifs.

Non, il n’y a pas de croissance sans monnaie et sans monnaie il n’y a pas d’inflation. La monnaie nourrit à la fois la croissance et l’inflation, la première parce qu’elle ne peut s’en passer et la deuxième parce qu’il y a longtemps que les gens ont compris qu’il fallait augmenter les prix pour s’en accaparer les fruits. C’est aussi simple que cela.

En fait, la croissance et le chômage, on en parle beaucoup, mais on s’occupe d’abord de la lutte contre l’inflation pour protéger le capitalisme monétaire, et dans cette lutte perpétuelle, on a découvert un allié de poids par la capacité étonnante qu’il possède à faire baisser les prix : le libre-échange. D’où son succès. Mais, en pesant sur les prix il pèse tout autant sur les revenus, et dans un environnement économique libéral, il avantage naturellement les plus forts. C’est pourquoi le fossé qui sépare les nantis des démunis ne cesse de s’agrandir. Aussi, comment avons-nous pu nous laisser prendre au piège de la mondialisation ? Comment avons-nous pu nous laisser entraîner dans la plus fantastique course aux chimères de tous les temps, que les progrès de la communication ont étendu à la planète tout entière ?

C’est d’abord un véritable défi lancé aux mathématiques : comment supposer un instant qu’en agissant sur une fraction (le solde des échanges extérieurs) non seulement variable en plus ou en moins, mais aussi tout au plus égale à 2 ou 3 centièmes, on allait obtenir la croissance de l’ensemble ? C’est ensuite oublier que cet ensemble, c’est-à-dire le produit national (PIB), est représenté pour près ou plus de 100% par la consommation et l’investissement, les échanges extérieurs faisant la différence.

La priorité des échanges doit être réservée à l’économie nationale : consommation et investissement.

On ne parle que de commerce international et de conquêtes de marchés à l’étranger, sans jamais parler des conséquences de l’importation sur l’économie intérieure. Personne ne semble connaître l’existence d’une loi fondamentale en matière d’échanges internationaux : il n’y a pas d’exportateur dans un pays sans un importateur dans un autre pays, ce qui veut dire qu’au niveau de la planète les exportations sont égales par définition aux importations. On peut en déduire sans risque d’erreur qu’il n’y a pas d’autre croissance qu’intérieure.

Les statistiques, qui sont à la disposition de tout un chacun, montrent que sur 35 ans le développement du commerce international s’est traduit, dans tous les pays de l’OCDE sans exception, par une hausse considérable (du simple au double, voire au triple) de la part des exportations et de celle des importations dans leur PIB, sans que pour autant le solde de ces échanges n’ait dépassé, en plus ou en moins, plus de 3% dans la majorité des cas sur toute la période. Seulement voilà, pour le savoir, il faudrait extraire des statistiques d’autres informations que celles qui ne gênent personne ou qui flattent les courants de la pensée à la mode.

Ce qui est sûr, c’est que par l’interdépendance qu’elle a créée dans les échanges entre les pays, la mondialisation a considérablement fragilisé nos économies nationales. Comment ignorer ce que démontrent des événements encore tout proches ? L’économie japonaise, déjà mal en point, a été terrassée par l’effondrement de l’activité des pays asiatiques voisins, tandis que l’Europe et les Etats-Unis ont été menacés à leur tour par la chute des économies nipponne, russe et brésilienne. En étendant le libre-échange à la planète entière, on a créé de nouvelles sources de désordre au détriment des économies nationales et des populations.

Pendant plusieurs années, des économistes français parmi les plus réputés se sont élevés contre cette politique et en ont dénoncé les méfaits. Bien que les statistiques leur aient donné raison, ils n’ont pas été écoutés. En fait, ils ont prêché dans le plus grand désert parce qu’ils se sont heurtés à l’aveuglement incommensurable d’une volonté politique qui a sacrifié l’intérêt collectif sur l’autel de la mondialisation, véritable miroir aux alouettes !

La compétitivité, fille naturelle de la concurrence, excitée au plus haut point par le libre-échange, est devenue en période de ralentissement économique une espèce de machine infernale à produire soit du chômage (Europe) soit des salaires de misère (USA), soit les deux à la fois, mais conduisant de toute façon à des pertes massives de pouvoir d’achat, surtout parmi les populations laborieuses. C’est la politique sociale de l’emploi, dirigiste en Europe et libérale aux États-Unis, qui fait la différence.

L’argument largement employé pour faire admettre les bienfaits du libre-échange consiste à dire que les premiers bénéficiaires des baisses de prix sont les consommateurs. Mais ce que l’on oublie de dire, c’est que les prix faisant les revenus puisque le produit national est égal au revenu national, les baisses de prix conséquence de la concurrence entraînent mécaniquement des baisses de revenus. Mais, pas pour tout le monde !

C’est qu’en effet, les hommes politiques, les chefs d’entreprise et d’une manière générale tous ceux qui ont le pouvoir de fixer les prix et ceux qui les servent ne sont évidemment pas concernés par la baisse des revenus puisqu’ils sont les premiers à se servir. Ceux-là et ceux-là seulement gagnent sur les deux tableaux ! Leur pouvoir d’achat s’améliore à la fois par la hausse de leur revenu et par la baisse de leurs dépenses.

Il n’est donc pas surprenant de constater que ce sont les plus nombreux qui sont les plus touchés, c’est-à-dire les revenus les moins élevés, ceux des masses laborieuses, ce qui explique largement le creusement du fossé qui sépare à nouveau les riches et les pauvres.

À quoi cela sert-il d’offrir sur le marché des produits de consommation à des prix de plus en plus bas s’il faut sacrifier pour y parvenir le pouvoir d’achat d’une large partie de la population ainsi privée des ressources nécessaires pour se les payer ?

Enfin, si la mondialisation des échanges productifs s’avère incapable de conduire l’ensemble des pays du monde vers le progrès, celle des échanges financiers engendre par ses excès des effets beaucoup plus graves car elle crée de dangereuses perturbations dans la sphère de l’activité de production. Pour combattre l’inflation que l’on voit partout et favoriser la croissance que l’on a toujours tendance à voir s’échapper, on fait appel aux capitaux étrangers. On semble ignorer qu’un pays n’a aucun besoin de concours extérieurs, excepté si sa balance commerciale est déficitaire.

Si les entrées massives de capitaux dans un pays peuvent être utiles à son développement, c’est indubitable, les sorties sont pour le moins dévastatrices, ainsi qu’en témoignent les exemples successifs du Mexique, des pays d’Extrême-Orient, de la Russie et plus récemment du Brésil. On oublie tout simplement que les entrées de devises ont pour effet de créer de la monnaie nationale, tandis que les sorties au contraire ont pour effet de la détruire. Les sorties provoquent donc une sorte de dépression monétaire interne dont les pays concernés ont bien du mal à se remettre.

Sans que l’on cherche véritablement à en mesurer les effets néfastes sur l’activité de production, le secteur des placements financiers et de la spéculation prospère outrageusement. Par des taux réels d’intérêt élevés, dans un environnement où l’inflation est quasiment éliminée, ce secteur capte la monnaie qui fait tant défaut à l’activité de production. Mais qui donc s’en préoccupe ?

Comme toujours la priorité est donnée à la protection du capital et dans ce domaine, l’apanage revient sans nul doute aux gardiens du temple de la monnaie qui ont réussi à élever des barrières pratiquement infranchissables, aidés en cela par des tabous soigneusement entretenus dans l’opinion publique. On protège le capitalisme monétaire contre toute atteinte extérieure et on dispose d’une autre alliée avec la théorie quantitative de la monnaie.

Cette théorie, qui définit le niveau des prix en fonction de la masse monétaire et de sa vitesse de circulation, conserve une influence prépondérante sur la politique monétaire des banquiers centraux qui n’ont rien d’autre pour justifier leur lutte contre l’inflation. Principalement fondée sur des situations de pénurie, elle a été généralisée aveuglément à toutes les circonstances de la vie économique, alors qu’elle ne trouve pas à s’appliquer en période d’abondance, même relative comme c’est le cas dans nos pays industrialisés, lorsque l’appareil de production bien rôdé est capable de répondre dans de très courts délais à la demande des agents économiques. On semble oublier que c’est la rareté d’un produit qui fait son prix. Son succès tient au fait qu’elle sert à nulle autre pareille le capitalisme monétaire dans sa lutte perpétuelle contre l’inflation.

C’est ainsi que s’est développé un syndrome, celui de l’inflation, qui a envahi petit à petit le corps économique tout entier.

La monnaie est le carburant de l’économie. Comme un moteur a besoin d’essence, l’activité de production a besoin de monnaie pour marcher. Personne n’est capable de dire quelle est la quantité de monnaie nécessaire à une économie déterminée pour fonctionner. Personne ne sait ou ne veut savoir dans quelles conditions précises s’opère l’émission monétaire et comment se mesure sa masse. Aucun expert n’est capable d’expliquer les variations erratiques auxquelles elle est sans cesse soumise. Personne ne connaît les rapports existant entre les deux sphères d’activité (production et finance). Mais tout le monde est sûr que la masse monétaire a un effet certain sur les prix, et seulement sur ceux de la sphère réelle. C’est inouï !

Tout d’abord, il est curieux de constater que dans la mesure de la masse monétaire, on ne cherche pas à isoler les banques des établissements financiers, alors qu’une différence fondamentale les oppose:

  • les banques créent et détruisent de la monnaie dans toutes leurs opérations avec le secteur non bancaire pour la bonne et simple raison qu’elles ne disposent pas d’un compte en banque comme tout un chacun pour payer ou encaisser,

  • les établissements financiers, eux comme tout le monde, doivent disposer d’un compte alimenté ou de lignes de crédit dûment autorisées pour fonctionner,

ce qui change tout dans la mesure de la masse monétaire en circulation.

Ensuite, on ne cherche pas à savoir comment cette masse circule, car autrement on connaîtrait l’existence de parkings monétaires, véritables capteurs d’épargne, et on verrait que la monnaie ne circule pas du tout comme on le croit. En banque, en effet, l’épargne ne circule pas pour la bonne raison qu’elle n’a pas de contrepartie en monnaie ; elle en a déjà une à l’actif de son bilan : ce sont notamment les crédits qu’elle a accordés. Dans un établissement financier, il en va tout autrement précisément parce que celui-ci doit disposer au préalable des fonds épargnés pour pouvoir les prêter. En banque, l’épargne est morte. Dans un établissement financier, elle est vive ou active. C’est toute la différence, elle est fondamentale.

La monnaie scripturale ne quitte jamais les banques, lesquelles prises ensemble n’ont aucun besoin de monnaie puisqu’elles la créent et la détruisent à volonté, mais comme elle passe sans cesse d’une banque à l’autre on peut avoir l’illusion qu’elle leur est nécessaire. Et les banquiers, pour la plupart, se laissent prendre au piège, ce qui est un comble !

Et puis, on est sûr que la masse monétaire est à l’origine de l’inflation des prix dans la seule sphère réelle, alors que celle-ci n’a pas l’exclusivité de l’émission de monnaie. On se garde bien de nous dire notamment que les crédits accordés par le système bancaire sur les marchés à terme de bourse et de change, conduisent à la multiplication des signes monétaires. Il y a donc bien deux sources d’émission et par voie de conséquence deux masses qui obéissent à des nécessités distinctes.

Enfin, on ne cherche surtout pas à séparer les deux sphères d’activité pour ne pas avoir à vérifier la théorie qui ne prévoit qu’une vitesse de circulation. La sphère financière est en effet composée d’au moins deux flux monétaires indépendants qui fonctionnent à leur vitesse propre. D’un côté les transactions de l’activité de production, de l’autre celles de l’activité purement financière, l’une et l’autre respectivement dans le rapport énorme de 1 à 40 environ, rapport qui n’a cessé de croître au cours des trois dernières décennies avec l’arrivée des produits dérivés.

Quant aux discours abstraits sur la dichotomie existant entre les deux sphères d’activité, ils ne font qu’entretenir la confusion dans les esprits. Il existe cependant un moyen simple de connaître, sans erreur possible, les relations existant entre la sphère réelle et la sphère financière en s’inspirant des méthodes comptables en usage dans les grands groupes. Par la consolidation des comptes de résultat de toutes les entreprises on peut obtenir le produit national et par celle de leurs comptes de bilan on peut disposer de son financement. Mais cela conduirait à reconnaître le principe du financement de l’activité nationale, là où il n’existe pas de théorie sur le sujet.

Ainsi, de facto, la monnaie se trouve protégée dans l’enceinte d’une bastille qui ne cesse de se fortifier. C’est qu’en effet, les banques centrales les unes après les autres copient le modèle américain de la Fed, véritable centre du capitalisme mondial, et acquièrent leur indépendance. Les gouvernements perdent ainsi tour à tour le dernier lien d’autorité et en définitive le pouvoir absolu que donne la monnaie sur l’économie d’un pays.

Si l’on veut réellement régler, enfin et une fois pour toutes, le douloureux problème du chômage et de la misère humaine, il est capital de se débarrasser des dogmes monétaires et des tabous qui cernent la monnaie de toutes parts, et urgent de remplacer le libre-échange, facteur de paralysie de l’économie, par la libre concertation des échanges entre les pays, car la priorité des échanges doit être réservée à l’économie nationale : consommation et investissement.

La monnaie peut et doit devenir l’outil démocratique du développement du bien-être des populations et non l’instrument de leurs souffrances. On pourra alors, et alors seulement, choisir une autre politique économique que le capitalisme. » (Fin de l’introduction)


La suite dans son livre au format pdf

Bonjour

Jean bayard est très intéressant d’une manière générale … il s’exprime aussi souvent sur le bog de Paul Jorion http://www.pauljorion.com/

Je relève quand même une erreur dans son introduction " - les banques créent et détruisent de la monnaie dans toutes leurs opérations avec le secteur non bancaire pour la bonne et simple raison qu’elles ne disposent pas d’un compte en banque comme tout un chacun pour payer ou encaisser,"

SI… et j’ai sous les yeux un chèque crédit coopératif d’Aix (chèque de banque) . Renseignements pris à l’agence, chaque Agence dispose de son propre « compte »…

Croissance - Jean Bayard

Il me semble que Jean Bayard part du principe que la croissance est une bonne chose.

Est-ce qu’il ne vaudrait pas mieux s’occuper de réorganiser la production et la consommation aux niveaux local et mondial? JR

[b]Croissance - Jean Bayard[/b]

Il me semble que Jean Bayard part du principe que la croissance est une bonne chose.

Est-ce qu’il ne vaudrait pas mieux s’occuper de réorganiser la production et la consommation aux niveaux local et mondial? JR


Jean Bayard a beaucoup de qualités et de connaissances, plusieurs raisonnements intéressants, mais c’est quand même un « libéral bon teint ». Mais je n’ai hélas pas le temps (ni le courage) d’argumenter sur ses propositions.
Globalement en ce qui concerne la monnaie je reste sur les idées que j’ai développées dans mon dernier bouquin (très proches de celles d’Allais) et que je défends sur le blog de Paul Jorion ( et particulièrement ici La monnaie : le point de notre débat (III) – Blog de Paul Jorion sous le pseudo « stilgar » que j’avais pris lors des premiers échanges ne sachant pas « où » je mettais les pieds.)

En ce qui concerne les échanges économiques, je suis totalement en accord avec vous , Jacques: je suis en train d’écrire une analyse de la mise à jour 2002 du livre de Meadows « limits to growth - the 30-years update » (c’est en anglais et donc je ne vais pas vite), qui fera suite à l’article d’analyse de son premier rapport de 1972 ( http://www.societal.org/docs/cdr1.htm )… mais il y a vraiment de quoi être pessimiste!

[bgcolor=#FFFF99]The Irish Times : pour la première fois, le NON passe en tête dans un sondage[/bgcolor] (publié vendredi 6 juin 2008).

NON : 35 %.
OUI : 30 %.
Indécis : 28 %.
N’iront pas voter : 7 %.

http://www.ireland.com/newspaper/frontpage/2008/0606/1212696236403.html

[color=purple]À Instit…

Oui, c’est une très grande nouvelle et un très grand espoir. Mais il y a un hic…

Déjà en 2001 les irlandais avaient rejeté le Traité de Nice par voie référendaire, pour y adhérer environ un an plus tard.

Espérons que, si le non l’emporte cette fois-ci aussi, ils ne changeront pas d’avis/on ne les fera pas insidieusement changer d’avis/on ne leur volera pas leur victoire comme ce fut le cas en France (au choix)…

À suivre de très près, en croisant les doigts.[/color]

Chers amis,

ce fil est consacré à la monnaie et, si je comprends bien que cette nouvelle vraiment sympa donne envie d’aller le crier sur tous les toits :), ce serait bien de poursuivre cet échange-là plutôt sur ce fil (« 08 Le projet de TRAITÉ MODIFICATIF ») qui correspond mieux : http://etienne.chouard.free.fr/forum/viewtopic.php?pid=3604#p3604

Merci pour tout ce que vous faites, je vous trouve formidables :confused:

Étienne.

[bgcolor=#FFFF99]SPECULAND[/bgcolor]

Un site qui met la spéculation sous les projecteurs de la moquerie :

http://speculand.com/

Une initiative amusante (et intéressante) d’Attac.

:confused:

[bgcolor=#FFFF99]L’ARGENT EST ESSENTIELLEMENT UN TITRE AUX PRODUITS ET AUX SERVICES [/bgcolor]

Un texte passionnant, un bijou, dans un style limpide, de Louis Even,
signalé par Rumbo, sur le blog de Paul Jorion
(qui devient chaque jour davantage un outil quotidien indispensable de réflexion) :

L’ARGENT EST ESSENTIELLEMENT UN TITRE AUX PRODUITS ET AUX SERVICES

Secouer le non-sens financier

Fabriquer l’argent qui manque

Les piastres ne sont point des ordonnances du ciel

L’argent est fait pour payer, pour acheter. C’est essentiellement un titre donnant droit à des produits ou des services au choix. Ce titre est fait de chiffres. Chiffres gravés sur du métal, ou imprimés sur du papier, pour l’argent de poche. Chiffres inscrits dans des comptes de banque, pour le commerce et l’industrie.

La solution saute aux yeux. C’est de mettre l’argent au même pas que les produits : production abondante, argent abondant ; production facile, argent facile ; produits existant devant les familles en besoin, argent dans les familles devant les produits.

Lorsqu’on a tout ce qu’il faut, excepté l’argent, pour produire les biens, privés ou publics, demandés par la population, la solution logique, puisque seul l’argent fait défaut, c’est de faire l’argent qui manque et de procéder à la production. Mais entendre ainsi dire de faire l’argent quand il en manque, voilà un langage que beaucoup de gens trouvent encore étrange. On admet bien que si l’on manque de maisons il faut en bâtir, si l’on manque de vêtements il faut en fabriquer. Mais fabriquer de l’argent, cela paraît inouï. Il y a je ne sais quoi de sacré autour du mot argent — la chose ‘pourtant la plus simple à produire quand ceux qui en ont l’autorité le décident. Aucune difficulté technique, simple question de décision.

On en a eu l’exemple en 1939. Depuis dix années, toutes les nations civilisées étaient dans ce qu’on appelait la crise. Pas une crise de produits, ni de bras, on avait trop de tout cela. Pas une crise de température ni de Providence : rien n’avait changé de ce côté-là. Mais une crise d’argent. Individus, compagnies, gouvernements, manquaient d’argent. On chômait, faute d’argent pour payer le travail. On n’achetait pas, faute d’argent pour payer les produits. Pourtant, tous ces pays-là embarquaient dans une guerre majeure, et une guerre moderne majeure demande des milliards.

La magie de l’argent

C’est alors qu’on vit disparaître la magie de l’argent. Dans tous les pays en guerre, on fabriqua tout l’argent qu’il fallait pour conduire la guerre, au fur et à mesure qu’on en avait besoin, tant qu’on avait des hommes et du matériel pour faire la guerre. Le « pas d’argent », qu’on entendait tous les jours avant la guerre, ne fut pas prononcé une seule fois pendant la guerre. Quand l’Allemagne capitula, ce ne fut pas à cause du manque d’argent, mais à cause du manque d’hommes et de matériel pour continuer.

Comment donc le monde passa-t-il ainsi, subitement, de la crise d’argent à l’abondance d’argent pour la guerre ? Comment ? Mais en fabriquant l’argent qui manquait. Au Canada, dès la déclaration de guerre par un gouvernement à coffres_ vides, ce gouvernement se fit faire 8o millions de dollars, et ça ne prit pas cinq minutes. D’autres millions suivirent, et l’on eut des milliards, tous les milliards voulus pour changer les chômeurs en soldats ou en fabricants de munitions, d’avions, de vaisseaux et autre attirail de guerre. Aux États-Unis, après Pearl Harbour, le président Roosevelt déclara qu’il ne permettrait pas au non-sens financier d’empêcher la nation de mettre tous ses hommes valides et tous ses moyens de production au service de la guerre.

Le non-sens financier, disait Roosevelt. Le non-sens financier, c’est la paralysie de la production et de la distribution de richesse pour manque de ces petites choses qu’on appelle piastres. Des piastres, qui ne sont point des ordonnances du ciel ; des piastres qui ne sont point une affaire compliquée à produire, puisqu’elles sont venues du jour au lendemain quand on a secoué le non-sens financier pour entrer hardiment dans la grande tuerie mondiale.

Pour avoir l’argent, ni le gouvernement canadien, ni aucun autre gouvernement en guerre n’envoya les hommes dans les mines d’or. Les hommes, c’était pour l’armée, pour les munitions, et un grand nombre de femmes aussi. Pour avoir l’argent, le gouvernement n’engagea même pas d’imprimeurs pour imprimer des dollars. C’est beaucoup plus simple que cela. Il demanda aux banquiers de lui faire de l’argent. En faire, mais oui. Depuis longtemps, les gens n’en avaient pas, ils ne pouvaient donc pas en épargner et en porter à la banque. Les coffres des banques étaient donc passablement à plat. Et pourtant il fallait des millions, il fallait des milliards. Pas d’autre solution que d’en faire.

Le compte de banque

Pour faire l’argent voulu, les banques n’eurent pas à inventer une nouvelle méthode. Elles employèrent simplement la même technique qu’elles emploient toutes les fois qu’elles prêtent de grosses sommes d’argent à des industriels ou à des corps publics. Dans ces occasions-là, elles font l’argent qu’elles prêtent ; elles créditent l’emprunteur sans débiter personne.

Vous savez tous ce que c’est qu’un compte de banque. Quand vous en avez un, vous pouvez payer sans sortir de l’argent de votre poche. Vous faites un chèque. Celui qui reçoit votre chèque peut le déposer à sa propre banque. Qu’arrivera-t-il ? Votre compte sera diminué, et le sien sera augmenté. Il n’y aura eu besoin ni d’or, ni d’argent blanc, ni de nickel, ni de piastres en papier — rien qu’une addition dans un compte et une soustraction dans un autre compte, et c’est aussi bon. C’est avec cela que marchent les grosses affaires. C’est avec cela qu’on a financé la guerre.

Mais, direz-vous, pour avoir un compte de banque, il faut épargner et déposer. C’est une méthode. Mais il y en a une autre, celle des emprunts.

Supposons que je sois un gros industriel. Je veux agrandir mon usine. Il me faudrait tout de suite $100,000. Je vais à la banque. Je m’arrange avec le gérant pour un emprunt de $100,000. Il me demande des garanties, évidemment. Mais je n’apporte pas un sou à la banque. Le gérant me signe un papier. Je vais au caissier. Je dépose ce papier. Le caissier ouvre son livre, à mon compte, et il inscrit à mon crédit $100,000. Je sors de la banque avec un compte de $100,000, sur lequel je pourrai tirer des chèques au fur et à mesure que j’aurai des paiements à faire. Voyez-vous : je n’ai pas fait ce compte-là par la méthode des épargnants. Sans apporter un sou à la banque, je sors quand même avec un compte de $100,000, tout comme si j’avais apporté et déposé cette somme. Ce qui est remarquable encore là-dedans, c’est que pour me prêter cet argent-là, le banquier n’a pas sorti un sou de son tiroir ; et il n’a pas diminué d’un seul sou le compte d’un seul autre client. Tout le monde en a autant qu’auparavant, et moi j’ai $100,000 de plus. Un beau $100,000 enlevé à personne, sorti de nulle part, et maintenant dans mon compte. C’est un $100,000 d’argent tout neuf, tout en chiffres, mais aussi bon que de l’or pour payer n’importe quoi. Ce $100,000 a été fabriqué par le banquier, avec sa plume et une goutte d’encre, après qu’il a consenti à le faire. Une décision, un peu d’encre, et c’est tout. C’est là la fabrication de l’argent moderne; et seule la banque fait cela. Le gouvernement, qui manque toujours d’argent, ne fait pas cela; il est inférieur au banquier.

Évidemment, j’aurai à rembourser le $100,000 au banquier ; même un peu plus à cause de l’intérêt. Quand je rembourserai, j’aurai retiré l’argent de la circulation; le fonds total à chèque dans le pays aura diminué de $100,000 et un peu plus.

L’argent commence donc quand le banquier prête ce qu’il appelle des crédits, et qui est le principal argent moderne. Puis l’argent finit quand on le rembourse à la banque. Comme il faut que les remboursements soient plus gros que les prêts, il faut qu’il y ait continuellement des emprunts nouveaux, autrement il n’y aurait bien vite plus du tout d’argent. On vit donc avec de l’argent emprunté quelque part dans le système bancaire, donc parce que des individus ou des compagnies ou, des corps publics s’endettent. Quand les prêts sont plus rapides que les remboursements, l’argent devient plus abondant. Quand les prêts deviennent plus difficiles et qu’il faut rembourser quand même, l’argent en circulation diminue, on appelle cela restriction du crédit. Si la restriction du crédit est aiguë et se prolonge, on appelle cela une crise, et le monde souffre devant une production possible abondante.

L’argent, un titre

L’argent est fait pour payer, pour acheter. C’est essentiellement un titre donnant droit à des produits ou des services au choix. Ce titre est fait de chiffres. Chiffres gravés sur du métal, ou imprimés sur du papier, pour l’argent de poche. Chiffres inscrits dans des comptes de banque, pour le commerce et l’industrie.

Vous connaissez d’autres chiffres, qui s’appellent prix. Eux sont inscrits sur les étiquettes qui accompagnent les produits. Les chiffres qui sont des prix viennent aussi vite que les produits et en rapport avec les produits. Mais les chiffres qui sont de l’argent, dans nos poches ou dans nos comptes de banque, ne viennent point du tout aussi vite que les produits ni en rapport avec eux. C’est pour cela que tout le monde se plaint. C’est pour cela que des gens se privent devant des produits abondants ; ou bien qu’ils s’endettent et prennent des années à payer ce qui se fabrique pourtant en quelques jours, parfois en quelques heures. C’est pour cela que les municipalités et les commissions scolaires et d’autres corps publics sont toujours aux prises avec du manque d’argent ou avec des dettes, ne pouvant pas taxer davantage des gens qui manquent déjà, d’argent pour faire vivre convenablement leurs familles. C’est pour cela que des maisons sont vendues pour les taxes. C’est pour cela que des produits agricoles se vendent mal ou pas du tout, alors qu’ils sont bons et désirés, parce que ceux qui les voudraient n’ont pas de quoi les payer. C’est pour cela qu’il y a des chômeurs, qui aimeraient pourtant bien travailler — et il y a tant de choses à faire mais on n’a pas de quoi les payer. C’est pour cela que les gens se chicanent partout, qu’ils cherchent à s’arracher les uns des autres l’argent qui est trop rare, alors qu’ils ne se chicanent jamais autour des produits dans les magasins, parce que ces produits sont abondants.

La solution saute aux yeux. C’est de mettre l’argent au même pas que les produits : production abondante, argent abondant ; production facile, argent facile ; produits existant devant les familles en besoin, argent dans les familles devant les produits.

Argent social

Pour cela, il faut que le volume de l’argent et sa mise en circulation soient une affaire sociale, non pas une affaire dépendant de profiteurs, de banques qui maintiennent l’argent difficile et conditionné par elles, de sorte qu’on soit toujours obligé d’aller à leurs portes s’endetter et les engraisser d’intérêts.

C’est pourquoi nous demandons que l’argent soit mis au monde, selon les besoins et selon la production, par une banque nationale, ou un organisme national, existant pour le service et non pour le profit ; tout comme la justice et les autres ministères publics existent pour le service de la nation et non pas pour le profit personnel des ministres ou des juges

Mais les contrôleurs actuels de l’argent et du crédit tiennent à garder leurs privilèges et leur pouvoir. Ils exercent de grosses pressions contre tout changement. Tant qu’il n’y aura pas de la part du peuple une pression plus forte, ça ne changera pas. C’est pourquoi nous demandons à tous les citoyens, de n’importe quels partis, de s’unir et de faire sur les gouvernements des pressions croissantes et répétées pour que, sentant la force du peuple plus que celle des financiers, ils fassent sauter une fois pour toutes le non-sens financier, pour que l’argent soit rendu conforme à la production et serviteur des individus, des familles, des corps publics. Ce sera la plus grande réforme de tous les temps, et elle vaut tous nos efforts.

LOUIS EVEN

Bonjour,
Un grand merci à Etienne Chouard pour avoir ouvert sur son site une place de choix à la présentation de mon ouvrage sur la macroéconomie. Merci aussi pour les compliments qui l’accompagnent, auxquels j’ai été très sensible.
Actuellement absent de mon domicile jusqu’à lundi, je n’ai pas sous la main les éléments qui me permettont de répondre à M. Holbecq.
A bientôt, donc.
jean bayard

J’espère que Jean Bayard ne me tiendra pas rigueur de l’expression utilisée « libéral bon teint ». … Jean pourra s’en défendre si j’ai mal compris ses positions, mais ce n’est de toute façon pas une « vacherie » dans ma bouche (je n’ai pas écrit ultra libéral :slight_smile: ) … le libéralisme n’a pas que de mauvais côtés…
En tous les cas, bienvenue sur ce forum…

Voici mes réponses aux observations de M. Holbecq :

a) il est un peu trop facile et quelque peu léger de réfuter un court passage de l’introduction de mon ouvrage, sans avoir pris le temps et la peine de le lire, peut-être dans la crainte d’y trouver la confirmation de ses erreurs,

b) je maintiens la phrase contestée : « les banques créent et détruisent de la monnaie dans toutes leurs opérations avec le secteur non bancaire pour la bonne et simple raison qu’elles ne disposent pas d’un compte en banque comme tout un chacun pour payer ou encaisser », j’aurais dû toutefois ajouter « et parce qu’elles tirent des chèques sur elles-mêmes »,

c) il y a 3 ou 4 ans déjà, un ami, Alain Grandjean (Chômage et Monnaie) a voulu vérifier ce que j’avançais en matière bancaire, et a découvert un bouquin (qu’il m’a fait découvrir moi-même) intitulé « La comptabilité bancaire » de Jean-Marie Gélain à La revue Banque Editeur ; on y trouvera à la page 173, le texte suivant :
« La banque a intérêt à remplacer au maximum les chèques tirés sur la Banque de France par des chèques tirés sur elle-même (chèques de banque crédités en « 162 » - Provisions pour chèques à payer) ».

Je crois savoir que les banques ne délivrent plus de chèques certifiés, qu’elles ont remplacés par des chèques de banque, tirés sur leurs propres caisses. A présent, on ne distingue plus les chèques de banque émis pour le compte de leurs clients de ceux émis pour leur propre compte (acquisition d’actifs par exemple), mais le processus comptable est le même.

Ainsi le chèque crédit coopératif d’Aix (chèque de banque), que tient M. Holbecq n’est rien d’autre qu’un chèque tiré sur un compte interne (chaque agence a le sien) à la banque. Il en serait tout autrement si le chèque de banque était tiré comme autrefois sur la banque centrale, car comme tout un chacun il aurait alors fallu à la banque la provision ou bien une ligne de crédit pour que le chèque soit honoré.

Dans ce même ouvrage, une autre information intéressante que l’on peut trouver à la page 127, comme suit :
« Pratiquement, la paie mensuelle est assurée par un service central de la banque qui débite chaque agence des frais de personnel et qui crédite directement les comptes du personnel tenus généralement dans la même agence ».
Ainsi, la banque crée la monnaie qu’elle met à la disposition de ses agents.
Ce qui confirme (en partie) ce que j’avance par ailleurs : la banque monétise ses actifs et ses dépenses (en créditant les comptes de ses agents et autres fournisseurs, par exemple) et démonétise ses passifs et ses recettes (en débitant les comptes de ses clients, intérêts, agios et autres prestations, par exemple). On peut dire également que la banque monétise ses pertes et démonétise ses profits. Il existe bien entendu des limites imposées par la réglementation bancaire (ratio Cooke, notamment).

d) enfin, je n’ai pas du tout apprécié le sens péjoratif que M. Holbecq donne au mot libéral, lorsqu’il me traite de « libéral bon teint » ; se trompe, celui qui croit rehausser son image en ternissant celle de son voisin.

Voici mes réponses aux observations de M. Holbecq :

a) il est un peu trop facile et quelque peu léger de réfuter un court passage de l’introduction de mon ouvrage, sans avoir pris le temps et la peine de le lire, peut-être dans la crainte d’y trouver la confirmation de ses erreurs,

b) je maintiens la phrase contestée : « les banques créent et détruisent de la monnaie dans toutes leurs opérations avec le secteur non bancaire pour la bonne et simple raison qu’elles ne disposent pas d’un compte en banque comme tout un chacun pour payer ou encaisser », j’aurais dû toutefois ajouter « et parce qu’elles tirent des chèques sur elles-mêmes »,

c) il y a 3 ou 4 ans déjà, un ami, Alain Grandjean (Chômage et Monnaie) a voulu vérifier ce que j’avançais en matière bancaire, et a découvert un bouquin (qu’il m’a fait découvrir moi-même) intitulé « La comptabilité bancaire » de Jean-Marie Gélain à La revue Banque Editeur ; on y trouvera à la page 173, le texte suivant :
« La banque a intérêt à remplacer au maximum les chèques tirés sur la Banque de France par des chèques tirés sur elle-même (chèques de banque crédités en « 162 » - Provisions pour chèques à payer) ».

Je crois savoir que les banques ne délivrent plus de chèques certifiés, qu’elles ont remplacés par des chèques de banque, tirés sur leurs propres caisses. A présent, on ne distingue plus les chèques de banque émis pour le compte de leurs clients de ceux émis pour leur propre compte (acquisition d’actifs par exemple), mais le processus comptable est le même.

Ainsi le chèque crédit coopératif d’Aix (chèque de banque), que tient M. Holbecq n’est rien d’autre qu’un chèque tiré sur un compte interne (chaque agence a le sien) à la banque. Il en serait tout autrement si le chèque de banque était tiré comme autrefois sur la banque centrale, car comme tout un chacun il aurait alors fallu à la banque la provision ou bien une ligne de crédit pour que le chèque soit honoré.

Dans ce même ouvrage, une autre information intéressante que l’on peut trouver à la page 127, comme suit :
« Pratiquement, la paie mensuelle est assurée par un service central de la banque qui débite chaque agence des frais de personnel et qui crédite directement les comptes du personnel tenus généralement dans la même agence ».
Ainsi, la banque crée la monnaie qu’elle met à la disposition de ses agents.
Ce qui confirme (en partie) ce que j’avance par ailleurs : la banque monétise ses actifs et ses dépenses (en créditant les comptes de ses agents et autres fournisseurs, par exemple) et démonétise ses passifs et ses recettes (en débitant les comptes de ses clients, intérêts, agios et autres prestations, par exemple). On peut dire également que la banque monétise ses pertes et démonétise ses profits. Il existe bien entendu des limites imposées par la réglementation bancaire (ratio Cooke, notamment).

d) enfin, je n’ai pas du tout apprécié le sens péjoratif que M. Holbecq donne au mot libéral, lorsqu’il me traite de « libéral bon teint » ; se trompe, celui qui croit rehausser son image en ternissant celle de son voisin.

jean bayard

Bonjour

Rien à ajouter à ce que qu’écrit Jean Bayard. Je n’ai pas l’intention de m’épuiser dans des débats stériles. Et je prends acte que Jean Bayard ne se considère pas comme un libéral : avec mes excuses, donc.

Je suis vraiment désolé d’être à l’origine de l’interruption des débats qu’Etienne Chouard se réjouissait d’animer sur un sujet inépuisable : la monnaie. Et je le regrette profondément.
Vous me feriez le plus grand plaisir, si vous acceptiez tous sans exception, de revenir sur ces pages afin de poursuivre des discussions bien entamées.
En ce qui me concerne, je souhaiterais donner l’exemple et répondre à la remarque de Jacques Roman qui ne s’est pas trompé en supposant que je pars du principe que la croissance est une bonne chose. Voici, à mon avis, pourquoi :
Il existe une égalité dont on parle peu, c’est celle du Produit National et du Revenu National. Tous nos revenus dépendent du Produit Intérieur Brut (PIB) et nos revenus représentent notre pouvoir d’achat. Quand le PIB croît, le revenu croît d’autant. On peut dire dans ces conditions que la croissance, qui est un supplément de pouvoir d’achat pour l’ensemble de la population, est une bonne chose.
Le problème central du pouvoir d’achat est celui de sa répartition qui résulte naturellement de conflits sociaux plus ou moins aigus. Ceux-ci sont plus ou moins tendus selon que la croissance est faible, inexistante ou au contraire soutenue.
L’augmentation des prix, source d’inflation, est le premier moyen pour celui qui en décide (notamment l’entrepreneur) d’améliorer son pouvoir d’achat, tant que la hausse générale n’atteint pas en moyenne celle de sa propre hausse. Ensuite, grâce à une forte croissance, je pense que les conflits s’apaisent.
jb

Bonjour
J’ai passé le débat sur le PIB sur le fil suivant: http://etienne.chouard.free.fr/forum/viewtopic.php?pid=3671#p3671
Je sais que c’est lié avec la monnaie, mais il me semble qu’il est important de savoir d’abord « ce que l’on souhaite »
AJH