12 Conséquences institutionnelles de la crise financière et économique

Le traité de Lisbonne est re-mort

Voici que le futur président Obama et la présidente démocrate de la Chambre des représentants américaine viennent de proposer que le gouvernement américain assiste les fabricants de voitures et les industriels du pétrole américains.

Comment cela cadre-t-il avec les principes marchéistes - notamment le principe de concurrence loyale - proclamés internationalement par les affairistes du privé et repris si chaleureusement dans le TCE/traité de Lisbonne ?

Il est évident que le texte de Lisbonne est obsolète : mais bientôt ce ne sera plus la peine de le rappeler. JR

Jacques,

Il ne faut pas se faire trop d’illusions avec Obama (et même sans Obama)… même si il faut bien tenir compte des effets des illusions des autres sur le cours de l’histoire et du futur proche. Les USA ne sont plus une démocratie depuis longtemps, tout comme l’UE. Peut-être qu’Obama voudrait faire bien des choses, mais pour l’instant il ne pourra faire que ce qu’on lui laissera bien faire parce-que cela sert la stratégie de ceux qui décident réellement. La pilule est tellement plus facile à avaler si elle à l’air d’être démocratique… que ces requins auront bien évaluée le cout de la stratégie plus optimale… pour le moment, cela ne reste hélas qu’une illusión, une fata morgana à concrétiser à l’avenir… si cela s’avère possible.

À nous de rester vigilants.

Le soit-disant protectionnisme américain reste quand-mème à évaluer en profondeur, et ne condamne pour le moment pas doublement à l’ostracisme le TCE/traité de Lisbonne… il y à trop de lectures possibles à trop de niveau pour décider cela sur des déclarations d’intention qui restent à concretiser.

Le TCE sert plusieurs propos auxquels nos « maitres » ne sont pas si prêts à renoncer sans qu’on leur y oblige par les faits…

NingúnOtro (5347),

Aussi, je ne me fais guère d’illusions. JR

Le parti américaniste est au pouvoir en France. Nous le savions. Le parti américaniste est au pouvoir en République tchèque. Le président de la République tchèque est Vaclav Klaus. Le Premier Ministre est Mirek Topolánek. Lisez cet article :

[b]La présidence tchèque, ou « l’horreur européenne ».[/b]

La présidence tchèque, prévue pour prendre en charge la présidence de l’Union Européenne le 1er janvier 2009, s’avère de plus en plus comme un cas d’école « anti-européen ». C’est-à-dire le cas d’école d’une occasion politique absolument faite pour démontrer l’incapacité du système en place en Europe d’assurer une bonne marche des affaires, une vraie politique européenne, une défense des intérêts européens, et ainsi de suite.

Cela est d’autant plus intéressant à observer que la présidence tchèque suivrait la présidence français, extrêmement active, plaidant pour une continuité forte de la direction européenne, d’autant plus nécessaire à l’heure de la crise financière et économique ; cela est d’autant plus intéressant à commenter que le président tchèque Vaclav Klaus vient de se proclamer officiellement « dissident européen »…

D’une part, le gouvernement tchèque est dans l’état d’instabilité chronique qu’on sait, sa majorité parlementaire étant absolument flottante et pouvant se transformer en mise en minorité du jour au lendemain, dans une situation de très grande impopularité, etc. Le cas est connu. Il sert d’arrière-plan au second point, qui est la grande nouvelle en cette circonstance.

En effet, le gouvernement tchèque vient d’informer les instances européennes et ses partenaires des priorités de sa présidence européenne. Dans un temps de crise économique et financière, de nouveau dialogue avec la Russie et ainsi de suite, le programme tchèque vaut le déplacement. Il y a quatre priorités, dans l’ordre comme on l’aura compris :

1- renforcement des relations transatlantiques ;
2- renforcement des relations dans la zone Est jusqu’au Caucase, notamment avec des pays comme la Géorgie, l’Ukraine, etc, et (surtout) Russie non incluse ;
3- sécurité énergétique ;
4- renforcement des relations avec Israël.

Tous ces points, notamment les points 2 et 3, sont à considérer, répétons-le, sans la moindre référence de coopération avec la Russie (« éventuellement contre la Russie ? », ironise, à peine, une source européenne).

Quant au dernier point, il apparaît comme une signature à ciel ouvert ou comme une cerise sur le gâteau, c’est à voir (ou à goûter).

C’est-à-dire que la présidence tchèque, avec ce gouvernement fantoche qui s’affiche comme tel, se présente à la fois comme une provocation du « parti américaniste » proliférant en Europe de l’Est, en même temps que la démonstration de ce qu’on pourrait nommer l’ « horreur européenne »,

  • à la fois la faiblesse institutionnelle des démocraties fabriquées pour l’occasion, sans aucune légitimité puisqu’en général complètement acquises à des intérêts extérieurs américains ;

  • et le triomphe de ces mêmes intérêts extérieurs à l’Europe, agissant avec un gouvernement tchèque appelé à la présidence de l’Union Européenne, fonctionnant comme une courroie de transmission.

« Dans les circonstances et les tensions actuelles, c’est une dramatique mise à l’épreuve du système européen actuel, dit encore notre source. On peut aisément envisager des circonstances conduisant à des ruptures très graves entre les pays membres, non seulement sur une politique mais sur le fonctionnement même des institutions. » Pour notre cas, nous dirions que c’est un cadeau sans prix, a contrario, aux adversaires du système actuel tant la démonstration de sa perversion est ici évidente.

Le cas français va être effectivement intéressant à suivre, dans son fonctionnement jusqu’à la fin de sa présidence et après, de même que les différentes propositions de changement de formule de « gouvernement européen », au moins pour la durée de la crise.

D’autre part, mais ceci bien entendu en rapport avec cela, on notera qu’on ne reste pas inactif en marge de cette situation, puisqu’on fait état d’entretiens secrets entre Allemands, Anglais et Français sur une formule de renforcement d’une direction européenne, accompagnant le constat chaque jour renforcé de l’impasse du traité de Lisbonne.

Les grandes lignes de la recherche en cours impliquent le renforcement important du statut et du rôle du secrétariat général du Conseil de l’Union européenne (actuellement autour de Javier Solana) et l’orientation vers une marginalisation de la Commission européenne. A noter l’attitude des Britanniques, qui confirment ainsi leur virage et leur actuelle phase.


http://www.dedefensa.org/article-la_presidence_tcheque_ou_l_horreur_europeenne__12_11_2008.html

En clair : en Europe de l’Ouest, le parti américaniste (Angela Merkel, Gordon Brown et Nicolas Sarkozy) travaille au renforcement du secrétaire général du Conseil de l’Union européenne. Aujourd’hui, le secrétaire général du Conseil de l’Union Européenne est Javier Solana. Javier Solana a été secrétaire général de l’OTAN de 1995 à 1999.

Crise : Merkel dit « non » à Sarkozy.
Nicolas Sarkozy n’a pas réussi à convaincre Angela Merkel. La France et l’Allemagne se sont bien accordées ce lundi 24 novembre pour coordonner leurs efforts de relance économique face à la récession, mais la chancelière allemande refuse de mettre la main à la poche pour soutenir le plan européen concocté à Bruxelles, comme lui a demandé le président français. Après une heure d’entretien avec Angela Merkel, Sarkozy a conclu le dixième conseil des ministres franco-allemand en résumant d’une phrase lapidaire les positions des deux pays sur les mesures de soutien que la Commission européenne doit proposer mercredi à ses 27 membres : « La France y travaille, l’Allemagne y réfléchit. »

http://www.liberation.fr/economie/0101268429-crise-merkel-dit-non-a-sarkozy

Et pendant ce temps, à Londres :

Le premier ministre britannique, Gordon Brown, s’apprête à défendre son plan de relance pour tenter d’éviter une grave récession. Son ministre des finances, le chancelier de l’Echiquier Alistair Darling, présentera, lundi 24 novembre, devant la Chambre des communes, les grandes lignes de son pré-budget 2009-2010. Il comprend un train de mesures à base de baisse de TVA et d’investissements publics supplémentaires. Avec ces nouvelles dépenses publiques, financées par l’emprunt, l’intervention de l’Etat dans l’économie britannique va atteindre les 20 milliards de livres (24 milliards d’euros).

http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/11/24/le-plan-anti-crise-de-gordon-brown_1122142_3214.html

Conclusion : en Europe, chaque Etat fait ce qu’il veut dans SON coin.

Face à la crise économique et financière, chaque Etat joue SON jeu.

Chaque Etat mène SA politique, en fonction de la structure de SON économie.

Au faits, Instit… si comme tu démontres si bien chaque état fait de toute façon ce qu’il veut du moment qu’il veut… à quoi bon se défaire de l’Europe comme institution supra-nationale? Ce serait jeter à la poubelle un instrument qui à déjà couté des sommes considérables, sans avoir encaissé les possibles bénéfices… celles qui pourraient venir quand chaque état, en faisant ce qu’il veut quand il veut… pourrait bien considérer utile de faire usage de cette structure parce-que ce serait le mieux pour lui (en sous-entendant que ce ne sera pas possible si ce n’est au même temps pas le mieux pour tous, mais dans ce cas chacun ferait ce qu’il voudrait de toute façon :wink: ).

Parce que, au-dessus du cadre national, il y a le cadre de l’Organisation des Nations Unies.

Entre le cadre national, légitime, et l’Organisation des Nations Unies, légitime aussi, il ne doit y avoir aucune construction supranationale.

Le cadre national est légitime car il représente un peuple. Le cadre de l’Organisation des Nations Unies est légitime car il représente toute l’espèce humaine (sauf le Vatican et je ne sais plus qui…)

Entre le cadre national, légitime, et l'Organisation des Nations Unies, légitime aussi, il ne doit y avoir aucune construction supranationale.

Le cadre national est légitime car il représente un peuple. Le cadre de l’Organisation des Nations Unies est légitime car il représente toute l’espèce humaine (sauf le Vatican et je ne sais plus qui…)


C’est une loi écrite quelquepart? Ou juste une opinión à vous que vos nous demandez humblement de ratifier?

C’est une opinion.

Bien entendu, je ne vous demande pas de ratifier cette opinion.

En 1985-1986, les Restos du Cœur ont distribué 8,5 millions de repas.
En 1987-1988, les Restos du Cœur ont distribué 22 000 000 de repas.
En 1991-1992, les Restos du Cœur ont distribué 29 000 000 de repas.
En 1994-1995, les Restos du Cœur ont distribué 50 000 000 de repas.
En 1996-1997, les Restos du Cœur ont distribué 61 000 000 de repas
En 2005-2006, les Restos du Cœur ont distribué 70 000 000 de repas.
En 2006-2007, les Restos du Coeur ont distribué 81 700 000 repas.
En 2007-2008, les Restos du Cœur ont distribué 91 000 000 repas.

Le président des Restos du Cœur, Olivier Berthe, vient d’annoncer :

« Avant même le démarrage de la campagne 2008-2009, les inscriptions sont en hausse de 5 à 10 % par rapport à 2007, avec beaucoup de nouveaux venus : des retraités, des travailleurs pauvres, des jeunes, des familles monoparentales, mais aussi des agriculteurs qu’on ne voyait qu’exceptionnellement d’habitude. »

(Sud-Ouest Dimanche, 30 novembre 2008, page 14)

En 1992, les OUIstes nous avaient juré qu’avec la monnaie unique, l’euro, ce serait davantage de prospérité pour le peuple français.

En 1992, les OUIstes nous avaient promis qu’avec le traité de Maastricht, ce serait le progrès social.

Dans la réalité, nous vivons l’appauvrissement généralisé du peuple français.

Nous avons été trahis.

Il faut sortir de l’Union Européenne.

Je ne vous discuterais pas les faits, Instit, je les trouve assez réalistes…

Mais vos conclusions ne sont en tout cas pas les seules possibles, ni même probables.

Nous ne vivons pas l’appauvrissement généralisé du peuple français… nous vivons l’appauvrissement généralisé de toute l’humanite sauf quelques individus (groupe restreint ou les français ne sont pas trop sous-représentés d’ailleurs).

Je suis d’accord avec vous sur le fait que dans ce groupe restreint plutôt 100% était POUR qu’on vote OUI au TCE et à Lisbonne, MAIS, cela justifierait le NON au TCE et a Lisbonne, et pas l’apriori de ne vouloir aucune Europe du tout.

Nous avons été trahis, oui, mais l’abandon des partenariats européens entre les peuples est tout autant une trahison… une trahison à tout ce qu’il y à de logique et d’éthique dans la collaboration et le respect mutuel des citoyens et des peuples.

La logique du plus fort est toujours de plus séparer pour mieux reigner… et on est toujours assez idiots pour consentir que cette stratégie la fonctionne à merveille.

Celui qui nous à donné la dénomination de homo sapiens sapiens blaguait, sans aucune doute.

NingúnOtro écrit : " Nous avons été trahis, oui, mais l’abandon des partenariats européens entre les peuples est tout autant une trahison… une trahison à tout ce qu’il y à de logique et d’éthique dans la collaboration et le respect mutuel des citoyens et des peuples. "

Je ne suis pas d’accord avec cette phrase.

L’Union Européenne n’a pas des objectifs de collaboration, de coopération entre les peuples.

En revanche, l’Union Européenne a comme objectifs la compétition entre les peuples, la concurrence entre les peuples.

En 2005, le projet de Constitution européenne imposait le libre-échange mondial généralisé :

« Par l’établissement d’une union douanière conformément à l’article III-151, l’Union contribue, dans l’intérêt commun, au développement harmonieux du commerce mondial, à la suppression progressive des restrictions aux échanges internationaux et aux investissements étrangers directs, ainsi qu’à la réduction des barrières douanières et autres. »

Traité établissant une Constitution pour l’Europe, Troisième partie, article III-314.

En 2007, le traité de Lisbonne imposait le libre-échange mondial généralisé :

« Par l’établissement d’une union douanière conformément aux articles 28 à 32, l’Union contribue, dans l’intérêt commun, au développement harmonieux du commerce mondial, à la suppression progressive des restrictions aux échanges internationaux et aux investissements étrangers directs, ainsi qu’à la réduction des barrières douanières et autres. »

Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, Cinquième partie, Titre II, Article 206.

Tu n’a pas compris la phrase… je sais ce que le TCE et le Traité de Lisbonne veulent, et je voterais encore NON tant que ce qu’on propose insistira, pas besoin de me reservir les articles spécifics, mais de la à croire que aucune Europe est possible, alors que objectivement cela ferait mal de s’en passer…

Une autre Europe est possible ? Oui. Nous sommes d’accord.

Frédéric Lordon est économiste, directeur de recherches au CNRS. Frédéric Lordon répond au fanatique OUIste Jean Quatremer :

" A mon dernier texte, Jean Quatremer a pris le mors aux dents. Il a mis en ligne sur son blog une réaction délicieuse intitulée « L’imposture Frédéric Lordon ». On notera l’oubli, volontaire évidemment, de la préposition génitive « de », qui aurait normalement donné « l’imposture DE Frédéric Lordon », en vue de suggérer qu’une imposture peut m’être imputée. Mais non, c’est toute ma personne qui est une imposture, une imposture ontologique et sur pattes. C’est charmant, courtois comme pas deux et tolérant à souhait, bref démocrate-européen façon Quatremer.

Normalement, il ne faudrait pas répondre à ça. Mais on voit bien que c’est difficilement possible. Donc je le fais. D’autres que Jean Quatremer (et ses affidés) jugeront sur pièces de la teneur analytique respective des deux propos, puisque avec lui (eux) il y a visiblement lieu de ne pas chercher à poursuivre un de ces « débats-causes perdues » dont les conditions de possibilité mêmes sont parfaitement absentes.

Ce n’est pas que je tienne les autres critiques pour négligeables, mais, pour bon nombre, ce sont si visiblement ses petits amis rameutés par blog interposé, j’imagine, et armé d’arguments si semblables qu’il est préférable de regrouper – il n’est d’ailleurs nul besoin, comme Jean Quatremer me le prêtera sans doute par réflexe, d’imaginer que je ferais de lui une sorte de chef d’orchestre coordonnant la manœuvre, il suffit de s’en remettre à la similitude des formes de pensées qui, spontanément accordées par une même foi, produisent nécessairement des discours identiques en dehors de toute coordination et de toute orchestration. N’eût-été l’effet d’avalanche d’ailleurs, j’aurais presque trouvé estimable que Jean Quatremer s’aventure chez les « méchants » pour leur porter la contradiction. Evidemment sur le fond, et puis dans ces conditions…

Par un effet d’imprégnation qui doit être le propre de l’amour d’institution, les amis de cette Europe ont épousé leur chose si complètement qu’ils ont le juridisme européen plus juridiquement européen que n’importe quel juriste européen. Il faut n’avoir pas peur du ridicule pour trouver à opposer comme premiers arguments que le Traité de Lisbonne n’est pas en vigueur et que la Commission n’a encore rien décidé… Faudra-t-il mettre sur le compte de l’affreuse déception irlandaise cette réaction très étrange de Jean Quatremer qui croit bon de faire du foin à propos de cette sottise de troisième ordre ? – il est vrai que cette obstination des peuples bornés à refuser le bien qu’on veut leur faire a de quoi mettre en rage, mais normalement pas au point de conduire à ce genre d’âneries.

L’ineffectivité du Traité de Lisbonne en tout cas n’avait échappé à personne (JQ-2) [1] – pas même à moi, c’est dire. Mais cette imputation d’ignorance rectifiée, on ne voit pas bien ce que ça change à l’économie générale de l’argument. N’y a-t-il pas un traité européen en vigueur prohibant les aides d’Etat, dont l’article adéquat est repris mot pour mot dans le Traité de Lisbonne, et Jean Quatremer n’a-t-il pas compris que tel était le véritable sujet de ce texte ? Que le Traité soit de Lisbonne, de Nice ou de Vesoul, que l’article soit numéroté 107 ou 87, peut-il expliquer plus en détail ce que ça change ? Et s’il ne le peut pas, peut-il alors expliquer à quoi rime cette entrée en matière ? Peut-il comprendre le concept de « convention » qui, dans la sorte d’entre-deux où nous sommes, choisit de prendre une référence et ici, arbitrairement, celle du texte le plus frais à l’esprit de l’opinion publique, précisément parce qu’il n’est pas encore voté, et qu’il représente encore un enjeu politique. Pour ma part en tout cas, je peux lui expliquer une chose : eussé-je retenu la référence du Traité de Nice et sa numérotation, il aurait été le premier à me faire remarquer ma scandaleuse ignorance de l’état des choses européennes et que c’était Lisbonne, presque déjà là, notre radieuse réalité.

On ne sort pas davantage du jardin d’enfant avec l’argument-massue qu’« il n’y a donc aucune décision » (à propos de la menace de la Commission de bloquer le plan français), mais en revanche « de quoi s’énerver » (qu’on en parle quand même) (JQ-1) [2]. Que Jean Quatremer soit révulsé de l’épouvantable négativité qui est sans doute à ses yeux la tare fondamentale du débat démocratique, en tout cas quand il prend son Europe pour objet, on le savait déjà et même d’assez longue date. Il faudra toutefois lui expliquer que tel est malheureusement le propre du débat contradictoire qu’il s’y émet de la critique, c’est-à-dire, pour celui dont les investissements psychiques passent un peu la raison, de cruelles attaques contre ses objets d’amour. Comme une sorte d’agent représentatif, Jean Quatremer d’ailleurs livre à lui seul, mais à son corps défendant, toute la conception de la démocratie en vigueur dans la sphère européenne. Car mutatis mutandis, il faudrait déduire de son argument formel qu’on ne saurait émettre la moindre critique contre le Traité de Lisbonne puisqu’il ne s’applique pas, qu’il est injuste d’objecter à une mesure quelconque de politique publique tant qu’elle n’est qu’un projet, et que probablement il était illégitime de critiquer Nicolas Sarkozy pendant sa campagne puisqu’il n’était pas encore président. C’est seulement quand on est assommé qu’on a le droit de faire la critique du gourdin.

Comme l’a abondamment montré le débat, je veux dire, le trauma, de 2005, la fuite dans le formalisme et la dépolitisation, est une tendance désormais permanente des amis de cette Europe, ce dont témoigne une fois de plus la référence faussement érudite et vraiment inepte à la présence de la prohibition des aides publiques dès le Traité de Rome (JQ-2). Car là encore, il faut avoir l’œillère du juridisme bien accrochée pour ne pas voir, ou pour feindre de ne pas voir, tout ce que le régime présent des aides publiques, à esprit juridique quasi constant depuis son écriture originelle, doit à une histoire multidécennale dont l’enjeu a été précisément de faire passer ces dispositions de l’état d’encre sur du papier à l’état de mesures véritablement exécutoires. Contrairement à ce qu’imagine Jean Quatremer, il y a une histoire de la concurrence européenne et, comme toute histoire, c’est une histoire politique, une histoire de conquêtes, de consolidations institutionnelles, de modification d’équilibres de pouvoirs et de coups de force réussis. Réussis par qui ? Par la Commission bien sûr, mais il est vrai poussée, à partir du sommet de Fontainebleau, par les Etats eux-mêmes, qui la tenaient jusqu’ici pour quantité négligeable et s’amusaient de ses avertissements, mais à partir de 1984 consentent pour de bon à l’élever comme autorité supérieure à la leur – et spécialement en matière de concurrence. Si le marché commun existait de toute éternité (1957) pourquoi a-t-il donc fallu un acte unique en 1986… si ce n’est parce qu’il fallait faire passer bon nombre des propositions juridiques du Traité à l’état de politiques effectives et que cette transition n’allait pas de soi ? Il en va de même des aides d’Etat auxquelles on ne comprendra pas grand chose si on se borne à psalmodier les textes sacrés de 1957.

Il faudrait raconter à Jean Quatremer quelques histoires, pas si anciennes d’ailleurs, qui lui montreraient dans quel mépris les Etats membres ont tenu jusqu’à la fin des années 70 les avertissements de la Commission en matière d’aides publiques – mais Jean Quatremer pourrait être horrifié de découvrir qu’on ait vécu si longtemps dans le péché et dans l’irrespect de ce qui était écrit. De la restructuration de la sidérurgie européenne qui, à la fin des années 70, marque véritablement le commencement du passage au réel du droit européen des aides d’Etat, jusqu’à la « conquête » du secteur bancaire au milieu des années 90, il s’est passé des choses dont nulle observance lettrée des parchemins ne donnera la moindre intelligence. Et s’il advenait qu’il était injuste de supposer Jean Quatremer ignorant de tout cela, la question, subsidiaire s’en déduirait simplement : pourquoi cette référence répétitive, et finalement sans objet à 1957, sinon par goût des amulettes ou des arguments sophistiques ?..

Mais il faut être juste : il n’y a pas que diversion formaliste et juridique dans les remarques de Jean Quatremer, il y a aussi des objections de fond. Ce n’est pas qu’elles soient beaucoup plus pertinentes cependant. « La Commission valide environ 60 à 70 milliards d’aides d’Etat » (JQ-3) ? La belle affaire ! Il va falloir un peu plus que ça pour faire un argument qui tienne debout. Le Traité (de la ville qui sied à Jean Quatremer et sous les numéros qui lui agréent) reconnaît en effet des cas d’aides publiques admissibles – ça échappe difficilement à la lecture de l’article… Mais lesquels ? « Sont compatibles avec le marché intérieur : les aides à caractère social octroyées aux consommateurs individuels (…) ; les aides destinées à remédier aux dommages causés par les calamités naturelles » (article 107) mais aussi les aides au développement économique des régions, aux projets d’intérêt commun européen et – oui ! – les aides à certaines régions de la RFA. Jean Quatremer peut donc observer triomphalement que les aides publiques ont atteint « une pointe, si (ses) souvenirs sont bons de 140 milliards d’euros (au moment de l’unification allemande) ». Ses souvenirs sont bons, mais pas très profonds puisque, comme avec le Port-Salut, c’était « écrit dessus ». Oui, le Traité reconnaît les aides à la réunification et oui, nous aussi, Jean Quatremer, nous avons un vague souvenir de ceci, c’est peut-être la raison pour laquelle nous retenons nos larmes de joie de découvrir que ces aides ont été effectivement validées. Mais Jean Quatremer a-t-il saisi ce dont mon texte est l’objet ou faut-il lui faire un dessin : il ne s’agit pas des aides aux consommateurs, aux réparations des tempêtes ou à la réunification allemande, ce sont les aides aux entreprises. Sans doute par simplicité d’esprit et par inaptitude scolastique je m’interroge en effet sur l’interdiction des aides publiques qui sont interdites, et pas sur celle, plus difficile à concevoir, des aides qui sont autorisées…

C’est à ce moment enfin qu’on entre véritablement dans l’argumentation – pas trop tôt… Jean Quatremer met gracieusement à ma disposition un lien sur le relâchement du régime des aides publiques dans le cas de la crise financière (JQ-4), il est bien aimable. Il se trouve que je l’avais lu, mais que je n’en tire pas la même conclusion que lui (on peut grouper avec JQ-8) et pour au moins deux raisons. La première est qu’il a été nécessaire de torturer des textes qui prohibaient formellement ce qu’on essaye d’autoriser aujourd’hui, moyennant des arrangements dont je me demande, confessant mon défaut de technicité juridique européenne, comment ils survivront à l’après-crise et, plus précisément, comment ils éviteront de créer un précédent dont sauront se saisir plus tard des agents privés avisés. C’est là la faiblesse des constructions institutionnelles fortement juridicisées, comme l’Union européenne, qu’elles admettent très peu de flexibilité et que toute tentative de faire un pas hors des clous, fût-ce dans l’urgence d’une situation de crise, crée potentiellement un problème de droit.

On pourrait objecter que le droit rectifie le droit et que les nouvelles lignes directrices opèrent de fait l’adaptation dont Jean Quatremer admire la fluidité. Il faudra toutefois soumettre à des juristes plus qualifiés la validité, non pas de l’apparition de nouvelles lignes directrices, mais de lignes directrices temporaires et réversibles, c’est-à-dire ad hoc. Que la Commission émette à jet continu de nouvelles lignes directrices à propos de tout et n’importe quoi, tout monde le sait. Mais cette émission continue est tout de même régulée par un principe de cumulativité et de non-contradiction tolérable. Je demande à voir ce que la CJCE, par exemple sollicitée par quelque banque désireuse d’être aidée également, dira de cet équivalent d’un « blip » juridique. Qu’il y ait des revirements de jurisprudence qui défont ce qui avait été fait et semblent briser la dynamique cumulative est une chose bien connue, mais ces revirements mêmes sont en général appelés à faire droit pour longtemps. Le tête-à-queue juridique « je-détends-je-resserre » – car on a bien compris que cette tolérance de la Commission n’est pas appelée à durer – équivalent du double-demi tour au frein à main est un genre assurément très neuf, dont il reste à savoir si le droit européen va l’épouser entièrement. Et si jamais, le nouveau paradigme juridique du « blip » ou du tête-à-queue était in fine validé, il faudrait s’en réjouir comme d’une bonne nouvelle annonçant que ce que la Commission aura été capable de faire une fois, elle pourra donc le refaire, ceci signifiant qu’à ce degré de révision discrétionnaire et ad hoc on est en bonne voie de sortir du droit pour refaire de la politique.

Mais la vraie raison est ailleurs bien sûr. Elle est dans ce fait que, manifestement saisie d’un spasme de répugnance au spectacle de ses propres actes, la Commission retire politiquement d’une main ce qu’elle a semblé accorder juridiquement de l’autre. Jean Quatremer pourra-t-il nous expliquer comment on peut dans le même élan saluer l’admirable flexibilité des nouvelles lignes directrices et ne rien trouver à redire au fait que la Commission incrimine aussitôt un plan d’aides publiques ? Je me demande si la raison qu’il allèguerait ne tient pas à la seule chose qu’il consente à m’accorder (JQ-9), hélas bien maladroitement le monde est mal fait : ce serait le choix de l’instrument financier retenu par le plan français (dette subordonnée plutôt que « vrais » fonds propres) qui justifierait entièrement sa disgrâce ; les vraies recapitalisations seraient les seules admissibles puisqu’elles touchent au régime de propriété de l’entreprise aidée à propos duquel la Commission, dans sa parfaite tolérance idéologique, s’interdit de trouver à redire. Que ce soit très probablement le raisonnement fait par la Commission, je le maintiens, sous l’accord bienveillant de Jean Quatremer. Mais il faut tout de même se souvenir que cette tolérance rencontre rapidement ses limites puisque l’une des contreparties exigées du Crédit lyonnais pour son sauvetage consistait précisément en un engagement du gouvernement français à privatiser la banque… Il y a surtout que, dans l’enveloppe de ce sauvetage, outre la structure de cantonnement, la Commission n’avait pas oublié de mettre en cause les 4 milliards de Francs de recapitalisation en vrais fonds propres accordés en 1996 et qu’à l’époque aucune distinction chinoise n’avait été faite à propos de la nature des instruments financiers.

Puisque cet épisode du Lyonnais a connu un moment particulièrement gratiné et que Jean Quatremer ne peut permettre qu’on « insulte » le Commissaire de l’époque Karel Van Miert (JQ-7), je voudrais préciser ceci : qualifier de « dingue de service », comme je l’ai fait, un de ces responsables irresponsables qui prend sciemment ( ?) le risque de déclencher une panique bancaire sur l’un des plus importants établissements d’un Etat-membre me paraît avec le recul une qualification assez adéquate, presque technique, et au total d’une grande modération. Il aurait fallu dire d’autres choses à propos de ce que fit alors M. Van Miert, je me demande même si ne gît pas quelque part dans les profondeurs d’un code oublié quelque chose comme une incrimination pour mise en danger de l’épargne publique qu’on pourrait (aurait pu) opportunément exhumer. Oui, je ne vois que l’hypothèse de la granitique bêtise idéologique pour faire des choses pareilles, c’est-à-dire pour déstabiliser délibérément une banque majeure au nom des principes concurrentiels standard auxquels les banques ne ressortissent notoirement pas, et, ce faisant, activer un risque systémique [3] dont les conséquences sont incalculables, tout ceci pour arracher au gouvernement de français de l’époque quelques milliards de cessions d’actifs de plus… [4] On cherche en vain une métaphore suffisamment parlante pour faire saisir l’ampleur du délire – par exemple une compagnie privée d’électricité qui refuserait de plonger les barres de graphite dans un réacteur en voie de diverger au motif d’obtenir une subvention du conseil régional ?

Sous une forme maximale, l’épisode Van Miert revient à sa façon sur ce qui fait le véritable objet de ce texte, et qu’au demeurant, Jean Quatremer a soigneusement évité. Toutes arguties juridiques et diversions (cf. infra) mises à part, pourrait-il nous dire ce qu’il pense sur le fond de la décision de bloquer, en situation de collapsus financier majeur, des plans d’aide au secteur bancaire sinistré, dont les Etats-Unis montrent à quelle ampleur il est urgent de les déployer [5], ou bien de les assortir de contreparties exigeant la réduction de leurs bilans (c’est-à-dire de leurs encours de crédit) au moment où leur expansion est un enjeu économique vital ? Tout le reste est littérature.

Terminons-en donc avec la « littérature ». JQ-5, à propos de l’article 130 et de l’indépendance de la BCE. Je serais assez prêt à plaider la rédaction élastique – ce point toutefois était périphérique. Je ne retire cependant pas grand-chose et persiste, explicitement cette fois, puisque Jean Quatremer n’a pas compris ou pas voulu comprendre le fond de mon propos. Effectivement sauf à prêter à Jean-Claude Trichet une névrose troglodyte, il n’est pas difficile de lui accorder qu’il lui arrive de sortir, de rencontrer des gens, parfois des dirigeants gouvernementaux – même il leur parle. Mais Jean Quatremer a visiblement du mal à décoller du sens propre et à envisager le sens figuré des mots. Que Jean-Claude Trichet admette à son conseil le vaillant président de l’Eurogroupe et, je suis prêt à l’imaginer aussi, lui accorde de prendre la parole, qu’est-ce que ça change ? Jean Quatremer a-t-il observé une seule décision significative de coordination du policy-mix depuis que l’euro a été lancé – ou bien, variante, une seule décision de politique monétaire « coordonnée » autrement que du simple fait que les gouvernements s’étaient trouvés fortuitement d’accord avec une décision que M. Trichet avait déjà prise souverainement ? Si, oui, qu’il nous en présente une seule, et même plusieurs si possible, pour qu’on puisse le prendre au sérieux. Et s’il désire aller plus loin, pourra-t-il nier cette chose évidente à n’importe quel économiste normalement éveillé que le modèle européen des relations Gouvernement(s)-Banque centrale est aux antipodes de son homologue étasunien où la coordination – la vraie, la coordination substantielle et pas seulement les rituels formels de la parlotte sans effet, celle où on dit des choses qui pèsent et où on décide de les faire de concert – est, sinon un principe, du moins une pratique quasi-constitutive.

L’argument des conférences de presse est encore plus dérisoire. Bien sûr on peut, si l’on veut, appeler « conférences de presse » ces scènes où Jean-Claude Trichet est assis à une tribune face à des journalistes et des mots sortent de sa bouche. Mais enfin il ne faut pas être trop regardant pour confondre le genre, sous son habituelle définition, avec une séance de lecture d’un communiqué, suivie des relectures du même communiqué en guise de réponse à toutes les questions quelles qu’elles soient. Jean Quatremer pour qui ces moments de communication unilatérale sont sûrement de grands moments de grâce, de démocratie et de publicité a dû remarquer que le mot que le président Trichet prononce le plus souvent est « again ». Placé au début de chaque réponse-relecture, il a vocation à signaler au questionneur que ce sera « encore » la même chose, sans doute pour qu’il soit prévenu et, par après, pas trop déçu.

Enfin dernier point (JQ-9, « again »). Jean Quatremer se refait à peu de frais une santé de gauche en stigmatisant le sauvetage unilatéral et sans contrepartie des banques : « Personnellement ce mécanisme me pose problème et je suis surpris qu’il ne fasse pas débat » – on a vu en effet que Jean Quatremer a l’art de soulever des débats, non pas sans pertinence intrinsèque, mais sans rapport avec l’objet circonscrit du texte, et que dès qu’il est question de l’Europe, tout vient d’un coup et sans distinction. Il serait toutefois utile à l’avenir qu’il le fasse d’une manière qui ne soit pas totalement incohérente car, écrire dans la même phrase (JQ-9) que, oui, le gouvernement français intervient avec de la dette subordonnée, mais que non, à l’inverse de ses homologues britannique et belge, il fait un cadeau aux banques, c’est n’avoir pas deux sous de suite dans les idées : si l’Etat prête, et puisque jusqu’à plus ample informé, on prête en général moyennant taux d’intérêt, alors c’est à titre onéreux pour les banques. De fait l’Etat facture ses prêts subordonnés aux banques récipiendaires 400 points de base au dessus des taux de ses propres titres d’échéance équivalente, ce qui fait bien plus que le taux belge que Quatremer admire tant – comme quoi, en matière de contrevérités et d’ineptie, Jean Quatremer se défend également. « Nicolas Sarkozy, poursuit-il vaillamment, ce grand socialiste conseillé par son ami banquier, choisit de ne pas faire payer les banques. Curieux non ? Mais Frédéric Lordon trouve cela très bien et s’indigne qu’on s’interroge ». Jean Quatremer est bien gentil d’attirer mon attention sur ce problème. Il ne sait pas cependant que je viens de publier un livre sur la question et qu’elle y est extensivement traitée – d’ailleurs, ironie, dans un sens qui, au tout début au moins, devrait lui convenir. Il ne sait pas non plus que je suis intervenu à d’assez nombreuses reprises (au regard de mes critères de présence médiatique) dans des médias, mais évidemment dans aucun de ceux qui lui servent de références habituelles. De cette ignorance-là, il n’est pas question de lui en vouloir. Un peu plus de parler sans savoir et de ne pas même prendre la peine de se renseigner avant de sortir ce genre de… contrevérité, son mot préféré mais à l’usage des autres.

Or une simple intuition aurait pu lui suggérer qu’avec les positions qui sont les miennes sur cette Europe, je ne suis pas particulièrement un ami de la finance, et qu’il était possible que je me fusse posé le problème. Ceci mis à part, notre accord n’en sera pas moins de courte durée car, si j’ai dit et répété autant que je le pouvais depuis août 2007 qu’il n’y avait pas plus impérieuse nécessité qu’un sauvetage de la finance, et pas plus grand scandale que ce sauvetage demeure sans sévérissimes contreparties, ce ne sont visiblement pas les mêmes – contreparties – que nous avons à l’esprit. Pour faire simple, on ne voit pas en quoi de pures pénalités financières ponctuelles (à la sauce Commission) auraient quelque pouvoir que ce soit de modifier durablement le comportement des banques. Comme toujours les grands libéraux, Jean Quatremer ne voit que des agents individuels et est incapable de voir les structures qui les déterminent. Or on ne change significativement aucun comportement d’agent tant qu’on n’a pas profondément modifié le système des contraintes et des autorisations dans lequel ils s’ébattent. En l’espèce ce système est celui de la libéralisation des marchés de capitaux. « Mes » contreparties, si je puis m’exprimer ainsi, ne consistent pas en stupides pénalités d’un jour, mais en transformation radicale du jeu même de la finance marchéisée tel qu’il réengendre continûment des crises, et en le retour à une configuration des structures de la finance dans laquelle les marchés eux-mêmes seront réduits autant qu’il le faut pour neutraliser les emportements concurrentiels-cupides et les invraisemblables prises de risque qui les accompagnent.

Le sort que je propose de réserver à la finance de marché en crise maximale est, j’en conviens paradoxal, puisque il tient en quelque sorte qu’il faut la tuer mais rétablie ! C’est une position pas trop compliquée, mais dont je vois bien pourtant ce qu’elle a de déconcertant de prime abord – et ce n’est plus tant à Jean Quatremer que je m’adresse ici qu’à certaines critiques relevées sur ce blog. Laisser la finance d’aujourd’hui mourir d’elle-même, comme elle y va tout droit sans plans publics, nous offre pour seule certitude de la suivre de très près dans la tombe. Je voudrais voir la tête des partisans, d’ailleurs très légitimement révoltés, de la « mort bancaire tout de suite », au moment où le plaisir d’avoir vu les banques en ruine sera suivi du constat que leur banque également est allée au tas, et que leurs petites économies sont entièrement parties en fumée – car c’est cela le niveau du risque systémique dans lequel nous vivons depuis la mi-septembre. J’ai qualifié, depuis longtemps déjà, cette situation qui force littéralement les pouvoirs publics à venir au secours des irresponsables de la finance, de prise d’otage [6] – est-ce assez clair ?

Là où il m’est infiniment plus facile de les rejoindre c’est sur ce qu’il conviendrait de faire après – après qu’on ait d’une manière ou d’une autre sauvé les banques pour éviter cela. Lorsque les dépôts et les épargnes du public sont à nouveau convenablement sécurisés, alors oui, là il peut être question de tuer, non pas les banques, mais la finance marchéisée, et pour ainsi dire à froid – je veux dire par « tuer » réduire aussi drastiquement que nécessaire l’emprise des marchés sur le secteur bancaire. Rien ne sortira du débat buté opposant frontalement « laisser crever les banques » ou « les sauver », car ce sont deux solutions également insatisfaisantes – l’une tout de suite, l’autre pour plus tard, puisque sauvées et rétablies à l’identique, propulsées à nouveau dans le même « jeu », elles referaient immanquablement les mêmes erreurs. La contrepartie pour laquelle je plaide depuis un peu plus d’un an (mais pas sur TF1 ou dans Libération), c’est celle-là : abolir ce « jeu », et accessoirement tout ce qui va avec, enrichissements obscènes, bonus faramineux, etc. On comprend que Jean Quatremer ne veuille surtout pas porter le débat sur terrain aussi gênant. Il lui faudrait consentir à mettre en cause l’un des principes les plus sacrés de la construction de son Europe, à savoir la libéralisation intégrale des marchés de capitaux. Et on voit d’ici son air interdit : « reréglementer les marchés ?! peut-être même en fermer certains ??!! Mais ça n’est pas du tout notre Europe ! ». Il est vrai.

Et maintenant, rions un peu : bien chauffé, Jean Quatremer va venir nous expliquer, comme le mamamouchi Delors et Philippe Riès, que les traités européens « ne sont pour rien dans la crise financière » [7]. Cette fois-ci, on le laissera faire tout seul.

Notes :

[1] La notation JQ-n désigne le point n du commentaire laissé par Jean Quatremer sur ce blog.

[2] Par défaut, toutes les citations en italiques viennent des remarques de Jean Quatremer.

[3] Certes la Commission avait alors confié à quelques banquiers centraux à la retraite le soin de rédiger un rapport certifiant qu’il n’y avait aucun risque systémique à la faillite du Crédit lyonnais – ben voyons, l’une des toutes premières banques du pays, peut-être même la première à l’époque – c’est-à-dire pour se donner la certitude qu’on pouvait user sans crainte de la menace de la faillite…

[4] Rappelons que, pour un total d’aides reçues estimé à 140 milliards de francs, la Commission avait exigé que le Crédit lyonnais s’ampute de 600 milliards d’actifs…

[5] Et seule une lecture malhonnête pourra faire de cette proposition un blanc-seing à tous les plans étasuniens, et ne pas faire la différence entre impératif d’un plan et nature du plan – mais comme cette lecture malhonnête est quasi-certaine avec Jean Quatremer, autant prendre les devants.

[6] « Quand la finance prend le monde en otage » ; « Comment protéger l’économie réelle » ; Crises financières, n’en tirer aucune leçon… » ; « Le jour où Wall Street est devenu socialiste »

[7] « Jacques Delors : comment l’Europe doit affronter la crise » (Mediapart.fr).

http://blog.mondediplo.net/2008-12-01-RQPJQ-Rien-Que-Pour-Jean-Quatremer

12 Conséquences institutionnelles de la crise financière et économique

Bonjour à Instit, NingúnOtro et à ceux qui nous lisent.

Une autre analyse de Frédéric Lordon

Extrait :

"La Commission qui a le don de se mettre en tort pulvérise ici ses propres records : [b]se proposer d’exiger des restrictions de crédit[/b], au moment où toute l’économie en attend la reprise comme de son oxygène vital, est une véritable performance dans l’art de nuire - et aussi dans celui de ne rien comprendre -, une sorte d’équivalent de la mise en danger d’autrui mais à l’usage des collectivités.

Comme tous les grands pouvoirs dérangés, la Commission a perdu tout sens commun et, n’ayant jamais eu le moindre contact avec la population de ceux qu’elle baptise dans un irrésistible élan d’humour involontaire « les citoyens européens », elle est fatalement exposée au pas de trop, à l’excès marginal insupportable, mais commis d’une parfaite bonne foi et en toute bonne conscience. Et puisque l’analyse des dynamiques historiques requiert sa dose de cynisme, on observera qu’une fraction non négligeable des dominants pourrait parfaitement apporter son concours à l’ouverture de cette crise de la politique européenne.

Car le capital lui-même n’a pas vraiment intérêt aux outrances d’une Commission, qui l’a certes beaucoup et bien servi, mais finira par tuer tout le monde à force de pureté idéologique."


Cette Union Européenne est nuisible, quel soulagement si un processus politique s’engageait pour pouvoir s’en passer !
http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2388

Les gars… les copier-coller c’est du terrorisme contre-productif. Ceux qui n’ont pas lu ces textes à leur lieu d’origine ne seront pas plus interessés de les lire ici.

Puis, il faut autant d’intelligence pour être un terroriste kamikaze que pour faire un copier coller… vous n’êtes pas capables de faire mieux… alors vous aussi vous êtes autant dangereux…

Ánimez-vous, mais faites autrement…

La bêtise est nettement supérieure à l’intelligence car toute l’intelligence du monde ne permettra jamais de comprendre la bêtise universelle tandis qu’un peu de bêtise suffit amplement à ne pas comprendre quoi que ce soit d’intelligent.

La bêtise est nettement supérieure à l'intelligence car toute l'intelligence du monde ne permettra jamais de comprendre la bêtise universelle tandis qu'un peu de bêtise suffit amplement à ne pas comprendre quoi que ce soit d'intelligent.
La, tu prends tes désirs pour la réalité... la bétise universelle est comprise complètement avec très peu d'effort. La ou tu as sans doute raison, et que la bétise est nettement supérieure, c'est en démocratie "formelle"... il n'y à pas de façon démocratique intelligente pour battre la bétise dans les urnes.

C’est pour cela que l’intelligence pas démocratique évite les urnes, sauf qu’elle sait que de temps en temps il faut monter un show assez complexe pour que les bêtes votent aveuglement ce qui ne leur convient guêre…

Et ces dernières fois leur show était si « artificiel » que même les bêtes ont voté non et continuent à le faire, au moins en Europe. En Amérique par contre, ils sont si cons que c’est toujours « business as usual ».

En France, dans quel climat va se dérouler la campagne électorale pour les élections européennes de juin 2009 ?

La campagne électorale risque d’être marquée par des affrontements sociaux de grande ampleur.

Selon Nicolas Sarkozy lui-même, il y aura même peut-être un affrontement social général.

Lisez cet article :

L’Elysée voit tout en noir.

« Plus ça va, plus ça va mal ! », s’est lamenté Nicolas Sarkozy, la semaine dernière, au cours d’une réunion consacrée à la conjoncture économique. Avant d’ajouter :

« Nous allons vers une série d’affrontements sociaux, voire vers un affrontement social. Alors là, il faudra trancher : on fera du Chirac (capitulation à la première grande manif), ou du Thatcher (la Dame de fer) ? »

La réponse est restée en suspens, mais l’Elysée, outre le plan de relance, a annoncé le 2 décembre toute une série de mesures pour lutter contre la pauvreté.

Raymond Soubie, conseiller social de l’Elysée, a fini de casser le moral des participants à la réunion, en s’écriant :

« En quarante ans de carrière, j’ai toujours refusé d’annoncer que le printemps ou l’automne sera chaud. Mais aujourd’hui, je pense que tout peut être chaud. »

(Le Canard Enchaîné, 3 décembre 2008, page 2)

Je trouve la phrase de Sarkozy très importante : « Nous allons vers une série d’affrontements sociaux, voire vers un affrontement social. »