Merci Ghislain pour cette défense. Yves, il me semble qu’il aurait été plus judicieux et avisé que tu répondes aux objections sérieuses que j’avais formulées vis à vis des positions de Jean-Luc Mélenchon* plutôt que tu démarres au quart de tour sur de la rigolade, en interprétant à tort, puisque tu ignores mon contexte familial et que tu ne tiens pas compte du contexte du forum, tu vois bien qu’une intervention précédente évoquait la pêche à crevette et la Jamaïque ( quel rapport avec une position sérieuse et les positions de Jean-Luc Mélenchon ? ).
Réfléchis, dans une vidéo, il nous faut d’abord retranscrire l’oral en écrit pour pouvoir étudier de manière approfondie les positions défendues et développées par l’orateur afin d’y répondre. Donc les entretiens vidéos déséquilibrent le débat entre une thèse qui a toute facilité pour s’exprimer et une autre qui doit déjà effectuer un travail de retranscription, puis d’étude et enfin de critique. Pour résumer, une vidéo est plus un moyen de propagande qu’un outil de débat. Si tu veux que les débats partent en sucette, continues à nous faire réagir sur des entretiens vidéos, par contre si tu veux un débat sérieux et approfondi, alors amène-nous des textes et non des entretiens en vidéo.
Si Jean-Luc Mélenchon me semble analyser ( de la même manière que moi-même et que certains autres membres sur ce forum ) certains aspects de la crise de suraccumulation des capitaux, l’inégalité criante générée par l’économie de marché généralisée à tous les domaines de la vie ( ou pour parler autrement : le stade actuel du capitalisme ), l’épuisement des ressources, la nécessité d’une transition culturelle et économique pour faire face au changement climatique, « Comme l’a dit Hugo Chavez, si le climat était une banque, il serait déjà sauvé », je ne vois en quoi il est pertinent dans l’analyse spécifique des règles qui régissent la zone euro et la « construction » européenne sur lesquelles il fait l’impasse en croyant ( ou en feignant de croire ) que celles-ci font partie de la solution alors qu’elles font partie du problème. Pour moi et de nombreuses personnes, qui sont proches de pas mal d’idées qu’il développe, cela handicape sa démarche de telle manière que nous ne pouvons plus la soutenir pleinement.
La déconstruction :
Nous pointons l’incohérence de Jean-Luc Mélenchon ( peut-être pas partagée par tous les membres du Parti de Gauche ) sur la dénommée trompeusement « construction » européenne, en réalité la déconstruction des acquis sociaux démocratiques des peuples européens. Il n’y a qu’à voir les mesures de baisse de salaires, des pensions de retraite, des allocations de chômage imposées par l’UE en Grèce, au Portugal, la libre concurrence non-faussée imposée partout, la libre circulation des capitaux, bref tout dans cette soit-disant « construction » est une destruction des acquis progressistes.
Le non-projet :
Le soit-disant « projet » européen est anthropologiquement et culturellement un non-projet : Un projet est un objet débattu collectivement pour partir d’une situation A pour arriver à une situation B.
Or, c’est tout le contraire dans le soit-disant « projet » européen, observons un peu : hier il fallait réduire les déficits des budgets des États sans délibération collective, aujourd’hui, il faut réduire les déficits des budgets des États sans délibération collective, demain, il faudra réduire les déficits des budgets des États sans délibération collective.
Hier, dans le soit-disant « projet » européen, il fallait lutter contre l’inflation des salaires et pas contre celle des actifs financiers, aujourd’hui, il faut lutter contre l’inflation des salaires et pas contre celle des actifs financiers, demain, il faudra lutter contre l’inflation des salaires et pas contre celle des actifs financiers.
Yves, ce ne sont ici que deux exemples, l’architecture unioniste est bâtie sur cette permanence. Comment peut-on appeler « projet », cet objet intellectuel qui n’est pas débattu collectivement et qui ne vise que la continuité de la domination ?
Yves, il faudra m’expliquer comment le chômage, la déconstruction des acquis sociaux et démocratiques, le non-projet européen ( c’est à dire pour le dire crûment la permanence, l’identité, au sens de vouloir rester identique dans le passé, le présent et l’avenir, comme je le montre plus haut ) peut être compatible avec un projet progressiste. Si Jean-Luc Mélenchon devient sérieux et ferme sur cette question, je le soutiendrais plus fortement, mais pas avant.
Plus généralement Yves, comment une déconstruction et un non-projet peuvent-ils être enthousiasmant ? Yves, comment ne pas voir que cette déconstruction des acquis sociaux et démocratiques et ce non-projet ne peuvent qu’engendrer le nihilisme et le désespoir ?