Cher Sandy,
Vous avez raison : tout est multifactoriel (je le répète chaque fois, notez-le). Nous sommes donc d’accord (sur une évidence).
Mais cela ne signifie PAS que toutes les causes se valent (il y en a qui sont plus importantes, plus influentes, plus déterminantes que d’autres ; n’est-ce pas ?), NI que toutes ont lieu en même temps (il y en a qui précèdent les autres et qui donc les déterminent).
Il me paraît donc astucieux (intelligent, pragmatique, efficace), au lieu de s’en prendre à toutes les causes (et de renoncer à chercher à simplifier l’indéniable complexité du réel), il me semble utile et prometteur, donc, de chercher (et de s’en prendre à) la cause des causes, s’il en existe une. Si on estime qu’il en existe vraiment plusieurs, on peut s’en prendre à plusieurs mais il faut s’attendre à ce que ça rende la tâche beaucoup plus difficile. C’est le conseil d’un vieux médecin (Hippocrate : cherchez la cause des causes), et je le trouve astucieux, pertinent, malin.
Je preux me tromper, évidemment, mais j’en suis là : [bgcolor=#FFFF99]je pense que la raison majeure de notre difficulté à faire front commun, c’est notre dispersion — et en plus dispersion sur les conséquences, au lieu de s’en prendre aux causes => double faute, selon moi.[/bgcolor]
DONC, si nous arrivions (par la discussion libre et ouverte, sans le biais des partis) à tomber largement d’accord sur UNE idée forte et décisive (à la racine de nos problèmes, à la source), le peuple se donnerait le moyen à la fois de se réunir (une idée simple, ça réunit) et sur un projet vraiment décisif, central (s’en prendre aux causes, c’est plus malin, ça a plus de chances de tout changer).
Je ne pense pas du tout que la constitution soit la cause principale de notre impuissance (je ne fétichise pas un texte) : la constitution est le texte supérieur à protéger qui fixera lui-mêmes les règles durablement protectrices. Mais je remonte bien plus haut : la cause des mauvaises constitutions, je pense, c’est NOTRE DÉMISSION, notre renoncement à écrire (et à appliquer/protéger) nous-même notre pacte social, notre loi supérieure, celle qui dit et qui impose comment est dévolu et contrôlé le pouvoir.
[bgcolor=#FFFF99]Je pense que nous n’avons pas de constitution : une constitution devrait nous protéger, et au lieu de ça, le texte appelé fallacieusement « constitution » par nos maîtres est en fait, pour nous tous, une prison => SI ON VEUT UNE CONSTITUTION, IL FAUDRA L’ÉCRIRE NOUS-MÊMES.[/bgcolor]
Mais vous devez me détester puisque vous vous identifiez (de plus en plus) à un parti et que, PAR CONSTRUCTION (ça vous échappe, vous n’y pouvez rien, je crois), vous êtes (plus ou moins) en guerre politique contre tous les autres partis, et que vous voulez gagner les élections pour ensuite tout décider à notre place (nous autres « populistes » qui voulons voter nous-mêmes nos lois). Il est étonnant de voir comme vous changez, petit à petit : les premières années, je voyais en vous un semblable, quelqu’un que j’aimais beaucoup, très proche. Et puis mes reproches aux partis, à tous les partis, y compris le vôtre donc, vous ont conduit progressivement à devenir de plus en plus méchant, au point que je fuis vos commentaires (moi qui les aimais tant). Je vous le dis franchement, amicalement : votre parti vous transforme, sans que vous vous en rendiez compte, sans doute.
Et j’espère un jour vous retrouver plus libre de vos pensées ; je sais que vous êtes quelqu’un de bien.
J’ai une question pour vous, Sandy : [bgcolor=#FFFF99]si demain le FDG changeait d’avis, si Mélenchon et Généreux se résolvaient à quitter l’Europe et l’euro (en constatant qu’on n’y arrivera jamais, que c’est un affreux piège), que feriez-vous, vous ?[/bgcolor] Resteriez-vous sur vos positions actuelles, contre Gilles et moi par exemple pour stigmatiser ceux qui veulent sortir de l’UE comme des « xénophobes nationalistes racistes » ? Que feriez-vous passer au premier plan ? vos idées ? (il faut absolument rester dans l’UE pour la changer de l’intérieur) et vous quitteriez votre parti, pour en trouver un autre ? Ou bien changeriez-vous d’avis, pour garder le même que celui de votre parti ? C’est une question intéressante, non ?
Je vous garde une grande affection, malgré tous les noms d’oiseaux échangés de temps en temps entre nous — que j’ai presque tous oubliés, d’ailleurs, déjà 
Amicalement.
Étienne.
PS : je serai à PARIS le 30 janvier (conférence avec les Colibris et Pierre Rabhi), jusqu’au 2 février au matin (conférence à Die le soir) : ce coup-ci, on essaie de se rencontrer enfin ?
Je vous appellerai.