07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

@Sandy

Il ne s’agit donc pas de nationaliser toutes les banques dans votre esprit, mais d’avoir quelques banques nationalisées: on avait le Trésor Public avant 2001
http://www.fauxmonnayeurs.org/articles.php?lng=fr&pg=21

Le Trésor, qui gérait quelques 800 000 comptes bancaires privés, essentiellement détenus par des fonctionnaires, a cessé cette activité au 31 Décembre 2001.
Le Trésor gérait, à fin novembre 2000,
574 000 comptes à vue, ( représentant un encours de 16,7 milliards de francs => 2,54 G€)
43 141 comptes à terme. ( 1,8 milliard de francs => 274 M€. )
144 410 codevi et livrets jeunes. ( 1,6 milliards de francs. => 243 M€)
189 000 comptes titres ( 32,9 milliard de francs. => 5 G€)


Pas vraiment

Il s’agit de nationaliser toutes les banques de dépot et de prêt, seules demeureraient privées les banques d’affaires qui n’auront pas le droit de faire du dépot et du pret

Et qui pourront faire joujou avec la bourse autant qu’elles veulent le temps que l’on traite le cas de spéculation ^^

On a pu constater avec la crise que si les banques tombaient, c’était nos encaisses nos paiements que l’on ne pouvait pas faire, c’était l’impossibilité de faire des prêts ou de déposer / retirer son argent, cela démontre que ces activités ont une utilité publique fondamentale, et on ne confie pas à des intérêts privés ce qui a une telle importance pour la collectivité

Même principe pour la monnaie

Il ne s'agit donc pas de nationaliser toutes les banques dans votre esprit, mais d'avoir quelques banques nationalisées
Moi je trouve ça bien.
Il s'agit de nationaliser toutes les banques de dépot et de prêt, seules demeureraient privées les banques d'affaires qui n'auront pas le droit de faire du dépot et du pret. Et qui pourront faire joujou avec la bourse autant qu'elles veulent le temps que l'on traite le cas de spéculation
Ca aussi c'est bien. Et ça correspond au [i]Glass-Steagall Act[/i] qui justement séparait de façon étanche les banques de dépôt et les banques d'investissement.... et qui a été aboli et 1999. On pourrait alors avoir 2 types de banques:
  • les banques de dépôts qui ne servent qu’à garder l’argent privé et permettre des moyens de paiement. Elles se paieraient sur la facturation des services rendus. Il pourrait y en avoir de types privé ou d’état (la banque postale par ex). Il faudrait inventer quelque-chose concernant les découverts, donc des prêts aux particuliers (personnes physiques uniquement).

  • les banques d’investissement, qui ne prêtent qu’aux entreprises: celles-ci, il leur faudrait imposer des réserves pleines (100%) suivant l’école autrichienne, et ne pourraient donc investir qu’avec l’accord du client dépositaire. Elles pourraient se payer sur les bénéfices réalisés par leurs investissements. Elles n’auraient pas la possibilité de servir d’intermédiaires de paiement (et déposeraient la somme investie sur un compte de dépôt).

Une priorité devrait être d’interdire les intérêts sur de l’argent prêté grâce aux réserves fractionnaires: soit on prête avec intérêt son argent propre (réserve pleine 100%) soit on crée temporairement de l’argent lors d’un prêt mais alors à 0%. Alors, la création monétaire ne se fait plus par les banques privés. Il faut donc re-créer un autre système de création monétaire publique (la république de Weimahr et le Zimbabwe nous encouragent à ne pas confier la création monétaire à l’exécutif qui pourrait avoir la tentation d’en abuser pour camoufler une mauvaise gestion et/ou une politique clientèliste).

Frédéric Lordon explique que supprimer l’intérêt serait dangereux du fait que c’est le seul frein à la folie dépensière qui généralement accompagne le crédit ou l’argent en général, vous en pensez quoi ?

Frédéric Lordon explique que supprimer l'intérêt serait dangereux du fait que c'est le seul frein à la folie dépensière qui généralement accompagne le crédit ou l'argent en général, vous en pensez quoi ?
Je pense qu'il a raison mais que l'intérêt payé sur les crédits (lors de création monétaire) doit revenir à la collectivité et non aux banques privées. Par contre, l'épargnant (qui a déjà payé son intérêt lors de la création monétaire) doit pouvoir demander un intérêt (contrat privé)
Frédéric Lordon explique que supprimer l'intérêt serait dangereux du fait que c'est le seul frein à la folie dépensière qui généralement accompagne le crédit ou l'argent en général, vous en pensez quoi ?
Je pense qu'il a raison mais que l'intérêt payé sur les crédits (lors de création monétaire) doit revenir à la collectivité et non aux banques privées.
Oui, c'est pas mal.
Par contre, l'épargnant (qui a déjà payé son intérêt lors de la création monétaire) doit pouvoir demander un intérêt (contrat privé)
Ca par contre je suis résolument contre: c'est la rente. "[i]tout travail mérite salaire[/i]" mais je ne vois pas en quoi déposer de l'argent dans une banque devrait rapporter un revenu. On peut difficilement l'interdire, mais si une banque ne peut pas prêter l'argent déposé elle n'aura aucune raison de donner des intérêts à de l'argent déposé chez elle. Aujourd'hui, la banque paye des intérêts aux déposants car elle sait que 1000 de dépôts lui autorisent 9000 de prêts sur lesquelles elle peut réclamer des intérêts. C'est justement ça qu'il faut casser: l'[i]usure[/i], la [i]rente[/i], l'argent qui "[i]travaille[/i]" en dormant.

@Zolko

Si la collectivité permet les prêts avec intérêt (lors d’une création monétaire), soit ces prêts seront accessible à un emprunteur parce qu’il est fiable, avec un taux X%, soit l’emprunteur n’arrivera pas à se faire financer par la collectivité (il n’est pas assez fiable, son projet n’est pas « compatible »).

S’il se tourne vers l’épargnant qui va lui proposer un taux de X% + x% , il n’y a qu’un transfert de monnaie vers un épargnant (qui peut être une personne qui a travaillé et peu dépensé antérieurement) qui accepte de prendre un risque… mais il n’y a aucune « perte » pour la collectivité. C’est pour cela que j’écrivais « contrat privé ».

Maintenant qu’il y ait des établissements financiers (privés) qui sont payés en honoraires pour conseiller et mettre en relation l’un et l’autre, ça ne me gêne pas.

Je maintiens ma position: il y a des moments où il faut accepter un peu de libéralisme (dans son sens originel).

C'est justement ça qu'il faut casser: l'[i]usure[/i], la [i]rente[/i], l'argent qui "[i]travaille[/i]" en dormant.
Quand il est prêté, l'argent travaille: il permet la création de richesses. S'il ne travaille vraiment pas, il n'aura aucune rémunération
Quand il est prêté, l'argent travaille: il permet la création de richesses.
Si l'argent prêté existe, oui. Si il est crée en route, non. Si je prête mon argent que j'ai dans la poche, je cours un risque. Si j'imprime de l'argent et le file à quelqu'un, je n'en cours aucun. Si j'imprime 100€ sur un billet, je n'ai crée aucun richesse. Si j'ai 100€ dans la poche et que je les investit dans un four à pain, j'ai crée de la richesse.

C’est pour cela qu’une banque d’investissement avec réserves pleines - qui prête donc du vrai argent - doit effectivement pouvoir payer des intérêts/dividendes/profits. Mais alors en assumant les risques, et les déposants courent un risque est acceptent de perdre leur argent. C’est le capitalisme à grand-papa, et je l’accepte.

Mais si on dépose son argent dans une banque de dépôt qui ne peut investir, elle ne peut pas non-plus payer des intérêts en retour. D’où viendrait l’argent des intérêts ainsi payés ? Si une telle banque peut prêter de l’argent et l’intérêt de ce prêt va à la collectivité, comment la banque pourrait payer des intérêts aux déposants ? C’est pas que je veuille l’interdire, mais si on sépare banques d’investissement et banques de dépôt, cela deviendra non-rentable.

si on sépare banques d'investissement et banques de dépôt, .
Je n'ai absolument aucune opposition à ce point, mais je me mets dans la situation où toute la monnaie est nationalisée. Les banques de dépôt ne peuvent absolument pas prêter les dépôts, ni évidemment créer de la monnaie : elles sont en fait des [b]comptables[/b] des comptes de chacun, et des échanges monétaires commerciaux ou autres... elles sont rétribuées en honoraires pour ces services au public.

[bgcolor=#FFFF99]Les intérêts comme frein indispensable à la fringale de pouvoir d’achat des hommes ? Non.[/bgcolor]

Frédéric Lordon explique que supprimer l'intérêt serait dangereux du fait que c'est le seul frein à la folie dépensière qui généralement accompagne le crédit ou l'argent en général, vous en pensez quoi ?
J'en ai longuement parlé avec Frédéric, plusieurs fois, et je pense que, sur ce point, il se trompe :
[b]il y a d'autres freins (que les intérêts) à la déraison des emprunteurs potentiels, beaucoup plus puisants à mon avis, à commencer par [bgcolor=#FFFF99]la capacité à rembourser :

Quand on n’a pas la capacité de rembourser (quel que soit le taux),

  1. on ne se lance pas dans un emprunt,

et (surtout) 2) le prêteur ne consent pas le prêt à un insolvable.[/b][/bgcolor]


D’ailleurs, l’expérience confirme mon intuition : pendant les périodes où — de fait — les taux réels ont été nuls ou négatifs (taux courants inférieurs ou égaux à l’inflation), les crédits n’ont pas explosé de façon déraisonnable, que je sache.

Comme Maurice (et bien d’autres), je pense que la société serait plus juste et plus efficace avec des taux d’intérêts NULS (taux courants égaux à l’inflation).

Étienne.

Bonsoir,

Un article assez épatant. On a envie d’y croire…

Cette façon de créer la monnaie au moment où on en a besoin, ça me fait penser à la monnaie d’AJH dans son projet d’écosociétalisme. Mais AJ, lui, imagine un système centralisé quand même.

En tout cas, ils n’ont peur de rien, ceux-là, ça fait un courant d’air…

[size=12][bgcolor=#FFFF99][b]Open Money : bientôt chacun créera sa propre monnaie[/b][/bgcolor][/size]

Entretien avec Jean-François Noubel.

[b]De la même façon que le micro-ordinateur a donné leur autonomie informatique à toutes les unités humaines (maisons, entreprises, écoles, institutions...) et que les technologies vertes promettent de leur donner une autonomie énergétique (solaire, éolien, géothermie, etc.), voilà qu’arrivent les monnaies libres (« open money »), censées donner à chacun son autonomie monétaire. En termes techniques, après la généralisation de l’html (protocole informatique qui permet à n’importe quel ordinateur de se brancher sur internet) et de l’http (langage universel du web) qui ont transformé chaque citoyen planétaire en émetteur/récepteur d’informations (au moins potentiel), préparez-vous au prochain protocole du world wide web : appellons-le provisoirement htxx. Grâce à lui, chacun pourra bientôt devenir émetteur/récepteur de monnaies - ce qui va métamorphoser l’économie et la société, mais aussi nos vies et nos esprits. Nous avons interrogé l’un des membres du petit groupe qui prépare cette révolution.[/b]
Propos recueillis par Mélik N’Guédar

.
Nouvelles Clés : Avant les années 70, personne n’avait vu venir le micro-ordinateur et les bouleversements qu’il allait apporter. Dans les années 80, qui nous parlait d’Internet ? Aujourd’hui, vous dites que nous sommes à la veille d’un choc aussi grand, concernant non plus l’information, mais la monnaie ?

Jean-François Noubel : Finement comprendre la monnaie est une expérience incroyable, quelque chose de l’ordre du film Matrix. On se libère des conditionnements du système, pour le contempler du dehors, dans ses structures fines. La plupart des échanges sont aujourd’hui monétarisés. La monnaie imbibe tout, nos psychés, nos comportements, bien au-delà de ce que nous imaginons. L’ensemble du monde actuel est modelé par la monnaie. Réaliser cela est très secouant. C’est du même ordre que découvrir la rotondité de la terre. On passe par le déni, la colère, le marchandage, etc. Avant de pouvoir vous parler de l’arrivée des « monnaies libres » (open money), il est indispensable de comprendre deux ou trois choses sur notre système actuel.

Vous avez déjà joué au Monopoly, n’est-ce pas, avec des joueurs et une banque ? Si la banque ne donne pas d’argent, le jeu s’arrête, même si vous possédez des maisons. On peut entrer en pauvreté, non par manque de richesse, mais par manque d’outil de transaction, de monnaie. Dans le monde d’aujourd’hui, 90% des personnes, des entreprises et même des États sont en manque de moyens d’échange, non qu’ils soient pauvres dans l’absolu (ils ont du temps, des compétences, souvent des matières premières), mais par absence de monnaie. Pourquoi ? Parce que, comme dans le Monopoly, leur seule monnaie dépend d’une source extérieure, qui va en injecter ou pas. Il n’y a pas autonomie monétaire des écosystèmes.

Au Monopoly tout le monde commence à égalité. Puis, peu à peu, des déséquilibres s’introduisent. Si la banque décidait de faire payer la monnaie, avec taux d’intérêt, les déséquilibres s’accroîtraient encore plus vite, parce que, mathématiquement, l’intérêt évolue de façon exponentielle. Aujourd’hui, 95 % de la monnaie mondiale est payante. En moyenne, quand vous achetez un objet, le cumul des intérêts constitue 50% de son prix. Cette architecture fait que la moindre inégalité s’amplifie très vite : plus vous êtes riche, plus vous avez tendance à vous enrichir, plus vous êtes pauvre, plus vous avez tendance à vous appauvrir. Il y a un phénomène d’auto-attraction de la monnaie, quasiment comme la matière dans le cosmos. On parle de « loi de condensation », avec des boucles en feedback positif ou négatif.

Le premier a en avoir parlé, au XIX° siècle, est l’économiste Vilfredo Pareto, qui avait beaucoup voyagé et constaté que, quel que soit le système, 20% de la population humaine possédait en moyenne 80% des richesses. Le « principe Pareto » a montré que notre système monétaire n’était pas viable à long terme - tout le monde est d’accord là-dessus, même les dirigeants de l’US Federal Bank. C’est par nature un système à cycle court, où l’on doit régulièrement remettre les compteurs à zéro, par une crise grave, un crack général, une guerre. Ce système encourage fondamentalement le court terme, la compétition, la propriétarisation d’un maximum de choses, ressources, mais aussi savoir, espèces vivantes, etc. Dans la métaphore du Monopoly, le décalage entre riches et pauvres s’accroît jusqu’à l’absurde, puisque finalement, le riche élimine les pauvres et, se retrouvant seul, ne peut plus jouer. Même s’il dit qu’il a « gagné », c’est un jeu à mort collective. Si vous faisiez jouer à ce jeu les dix sages les plus sages du monde, ils ne pourraient rien y changer, car tout dépend de la règle, c’est-à-dire de l’architecture intrinsèque du système, notamment en ceci : les joueurs dépendent d’une source extérieure qui leur fournit l’outil de leurs propres transactions et, ce faisant, leur dicte sa loi.

.

LES LETS ET LA REDÉCOUVERTE DE LA MONNAIE LIBRE

N.C. : N’en a-t-il pas toujours été ainsi ?

J.F.N. : Au cours de l’histoire, l’humanité s’est inventé une foule de moyens monétaires et nous nous trompons quand nous pensons que notre système est le fruit d’une longue évolution universelle : il est jeune, droit sorti de l’Angleterre victorienne, qui l’a taillé pour servir l’idéologie industrielle. Depuis, c’est devenu un processus planétaire, qui a énormément évolué, notamment depuis vingt ans, en devenant digital. Les conséquences de la digitalisation sont considérables : nous vivons de plus en plus sur des cartes de crédit, donc avec de l’argent payant, et les puissants peuvent désormais transférer des sommes colossales d’un bout à l’autre de la planète d’un simple clic d’ordinateur.

La première monnaie libre remonte, elle, à environ un siècle. L’un de ses inventeurs, était un Autrichien qui, après un tour du monde, s’était retrouvé chez lui, une région économiquement sinistrée. Son idée fut de relancer l’activité en inventant une monnaie locale « fondante ». C’est une monnaie qui, non seulement ne rapporte pas d’intérêt, mais qui perd de la valeur si l’on ne s’en sert pas. Au bout d’un mois, par exemple, si vous ne l’avez pas utilisée, vous pouvez la jeter, car on imprime d’autres billets. Cette architecture décourage la thésaurisation monétaire et encourage la dépense, l’investissement et la thésaurisation de biens. Du coup les tendances inégalitaires décrites par Pareto se trouvent bloquées. Changeant la règle du jeu monétaire, vous changez les comportements et toute l’économie repart. Cet Autrichien a si bien réussi qu’on l’a… jeté en prison ! Il arrivait trop tôt. À cette époque, attaquer la centralisation étatique était un tabou.

Avec la crise de 29, on va voir les habitants de certaines zones totalement ruinées et démonétarisées se remettre au troc et, s’apercevant que celui-ci ne peut pas mener loin, redécouvrir le principe de base de la monnaie, qui correspond à un processus naturel. Toutes sortes de monnaies locales sont ainsi apparues dans les années 30, en Europe et en Amérique. Là aussi, la question deviendra politique et la réponse sera le New Deal, puis, de façon radicale, la seconde guerre mondiale.

N.C. : Pour notre génération, tout commence avec les fameux Lets canadiens…

J.F.N. : Lets que l’on a traduit par « Local exchange tip system », alors que le sens originel était simplement « let’s do it » ! C’est parti vers 1982, d’un certain Michael Lynton, membre de notre groupe actuel, qui vivait à l’époque près de Vancouver, dans une vallée en crise, après que l’armée ait quitté la zone. Lynton eut l’idée géniale de créer un système de crédit mutuel sans banque du tout. Pas de source extérieure, on se fait confiance : chaque fois que j’achète quelque chose, c’est noté en moins ; chaque fois que je vends quelque chose, c’est noté en plus. Nul besoin d’avoir accumulé de l’argent au préalable, c’est l’échange qui crée spontanément la monnaie.

Ces Canadiens qualifièrent leur nouvelle monnaie de « CC » (pour « Community Currencies »). Leur système fit tâche d’huile dans le monde entier. En France, on vit ainsi apparaître différents SEL (« système d’échange local »). On estime qu’il existe aujourd’hui dans le monde environ cinq mille monnaies locales de ce genre. Elles sont généralement restées en marge de la société, dans des réseaux de chômeurs, des quartiers défavorisés, chez des révolutionnaires de l’écologie, etc. Une version des Lets est indexée sur le temps. Le « time banking », qui fonctionne sur du « time dollar », est devenu une institution aux États-Unis. Dans les zones en crise, que la monnaie a désertées, les gens au chômage sont riches en temps ! Comme ils disposent aussi de savoirs faire, il suffit de mettre en place un système d’information et de comptabilité des échanges, pour que l’activité reparte.

N.C. : Pourquoi ces systèmes sont-ils restés marginaux ?

J.F.N. : D’abord parce que l’économie principale, hyper puissante, reste pour le moment opérationnelle. D’autre part, ces nouvelles monnaies supposent une participation très active, militante. Si vous avez du travail et que votre train de vie vous va, votre motivation restera molle. Il en est allé autrement dans certains cas, notamment en Argentine, où la monnaie s’est brusquement effondrée. Imaginez que tous vos euros ne vaillent plus rien du jour au lendemain, votre motivation va changer. D’abord, vous allez descendre dans la rue, pour chercher quoi échanger, afin de couvrir vos besoins fondamentaux. En moins d’une semaine, vous vous apercevrez que le troc pur ne marche pas, ou très mal, qu’il faut un système d’information derrière. Donc, pour pouvoir manger, vous allez devoir acquérir une culture de la monnaie. Celle-ci commence par un inventaire de vos richesses. Qu’avez-vous à offrir ? Enseigner l’anglais ? Les œufs de votre poulailler ? Transporter des personnes ou des marchandises dans votre voiture ? Tout le monde se livre à cette recherche. On découvre alors que des gens qui n’avaient aucune valeur dans le système étatique et bancaire, en trouvent soudain une. Par exemple des femmes illettrées, absentes des radars économiques « normaux », découvrent qu’elles ont de la valeur, parce qu’elles peuvent : cuisiner, jardiner, coudre, laver, garder des enfants, etc.

N.C. : En pleine crise, on imagine en effet que sont revalorisées les savoirs faire pragmatiques, liés à la survie. Par contre, si je suis épistémologue ou neurochirurgien, je risque d’avoir du mal à monnayer ça.

J.F.N. : Pas forcément. Certes, au moment d’un crack économique, les étages s’effondrent et on en revient à une base quasiment biologique. Mais le monde se reconstruit vite. On retrouve ce que les psychosociologues appellent la « pyramide de Maslow » : les premières semaines, vous avez besoin de boire, de manger, de vous chauffer, etc. ; au bout d’un mois, vous aurez peut-être envie de vous faire couper les cheveux ; puis de reprendre vos cours de yoga, ou de piano. La sophistication revient plus vite qu’on ne croit. Ce fut le cas des « réseaux de troc » argentins, qui ont rapidement adopté un modèle de « monnaie fondante ». Des spécialistes les ont rejoints, par exemple l’économiste Eloisa Primavera, qui fait partie de notre petit cercle…

Cette histoire argentine a bien marché, touchant des millions de personnes. Et puis tout s’est effondré, en quelques semaines. Pourquoi ? D’abord parce que la monnaie officielle est revenue en force et que les vieilles habitudes ont repris. Ensuite, sur un point essentiel, ce système restait classique : il y avait toujours une banque, qui créait la monnaie, fondante ou pas, une source extérieure aux transactions. Dans le meilleur des cas, cette source est honnête et indexe bien la masse monétaire aux besoins, mais au bout du compte, il y eut assez d’erreurs et de malversations, pour que la majorité se rabatte sur le système étatique réparé. On pourrait citer de nombreux autres exemples, l’Australie, l’Afrique du Sud et des tas d’endroits dans le monde, avec parfois le soutien des États. Ici même, il y a le projet européen Sol, dans lequel Patrick Viveret est très investi. Mais sur un point essentiel, ça reste classique : la source monétaire est extérieure à l’« écosystème », alors que la monnaie du futur, dont je voudrais vous parler maintenant, émane des agents eux-mêmes.

N.C. : Venons-en donc enfin à cette nouvelle vision !

.

DES MILLIONS DE MONNAIES SUR LE WEB !

J.F.N. : C’est un processus monétaire révolutionnaire, comparable à ce qui s’est passé pour les médias. Revenez vingt ans en arrière, nous avions quelques dizaines de mass-médias, journaux, télés, radios, pour des dizaines de millions de citoyens. Ces médias étaient tous propriété d’États ou de grands groupes. En face, l’individu était isolé, démuni. Aujourd’hui, grâce à Internet, nous sommes des millions à avoir des blogs et des sites, qui diffusent toutes sortes d’informations, provenant de millions d’émetteurs. La source n’est plus extérieure à nous. Ce phénomène est en train de bouleverser les flux d’information, la gouvernance et donc la réalité du monde.

La monnaie constitue la prochaine étape. Il n’y a plus aucune raison, ni économique, ni idéologique, ni technique, pour que la monnaie continue à émaner d’une source extérieure, prise dans une architecture centralisée et inégalitaire. Désormais, l’infrastructure technique, les connaissances, l’idéologie, tout est prêt pour que chacun puisse créer sa ou ses monnaies. Dans les années qui viennent, vous allez voir apparaître des millions de monnaies, comme vous avez aujourd’hui des millions de médias. Si je vous avais parlé de millions de médias il y a vingt ans, vous m’auriez ri au nez. En réalité, personne n’est relié à des millions de médias, chacun se relie plutôt aux vingt, dix, cinq ou trois médias dont il a besoin et qui lui correspondent. Pour la monnaie, nous allons assister à un phénomène similaire. Vous n’allez pas adhérer à des millions de monnaies, mais à quelques-unes, qui vous correspondront. Par exemple à la monnaie de votre quartier, avec laquelle vous allez pouvoir payer votre coiffeur, votre boulanger, votre épicier, etc. À l’autre extrême, admettons que vous soyez philatéliste spécialisé dans le papillon, vous allez adhérer à la communauté mondiale des collectionneurs de ces timbres-là, qui aura sa propre monnaie, le Butterfly, permettant de s’échanger des timbres sans passer par le dollar, l’euro ou le yen. Chacun va déterminer ses appartenances monétaires en fonction de ses besoins. Si vous vous apercevez que l’essentiel de vos achats provient de votre région, vous allez adhérer à une communauté monétaire régionale. Si vous voyagez beaucoup dans telle partie du monde, vous allez vous retrouver dans un réseau de gens comme vous, qui vont développer leur propre monnaie. Même votre immeuble peut avoir sa monnaie, pour acheter et vendre, par exemple du covoiturage, des cours particuliers, du baby-sitting, etc.

Toutes ces monnaies se créeront aussi facilement que se crée aujourd’hui un groupe de discussion sur le web. Au début tous les comptes sont à zéro et puis on commence les échanges et les comptes se mettent à bouger, en plus ou en moins…

N.C. : Admettons que je m’installe au fond de la campagne, et que je veuille adhérer à une monnaie locale pour payer ma nourriture. Mon compte va très vite se trouver dans le rouge, car je n’aurai rien à offrir en échange dans cette région, n’étant hélas ni artisan, ni jardinier, ni cuisinier, ni infirmier, ni même enseignant - seule une grande ville sophistiquée peut éventuellement avoir besoin des services d’un journaliste, non ?

J.F.N. : Je poursuis ma description, vous allez voir comment tout cela se met en place. En allant du plus petit vers le plus grand, vous avez d’abord une monnaie de quartier utilisée par quelques dizaines de personnes ; puis une monnaie locale ou régionale comptant quelques centaines de milliers d’utilisateurs ; puis des monnaies nationales ou transnationales, qui auront des dizaines de millions, voire des centaines de millions de membres. Vous pouvez par exemple très bien imaginer une monnaie internationale « Créatifs Culturels », dont les tenants garantiront : « Tout ce qui circule chez nous est garanti durable, éthique, pacifique, clean, bio, etc. » À l’intérieur d’un cercle d’une telle ampleur, s’établiront une éthique, une gouvernance, une fiscalité interne… et là, on aura besoin de journalistes, vous trouverez votre place.

N.C. : Quelqu’un comme moi ne peut donc fonctionner qu’avec la monnaie d’un gros réseau mondial ?

J.F.N. : Même si c’était le cas, cela ne poserait pas de problème. Comme aujourd’hui, vous aurez des gens dont 80% des échanges continueront à se faire sur le plan local et qui n’utiliseront que des monnaies de la région. Mais même eux ont besoin de s’acheter, mettons, de l’essence, pour laquelle ils auront besoin d’une monnaie globale - cela représentera peut-être 10% ou 20% de leurs transactions. À l’inverse, d’autres fonctionneront majoritairement avec des monnaies internationales. Tout cela donnera toutes sortes d’échanges.

N.C. : Concrètement, si j’arrive chez le boulanger, j’arrive avec quoi en poche : des pièces, des billets, un chéquier ?

J.F.N. : Une carte magnétique, vraisemblablement. De ce point de vue, la carte de crédit bancaire a bien préparé le travail. Aujourd’hui, il peut arriver que vous entriez dans un magasin qui ne prend pas votre type de carte de crédit. Vous choisissez alors un autre mode de paiement, ce n’est pas plus compliqué que ça.

N.C. : Mais ce système ne représente-t-il pas une sorte de régression hyper compliquée, comme au temps où chaque seigneurie frappait sa propre monnaie et où les gens passaient leur temps à changer une monnaie contre une autre ?

J.F.N. : Internet aurait semblé horriblement compliqué si j’avais dû vous l’expliquer en théorie avant que ça n’existe. Nous allons vers un monde qui comportera des millions de monnaies et donc des millions de parités, et pourtant ça ne sera pas compliqué. L’immense différence avec l’époque que vous évoquez tient au fait que toutes ces « open moneys » (monnaies libres) seront créées par les gens eux-mêmes et non par les seigneurs locaux. Cela change tout.

N.C. : Mais nous, Européens, qui sommes si contents d’avoir aujourd’hui le même euro, de Gibraltar à Varsovie, n’allons-nous pas juste à rebours de ce que vous dites ?

J.F.N. : Ça n’est pas contradictoire. En gros, il s’agit de laisser chaque écosystème exprimer spontanément ses besoins. Le projet « Open Money » consiste à dire : « Voilà l’outil pour créer toutes les monnaies que vous voulez, avec les architectures, la gouvernance et les limites que vous voulez, indexée sur ce que vous voulez : des dollars, des heures, des kilowatts, rien… » C’est donc un métasystème que nous sommes en train de mettre en place. De la même façon qu’ont été établis le protocole http, avec interface utilisateur, qui permet à des machines très différentes de communiquer les unes avec les autres sur le réseau mondial, et aussi le système html, qui permet à toute personne de faire du contenu et de le communiquer sur ce réseau (cf encadré ci-contre), nous sommes en train de créer un nouveau protocole, appelons-le provisoirement htxx, qui permettra à tout collectif de se créer sa ou ses monnaies.

N.C. : Des experts monétaires partagent-ils votre point de vue ?

J.F.N. : Oui, par exemple Bernard Lietaer, cofondateur de l’euro, ancien de la banque centrale européenne, qui s’explique dans son best-seller « The future of money » et aussi sur [a href=« Transaction Net: The Future of Money by Bernard Lietaer »]The Future of Money…[/a] Il vient de produire pour le Club de Rome un document faisant le lien entre ce qu’il appelle les « monnaies complémentaires » et la durabilité. C’est un réformiste, très politique. Selon lui, la monnaie principale est yang, masculine, compétitive, dynamique, et les « monnaies complémentaires » sont yin, féminines, servant quand on n’a pas besoin d’être en compétition, mais en collaboration, avec partage de savoir, développement durable, etc. Il pense qu’un bon dosage entre monnaies yin et yang nous permettra de naviguer à long terme. Je ne partage pas tout à fait son point de vue, même si c’est un ami que j’estime beaucoup.

N.C. : Le prospectiviste Mark Luyckx nous disait récemment que plusieurs milliers d’entreprises belges fonctionnaient déjà en partie avec leur propre monnaie… Mais pouvez-vous nous en dire plus sur ce nouveau protocole ?

J.F.N. : Il permettra à chacun de se créer des comptes, à partir desquels il pourra émettre et recevoir autant de monnaies qu’il voudra. Aujourd’hui, vous avez par exemple un compte email, que vous pouvez communiquer, pour participer à des groupes de discussion ou à des réseaux de toutes sortes. À partir de ce compte, vous émettez et recevez des emails. Eh bien, de la même façon, vous aurez un compte CC (community currency) qui vous permettra de vous connecter à n’importe quelle monnaie en quelques clics et de pouvoir émettre et recevoir de ces monnaies-là.

.

UNE GOUVERNANCE ÉTHIQUE INTÉGRÉE DANS UN LOGICIEL

N.C. : Il y a une différence de taille entre l’information et la monnaie : par définition, la première est illimitée - si j’utilise une information, je n’en prive personne -, alors que la monnaie symbolise une richesse qui, quelle qu’elle soit, ne peut malheureusement pas se démultiplier ! Qu’est-ce qui va ancrer ces monnaies libres dans le réel matériel de la rareté ?

J.F.N. : Imaginez une partie de Monopoly où, à la place de la banque, chacun des joueurs achète et vend librement, avec des comptes, initialement égaux, qui montent et qui descendent en fonction des échanges. Les joueurs de ce collectif décident du type de produits ou de services échangés. Ils fixent aussi les limites du marché : jusqu’où peut-on descendre dans le débit et grimper dans le crédit ? Exemple simple pour faire comprendre, un groupe de personnes pratiquant le covoiturage peut décider de prendre comme règle de gouvernance que personne ne pourra descendre plus bas que -200 km, ni monter plus haut que +200 km. Si vous avez déjà donné 200 km, vous devez absolument vous faire covoiturer par les autres, tout ce que vous donnerez en plus ne sera pas comptabilisé. Inversement, si vous avez déjà pris 200 km, vous avez épuisé votre crédit et il vous faut covoiturer les autres si vous voulez continuer à fonctionner dans ce collectif. Autrement dit, un collectif peut décider que personne ne s’endettera ni ne s’enrichira au-delà d’un certain pourcentage de la masse monétaire globale de ce collectif.

Cas de figure plus élaboré, qui va forcément se retrouver dans les grandes monnaies libres : un système de « réputation », comme sur e-bay. Imaginons par exemple que vous ayez cinq ans d’ancienneté dans tel système monétaire, avec 4000 transactions, dont 99 % tout à fait réussies, votre réputation sera très positive et votre ligne de crédit très large - vous pourrez même prétendre à un emprunt pour acheter votre maison. Si par contre vous avez été souvent dans le rouge, que plusieurs fois vous n’avez pas rempli vos engagements, votre marge de crédit sera plus étroite. Si vous vous comportez vraiment mal, vous allez même être repéré par tout le net et aucun groupe monétaire ne vous acceptera plus. Bien sûr, quand vous démarrez dans un nouveau réseau, vous avez une petite marge, qui s’élargira en fonction de votre plus ou moins bonne réputation. Tout cela est en fait de la gouvernance engrammée dans la technologie.

N.C. : C’est automatique…

J.F.N. : Mieux que ça. Réfléchissez à l’essence même de cette technologie : en soi, c’est de la conscience embarquée, ou engrammée. Pensez aux premières heures de e-bay. Combien de gens ont dit, à l’époque : « Ça ne marchera jamais ! On a déjà du mal à acheter la tondeuse du voisin, ou à la lui vendre par peur des chèques en bois, comment irais-je faire des enchères avec un type à l’autre bout du monde que je n’ai jamais vu ?! » La réponse, c’est que vous n’avez pas à faire confiance à cet inconnu, mais à la technologie, non pas parce qu’elle serait « automatique », mais parce qu’on y a engrammé une structure de gouvernance. L’accord tacite est intégré au mode opératoire. Les transactions en ligne sur la toile n’ont pas besoin d’une confiance explicite, le protocole mis en place règle ces problèmes-là.

L’une des grandes erreurs de la plupart des économistes aujourd’hui, est de dire qu’il faut d’abord la confiance pour qu’une nouvelle monnaie soit possible. C’était vrai dans l’ancien paradigme, mais faux dans le nouveau. C’est ce qu’on voit aussi dans Wikipédia, dont on se moquait : « Ça ne peut pas marcher ! » Mais on a créé la gouvernance dans la technologie du Wiki. Eh bien, nous sommes en train de préparer la même chose pour la monnaie !

N.C. : Une rumeur récente prétend que beaucoup d’articles de Wikipédia sont manipulées par les multinationales, les maffias, les services secrets, etc.

J.F.N. : Soyons pratique : tout système se jauge à sa résilience, c’est-à-dire à sa capacité d’embrasser les forces en présence. Wikipédia peut-il continuer, malgré la pathologie humaine ? Jusqu’à preuve du contraire, la réponse est oui. Bien sûr que les lobbies, les grandes entreprises, les États, sans compter certains groupes extrémistes, tentent d’influencer certaines informations stratégiques. Malgré cela, Wikipédia est déjà la plus grande encyclopédie du monde.

N.C. : Jusqu’à présent, la plupart des expériences de « monnaie locale » réussies - dans les années 30 à Wörgel (Autriche), les années 50 à Lignières-en-Berry, les années 90 à Buenos Aires - ont été finalement stoppées par l’État, jaloux de son supposé monopole monétaire. Vous pensez que les « monnaies libres » pourront tranquillement se développer sur le web, sans que les États ne les sabotent ?

J.F.N. : Ça embête surtout les puissances financières qui contrôlent les États. Cela dit, toute grande innovation s’installe en deux temps : un premier temps d’activisme social, souvent idéologique, qui crée un contexte, où se coulent, dans un second temps, des inventions beaucoup plus pragmatiques. Celles-ci sont forcément confrontées à l’ancien ordre établi, menacé dans sa survie. C’est valable à toutes les époques. Au Moyen-âge, vous avez des gens qui disent : « Il faut traduire la Bible pour que tout le monde puisse la lire. » Cette idée révolutionnaire révulse l’Église, qui voit le monde s’effondrer et s’abrite derrière le fait que c’est techniquement impossible. Mais voilà que Güttenberg résout la question en inventant l’imprimerie, qui va métamorphoser la culture et fonder une nouvelle civilisation ! La même chose est en train de se passer aujourd’hui avec la monnaie. La première phase est accomplie, le contexte est là, creusé par toutes sortes d’expériences, dans une situation de crise économique larvée. L’étape suivante ? D’un côté, les activistes sociaux des forums alter-mondialistes réclament que l’on passe par la voie politique, en légiférant, interdisant, fiscalisant, bref en utilisant le système présent. De l’autre côté, vous avez les inventeurs, parmi lesquels je situe notre petit groupe. Nous ne sommes pas dans une logique de combat, même si nous voyons bien les défauts du système. Nous sommes juste en train d’inventer le système suivant !

N.C. : Qui appartient à votre groupe ?

J.F.N. : Une dizaine de personnes, dont Eric Harrys Brown, Ernie Jacob ou le fameux Michael Lynton, l’inventeur des Lets qui, en vingt-cinq ans, a vraiment connu la traversée du désert du visionnaire. Aujourd’hui, nous avons quasiment achevé, l’architecture du protocole - c’est le plus complexe -, la gouvernance, les modèles économiques sous-jacents, la stratégie de lancement, puis de déploiement… Mon propre rôle a été de diffuser la nouvelle. De plus en plus de gens dans le monde veulent en être ! Prochaine étape, début février 2008, nous nous réunissons une semaine au Mexique, pour mettre quelques dizaines de personnes au diapason, puis nous répartir en groupes de travail sur les modèles économiques, ou les vecteurs de diffusion, ou encore la levée de fonds… car ce qui nous sépare désormais du lancement, ce sont les quelques millions de vieux dollars ou d’euros nécessaires aux deux années de travail à plein temps qui le précèderont - il s’agira forcément de fonds éthiques, reposant sur une stratégie à long terme, et je n’hésite pas à dire : sur une vision spirituelle.

N.C. : De quelle façon ?

J.F.N. : La réponse est multiple. Toutes les grandes inventions humaines, depuis la maîtrise du feu ou de la roue, ont contribué à l’évolution spirituelle de l’humanité. Quand un rêve réussit à s’incarner dans la matière, la conscience se déploie. Il y a plus de conscience dans un monde qui contient des livres que dans un monde qui n’en contient pas. Mais ça va plus profond. Des êtres qui auraient toujours vécu en prison, se verraient eux-mêmes comme naturellement limités. Transposés dans une nature fleurie, quelque chose se déploie en eux. La vie moderne actuelle rogne une grande partie de notre éventail de possibilités. Tout ce qui n’est pas monnayable a du mal à prouver sa valeur. Connaissez-vous le « Wealth Aknowlegment System » (WAS) ou « système de reconnaissance de la richesse » ? C’est une façon d’interroger la personne sur sa richesse intrinsèque, son identité profonde, son âme. Le système monétaire actuel permet des échanges globaux, entre humains qui ne se connaissent pas, mais seulement pour une toute petite partie de leurs vraies richesses. Que deviennent les autres richesses ? Une partie d’entre elles n’a pas besoin d’être comptabilisée, ne concernant que la sphère intime. La plupart des autres sont niées, ou dégradées. Alors que dans des systèmes d’échanges différents, comme ceux que permettront les monnaies libres, tout un pan de la richesse, donc de la conscience humaine pourra se révéler. Mais pour vraiment vous parler du WAS, il faudra que vous reveniez nous voir. C’est l’autre moitié de notre programme.

Source : Nouvelles clés http://www.nouvellescles.com/article.php3?id_article=1366.


Je trouve que ça remue :wink:

Amitiés.

Étienne.


« L’utopie, c’est proprement ce qui n’est nulle part ; c’est un édifice d’idées dans une tête ; et cela n’est pas peu de chose. Je respecte l’utopie. » ALAIN, Propos (21 juin 1906).


Salut Étienne.

C’est un article déjà ancien…

RIEN À VOIR avec la monnaie écosociétale (qui n’est pas créée quand on en a besoin, mais quand on travaille et produit des richesses ou des services) ; mais surtout, il n’y a pas 36 sortes de monnaies…

Je connais bien J-F Noubel (il habite dans le coin) et je ne suis pas du tout d’accord avec ses idées d’open money, mais alors pas du tout, pour 3 raisons :

  • aucune garantie pour le détenteur de cette monnaie (il y aura des « pigeons ») car pas de garantie de valeur,

  • moyen d’échapper à la solidarité nationale,

  • merdier sans nom pour s’y retrouver dans les différentes monnaies (taux de change indémerdable ou monnaies réservées à un groupe de personnes ayant des modes de vie communs).

Bref, c’est revenir au moyen âge où chaque hobereau avait sa propre monnaie…

Bon, tu me dois « 200 AJH » pour cette intervention sur ton forum :))

Amitiés

AJ

je suis d’accord avec AJH,
il est évident que la mise en place de monnaies libres créerait des instabilités absolument hallucinantes au niveau des changes ce qui implique des effondrements de monnaie sans arrêt avec tous les dégats pour les gens qui utilisent cette monnaie que l’on peut imaginer
on rentre ici dans l’idéologie ultra libérale la plus radicale où les effondrements de système et les dégats sociaux qu’ils peuvent causer n’embarassent pas les adeptes de ces idées, pour eux c’est une nécessaire étape dans l’auto régulation à laquelle ils croient

[bgcolor=#FFFF99][b]« Conférence internet de LaRouche du 28 avril »[/b][/bgcolor] http://www.solidariteetprogres.org/article5395.html

Une longue intervention, très pessimiste, mais très intéressante.
La condamnation du plan anti CO2 y est radicale. Débat interdit ?


À propos de débat interdit (apparemment rien à voir avec la monnaie => ne rebondissez pas trop ici, svp, sauf si, comme Larouche, vous voyez une corrélation) :

[bgcolor=#FFFF99][b]« Le réchauffement climatique (incontestable) n'aurait pas de cause humaine »[/b][/bgcolor] http://video.google.com/googleplayer.swf?docId=-4123082535546754758&hl=fr

Ce film développe un des points de vue que défend Larouche ci-dessus.
On y trouve une avalanche de témoignages scientifiques tout à fait troublants :

Encore un débat interdit, comme celui sur le 11 septembre,
alors qu’une bonne démocratie devrait mettre en scène toutes les opinions dissidentes.

Le site Pensée unique prend le contre-pied de l’orthodoxie du moment :

Ils se trompent sûrement, comme tout le monde, mais il est bon qu’ils aient la parole.


Étienne.

Bonjour

Pour ceux qui auraient l’envie et les compétences pour creuser ce sujet (ce qui n’est pas mon cas :wink: )

http://fr.wikipedia.org/wiki/Controverses_sur_le_réchauffement_climatique

Critiques à propos de ce film vidéo que nous cite Etienne: http://www.climateofdenial.net/?q=node/3
et analyse sur WP http://fr.wikipedia.org/wiki/The_Great_Global_Warming_Swindle

Je ne dis pas pour autant que Al Gore n’a pas dis aussi quelques bêtises et qu’il n’a pas d’intérêts financiers sur les « taxes carbone » … :wink:

Mais ne faut-il pas également remettre en question la réalité même du réchauffement climatique ? http://www.zetetique.ldh.org/rechauffement_climatique.html

André-Jacques,
ça n’entre pas vraiment dans la rubrique, n’empêche, j’aimerais bien avoir un peu plus de renseignement, peut-être sauras-tu m’apporter une explication, je suis allée voir Let’s make money, il est dit à un moment que la guerre d’Irak tenait au fait que Saddam Hussein menaçait de faire payer dans une autre monnaie que le dollar le fameux or noir, cela me semble tout à fait probable, en quoi et comment cela aurait-il pu avoir une influence dévastatrice sur l’économie américaine, excuse-moi déjà pour mon inculture en la matière, ça doit être évident pour toi, mais ça ne l’est pas pour moi, merci déjà quoiqu’il en soit !

Le dollar américain

Catherine,

En attendant la réponse d’AJH, voici mon avis.

Si toutes les transactions internationales se font en dollars, tout le monde a besoin de dollars pour payer, d’accord ? On se débarrasse donc de sa monnaie pour acheter des dollars, et comme les États-Unis ont le monopole de l’émission du dollar ils prélèvent à volonté leur dîme au passage et s’en servent pour leurs besoins propres et ceux de leurs citoyens, cela sans contrepartie. De plus, ils peuvent faire fonctionner la planche à billets à volonté.

La dîme permet de financer les guerres, d’acheter à bas prix des maisons en bois et de grosses voitures dévoreuses d’essence.

D’autre part, la force militaire hégémonique (payée sur cette rente de situation) rassure les détenteurs d’espèces, qui sentent que dans un pays si bien militarisé leur fortune sera adéquatement protégée. D’où afflux outre-Atlantique de capitaux en quête de sécurité - même provenant de pays pauvres - et, pour l’Américain moyen, possibilité (puisque l’argent abonde) de recevoir des prêts quasi à volonté sans offrir aucune garantie de remboursement de s’empiffrer dans les restauvites à coup de portions deux fois plus copieuses que celles de l’Européen moyen. Vous aurez reconnu la situation actuelle ou récente : la bourse a chuté de 50 % environ, ce qui est sans doute représentatif du rabiot.

Deux questions :

  1. Pensez-vous que si le dollar cessait d’être la monnaie internationale de paiement et si l’euro ou le yuan (je ne parle pas du yen ou du franc suisse, qui sont des babioles) se mettaient à lui faire concurrence, les ÉUA pourraient continuer de se faire entretenir par le reste du monde à concurrence de 50 % de leurs revenus ?

  2. Et dans la négative, ne pensez-vous pas que leur économie en souffrira ?

Cela dit, je ne crois pas que ce soit une raison majeure de l’invasion de l’Iraq. La raison majeure, c’est le pétrole(plus, sans doute, la situation israélo-palestinienne).

Ceci sous réserve de l’opinion d’AJH, qui s’y connaît sans doute mieux que moi. JR

Bonjour Catherine

Globalement d’accord avec la réponse de Jacques Roman … inutile que j’en rajoute une couche.
Le fait que Saddam voulait effectivement vendre son pétrole en euro était à mon sens secondaire pour les USA … ce qu’ils voulaient avant tout c’est avoir la main sur les réserves de pétrole de l’Irak (les 2° ou 3° du monde, je crois)

Amicalement

AJ

Catherine,

une autre explication possible est qu’ils étaient en train de se faire mettre dehors par l’Arabie Saudite, où ils avaient d’énormes bases militaires, car les Princes de là-bas craignaient plus que tout une révolte dans leurs rues, et la présence d’infidèles militarisés sur la terre sainte de l’Islam était source de tension. Du coup, les « stratèges » américains ont du regarder la carte de la région et ils ont du penser que l’Iraq serait la cible la plus facile - tant militairement que diplomatiquement - pour y créer les conditions de présence militaire. Voir la méga-ambassade fortifiée qu’ils ont construit en Iraq.

Bien-sûr, cette explication ne fait que se rajouter à celles d’AJH et Jacques, et c’est probablement une combinaison de tout-ça qui a poussé à l’invasion.

Pourquoi opposer des raisons qui poussent dans le même sens ? Il y avait bien des raisons à cette guerre à l’Irak, dont plusieurs sont triviales.
Au lieu de focaliser sur je ne sais quel gouvernement américain, puisque celui qui est officiel est de toutes manières esclave d’une certaine raison « d’État », autant considérer l’intérêt et la logique de l’empire néolibéral, un empire en crise.

Je commence par répondre à la question n°2 de JR (message n°6969) – je suis bien d’accord avec ce message pour le reste.

Si vous entendez par « leur économie » la seule chose qu’un humaniste peut considérer, autrement dit si vous vous placez du point de vue de l’intérêt général du peuple étatsunien, en considérant le bien être de la (grande) majorité des gens, alors je répondrais, à rebours de l’économisme ambiant et sans aucune hésitation que non, elle n’en soufrirait pas ; bien au contraire (sauf passagèrement).

L’empire néolibéral est extrêmement inégalitaire, on le sait. On oublie parfois que c’est aux États-unis, pour ne pas dire au coeur de cet empire (image réductrice) que les inégalités sont les plus marquées. C’est donc là qu’il faut justement distinguer le plus, disons, bien être commun et indicateurs économiques satisfaisant l’idéologie dominante, c’est à dire le discours assimilant les intérêts particuliers des puissants à l’intérêt commun.

Il ne s’agit pas que de comptabilité. Chacun peut constater de manière éclatante que la logique néolibérale, qui n’a eu de cesse de se développer dans ses excès, fait exploser jusqu’aux « valeurs », au sens que chacun peut donner à son existence, infiltrant jusqu’aux tréfonds de la shère privée. Nous sommes là dans l’économie dans toute sa plénitude.

L’impérialisme dévore tout dans la « métropole », des institutions aux moeurs. Arendt explique ça très bien. Ajoutant que le totalitarisme qu’il engendre directement ou indirectement possède une logique qui se fiche même de l’efficacité économique. Contrairement aux idées reçues, le système totalisant néolibéral est extrêmement anti-économique ; son « allocation efficae des ressources » doit être comprise comme… dans la poche des riches financiers, ça ne va pas plus loin ; pire, c’est une logique de très court terme, de plus en plus court ; or, de quelle efficacité économique peut-on parler si elle est tout à fait antagoniste avec une logique soutenable ? La « gestion de la maison », si elle est affaire « féminine » selon le cliché, l’est parce qu’il y a là la base de notre conservation, de notre « reproduction ».

Pas de logique coloniale, pas d’OMC, pas d’ « accords » de « libre-échange », pas besoin pour les élites politiques de se faire les toutous des puissances financières et pas de possibilité pour les secondes d’imposer leur logique aux premières, pas besoin pour celles-ci de s’enfoncer dans le mensonge et d’éloigner le siège du pouvoir des institutions officielles, pas de concurrence impitoyable entre inégaux, pas de tyrannie des actionnaires sur les salariés, pas de délires managériaux et de salaires affolants pour les managers, … Des lois stables, claires et peu nombreuses ; une moralité possible ; un vivre-ensemble. Une économie qui a du sens. Etc.

Pour illustrer la question par la caricature, j’évoque parfois le chapitre « La guerre c’est la paix » du roman 1984 : c’est précisément parce qu’il existe un tiers-monde, que l’empire exploite et écrase, que la terreur et la folie règne au sein de l’empire, d’autant plus même dans les « classes » élevées ; que les prolétaires n’y arriveront jamais à se révolter, et même à percevoir leur accord ; … A l’extrême, il n’y a plus d’ « économie » puisqu’il s’agit au maximum possible d’une économie de guère, de destruction. Les USA et nous en sommes encore loin, mais poser la question de l’économie c’est poser celle du partage, celle du nombre et celle de la conservation : toutes choses que le dogme autoréalisateur néolibéral méprise.

La question de l’impérialisme est une question très importante ici, notamment au sens où on a là, dans le « facteur extérieur », une explication majeure de ce qu’il faut comprendre de la jonction entre souveraineté populaire et souveraineté nationale. « La guerre est mère de toutes choses » disaient les Athéniens libres…

Pour en revenir aux raisons de la guerre à l’Irak : celle que je placerais en première, c’est la nécessité de la terreur. L’effet de « relance par la terreur » associé à un évennement comme celui du 11/09 doit être prolongé, faute de quoi il est inutile. La terreur requiert par ailleurs le mensonge et l’injustice manifeste. Ainsi, je situe cette raison avant même la question de la dépendance au pétrole, bien qu’un empire dans le besoin… redescend sur terre et n’en est plus un.

J’avais entendu dire que les vieux contrats obtenus par les pétroliers « étatsuniens » en Arabie saoudite arrivaient à leur terme au tournant du millénaire.

Il est vrai aussi que Saddam avait annoncé vouloir faire payer le pétrole en euros. Et AJH n’a pas besoin d’être si binaire quand il repousse ce paramètre – il n’est sans doute pas le plus important, c’est autre chose que de le négliger. L’analyse que fait JR, qui est en gros celle de « L’escroquerie monétaire mondiale » (pour sa partie « économique » et « sérieuse », du moins), ne me semble pas pouvoir être écartée, et je ne pense pas qu’AJH le fasse à ce point, en fait.

Bien d’autres raisons s’ajoutent, qui vont toujours dans le même sens. La volonté de développer des bases militaires, donc la nécessité d’installer des conditions menaçantes ; les intérêt des marchands d’armes ; l’aubaine de pouvoir tester des armes faites à base de déchets nucléaires, et d’écouler ces déchets.

J’irai jusqu’à ajouter qu’un effet de cette guerre allait être d’exarcerber la « prise de conscience » d’une pénurie de pétrole à venir, ce qui permettrait d’imposer des changements d’orientations mais aussi et surtout, de le faire en « gardant la main » pour les puissants, en gardant le bon peuple et ses élus dans l’illusion, et les pays pauvres sous dépendance encore accrue. Exemples : le cas des marchés de droits d’émission de CO2 ; les divers « petits secteurs » énergétiques qui végètent tant qu’ils n’ont pas été mis dans le giron de gros agents financiers, et qui émergent subitement ensuite. Pour moi, on a là l’explication majeure de la propagande du réchauffement climatique d’origine humaine.